A M. DAMILAVILLE
Au château de Ferney, 1" mars (1765),
J'ai dévoré, mon cher ami, le nouveau mémoire de M. de Beaumont sur l'innocence des Calas ' : je l'ai admiré, j'ai répandu des larmes, mais il ne m'a rien appris ; il y a longtemps que j'étais convaincu ; et j'avais eu le bonheur de fournir les premières preuves.
Vous voulez savoir comment cette réclamation de toute l'Europe contre le meurtre juridique du malheureux Calas, roué à Toulouse, a pu venir d'un petit coin déterre ignoré, entre les Alpes et le mont Jura, à cent lieues du théâtre où se passa cette scène épouvantable.
Rien ne fera peut-être mieux voir la chaîne insensible qui lie tous les événements de ce malheureux monde.
Sur la fin de mars i 762, un voyageur qui avait passé par le Languedoc, et qui vint dans ma retraite à deux lieues de Genève, m'apprit le supplice de Calas, et m'assura qu'il
1. Chef de la secte barbare des Assassins, dans les montaffnes septentrionales de la Perse (doiizièine et treizième siècles).
"i. Cette lettre, écrite pour la publicité, eut Damilaville luimême pour éditeur.