H NOTICE SUR VOLTAIRE
C'est le temps où cet insoumis cherche des protecteurs, et fait., de tous les métiers, celui qui, malgré les grâces de son langage, lui convient le moins, le métier de courtisan. Il échoue auprès de Louis XV, assez piteusement. A la cour de Lorraine, auprès de Stanislas, il fait une tentative aussi peu brillante qu'utile. Eulin il se jette, de dépit, entre les bras du roi de Prusse, Frédéric II, s'exile à Berlin, dans un affreux climat, dans une cour d'une composition très mêlée, sous un maître quinteux et rude, y passe tout près de trois années dans une exaspération croissante; des caresses on en vient promptement aux égratignures, puis aux injures, aux procédés les plus violents ; délivré de Frédéi'ic, il n'a plus d'accès en France ; il cheixhe, dans toute la rigueur du terme, un asile où il puisse écrire librement et jouir de sa fortune.
3° Il trouve cet asile aux bords du lac de Genève. Pendant trois ans il manœuvre pour rendre cette retraite inattaquable : en 1758, après l'acquisition de Ferney et de Tourney, il a l'ésolu ce problème, de poser un pied en France et un- autre en Suisse, de n'avoir rien à redouter d'aucune puissance, et de posséder en plein dix-huitième siècle une indépendance aussi grande que n'importe quel écrivain dans le plus hbre des États de nos jours. Dès lors l'Jiistoire de sa vie, si Ton en refranche le détail anccdotique et intime, n'est plus que celle de ses œuvres, et chacun de ses écrits est un acte : il est à la tète de son siècle ; nulle voix n'est écoutée plus que la sienne ; il a des ennemis, beaucoup d'ennemis, et c'est justice, car il cherche la lutte ; mais tout ce qu'il écrit, dans tous les genres, tragédie, pliilosopliie, épitre, satire, roman ou facétie, est un événement pour le public. C'est l'époque de sa grande puissance, celle où il devient un homme à part, à demi légendaire, pour une société qui le lit presque sans le connaître, qu'il charme, amuse ou étonne sans se montrer. Ce n'est point le lieu de faire le départ entre les effets heureux ou regrettables de cette influence inouïe. Toujours estil que le retour de Voltaire à Paris, au mois de février 17/8, est un triomphe éclatant : belle conclusion d'une royauté touvellcet sans égale.
ET SUR SA CORRESPONDANCE
C est récemment, en 1861, qu'a été confirmée la véracité de l'acte haptismal d'après lequel est né le 21 nov. 1G94, à Paris, paroisse Saint-André-des-Arts, François-Marie, lîls do messirc Franrois Arouet, ancien notaire au Châtelet de Paris, et de Marie-llarguerite Daumart, sa femme. Mme Arouet mourut peu d'années après, le 15 juillet 1701 ; de ses cinq enfants il en vivait encore trois : un fils, Armand, qui mourut le 18 février 1745, sans postérité; une tille, Marguerite-Catherine, qui devint plus tard Mme Mignot, et de qui sont nés Mme Denis, Mme de Fontaine et l'abbé Mignot, si souvent cités dans la correspondance de leur oncle ; cnliu le futur Voltaire. f\
M. Arouet le père avait déjà cédé sa charge, quand naquit son dernier .'ils; il obtint en 1701 l'office de payeur des cpices de la chambre des comptes, dans lequel son fils aîné, Armand, lui succéda. Mais cet ancien notaire, homme aimable et lettré, avait conservé de bonnes relations avec une partie de sa brillante clientèle : les Sully, les Caumartin, les Praslin, la fameuse Ninon. Le jeune Arouet devait trouver là un public d'élite pour fêter et encourager ses talents précoces. C;
A la rentrée des classes de 1704, il fut mis au collège Louisle-Grand, chez les Jésuites : il y resta jusqu'à la lin de l'année scolaire 1710-1711. Ces sept années lui furent profitables à bien des égards. 11 contracta, sous l'inlluence de la camaraderie, des amitiés précieuses, quelques-unes même particulièrement douces et solides : c'est là qu'il connut le comte et le marquis d'Argenson; M. Legouz de Gerland, M. Fyot de la Marche, qu'il devait retrouver, quelque cinquante ans après, magistrats à Dijon ; enfin les plus dévoués, les plus tendres de tous, d'Argentaî et Cideviile. La plupart de ses maîtres devaient aussi lui demeurer attachés, en dépit de ses incartades irréligieuses; et lui-même conserva toujours, outre d'assez grandes politesses pour l'ordre des Jésuites, une sympatliie et une déférence véritables, entre autres, pour le P. Porée, son professeur de rhétorique, et pour
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l'abbé d'Olivet, son préfet ou répétiteur. Dès le collège, il avait une petite célébrité de poète : J.-B. Rousseau, de passage à Louis-ie-Grand lors d'une solennité scolaii-e, s'était fait présenter le riiétoricien prodige ; déjà, l'abbé de Chàteauneuf, parrain du jeune élève, l'avait mené chez la vieille Mnon, et c'est à cotte visite assez étrange que le petit Arouet semble avoir dû la faveur d'être porté pour 20U0 livres sur le testament de la célèbre courtisane ; ce legs était, dans l'intention de Ninon, pour lui fournir le moyen d'acheter des livres.
Il avait seize ans quand il quitta les bancs ; son unique goût était pour la profession d'homme de lettres. M. Arouet n'en voulut point entendre parler, et le contraignit à faire son droit : on sait l'effet ordinaire de ces violences inlligées à la vocation. L'abbé de Chàteauneuf, qui comprenait à sa manière les devoirs do parrain, avait introduit son tilleul, encore collégien, dans la société du Temple : Arouet s'y mit aussitôt sur un excellent pied, autant par son esprit que par son dévergondage, et marcha promptement sur les traces de Chaulieu, de La l'are comme poète, du duc de Sully et autres gentilshommes du même monde comme viveur. Quelques fredaines de haut goût engagèrent M. Arouet à éloigner son lils : il l'envoya d'abord à Caen, seulement pour quelques mois; puis, vers la fin de 1713, il obtint que le mai'quis de Chàteauneuf, ministre de France à la Haye, prit avec lui le jeune évaporé. Cela ne dura pas davantage : une intrigue, nouée par ce diplomate imberbe avec la fille d'une réfugiée protestante d'assez mauvais renom, fit scandale; plainte fut portée au marquis de Chàteauneuf par la mère, Mme ûuuoyer, et Ai'ouet, réduit à continuer son roman par lettres, reprit le chemin de Paris. Heureusement les lettres n'ont pas été jierdues ; Mme Dunoyer, qui s'entendait à battre monnaie, les publia dès que le galant de sa fille fut devenu célèbre.
il. Arouet dut recourir à un nouvel expédient pour occuper son .r- fils : il le plaça comme clerc chez J^ Alain, procureur, près de la \-?^- opiacé Haubert. Dans la même étude se trouvait un autre clerc.
de quelques années plus âgé, mais tout aussi peu zélé pour le grimoire; c'était Thieriot, le type accompli du parasite désœuvré, spirituel et sans scrupule. Mais les premières amitiés sont tenaces, et Voltaire, en dépit des médiocres procédés qu'il éprouva plusieurs fois de la part de Thieriot, lui garda toujours un dévouement oà les souvenirs de jeunesse eurent plus de pa) i que l'estime. Toutefois leur confraternité chez W Alain ne fut
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pas longue; avant la fin de 1714, et cette fois avec le consentement de M. Aroiiet, Voltaire avait dit adieu pour toujours à la basoche. Outré de n'avoir pas obtenu le prix de poésie à l'Académie, et informé de l'insistance avec laquelle I.a Motte l'avait réclamé pour l'abbé Dujarry, son concurrent heureux, il avait publié contre le célèbre académicien une satire en style marotique, le Bourbier, dont le retentissement fut pour son père un nouveau chagrin. C'est alors que M. de Caumartin, marquis et châtelain de Saint-Ange (près Fontainebleau), ancien intendant des finances et conseiller d'État, supplia M. Arouet, dont il avait été le client, de lui confier pour quelque temps ce fils si difficile à morigéner.
Cette sorte (fe2dLà^aint-Ange ne se prolongea pas au delà de qiielgues mois; on se doute qu'il ne fut pas bien rigoureux. M. de CauhTafTî'n le père était tout plein des souvenirs du régne de louis XIV prés de finir; il avait pour Henri IV et pour Rosny une admiration enthousiaste : c'était le sujet ordinaire des entretiens entre le marquis et son hôte, et c'est là que furent conçus par Voltaire les sujets de deux importants ouvrages, la Henriadel et le Siccle de Louis XIV. Il travaillait en même temps à la tragédie d'OEflipe; il revint plusieurs fois à Paris, pour sollicitor les comédiens de prendre sa pièce, mais ses efforts échouèrent d'abord. Sur ces entrefaites (l" septembre 171.")), louis XIV moui'ut : ce fut pour la société du Temple le signal d'une brillante résurrection ; le prince de Vendôme fut autorisé à reparaître, et Voltaire fit les beaux jours de ce monde qu'il amusait, et dont il ne dédaignait pas les avis en matière de goût. Le voilà en vue; on le présente à la cour de Sceaux, et il y fait une lecture de son OEcllpe. Sous la Régence, les plumes couraient librement; tout était permis contre la mémoire du feu roi ; et le duc d'Orléans lui-même, dont la vie privée donnait belle prise à la satire, n'était pas épargné. Deux petites pièces d'une extrême virulence, l'une contre le prince, l'autre contre la duchesse de Berry, sa fille, furent attribuées à Voltaire : le Régent se résolut à sévir contre l'auteur présumé, qui fut, le 5 mai 1716, exilé à Tulle. M. Arouet intervint, et obtint sans peine que son fils fût envoyé à SuIly-sur-Loire, où il avait de la famille. C'est là que se trouvait aussi le château du duc de Sully, dont le jeune fils avait connu Voltaire au Temple ; ce furent pour l'exilé des fêtes continuelles; l'excès des plaisirs et la dissipation qui l'empêchait un peu d'écrire lui donnèrent seuls lieu de se
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plaindre. A la fin de 171G, le Régent, peu rancunier, et louô dans une belle épîtrc en vers, avait pardonné; Voltaire revenait à Paris.
11 eut, pour sa part, le ressentimen!, plus opiniâtre : il se gênait > , moins que jamaispour le faire savoir, et même pour l'écrire. Dès le /'wnois de mars de l'année suivante (1717), il courait dans Paris une ;ir inscription latine de sa façon, commençant par ces mots : Pueiv régnante. Il était dénoncé à la police par dos espions devant lesquels il parlait sans défiance. Le Régent se fàclia tout de bon. Saisissant pour prétexte une satire contre le dernier règne, intitulée Tai vu, qu'on prêtait indûment à Voltaire, il lui dit, un jour, en le rencontrant dans le Palais- Royal : « Monsieur Arouet, je gage vous faire voir une chose que vous n'avez jamais vue. — Quoi? demanda le jeune homme. — La Daslille. — Ah! monseigneur, je la tiens pour vue. » I.o lendemain, il y était écroué (17 mai). La punition cette fois fut sérieuse : il ne sortit de prison que le li avril 1718, avec ordre de rester à Cliâtenay, où son père avait une maison. C'est à la Bastille qu'il écrivit, au crayon, enti-e les lignes d'un livre, une grande partie de la Ligue, la Henriade sous sa première forme. 0 V Ce fut seulement le 12 octobre 1718 qu'il obtint permission fM' pleine et entière d'aller où bon lui semblerait; il en profita pour venir surveiller les répétitions d'OEclipe ; la représentation cul lieu le 18 novembre, avec un immense succès.
Vers ce temps notre auteur commence à signer « Arouet ûr Voltaire » ou même « Voltaire » tout court. On ne sait pas au juste l'origine de ce titre nobiliaire, sous lequel nous l'avoii? désigné par anticipation. Le plus clair est que son nom véritable ne lui plaisait point, et qu'il en prit un autre mieux sonnant, conformément à une habitude assez répandue dans le monde des lettres, et sans choquer personne, hormis les jaloux. Balzac - et Molière, pour ne citer qu'eux, en avaient fait tout autant.
Les six années qui suivirent, jusqu'à la fin de 1725, furent des plus heureuses pour Voltaire, des plus utiles à sa réputation et à son avancement dans le monde. Si ses deux tragédies d'Arlémirc (1720) et de Marininne (1724) échouèrent, il eut du moins la joie de voir, son plus cher ouvrage, le poème de la Ligue, universellement loué, à ceux-là près dont l'approbaliou était gênée par des scrupules religieux et politiques, car l'esprit de tolérance dont ce poème était rempli lui avait fait refuser le privilège, sur les instances du Saint-Siège.
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D'ailleurs le poète était des mieux vus en cour. Le Régent, après OE'iipe, lui avait accordé, outre une médaille d'or, une pension annuelle de douze cents francs sur sa cassette : en 1722, lo loi lui en attribua une de deux mille, et la reine une autre de quinze cents (1725) pour lui témoigner le très vif contentement qu'elle avait éprouvé, aux fêtes de son mariage, où avaient été donnés la comédie de l'Indiscret et le divertissement de la Fêle de Bélébat. Par Mme de Prie, il avait plein crédit auprès du duc de Bourbon, premier ministre.
Il était le plus répandu, le plus goûté des beaux esprits du temps, et cela dans une société fort spirituelle, dont le goût avait grande autorité. L'énumération serait longue de toutes les maisons où il trouvait cet accueil et entre lesquelles il se partageait: l'hôtel de la marquise de Mimeure ; le château dUssé ; la Source, chez lord Bolingbroke ; le Bruel, chez le duc de La Feuillade; Vaux, dont il avait connu la châtelaine, la maréchale de Yillars. lors de la représentation d'OEdipe; la Riviére-Bourdet, prés Rouen, chez Mme de Bernières; puis le château de Maisons, où il faillit mourir de la petite vérole et où il reçut des soins si touchants, à la fin de 1725; Richelieu, dont il avait connu le jeune et séduisant duc chez Mme de Yillars. Ces brillantes relations n'étaient pas toujours exemptes de galanterie : Mme de Yillars et, croit-on, Mme de Bernières lui avaient inspiré quelque peu d'amour. C'est avec la belle Mme de Rupelmonde, bien connue pour la facilité de ses mœurs, qu'il fit à la fin de 17-22 le voyage de Hollande, maniué par sa rencontre et par sa rupture avec J.-B. Rousseau. Mais déjà le plaisir ne faisait pas de tort grave à ses occupations plus sérieuses ; en revanche, son goût s'affermissait dans ce monde si cultivé, et c'est surtout le poète qu'on célébrait en lui.
Cette situation flatteuse, et bien établie en apparence, fut tout à coup ruinée, en 172(3, par un incident où Voltaire, ce qui n'est pas très commun dans sa vie, se conduisit avec infiniment d'honneur, de délicatesse et de bravoure. Au nombre de ces jeunes nobles qu'il fréquentait, et dont un certain nombre étaient des roués de la pire espèce, se trouvait le chevalier de Rohan- Chabot, neveu du cardinal de Rohan, grand aumônier de Franco. Le chevaUer s'était permis à plusieurs reprises, et devant témoins, de le traiter avec une impertinence calculée : Voltaire, dont on ne prenait jamais l'esprit au dépourvu, n'avait pas laissé de telles attaques sans riposte. Ce gentilhomme, pour se
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venger, en usa comme en pouvait user, suivant les traditions de son monde, avec un écrivain sans naissance, une personne de sa qualité : un jour que Voltaire dînait chez le duc de Sully, il lui fit dire qu'on le demandait à la porte, et là, en sa présence, le fit bàtonner par des gens apostés : il commandait, comme il dit plus tard, les travailleurs. Voltaire réclama justice, et ne l'obtint pas : sans approuver en haut lieu la conduite de M. de Rohan, on n'allait pas jusqu'à la trouver punissable; les préjugés courants et l'influence de sa maison le protégeaient. Alors Voltaire se mit en mesure d'exiger lui-même réparation par les armes, ou, si son adversaire se dérobait, de le châtier. La V famille de Rohan fit écarter ce danger en obtenant que le battu '■■ mécontent fût incarcéré à la Bastille dans la nuit du 17 avril 1726. Il y fut mis à un régime fort honorable, tempéré par tous les ménagements possibles; mais quand il en sortit, le 2 mai, ce fut avec ordre de se rendre directement à Calais, sans séjourner à Paris, et de s'embarquer pour l'Angleterre, sous la surveillance du nommé Condé, geôlier de la Bastille.
On croyait l'affaire terminée; mais on avait compté sans le ressentiment implacable de l'offensé. A peine débarqué en Angleterre, VoU:jire rentrait secrètement en France, puis à Paris, où il suivit en vain les traces de son insulteur quelques jours durant, après lesquels, pour éviter les recherches de la police, il reprit douloureusement le chemin de l'e.xil.
La vue de l'Angleterre fit sur son esprit une impression profonde. 11 y prit conscience de ce que pouvait un écrivain sur l'opinion publique et même sur le gouvernement de l'État. Lord Bolingbroke, récemment rentré dans sa patrie, l'avait mis en rapport avec l'élite des gens de lettres qui faisaient alors la gloire de ce pays : Swift, Pope, Gray.Son horizon s'était élargi: il avait fait connaissance avec les œuvres de Shakespeare, dont il devait beaucoup se servir avant de les vilipender; avec la philosophie de Locke, dont les allures prudentes et la sobriété dogmatique eurent toujours un grand charme pour lui ; avec les découvertes de Newton et cette nouvelle philosophie naturelle, dont il fut en France l'introducteur. Le premier ouvrage que lui inspira la vue de cette curieuse société, de cette belle époque littéraire et scientifique, ce furent les Lettres philosophiques, si spirituelles tout ensemble et si modérées, dont la publication, retardée jusqu'en 1754, fut considérée en France comme audacieuse, tant on y était ignorant de ce qui se passait hors des
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fronliêres, et surtout en pays libre. On peut affirmer sans exai;ùration qu'il prit pendant ces trois ans une tournure d'esprit nouvelle ; jusqu'alors il n'avait été qu'un pur littérateui-, liés libre d'esprit et de mœurs; à partir de ce moment, il conçut pour l'écrivain un grand rôle à jouer, le devoir d'éclairer le public, de lui donner une direction pratique, à la fois permanente et quotidienne. L'influence sociale de Voltaire vient delà.
Ce Turent d'ailleiirs des années laborieuses et fécondes : il rapporta d'Angleterre, outre les projets de ses travaux sur Newton et les Le/tres philosophiques, le manuscrit de Charles A7/, la tragédie de Brutits. Enfin c'est à Londres qu'il publia son poème épique sous une nouvelle l'orme et sous le titre définitif de la Uenriade : le principal changement apporté à l'ouvrage consistait dans l'exclusion de Sully, juste flétrissure du peu de loyauté qu'il avait trouvé chez le jeune duc, lors de l'agression du chevalier de Rohan ; Duplessis-Mornay devenait le sage conseiller d'Henri lY. Le roi d'Angleterre, la reine, qui accepta la dédicace, toute la cour de Londres, firent un accueil chaleureux à cette édition, et la souscription réussit au delà de toute espérance.
En France, on voulut bien pardonner à l'exilé les coups de bâton qu'il avait reçus de si mauvaise grâce. Il y revint dans les premiers jours de mars 1729, et fut autorisé le 9 avril seulement à rentrer dans Paris ; encore le ministre Maurepas l'engageait-il à ne point se faire d'affaire qui put lui attirer quelque disgrâce, et provisoirement à ne point se montrer à la cour
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fl commença par garder les ménagements qu'on exigeait de lui, et resta pendant plus d'un an sans occuper le public de sa personne. Des ouvrages qu'il avait écrits ou conçus en Angleterre, le premier qui vit le jour fut la tragédie de Brulvs (10 décembre 1730) : le succès en fut vif, mais très court. Puis il s'occupa de publier Charles XII. Il venait d'en faire paraître un volume, quand le privilège lui fut retiré pour une cause assez bizarre: le gouvernement, par un procédé peu généreux envers le beau-père de fouis XV, refusait de sanctionner par son autorisation le parti que Voltaire prenait dans son livre pour Stanislas I.eczinski détrôné, contre Auguste II, roi régnant de Pologne : il fallut donc que l'historien eût recours à la publicité clandestine ; c'est ce qui lui fit passer plusieurs mois à Rouen, près de son cher ami Cidcville, tandis que le libraire Jore y imprimait l'ouvrage officiellement interdit.
Il faut renoncer à suivre Voltaire dans tous ses voyages ; ses allées et venues sont continuelles : un livre, une pièce de lui qui paraît avec ou sans son aveu: le mécontentement d'un ministre, l'impression plus ou moins forte produite sur le public ; il n'en faut pas davantage pour que Voltaire quitte Paris, et songe à se mcltre à l'abii soit à i'étrauger, soit en quelque province. Nous ne signalerons donc que les plus importantes de ces étapes, les plus prolongée?, ou celles qui ont clé marquées par quelque évènemerit.
C'est Paris qu'il eût choisi librement, pour y vivre en contact avec les vrais arbitres du goût et de la renommée. 11 avait d'abord pris domicile rue Traversiêre-Saint-Ilonoré. Il accepta eu décembre 1731 l'hospitalité chez une grande dame philosophe, la comtesse de Fontaine-Martel, dont l'appartement avait vue sur le Palais-Royal. C'est dans ce logis qu'il acheva le Temple (lu goi'il et les deux tragédies à'Eripfnjle et de Zaïre, la première médiocre et aussitôt retirée pour être plus tard refondue et remise à la scène sous le titre de Sémiramis (1748), l'autre
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qui passe grénéralement pour la meilleure pièce de notre auteur, la plus pathétique, la plus véritablement inspirée par le feu sacré, par l'enthousiasme d'un cœur jeune encore et accessible aux émotions tendres. Mme de Fonta'ne-Martel mourut à la fin de janvier 1733, et Voltaire dut aller chercher un nouveau ?îte : il descendit cette fois rue du Long-Pont, près du portail deSaint- Gervais, dans la maison d'un certain Pemoulin, marchand de grains et passablement fripon, avec lequel il eut bientôt à se repentir d'avoir voulu spéculer : mais c'était alors une de ses idées fixes, de s'enrichir dans les affaires pour assurer son indépendance d'homme de lettres. Dès ITSi. les frères Paris lui accordent un intérêt très fructueux dans l'entreprise des vivres militaires; et, quand il aura l'occasion de rendre des services à l'État, en 1741, enl74.3, il demandera pour récompense une nouvelle participation à ces excellents bénéfices ; ce fut la principale source de sa très grande fortune, à laquelle, dès son retour d'Angleterre, nous le voyons travailler avec ardeur.
C'est en 1733 qu'il fit la connaissance d'une femme auprès de laquelle il allait pas.-er seize ans de sa vie; cette liaison, qui devait finir par l'amitié, commença par l'amour; mais pour combien, dans cet amour, entra la sympathie réciproque de deux intelligences, inégales assurément, mais toutes deux hors de pair et qui se complétaient! Voltaire était surtout un poète: Mme du Châtelet, une femme instruite, en latin et dans plusieurs langues modernes, très versée aussi dans les sciences, où elle se piquait non seulement d'érudition, mais même d'invention originale. C'est un fait assurément peu honorable pour les mœurs du temps que cette intimité publique et admise par tous ; ajoutons que le relâchement du lien conjugal était tel alors dans les hautes classes de la société, qu'on ne voyait là rien d'extraordinaire ni de scandaleux. Il y eut au moins, dans le cas particuliei qui nous occupe, une circonstance atténuante : l'induence de Mme du Châtelet sur Voltaire fut favorable au travail, à la fécondité littéraire de son ami. Il est certain que, dans ce commerce, l'esprit de Voltaire gagna beaucoup de qualités sérieuses, et devint capable d'études arides, prolongées, approfondies; l'exemple de cette femme savante et passionnément laborieuse lui fut un objet d'admiration et d'émulation.
Mme du f.Iiàtelet possédait en Champagne, près de Vassy, le château de Cirey. L'apparition des lettre^: -pJdlosophiqves (avril 1754) obligea Voltaire d'y chercher un refuge : un ordre d'ar-
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resfation avait été lancé contre lui; averti à temps, il se rendit en secret au camp de Philisbourg, où il trouva son ami, le duc de Richelieu, et de là dans ce cliâteau ffui devait rtre pour lui, à plusieurs reprises, une si studieuse retraite. Il ne renonce pas cependant au séjour de Paris : dés cpue ses renseignements lui font entrevoir la possibilité d'y reparaître, il accourt : puis quelque nouveau contretemps l'oblige à se dérober. Par exemple il apprend qu'on fait circuler des copies de cette terrible Piicelle, cette gaminerie, ce péché de jeunesse qu'il devait expier si longtemps par tant d'embarras; ou bien on a trouvé dans les papiers de feu Bussy, évoque de Luçon, et l'on imprime sans l'avoir consulté, la satire du Mondain; on lui donne l'alarme, il se voit sous le coup d'un troisième emprisonnement à la Bastille, et en toute hâte il reprend la route de son asile. C'est dans ces alternatives de terreur et de demi-sécurité que se passent pour lui six années environ, de 1754 à 1740. Après Alzve, représentée en 1730, il cesse pour un temps de rien donnera la scène, sauf la comédie de Y En faut ])?-odigue [\1Z&), qu'il risque sous un pseudonyme Sa grande préoccupation, après les dangers qu'il redoute pour sa sécurité personnelle, ce sont les attaques des écrivains ses ennemis, de J.-B. Rousseau, de l'abbé Desfontaines : il leur livre, tantôt à découvert, tantôt sous le voile de l'anonyme, de terribles batailles de plume. Il se repose un peu de ses travaux poétiques ou ne les divulgue qu'avec réserve : à l'en croire, il est tourné tout entier du côté des sciences ; et en effet il prépai'e ses Éléments de Neivton ; il fait venir à Cirey tous les appareils nécessaires pour reprendre les expériences de l'illustre physicien. On le voit même, en 1757, concourir pour un prix de l'Académie des sciences, sur la nature du feu. Malgré tout, les travaux scientifiques ne devaient être dans sa vie qu'un incident : son ouvrage de prédilection, c'est dés lors le Siècle de Louis XIV, pour lequel il amasse des documents et quête partout des anecdotes.
Tandis que Voltaire, encore jeune, mais déjà classé au premier rang dans les lettres, se voyait, par sa liberté d'opinions et d'humeur, réduit en France à la condition de sujet disgracié, presque constamment sous le coup de l'exil, il recevait d'un prince étranger, futur héritier d'une couronne, des assurances spontanées d'admii-ation et de respect, auxquelles sou amour-propre d'écrivain et le sentiment d'une légitime réparation lui firent attacher le plus haut prix : les gens d'esprit
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eux-mêmes deviennent étrangement crédules quand on les {ireiid par ce l'aible, la vanité. C'est en ITôti que le jinnce royal de Prusse, quatre ans avant de porter ce nom de Frédéric U qu'il devait rendre si grand dans la guerre, lit à Voltaire ses premières avances. A la manière dont elles furent accueillies, il s'enhardit, et après avoir d'abord sollicité des conseils, des conlideiices littéraires, pria le grand écrivain méconnu et persécuté devenir recevoir en Prusse les hommages auxquels il avait droit; mais Mme du Chàtelet ne le permit pas. En 1737, le prince envoyait à Girey, comme dans une cour, un sien ami, presque un anabassadeur, KaiserUng, avec des présents et la mission de renouveler son invitation avec instances : Kaiserling fut personnellement l'objet des plus charmantes attentions, mais n'obtint pas gain de cause, bans doute Voltaire était retenu auprès d'Antilie (c'est le nom poétique de la marquise) par une affection lidele et obéissante; mais aussi, l'on ne pouvait trop savoir si le prince royal ne promettait pas au delà de ce qu'il pourrait tenir, et si le roi son père, qui n'aimait et ne ménageait ni son philosophe de lils, ni les beaux esprits en général, ouvrirait volontiers ses Etats à un écrivain français de renom aussi suspect que Voltaire. Cette appréhension fut dissipée en 1740 par l'avènement au trône de Frédéric. Voltaire et Mme du Chàtelet avaient quitté Cii^ey pour la Flandre, où la marquise était appelée par un grave procès de succession : le poète et le roi se rencontrèrent au cliàteau de Moyland, près de Clèves, le 11 septembre. De part et d'autre, quoi qu'on en ait pu dire à l'heui'e des désillusions, 1 euchantwnent fut complet. Dès lors cependant. Voltaire pouvait, avec un peu de clairvoyance, s'apercevoir que le prince philosophe n'allait pas tarder à démentir ses doctrines dans la pratique : Frédéric avait écrit une réfutation de Machiavel, que Voltaire devait retoucher et faire imprimer; à peine roi, il ordoima que cetle publication gênante fût suspendue ; comme il était trop tard pour l'arrêter, il la désavoua; et Voltaire dut au moins faire d'importantes modilications à l'ouvrage primitif, et atténuer certains points, sur lesquels la politique imposait silence à la philosophie. Une conséquence imprévue de ses relations aflichées avec le nouveau roi de Prusse, ce fut de radoucir soudain à son égard le cardinal Floury, premier ministre de Louis XV, et de le transformer, lui, Voltaire, si décrié, si suspect aux âmes pieuses, en un personnage dont la cour pouvait utiliser et recherchait les services. Il les av^it offerts, et, sur le point d'en-
XIV NOTICE SUR YOLTAIRfi
trepreiidre le voyage de Berlin, en avait officiellement sollicité l'autorisation; Fleury lui écrivit coup sur coup deux lellrcs pleines de bonne grica pour lui et pour le roi son iiùte, dans lesquelles il l'invitait à pressentir les intentions de Frédéric et à lui faire d'amicales ouvertures en vue de la succession d'Autriche qui allait mettre en mouvement la diplomatie européenne. Mais Frédéric n'était pas liomme à se laisser donner des avis politiques par Voltaire, et à confondre les amusements, je veux dire la poésie, avec les affaires sérieuses : on ne s'occupa, pendant cette entrevue, que de cultiver les muses, et l'invasion de la bilésie, quelques mois plus tard, ne fut pas une moindi-e surprise pour Voltaire que pour la cour d'Autriche. Voltaire eut même la naïveté de s'en indigner un peu : Frédéric, jusqu'à cette audacieuse violation des traités, était encore pour lui le Saloinon du Nord ; il fallut en l'abattre. Mais bientôt c'est aux dépens de la cour de France que le vainqueur de Molvitz prati- (lue son impudente duplicité, en faisant sa paix particulière avec Marie- Ihérèse. Voltaire, pour un apprenti diplomate, commit une lourde faute en félicitant par lettre son royal ami d'être revenu à ses occupations paciiiques. Frédéric, qui ne clierchait qu'à lui rendre impossible le séjoui' en France, s'arrangea de manière que cette lettre fût conuue à l'aiis au moment inéme où Voltaire s'y posait en zélé serviteur du cardinal et de son roi. Quand le scandale éclata, Mahomtt \eaait d'être mis à la scène : il n'en fallut pas davantage pour faire tomber cette i^éce. Voltaire lui-même, et quoiqu'il eût désavoué sa lettre, crut devoir s'éloigner : il se rendit à Bruxelles, où le procès de Mme du Ghâtclet justifiait sa présence, et se rencontra encore avec le roi de Prusse à Aix-la-Cha|iolle (septembi'e 1742). 11 en prollta pour renouveler ses offres de service au cardinal et le mettre au courant de menues confidences, sur la valeur desquelles un diplomate improvisé pouvait seul avoir quelques illusions : néanmoins quand Fleury mourut (29 janvier 1743), Voltaire avait retrouvé à Versailles une ombre de faveur.
Un a raconté récemment, avec autant d érudition que d'esprit', comment il fut enveloppé dans les intrigues de cour qui suivirent cet événement. Au lendemain de la représentation de Mérope, fort de son prétendu crédit auprès du défunt cardinal, vivement appuyé par le duc de riichelieu et par la favorite du
1. Le duc de Bioglie, dans son livre sur Frédùric IL et Louis X Y.
ET SUR SA CORRESPONDANCE. xt
roi, Mme de Châteauroux, il se présente à l'Académie française pour succéder à Kleury. L'ancien évoque de Mirepoix, Boyer, précepteur du Dauphiu cl clicf de la coterie dévote, tant à la cour qu'à l'Académie, se ligue contre lui avec le ministre Jlaurepas, adversaire de Mme de Chàteaui'oux, et fait échouer sa candidature. Sous le coup de cette disgrâce, à laquelle ses amis mêmes et ses protecteurs ajoutent de feintes aggravations, il se rend à la Haye, puis à Berlin, soi-disant comme un exilé, mais en réalité ciiargé d'une mission secrète auprès de Frédéric. Le roi de Prusse eut bientôt fait de voir clair dans cette ruse et de la déjouer en divulguant à Versailles tous les propos tenus par Voltaire contre Boyer, et en dupant de son mieux l'étrange émissaire qui venait sous le masque épier ses desseins. L'alliance qu'on souhaitait en France de renouer avec le conquérant de la Silésie fut d'ailleurs préparée pendant ce temps, mais directement entre Versailles et Paris : Voltaire, dans toute cette prétendue négociation, n'avait été que la mouche du coche ; il revint charmé de sou séjour à Berlin, et jainais il ne sut avec quelle désinvollure le Sulomon du ^ord 1 avait desservi et berné.
L entrée du marquis d'Argenson aux affaires, en novembre 1744, vint ranimer cliez VoltaTre l'espérance de devenir enfin quelque chose en cour. Le nouveau miji^islre des relations extélieures était son camarade de classe, son ami dévoué, philosôpïïe^ ses heures, et plus favorablement disposé que le roi son maître pour la gcnt littéraire en général. Voltaire avait en oulre, parmi les conseillers et compagnons de plaisir de Louis XV. un très précieux auxiliaire, le duc de Richelieu. Enfin il allait Lien'ôt compter sur la nouvelle favorite, Mme de Pompadour, dont il avait des premiers salué l'asti-e naissant, mais dont la protection ne fut pas toujours pour lui sans déboires.
A la lin de 1744 il était tout occupé à préparer une comédieballet, la Princesse de Navarre, pour le mariage du Daupliin avec l'Infante d'Espagne. Cet ouvrage, cette « farce de la foire », comme il la nomma lui-même en un jour de dépit, lui coûta dix mois de travail et de remaniements; il poussa la patience jusqu'à ne se point rebuter de la co.Uaboration tyrannique du musicien Rameau. En même temps il composait un poème sur les Evcneinenls de 1744, c'est-à-dire sur les débuts militaires de Louis XV, et sur cette maladie du souverain à Metz qui avait soulevé dans tout le pays une émotion si sympathique. Le
iTi NOTICE SUR VOLTAIRE
1" avril 1745 il obtint une récompense à laquelle il attacha le plus grand prix, le brevet d'historiogi-aplie : « Personne, y étaitil dit, n'a paru à Sa Majesté plusUîgne de recevoir les marques de sa bienveillance et d'être distingué par un titi-e honoi-able que le sieur Arouet de Voltaire, qui, par la supériorité de ses talents et une application suivie , a fait les progrés les plus rapides dans toutes les sciences qu'il a cuUivées, et dontles ouvi'ages, qui ont été reçus avec applaudissements, sont le fruit.... » Aussitôt nommé, il se mit à l'œuvre et conunença la rédaction de la guerre de 1741 : les archives officielles, et les confidences des principaux personnages qui avaient pris part à cette campagne, lui fournissaient les éléments de son ti'avail.
C'était le beau moment du régne : le 11 mai, la victoire de Fontenoy offrait une nouvelle matière à l'historien, et surtout au poète ; il se hâta de confectionner le Poème de Fontenoy, et se remit à l'œuvre avec Uameau pour une pièce en musique destinée au retour du roi. Ce fut le Temple de la Gloire, dont la représentation eut lieu à Versailles le 27 novembre : Louis XV y était figuré par le personnage allégorique de Trajau. Voltaire comptait bien cette fois arracher au souverain lui-même un éloge, un mot aimable ; on a raconté qu'il l'avait directjmént sollicité, le jour même de la représentation, en demandant tout haut au roi : « Trajan est-il content'.' » et que Louis XV avait fait la sourde oreille. Ce qui est bien certain', et ce qu'on remarqua, c'est que le soir, à son grand couvert, le roi Ut des compliments sur Rameau, et n'adressa pas la parole à Voltaire Ce n'était donc encore, à son gré, qu'un demi-succès.
Au mois d'avril de l'année suivante, il eut la satisfaction d'être élu à l'Académie française. Le roi s'abstint tout au moins de nuire à sa candidature, (juant aux dévots, qui l'avaient fait échouer trois ans plus tôt. Voltaire s'était mis en garde contre eux en recherchant par d'éclatantes effusions l'appui des Jésuites, ses anciens maîtres, et en se couvrant, comme il disait, « de l'étole du vicaii-e de Jésus-Christ », c'est-à-dire en obtenant une lettre courtoise et la bénédiction apostohque du pape benoît XIV (19 septembre 1745), auquel il avait hardiment dédié son Mahomet.
Le 22 décembre 1746, il fut nommé gentilhomme ordinaire de l:i chambre du roi : ce fut pour lui le point cuhninant de la i'a-