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XXXI? NOTICE SUR VOLTAIRE

laquelle il présentait un projet poui- la réfection du Dictionnaire sur un plan nouveau, tort semblable à celui du Dictionnaire historique actuel. II s'anime, il cxliortc ses confrères, leur distribue la besogne, en prend pour lui la plus lourde part, surexcite ses nerfs en abusant de drogues malfaisantes, prend la fièvre le 12 mai; le 50, il était mort.

Telle est, réduite à ses grandes lignes, l'existence de cet homme extraordinaire; il faut se borner, surtout dans cette dernière partie, pour ne pas énumérer mille anecdotes curieuses dont on a rempli des volumes, pour ne pas citer tout un catalogue d'ouvrages, petits ou longs, sérieux ou badins, dont la plupart, .surtout les plus légers de forme, sont des merveilles d'esprit. Il nous suffit d'avoir indiqué des dates essentielles, des points de repère, et luarqué les contrastes qui, pour ses contemporains eux-mêmes, rendaient Voltaire si diflicile à comprendre et à juger ; c'est déjà beaucoup que de faire sentir la délicatesse du sujet et de mettre nos jeunes lecteurs en garde contre les formules tranchantes, en attendant qu'ils puissent eux-mêmes, beaucoup plus tard, se faire sur le caractère de notre auteur et sur son action, une opinion personnelle, dans laquelle ils auront à tenir compie de bien des faits et à dislinguer bien des nuances.

ET SUR SA CORRESPONDANCE

De tous les ouvrages de Voltaire, le plus précieux, le plus intéressant pour l'histoire, mais aussi le plus incomparable aux yeux de la critique, c'est sa Correspondance.

On s'explique sans peine quelle peut être la valeur d'un pareil document, où nous est présentée, non pas sous forme de récit, mais directement et au vif, l'existence d'un homme qui a vécu quatre-vingt-quatre ans, qui dés vingt-cinq était célèbre, qui devient bientôt le premier homme de lettres de son temps, qui ne se confine pas dans sa profession ni parmi ses pareils, mais qui met la main à toutes sortes d'affaires, qui fait son siècle à son image, entre en relations avec tout ce qui dans toute l'Europe possède un nom et une puissance, souverains étrangers, ministres, favorites, princes de l'Église, grands seigneurs, avec tout ce qui, dans la société, brille par l'esprit, exerce quelque influence, et qui trouve encore le loisir de faire avec sa famille et ses amis proprement dits un échange de lettres tel qu'on n'en trouverait point un second exemple. Il n'y a pas un seul livre qui nous apprenne sur le dix-huitième siècle plus de faits importants, qui nous renseigne mieux sur le caractère général des mœurs et le tour d'esprit de cette étrange époque.

Dirons-nous maintenant combien est exquise, au point de vue du goût, cette correspondance si variée, si naturelle, si spu-ituelle et cependant, presque dans son ensemble, si négligée, si spontanée? Ces chefs-d'oeuvre qui n'étaient pas faits pour nous et que nous possédons par une sorte d'indiscrétion, par droit de conquête, doublent de prix à nos yeux : c'est d'ordinaire le charme des correspondances et ce qui, de notre temps, les fait rechercher avec une curiosité dont l'empressement même a pu prêtera redire. Or il n'est point de correspondance qui réunisse au plus haut degré que celle-ci deux mérites généralement peu conciliables : l'intérêt généi'al, historique, philosophique ou moral du iond, et d'autre part l'accent purement intime. Certes les lettres de Mme de Sévigné ont bien des grâces, elles sont

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d'un sentiment, d'un tour bien délicats ; elles renferment môme, hâtons-nous de le dire, des maîtresses pages, émues et vibrantes, qu'on ne trouverait nulle part chez Voltaire; mais ce sont des lettres, si je puis dire, oisives, des lettres de cour et de salon, et non, comme celles-ci, la vie même servie, interprétée par la plume. Il ne s'ayit, bien entendu, que d'une impression générale, abstraction laite de quelques lettres, et non des moins célèbres, véritables joyaux ciselés par Voltaire pour l'admiration non du destinataire en particulier, mais d'un public plus ou moins étendu : et qu'il appelle lui-mcme « ostensibles ». Un a dit excellemment' combien de sortes d'esprit nous offre la correspondance de Voltaire : l'esprit de bon sens, l'art de railler et l'art de louer, l'art de répondre à la louange, puis, outre tout cela, ce « quelque chose qui ne nous apprend rien, et pourtant qui n'est pas de trop ». Et, comme conclusion de cette analyse si pénétrante appliquée à un ouvrage dont la marque dominante est l'absence de tout procédé : « A quoi bon. dit-on, cnumérer lourdement des choses si légèi-es? En fait de genres d'esprit, il n'est guère plus aisé de trouver celui qui manque à Voltaire, que de définir tous ceux qu'il a. »

Mais nous voulons insister sur un point particulier, d'autant plus utile à marquer ici, qu'un choix de lettres, réduit aux proportions d'un livre classique, le dissimule forcément : c'est l'immensité de cette correspondance. La dernière édition des Œuvres comjjlètes- , sur laquelle nous avons l'ait notre travail, contient 1U572 lettres, dont 9500 environ sont de Voltaire lui-même. Or il s'en faut bien que nous ayons encore tout, et nous ne pourrions fixer même approximativement la proportion de ce qui nous manque et de ce qu'un avenir peutêtre prochain nous révélera. -Voltaire écrivait à Formont, le 27 juillet 1734 : « Je n'irai pas plus loin, car voilà, mon cher ami, la trentième lettre que j'écris aujourd'hui ». De ces trente lettres (en nombre rond peut-être) il nous en resta deux. Aussi chaque jour enrichit le supplément que M. Moland sera bientôt obligé d'ajouter à son édition. Au moment même où nous composions ce Choix, un de nos amis^ publiai.t deux lettres découvertes par lui dans la bibliothèque de Nancy, adressées, l'une, des plus

1. M. Nisard, dans son Histoire de la liltérahire. française.

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