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MISISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

A Charlottenbourg', ce 3 septembre (1743].

Aujourd'hui, après un dîner plein de gaieté et d'agréments, le roi de Prusse est venu dans ma chambre, il m'a dit qu'il avait été fort aise de prier hier monsieur l'envoyé de France^, seul de tous les ministres, non seulement pour lui donner des marques de considération, mais pour inquiéter ceux qui seraient fâchés de la préférence.

Je lui répondis que l'envoyé de France serait bien plus content si Sa Majesté envoyait quelques troupes à Wesel et à Magdebourg. « Mais, dit-il, que voulez-vous que je fasse ? le roi de France me pardonnera-t-il jamais une paix particulière*? — Sire, lui dis-je, les grands rois ne connaissent point la vengeance; tout cède à l'intérêt de l'État; vous savez si l'intérêt de Votre Majesté et de la France n'est pas d'être à jamais unis.

— Comment puis-je croire, dit alors le roi de Prusse, que la France soit dans l'intention de se Mer fermement avec moi? Je sais que votre envoyé à Mayence fait des insinuations contre mes intérêts, et qu'on propose la paix avec la reine

1. Anielot, ministre des affaires étrangères depuis 1737, fut remplacé en 1714 par le marquis dArgenson. — Voltaire, alors en Prusse, était en correspondance suivie avec lui, relativement aux dispositions de Frédéric, qu'il était secrètement chargé de sonder; mais cette ruse avait été découverte par le roi de Prusse, qui garda ses seciets, et se moqua

de Voltaire. Voy. Notice, p. xiv.

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