‹ Choix de lettresChapitre 215 sur 494 · L'abhé Desfontaines. Voy · texte numérisé non relu

L'abhé Desfontaines. Voy

p. 23, note 1.

5. La Beaumelle (de son vrai nom Laurent Angliviel), né en 1726 à Valleraugue (auj. départ, du Gard), converti dans sa jeunesse au catholicisme, puis retourné au protestantisme, avait exercé en Danemark les fonctions de précepteur chez le comte de Gram, et professé à Copenhague un cours de littérature

française, quand il passa en Prusse (1731), avec l'espoir d'attirer sur lui la faveur de Frédéric.

11 s'appuya sur Maupertuis et prit à tâche de moljster Voltaire.

Possesseur de Lettres de Mme de Maintenon achetées à Louis Racine, il prétendit à l'aide de ce texte encore inédit (il ne le publia qu'en 175o-5G) ruiner le crédit du S/èoie de Louis XIV, et en publia une contrefaçon (1753) avec des notes plus injurieuses que véritablement critiques.

i. Voy. p. 199, note 4.

mêlé leurs grossièretés à ce badiiiage, qui en ont rempli les vides avec autant de sottise que de malice, et qui enfin, au bout de trente ans, vendent partout en manuscrit ce qui n'appartient qu'à eux et qui n'est digne que d'eux'. J'ajouterais qu'en dernier lieu on a volé une partie des matériaux que j'avais rassemblés dans les archives publiques pour servir à V Histoire de la guerre de 1741, lorsque j'étais historiographe de France- ; qu'on a vendu à un libraire de Paris ce fruit de mon travail; qu'on se saisit à l'envi de mon bien, comme si j'étais déjà mort, et qu'on le dénature pour le mettre à l'encan. Je vous peindrais l'ingratitude, l'imposature et la rapine me poursuivant depuis quarante ans jus qu'au pied des Alpes, jusqu'au bord de mon tombeau. Mais que conclurai-je de toutes ces tribulations ? Que je ne dois pas me plaindre; que Pope^, Descartes*, Bayle'', le Camoens^, et cent autres, ont essuyé les mêmes injustices, et de plus grandes ; que cette destinée est celle de presque tous ceux que l'amour des lettres a trop séduits.

Avouez en effet, monsieur, que ce sont là de ces petits malheurs particuliers dont à peine la société s'aperçoit.

l.Le regrettable poùnie de la Pucelle, qui venait d'être imprimé, contre le gré de Voltaire, avec force inlerpolations.

2. Sur VoUaire historiopraplie, voy. Koticc, p. xvi. — L'Histoire delà guerre de l'-il, confiée par l'aufcur à Mme Denis, avait été dcrobcc par le marquis de Ximéncs, et vendue par lui au liliraire parisien Prieur. C'est le remaniement de cette histoire que Voltaire publia en ITG'J sous le titre de P)-t;c)s dn siècle de Louis XV.

5. Sur Topo, voy. page 68, note 2.— Cet écrivain ressemblait un peu â Voltaire par la vivacité

de son humeur et son impatience de la critique ; il s'est vengé de ses adversaires dans la Diinciadc ou la Guerre des Sols (1755).

i. Descaries, a né Français e\ mort en Suède », comme dit La Bruyère, avait eu à se défendre en 16i3 d'une accusation d'athéisme suscitée contre lui par Gisbert Voët, théologien d'Utrecht.

6. Voy. p. 102, note 1. — S;i vie aventureuse fut en effet troublée par la persécution, et c'est en exil qu'il composa les Lusiadcs.

Il mourut dans la misère, peutêtre à rii6pilal.

VOLTAIRE

Qu'importe au genre humain que quelques frelons pillent le miel de quelques abeilles? Les gens de lettres font grand bruit de toutes ces petites querelles, le reste du monde les ignore ou en rit.

De toutes les amertumes répandues sur la vie humaine, ce sont là les moins funestes. Les épines attachées à la littérature et à un peu de réputation ne sont que des fleurs en comparaison des autres maux qui, de tout temps, ont inondé la terre. Avouez que ni Cicéron, ni Varron, lii Lucrèce, ni Virgile, ni Horace, n'eurent la moindre part aux proscriptions. Marins était un ignorant* ; le barbare Syila, le crapuleux Antoine, l'imbécile Lépide, hsaient peu Platon et Sophocle- ; et pour ce tyran sans courage, Octave Copias, surnommé si lâchement Auguste^, il ne fut un détestable assassin que dans le temps où il fut privé de la société des gens de lettres ^

Avouez que Pétrarque et Boccace^ ne firent pas naître les troubles de l'Italie « ; avouez que le badinage de Marof n'a pas produit la Saint-Barthélémy», et que la tragédie du

1. Il s'en vante comme d'une qualité plébéienne dans le beau discours que lui prête Salluste (Guei're de Jiigurtiia).

2. Voltaire se trompe, au moins pour Sylla, qui était un fin lettré.

3. Le sénat décerna le titre d'Augusle (c'est-à-dire vénérable, au sens religieu.x ; en grec (rsÊafrcoç) à Octave, en 28 av. J.-G. — Ce titre est devenu celui de tous les empereurs.

4. Allusion aux proscriptions de 43, dans lesquelles mourut Cicéron.

5. Les deux plus grands écrivains italiens du quatorzième siècle. Boccace est surtout connu par sûB Décaméron, recueil de

contes licencieux. — Pétrarque, auteur des Sonnets et du poème latin Africa, était surtout aux yeux de ses contemporains un humaniste et un érudil hors ligne.

6. Les querelles des Guelfes et des Gibelins qui ensanglantèrent, au treizième et au quatorzième siècle, toutes les cités de l'Italie.

7. Marot est le grand poète français sous François I"; il est né en l-iOo, mort en 15-44; Boileau a dit, dans le 1" chant de l'Ari jjoctique :

Imitez de Marot l'élégant badinage.

8. L'odieux massacre des Hutguenols, sous Charles IX, dans la nuit du 2-i août 1572.

Cid ne causa pas les troubles de la Fronde. Les grands crimes n'ont guère été commis que par de célèbres ignorants. Ce qui lait et fera toujours de ce monde une vallée de larmes, c'est l'insatiable cupidité et l'indomptable orgueil des hommes, depuis Thamas Kouli-kan*, qui ne savait pas lire, jusqu'à un commis de la douane, qui ne sait que chiffrer. Les lettres nourrissent l'àmo, la rectifient, la consolent ; elles vous servent, monsieur, dans le temps que vous écrivez contre elles : vous êtes comme Achille qui s'emporte contre la gloire, et comme le P. Malebranche, dont l'imagi-.» nation brillante écrivait contre l'imagination -.

Si quelqu'un doit se plaindre des lettres, c'est moi, puis^ que dans tous les heux elles ont servi à me persécuter; mais il faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait, comme il faut aimer la société dont tant d'hommes méchants corrompent les douceurs ; comme il faut aimer sa patrie, quelques injustices qu'on y essuie ; comme il faut aimer et servir l'Être suprême, malgré les superstitions et le fanatisme qui déshonorent si souvent son culte.

iM.Chappuis' m'apprend que votre santé est bien mauvaise; il faudrait la venir rétablir dans l'air natal, jouir de la liberté, boire avec moi du lait de nos vaches, etbrouter nos herbes.

Je suis très philosopliiquemeut et avec la plus tendre estime, etc.*.

1. Thamas Kouli-kan (autre- 4. CeUe tendre estime ne devait ment Nadir-Chah), né en 1688, pas durer. Dès l'année suivante, le mort en 1747, d'abord conducteur poème de Voltaire, sur la dcsaslra de chameaux, puis brigand, avait de Lisbonne, lui attirail de la part gouverné la Perse sous deux son- de Rousseau une réplique polie, veraius consécutifs, vaincu les mais non sans aigreur. En 1758, la Turcs, conquis une partie de ! question des spectacles à Genève l'Asie centrale, et amassé' un et la lettre de lîousseau à d'Alembutin de plusieurs milliards. Ses i bert (cf. p. 70, note 1) achevégénéraux, las de sa domination, rent le désenchantement; bientôt Unirent par le tuer. après, les procédés incivils de l'un,

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