A FRANÇOIS P', EMPEREUR D'ALLEMAGNE
A Francfort*, le 5 juin (1753)
Sire, c'est moins à l'empereur qu'au plus honnête homme de l'Europe que j'ose recourir dans une circonstance qui l'étonnera peut-être et qui me fait espérer en secret sa protection.
Sa Sacrée Majesté ^ me permettra d'abord de lui faire voir comment le roi de Prusse me fit quitter ma patrie, ma famille, mes emplois dans un âge avancé. La copie ci-jointe*, que je prends la liberté de confier à la bonté compatissante de Sa Sacrée Majesté, l'en instruira.
Après la lecture de cette lettre du roi de Prusse, on pourrait être étonné de ce qui vient de se passer secrètement dans Francfort.
J'arrive à peine dans cette ville, le 1" juin, que le sieur Freytag, résident de Brandebourg, vient dans ma chambre, escorté d'un officier prussien et d'un avocat, qui est du sénats, nommé Buker. 11 me demande un livre imprimé,
1. François -Etienne de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, empereur d'Allemagne depuis septembre 1745.
"2. Cette ville, où Voltaire était arrivé, se rendant de Berlin à Plombières, après avoir pris congé de Frédéric (voy. Notice, p. xxu), dépendait exclusivement de l'empire, et s'administrait elle-même, depuis 1254. Les divers souverains
d'Allemagne y avaient des résidents pour y représenter leurs intérêts : Frédéric en avait un comme électeur de Brandebourg.
3. Sacrée, parce que l'empereur d'Allemagne était le chef du saint empire romain.