‹ Choix de lettresChapitre 340 sur 494 · Voy. lettre · texte numérisé non relu

Voy. lettre

On a lu une esquisse de la pièce à nos seigneurs' les roiTiédiens; on leur a fait croire que l'auteur élait un jeune pauvre diable d'ex-jcsuilc dont il fallait encourager Je talent naissant. Les comédiens ont donné dans le panneau; et voilà la première fois de ma vie qu'on m'a pris pour un jésuite. Je me confie à vous; je suis bien sûr que le secret des conjurés est en bonnes mains. Je n'ai qu'un remords, et il est grand : c'est que la pièce ne soit pas tendre, et que les beaux yeux de Mme de Chauvelin demeureront à sec. Je lui en demande mille pardons. Mais, en qualité d'ambassadrice, elle trouvera du raisonner- et de tort vilaines actions qui peuvent amuser dos ministres. Enfin j'envoie ce que j'ai et ce que j'ai promis. Si je ne vous ai pas ennuyé plus tôt, c'est que la pièce n'était pas faite, et que j'ai été obligé de donner tout mon temps à mon maître Tierre s, que j'ai si mal imité.

Je crois que, du temps de la Fronde, les marauds que j'ai l'honneur de vous présenter auraient fort réussi*.

Je suis étonné d'écrire une lettre de ma main ; mais c'est que ma fiuxion, qui désolait mes yeux, s'est jetée ailleurs. Je n'ai rien perdu.

On dit que vous avez à Turin une belle épidémie qui fait mourir les Piémontais. Je me flatte que les ambassadeurs n'ont rien à craindre, et que l'épidémie respecte le droit des gens.

J'ai eu l'honneur de voir votre ami, que vous avez bien

1. C'est une ironie, par allusion au droit de censure que les comctiicns exerçaient souvent avec hauteur sur les pièces qui leur étaient prcsenlccs.

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