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Nos pères n'y voyaient pas

malice, et le mot qui choque Voltaire était couramment employé par eux comme synonyme de fond.

i. Une des plus pauvres tragédies de Corneille, qui fit une chute lamentahle (1653).

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Rodelinde de faire périr son fils au berceau, si elle ne l'épouse.

Son sort est en vos mains : aimer ou dédaigner Le va faire périr, ou le faire régner.

Pyrrhus dit précisément, dans la même situation,

Je vous le dis, il faut ou périr ou régner.

Grimoald,, dans Corneille, veut punir

sur ce fils innocent

La dureté d'un cœur si peu reconnaissant.

Pyrrhus dit, dans Racine :

Le fils me répondra dos mépris de la mère.

Rodelinde dit à Grimoald :

Comte, penses-y bien, et, pour m'avoir aimée, ^'imprime point de tache à tant de renommée; Ne crois que ta vertu, laisse-la seule agir. De peur qu'un tel effort ne te donne à rougir. On publierait de toi que le cœur d'une femme, Plus que ta propre gloire, aurait touché ton âme; On dirait qu'un héros si grand, si renommé. Ne serait qu'un tyran, s'il n'avait point aimé.

Andromaque dit à Pyrrhus :

Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce? Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse. Et qu'un dessein si beau, si grand, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux?

Non, non, d'un ennemi respecter la niisèie. Sauver des malheureux, rendre un fils à sa môre. Dû cent peuples pour lui combattre la rigueur Sans lui faire payer son salut de mon cœur. Malgré moi, s'il le faut, lui donner une asile; Seigneur, voilà des soins dignes du (ils d'Achille.

L'imitation est visible ; la ressemblance est entière. II y

a bien plus, et je vais vous étonner : tout le fond des scènes d'Oreste et d'Hermione esl pris d'un Garibalde et d'une Éduige, personnages inconnus de celte pièce inconnue. Quand il n'y aurait que ces noms barbares, ils eussent suffi pour faire tomber Periharite ; et c'est à quoi Boileau fait allusion quand il dit :

Qui de tant de héros va choisir Childebrand.

Mais Garibalde, tout Garibalde qu'il est, ne laisse pas de jouer avec son Éduige absolument le même rôle qu'Oreste avec Ilermione. Éduige aime encore Grimoald, comme Ilermione aime Pyrrhus: elle veut que Garibalde la venge d'un traître qui la quitte pour Rodelinde. Ilermione veut qu'Oresle la venge de Pyrrhus, qui la quille pour Andromaque.

ÉDUIGE.

Pour gagner mon amour il faut servir ma haine.

IIEnMIONE.

Vengez-moi, je crois tout.

OARIDALDE.

Le pourrez-vous, madame, et savez-vous vos forces? Savez-vous de l'amour quelles sont les amorces? Savez-vous ce qu'il peut, et qu'un visage aimé Est toujours trop aimable à ce qu'il a cliarmé? Non, vous vous abusez, votre cœur vous abuse, etc.

OnESTE.

Et vous le haïssez! Avouez-le, madame.

L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme'

Tout nous trahit, la voi.x, le silence, les yeux;

Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieu.ic.

Ces idées que le génie de Corneille avait jetées au liasard, sans en profiter, le goût de Racine les a recueillies et les a mises en œuvre : il a tiré de l'or, en cette occasion, de slercorc Enuii '.

t. Le mot est de Virgile.

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Corneille ne consultait personne, et Racine consultait Boileau; ainsi l'un tomba toujours depuis Héradius^, et l'autre s'éleva continuellement.

On croit assez communément que Racine amollit et avilit même le théâtre par ces déclarations d'amour, qui ne sont que trop en possession de notre scène. Mais la vérité me force d'avouer que Corneille en usait ainsi avant lui, et que Rotrou n'y manquait pas avant Corneille.

11 n'y a aucune de leurs pièces qui ne soit fondée en partie sur cette passion ; la seule différence est qu'ils ne l'ont jamais bien traitée, qu'ils n'ont jamais parlé au cœur, qu'ils n'ont jamais attendri : l'amour n'a été touchant que dans les scènes du Cid imitées de Guillain de Castro*; et Corneille a mis de l'amour jusque dans le sujet terrible d'OE'lipe.

Vous savez que j'osai traiter ce sujet il y a quarantesept ans. J'ai encore la lettre de M. Dacier, à qui je montrai le troisième acte, imité de Sophocle. Il m'exhorte, dans cette lettre de 1714, à introduire les chœurs, et à ne point parler d'amour dans un sujet où cette passion est si impertinente. Je suivis son conseil, je lus l'esquisse de la pièce aux comédiens. Ils me forcèrent à retrancher une partie des chœurs, et à mettre au moins quelque souvenir d'amour dans Philoctète, afin, disaient-ils, qu'on pardonnât l'insipidité de Jocaste et d'Œdipe en faveur des sentiments de Philoctète^.

Le peu de chœurs même que je laissai ne furent point exécutés. Tel était le détestable goût de ce temps-là. On représenta quelque temps après Athalie, ce chef-d'œuvre

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