A M. LE PRÉSIDENT HÉNAULT
25 juin (1761).
Mon cher et respectable confrère, je crois qu'il s'agit de l'honneur de l'Académie et de la France. Il faut fixer la langue, que vingt mille brochures corrompent; il faut imprimer, avec des notes utiles, les grands auteurs du siècle de Louis XIV, et qu'on sache à Pétersbourg et en Ukraine' en quoi Corneille est grand, et en quoi il est défectueux-. Vous encouragez cette entreprise, qui ne réussira pas si vous ne permettez que je vous consulte souvent. Je pense qu'il sera honorable pour la France de relever le nom de Corneille dans ses descendants. J'étais à Londres quand on apprit qu'il y avait une fille de Milton aveugle, vieille et pauvre; en un quart d'heure elle fut riche. La petite-fille d'un homme très..gupérieui' à Milton^ n'est, à la vérité, ni vieille ni aveugle, elle a même de très beaux yeux, et ce ne sera pas une raison pour que les Français l'abandonnent. Il est vrai qu'elle est à présent au-dessus de la pauvreté ; mais à qui mieux qu'elle appartiendrait le produit des œuvres de son aïeul? Les frères Cramer •* sont assez généreux pour lui céder le profit de cette édition, qui ne sera faite que pour les souscripteurs.
Nous travaillons donc pour le nom de Corneille, pour l'Académie, pour la France. C'est par là que je veux finir ma carrière. Il en coûtera si peu pour faire réussir cette entreprise ! Quarante francs, chaque exemplaire, sont un objet si mince pour les premiers de la nation, qu'on sera
1. Contrée arrosée par le Dnieper, alors moitié polonaise et moitié russe.