ROI DE POLOGNE, DUC DE LORRAINE ET DE BAR
Le 29 août, à neuf heures trois quarts du matin (1749)*.
Sire, il faut s'adresser à Dieu quand on est en paradis. Votre Majesté m'a permis de venir lui faire ma cour jusqu'à la fin de l'automne, temps auquel je ne puis me dispenser de prendre congé de Votre Majesté. Elle sait que je suis très malade, et que des travaux continuels me retiennent dans mon appartement autant que mes souffrances. Je suis forcé de supplier Votre Majesté qu'elle ordonne qu'on daigne avoir pour moi les bontés nécessaires et convenables à la dignité de sa maison, dont elle honore les étrangers qui viennent à sa cour. Les rois sont, depuis Alexandre, en possession de nourrir les gens de lettres, et quand Virgile était chez Auguste, Alliobis, conseiller aulique d'Auguste, faisait donner à Virgile du pain, du vin et de la chandelle. Je suis malade aujourd'hui, et je n'ai ni pain ni vin pour dîner. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très humble, etc.
1. Le 29 août, à neuf heures du matin, Voltaire écrivait un billet pressant à M. Alliot, fermier général du roi de France, conseiller aulique et commissaire général, très strictement économe, de la maison du roi Stanislas : il demandait les vivres nécessaires, dans l'impossibilité où il se disait, de se rendre à la table commune.
Pas de résultat. Un quart d'heure après, il réitère sa sommation.
Enfin, à neuf heures trois quarts, il soumet ses doléances au roi
lui-même. Stanislas, pour toute réponse, renvoya le billet de Voltaire à son zélé serviteur, qui répliqua directement au poète par une lettre des plus impertinentes.
Il est probable, vu la confiance un peu débonnaire de Stanislas envers Alliot, que Voltaire dut se tenir pour batlu. Ajoutons que cet Alliot, dévot personnage, faisait partie, h la cour de Lorraine, du petit groupe qui supportait impatiemment la faveur du roi pour l'illustre mécréant.