BRULART AU MAIRE DE BEAUNE
Prérogative du Premier Président dans le commandement militaire de la province.
La Borde, 14 mai 1657.
Monsieur ,
Vouant d'apprendre qu'il passa hier quelques troupes par Beaune et que vous les avez reçues et leur avez fait fournir étape , bien que l'on ne vous ait présenté aucune attache de moi et sans que vous m'en ayez aucunement averti, je vous ai fait ces lignes pour vous mander de m'expliquer quelle a été votre conduite en cette rencontre , et de m 'envoyer copie de l'ordre que le commandant vous a communiqué et de sa prétendue attache , s'il vous en a fait voir une ; comme encore de m'informer de la route qu'elles tiennent , quelles elles sont et le nom de celui qui les commande. Je suis obligé de répondre au Roi de ce qui se passe dans le ressort du Parlement , et je ne puis m'empêcher de vous témoigner que je suis surpris que , sachant M. d'Epernon hors du gouvernement, M. d'Amanzé hors de sa lieutenance et moi dans la province et si près de vous , je n'aie eu néanmoins aucune de vos nouvelles sur ce
passage; je suspendrai toutefois mon jugement jusqu'à ce que j'aie su de vous de quelle façon vous vous êtes gouverné en ceci. Cependant , je continuerai d'être , etc.
BRULART (1)
BRULART AU CARDINAL MAZARTN
Même sujet que la précédente.
La Boçde, It1 ]S mai 1657.
L'honneur que Votre Eminence m'a fait d'avouer bon que je l'avertisse des choses qui toucheront le service du Roi et la fonction de ma charge quand elle sera troublée, me donne la liberté de vous dire qu'encore que je doive veiller à tout ce qui se passe dans la province , même en ce qui est des armes , en cas d'absence du gouverneur et de l'un des lieutenants du Roi , la connaissance toutefois m'en est ôtée par M. d'Epernon, qui donne les ordres à toutes choses depuis Paris, comme s'il était dans la capitale de son gouvernement. Je sais, Monseigneur, qu'étant d'un pas hors de la province il ne peut ni ne doit non plus faire la fonction de gouverneur que s'il n'en avait pas le titre. Cependant une compagnie de cavalerie vient de passer à mon insu à Beaune, qui n'est qu'à une lieue de moi, avec une prétendue
(1) A l'exemple des plus grandes maisons, dont le nom fut altéré par le temps , le lecteur remarquera que toute cette correspondance est signée du nom Brulart et non pas Brulard , que nous avons dû adopter dans notre Histoire du Parlement de Bourgogne , sur la foi de Palliot , imprimeur de cette Compagnie , dont il dressa la généalogie sur les documents que lui avaient fournis les familles elles-mêmes en 1648. Depuis ce temps, Petitot, continuateur de Palliot, Ta écrit Brulart, ainsi que ce nom figure au bas des lettres que nous publions. Des divergences plus essentielles se retrouvent dans des noms propres d'autres familles de robe ou d'épée en Bourgogne, tels que ceux de Berbisy, Boussuet, Sevigny, dont on a fait Berbisey, Bossuet , Sévigne', et ainsi de plusieurs autres.
attache de lui , du 23 avril dernier, qui peut avoir été supposée aussi bien que l'ordre que le commandant a fait voir. Ceux qui commandent dans les provinces doivent examiner si l'ordre qu'on leur représente est véritable et si les troupes qui veulent passer sont celles qui l'ont obtenu; autrement il arriverait que par la facilité de supposer des ordres et des attaches, les ennemis du Roi pourraient entrer dans le royaume, et c'est pour cette raison qu'il faut être présent daus le pays pour entrer en la connaissance de ces choses et pour veiller exactement à ce qui s'y passe. Je sais, Monseigneur, que M. d'Epernon y doit arriver dans peu de temps ; mais, comme il fait quelquefois des voyages et que pendant son absence et celle d'un des lieutenants qui sont sous lui , il peut arriver des choses préjudiciables au service de Sa Majesté en ce qui concerne le gouvernement, dont ma charge en ce cas me rendrait responsable, j'ai dû , pour y satisfaire et pour me décharger du blâme que j'encourrais justement s'il arrivait quelque chose dont Votre Eminence se pût plaindre, l'avertir de celle que je viens de lui dire et la supplier de me faire savoir comme elle trouve bon que j'en use en pareille rencontre. Je ne considère point en ceci l'atteinte que M. d'Epernon donne à ma charge, qu'il a faite dès Paris, depuis que j'en ai pris possession, parce que la tenant de Votre Eminence et m'ayant fait la grâce de me promettre sa protection, elle saura bien m'y maintenir. Mais je parle pour le service du Roi, qui en reçoit dommage et qui ne peut souffrir qu'une province soit abandonnée comme elle l'est présentement par l'absence du gouverneur et de tous les lieutenants de Roi et principalement par la connaissance qu'on affecte de m'ôter de tout ce qui s'y passe. Je n'ai en cela, Monseigneur, qu'à suivre la loi qu'il plaira à Votre Eminence me donner, et n'aurai en toute ma vie autre pensée que de lui faire connaître par le plus juste et par le plus fidèle de tous les attachements qu'elle n'a jamais acquis une personne qui lui soit si fortement dévouée.
BRULARÏ.
LE CARDINAL A BRULARÏ.
Réponse à la précédente.
T.a Fère, le 8 juin 1657.
Monsieur ,
J'ai vu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire sur les sujets que vous avez de vous plaindre qu'on ne s'adresse pas à vous pour les ordres qu'il y a à donner dans la province, en l'absence du gouverneur et du lieutenant de Roi. Je crois qu'elles sont fort bien fondées et même qu'il est du service de Sa Majesté que l'on ne blesse point en cela les privilèges de votre charge. On empêchera donc à l'avenir que M. d'Epernon n'envoie point d'ordres dans le gouvernement quand il en sera éloigné , et comme je vous suis obligé de vous être adressé pour cela directement à moi, je prendrai soin aussi qu'on ne fasse rien qui vous soit préjudiciable et je vous témoignerai en toutes rencontres que je suis avec beaucoup d'estime et d'affection, Monsieur, votre etc.
Le Cardinal MAZARTX.
BRULART A LA VRILLIÈRE
Usurpations des syndics sur l'autorité du Premier Président. — Entreprise de deux maîtres des Comptes, membres de la chambre des Elus, sur les droits du même comme commandant d'armes.
Dijon , le 3 juin 1657.
Monsieur ,
Les grandes obligations dont je vous suis redevable m'obligent à une reconnaissance éternelle et à vous assurer que je suis si rempli de ce sentiment qu'il ne sortira jamais de mon âme.
J'ai cru me devoir établir auparavant que de parler de mes règlements. Ce Parlement- ci a tellement mis l'autorité dans les conseillers depuis trois ans, qu'on peut dire que celle du Roi en souffre extrêmement et sans comparaison plus que ma charge. Ils se sont attribué le droit de se rapporter tout ce qui vient de la part de Sa Majesté par leurs syndics, sans que j'aie, ni les présidents en mon absence, la liberté de commettre des anciens plus sages et plus clairvoyants que ne sont des jeunes, et par là, Monsieur, ils se rendent maîtres des affaires si absolument , qu'ils n'en passent plus qu'avec des peines extraordinaires et après un nombre infini de jussions. Si cet usage subsiste, quoiqu'introduit contre l'institution du syndicat, qui n'est que pour l'économie du dedans du Palais, on ne me doit imputer aucun retardement dans les affaires du Roi. Et s'il désire réformer cet abus, je crois que pour le faire avec ordre et moins de bruit , il faudrait une lettre du Roi au Parlement pour lui ordonner d'envoyer des mémoires et les raisons qu'il a d'en user ainsi, et, après y avoir satisfait, on sera obligé de déférer à l'arrêt qui interviendra. Je suis obligé de vous avertir du mal et du remède et que je ne peux pas beaucoup pour le service du Roi si ma charge n'est réglée comme celle des autres Premiers Présidents et si ce Parlement , qui a des règlements si particuliers et faits par lui, contre ce qui se pratique dans le reste du royaume, n'est remis au même état que les autres Compagnies, ou du moins à l'instar de telle de France qu'on voudra choisir.
J'ai donné des ordres aux gens de guerre depuis ma réception; mais deux maîtres des Comptes qui entrent en la chambre des Elus ont été assez hardis que de donner deux attaches depuis huit jours, quand leur corps même ne le prétend pas. Le Parlement a jugé que cette entreprise était dangereuse et qu'il était périlleux de souffrir que des personnes privées fissent entrer des gens de guerre dans la province. Rs ont donc arrêté qu'il en serait donné avis au Roi , et cependant que pour réprimer l'entreprise des sieurs Millière et Poulfier, maîtres des Comptes, et pour maintenir l'autorité de ma charge de Premier Président ,
il y serait par moi pourvu. Je satisfais ici au premier point, Monsieur, en vous avertissant de cet attentat , et en donne aussi avis à M. Le Tellier, à cause que c'est un fait de guerre, croyant que vous l'aurez agréable. Pour ce que je peux faire en attendant, c'est de casser les attaches qui ont été données, avec défense d'en donner à l'avenir et aux villes de les reconnaître, crainte qu'il n'arrive un plus grand désordre. Je me réglerai toute ma vie sur vos volontés et je ferai toujours capital d'être, Monsieur, votre, etc.
BRULART
LA YRILLIÈRE A BRULART.
Réponse à la précédente; droits du Premier Président reconnus.
La Fère, le 17 juin 1657.
Monsieur ,
J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu mécrire du 3 de ce mois, touchant l'usurpation faite par les conseillers sur l'autorité et la charge des présidents. Je suis bien fâché de la continuation de tous ces différends , qui , sans doute , apporteront beaucoup de désordres dans la Compagnie et du préjudice aux affaires du Roi ; mais, comme c'est une affaire de justice qui doit être réglée par M. le Chancelier, je ne puis, étant absent de lui, y faire apporter présentement le remède que vous désirez, et j'estime qu'il est à propos ou que vous lui en écriviez pour prendre ses avis et ses sentiments, ou que vous attendiez que je sois à Paris pour lui en communiquer et lui faire résoudre ce qui sera nécessaire en cette occasion. Cependant pour ce qui regarde l'entreprise des sieurs Millière et Pouflîer, maîtres des Comptes, comme elle est fort injuste et qu'il n'appartient qu'à vous seul, en absence du gouverneur et du lieutenant général, de donner les ordres dans le bailliage de Dijon , vous avez eu raison de
casser leurs attaches et de conserver le rang qui vous est dû dans la province, et je vous assure, Monsieur, que je favoriserai vos intérêts en cette occasion et en toutes autres et vous ferai connaître que je suis parfaitement. Monsieur, votre, etc.
LA VRILLIÈRE
BRULART A LE TELLIER
Sur le même sujet.
Dijon, le 3 juin 1657.
Monsieur ,
Etant obligé de vous rendre compte de ce qui se passe en cette province en ce qui concerne les armes, je me sers de cette occasion pour vous renouveler l'assurance de la continuation de mes respects et pour vous dire ensuite que les régiments de cavalerie de Mgr le duc d'Orléans et de Toiras, dix compagnies d'infanterie du régiment de Guise et deux cents hommes suisses de la compagnie franche du capitaine d'Astry, ont passé depuis quinze jours par cette province pour s'en aller sur la frontière de Picardie. Deux cents chevaux pour remonter le régiment de Mercœur ont aussi passé pour s'en aller en Provence. Je leur ai donné mes attaches et ils ont traversé ce pays en bon ordre et sans grandes plaintes.
. Depuis , deux maîtres des Comptes , qui sont députés de leur Compagnie tous les trois ans pour entrer en la chambre des Elus, ont été assez hardis pour donner des attaches à une compagnie de Duras et à cinq compagnies du régiment de Limousin , et de les faire passer par cette province , moi étant dans la capitale et donnant les ordres aux troupes en vertu du droit que m'en donne ma charge en l'absence du gouverneur et des lieu-
tenants de Roi ehacun en leur département , dont je suis en possession comme tous mes prédécesseurs. Cet attentat regarde l'autorité et le service du Roi , qui ne peuvent souffrir que des particuliers se rendent maîtres d'une province en y faisant entrer des gens de guerre à leur gré, sans avoir vu même ses ordres, et que les personnes sur la fidélité et la charge de qui il s'en repose n'en aient aucune connaissance. Si cette entreprise eût été sue de moi assez à temps, je ne doute pas que vous n'eussiez trouvé bon que j'eusse fait ma charge et de conséquent des défenses à ces troupes d'entrer dans la province sans mes attaches, et, en cas qu'elles y eussent déjà été, que je leur eusse aussi ordonné de me représenter l'ordre du Roi. Mais n'ayant été averti de cet attentat qu'après leur passage, j'ai cru le devoir faire savoir au Parlement qui, les chambres assemblées, l'ayant hier jugé de très grande importance, arrêta qu'il en serait donné avis au Roi, et cependant que je pourvoirais seul sur l'entreprise de ces particuliers. Je satisfais, Monsieur, s'il vous plaît, à leur délibération et à mon devoir par ces lignes , et après vous avoir répété la chose comme je viens de faire , je vous supplie de me faire savoir la volonté de Sa Majesté. Je crois qu'une lettre de cachet adressée à moi pour approuver les attaches que j'ai données , et une autre à ces deux particuliers nommés Millière et Pouffier, maîtres des Comptes, qui les blâmerait de leurs entreprises et leur ferait défense d'en faire de pareilles , pourvoirait à l'avenir à de semblables désordres et nous empêcherait d'être exposés à la volonté de toute sorte de personnes qui pourraient comme ces deux hommes, s'il n'y était remédié, disposer de toute la province et la livrer quand ils voudraient à un pillage certain , auquel , manque d'autorité sur les lieux , on ne pourrait apporter remède. Je me conduirai en ceci comme en toute autre chose suivant l'ordre que vous me donnerez de la part du Roi ou en le vôtre particulier et je serai toute ma vie avec un respect extrême, Monsieur, votre etc.
BRULART AU CARDINAL
Sur le même sujet.
Dijon, le 4 juin 1(357.
Monseigneur ,
Deux maîtres des Comptes de cette ville , nommés Millière et Pouffier, prenant le nom des Etats bien que désavoués d'eux, ayant été assez hardis pour faire entrer plusieurs troupes en cette province sous leur seule attache , quoiqu'en l'absence de M. le gouverneur et des lieutenants de Roi je les doive donner sans difficulté, le Parlement a jugé que cet attentat, qui regarde l'autorité du Roi , était si dangereux et d'une si périlleuse conséquence qu'il lui en fallait donner incessamment avis. Et comme le commandement en ce qui concerne les armes me regarde en ce même cas d'absence et que je dois veiller à la sûreté de ce pays, comme j'ai fait depuis que je suis reçu, il m'a renvoyé l'affaire pour réprimer l'entreprise de ces deux particuliers et maintenir l'autorité de la charge de Premier Président. Mais, Monseigneur, comme je la tiens de Votre Eminence pour m'y conduire suivant ses volontés, et que le bien du service du Roi ne peut souffrir que cette province demeure abandonnée à la discrétion de deux personnes privées et sans pouvoir, au préjudice du droit que j'ai de veiller à la sûreté publique, je vous supplie, Monseigneur, de pourvoir par votre autorité à ce qu'en conservant les avantages de ma charge ce pays ne soit plus exposé à la merci de ceux qui pourraient avoir de mauvaises intentions contre le Roi , et d'avoir la bonté de me faire savoir si, en cas de pareilles entreprises, Votre Eminence ne trouvera pas bon que j'emploie le pouvoir que me donne ma charge pour faire obéir le Roi dans les armes, sans souffrir qu'aucune personne entreprenne d'en user comme ces deux maîtres des Comptes ont fait , qui ne doivent pas demeurer sans quelque
— io —
répréhension. J'attendrai les ordres de Votre Eminencc pour m'y conformer et je mettrai ma plus grande gloire à témoigner à toute la France que vous n'avez point de créature qui soit plus que je suis, Monseigneur, de Votre Eminence , le, etc.
BRULART
BRULART A LA VRILLIÈRE
Encore sur l'affaire du syndicat et l'entreprise de deux maîtres des Comptes.— Abus d'autorité du duc d'Epernon envers le comte de Tavannes.
Dijon, le 24 juin 1657.
Monsieur ,
La grâce que vous me faites de me promettre vos faveurs m'est si sensible que quand je ne vous serais pas le plus obligé des hommes , elle suffirait pour me rendre étroitement attaché à vos intérêts. Ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire de la prétention des deux conseillers-syndics de ce Parlement de rapporter tous édits et lettres-patentes concernant les affaires du Roi et le public, n'a été que pour vous avertir que je les ai trouvés en la possession d'en user ainsi depuis quelque temps, nonobstant qu'elle soit contestée par les anciens conseillers de ce Parlement comme extraordinaire et particulière , contraire à l'ordonnance et manifestement opposée au bien du service du Roi, afin que si , par cet abus , il arrive quelque chose dont on se plaigne, il ne m'en soit rien imputé. M. le Chancelier a déjà jugé qu'il devait être réformé et il y a pourvu dans l'un des arrêts de règlement que vous m'avez fait la grâce de me donner. Mais comme j'ai plusieurs choses à démêler avec la Compagnie pour plusieurs autres articles qui sont encore plus importants que celui-là, auxquels lesdits arrêts ont en partie pourvu et qu'il y a beaucoup de peine d'en avoir présentement l'exécution , je
suis contraint d'attendre encore de les présenter, dans l'espérance qu'un peu de retardement pourra ramener les esprits.
Je n'ai pas douté , Monsieur, que vous ne condamnassiez l'entreprise des sieurs Millière et Pouffîer. Je croyais casser leurs attaches suivant le droit que vous me faites l'honneur de me mander que j'en ai par ma charge ; mais ayant aussitôt appris que M. d'Epernon était arrivé en ce temps-là dans le commencement du gouvernement , je crus ne devoir pas faire signifier mon ordonnance', puisque sa présence fait cesser mon pouvoir pour ce regard. Cependant n'étant pas juste que cette témérité, que ces particuliers mêmes condamnent présentement, demeure sans quelque répréhension publique et que le silence de la Cour ne laisse pas douter s'ils ont commis un attentat à l'autorité du Roi, je crois, Monsieur, que vous trouverez bon d'en faire expédier un arrêt, et que , pour cet effet, je mette dans mon paquet quelques pièces pour y pourvoir comme il vous plaira. J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Eminence dont je n'ai pas encore eu réponse; mais répondant à une précédente lettre par laquelle je me plaignais de ce que M. d'Epernon donnait des ordres pour cette province , bien qu'il fût hors de son gouvernement , elle m'a mandé que mes raisons étaient bien fondées , que même il était du service de Sa Majesté que l'on ne blessât point en cela les privilèges de ma charge et qu'on empêcherait à l'avenir que M. d'Epernon n'envoyât point d'ordres dans le gouvernement quand il en sera éloigné. Ce sont les termes de la lettre. Je ne doute pas que mondit seigneur le Cardinal ne trouve encore plus mauvaise l'entreprise de ces particuliers et qu'il ne sache réprimer leurs attentats par un arrêt ou par quelque lettre de cachet. J'attendrai là-dessus vos ordres pour les recevoir comme la loi que j'aurai à suivre.
M. d'Epernon me vient d'envoyer dire qu'il ne pouvait souffrir que M. le comte de Tavannes , qui a deux procès au Parlement de cinquante mille écus en état de juger, vînt à Dijon tandis qu'il y serait, et que c'était pour le lui faire savoir. J'ai été très étonné de cette manière nouvelle de bannir les hommes,
et que pour l'autoriser il se soit adressé à moi qui dois empêcher les violences. J'ai cru l'affaire assez importante pour en avertir Son Eminence, et comme M. d'Epernon ne se plaint de M. de Tavannes que de ce qu'il est dans les intérêts de M. de Montrevel, son proche parent de trois côtés , sans néanmoins qu'il s'agisse présentement de quoi que ce soit en cette affaire-là, je crois que vous trouverez bon qu'étant mon cousin germain il ait la liberté de venir à Dijon et qu'étant aux pieds de la justice on ne lui fasse aucune violence. J'ai fait dire à M. d'Epernon qu'il le ferait prier d'agréer qu'il lui rendît ses devoirs étant ici, et que s'il ne le voulait pas, que je le priais en mon particulier de ne pas trouver mauvais qu'il y vînt pour ses procès, et cette prière a été sans effet. Gomme ce procédé est sans exemple, je crois que vous trouverez bon qu'il continue à mettre ordre à ses affaires et qu'il puisse venir à Dijon, en s'y conduisant avec la prudence dont se sert ce gentilhomme en toutes choses. Pour moi , Monsieur, je ne respire rien tant au monde que de vous faire connaître que je suis etc.
BKULART.
BRULART AU CARDINAL
Même sujet touchant .le comte de Tavannes.
Dijon, le 24 juin 1657.
Monseigneur ,
J'ai reçu des marques de la protection de Votre Eminence par la lettre qu'elle m'a fait l'honnenr de m'écrire, dont je lui rends très humbles grâces. Je la dois avertir que M. d'Epernon me fit dire hier, en ces propres termes, qu'il ne pouvait souffrir que M. le comte de Tavannes, mon cousin, vînt à Dijon tant qu'il y serait, et que, s'il y venait, il en arriverait quelque chose de
très fâcheux pour lui , et me priait de le lui faire savoir. Je demandai à son envoyé s'il lui était suspect pour le service du Roi
et quelle était sa disgrâce, et ayant su qu'il ne se plaiguait de lui que parce qu'il était dans les intérêts de M. le comte de Montrevel son parent de trois côtés , je répliquai qu'il m'était fâcheux qu'on me demandât d'autoriser le bannissement d'un homme de cette condition de la capitale de la province , que je croyais que M. d'Epernon changerait de sentiment, que je l'assurais que M. de Tavannes le ferait prier d'agréer qu'il lui rendît ses devoirs et que , s'il ne voulait pas le voir, il ne ferait aucune chose que de solliciter deux procès de cinquante mille écus qui l'appellent ici nécessairement; que je ne pouvais nvimaginer qu'il voulût faire violence à un homme qui est sous la protection du Roi, puisqu'il est aux pieds de sa justice, et que si toutes ces raisons , qui sont des lois qui ne peuvent être violées par qui que ce soit du royaume , étaient toutefois trop faibles à son égard , je le priais de faire quelque chose à ma considération et de trouver bon qu'il vînt ici en sûreté. Il témoigna ne vouloir pas se rendre à cette prière. Votre Emmenée jugera la conséquence de sa prétention. Je crois qu'elle demeurera d'accord que, choquant la liberté de demander justice, l'autorité du Roi en est blessée et que ces sortes de proscriptions ne peuvent être aucunement approuvées. Je suis obligé de l'en avertir comme d'une chose très importante , et de la supplier de me prescrire comme je me dois conduire en cette occasion, où le service du Roi et l'honneur de la justice sont intéressés (1), ne pouvant recevoir des lois que d'elle, puisque je suis entièrement etc.
BRULART
(1) Cette affaire n'eut pas d'autre suite , le duc d'Epernon ayant levé la défense qu'il avait faite.
A MILLIÈRE ET POUFFIER,