‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 28 sur 80 · I. Hlwtrci coofiesscors de Jésus-Gbrôt, desli · texte numérisé non relu

I. Hlwtrci coofiesscors de Jésus-Gbrôt, desli

nés ao ■artyre ^ pendant que TËglise notre

mèrecCiioCre mattrease est tout occupée à vous

procarer les alîmeos dont TOUS avez besoin pour

sustenter TOtre corps, et que vos frères vont

du» TOtre prison vous fiûre part du fruit de

teon traranx chacun selon ses facultés , souf-

frci qoe je contribue aussi en ce que je puis

n aoalagemeot de votre àme ; car,vous le savez,

en vain on nourrit la chair si Tesprit manque

de nourriture, et si Ton prend soin des infir-

ailés corporelles, on doit à plus forte raison

pQWoir aux maladies de rame, beaucoup plus

dangereuses que celles du corps. Mais qui suis-

je pmt oaer vous donner des instruclioDs ?

Soavenez-vous cependant que les plus braves

glafiatcors se laissent quelquefois animer non-

scaiemenC par leurs maîtres et leurs directeurs,

■ab encore par des étrangers et par des gens

swhabilelé ; le peuple les encourage de loin ,

et souvent, tout peuple qu'il est, sa voix est plus

efficace que celle des maîtres de fart.

Ptnsez donc premièrement à ne point attrister le Saint-Esprit qui vous a accompagnés dans Tos cachots; car s'il n'y était entré avec vous, certainement vous n'y seriez pas enfermés au^ joard'hui^. Ainsi faites en sorte qu'il demeure loojours avec vous , et que de ce triste lieu il vous conduise à la gloire du Seigneur. Je sais qae la prison est souvent la forteresse du diable, où les siens sont enfermés; mais pour vous, sacrés athlètes, vous n'y êtes entrés qne^poùr triompher de cet orgueilleux ennemi dans sa forteresse même : vous l'aviez déjà terrassé ailleurs. Qu'il n'ait donc pas la gloire de dire : Ils sont chez moi ; je les réduirai par la faim , par l'ennui, par des dissensions mutuelles. Qu'il foie devant vous; qu'il aille se cacher

'Oadoouait dans la prinoitive Église le Dom de martyr Don-seulemeot k ceux qui avaient succombé aux persecutioDS, mais à ceux qui avaient souffert.

• Epb., 4.

dans ses cavernes profondes , honteux et rampant comme un de ces serpens venimeux que l'on chasse par des enchanlemens. Qu'il ne soit pas assez heureux pour vous combattre chez lui: mais qu'il vous trouve toujours prêts et armés des armes de la charité. Votre paix est sa plus cruelle guerre : paix au reste si désirable et si précieuse , que plusieurs d'entre les fidèles ont accoutumé d'aller dans les cachots prier les martyrs de la leur obtenir pour rentrer dans la comouinion de l'Eglise. Vous devez donc conserver cette charité et cette paix parmi vous , afin que vous puissiez en faire part aux autres.

Je souhaite d'ailleurs que les autres embarras de l'esprit ne vous aient suivis que jusqu'aux portes de la prison ; vos parens ne vous ont pas aussi accompagnés plus loin. Cest là que vous vous êtes séparés du monde. Ne soyez pas Nichés de lui avoir dit adieu. Si vous considérez que le monde est lui-même une véritable prison , vous comprendrez que vous-mêmes vous êtes plus tôt sortis de prison que vous n'y êtes entrés. En effet, votre cachot est obscur? le monde est couvert de plus épaisses ténèbres qui aveuglent l'esprit. Vous êtes dans les fors? le monde porte des chaînes beaucoup plus pesantes qui accablent une àme. Votre séjour est infect ? le monde respire de méchantes odeurs infiniment plus insupportables ; ce sont les scandales et les débauches des voluptueux. Vous êtes confondus avec des criminels ? le monde renferme un plus grand nombre de coupables , je veux dire tout le genre humain. Enfin votre vie dépend d'un proconsul dont vous attendez la sentence ? le monde a bien plus à craindre dans l'attente des terribles jugemens de Dieu.

H. Concluez donc, illustres confesseurs, que vous n'avez fait que passer d'une prison à un asile. J'avoue que votre demeure est obscure ; mais vous-mêmes vous êtes une vive lumière. Vous êtes chargés d'entraves ; mais vous êtes libres en Dieu. Vous respirez un air infect ; mais vous

TERTIILLIEN.

êtes devant Dieu une odeur de suavité. Vous attendez la présence d'un juge; mais vous jugerez à la fin vos juges mêmes. Que ceux-là donc s^abandonnent au chagrin qui soupirent après les délices du siècle. Un chrétien a renoncé au siècle avant même que d*en sortir ; mais dans la prison il doit renoncer à ce qui pourrait même adoucir sa rigueur. En quelque endroit da monde que vous vous trouviez , peu hnporte , vous avez d^à abandonné le monde; et si vous avez perdu quelques plaisirs dé la vie, quel heureui trafic n'est-ce pas que de qoitter peu pom* acquérir beaucoup ! Cependant ne parlons point encore de la récompense que Dieu promet aux martyrs.

Poursuivons la comparaison du séjour du nonde et de la prison , et voyons si Tàme ne gagne pas plus dans celle-ci que le corps n*y saurait perdre. Disons mieux : le corps n'y perd rien ; il y trouve le nécessaire par la vigilance de r£glise et par la charité ^ des fidèles , au nème temps que Tâme y trouve tous les secours propres à entretenir la foi. Là du moins vous ne voyez pas les idoles des faux dieux; vous ne rencontrez point leurs images; vous n'êtes point obligés d'assister aux fêtes des gentils ; vous n'êtes point empoisonnés de cent odeurs sacrilèges; vous n'avez point la tête rompue des folles acclamatioBs du théâtre et du cirque ; vovs n'avez pas la peine d'être témoins de la fîirieuse cruauté d'un gladiateur, ou des gestes impudiques d*un comédien. Vos yeux ne tombent point sur ces endroits détestables qui sont consacrés à la débauche : vous êtes à couvert des scandales, des tentations, des pensées mauvaises, enfin de la persécution même. La prison fait trouver à un chrétien les mêmes avantages que les prophètes trouvaient autrefois dans le désert. Jésus-Ghrist cherchait souvent la solitude pour être plus libre à prier et pour éviter les embarras du siècle. Cest aussi dans un lien solitaire qu'il manifesta sa gloire à ses disciples 2.

Ne donnons donc plus le nom de prison au Keu où vous êtes; appelons*le plutôt une retraite : quoique votre corps y soit enfermé , votre àme y est toujours libre. Vous pouvez vous porter eu esprit aussi loin que vous voudrez , en vous

représentant non de sombres allées ou de loogi ^ portiques, mais le chemin assuré qui cbndiiltf >^' Dieu. Vous serez hors de prison toutes les fois ^* que vous parcourrez de la sorte cet heureux ^' sentier. Le corps ne sent point le poids de aes ^ chaînes tandis que l'âme est dans le ciel ; elh'^ emporte avec soi tout l'homme et le transporlt r où elle veut. D'ailleurs là où sera votre cœur, ^' vous y trouverez aussi votre trésor ^ FaiMW ^ donc en sorte que notre coeur soit toujours W 9 où nous voulons avoir notre véritable blaiL ' 1

m. Je veux néanmoins que la prison màtwm ^ lieu incommode aux chrétiens mêmes. Mais OP sommes-nous pas enrôlés dans It milko to Dieu vivant , depuis que nous nous y e»^^ ^ geàmes par le baptême? Or un soldat œ point s'attendre à faire la guerre tIaM champ plein de délices. Ce n'est point dte de repos et de délices qu'il doit HUifVlier combat ; c'est au sortir d'une tente 4 oà II reté de la terre , l'inclémence de l'air et la sièreté de la nourriture ont déjà aceovtuisi Ml corps à la fatigue. Dans le temps mémo de la paix les généreux soldats s'exercent aoxlra^ vaux militaires. Ils marchent couverts de Icon armes ; ils courent comme pour attaquer Tua-' nemi; ils ouvrent la tranchée; ils deuMOl Tassaut ; ils se couvrent de sueur et de pow sière dans ces pénibles exercices, afin que corps en devienne plus endurci^ et Ittir rage plus déterminé. Ils passent de Yaaâtté9m soleil, du beau temps à la pluie, du siteMe wê bruit , du repos au tumulte; ils quitteot la tonique pour endosser la cuirasse. Aînai^ glo* rieuses servantes de Jésus-Christ (car c*cat nisi à vous que je parle) quelque rudes qae foua paraissent les incommodités de la priaoïi f re« gardez-les comme un exercice oà vous asaayex les forces de votre àme et de votre corpa.

Quel heureux combat n'allea-vous paa adotenir, puisque Dieu sera votre réoMinératcttr^^ et le Saint-Esprit votre conducteur 3, voa teorim seront une couronne immortelle ; fOtfe prix sera le bonheur de devenir concîtifyeB» dea anges dans le ciel et d'être glorifiés daoâ toua les siècles des siècle». C'est pour cela que JdHia- Christ votre divin maître^, qui vous a introduits dans cette carrière après voua avoir ohm de

* Un Agapes. — • Matlh , 17,

» Maitb., C— • AgcnothMc— • X yslarquc— « É|iiStaee.

AUX MARTYRS

Ciprtt« a vwhi mos Ciire passer avant le dit CMiInt i travers tous ces exercices forti6er de plus en plus votre *. Ccsl de ia sorte qu*on accoutume les atMèles i une plus sévère disci- , aOa ^Ê€ leurs corps en acquièrent de iwllea fbraes. Oa les oblige à garder la on leur interdit les viandes trop cl les liqueurs trop agréables ; on les « «iks fiiliguef on les tourmente. Plus ils dans ces épreuves, plus aussi ils irés de la victoire. Flélas ! ils toutes ces peiues, les malbeureui ! pour «Pgacr une couronne corruptibles» comme f«k rapèlre. Peur nous, qui en attendons une iNvrapctl^f aou venons-nous aussi de regarda b prÎBOQ oomme un lieu d'exercice , où il mm fiMl coflune dans un stade courir et donisr des pmvea de notre valeur pour arriver avK gloiire devant le tribunal de Dieu. Enfln la TOli s*eiUretient par le travail , et se perd au mUmn pnr la mollesse.

IV. Notrf-SeîgBeur nous apprend que « Tesfrit art fiart* mais que la chair est fdible ^. » Il M ^ donc pas vous flatter ; la chair est bible, la Dira Bout Ta dit. Or en nous déclarant que ropril est fort , îl nous a fait entendre lequel fa deux doit être soumis. Cest la chair qui W obéir à Tesprit , le plus fiiible au plus Fort, poar ca être fiwrtiflé. Que Fesprit et le corps se sQUticanent mutuellement pour leur salut ;qu*il8 negtfdeot avec une égale intrépidité non-seulemeat les incommodités de la prison , mais encore la violence du combat : la chair appréhendera sans doute le tranchant du (glaive, rignomîme de la croix , la rage des bêtes féroces , le tourment ePFroyable du feu , et tout ce que la barbarie d*un bourreau |>eut inventer d'horrible dans les supplices; mais que Tesprit, \enant au secours de la chair, lui oppose que toutes ces choses, quelque cruelles qu'elles soient, ont été généreusement souffertes et miae recherchées par des hommes qui n'avaicm d'autre point de vue que Thonneur. Ce n'élMt pas seulement des hommes , mais encore des femmes y auxquelles vous ne devez point céder eu courage , mes très-chères sœurs en Jésos-Omst.

' l. Cor., a. — • Matlb., 20.

Je serais trop long si je voulais marquer en détail tous ceux qui, suivant les senlimens de leur seule magnanimité , se sont exposés volontairement à la mort. Un Mutins laisse brûler sa main sur l'autel pour faire parler de soi ; un Régulus , autre capitaine romain , ayant été pris par les Carthaginois , aime mieux , plutôt que d'intéresser les droits de sa patrie , se remettre entre les mains de ses ennemis, être enfermé dans une espèce de coffre où il est percé par mille pointes de fer, et où il souffre, pour ainsi dire, autant de morts quil sentait de cruelles blessures. Un philosophe ^ se jette hardinient dans le feu; un autre philosophe' se précipite dans les flammes du mont Etna; et tout récemment on a vu un certain Pérégrinus finir volontairement ses jours au milieu d*un. bûcher ardent. C*est peu pour des philosophes, puisque des femmes même ont méprisé le fer et le feu. Lucrèce, pour réparer Thonneur de sa virginité, se passe Tépée au travers du corps en présence de ses parens; Didon , sollicitée de passer contre son gré à de secondes noces après la mort de son cher époux, cherche son tombeau dans un bùclier; la femme d'Asdrubal, voyant son mari au pouvoir de Scipion et tout Carthage en feu, s*envole avec ses enfans dans les mêmes flammes qui consumaient sa patrie , pour éviter la honte de voir Asdrubal demander grâce à son ennemi. Enfin ce sexe, lotit faible qu'il est , a eu quelquefois le courage d'insulter à la férocité des bêtes beaucoup plus terribles que ne sont les ours et les lions. Ainsi la fameuse Cléopàtre se fait mourir par la morsure des aspics plutôt que de tomber en la puissance d'Auguste.

Dites, si vous voulez, que la crainte de la mort Sait moins d'impression que la frayeur des tourmens. Mais ignorez -vous quelle fut rintrépidité d'une femme athénienne, accusée de savoir le secret d'une conjuration ? En vain on lui fit endurer les plus rigoureux supplices ; bien loin de découvrir les conjurés, elle se coupa la langue avec les dents et la jeta aux yeux du gouverneur, comme pour lui dire qu'on pouvait bien la tourmenter, mais qu'on ne la ferait jamais parler. Vous savez les rudes flagellations qui se pratiquent aujourd'hui avec

' Heraclite. — • Empi^doclc.

TERTULLIEiN.

tant de solennité par les Lacédémoniens. C'est une espèce de sacrifice où les jeunes gens de qualité se fouettent jusques au sang en présence de toute leur parenté qui les encourage et les exhorte à persévérer constamment jusqu'à la fin; car ils estiment qu'il y a plus de gloire à rendre Tàme dans les tourmens qu'à y soustraire le corps. Si la vanité est donc capable de donner tant de courage et tant de vigueur, jusqu'à Faire mépriser le fer, le feu, les croix, les supplices, la férocité des bètes, avouons que nos souffrances sont légères quand on r^;arde la gloire et la récompense (Sieste qui nous est promise. Hélas! on fait tant pour du faux or : que ne doit- on pas faire pour de Tor véritable? Qui refusera donc de donner pour la réalité autant que les autres donnent pour l'apparence ?

V. Je passe ici sous silence le motif de la gloire mondaine; car on voit aujourd'hui des hommes à qui raffectation ou une certaine maladie d'esprit fait regarder comme un jeu tous les combats de cruauté et de fureur où ils s'exercent. Combien de fainéans embrassent par vanité le métier de gladiateur! Le désir de la gloire les fait aller au -devant des bètes féroces, et ils s'imaginent avoir acquis par là autant de nouveaux traits de beauté qu'il parait de morsures et de blessures sur leur visage. D'autres se sont engagés à parcourir un long espace, en portant une chemise ardente sur la chair. D*autres enfin ont marché gravement à travers une grêle de coups d'étrivières qu'on faisait tomber sans discontinuation sur leurs épaules. Ce

n'est pas en vain , glorieux confesseur Dieu a permis ces exemples de générosit le monde , c'est pour nous encourager a d'hui et pour nous confondre au demie Malheur à nous , si l'amour de la vérité n rend pas plus déterminés à souffrir poui salut, que la vanité ne rend les autres ] pour leur perte !

VI. Mais laissons ces prodiges de cor qu'a produits la seule ambition. Considé triste condition de notre nature, afin q les choses qui ont coutume d'arriver notre attente nous nous animions aux a qu'il nous faudra peut-être soutenir b En effet, combien y en a-t-il qui ont éi lés tout vifs dans quelque incendie ! Ce de gens ont été dévorés par des bètes fu dans les forêts ou ailleurs! Combien ont assassinés par des voleurs , ou attachés ei par l'ennemi , après avoir été tourment* naillés , outragés en mille manières !

combien en voit-on tous les jours qui soi courageusement pour l'amour d'un bon que Ton fait difficulté de souffrir pour 1 d'un Dieu ! Le temps présent en est un gnage authentique. Combien de person même des personnes de la première q périssent d'un genre de mort à quoi i naissance, ni leur dignité , ni leur âge . avantages du corps ne doivent point les ser ! Et cela au sujet d'un homme. Il ] mourir s'ils embrassent le parti de ses saires ; s'ils prennent sa défense, ses advi les font périr.

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