A M. DE CIDEVILLE
Ce 22 février (1736).
Mon aimable et respectable ami, voilà trois de vos lettres auxquelles une de ces maladies de langueur que vous me connaissez m'a empêchéde répondre.... Je suis persuadé que vous ne m'avez pas assez méprisé pour penser que je pusse quitter un moment Cirey pour aller jouir des vains applaudissements du parterre et de
je ne sais quel amour
Que la faveur publique Ole et donne en un jour*.
Si j'allais à Paris, ce ne serait que parce qu'il est sur le tliemin de Rouen. Vous m'avez bien connu, vous avez toujours adressé vos lettres à Cirey, malgré les indignes gens qui disaient que j'avais été à Paris.
Je vous répondrai peu de chose sur Jore^. 11 s'est très mal comporté avec moi dans l'affaire des Lettres philosophiques. Je lui ai donné de l'argent depuis peu; mais, pour l'édition d'Alzire, je l'abandonne à Demoulin', qui n'a pas assez bonne opinion de lui pour la lui confier.
Un article plus important, c'est Linant*. J'ai toujours affecté de ne vous en point parler, voulant attendre que le temps fixât mes idées sur son compte. 11 m'avait marqué
1. Réminiscence de Racine, Britannicus, acte IV, se. ô. Il s'agit d'Alzire, représentée avec un immense succès le 27 janvier.
2. C'est le libraire roueunais à qui Voltaire avait eu précédemment recours pour l'impression clandestine de Charles XII (voy. p 58, note 2). Il venait de publier en contrebande, et mal-
gré Voltaire lui-même, les Lcllres philosophiques. Emprisonné de ce fait à la bastille, et privé de sa maîtrise, il avait obtenu sa grâce en trahissant le secret professionnel, et profitait de ses avantages pour exercer à rencontre de Voltaire un chantage impudent.