Voy. la même anecddtc racontée dans la lettre
du théâlre. La nation dut apprendre que la scène pouvait se passer d'un genre * qui dégénère quelquefois en idylle et en églogue. Mais comme Alhalie était soutenue par le pathétique de la religion, on s'imagina qu'il fallait toujours de l'amour dans les sujets profanes.
Enfin. Mérope, et en dernier lieu Oresle, ont ouvert les yeux du public. Je suis persuadé que l'auleur d'Electrepense comme moi, et que jamais il n'eût mis deux intrigues d'amour dans le plus sublime et le plus effrayant sujet de l'antiquité, s'il n'y avait été forcé par la malheureuse habitude qu'on s'était faite de tout défigurer par ces intrigues puériles, étrangères au sujet : on en sentait le ridicule, et on l'exigeait des autres.
Les étrangers se moquaient de nous; mais nous n'en savions rien. Nous pensions qu'une femme ne pouvait paraître sur la scène sans dire j'aime en cent façons, et en vers chargés d'épithètes et de chevilles. On n'entendait que ma flamme, et mon âme; mes feux, et mes vœtix; mon cœur, et mon vainqueur. Je reviens à CorneJHe, qui s'est élevé audessus de ces petitesses dans ses belles scènes des Horaces, de Cinna, de Pompée, etc. Je reviens à vous dire que toutes ses pièces pourront fournir quelques anecdotes et quelques réflexions intéressantes.
iNe vous effrayez pas si tous ces commentaires produisent autant de volumes que votre Cicéron. Engagez l'Académie à me continuer ses bontés, ses leçons, et surtout donnez -lui l'exemple. Les libraires de Genève qui entreprennent cette édition, avec le consentement de la compagnie, disent que jamais livre n'aura été donné à si bas prix. 11 faut que cela soit ainsi, afin que ceux dont la fortune n'égale pas le goût et les lumières puis-
1. La tragédie amoureuse. 1 de 1750; voy. sur l'Electre deCrô-