‹ Choix de lettresChapitre 29 sur 494 · A M. TIIIERIOT · texte numérisé non relu

A M. TIIIERIOT

Paris, 24 août (1724).

Mandez-moi, mon cher ami, si vous avez reçu la lettre que je vous écrivis il y a huit jours, et si Mme de Bernières a reçu celle où je lui rendais compte démon entrevue avec M. d'Argenson. Je viens de vous faire une antichambre à votre appartement; mais j'ai bien peur de ne pouvoir occuper le mien-. J'c\i resté ^ huit jours dans la maison, pour voir si je pourrais y travailler le jour et y dormir la nuit, qui sont deux choses sans lesquelles je ne puis vivre; mais il n'y a pas moyen de dormir ni de penser avec le bruit internai qu'on y entend*; je me suis obstiné à y rester la huitaine pour m'accoutumer. Cela m'a donné une fièvre double tierce^, et j'ai été enfin contraint de déguerpir. Je me suis logé dans un hôtel garni, où j'enrage et où je souffre beaucoup''. Voilà une situation bien cruelle pour moi; car

1. En 1714, Voltaire avait été contraint par son père d'entrer comme clerc chez M' Alain, procureur, place Maubert ; il n'y resta que quelques mois. (Voy. Notice, p. IV.) C'est là qu'il connut Thieriot, son cadet de deux ans, comme lui beaucoup plus épris de théâtre et de belles-lettres que de procédure, et que commença entre eux une amitié qui devait durer jusqu'à la mort de Thieriot {l'772).

Celui-ci, pendant la jeunesse de Voltaire, fut son confident et son correspondant de tous les jours; ajoutons, son parasite, car Thieriot était un incurable flâneur, incapable de tout travail régulier et suivi.

2. Voltaire se préparait à loger Thieriot dans l'appartement qu'il

louait pour 1800 francs dans l'hôtel deBernières.

3. On conjugue rester avec l'auxiliaire avoir quand le sujet du verbe a cessé ou cessera de j-cA^er au moment dont on parle; c'est-à-dire, ici. je n'y suis plus.

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