‹ Choix de lettresChapitre 368 sur 494 · Sur Pellisson, voy. p. 133, note · texte numérisé non relu

Sur Pellisson, voy. p. 133, note

6. A subsisté dans un sens légèrement différent : les errements, ce sont les usages établis, en matière d'administration.

7. Cet emploi du mot erre, absolument incorrect, n'a pas subsisté.

jours ; mais le style se corrompt bien davantage : on prodigue les images et les tours de la poésie en physique ; on parle d'anatomie en style ampoulé ; on se pique d'employer des expressions qui étonnent, parce qu'elles ne conviennent point aux pensées.

C'est un grand malheur, il faut l'avouer, que, dans un livre rempli d'idées profondes, ingénieuses et neuves, on ait traité du fondement des lois en épigrammes*. La gravité d'une étude si importante devait avertir l'auteur de respecter davantage son sujet : et combien a-t-il fait de mauvais imitateurs qui, n'ayant pas son génie, n'ont pu copier que ses défauts !

Boileau, il est vrai, a dit après Horace :

Heureux qui dans ses vers sait, d'une voix légère, Passer du grave au doux, du plaisant au sévère*.

Mais il n'a pas prétendu qu'on mélangeât tous les styles. Il ne voulait pas qu'on mit le masque de Thahe sur le visage de Melpomène^, ni qu'on prodiguât les grands mois dans les affaires les plus minces. Il faut toujours conformer son style à son sujet.

11 m'est tombé entre les mains l'annonce imprimée d'un marchand de ce qu'on peut envoyer de Paris en province pour servir sur table. Il commence par un éloge magnifique de l'agriculture et du commerce, il pèse dans ses balances d'épicier le mérite du duc de Sully et du grand ministre Colbert, et ne pensez pas qu'il s'abaisse à citer le nom du duc de Sully, il l'appelle Vami cVHenri lY : et il s'agit de vendre des saucissons et des harengs frais! Cela prouve au moins que le goût des belles-lettres a pénétré dans tous les états; il ne s'agit plus qiu'. d'en faire un

•1 L'Esprit des lois, de Montesqc.R'u (17i8) : ce jugcmenl est entaché de malveillance des traits spirituels ne sont pa ; né-

cessairement des épigram.n.es 2. Dans l'Art poétique, chaud, 5. Tiialie est la muse conii jua

Melpomcne la muse trafique.

352 VOLTAIRE

usage raisonnable : mais on veut toujours mieux dire qu'on ne doit dire, et tout sort de sa sphère.

Des hommes même de heau:oup d'esprit ont fait des livres ridicules, pour vouloir avoir trop d'esprit. Le jésuite Caste! *, par exemple, dans sa Maihémaiique universelle, veut prouver que si le globe de Saturne était emporté par une comète dans un autre système solaire, ce serait le dernier de ses satellites que la loi de la gravitation mettrait à la place de Saturne. Il ajoute à celte bizarre idée que la raison pour laquelle le satellite le plus éloigné prendrait cette place, c'est que les souverains éloignent d'eux, autant qu'ils le peuvent, leurs héritiers présomptiis.

Cette idée serait plaisante et convenable dans la bouche d'une femme qui, pour faii'c taire des philosophes, imaginerait une raison comique d'une chose dont ils chcrche- 1 aient la cause en vain; mais que le mathémalicien fasse \a plaisant quand il doit instruire, cela n'est pas tolérable.

Le déplacé, le faux, le gigantes-que, semblent vouloir dominer aujourd'hui ; c'est îi qui renchérira sur le siècle passé. On appelle de tous coIls les passants pour leur faire admirer des tours de force qu'on substitue à la démarche simple, noble, aisée, décente, des Pcllisson, des Fénelon, des Bossuct, des Massillon....

On descend d'un style violent et effréné au familier le plus bas et le plus dégoûtant; on dit de la musique du célèbre Rameau, l'honneur de notre siècle, qu'elle ressemble à la course tïiine oie grasse et au galop cVune vache-. On s'exprime enfin aussi ridiculement que l'on pense, rem verha seqmmtnr'^ ; et, à la honte de l'esprit humain, ces impertinences ont eu des partisans.

Je vous citerais cent exemples de ces extravagants abus,

Page 1