‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 32 sur 80 · DU VÊTEMENT DES FEMMES · texte numérisé non relu

DU VÊTEMENT DES FEMMES

Ftr et rargent ? Quoi ! ont-ils une autre nature fie CCS autres petits cailloux et que ce gravier flérile, qui ne sont à proprement parler que ktavortona de la terre ?0n peut du moins dire fie ces pierres ne sont d'aucune utilité véritrirte dans le monde ; on ne s'en sert point ni panr afiènnir dea fondeniens, ni pour bâtir de fcrica marailles, ni pour soutenir les couvertarea dea maisons, ni pour construire de solides terraaies) elles ne serverit qu'à entretenir fann biiieo dea ftmnilea et à augmenter leur orgueil; ef c'est pouf un usage si excellent qu on les psKt avec tant de peine pour les Faire briller avantage^ qu'on les arrange avec tant d'étude piar Icnr oonner plus d'éclat par lunion et h dîtrrrailé choisie de leurs couleurs, qu'on b perce avec tant de précaution pour leà aspcadre aux oreilles, et qu'on les enchàï^se ÉÂa de l'or pour prêter d ce métal et paur CQ recevoir mutuellement de nouveaux !

lia Tâffibition ne se contente pas de s'en^ Crefflûrdecea ctaosen qu'elle tire de la terre, il hot encore qu'elle aille chercher jusque danil la OMT de quoi se cotitentbr, et qu'elle trouve da Beeteile nourriture dans les moindres coqaiilafea; mais ce qui est surprenant , est que ce qee Poq appelle des perles n'est autre qu*uD déhot de ces mêmes coquilles , et one excroissance vicieuse qui se forme la Mana de Tenveloppe de ces poissons. EniB,il o^ya rien que la vanité ne mette en usage pour s'entretenir, puisqu'elle saii chercher du secours jusque dans la t(^le des dra(>ons, où die trouve une de ces pierres précieuses dont die se pare, comme si ce n'était pas assez à une ftouDe chrétienne d'avoir appris du serpent à ibobélr ft Dieu , sans chercher encore dans un mimai qiii a leVvi d'instrument à noire séducteor de la matière pour entretenir le feu de Tambitioo et de la superbe qu'il a allumé. En Térité, mes chères sœurs, pensez-vous que ce nît le moyen d'écraser la léic du ser|)ent, que fen chérir si fort lesdépouiilcs ? ou plutôt n'estce pas se soumettre tacitement à lui que de réievercommevousfaitesau-dessus de vos tètes, et mettre votre gloire à faire briller un de ses ossemens sur vos fronts?

Encore si le consentrnicnt naturel de toutes les niUons donnait, quoique sans raison, du prix

à ces choses dont vous Mies tant de cas , je pourrais souffrir que vous vous laissassiez emporter à la force de ce consentement gênerai ; mais ces matières si précieuses chez vous, sont méprisées dans les pays d'où elles viennent , et on ne les estime que là où elles sont étrangères, c'est-à-dire là où on n'en connaît point la juste valeur. L'abondance de ces choses donne du dégoût, et Ton a vu chez les Parthes , chez le^ Mèdes et chez d'autres dations où les veines d'or sont abondantes , que les chaînes des esclave^ et des criminels en sont faites ; en sorte qu'en chargeant ces coupables de ce que l'on appelle ici des richesses, il se trouve qu'ils sont d'autant plus malheureux qu'ils sont plus riches, tant il est vrai qu'il n'est pas impossible que l'or devieniie un objet de mépris et de haine.

Les pierres précieuses he ^lit pas plus esti** mées chea ces peuples; ndus les avons vues depuis peu dans Rome traitées par eut avec mépris, et lès dahie^ les plus illustres n'ont pa s'empêcher de mugir de voir à qtieis usages des peuples barbares Faisaient servir leurs ornemens les plus précieux. Les émersudes dont les boucles de leurft ceintures étaient chargées, el les diamans qui couvraient le Fourreau de leurs épées, étaient négligement cachéH sous une robe toute simple, et les perles qui couvraient leurs soulier^ étaient souvent elles mêmes couvertes de boue; ehfin ils ne portaient des pierreries que dans les endroits où Ton ne pouvait les Voir, eomme^'ils eussent eu dessein d'apprendre aux dames romaines que Ton doit avoir honte de s'en servir; mais ils ne se contentent pas défaire portera leurs esclaves de ces étoffes précieuses dont la teinture est si chère; mais comihe s'il était Indigne d'un homtne de s'en servir, ils ne s'en servent ordinairement quà couvrir leurs murailles, et ils estiment plus que la pourpre les couleursnaturellcs des étoffes les plus simples.

Je ne crois pas que ce mépris si généreux puisse être condamné ni passer pour barbare; car enfin quel honneur véritable peut-on tirer d une union contre nature de couleurs et d'i-^ toffes , si ce n'est que l'on veuille dire que Dieu n'a pas pu créer des moutons dont la laine fût teinte en écarlate ou en quelque autre de ces couleurs éclatantes qu'on leur donne.^ Mais puis-

TERTULLIEN

qu'il est certain qu'il Ta pu faire, il feut conclure qu'il ne la pas voulu , puisqu'il ne Ta pas fait ; et c'est être bien téméraire que de changer les ordres de sa volonté. Il faut donc dire que ces choses qui ne sont pas de Dieu ne sont pas bonnes, même d'une bonté naturelle, mais que ce sont des inventions du diable corrupteur de toute la nature; car tout ce qui n'est pas de Dieu vient de Temulateur de sa gloire : or il n'y en a point d'autres que le diable et ses anges.

Mais, direz-vous, toutes ces matières ne sontelles pas sorties des mains de Dieu ? Il est vrai , mais l'usage que vous en feites n'est pas conforme à sa volonté ; c'est comme si vous vouliez me persuader que les spectacles des païens contre lesquels j'ai écrit , et que l'idolâtrie même, sont conformes à la volonté de Dieu, parce qu'il a créé les choses que les hommes font servira ces abominations. Si donc il n'est pas permis pour cela à un chrétien d'assister à ces spectacles, il ne doit pas davantage se croire en droit de faire servir à son ambition l'or et les pierreries que Dieu a faites pour sagloire.

Mais que ce siècle coupable de vaine gloire est éloigné de la volonté de Dieu ! car comme Dieu a distribué différemment toutes choses en différens pays, en sorte qu'elles deviennent mutuellement rares et étrangères à des peuples différens; au lieu de trouver dans cette sainte disposition de la volonté de Dieu des raisons de nous contenter de ce qu'il a bienvoulu produire chez nous, la rareté et la

nouveauté que la concupiscence nous fait s aveuglément, ont malheureusement inspi nous un désir déréglé de posséder des c queDieu semblait avoir destinées pour d's peuples.

Mais cette passion maudite n'a plus de bc sitôt que nous lui avons donné entrée notrecœur, et c'est ce désir excessif de pos des choses rares, que l'on appelle ambitio nous enfle tellement le cœur de vaine g qu'il est enfin presque impossible d'en ai le cours; et ce désir immodéré de gloii aucun fondement, ni dans la nature, ni aucune bonté véritable , il n'est souteni par la concupiscence qui est la plusd reuse maladiede l'esprit humain et qui n'a ci de prix à son objet que pour y trouver de s'enflammer de plus en plus. En efte\ voyons-nous pas que la concupiscence de d'autant plus grande, que la possession esl étendue ? Nous voyons à la ruine des fai les plus illustres enfermer dans de p bottes des héritages considérables ; nous vc des voiles qui coûtent jusqu'à vingt cinq écus d'or, l'on voit la valeur des forêts c lies entières sur une tète délicate, l'oi pendre à de tendres oreilles des revenu menses, l'on voit enfin les doigts d'une k ambitieuse porter chacun la valeur de plui sacs d'or. Peut-on dire que l'ambition ma de force, puisqu'elle foit porter sans à une simple femmelette la valeur de ta revenus P

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TRAITÉ DU VOILE DES VIERGES

L Puisqu'il est maintenant de mon intérêt particulier de défondre mon sentiment, je ferai aussi voir en latin qu'il faut voiler les vierges chrétiennes depuis qu'elles sont sorties de l'enfance ; que la vérité le demande, et que ni le temps , ni la dignité des personnes, ni les privilèges des pays différens ne peuvent pres-

crire contre elle : car c'est quelqu'une i trois choses qui donne ordinairement liei coutume qui , ne subsistant d'abord qo l'ignorance ou par la simplicité des homn fortifie en suite par l'usage et s'élève cor vérité; mais après tout Notre-Seigneur , Christ s'est appelé vérité et non pas cou

DU VOILE DES VIERGES

z JésQS-QiriM a toiùoars été et est avant choses j il s'ensuit qat la vérité a été de mps, et qu'elle est la plus ancienne de xs choses : ce que ne peuvent comprendre oi nonobstant son ancienneté la trou- HNivelle^. En effet la nouveauté des s ne suffirait pas pour les faire conr si elle pouvait se rencontrer avec la

tout ce qui lui est contraire s'appelle r, quand ce serait la plus ancienne cou- Ilu reste ceux qui ne connaissent pas la sool ignorans par leur faute, et leur nce ne les excuse pas; car on est ^lebligé de s'instruire de ce que l'on ignore, se soumettre aux vérités dont on est t.

^le de notre foi est toujours la même, »t point sujette au changement , ni susle de réformation : comme de croire en l Dieu tout-puissant, créateur du monde, 0 Fils Jésus- Christ est né de la Vierge f a été crucifié sous Ponce Pilate , que le me jour il est ressuscité des morts , qu'il reçu dans le ciel , qu'il est maintenant la droite de son Père, qu'il viendra juger ans et les morts, auquel temps nos corps it ressusciter. Mais cette sorte de règle de foi demeurant en son entier , les autres qui regardent la discipline et les rapports èles entre eux peuvent admettre quelque de nouveauté et de correction par l'opécontinuellede la grâce, dont nous devons r jusqu'à la fin ; car, après tout, quelle !nce y a-t-il que le démon travaillant sans i fortifier l'esprit d'iniquité , la grâce de |ui est son ouvrage cessât de travailler à perfection , vu principalement que c'est e dessein que Jésus-Christ a envoyé le et , afin que l'homme qui , à cause de sa ise, ne pouvait pas comprendre tout d'un outes les maximes de la perfection chré-

y fût conduit peu à peu par une sainte line, que le Saint-Esprit son vicaire devait tionner ? J'ai encore, dit-il à ses disciples, urs choses â vous dire, mais elles sont i au-dessus de vos forces; lorsque l'esprit ité sera venu , il vous conduira â toute ie vérité et vous instruira de ce que vous

lU., M.

aurez 1 Aire K Mais il leur avait déjà parlé de ce que cet esprit de vérité devait opérer en eux. Quel est donc le ministère du Paraclet , si ce n'est de régler la discipline , de nous foire entendre les saintes Écritures, de réformer notre esprit , et de nous faire toujours avancer vers l'état de perfection 2. Il làut que tout ait son âge, il n'y a rien qui n'attende sa perfection du temps ; enfin XEcclésiaste nous apprend qu'il feut du temps â toutes choses '. Considérez les créatures, vous verrez qu'elles s'avancent peu à peu jusqu'à ce qu'elles soient en état de porter du feuit. Les plus grands arbres ne sont d'abord qu'un grain fort petit, il ne s'en forme au commencement qu'une herbe très-faible qui se change insensiblement en arbrisseau, aprfai quoi ses branches et ses feuilles s'étant fortifiée et étendues , nous voyons enfin un arbre pariait, dont les boutons venant à éclore nous font voir une fleur qui laisse du fruit après elle. Ce firutt dans sa naissance ne parait qu'ébauché, mais ensuite il devient plus formé à mesure qu'il croît, et après un temps nécessaire il s'adoucit et arrive à une agréable maturité.

C'est à peu près de la même manière que Dieu qui est la première source de la justice, comme il est la première cause de toutes les créatures , a fait faire à cette vertu plusieurs progrès parmi les hommes. D'abord elle n'a été appuyée que sur la crainte naturelle de Dieu , elle s'est vue dans une espèce d'enfance au temps de la loi et des prophètes, l'Évangile lui a pour ainsi dire donné la force d'une vigoureuse jeunesse, et enfin l'esprit de Dieu travaille sans cesse à la perfectionner. C'est ce divin esprit que nous devons reconnaître et adorer pour notre ihattre depuis Jésus-Christ; car comme c'est Jésus- Christ qui nous l'a envoyé pour nous instruire, il ne nous parlera jamais que de sa part, et ne nous enseignera jamais d'autres maximes que les siennes. Lui seul doit être notre guide, parce qu'il est le seul qui nous ait été envoyé depuis Jésus-Christ. Ceux qui se soumettent à ses inspirations n'ont pas de peine à concevoir que les vierges doivent être voilées, parce qu'ils préfèrent la vérité à la coutume.

H. Mais quoique la vérité n'ait pas besoin d'élre appuyée par la coutume , si est-ce toute-

» Joan., 15. — * //"/., H. — ^ Eccl^s., 3.

TERTULLIEN

fois que ce D'est pas une chose sans exemple que de voiler les vierges, et il est bon d'opposer k une mécbanie pratique une coutume contraire et louable. Il y a plusieurs Églises dans la Grèce et dans quelques pays élrangers qui en dépendent , où c'est la coutume de voiler les vierges; il y a même des pays sous notre climat où Ion observe celle pratique; et afin que Ton n'aille pas s'imaginer que ce soit seulement l'usage des idolâtres grecs ou barbares, je ne propose pour exemples que des Églises que les apôtres ont fondées , ou que je crois avoir été établies de leur temps par des hommes apostoliques. Ces anciennes Églises ont aussi bien que les nouvelles l'autorité de la coutume, et elles ont outre cela des temps et des prédécesseurs qui peuvent justifier leur conduite. A quoi donc s'en doit-on tenir ? quel doit être notre cbuix ? Il n'y a pas d'apparence de rejeter une coutume que nous no pouvons condamner , elle ne nous est pas étranfjfère , puisque ceux chez qui elle est en usage ne nous sont point élrangers, nous jouissons avec eux de la même paix, nous les appelons nos frères, nous avons la même foi qu'eux , le même Dieu, le même Sauveur, les mêmes espérances, le même baptême, les mêmes sacremens: en un mot, nous ne faisons avec eux qu'une seule Église, ainsi tout ce qui leur appartient doit aussi nous appartenir.

Au reste, puisque cette question divise le corps de TÉglise , qui devrait être uni , il faut qu'il arrive en cette rencontre ce que nous voyons arriver dans toutes les questions incertaines et douteuses. Il faut examiner laquelle de ces deux coutumes opposées convient mieux â la doctrine de Notre -Seigneur, et je crois qu'on n'aurait pas de peine à prendre parti et à se déterminer pour celle qui n'expose les vierges chrétiennes qu'aux yeux de Dieu, puis<que ipute leur gloire ne venant que de Dieu , elles doivent rougir devant les hommes et avoir même honte de leurs propres perfections. U est plusaisé deconfondreune fille par les louanges qu'elle mérite que par de justes reproches , parce que si elle a bien pu se les attirer par ses désordres, elle aura en même temps appris dans le péché à s'endurcir le front et à le dépouiller de tonte sorte de honte.

Et il ne fnit pu croire que jamais personne ^

eût approuvé la coutume de découvrir la tète des vierges et de \e$ déttvouer pour lellpa ca les faisant voir , s'il ne se fût rencontré beaocoup de ressemblance entre celles qui vealcat être vues et ceux qui prennent plaisir à les voir. Des yeux qui veulent \oir une fille ne diffèreel point de ceux d'une fille qui veut être vue; Ht se souhaitent mutuellement, parce qu'ils sent de même genre, c'est la mèine convoitise qei allume le désir de voir et celui d'être vue, et il est également impossible qo*uB aaint homme puisse voir une fille sans en avoir de il Gonfovion, et qu'une sainte fille puisse reoeastrer les yeux d'un homme sans rougir. Mais les saints qui nous ont précédés n*ont jamais voulu avoir d'égard pour les coutumes, et CCH de nos ancêtres qui les ont reçues en ont bit la différence d'une manière qui parait plus aop« imnable. U était permis à une fille de se voiler ou de se prostituer, comme il lui est nMinlenant permis de se marier, ce que persooBe ne contraint ni ne défend de bire. La vérité aa contentait de traiter avec la coutame euiis en conditions, pour jouir du moins d'upe partie de ses droits sous le nom de la coutume , parée que dans la liberté de ce choix il était eiié de reconnaître quel était le meilleur parti ; mais le démon , ennemi de tout birn et de toute iaaii* tution louable , se sert de cette lolérenre pov achever son ouvrage. U fiait soulever les Wlea des hommes contre les vierges de Diea, eilea font paraître leur audace à la témérité avee laquelle elles se découvrent, et néanmoins cilaa ne laissent pas de passer pour vierges, qnpîqu'en cet état elles semblent demander la cimk pagnie des hommes, et les saintea flilea, qni sont d'auiant plus libres qu'elles aoQf fîm assujetties à Jèms-Oirist , ne laissent pas de lea imiter et de se rendre à elles.

Gps filles du monde se réorient qu'elles aeat scandalisées de ce que les servantes de Christ veulent être voilées, et elles aa mieux en être scandalisées que de (es iariier : mais si je ne me trompe, le lM)n exemple B^e jamais passé pour acaiidale , et l'on a COHionra donné ce nom à celui qui pour être nanvab M aauraii conduire qu'au péché. Les bonnes choses ne scandalisent que les réprouvés. S*U est vrai que la modestie , la pudeur , le mépris de la gloire, le désir de ne plaire qu'à Dian,

DU VOILE DBS VIRRGES.

ie MrilaUas biint , qif etax qai'eii sont MaarecenoaiMient leur inalire. DpvieDdroiwmocniw de la coniinence de peur de odalieer les débauchée? Faudra l-ilcondara- Ic vcovagc, parce que tooi le inonde ne depai dans cet état ? N*e$t-îl pas plus rai- MniMblc que les saintes filles se plaignent dTèlre arandalisées du peu de retenue de celles qai pfAendent en se découvrant feîre parade «le leur virginité ? Faudra-t-il qu'à la considéwmiioa de ces filles qui semblent s'exposer en vente, l'on voie de saintes vierges traînées à IVflise, rougissant d'avoir été vues en chemin, treoMant de se voir découvertes, comme si on las devait prostituer? car elles ont également ViB et rautre en aversion. Une fille ne saurait topaser aux yeux des hommes sans se prosti- Imt €■ quelque façon , et Ion peut même dire fB^dle est plus souillée par cette exposition volomaire quVIle ne le serait si elle é(ait violée , parte que la faiblesse de sa nature peut bien lui Mer ha inoyens de résister à la force, au lieu que qnand elle se laisse corrompre l'esprit, elle |CPi volontairement la pudeur qu'elle pouvait ft qu'elle devait conserver. O que les mains MM sacrilèges , qui ont osé arracher de dessus Il tète des vierges un habit qui les conservait à Kti! Qu'aurait pu Faire davantage le plus cruel pcnécotcnr du nom chrétien , s'il avait su que leroileest rhabillemenl dislinclifde celles que faus-Chri^l a choisies? Depuis que vous avez Mcoovert la tèie d'une fille , elle n'est plus la ièmeetelleestdevenuctoutautrequ'ellen'était.

m. Vérité divine, il est temps de paraître, vous 'irez trop longtemps soufFert, il ne faut plus défendre aucune coutume, puisqu'on rejette Mie qui était d*accord avec vous; faites voir que c^est vous qui commandez de voiler les vierges, ^pliquez vous-même vos saintes Écritures que la coutume ne connaît point ; car il n'y a pas ^apparence qu'elle pût leur résister si elle les connaissait. Mats comme c'est une chose ordinaire aux ennemis de la vérité de se servir contre elle de ses Écritures , on ne manquera pas de m'op poser dal>ord, que l'apùtreveut leolemcnt que les femmes soient voilées , qu'il ne bit aucune mention des vierges, et que si ce précepte les regardait il les aurait nommées séparément après avoir nommé les femmes, puisque dans un autre endroit où il parle du

mariage, il prescrit en particulier ce que les vierges doivent observer ^

Mais je puismeservirdn même raisonnement contre ceux qui font cette objection ; car puisque l'apôtre sait faire la difKrence des vierges et des femmes, quand ce qu'il en dit ne convient pas aux unes et aux autres, il faut conclure que quand il n'a point fuit cette différence , il entend que les unes et les autres soient de même condition. Au reste puisqu'il lui était facile de distinguer en cet endroit aussi bien qu'ailleurs les vierges d'avec les femmes , l'on ne peut conclure autre chose de ce qu'il ne les a pas divisées, sinon qu'il les a tacitement confondues;

- mais l'on ne doit pas inférer comme font quelques-uns que dans ce texte où il est parlé de voiler les femmes , il y a aussi bien qu'ailleura de la différence entre les femmes mariées et les vierges; car ce que l'on dit en un endroit ne doit jamais s'entendre de la même manière dans un autre, sinon lorsque dans l'un et dans Tautre la raison étant la même, il suffit d'avoir dit quelque chose une seule fois : mais l'espèce dans laquelle l'apôtre distingue les femmes d'avec les vierges est bien différente de celle dans laquelle nous sommes. Il y a , dit-il , de la différence entre une femme et une vierge , parce qu'une vierge pour se sanctifier de corps et d'esprit ne pense qu'aux choses de Dieu , an lieu qu'une fomme mariée pense continuellement aux moyens de plaire à son mari ^. Voilà la raison de cette différence qui n'a point de lieu dans le sujet douait s'agit présentement, puisque dans cet endroit l'apôtre ne parie ni du mariage , ni de l'esprit , ni des pensées des femmes mariées , mais seulement de voiler la tête; et le Saint-Esprit, ne voulant pas qu'il y eût en ceci de différence entre les femmes et les filles, s'est servi du seul nom de femme pour comprendre tout le sexe, et ne nommant point les filles en particulier, il les a jointes tacitement aux femmes lorsqu'il ne les en a pas expressément séparées.

Au reste, ce n'est pas une chose extraordinaire que de se servir du nom principal d'une chose qui a plusieurs différences pour désigner en général toute l'espèce , lorsqu'il n'y a point

I de nécessité qui nous oblige d'en disthiguer les

i M.Cor.,n, 7.-.«/6ii/.,7.

TERTULLIEN

parties. La brièveté du discours a des agrémens naturels et nécessaires, comme un style trop étendu a toujours quelque chose d'inutile et est infailliblement à charge. Et c'est par cette raison que Ton se contente des termes universels qui renferment Tidée des choses particulières à qui elles conviennent : ainsi il ne s'agit ici que d'un mot , je prétends que celui de femme est naturel et général pour tout un sexe, qu'il n'est renfermé paraucunâgeni par aucun état particulier, et qu'il se dit également d'une fille, d'une épouse et d'une veuve, qui sont les termes dont on se sert pour exprimer toutes les espèces de femmes. Or comme le genre est avant l'espèce et la renferme, il n'est pas nécessaire de nommer chaque espèce en particulier lorsqu'on s'est servi du terme générique ; ainsi quand on a nommé en général le corps humain, il n'est pas nécessaire , pour se faire entendre , de dire que l'on veut parler des pieds, des mains et des autres parties. De même quand on parle du monde, il n'est pas nécessaire d'avertir que l'on entend par ce mot le ciel , le soleil , la lune, les étoiles, le terre , la mer et chacun des élémens. C'est tout dire que de dire ce qui renferme tout; ainsi quand on a nommé la femme , on a suffisamment donné l'idée de tout le sexe.

Mais puisque nos adversaires s'obstinent à soutenir que le nom de femme ne convient qu'à celles qui ont eu la compagnie d'un homme, il Faut que je prouve quil convient à tout le sexe sans différence d'états, et que Içs vierges mêmes sont comprises sous ce nom. En effet, lorsque la femme fut créée de Dieu pour secourir l'homme , elle reçut ce nom dès le moment de sa création , quoiqu'elle fût encore dans Theureux état d'innocence digne du paradis , en un mot quoiqu'elle fût encore vierge on l'appellera femme , dit TÉcriture. Ainsi Ion peut dire que ce nom n'est pas seulement commun à une vierge et à tout son sexe, mais qu'il lui est même propre , puisque c'est celui qu'elle a reçu dès son commencement K

Mais il y en a qui pour détourner la force de ce témoignage répondent subtilement qu'il est ici parlé du nom qu'elle devait avoir lorsqu'elle aurait cessé d'èlre vierge, parce qu en suite on trouve ces mots. Gest pourquoi

» Gcii.. 2.

l'homme quittera son père et sa mère pour te joindre à sa femme, et ils seront deux dans une chair ^ ; mais il faut premièrement pour soutenir cette subtilité qu'on nous fasse voir quel nom elle a eu auparavant qu'elle fttt jointe à Adam : car il n'y a pas d'apparence que pendant qtt*dle a été vierge elle ait manqué de nom pour la distinguer du reste des créatures, et ce sérail une chose bien étrange qu'on lui donnât u ' nom qui ne lui convenait point encore, avant que de lui donner celui qui lui était propre^ Adam a donné des noms à tous les animaux, B n'a eu aucun égard en les imposant à leur élit futur , et il les a tous nommés suivant ce qolla étaient dans le temps qu'il les nommait. Qncl était donc le nom de la première femme an temps de sa virginité P 11 est certain que jamais elle n'est appelée autrement dans rÉcritnre sainte toutes les fois qu'elle y est nommée, et jamais elle n'y est appelée vierge dans le temps même qu'elle l'était. Elle a reçu ce nom dans des lieux où l'Écriture sainte ne dit rien de prophétique. Il est dit qu'Adam et sa femme étaient nus * , et dans cet endroit lorsque r£crilure sainte l'appelle femme d'Adam , elle ne le dit pas par quelque sorte de prédiction de son futur mariage, mais parce que quoiqu^llene fût point mariée, elle était à lui comme étant tirée de sa substance : Cet os de mes os, dit-41, et cette chair de ma chair s'appellera femme.

Cest de là que par une inspiration secrfctede la nature et par des lumières toutes divines, il est arrivé ce que je ferai voir par l*Écritnre sainte être arrivé en plusieurs autres dioses, soit dans nos actions , soit dans nos paroles : que sans y penser l'on a introduit dans Tosage commun le mot d'épouse , pour signifier les femmes mariées, quoique souvent nous ne laissons pas de parler improprement; et les Grecs qui se servent le plus du nom de femme poor signifier celles qui sont mariées, ne laissent pas d'avoir des termes propres pour les exprimer : mais quelle qu'en puisse être la raison , j'aime toujours mieux la rapporter au témoignage de la sainte Ecriture. Ainsi lorsque par le lien dn mariage les deux parties ne sont plus qn^nne chair, cette chair qui vient de la chair de l'homme et cet os de ses os, retenant toujours

TERTULLIEN

«'enMiit que 4é80^-(jbritt n'M( point né vier({e « piais d'iine Femme, qui, pour être fiancée, dura çes&é d*é(re \\erge , puisqu'elle aura dû passer ppMr mariée. Que s'il est vrai, comme l'on n'en saurait douter, qu'il soit né d'une vierge, f)| que pourélre fiancée elle n'a pas été moins entière, il faut que Ton rett)nnaisse qu'une vierge se peut appeler femme, puisque ce nom est donné à la pins pure de foutes les vierges. Au moins eo crt endroit on ne peut pas dire qu'il y ait rien de prophétique, il est certain que lapôtre ne Ta point appelée femme à cause qu'elle devait un jour cesser dVtre vierge « quand il a dit que Jésus-Ghrist était né d'une femme , et il n'y a pas d-apparence qu'il Tait appelée femme dans un sens selon lequel elle lie devait pas être mère de Jésus-Cbrist, ni qu'il ait voulu faire entendre par ce nom celle qui aurait eu la compagnie d'un homme; mais il rappelle selon ce qu'elle était véritablement en l'appelant femme , quoiqu'elle fât vierge , parce que c'est le nom que les vierges, et par conséquent tout le sexe femioiu , ont eu dès le commencement.

Mais il faut examiner les raisons qui ofit fait que Tapètrea voulu que les femmes fussent voilées pour sa voir si ellesont lieu |Nirmi les vierges aussi bien que parmi les femmes mariées; parce que si ces mêmes raisons se trouvent pour les unes et pour les autres, il est hors de doute que par le nom de femme il aura tout compris. Si Ihomme est chef de la femme , il Test aussi des vierges desquelles les femmes se font par le mariage, si ce n'est que l'on veuille dire que les vierges composent un troisième re séparé, monstrueux et sans tète. S'il est honteux à une femme d'être rasée, il ne l'est pas moins à une vierge l. Que le siècle émulateur de la Divinité voie maintenant s'il est honorable à une fille d'être rasée , comme c'est une chose bien séante à un homme. Puis donc qu'il convient également aux femmes mariées et aux filles de n'être point rasées , pourquoi ne conviendra -t-il pas également aux unes et aux autres d*èlre voilées? Si la femme est la gloire de l'homme , sans doute que c'est principalement lorsqu'elle est vierge , puisque c'est l'état qui lui est le plus honorable. Si la femme

» 1. Cor., 1.

a été faite de rhomniff 9t pour l'hooinii , nVat il pas vrai que cette cète d'Adam a été rarut au commencement? Enfin si la femme doit porter sur sa tête la marque de sa sujétioii| jamais elle n'est plus obligée de le feire qoê quand elle est vierge, puisquec'estence tanp^ là qu'elle possède le plus ce qui en ot |t cause.

Mais si c'est à la considération des anges qm nous lisons être tombés du ciel à caoae des femmes ^ , pensez-vous qu'ils se soient laisié séduire par des corps déjà souillés ? qu'ila aient seulement désiré les restes de la volupté da hommes, et qu'ils naient pas plutèCsoopM pour des vierges dont les charmes excusent en quelque façi»n l'excès de la conçu piscenoo f or c'est ainsi que l'fïcriture parle. Et il arriva qne les hommes venant h se multiplier sur la tem^ il naquit d'eux des fil les s. Or les enfiioa deDin voyant que les filles des hommes étaient brileSi ils prirent pour épouses celles qu'ils choisirent (et le terme grec signifie en cet endroit éponae^ parce qu'il y est parlé de mariage). E/ira qu'il dit les filles des hommes, il parie festement des vierges, puisqu'il les encore sous la puissance de leurs parens; ««, dès lors qu'elles sont mariées elles appartiennent à leurs maris, il était aussi aisé de dira les femmes des hommes, et puisque rficrituit ne nomme point ces anges adultères mais nnriSi elle nous fait connaître assex clairement ^lis choisirent les filles des hommes qui n^élaieat point mariées, mais qui étaient encore vierucs. Elle les dit au commencement fillea, en anht j elle les appelle épouses , et je ne vois anlic chose sinon qu'elles étaient vierges quand cHçs devinrent épouses.

Ce n'est donc pas sans raison qne l\» ordonne de voiler un visage si dangereux et qni a bien pu porter le scandale jusque dans k ciel, afin qu'étant en la présence de ce Bien, devant lequel il est coupable du désordre dé ces reprouvés, il rougisse devant les angea^qani réprime cette liberté d'aller à découvert , ^ni a produit de si médians effets , et quil se cache enfin entièrement aux yeux des hommea. Mais quand c'aurait été pour des femmes d^à souillées par la compagnie des lioniniea que ces

« Gsa., c. e. -< • /M.

DU VOUS DBS VIERGES

aunîfiit qwiU dm t les vîerg«$ iuraîept iQUat pluf obligées de se cacher à eui, n éiaient plue capables de |ee feire pé-

$i Tapâire ajoute que c'eM par une prévila nature que fabondance des cbeveui loorable à une femme, parpe que sa chet peut e^ quelque Faigon lui servir de voile, il PIS vrai que cette scande chevelure sert 4^arfiement aui vierges, et que même on dîreqn*il leur est particulier, puisque ce files qui affectent prineipalemeiit de se cte leur chevtui pour en couvrir le haut tèie fiar plusieur» retours, U par àik raisons oppo^ies i cellesrei que ne ne se voile point. Naturellement il n'a

eeite grande abondance de ctieveus, qu'il ne lui est point bonteui d'être rasé,

que ce n'est point à cause de lui que les iMl qnilté Je ciel , en(in parce qu'il est la i Cl limage de Dieu et qu'il a Jésus-Christ dmf. Ainsi quand Tapât re parle de i -homme la femme , et qu'il apporte les rai^Nis lesqueiles il dit que la ferpme doit être r fi que l'homme ne le doit pas être, il lé âe voir pourquoi il ne Fait aucune men* MMicnlière des vierges, c'est qu*il a sous^ eu les vierges f oua le nom de femme , De il a sous-entendu les garçons sous le dlwmme, désignant ainsi tous les ordres aquesexe par les noms généraui d*homme femme qui leur sont pnipres.

lai Adam , quoiqu'il fût vierge, est appelé ■e dans la Genèse K Elle sera appelée «, dit l'Écriture, parce qu'elle a été lirée homme. Adam est donc appelé homme que d'être marié , comme Eve dans ce i état est appfelée femu^e; d^oû il est le conclure que Tapôtre a suffisamment ris les conditions de l'un et de l'autre en les définissant ainsi avec autant de sfé que d'étendue. Toute femme, dit-il; e veut dire toute Femme , sinon , de tout *, de toute condition , de toute digniié, de ige , puisque le tout est ce qui ne manque mie de êe% parties , et que les vierges Amt tartie du sexe Féminin. De même quand il le rhomme ne doit point être couvert, il

se sert du mot universel lent. Voiei deui poma opposés , l'homme et la femme « avee rnn et l'autre il joint le mot universel tout : deui loia contraires, l'une d'être voilée, l'autre de se découvrir la têtr. Donc si ce qui est dit de l'homme se doit entendre de ceui qui ne sont point mariés aussi bien que des autres; et si comme le nom d'homme est commun par nature à tout le sexe m^isculin , de même le précepte de se découvrir regarde ceux qui sont vierges parmi les hommes; pourquoi voudra-t-on dire que les vierges ne sont pas comprises sous le nom de femmes? et pourquoi ùiera-tHMi que ce nom est copimun , afin d'eiempter les vierges d'une loi qui leur est commune ? Car enfin si une vierge n'est point femme , il feut dire qu'un garçon n'est point homme: si une vierge ne doit point être voilée, parce qu'elle n'est pas femme, un garçon ne doit point se découvrir, parce qu'il n'est pas homme, il feut que la même virginité joi|isse de la même exception. Si les vierges ne sont point obligées de se voiler, les garçons ne sont ppiqt obligés de se découvrir; car si nous reconnaissons que la définition de rapétre est absolue et générale en ce qui regarde les hommes, sans nous i^rréler à ce qu'il n'a point feit de mention particulière des garçons, pourquoi douleronsrnotts d'un autre celé qu'elle ne soit aussi générale et absolue à Tégard de toutes les femmes? Si quelqu'un, dit l'apôtre, a up esprit de contention, ce n'est point notre ceutueae ni celle de l'Église de Dieu ^ Il feit voir qu^ii y a eu quelque dispute sur ce sujet, et il s'est servi de toute la diligence et de toute la brièveté possible pour réteindre, en ne nomipani point les vierges, pour Faire comprendre qu'il ne fellait pas douter qu'elles ne dussent être voilées, et en se servant d'un nom qui enfermât les vierges en comprenant toutes les Femmes. C'est ainsi que les Corinthiens l'ont entendu. Enfin jusqu'à présent leurs vierges sont voilées, et ils approuvent par leur conduite ce qu'ils ont appris de l'apôtre.

Maintenant après avoir montré qne les raisons tirées de la nature des femmes et de la cause pour laquelle l'apôtre veut qu'elles ameut voilées conviennent aussi aux vierges , voyons s'ii n^ pas vrai que loua les pi^oaptea de la

BO*) t.

< I. €or., 44.

TERTLLLIEN.

discipline ecclésiastique qui touchent les femmes regardent aussi les vierges. Il n'est point permis à une femme de parler à Téglise, d'enseigner ni baptiser sans nécessilé; il lui est défendu d offrir le saint sacrifice , et de se mè* 1er d'aucune des fonctions qui appartiennent à Tbomme , et beaucoup plus de celles qui sont propres aui prèlres. Y a-l-il quelqu'une de ces choses qui soit permise à une vierge ? S'il est vrai que rien de tout cela ne lui est permis , qu'en toutes choses elle est soumise à la même condition , et qu'en ce qui regarde la nécessité de s'humilier, elle est toujours comptée parmi les femmes, par quelle raison peut-on dire que cela seul lui est permis, qui est défendu à toutes les femmes? Quelle prérogative a-t-elle mérité d'avoir par dessus sa condition naturelle, si elle a résolu en qualité de vierge de sanctifier sa chair? La dispensera -t- on du voile afin qu'elle se fasse remarquer en entrant dans l'église, et qu'elle f^sse la parade de sainteté par la liberté de sa tête ? On pouvait plus dignement honorer la virginité, si l'Église avait jugé qu'il le fallût faire, par la prérogative de se mêler de quelqu'une des fonctions, ou d'être reçue à quelqu'une des charges qui appartiennent aux hommes.

Je sais bien qu'en certain lien on a donné place parmi les veuves à une vierge qui n'avait pas vingt ans , mais si son evêque lui devait quelque sorte de consolation, il le pouvait faire autrement sans blesser le respect que l'on doit à la discipline ecclésiastique, et l'on n'aurait pas la surprise que l'on a de voir une chose merveilleuse pour ne pas dire monstrueuse dans l'Église. En effet, cette vierge veuve est une chose d'autant plus prodigieuse qu'on ne voit pas qu'elle se soit voilée, même en qualité de veuve , comme si elle eût renoncé à l'un et à l'autre état : à celui de vierge en prenant place parmi les veuves, et à celui de veuve, puisqu'elle y paraît à la manière que les vierges veulent paraître, si ce n'est que l'on veuille dire que la même autorité qui lui a donné place parmi les veuves lui a aussi permis d'y demeurer sans voile Or cette place est destinée à toutes les femmes vertueuses qui ont passé soixante ans , et non-seulement à celles qui auraient été mariées à un seul homme , mais encore pour les mères de fomille, et même pour

celles qui ont élevé des enfiins , afin qo^état plus instruites par Texpérience de toutes passions, elles puissent plus aisément aider autres de leurs conseils et les consoler en toatêi les occasions , ayant passé par tous les élalif dans lesquels la constance d'une femme peot^ !*' être mise à l'épreuve : tant il est vrai que jaouiiJ l'Église n'a accordé de place particulière aoi. vierges pour les honorer, tant s'en hui qo*« ait voulu qu'elles soient distinguées par quilfit marque honorable. I :

VI. Au reste, ce serait nne-cbose assez étmgi 1 que les femmes, qui en toutes choses sont sow^'| mises à l'homme , eussent droit de porter bm ] marque honorable de leur virginité, qui lesfk;^ remarquer et qui leur attirât le respect et Tei^ time de leurs frères , et que tant dlieinMi ; vierges, tant d'eunuques volontaires obligés de cacher leur vertu, sans avoir marque par qui ils pussent se distinguer. N^iraient-îls pas raison de demander qn*on lear accordât aussi quelque habillement particolier, comme les plumes des Garamanles, oa les pommes de pin des barbares, ou les cigatas des Athéniens, ou les bourlets des Allemûids, ou les stigmates des Bretons? ou bien enfin pow faire comme les filles le contraire de ce qw l'apôtre prescrit, ne voudraient-ils pas se oonvrir la tête dans l'église ?

Il est certain que le Saint-Espritanraitaoeoidf quelque chose de semblable aux hommes, si avait voulu que les vierges eussent en ce privilège parmi les femmes; et outre l'avantage dn sexe, il y aurait en de la justice à rendre K constance plus honorable parmi les hommes ; car d'autant que leur sexe est porté vers les femmes avec plus d'ardeur , d'autant anssi la retenue dans une passion plus violente est ptas laborieuse, et par conséquent plus digne de paraître avec éclat , s'il est vrai que la réoom* pense de la virginité consiste dans cette ostentation pompeuse ; et même la continence n*a pas moins de mérite que la virginité , soit qn*elle se rencontre dans ceux qui sont dans l'état de veuvage , soit qu'elle se trouve dans ceux qui étant mariés ont renoncé par un consentement mutuel et volontaire aux plaisirs permis do mariage. En effet , la virginité est un pur don de la grâce : mais il faut pour la continence l beaucoup de vertu de notre part. Ccst uo grand

DU VOILE DES VIERGES

H U. M rfir;^!!

eMibaC que de ne point désirer on plaisir que a resseoti ; au lieu qu'il paratl assez aisé de point coayoiter quand on ne connaît point Ihul de la concnpiscence, parce qu'en cet oo n*a point à le combattre. Gomment donc 9foamîl-il hireque Dieu n'eût rien accordé ir semblable aux hommes pour les honorer, m parce qo^ils approchent plus près de la Difinté doDt ils sont Timage, ou parce que dans rcscrace de cette vertu ils ont plus à travailler ? Si donc B n*a rien accordé à Thomme, à cause et la TÛngiiiité , il faut dire à plus forte raison fpfU n'k donné aux femmes aucune prérogative cesiûeL YIL Maintenant , comme ce que nous vede dire nous a empêché d'éclaircir tous ki doutes qu'on pourrait avoir, pour ne pas

la liaison des matières , il faut saà ce qui reste ; car après que avancé que la définition de Tapôtre abiolae et générale, et qu'il entendait que tontca sortes de femmes de quelque âge que ce fftt defaient ttre voilé, es on me pouvait opposer qnll «^ensuivait qu'il les Fallait voiler dès hw naissance, et ce n'est pas néanmoins le sens ie Tapôtre ; mais il veut seulement que celte ligle ait fieo pour celles qui commencent à se connaître, qui entendent la voix de la nature, foi sont sorties de l'enfance et qui sont sujettes aux infirmités d'un âge plus avancé: car nos premiers parens, Adam et Eve, ont été nus tant qo'ib n^ont point eu cette connaissance de leur Mure ; mais sitôt qu'ils eurent goûté du fruit de l'arbre de science, la première chose qu'ils cmuinrent ce fut la honte. Ainsi ils eurent ton de coavrir l'un et l'autre sexe qu'ils conttJMaient.

liais si c'est à cause des anges qu'il faut voikr les filles, sans doute on doit commencer à le fiûre quand elles peuvent être l'objet de la coDCOpiscence des hommes , et quand elles sont a état d'être mariées ; car on peut dire qu'elles cessent en quelque façon d'être vierges , sitôt qa*dles peuvent ne l'être plus; et c'est pour cette raison que chez les Israëliles il était défendu de marier une fille , si l'on n'était assuré par des signes naturels qu'elle était propre au mariage ^ Avant ce témoignage de la nature,

c'est un fruit qui n'est pas mùr ; si donc elle demeure vierge tant qu'elle n'est pas propre au mariage, il faut dire qu'elle cesse en quelque façon de l'être depuis qu'elle peut-être mariée.

Celles qui sont fiancées ont l'exemple de Rebecca , laquelle étant conduite à celui qu'on lui destinait pour époux, qu'elle ne connaissait point et de qui elle n'était point connue, sitôt qu'elle sut que cétait celui qu'elle avait aperçu de loin, elle ne put s'empêcher de lui donner la main , d'en recevoir un baiser et de lui rendre le salut ^ Mais reconnaissant ce qu'elle avait ressenti, c'est-à-dire qu'elle était déjà son épouse par Tesprit , elle reconnut en même temps qu'elle n'était plus vierge, et voulut être voilée. O que cette femme entrait bien dès ce temps-là dans l'esprit et dans la discipline de Jésus-Christ! elle montre que l'on peut être sans les noces mariée de volonté et d'esprit, comme l'on peut-être corrompue.

Il est vrai qu'il y en a qui voilent encore Rebecca ; mais pour les autres , je veux dire celles qui ne sont point fiancées, n'aurait-on pas raison d'en user de même ? Les délais que les parens apportent à les marier , ou à cause de leur indigence , ou parce qu'ils ont peine à trouver de gendre qui les accommode, et le vœu même de continence que quelques-unes font, prouvent assez qu'elles sont dans la même condition. Rien ne peut empêcher que l'âge ne s'avance et n'apporte avec lui ce qui lui est propre. La nature est une seconde mère qui est cachée, le temps est un autre père que l'on ne connaît point, l'un et l'autre marient pour ainsi dire une fille, suivant des lois qu'ils ont établies. Ainsi dans cet état, il faut qu'un père regarde sa fille comme déjà mariée, son esprit l'est par l'attente et par le désir , et son corps par le changement qui lui est arrivé ; tellement que quand il pense à lui choisir un époux, il ne lui prépare pour ainsi dire qu'un second mari.

En effet, ne voit-on pas que sa voix s'est grossie, que ses membres se sont formés, que la nature a couvert sa honte, et qu'elle ressent tous les mois les infirmités de son sexe? Et vous me direz qu elle n'est pas femme , quand elle

* Oeméroo. , 22.

« Geo., 24.

ÏÉRtOLLlËN.

soufft^ les mêmes accidens que la femme ? SU était Trai qu'il n'y eût que la compafpiie de rhomtne qui Fit la félnme, on ne devrait M voiler qu'après la colisdflilliation du mariage ; maiH c'est la coutume même chez les païens de les mener voilées â leurs maris. Et si elles doivent être voilées depttisqu'elles sont nniesd l'homme par l'esprit, et que leur corps même y est en quelque Fw^n joint lorsqu'elles lui ont donné la main, qn*rlles en ont h^u le baiser, et que par le consentement qu'elles oht donné elles se sont en quelque Façon abandonnées à sôb pouvoir, et lui ont pour ainsi dire résigné toute leur pudeur, hedolt-ôn pas dire avec bied plui de raison que le temps qui les rend propres à devenir éfrauses , et qui sans attendre le ma* riage les lire en quelque Façon de la condition des vierges, doit les soumettre ad précepte qtli ordonne de voiler les femmes t

Les pafens même observent lé temps et se conforment à la loi de la nature . ilé reildent à chaque âge Ce qui lui appartient ; car c'est linir coutume d'employer les fémmeH aiiî dffalM depuis l'âge de douze ans , et de n'y employée les hommes que deux ans après. Ainsi ils déterminent la puberté pat* les annéeâ et non pàS par les noMi ni même par les promesées dé mariage : l'on peut-être vierge et avoir le nom de mère dé Amille , comme un homme pedl être père de Rlmille sans être marié, et noua n'observerons pas ces lois de la ttalure comme si la nature a voit un autre Dieu que le notre? recoftnaijisons donc pour femme telle qbè ces témoignages du corps et de Tesprit rendent capable dé le devenir. Ce sont les premiers titres et les marques leik plus anciennes des noces et des Bançailles naturelles. Couvrons extérieurement celleâ que la natuM a couvertes iutérirurêment , et ne souffrons pas que celtes dont les parties inférieures sont cachées , elposcht impunément leur tête àui ycut deè hommes. Knflh voulez-vous savoir quelle est rautorilé de Tâge ? Proposez-vous devant les yeux une Femme mariée avant l'âge ordinaire avec son habit de ffemme , et uhe fille qui soit demeurée vierge dans un âge assez avancé avec son habit de vierge , il est certain que l'on alira tfioins de peine à nier que la première soit femme y qu'à croire que la dernière soit vierge , tant il est vrai que la force de Tàge est

si grande , qnll n*y a point dlialNllemeiit qfâ la puisse déguiser.

VIU. Mais celles qui nraoMtam leur lgert£' flisedt de se vOiler, de laissant pas ât m»éfi'^ naître eh changeant leur manière de a'haHlMÉ^' qu'elles ont aussi changé d'état. EIM vtttMdl^ bien changer leur bâbillémeot dé lêtè, tt'l^ en quittant les omemefls de leor tUtUtéi^ reconnaître qu'elles ont passé dans ane MtH condition, et qu'elles ne sont poibt dn doinM drs vierges comme elles étaleht MpMtÊÊt Elles tournent autrement leUri cbevttli , tt ilt servant de l'aiguille des l^mmêâ pouf M Mf diviser depuis le Front, elles déclarent cimVflN tement qu'elles en soilt dd no.-nbrr ; elles tMnsulient le miroir pour cultiver leur bèartti; elles s'adoucissent la peau parle moyen déi éis sences dont elles fte lavent. Peut-éirfe lâMlf qu'elles n'ignorent pas l'usagé des drtigûdilMK If s femmes se fikrdent, elles pbticùi le ttailiefl; elles se servent des différentes soHesde châH^ sures ^ elles portent plus d'équipage âox bâdÉl qu'elles ne disaient auparavant. Enfin fiolli'rt pas rfi'arréter â iàiré le détail de tout le Mate, elles 6ht tout Textérienr des fémdiès lUariÀSi et ce n'est que ))ar là nddité de ledr tété cta^èllél veulent passer pour viergéâ, ei déMvouênt pÉf cette seule différente la condilibh de fcoiM dont elles font prottesiod ed tonte aotfC chose.

Si cVst a cau^desi hommes qd'elièè preftHéil l'habillement des Femnies, qu'elleé lé prénnciMi tout ehtier; si elles sont Vbllééâ èil là eoiUplgnie des paTcns, il est bien raisonnable ^uVllâl le soient dans l'église et qu*ellésn'y filusènt pal parade de leuf virginité qd'ellcâ càchctit WH de l'église. Si elles craignent les étHiigéri, elles doivent du respect â leurs frères : (Hi il faut qu^elles paraissent vierge^ en ^lîbtic ivèe autant de hardiesse qu'elles le paraissent Âaol Téglise, et pour lors j'aurai lieu dé tonlS^ leur générosité, si elle^font gloire dé virgiùilé devant les p<iiens.

Elles ont la même nature dcdàni et dehori les églises, l'institution divine leur donne li même liberté chez les hommes et dans II maison de Dieu. Pourquoi donc publierontelles dans l'église une pcrFection qu'elles dt^ chent partout ailleura ? Je leur en demande la raison ; si c'est pour plaire à Dieu , il a aotant

DU VOILt

àiniiêre pour déooovrir ce qol «e biit en cft-

Artie , qu^il a de justice poar récompenser ce

ftf te AU nniquHDcnl pour lui. Enfin il nous

ne dte ne rien publier de ce que nous fàh

qai mérite sm récompenses et de ne les

aiieiidre de la main des Immmes. Que s*il

cii défendu de donner un denier, ni de

la didindre aumône sans la cacher à tiolre

gauclie 1 , combien devons-nous apporter

màA • dérobei^ à la connaissance de tout le

TofFi^ande ctue nous fiiisons à Dieu de

K ettrps et de notre esprit , en nous consa*

à ilil. Ge n'est donc point pour plaire à

VÊtm qfeie Ton fait gloire de la yirgiûité , puis-

Dtca le défend , et si ce n'est point pour lui

Il i^ensoit que c'est pour plaire aui

Ge qui ne peut être permis, parce que

MdMr de plaire aux hommes n'est jamais sans

vAe gloirev et que la vaine gloire est défendue

à eeiit qui sont obligés de ptaiiquer rhumilité.

In MKt, ai l*on est obligé de reconnaître que

la toûlhieDee est un don de Dieu , pourquoi un

cMiifeto se glorifiera-t-il de cette vertu, cdmm^

n Me lai appartenait , et qu'il ne IcAt pas

wfut Of il M certain que nous n'a\'ons rien

qae Mis n*âfons l*eçtl. Si doné cette virginité

diakiMtta Misons gloire ne vient point de Dieu,

faifqne Holia ne la rapportons pas uniquement

I M, c^ctt ft nous de voir si cette vertu qui est

polHliittit humaide a rien de véritable et de

Ou dit que lorsqu'on a cdhiihêrtcé d'agitelr ctltè iqneiliôti ^ il j en eut qùelqu'uh qui fit cdiè demande. Gomment donc persuaderonsnous la pratique de cette venu ? Gomme si c'étah le feamibk^ qui nous rendit hcurêut , et non pm la grâce de Dieu et les mértlQid'uil cham*. âont-ee les viert^cs qui rendent rÉglise rftottlntaildable devant Dieu ?et n'est-ce pas plutttrÉg^iseqnifiiit l'omement drs viei^es?Celui pli préposait cette prétendue difficulté reconsaiMit donc que la gloire était ce qui faisait les vierges. Or où il y a de la gloire, il y a de l'inquiétude; où il y a de l'inquiétude, il y a de la contrainte; où il y a de la conirainte, il y a de la nécessité; où il y a de la nécessité, il y a de la feiblesse. Il n'y aura donc que leur faibiealc qui les obligera de se couvrir le corps

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