‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 27 sur 80 · IX. Au reste, il y a une espèce d'impatience · texte numérisé non relu

IX. Au reste, il y a une espèce d'impatience

«Matth, 5.

ineicusabic, quoiqu'elle paraisse d'abord légitime ; c'est lorsque nous nous abandonnons h la tristesse en perdant quelqu'un de nos proches. En pareille occasion il faut se souvenir du généreux renoncement que Tapôtre nous recommande quand il dit : «Ne vous attristez pas de la mort de quelqu'un, comme font les gentils qui n'ont point d'espérance L » Et certes cet avis est très -raisonnable; car si nous cro)*ons à la résurrection de Jésus-Christ , nous cmyons par conséquent à la nôtre, puisque Jésus-Christ e^t mort et ressuscité pour nous. Étant donc certain que tous ressusciteront uu jour on ne doit point s'affliger de leur mort, ni se laisser abattre par la douleur; car pourquoi vous attrister si vous croyez qu ils n'ont point cessé d'être.^ Pourquoi supporter avec tant d'impatience que celui qui reviendra infailliblement vous ait été enlevé pour quelque temps? Ce que vous appelez une mort n'est proprement qu'un voyage: le défunt doit revenir. Ainsi , bien loin de pleurer celui qui n'a fait que pai^ser le premier, il hm le regretter seulement comme une personne qui se trouve à dire aujourd'hui parmi nous. Encore ce regret doit-il être modéré par la patience. En effet, pourquoi vous affliger à Texcès du départ de celui que vous suivrez bientAt ? Ajoutez que l'impatience en ces rencontres fait mal augurer de notre espérance, et paraît donner atteinte à notre (tii. Nous offensons Jésus -Christ lorsque nous regrettons comme des gens à plaindre ceux qu'il a appelés à lui en son royaume. Écoutons les sentimens de l'apôtre : «Je souhaite, dit-il , de sortir de captivité et d'être bientôt avec Jésus-Christ*.» Leçon excellente , qui apprend aux chrétiens quels doivent être leurs désirs. Si nous paraissons donc affligés que les autres aient déjà obtenu l'objet de leurs vœux , n'est-ce pas une marque que nous ne voulons pas l'obtenir nousmêmes?

X. Voici un autre grand sujet d'impatience , c'est la passion que l'on a de se venger, afln de satisfaire sa flerlé ou sa malice; flerté toujours vaine, malice toujours criminelle; mais principalement en cette rencontre, où elle s'établit juge dans sa propre cause, et prononce témérairement un arrêt de vengeance contre le pro-

* I.Thw»..4.— •Philip.. 1.

TERTULLIEN

chain. Ainsi rendant le mal pour le mal, elle paie le double de celui qu'on lui a Fait, puisqu'elle se venge (ce qui est déjà un mal) et qu'au même temps elle fait insulte, ce qui est un autre mal. La vengeance est la consolation des insensés et des barbares. Le sage et le chrétien la regardent comme TefFet de la seule méchanceté. En effet, quelle différence y a-t-il entre celui qui attaque et celui qui , étant attaqué, rend la pareille? C'est que Tun est le premier à mal faire, et que l'autre le suit. Cependant tous deux sont coupables devant celui qui condamne et qui punit tout malfaiteur. Être le dernier à outrager n'est point une excuse : le temps et le lieu ne séparent point ce qui est uni par un même caractère. C'est donc un commandement absolu qu'on nous fait de ne rendre jamais le mal pour le mal. Or comment observerons-nous ce précepte, si nous ne témoignons unnoble dédain pour la vengeance? Quel honneur sacrifierons-nous à Dieu , si nous nous attribuons le droit de nous défendre comme il nous plaira?

Vases de terre que nous sommes, remplis de faiblesse et de misère , nous condamnons rigoureusement un de nos domestiques qui a osé se venger d*un autre. Nous approuvons ceux qui, se souvenant de leur bassesse, de leur sujétion et du respect qu'ils doivent à leurs maîtres, ont besoin de nous remettre leurs intérêts, et nous leur procurons une satisfaction plus grande qu'ils n'eussent pu la prendre par eux-mêmes. Faut -il craindre que nous risquions quelque chose, quand nous confions nos intérêts à Dieu notre souverain seigneur, ce Dieu si équitable dans ses jugemens et si puissant

dansl'exécutiondesesarrêtsPEn vain nous le regardons comme juge, si nous ne le regardons pas comme vengeur. C'est sous ce dernier titre qu'il veut que nous le considérions lorsqu'il dit : a Laissez - moi la vengeance, et je vous vengerai > ; » comme s'il disait : Remettez-vous â moi de l'injure qu'on vous aura faite, et votre patience sera récompensée. Ainsi quand ce divin Maître nous dit : «Ne jugez point, afin que vous ne soyez pas jugés S» ne demande-t-il pas notre patience? car de qui est-ce qu'on peut dire quil ne juge point les autres, sinon

« Deut., 52. — «Mallh.,7.

de celui qui ne se soucie point de se défendre? Au contraire, celui qui juge, quand il voudrait au même temps faire grâce , il ne peut éviter le reproche d'avoir jugé inconsidérément et d'avoir par là ravi au souverain juge rboiuiear qui lui appartient.

Hélas ! en combien de malheurs l'impatience n'a-t-elle pas jeté de tout temps les hommes vindicatifs ! Combien de fois ne s'est-on pas re[>enti d'avoir tiré raison d'un affront ! Combien de fois une ardeur opiniâtre à poursuivre un rival n'a-t-elle pas causé plus de chagrin que les causes de cette poursuite n'en doivent donner I En voici la raison : c'est que lorsqu'on entreprend une affaire par impatience, on ne saurait la poursuivre sans impatience. Or ce qui se fait par impétuosité ou ne rencontre pas le but , ou tombe par terre, ou se perd en Tair. D'ailleurs , si vous ne pouvez vous venger que légèrement, vous êtes saisi de dépit. Si votre vengeance est poussée â l'extrémité, vous voas épuisez vous-même pour l'assouvir. Quel profit dois-je donc attendre d'une passion dont je ne puis modérer les transports par la violence do mal qu'elle me cause ? Mais si je tranquillise par la patience , je ne sentirai aucune douleur ; si je ne sens aucune douleur, je ne penserai point â me venger.

XI. Après avoir parcouru les principaux sujets d'impatience, est-il nécessaire de nous étendre sur tout ce qui peut exciter cette passion, soit dans le public, soit dans le particulier? Le démon exerce son empire fort loin; cet esprit malin lance ses dards de tous côtés; les coups qu'il porte blessent Untôt légèrement, tantôt jusqu'au vif. Que faire? levoid. Si le trait de votre adversaire est petit, sa petitesse doit vous le faire mépriser, s'il est violent , sa violence doit vous le faire secouer promptement. Quand l'injure est médiocre, la patience n'est presque pas nécessaire; quand raffiront est grand, il f^ut y appliquer au plus tôt la patience pour le guérir. Travaillons donc à soutenir courageusement les atuques du malin esprit; combattons, afin que notre magnanimité triomphe des ruses de cet ennemi. Si par notre imprudence et notre faute nous nous attirons quelquefois des sujets de souffrance, ne nous appliquons pas moins â supporter patiemment le mal que nous nous procurons â nous-

DE LA PATIEXCE.

Si nous croyons au contraire que c*esl Ken qui nous afflige , à qui devons-nous de la mmiiasioD qu'à lui? Il nous avertit lui-même de nous réjouir de ce qu'il veut bien avoir la boQté de nous éprouver. «Je châtie, dit-il, ceux que j'aime ^ » Heureux le serviteur que le Seigneur lui-même s'empresse de corriger, qall daigne prendre soin de châtier et qu'il ne ^iciit pas laisser dans l'erreur en dissimulant ses fiwtcsL

IWoot sommes donc obligés en toute manière de nous exercer à la patience; car de quelque côté que nous arrivent les occasions de pratiquer ceCle vertu , soit qu'elles viennent de notre imprudence ou des embûches du démon, €0 des chàtimens aimables du Seigneur, la ré- «ompense en est toiyours grande et tend â notre bonheur. En effet , qui est-ce que Jésus- GhrîsC qipdle bienheureux , si ce n'est les homnes patiens? c Heureux, dit-il, les pauvres f esprit, car le royaume du ciel est â eux \ d Or, mil ne saurait être pauvre d'esprit qu'il ne soit iHHBble, et nul ne peut être humble qu'il ne nît patienty d'autant que personne ne saurait fflmiiiiiier sans commencer par soufFrir avec filienoe rhnmiliation même. € Heureux ceux fn pleurent 3.» Or comment pourraienl-ils apporter les Wjets de leurs pleurs sans la pataice? Cest pour cela aussi qu'on leur promet b consolation et la joie. « Heureux ceux qui ont de la douceur ^. » Il est clair que les impatiens ne sont pas de ce caractère. «Heureux ceui qui ont l'esprit pacifique, car ils sont appelés eniaos de Dieu ^. » Croyez- vous que les impatiens poissent avoir la paix dans le trouble de leur impatience? Enfin quand le Seigneur dit: «Réjouissez -vous. Faites éclater votre^joie, lorsque le monde vous maudira et vous persécotera, parce que la récompense qui vous attend dans le ciel est très-grande ^. » On voit assez que cette joie n'est point promise à Timpatience, parcequ'on ne saurait se réjouir dans l'adversité, si l'on ne s'est mis au-dessus de l'adversité, ce qu'on ne saurait faire sans être armé de patience.

XD. Pour ce qui regarde la paix et la charité qui doit régner parmi les hommes , pensez-vous qu'un esprit naturellement impatient cooser-

vera cette paix si précieuse ? Pensez- vous qu'il pardonnera aisément â son frère, «je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais encore jusqu'à septante fois sept fois 1 ?» Celui - là a - 1 - il intention de payer ses créanciers, quand il leur fait cent chicanes devant le juge pour éluder le paiement ? Comment remettrez-vous les dettes de votre prochain, afin quon vous remette les vôtres, si, oubliant les règles de la patience, vous ne faites attention qu'au tort qu*on vous a fait? Non, non; tandis que vous garderez quelque ressentiment dans votre cœur, vous ne sauriez offrir à l'autel un don agréable à Dieu. Il faut auparavant avoir recours à la patience pour vous réconcilier avec votre frère. Nous risquons beaucoup si le soleil se couche sur notre colère: ainsi malheur à nous si nous passons seulement un jour sans la vertu de la patience *. S'il est donc vrai , comme nous venons de le montrer, qu'elle gouverne pour ainsi dire les autres vertus chrétiennes, faut -il s'étonner qu'elle seconde aussi la pénitence dans les occasions où celle-ci vient au secours de ceux qui sont tombés? Ainsi lorsque deux personnes mariées ont fait divorce (c'est-à-dire qu'elles se sont séparées pour une cause légitime qui permette à l'homme et à la femme de passer quelque temps dans une espèce de chaste veuvage), la patience attend , désire , demande la pénitence pour ces personnes, afin qu'elles puissent rentrer dans la voie du salut. Quel bien ne procure-t-elle pas à tous les deux ? Elle empêche l'un de devenir adultère , et au même temps elle corrige l'autre. C'est encore sous la figure d'un secours salutaire qu'elle nous est représentée dans les différentes paroles où Jésus-Christ nous offre tant de beaux exemples du véritable patient. La patience du bon pasteur cherche et trouve enfin la brebis perdue ^ : l'impatience aurait compté pour rien une brebis; mais la patience prend volontiers la peine de la chercher et de la porter sur les épaules , souffrant doucement la faute de cette brebis égarée. C'est aussi la patience d un père tendre et charitable qui va recevoir l'enfant prodigue, qui lui fait un festin, qui l'excuse auprès d'un frère impatient et irrité. Il est ressuscité cet enfant malheureusement perdu; il estressus-

»Apoc.,3. — •MalUi.,5.-''/^— «/^. — */ô.— «/i». ^ MMalih., 18. —* Kph., 4.— « Luc, VJ,

TERTllLLIEN.

cité parce qu'il s^est repenti , et la patience la sauvé parce que la patience a secouru la pénitence.

Quant à ce qui regarde la charité , on le sait , elle est comme le grand sacrement de notre foi , le trésor inestimable de notre religion, la vertu souveraine que Tapètre nous recommande avec un zèle tout brûlant du feu du Saint-Esprit. Mais celte vertu , toute excellente qu'elle est, n'est-elle pas formée, pour ainsi parler, dans Técole de la patience ?a La charité, dit saint Paul, est magnanime^;» c'estun effet de la patience. «Elle est bienfaisante;» la patience ignore ce que c'est que de faire du mal. « Elle n'est point jalouse ; » c'est ce qui convient parfaitement à la patience. «Elle n'est point arrogante;» sa modestie lui vient de la patience. «Elle ne s'enorgtieillit point; elle ne trake personne avec mépris; elle ne cherche point ses intérêts * ; » au contraire elle sacrifie en fiaveur du prochain; « elle ne se met point en colère.» En un mot, elle n'a rien laissée l'impatience. Cest pourquoi, ajoute Tapètre, «la charité souffre tout, elle tolère tout,» sans doute parce qu'elle est patiente. C'est donc très-justement qu'il est dit que «la charité ne finira jamais 3.» Les autres choses auront leur f^u. Langues , sciences , prophéties cessent , périssent, sont anéanties : « la foi, l'espérance, la charité demeurent.» La foi, c'est-à-dire cette connaissance infaillible que la patience de Jésus - Christ nous a communiquée ; l'espérance, c'est-à-dire cette assurance de là gloire c|ue la patience dé l'homme attend continuellement; hi ebarité, c'est-à-dire cet amour surnaturel qde la patience accompagne, suivant les préceptes de Dieu notre souverain maître.

XÎIl. Jusqu'ici nous avons parlé de la patience en tant qu'elle regarde l'àme particulièrement. N'oyons maintenant combien la patience, en tant qu'elle regarde le corps, contribue à nous mériter les richesses et l'amitié du Seigneur, puisqu'il a donné aussi à notre corps des forces .suffisantes pour pratiquer cette admirable vertu. L'esprit , qui est en nous comme le conducteur, communique une partie de sa charge au vaisseau qu'il habile. En premier lieu les afflictions corporelles sont une hostie expia-

» I. tor., 13. — • ma. — » Jbid,

toire qui apaise Dieu par un sacriâce dliuttilii* lion, lorsque la chair' se contentant d'un peu de pain et d'eau fiit au Seigneur une offrande (te sa pauvreté et de son abstinence; lorsqo^à cela die joint des jeûnes fréquens; enfin lor»qu'dle passe les jours dans le sae et dons la cendre. En second lieu cette patience rêne aoê prières plus efficaces, et sert à détounier les malheurs dont nous demandons d'être déliTréf ; elle ouvre les oreilles de Jésus-Christ notre Dieu; elle adoucit sa sévérité; elle excite sa clémence. Ainsi ce superbe hn de Babflooe ^ qui avait irrité le Seignenr , fit un généreai et utile sacrifice de patience par l'humiHance ec rigoureuse pénitence qu'il fit pendant M exU de sept ans , durant lequel il vécut avee les ani^ maux , séparé de toute société hnnnine ; et f» une si rude expiation il recoutre son roj^OM, et, ce qui est plus important , cette satisftetkki le fit rentrer en grâce avec Dieu;

Outre cela , si nous vmlons parcourir les autres degrés plus élevés et plus utiles de la patience, nous trouverons qu'elle coniritae beaucoup à la sainteté par le moyen de la continence. Oui, c'est cette patience corporelle dont nous parlons qui contient une veuve dans sea devoir; qui conserve à une jeune personne la fleur de sa virginité ; qui élève enfin jusqo*a«i cieux un eunuque volontaire*. La Vèrtn de l'àme se perfectionne dans le corps, oonune la patience du corps triomphe plus glorteaieineiit dans les persécutions. Est-on contraint de s'enfuir , c'est le corps qui essuie toutes les iscooimédités de la fuite. Est-on enfermé dans uim prisoa , c'est le corps qui est chargé de chaînes ; c'est le corps qui souffre les chevalets; c^est le corps qui couche sur la dure ; c'est le corps enfin qui endure Is peine de ne voir le jonr qn'i travers une petite fente de muraille, et ipn périt insensiblement dans l'ordure et èèB$ la misère. Lorsqu'il faut paraître au champ de bataille pour éprouver heur^isement ses fbrces contre les tyrans, lorsqu'il s'agit d'être lavé dans un second baptême, lorsqu'il faut monter à ce degré difficile qui fait passer subilement de la terre au ciel, alors il n'y a rien qui soutieùtie plus que la patience corporelle. « L'esprit eat fort,» je l'avoue; mais il est vrai aussi que la

* Nabucfaodonoiior. »~*MaUh., IS.

DK LA PATIENCE.

ckur es4 £ûble sans la patience, par laquelle rine H te corps trouvent iDFailliblemeDt salut ^ Ainsi lorsque le Seigneur a dît la cbalr esc iaible , » il a voulu nous apce qai la fortifie , c'est-à-dire la pa- , laqaeUe comme un appui inébranlable «Hilimt toot le poids des tourmens qu'on cmploir pour abattre la foi des chréûeas, ou poar épnwver leur consiance. (Test en effet cette vcrta qoî triomphe des fouets, du feo , des chevalets , de la férocité des lions » de Fépée des bourreaux , de la violence des nppliœL Cest elle qui a fait remporter la victoire aox prophètes, aui apôtres et aux

UV. SoQtcnn par les forces de la patience , baie est sdé en deux , et ne cesse de louer le Srifocur an milieu de cet liorrible tckirment ^. tticnne est lapidé, et demande pardon pour ses oncinis. Job , le généreux Job , s'estime infinamat heureux dans le violent combat où il est obligé d'employer toutes les armes de la patioice pour soutenir les plus furieuses attaques de Feofer déchaîné contre lui ^ Rien ne peut rabattre. Que ses troupeaux lui soient enlevés ; que ses granges soient brûlés ; que ses enfans soient écrasés sous les ruines d'une maison ; que soa corps soit horriblement couvert de nille akères ; ce sont à la vérité des coups accablans : mais en vain le démon déploie toute aa rage et toutes ses forces pour ébranler Job; il demeure inébranlable cet homme patient qui avait mis toute sa confiance en Dieu. Tant de disgrâces ne lui firent jamais perdre de vue le Seigneur. Sa fermeté fut toujours victorieuse, pour nous servir d'un exemple authentique de patience, et pour nous apprendre que, soit que nous souffrions dans le corps ou dans Fâme, ni la ruine des biens terrestres, ni la perte de nos proches, ni d'autres semblables afflictions, ne doivent point nous abattre. Quel glorieux trophée ! Dieu ne l'élèvera-l-il pas alors dans la personne de Job contre l'orgueil du démon ? Quelle éclatante victoire ne remporte-t-il pas sur cet ennemi de sa gloire divine ? Lorsque Job, à toutes les fâcheuses nouvelles qu'il apprenait , se contentait de dire humblement , la

• Mattb., 26.

• Act., 7. — » Job., 2.

volonté de Dieu soit faite ; lorsque, fatigué des reproches de sa femme et des mauvais conseils qu'elle s'empressait de lui donner dans ce comble de malheurs , il ne lui répondait autre chose , sinon : « vous ne pensez pas à ce que vous dites. »Quel spectacle ! Dieu est dans Tallégresse, si j'ose m'exprimer ainsi ^ Le démon crève de rage lorsque cet illustre malheureux couché sur son fumier ôte avec une tranquillité incompréhensible le pus qui couvre toutes les parties de son corps; lorsque, rongé par une fourmilière de vers, il se contente de ramasser ceux qui tombent et de les remettre dans les endroits d'où ils sont tombés. CTcst ainsi qu'il émousse avec la cuirasse et le bouclier de la foi tous les traits de l'esprit tentateur ; c'est ainsi qu'il recouvre la santé du corps, et le double des biens qui lui avaient été enlevés \ S1I eût même désiré que ses enfans lui fossent rendus, il aurait pu de nouveau être appelé leur père; mais il aima mieux que cette joie lui fût réservée pour le grand jour de l'éternité , se confiant en la promesse de Dieu touchant la résurrection générale. En un mot, il voulut souffrir cette perte, toute douloureuse qu'elle était, afin de ne vivre jamais sans exercer la patience.

XV. Il est donc vrai qu'on ne perd rien avec cette vertu, et Dieu lui-même en est un garant fidèle ; car si vous remettez entre ses mains l'injure qu'on vous a faite , le dommage qu'on vous a causé , la douleur que vous ressentez , la mort qu'on vous fait souffrir , il vous vengera , il vous rétablira , il vous guérira , il vous ressuscitera. Admirable avantage de la patience que d'avoir un Dieu pour dépositaire de nos peines et de leurs récompenses ! N'en soyons point surpris; c'est elle qui défend les vertus les plus agréables au Seigneur , et qui sert le plus à l'observation de ses commandemens. Elle fortifie la foi , elle amène la paix , elle aide la charité, elle instruit Thumilité, elle attend la pénitence, elle met le sceau à la douloureuse confession de nos fautes, elle gouverne la chair, elle dirige l'esprit. Elle arrête la médisance, elle empêche les rapines, elle triomphe des tentations, elle coupe la racine aux scandales, elle consomme le martyre. Elle fait la conso-

« Job., 2 —•/&., 4.

TERTULLIEN

latîoQ du pauvre, inspire la modération du riche, soutient le faible, encourage le fort, réjouit le fidèle, attire le gentil à la foi, rend le serviteur cher à son maître et le maître cher à son serviteur. Elle fait Forncment des femmes et la gloire des hommes. On Taime dans un enfant, on Testime dans un jeune homme, on Tadmire dans un vieillard; enfin elle charme dans tout âge, dans tout sexe, dans toute condition.

Voulez -vous encore voir son portrait, son air, sa parure, si je puis m'exprimer de la sorte? Elle a un visage doux et paisible , un front serein et uni sur lequel ni la colère ni la tristesse ne forment jamais de nuages; les sourcils sont toujours rians et les yeux toujours baissés, non par honte , mais par modestie ; sa bouche est scellée, pour ainsi dire, de l'inviolable sceau du silence ; sa colère est celle des personnes qui ne se sentent coupables de rien. Si elle remue quelquefois la tète, c'est pour marquer le mépris qu'elle fait du démon; si elle rit, c'est pour insulter à cet esprit tentateur. D'ailleurs ses vètemens kont si purs et si justes , qu'on n'y remarque jamais ni tache ni enflure. Elle est assise sur le trône de son maître, dont l'esprit infiniment doux et tranquille n'est jamais agité par aucun tourbillon, ni obscurci par aucun nuage; mais qui, au contraire, parait toujours clair , toujours serein , toujours pur et tel qu'Élie le vit la troisième fois. Enfin où est Dieu, là se trouve aussi la patience , qui est instruite par lui. Lors donc que l'Esprit saint descend dans nos coeurs, la patience sa compagne inséparable descend avec lui. Si nous la recevons avec cet Esprit divin, il demeurera toujours en nous, et il ne persévérera pas dans nos cœurs sans cette chère et fidèle compagne. Loin d'elle nous serons toujours dans le trouble , et nous ne saurions résister aux attaques de l'ennemi ,

si nous lui ôtons l'instrument nécessaire pour les repousser.

XVL Telle est la règle et la pratique de cette vertu céleste que le christianisme nous propose , bien différente de cette patience fausse et terrestre qui fait toute la vertu des gentils; car en ceci, comme en toute autre chose, le démon a essayé d'être le rival de Dieu. Il a voulu, cet esprit jaloux, inspirer aux siens une certaine patience qui égalât la patience chrétienne. Il est vrai que dans leur différence il y a quelque sorte de rapport , l'une étant aussi mauvaise que l'autre est bonne. Il a donc tâché de leur inspirer une espèce de patience ; par exemple , celle qui soumet à la puissance des femmes certains maris qui se sont vendus pour une grosse dot , ou qui font un trafic infâme de l'honneur de leurs épouses ; ou bien cette patience qui fait essuyer, avec de fausses démonstrations d'amitié , des services pénibles et humilians, pour attraper l'héritage d'une personne qui n'a point d'enfans ; ou bien cette patience qui expose un mirérable parasite à souffrir lâchement cent outrages pour un repas , qu'il achète au prix de sa liberté et de son honneur. Voilà les différentes espèces de patience que connaissent les gentils. Ils donnent le nom d'une si sainte vertu à des exercices bas et ignominieux : quelle folie ! Toujours prêts à tout endurer de la part d'un rival, d'un homme riche, d'un hôte orgueilleux, ils n'ignorent que la science de souffrir pour Dieu. Mais laissons ces infortunés patients de la terre, dont la patience sera bien plus rigoureusement exercée dans l'autre monde par un feu dévorant. Pour nous, chérissons la patience de Dieu et celle de Jésus-Christ. Rendons-lui ce qu'il nous a prêté lui-même. Offrons-lui la patience de notre âme et de notre corps , puisque nous croyons à la résurrection du corps et de l'âme.

AUX MARTYRS

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AUX MARTYRS

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