‹ Choix de lettresChapitre 290 sur 494 · IH. — A M. L'ABBÉ D'OLIVET · texte numérisé non relu

IH. — A M. L'ABBÉ D'OLIVET

Au château de Ferney, 20 auguste (1761).

Vous m'aviez donné, mon cher chancelier-, le conseil de ne commenter que les pièces de Corneille qui sont restées au théâtre. Vous vouliez me soulager ainsi d'une partie de mon fardeau, et j'y avais consenti, moins par paresse que par le désir de satisfaire plus tôt le public ; mais j'ai vu que dans la retraite j'avais plus de temps qu'on ne pense, et ayant commenté toutes les pièces de Corneille qu'on représente, je me vois en état de faire quelques notes utiles sur les autres.

Il y a plusieurs anecdotes^ curieuses qu'il est agréable de savoir. Il y a plus d'une remarque à faire sur la langue. Je trouve, par exemple, plusieurs mots qui ont vieilli parmi nous, qui sont même entièrement oubliés, et dont nos voisins les Anglais se servent heureusement. Ils ont unr] terme pour signifier celte plaisanterie, ce vrai comique,: cette gaieté, cette urbanité, ces saillies qui échappent à un homme sans qu'il s'en doute; et ils rendent cette idée par le mot humeur, humour, qu'ils prononcent yumor; et ils croient qu'ils ont seuls celte humeur ; que les autres i nations n'ont point de terme pour exprimer ce caractère d'esprit. Cependant c'est un ancien mot de notre langue, employé en ce sens dans plusieurs comédies de Corneille'*.

1. Cette lettre est une déclararation au public. Elle fut imprimée clans le Journal encyclopédique du 1" octobre 1701, et parut ensuite en brochure.

2. Le chancelier de l'Académie était désigne par le sort tous les trois mois : celte fonction équivaut à la vice-présidence.

Page 1