‹ Choix de lettresChapitre 36 sur 494 · AU P. PORÉE · texte numérisé non relu

AU P. PORÉE

A Paris, rue de Vaugirard, près de la porte Saint-Micliel (172S).''

Si VOUS VOUS souvenez encore, mon révérend père, d'un iiomme qui se souviendra de vous toute sa vie avec la plus ' endre reconnaissance et la plus parfaite estime, recevez cet ouvrage avec quelque indulgence, et regardez-moi comme un fils qui vient, après plusieurs années, présenter cà son père le fruit de ses travaux dans un art qu'il a appris autrefois de lui. Vous verrez par la préface quel a é(é le sort de cet ouvrage, et j'apprendrai, par votre décision, quel est celui qu'il mérite. Je n'ose encore me flatter d'avoir lavé le reproche que l'on fait à la France de n'avoir jamais pu produire un poème épique'^, mais si la Henriadc vous plaît, si vous y trouvez que j'ai profité de vos leçons, alors siiblimi feriam skiera verlicc''. Surtout, mon révérend père, je vous supplie instamment de vouloir bien m'instruire si j'ai parlé de la religion comme je le dois*; car, s'il y a sur

1. Le P. Porce, jésuite, né en 1675, moiL en 1741, avait été à Louisle-Grand le professeur de rliétorique de Voltaire (voy. p. 2, note 1). 11 n'a laissé que des ouvrages en latin (tragédies, comédies et harangues) ; c'était d'ailleurs, de Ta veu général, un homme de goût, et, compliments à part, Voltairu avait conservé de ses leçons lo souvenir le plus sympathique. La llcnriade, sur laquelle il consullc son ancien uiailrovenait de paraître à Londre?

Voy. la leltrc précéd., p. 29. note 2,

2. 11 va sans dire qu'à cette époque on ne comptait pour rien les Chansonn de geste. Voltaire

écrivait, en 1726, dans VEssai sur la poésie épique : « Je me souviens que lorsquejc consultai, il y a plu.s de douze ans, sur ma Ilenriade feu M. de Malézieux, homme qui joignait une grande imagination à une littérature immense, il me dit: 0 Vous entreprenez un ouvrage « qui n'est pas fait pour notre « nation; les Français n'ont pai^ « la télé épique. »

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