A M. MOULTOU
Samedi, 12 mars 1763.
C'était un vilain jour pour moi, monsieur, que celui où j'étais à Ferney quand vous me faisiez l'honneur devenir aux Délices.
Mais c'est un bien beau jour, malgré la bise et la neige, que celui où nous apprenons l'arrêt du conseil et la manière dont le roi a daigné se déclarer contre les dévols fanatiques qui voulaient qu'on abandonnât les Calas-. Nous devons beaucoup à M. le duc de Choiseul, et surtout à M. le duc de Praslin.
Le règne de l'humanité s'annonce.
Ce qui augmente ma joie et mes espérances, c'est l'attendrissement universel dans la galerie de Versailles "\
Voilà bien une occasion où la voix du peuple est la voix de Dieu.
Je parie que vous avez pleuré de joie en apprenant cet heureux succès.
Je vous demande pardon de vous avoir fait lire mes esquisses informes*, mais je crois vous devoir ces pré-
1. Paul Moultou, issu d'une célèbre famille calviniste de Genève, ii6 en 1730 , mort en 1787, était sur le point de renoncer, par scrupule de conscience, à la carrière sacerdotale, qu'il avait einhiassce en 1754. Ami de J.-J.
llousseau, il «vait eu jusqu'alors peu de goût pour Voltaire; leur communauté de zèle pour la famille Calas les rapprocha.
2. « La veuve Calas et ses deux filles étant venues se jeter aux pieds du roi, un conseil extraordinaire s'est tenu le lundi 7 mars
1765, compose de tous les ministres d'Éiat, de tous les conseillers d'État et de tous les maîtres des requêtes. Ce conseil, admettant la requête en cassalion, a ordonné d'une voix unanime que le parlement de Toulouse enverrait incessamment les procédures et les motifs de son arrêt. » (Lettre de Voltaire à M. Jacob Vernes, U mar» 1705.)
3. Le jour où Mme Calas et ses filles y présentèrent leur requête.
•4. Sans doute le Ti-aiLé sur la Tolérance.
mices, comme un tribut que mon cœur et mon esprit payent aux vôtres.