Expressions (ic J.-J. Rousseau g«e, vers
{Lellre à M. Grimm sur Omphale). I Tem rem, verbi sequeniur.
si je n'aimais pas mieux me livrer au plaisir de vous remercier des services conLinuels que vous rendez à noire langue, tandis qu'on cherche à la déshonorer. Tous ceux qui parlent en public doivent étudier votre Trailé de la prosodie; c'est un hvre classique qui durera autant que la langue française.
Avant d'entrer avec vous dans des détails sur votre nouvelle édition, je dois vous dire que j'ai été frappé de la circonspection avec laquelle vous parlez du célèbre, j'ose presque dire de l'inimitable Quinault*, le plus concis peutêtre de nos poètes dans les belles scènes de ses opéras, et l'un de ceux qui s'exprimèrent avec le plus de pureté, comme avec le plus de grâce. Vous n'assurez point, comme tant d'autres, que Quinault ne savait que sa langue. Nous avons souvent entendu dire, Mme Denis et moi, à M. de Beaufrant son neveu, que Quinault savait assez de latin pour ne bre jamais Ovide que dans l'original, et qu'il possédait encore mieux l'italien. Ce fut un Ovide à la main qu'il composa ces vers harmonieux et sublimes de la première scène de Proserpine (acte I, se. i) :
Les superbes géants armés contre les dieux
Ne nous donnent plus d'épouvante; Ils sont ensevelis sous la masse pesante Des monts qu'ils entassaient pour attaquer les deux. Nous avons vu tomber leur chef audacieux
Sous une montagne brûlante.
Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux Les restes enflammés de sa rage expirante.
Jupiter est victorieux, Et tout cède à l'effort de sa main foudroyante.
S'il n'avait pas été rempli de la lecture du Tasse, il n'aurait pas fait son admirable opéra d'Armide. Une mauvaise traduction ne l'aurait pas inspiré.
1. Voy. p.342 note 5. -Chez 1 d'Olivet, cette circonspection est un disciple de Boileau, comme | louable.
VOLTAIRE
Tout ce qui n'est pas, dans cette pièce, air détaché, j composé sur les canevas * du musicien, doit être regardé J comme une tragédie excellente. Ce ne sont pas là de
ces lieux communs de morale lubrique
Que Lulli réchauffa des sons de sa musique*.
On commence à savoir que Quinault valait mieux que Lulli. Un jeune homme d'un rare mérite, déjà célèbre par le prix qu'il a remporté à notre Académie, et par une tragédie qui a mérité son grand succès, a osé s'exprimer ainsi en parlant de Quinault et de Lulli :
Aux dépens du poète on n'entend plus vanter De ces airs languissants la triste psalmodie, Que réchauffa Quinault du feu de son génie'.
Je ne suis pas entièrement de son avis. Le récitatif de Lulli me parait très bon, mais les scènes de Quinault encore meilleures.
Je viens à une autre anecdote. Vous dites que « les étrangers ont peine à distinguer quand la consonne finale a besoin ou non d'être accompagnée d'un e muet », et vous citez les vers du philosophe de Sans-Souci* :
La nuit, compagne du repos, De son crêp couvrant la lumière, Avait jeté sur ma paupière Les plus léthargiques pavots.
Il est vrai que, dans les commencements, nos e muets embarrassent quelquefois les étrangers; le philosophe de
1. Les rythmes imposés par le musicien, et sur lesquels le pocle est tenu de placer des paroles.