DES PRESCRIPTIONS CONTRE LES GENTILS
I. Les circonstances présentes m'obligent d*arertir qu'on ne s'étonne point ni qu'il y ait des hérésies, car elles ont été prédites, ni qu'elles renversent fa foi de quelques personnes,car Dieu ne les permet que pour mettre notre foi à Tépreove. C'est donc sans fondement que le grand nombre se scandalise de ce que les hérésies font tant de progrès. Eh ! que serait-ce s'il n'y en avait point ?
IL Lorsqu'une chose est, elle a nécessairement et sa cause finale pour laquelle elle est, et son énergie propre qui en fait l'essence, et sans quoi elle ne peut être. Nous ne sommes pas surpris que la fièvre, ce principe de douleur et de mort pour l'homme, existe ni qu'elle m'me le corps humain : telle est sa nature. Par conséquent si nous sommes effrayés que les
hérésies puissent ébranler et même déraciner la foi, nous devons l'être d*abord qu'elles existent ; car n'existant que pour produire cet effet , elles ont nécessairement ce pouvoir dès qu'elles existent. C'est parce que nous savons que la fièvre est un mal, et par sa cause finale et par sa nature, qu'elle nous effraie sans nous étonner. Ne pouvant l'extirper, nous faisons tous nos efforts pour nous en garantir. Mais pourquoi nous étonner que les hérésies qui nous brûlent de feux bien plusdévorans , et qui donnent la mort éternelle , puissent avoir de tels effets, au lieu d'empêcher qu'elle ne les aient ? Cest uniquement ce dernier point qui dépend de nous.
Au reste elles n'ont de pouvoir qu'autant que nous nous en laissons effrayer ; troublés par la
TERTlîLLlRÏSr-
flrayea^âôttst)ôas scàndâli^ônè;etennouA8câtidàtitônt nous rKms persuadons que ce pouvoir M vient que de la vérité. Il serait étonnant sans doute que le mal eût tant de pouvoir, si c'était ànf d'antres que sur des hommes faibles dans la foi. Dans les combats d'athlètes et de gladiateurs, le victorieux n'est pour Tordinaire ni Brave ni encore moins invincible; mais il a eu éntéteun (ïiible adversaire. Aussi lui en opposet*on un plus courageux ? Le vainqueur est tàinca à son tour. Il en est de même des hérésies; puissantes par notre faiblesse, elles ne peuvent rien sur une foi ferme et solide.
m. Les âmes faibles sont encore entraînées pftf la éhute decertainspersonnages. Gomment, dit^ti , des personnes si sages, si fermes, si éprouvées dans TÊglise, ont^elles pu passer dans lé parti de Terreur ? Ceux qui font l'ubjectioa pourraient eux-mêmes y répondre, que ces ! personnes n'étaient dam fe fond rien de tout ce qu'on suppose, puisque Thérésie les a perverties.
Mais d'ailleurs est-il bien extraordinaire que des hommes d'une vertu à Tépreuve se soient démentis dans la suite ? Saûl , distingué parmi tout son peuple, succombe bientôt à la jalousie* David , ce prince selon le cœur de Dieu^ est souillé du double crime d'adultère et d'homicide. Salomon, comblé des dons de Dieu, rempli de Sa sagesse, est plongé dans Tidolâlrie par ses femmes. H était réservé au Fils de Dieu seul de persévérer jusqu'à la fin sans péché. Quoi , si un evèque, si un diacre, si une veuve, si une vierge, si un docteur, si un martyr même tombe dans Thérésie, en sera-t-elle plus vraie? Jugeons-nous de la foi par les personnes, ou des personnes par la foi ? Point de sage que le fidèle, point de grand homme que lé chrétien , point de chrétien que celui qui aura persévéré josqu'à la fin.
Homme, vous ne connaissez d'un autre homme que l'extérieur : vous croyez ce que vous voyez , vous ne voyez que jusqu*où porte votre vue; rœil de Dieu seul est perçant. «Il lit au fond des cœurs, tandis que l'homme s^arrète & la physionomie^» Aussi, «Dieu connaît ceux qui sont à lui ; il arrache toute plante que son père n'a point plantée 3. » « Il dons ftiit voir les
' l. RcB-, 16. — • Tlm., 2.
demlem parmi les premiers; Il tient le vs sa main, pour nettoyer son aii^^ »Que I légère vole au gré du premier souffle d talions, le froment en sera plus pur d greniers du Seigneur.
N'y eut-il pas même plusieurs discij Sauveur qui se scandalisèrent de lui et donnèrent ^? mais les autres ne lui en tt pas moins attachés. Sachant qu'il vei Dieu, «et qu'il était la parole de vie,» compagnèrent jusqu'à la fin , quoiqu'il I laissé la liberté de se retirer s'ils le jug propos. Ce fut un de ses apAlres qui le après cela il n'y a pas lieu d'être sorp son apôtre ait été abandonné par un Ph] un Hermogène, un Philétus, un H} Nous nous étonnons de voir ses église données de quelques personnes ; mats nous souffrons à l'exemple de Jésus-Ch ce qui montre que nous sommes cfa «Ils sont sortis d'entre nous, dit son blen-aimé, mais ils n'étaient pas des S1ls en eussent été , ils seraient demeui nous*.t
IV. Souvenons-nous des oracles du S et de ses apôtres , qui eu nous prédise y aurait des hérésies^, nous ont ordonn fuir. Et comme nous ne sommes pas t parce qu'il y en a, nous ne devons | surpris des Suites qu'elles ont , et pouf le il nous est recommandé de les fuir. Le S nous avertit «qu'il viendra un grand de loups ravissans sous des peaux de bi Quelles sont ces peaux de brebis, si dehors du christianisme P Quels sont o ravissans, sinon des esprits trompeurs tiennent cachés pour ravager le trouj Jésus^Christ? Qui soiit les faux prophète les docteurs de l'erreur ^ P Qui sont I apôtres , sinon des corrupteurs de l'Ëvà Qui sont les antechrists à présent et di les temps, sinon des hommes rebelles I Christ <P II y a actuellement des hérA tt'infoctent pas moins l'Église du venin eri^urs que l'antechrist ne là déchii jour par les cruautés inouïes de la perst avec cette différence que la persécution
« Matt.» 15, 19 et a.
• Joan., 6. — » 76., 2. — M. Cor., 2. — » Ma
• Ib., 7. - ' If. Cor., 2 — • 1. Joan., 2. j.
DES PRESCRIPTIONS
»« et qut riiéféM M hU que des ap6s-
Ijil, aeloo l'apôtre, qu'il y eftt des hé* pour ffstre connaître ceux qui sont à re et des fureurs de la persécution et édoction de Thérésie ; car saint Paul e pas chomines a Tépreove » ceux qui loeut la foi pour l'héré-sie, quoiqu'ils ml d'interpréter en leur faveur un autre I nette apôire qui dit : « Examinez tout , n ee qui est bien ^v Comme si, après il examiné, on ne pouvait pas se irom* boisi«sant ee qui est mal.
Tapôire s'élève contre les schismes et ooa, qoi sont sans contredit des maux, oédiaiemem après il leur joint les hé- I téaoigne par là qu'il les ref];arde m mal et un mal plus considérable,
croit qu'il y a des schismes et di'S
, parce qu'il sait a qu'il fout qu'il y ait » hérésies. » La perspective d'on plus al loi eu reud un plus léger vraiseml prend de la occasion d'avertir qu'il las se laisser trouMer par les plus foi tes u « dofti le but est de faire connaître is à répreuve, celles que l'hérésie n'a lier. Enfin si le passage de Tapôire ne à maintenir l'union et à éteindre toutes lions, et si les hérésies ne sont pas :ontraires à l'union que les schismes ; it manifestement que Tapôtrc range les
et les schismes dans la même classe, et . bien éloigné par conséquent de regarime des hommes à l'épreuve ceux qui léparés par l'hérésie; d'autant plus qu'il ne toute séparation, et qu'il recomde parler et de penser tous de mème^ ne permet point l'hérésie.
e nous arrêtons pas davantage sur ce •uisque c'est le même apôtre qui, dans
aux Galaies^, met l'hérésie au nombre hés de la chair, et conseille à Tite de ut hérétique après une première correcirce qu'il est perverti et condamné par ne ^ » Dans presque toutes ses épitres aal nous inculqiie qu'il faut éviter les doctrines. Il désigne sous ce nom les hédonl ces fausses doctrines sont le fruit.
,r., 2. — M. The«8ul., ê. — • Gat., 5. — * Tit., 3.
Hérésie vient d*un mot grec ^ qoi signifie choix, parce que Thérétique choisit effectivement la doctrine qu'il invente on qull adopte. C'est pourquoi l'apôtre dit que Thérétique est condamné par loi - même ; car c*est de lui même qu'il a choisi la doctrine qui le fait Condamner. Pour nous il ne nous est permis ni d'inventer ni de choisir ce qu'un autre aurait inventé. Nous avons pour auteurs les apôtres du Seigneur, qui eux-mêmes n'ont rien inventé ni choisi, mais qui ont transmis fidèlement à l'univers la doctrine qu'ils avalent reçue de Jt^sus - Christ. Aussi quand un ange viendrait du ciel nous annoncer un autre Évangile ^ nous lut dirons anathème. Le Saint-Esprit nous avait prévenus que Tange séducteur ^ transformé eA ange de lumière obséderait la vierge Philumène *. CTest lui dont les prestiges ont engagé Apelle à inventer une une nouvelle hérésie.
VII. Ce sont là les doctrines des hommes et des démons, nées de la sagesse proftine^ potir charmer les oreilles curieuses ^. Le Seigneur a traité cette sagesse de folie ^, et a choisi ce qui est folie selon le monde, pour confondre la philosophie. La philosophie qui entreprend témérairement de sonder la nature de la divinité et de ses décrets , a fbumi matière â cette sagesse profane. C'est elle en un mot qui a hispiré toutes les hérésies. De là viennent tes Éons , et je ne sais quelles formes bizarres, et la trinité humaine de Valenlin , qui avait été platonicien. De là le dieu bon et indolent de Marcion, sorti des stoïciens. Les épicmnens enseignent que l'àme est mortelle. Toutes les écoles de philosophie s'accordent à nier la résurrection des corps. La doctrine qui confond la matière avec Dieu est la doctrine de Zenon. Parle-t-on d'un dieu de feu ; on suit Heraclite. Les philosophes et les hérétiques traitent les noêmes sujets , s'embarrassent dans les mêmes questions : « D'où vient le mal , et pourquoi est-il? d'où vient l'homme, et comment?» Et ce que Valenlin a proposé depuis peu : «rQuél est le principe de Dieu ?» A l'entendre, c'est la pensée et un avorton.
Que je plains Aristote d'avoir inventé pour
« Aipi(fK. — • Gai, 1. — » II. Cor., It. * Fille d'Alexandrie, et l'oracle d'Apelle,dUciple de Marcion.
» ColoM., 2. 1. TIm., 4. — • II. Tim., 4. - ' i.Cor., 1.
TERÏ13LLIEN.
eux la dialectique, cet art de la dispute, également propre à détruire et à édifier, vrai Protée dans ses systèmes , bizarre dans ses conjectures et dans le choix de ses sujets , contraire à ellemême, sans cesse défaisant tout ce qu'elle vient de faire !
De là ces fables ^ ces généalogies sans fin, ces questions oiseuses, ces discours qui gagnent comme la gangrène, contre lesquels veut nous prémunir Tapôtre , qui dans sou éptlre aux Golossiens avertit de se tenir en garde contre la philosophie ^.«Prenez garde que quelqu'un ne vous trompe par le moyen de la philosophie, et des discours séducteurs, selon la tradition des hommes , et contre la sagesse du Saint-Esprit, n II avait été à Athènes, où il avait connu par lui-même cette sagesse profane , qui se vante d'enseigner la vérité qu'elle corrompt, et divisée en plusieurs sectes, qui sont, comme autant d'hérésies, ennemies jurées les unes des autres.
^ Mais qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem, TAcadémie et l'Église , les hérétiques et les chrétiens ? Notre secte vient du portique de Salomon, qui nous a enseigné à chercher Dieu avec un cœur simple et droit. A quoi pensaient ceux qui prétendaient nous composer un christianisme stoïcien, platonicien et dialecticien?
VIII. Nous n'avons pas besoin de curiosité après Jésus -Christ, ni de recherches après l'Évangile. Quand nous croyons, nous ne voulons plus rien croire au delà. Nous croyons même qu'il n'y a plus rien à croire.
Je viens à une objection dont les nôtres se servent pour autoriser leur curiosité, et les hérétiques pour nous embarrasser. Il est écrit, dit-on : a Cherchez et vous trouverez ^. » Faisons attention au temps dans lequel Jésus-Christ dit ces paroles : c'était dans les commencemens de sa prédication, lorsque tout le monde doutait s'il était le Christ , lorsque Pierre n'avait pas encore déclaré qu'il le reconnaissait pour le Fils de Dieu, lorsque Jean, qui en était assuré, venait de mourir. C'est donc avec bien de la raison que Jésus-Christ disait : «Cherchez et vous trouverez,» lorsque, n'étant pas encore connu, il fallait nécessairement le chercher.
, > Tiffl., 1. Tit, 3. --- • GoioM., 2. -^ • Matt,, 7
Au reste tout ceci regarde les Juifs qui i à portée de chercher le Christ : « Us ont, di lui-même, Moïse et Élie ', » c'est-à-dire, h les prophètes qui annoncent Jésus-<3hrisl ce qu'il dit encore plus ouvertement ail « Consultez vos Écritures , dont vous c le salut, car elles parlent de moi^ :»c'estd cherchez et vous trouverez.»
Il est évident que la suite du texte s'a aux Juifs : o Frappez et on vous ouvrira. » fois les Juifs seuls étaient dans l'Église de d'où ils furent chassés pour leur infidéli gentils au contraire en étaient exclus à i petit nombre près, qu'on peut comparei goutte d'eau ou à un grain de poussif celui qui a toujours été dehors irappf où il n'a jamais été ? Connatt-il une pori n'a point été admis, par laquelle même jamais sorti? Mais celui qui a été intro( chassé dans la suite, connaît la porte et frapper.
Les paroles suivantes, «demandez c recevrez, » conviennent à ceux qui savaiei ils devaient demander, et qui avaient des promesses: je veux dire le Dieu d'Ab d'Isaac et de Jacob, que les gentils ne o saient pas plus que ses promesses. C'esi quoi le Sauveur disait : « Je ne suis qu'aux brebis perdues de la maison d'Is Il ne jetait pas encore aux chiens le pi enfans ; il n'avait pas encore ordonné chez les gentils.
Ce ne fut qu'après sa résurrection qi voya ses disciples enseigner et baptiseï les nations^, après qu'ils auraient reçuli Esprit, qui devait bientôt leur apprendr vérité^, comme il arriva en effet. Si les a chargés d'enseigner les nations devaieo eux-mêmes le Saint-Esprit pour mattn bien certain que ces paroles, «cherchez trouverez,» ne nous regardaient poin que les apôtres devaient venir chercha nous instruire, après avoir été instrui mêmes par le Saint-Esprit. A la vérité to paroles de Noire-Seigneur sont pour to Juifs qui les ont entendues elles sont jusqu'à nous. Mais comme pour l'ordinal
« Luc., 16. — • Joan., 5, — • Matt., 15. * /b., 28. ^ » Joao , 14.
DES PRESCRIPTIONS
icgirdeiil ^rectonent, elles renferment des leçons pour nous que des exemples.
IL Je rtax bien ne pas hire valoir tous mes ; supposons que ces paroles , n cberd ions Utnverez , » s'adressent à tout le oo conviendra cependant qu'il faut la raison pour en découvrir le véri- MMe SOS. Pour pénétrer les oracles divins , il m flMt pss s'arrêter à la terre : il est nécessaire liai appraftndir Fesprit et Ténergie.
k le commence par poser un principe très- : c'est que Jésus- Christ a enseigné fous les peuples un symbole de foi fixe et , qne tout le monde est obligé de , et qu'on doit chercher par conséquent le trouver et le croire. Mais ce symbole et invariable ne demande point des reinfinies. Qierchez jusqu'à ce que vous croyez quand vous aurez trouvé :
iÉs il ne Yoos reste plus qu'à garder ce que croyez; pourvu cependant que vous que vous n'avez rien de plus à chercher Mi croire, dès que vous avez trouvé, et que croyez ce qu'a enseigné celui qui vous [iHbid de rien chercher au delà.
I S qioeiqp'un est incertain de ce que Jésus- Ohrist a enseigné, on lui démontrera que la iMrine de notre divin maître ne se trouve fK diez nous. Assuré de la force de mes preuves, et craignant que certaines personnes m donnent une interprétation arbitraire et déraisonnable à ces paroles, «cherchez et vous Moverez,» je les préviens qu*elles n'ont rien I chercher au delà de ce qu'elles ont cru devoir chercher.
X. Au reste, toute cette discussion peut se iMnire à trois points ; la chose même, ou Tobjet des recherches; le temps, ou quand il faut chercher; le terme, ou jusqu'à quand. II faut chercher ce que Jésus-Christ a enseigné, tant que vous n'avez pas trouvé, et jusqu'à ce que vous trouviez. Vous avez trouvé quand vous avez cm, car vous n'auriez point cru si vous n'aviez pss trouvé. Comme vous n'avez cherché que pour trouver, vous ne trouvez que pour croire; en croyant , vous mettez fin à toutes vos recherdies ; le fruit même de vos recherches , quand vous l'avez recueilli.vous avertit de vous arrêter. Voilà aussi le terme que vous a marqué celui qui vous ordonne de ne croire, et par consé-
quent de ne chercher que ce quil a enseigné.
Mais si par la raison que les uns ont enseigné une chose, les autres une autre, nous voulons chercher tant que nous pourrons trouver, il fiiut nous attendre à chercher toujours et à ne croire jamais. Oui , quel sera le terme de mes recherches et de mes découvertes , le point fixe de ma croyance ? Chez Marcion ? Mais Valentin me crie de son côté : «Cherchez et vous trouverez. » Chez Valentin ? Apelle me tient le même langage. Ébiou, Simon, tous en un mot emploient le même artifice pour m'atlirer à leur parti. Je ne pourrai donc me fixer nulle part, tant que je suivrai tous ceux qui me crieront : « Cherchez et vous trouverez ; » comme si je ne pouvais trouver en aucun lieu , en aucun temps, ce que Jésus -Christ a enseigné, ce qu'il faut chercher, ce qull est nécessaire de croire.
XI. C*est sans conséquence qu'erre ainsi de côté et d'autre quiconque n'abandonne rien : ou a droit seulement de lui reprocher ses courses vagabondes. Mais si j'ai cru ce que je devais croire en effet, et qu'après cela je m'imagine que je dois chercher encore, j'espère donc trouver quelque chose de plus ; or je ne puis l'espérer que parce qu'avec lair de croire, je ne croyais pas réellement, ou parce que j'ai cessé de croire. Mais si je renonce à la foi me voilà apostat; en un mot, si je cherche, c'est que je n'ai pas encore trouvé, ou que j'ai perdu. Cette femme de l'Êvangile avait perdu une de ses dix drachmes : c'est pourquoi elle la cherchait. Mais Ta-t-elle trouvée, elle met fin à ses recherches ^ Un homme n'avait pas de pain: c'est pour cela qu'il frappait à la porte de son voisin. Dès qu'on lui a ouvert, et qu'on lui a doimé ce qu'il demandait , il cesse de frapper^. Une veuve sollicitait une audience de son juge, qui refusait de l'entendre : dès qu'elle l'a obtenue, elle demeure tranquille^. Tant il est vrai qu'il doit y avoir un terme à tout, soit qu'on cherche, qu'on frappe, ou qu'on demande. Car a on donnera à celui qui demande, dit Jésus- Christ ; on ouvrira à celui qui frappe, et quiconque cherche trouvera ^.»
Faites-y attention, vous qui cherchez tou-
*Luc,16. -«Luc, 11.— »/6., *MaU..7. Luc, 11.
TERTCLLIEN.
jours sans trouver, vous cherchez où Tou ne trouve point ; vous qui frappez toujours sans qu^on ouvre, vous Frappez où il n'y a personne; vous enfin qui demandez sans qu'on vous ac* corde, vous demandez à qui ne peut rien accorder.
XII. Pour nous , quand il nous faudrait chercher encore, quand il nous faudrait chercher tpuijours, où chercherions -nous? Chez les héroïques, où tout est étranger, tout est opposé à la vérité chrétienne, et avec qui il nous est défendu de-communiquer? Quel est le serviteur qui attend sa nourriture d'un étranger, pour ne pas dire de Tennemi de son matire ? Et quel est le soldat , si ce n'est un déserteur, un transfuge, un rebelle, qui va demander sa solde ou une gratification à un prince qui n'est point allié du sien , à un prince ennemi ? Cette femme cherchait sa drachme, mais dans sa maison ; cet homme frappait, mais à la porte de son voisin ; cette veuve sollicitait un juge dur, à la vérité, mais après tout qui n*éiail pas ennemi. Que peut-on édifier avec ceui qui ne savent que détruire? Quelles lumières espérer, où tout est ténèbres ? Cherchons donc chez nous et parmi Içs nôtres , mais seulement ce qui peut tomber en question , sans blesser la règle de la foi.
Xin. Or, voici la règle ou le symbole de notre foi ; car nous allons faire une déclaïaiion publique de notre croyance. Nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, auteur du monde, qu'il a tiré du néant , par son Verbe eng ndré avant toutes les créatures. Nous croyons que ce Verbe qui est son Fils est apparu plu.sieurs fois aux patriarches sous le nom de Dieu, qu'il a toujours parlé par les prophètes; qu'il est descendu par l'opération de l'Esprit de Dieu le Père, dans le sein de la Vierge Marie, où il s'est fait chair; qu'il est né d'elle, que c'est Notre-Seigncur Jésns-Christ qui a prêché la loi nouvelle et la promesse nouvelle du royaume des cieux. Nous croyons qu'il a fait plusieurs miracles; qu'il a été crucifié; qu'il est ressuscité le troisième jour après sa mort ; qu'il est monté aux cieux, où il est assis à la droite de son Père ; qu'il a envoyé à sa place le Saint-Esprit, pour éclairer et conduire son Église; enfin qu'il viendra avec un grand appareil pour mettre les saints en posses.sion de la vie éternelle et de la béatitude céleste, et pour condamner les méchaos au feu
éternel, après avoir ressuscité les cor uns et des autres.
XIV. Voilà la règle de foi que < Christ nous a donnée, comme nous le p rons , et sur laquelle il n'y a jamais pam de disputes , sinon celles qu'élève Tbéré qui font les hérétiques. Non, elle ne doit souffrir d'atteinte, quoi que vous cbei quoique vous discutiez, quelque essor qu donniez à votre curiosité. Naissiquek|«M vous parait obscur ou équivoque, vous 41 vos frères qui ont reçu le don de la i( qui ont été instruits par des docteurs eo mes; vous en avez qui, curieux comme chercheront avec vous. Enfin, si vous sa que vous devez savoir, il vous est plus a geux d'ignorer le reste, de peur d'apprec que vous ne devez point savoir, Jésus a dit :« Votre foi vous a sauvée» et m Texamen et la discussion des Écritures, consiste à ne pas se départir de la règle, qui l'ordonne est formelle, et le salut es ché à lobservation de la loi : la discussim de la curiosité , et aboutit à la stérile gk passer pour docie. Que la curiosiié cèd foi , la vaine gloire au salut ; ou qu'ils 6( nenl tranquilles, ou du moins qu'ils non sent tranquilles. Me rieu savoir contre la c'est tout savoir.
Quand même les hérétiques ne seraiei les adversaires de la vérité , quand méin< ne serions pas avertis de les fuir, que pi apprendre en conférant avec des homm conviennent qu'ils cherchent encore? S'ili chent sérieusement, ils n'ont donc rien l de certain : et ils monlrenl bien par U co peu ils comptent sur ce qu'ils se vantent c trouvé. Vous qui cherchez de voire c( vous vous adressez à des gens qui chej aussi; irrésolu, incertain, aveugle, vou^ infailliblement conduit dans le précipic des hommes également irrésolus, incert« aveugles.
Mais lorsqu'ils font semblant de che dans la vue de vous jeter dans l'inquiéu de vous insinuer leurs erreurs , après vous attirés par cet artifice; lorsque vous les défendre opiniâtrement ce qu ils dii>aient
'Mau.,9.
DES PRESCRIPTIONS
qu*il iàlbil encore chercher, déclarezqoe vous ète^ détf rmioài à renoncer i eux
qu^à JéiusipChrîftt ; car puisqu'il cher-
cneore, ils n'ont donc pas trouvé : ils ne paa, ils ne sont pas chrétiens. Mais
ik croient, et qu'ils disent qu'il faut
chcrcber, pour défendre leur sentiment ;
de te défendre, ils le désavouent donc ,
Tite confessent qu1ls ne croient pas en-
• tandis qu'ils cherchent. Ils ne sont donc
cfciAicm de leur propre aveu. Le seraient-
noasPavec tant de fausseté, quelle foi
•'ili avoir? emploient-ils le mensonge
6ifC recevoir la vérité?
. XV, Mais, dit-on, ils ne s'appuient que sur
tptcrilanes ; ils ne prétendent nous convaincre
p par tes Ecritures : comme si on pouvait
#1 prouver sur les maJières de la foi que par
kllivfta de la foi. Nous voici arrivés à ce qui
Mirepneaient Tolyet de cet ouvrage : c'est à
fw lendaîl le préambule qu'on vient de lire.
hos aHooa attaquer nos adversaires dans le
IMe même d'où il« nous défient. Leur audace
i s'armer des Ecritures en impose d'abord à
fpdqnes personnes : dans le combat ils futi-
ffacortes plus forts; il triomphent des faibles ;
Il ébranlent les autres. C'est pourquoi nous les
nèloosdis le premier pas , en soutenant qu'ils
ne sont point du tout recevables à disputer sur
ks Écritures. Cest lA leur arsenal ; mais avant
qalls puissent en tirer des armes, il faut exa<
■iner i qui appartiennent les Ëcriturcs, pour
ae pas tes laiser usurper i ceux qui n y ont
aoeoo droit.
XVL On pourrait croire que je parle de la sorte par défiance de ma cause, ou dans la crainte d engager le combat , si je n'avais pour noi de fortes rais<ms, et surtout Tautorité de l'apôtre, qui doit être notre règle en ce qui ivgarde la foi. Il nous recommande d'éviter les questions inutiles, les nouveautés profanes ^ et de fiiir Thérétique, a après une réprimande , et non après la dispute^.» Il interdit tellement la dispute, qu'il ne permet d aller trouver Thérétîqne pour le réprimander, et cela une seule ii(À;sans doute parce qu'il n'est pas chrétien, et qu'on ne doit pas lui faire plui»ieurs réprimandes, ni en présence de deux ou trois té*