Celle de M. Moland (Garnicr frères
ô. M. A. (!ollignoii, professeur de rhétorique au lycée de Nancy.
ET SUR SA CORRESPONDANCE. ■ rxxxv
piquantes, au P. Menoux, l'autre aux frères Cramer. Hier encore MH. Perey et Maugras, dans leur curieux ouvrage sur la Vie inthne de Voltaire aux Délices et à Feriieij^, donuaiciif, par fragments ou en entier, quarante lettres nouvelles du grand écrivain-. Les bibliographes savent qu'il en existe encore d'auti-es et où sont quelques-unes d'entre elles. C'est une mine qu'on n'épuisera pas de si tôt.
Quand on pense que l'auteur de cette prodigieuse correspondance a d'ailleurs laissé, en tous genres, des œuvres qui lorment plus de trente volumes compacts de 500 pages, on en vient à être confondu par une facilité qui, portée à ce degré, rehausse singulièrement tous les autres mérites d'un écrivain, et n'a plus rien de banal. Quel don que de tourner constamment le moindre billet, au courant de la plume, avec tant de désinvolture qu'il vaille la peine d'être lu, qu'il ait son style à lui, sa grâce originale! Quel triomphe de l'art d'écrire que cette multiplicité de lettres improvisées de suite, sur le même sujet, sous le coup de la même émotion, et dont chacune a son accent particulier, où les nuances sont si fines, qu'on ne trouve de l'une à l'autre m répétition monotone, ni traces de lassitude! C'est que Voltaire a véritablement le diable au corps : pour son esprit mobile et toujours en éveil, il n'y a pas de matière qui s'use, ni d'impression qui s'émousse; sa pensée est toujours alerte, toujours nouvelle, et son style, surtout dans ses lettres, c'est sa pensée même vue à travers une vitre transparente. Aussi, quelque intéressante que soit la lecture de cette correspondance par échantillons choisis (,-à et là dans l'ensemble, l'étonnemcnt est bien plus profond quaud on en lit une portion un peu considérable d'une seule haleine et sans rien passer. Le détail est tout d'effets aimables et de menues surprises; et cette petite eau vive qui court, intarissable, sur un sol légèrement accidenté, finit par vous donner le sentiment d'une grande puissance, qui jamais ne s'arrête, ni ne languit.
Voilà ce qu'il convient de se représenter pour comprendre le rang élevé, la place unique que la correspondance de Voltaire occupe dans la liUôrature.... faut-il dire de la France ou de tous les pays?.... Il est certain que cette abondance, cette continuité