Autk^efbis, il n'y avait point d'idole. Avant
que les fobricans de ce monstre ne pullulassent dans le monde , les temples étaient vides , et les murailles des édifices sacrés étaient nuea, comme on peut encore le voir dans certainèt ruines d'une grande antiquité. H y avait cepett» dant de l'idolâtrie dans le monde; le nom n'existait pas, mais la chose existait; car même de nos jouré on peut se rendre coupable d'idolâtrie jusqu'en dehora des temples (et sans a>'o{r d'idole. Mais quand le diable amena dans le monde les fabricans de statues, d'images et de toutes sortes de simulacres, alm^ cette peste du genre humain prit un corps et un nom qu'elle tira des idoles% Ainsi on peUt regarder comme une source didolâtrie tout êtt qui produit une idole de quelque feçoti que ee soit. Il n'importe paé qu'une image sorte éès mains d*un sculpteur, d'un graveur, ou dMb brodeur^ ni qu'elle sott exécutée en plâtre,eti cdttleure , en pierre, en bronze, eki ar^nt ou en tapisserie. Et puisque même sans idole il peut y avoir idolâtrie , certes^ quand l'image existe , H importe peu de quelleespèceelleest,oude quêife matière , ou de quelle forme. Qu'on tie pènàe donc pas que l'ou né doive appeler Idole que léa statues qui sont M\ei à l'ilnkige de ThomnM^. Pour rendre ceci plus clair, nous auront retdu^ è l'étymologie t lUbç en grec veut dire une forme , une image ; ir^uxov en est un diminutif , comme de forme nous avons Fait formule. C'est pourquoi toute forme ou formate^ c'est-à-dire toute image grande ou petite^ doit être appelée une idole. Donc tout service, tout travail fait pour toute idole , est un culte de Pidole , une idolâtrie. Donc aussi le fabricant d'images est coupable de ce même crime ; à moins que l'on ne prétende que les Israélites Ue furent pas idolâtres , parce qu'ils s'érigèrent l'image d'Un veau , et non celle d'un homme.
IV. Dieu défend aussi bien de Eaire une idbte que de l'édorer. C'est précisément parce qu'il faut qu'une image soit foite pour qu'elle puisse être adorée, qu'il doit être défendu de la Kwt s'il n'est pas permis de lui rendre un culte. Voilà pourquoi, dans le but de déraciner l'idolâtrie, la loi divine a dit : «Tu ne fabriqueras pas d'idole ; % et elle ajoute : « ni aucune ressemblance de ce qui est au ciel, ni de ce qui est sur la terre, ni de ce qui est dans la mer. Cette loi a éomplétemtut déi^du era arts aux
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soin d'idoles? combien de teniples construit-on aux faui dieux? pas beaucoup, assurément; mais des maisons, des bains, des hôtels, il en faut bien daYanta{];e. Tous les jours on a des souliers et des brodequins à dorer, tandis que Mercure et Sérapis ne se font pas dorer tous les jours. Que le luxe et Fambition des particuliers suffise donc pour faire gagner les artisans, car ces passions ont plus d'étendue que la superstition. L'ambition vous demandera plus de coupes et de plats que ie culte des dieux. Le luxe vous fera vendre plus de couronnes que les fêtes païennes. Ainsi , puisque nous exhortons tous les artisans à s'abstenir de fabriquer des idoles et de rien faire de tout ce qui regarde leur culte , et que nous reconnaissons en même temps que beaucoup d'objets peuvent s'appliquer à l'usage des hommes aussi bien qu'à celui des idoles, il s'ensuit qu'ils doivent bien prendre garde de vendre , avec connaissance de cause , un objet que lacheteur destine au culte des images. Car si nous vendons sans prendre cette précaution, nous ne serons pas exempts de la contagion de Tidolàtrie, puisque nous mettons sciemment notre travail à l'usage des démons. IX. Parmi les diverses occupations des hommes, nous remarquons encore certaines professions qui ont une tendance vers l'idolâtrie. Je ne devrais pas même avoir besoin de parler des astrologues; mais comme l'un d'eux, depuis peu, a voulu se justifier de ce qu'il continue à exercer cette profession, je vais en dire quelques mots. Je ne vous dirai pas que c'est adorer les faux dieux , que de mettre leurs noms dans le ciel , de leur attribuer la toute-puissance, et d'induire les hommes à ne plus adresser leurs prières à Dieu en leur disant que leur destinée est immuablement réglée par les étoiles^ Mais j'avance que les astrologues sont comme ces anges déserteurs qui abandonnèrent Dieu pour rendre hommage à des femmes qu'ils ont trahies à leur tour; et qu^ils sont par conséquent maudits de Dieu. O sagesse divine dont on trouve des reflets jusque dans la sagesse des hommes ! Les astrologues ont été cliassés de l'empire, eux et leurs serviteurs. Rome, toute lltalie leur est interdite, comme le ciel Test à ceux qui mettent en eux leur confiance. L'exil frappe à la fois les roailrcs et les disciples. Les mages et les astrologues nous sont venus de l'Orient; nous savons
quel rapport il y a entre la magie et l'astrologie. Ce furent des interprètes des étoiles qui les premiers annoncèrent la naissance du Christ, et qui les premiers lui apportèrent des présens. Je pense que par là ils se sont rendu ie Christ favorable. Mais qu'en résuUe-t-il? faudra-t-il pour cela que la religion des mages les protège maintenant, eux et les astrologues? Aujourd'hui la science vient du Christ ; elle étudie et elle prédit la venue des étf>iles du Civist , et non celle de Mars, de Saturne et des autres.
Car cette magie n'a été tolérée que jusqu'à l'Évangile, afin qu'à partir de la nativité du Christ, personne ne se permit de calculer là nativité d'un homme sur le cours des astres. Cet encens, cette myrrhe et cet or qu'ils offraient au Christ encore enfant, furent comme le terme de toutes les observations et de toutes les gloires temporelles, que ie Clirist devait résumer en lui seul. Ce fut pour cela sans doute que Dieu envoya aux mages un songe, pour les avertir de s'en retourner chez eux, mais non par le roêoie chemin, c'est-à-dire de ne pas suivre leur ancienne voie, de crainte qu'Hérode ne les poursuivit. Mais, littéralement parlant ^ Hérode ne pouvait pas les poursuivre, puisqu'il ignorait également par où ils s'en retournaient et par où ils étaient venus. Nous devons donc comprendre que ce nouveau chemin n'est antre chose que la bonne voie et la vraie science. Aussi leur est-il expressément recommandé de marclier désormais dans d'autres sentiers. Il en est de même de cette autre espèce de magie qui se manifeste par des miracles, et qui lutta même contre b puissance de Moïse; la patience de Dieu Ta tolérée jusqu'à l'Évangile. Car, depuis cette époque, nous voyons Simon le magioienf bien qœ déjà converti, restant encore sons l'influenee de sa doctrine de charlatan, au point de vouloir, pour ajouter à son pouvoir magique, acheter la puissance de donner le Saint «Esprit par l'imposition des mains; mais les apôtres le maudirent et le retranchèrent de la communion des fidèles. 11 y eut encore un autre magicien qui voulut résister à ces apôtres devant le proconsul Sergius Paulus; et il fut par eux privé de la vue. Voilà , je pense , le traitement qu'auraieat subi tous les astrologues s'ils étaient tombés sous la main des apôtres. Puisque la magie est punie , l'astrologie, qui en fait partie, doit l'être aussi :
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carqoi condamne le genre, condamne respèce. Depuis rÉvangile, vous ne yoyez ni sophistes , ni astrologues, ni enchanteurs, ni mages, ni Hiagicteiis,qui ne soient exemplairement punis. tOù sont les sages , les lettres^ les savans de ce siècle? Dieu nVt-il pas tourné en folie toute leur sagesse? Tu ne sais rien, astrologue , puisque tu ne savais pas que tu deviendrais chrétien. Si tu le savais, tu aurais dû savoir aussi que ton art ne te servirait de rien. Cette science qui prédit toutes les grandes révolutiofis aurait dû l'apprendre 'qu'elle-même elle était en danger. 11 n'y a ni science ni avenir dans cette étude. Que celui-là n'espère point le royaume des cieux, qui abuse du ciel avec son doigt ou son compas.
X. Il faut aussi nous occuper des maîtres d'écok, et des autres professeurs de belles-lettres. On ne peut douter qu'ils ne soient bien près d'être idolâtres, b'abord il est dans leurs attributions de faire connaître les dieux des gentils, leurs noms , leurs généalogies , d'expliquer les fables dont on a orné et embelli leurs histoires, d'observer les fêtes et les solennités païennes. Quel maître d école pourra, dans le mois de mars ^ donner ses congés en llionneur de Palias , s'il n'a chez lui le calendrier des faux dieux? Il consacre à Minerve le premier argent qu'il reçoit d'un élève, de sorte que, sans qu'il s'incline devant le lemple d'une idole, on peut le regarder comme un des prêtres de cette déesse; qu'on le fuie donc comme un idolâtre. Groyezvous qu'il soit .moins souillé parce qu'il n'honore et ne nomme cette idole que pour gagner sa vie? Puis il célèbre les minervales et les saturnales comme les derniers de nos esclaves; il reçoit des étrennes; il fête l'anniversaire de l'agrandissement de Rome, et les bacchanales du solstice d'hiver; il exige des présens quand ses parentes se marient; Il orne ses classes de guirlandes de fleurs. Les prêtresses et les édiles font des sacrifices en l'honneur de Técole, à l'époque des vacances; on en fait aussi au génie natal le jour de la naissance du maître. Il y a foule à tontes ces pompés de Satan. Si vous pensez que cela soit convenable à un maître d'école, pourquoi cela ne le serait-il pas à tout autre chrétien? Je sais que l'on dira : «S'il n'est pas permis à un serviteur de Dieu de professer les belles-lettres, il n'est donc pas non plus permis
de les apprendre? Et comment s'instruira-t-on dans la science humaine, comment saura-t-on alors penser et agir, puisque l'éducation est la clef de la vie? sans les études profanes, il n'f aurait pas d'études religieuses. » Voyons doncee qu'exige réellement l'étude des lettres, exami* nons ce qui est nécessaire et ce qui est inadmissible. n est plutôt permis à un chrétien d'étudier les belles-lettres que de les enseigner ; car la méthode du professeur et celle de celui qui étudie sont bien différentes. Si un fidèle enseigne une littérature qui est pleine de la doctrine des faux dieux , il est hors de doute qu'en l'expliquant, il la loue, la recommande) en rapport tant toutes ces fables , il les affirme ; en racontant l'histoire des dieux, il porte témoignage en leur faveur. Il les appelle même des dieux, ce que la loi défend expressément, car c'est prendre le nom de Dieu en vain, in vano. Ainsi, dés le début de ses leçons , il rend témoignage au démon. Pouvez-vous douter que celui-là soit idolâtre, qui catéchise sur les idoles? Mais quand un fidèle étudie, s'il a déjà la vraie science, et surtout s'il l'a depuis longtemps, il n'admet pas comme vrai ce qu'il apprend. Il croit ce qu'il a appris d'abord, c'est-à-dire la science de Dieu et de la foi; tout le reste, il le rejettera avec dédain. Il sera donc aussi en sûreté que le savant qui prend du poison de la main d'un ignorant, et qui se garde de le boire. Celui-ci a donc une excuse, parce qu'il ne peut pas s'instruire autrement. Et de même qu'il est plus fecile de s'abstenir d'enseigner que d'apprendre, de même aussi le disciple s'absentera des solennités païennes de l'école bien plus facilement que le maître.
XI. Quant au commerce , si nous examinons les autres délits, nous y trouverons d'abord cette source de tous les maux, la cupidité , qui a fait faire naufrage à plus d'un fidèle. L'apôtre que nous avons déjà cilé appelle Tidolàtrie une cupidité , et le mensonge est le ministre de la cupidité. Je ne parle pas du parjure, puisqu'il n'est pas même permis de jurer. Le commerce est-il une occupation convenable à un serviteur de Dieu? Si vous ôtez la cupidité qui fait désirer le gain, il n'y aura plus de raison pour commercer. Mais admettons la possibilité d'un gain licite , et d'un commerce exempt de cupidité et de mensong<»; je crois qu'il tombera encore
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dans le péché d'idolûlrie, parce qu'il apparlicnt au génie même el ù Tâmc de Fidoiàtrie , ce métier qui engraisse tous les démons. N'est-il pas même la première de toutes les idolâtries ? Ces marchandises, cet encens et ces autres parfums étrangers, sont-ils tous apportés pour faire des médecines pour guérir les malades, ou pour ensevelir les morts? certes, lorsque les pompeuses solennités des sacrifices faits aux faux dieux sont en définitive le but de vos dangers, de vos pertes, de vos fatigues, de vos calculs et de toutes vos occupations, nierez-vous que vous soyez un pourvoyeur des temples des idoles ? Il est évident que tous les genres de commerce sont exposés à cette objection. Ces délits sont bien grands et exigent de nous de grandes précautions, afin que nous nous abstenions de ces péchés et que nous nous éloignions de ceux qui les commettent; car si un autre homme fait mal, il m'importe que je ne sois pas son instrument. Je ne dois pas aider un autre à faire ce qu'il ne m'est pas permis de faire. Gela est bien évident dans un autre cas , non moins grave ; car puisque la luxure m'est défendue , je ne dois ni aider ni consentir à celle des autres. Puisque je me tiens personnellement éloigné des lieux de débauche, je reconnais ne devoir ouvrir une telle maison ni à mon profit , ni à celui des autres. La loi contre Thomicide exclut de nos églises même le mattre d'escrime , car elle suppose qu'il fera lui-même ce qu'il montre aux autres à faire. Mais voici une analogie plus rapprochée : si un pourvoyeur de victimes se fait chrétien, lui permettrez- vous de continuer son commerce ? Et s*il était déjà chrétien, lorsqu'il l'entreprend, le garderezvous dans le sein de l'église? Non sans doute, à moins que vous ne veuillez aussi fermer les yeux sur les marchands d'encens, car aux uns est échue la fourniture du sang , aux autres celle des parfums. Si , avant que les idoles parussent dans le monde , l'idolâtrie encore informe pratiquait déjà son culte avec des parfums ; si de nos jours encore l'œuvre de l'idolâtrie peut s'accomplir sans idole et seulement en brûlant de Tencens, certes le plus coupable est le marchand de parfum, puisque sa marchandise est plus indispensable que les idoles mêmes à l'idolâtrie. Nous en appelons a sa conscience même. Si un clirétien qui fait ce commerce
vient à passer devant un temple, comment crachera-t-il sur les autels ou brûlent ses propres parfums? de quel front osera-t-il souffler sur la flamme pour l'éteindre ? comment aura-t-il le courage d'exorciser les nourrissons auxquels il donne pour demeure sa propre maison? Quand un tel homme aurait chassé un démon , il ne devrait pas avoir la conscience tranquille; car ce ne serait pas un ennemi qu'il aurait vaincu, mais un ami complaisant qui lui aurait obéi par reconnaissance pour ses bienfaits journaliers. Donc aucun art , aucune profession , aucun négoce qui aide à faire les images et â établir leur puissance , n'est exempt de l'accusation d'idolâtrie; car assurément nous ne pouvons pas dire que l'idolâtrie soit autre chose que le service des idoles.
XII. Âpres que Ton a admis la foi chrétienne, c'est un prétexte que de s'appuyer sur les besoins de cette vie, et de dire : «Je n'ai pas de quoi vivre ;» car, à cette assertion irréfléchie, je répondrai tout simplement : a Vous parlez trop tard. C'était avant de vous faire chrétien qu'il fallait réfléchir , comme le prudent architecte , qui fiiit son devis suivant ses moyens avant de commencer son édifice, pour n'avoir pas la honte de l'abandonner à moitié fait. Maintenant vous avez les commandemens du Seigneur, et des exemples qui vous ôtent tout prétexte. Que dites- vous donc ? « Je serai pauvre ; » mais le Seigneur a dit : a Bienheureux les pauvres. » — «Je n'aurai pas de vivres; d mais il est écrit : « Ne vous inquiétez pas des alimens. » Pour les vétemens nous avons l'exemple des lis. «J'avais besoin d'argent;» mais il fautatout vendre et distribuer son bien aux pauvres, s — «Il faut que j'établisse mes enfans, que je pense à ma postérité.» — «Quiconque met la main à la charrue , et regarde en arrière , est un mauvais travailleur. « Mais j'avais dans le monde un certain rang. « On ne peut servir deux maîtres. » Si tu veux être le disciple du Seigneur, prends ta croix, et .suis le Seigneur, c'est-à-dire , supporte la pauvreté et les tourmcns, et même ton propre corps, qui est aussi une espèce de croix. Parens , épouses, enfans, il peut tout quitter pour Dieu. Tes père et mère, tes enfans, te feront hésiter à abandonner ton état, ta profession , ton commerce? Ne nous a-t-il pas été enseigné que nous devons quitter â la fols famille et uffoires pour suivre le
DE L'IDOLATRIE
Seigneur? Quand Jacques et Jean furent appelés par Notre-Seigneur , et qu'ils laissèrent là leur père et leur barque; lorsque Matthieu se leva de son comptoir de percepteur, et trouva que même la sépulture de son père le retarderait trop, aucun de ceux que Dieu a élus n'a^épondu : a Je n'aurai pas de quoi vivre». La foi ne craint pas la hm ; elle sait que pour Tamour de Dieu oniloit mépriser la faim comme tout autre genre de mort. Elle a appris à ne pas s'inquiéter de la vie, ce n'est pas pour s'inquiéter de la nourriture. Combien y en a-t-il qui agissent tout-à-fait suivant la foi ? mais ce qui est difficile aux hommes est bien facile à Dieu.
XIII. Espérons néanmoins en sa miséricorde et en sa clémence divine , et prions que nos besoins ne nous entraînent pas jusque sur les frontières de l'idolâtrie. Évitons surtout du plus loin que nous pourrons le souffle de cette peste, non-seulement dans les choses dont nous avons parlé , mais encore dans toute la série des superstitions humaines, dans toute espèce de culte, rendu soit aux dieux, soit aux morts, soit aux rois; car tout cela appartient aux esprits imnK>ndes. Tantôt ce sont des sacrifices, des rites, tantôt des spectacles. Qu'ai-je à dire sur les sacrifices, et sur ceux qui les font? Quant aux spectacles, j'en ai traité dans un autre ouvrage. Il s'agit maintenant de parler des fêtes et des solennités du paganisme , auxquels nous nous permettons d'assister , tantôt par plaisir, tantôt par crainte, et par là nous agissons contre notre religion en nous mettant en communion d'idolâtrie avec les gentils. J*examinerai d'abord si un serviteur de Dieu se mettra ainsi en rapport avec les païens, soit par ses vêtemens, soit par sa manière de vivre, soit parles réjouissances publiques, a Réjouissezvous avec ceux qui sont gais, pleurez avec ceux qui pleurent;» voilà ce que dit l'apôtre pour exhorter les frères à la concorde. Mais cela ne dit pas qu'il puisse y avoir rien de commun entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. Autrement nous oublierions ce qui est écrit : a Le monde se réjouira; mais vous, vous pleurerez.» Si nous nous réjouissons avec le monde, il est à craindre que plus tard nous ne pleurions avec lui. Pleurons plutôt maintenant que le monde se réjouit, et un jour
nous nous réjouirons, quand le monde pleurera. Quand Lazare fut descendu chez les morts , il trouva le repos dans le sein d'Abraham ; le riche au contraire fut jeté dans le tourment du feu : c'était une compensation de leur bonne et de leur mauvaise fortune ici-bas. Il y a dans Tannée certains jours fixés pour les paiemens , où les uns reçoivent leurs appointemens, les autres font régler le compte de leurs débiteurs, a Voilà, dites-vous alors , que je vais recevoir ce qui m'est dô , ou que je vais payer mes dettes. » Si cette coutume vient d'une superstition, toi , qui es étranger à ces folles croyances , pourquoi te conformes-tu à ces solennités et à ces fêtes païennes , comme s'il t'était aussi ordonné de payer ce que tu dois, ou de recevoir ce qui t'est dû à jour fixe? Fais en cela comme tu voudrais que l'on te fit. Si tu souilles ta conscience pour complaire aux préjugés d'un autre, tu oublies que tu es chrétien et tu te laisses tenter et entraîner; si c'est toi qui forces la conscience de ton prochain , tu agis comme si tu n'étais pas chrétien du tout. Tous tes subterfuges ne t'empêcheront pas d'être condamné. D'un côté ou de l'autre tu es coupable d'avoir rougi de ton Dieu. «Quiconque rougira de moi devant les hommes , a dit le Seigneur, je rougirai de lui devant mon père qui est dans le ciel. »
XIV. H y en a qui se sont imaginé qu'il était pardonnable de faire comme les gentils, afin de n'être point exposé au blâme et à la médisance. Or voici quelle est la médisance à laquelle nous devons bien prendre garde de donner prise. Qu'aucun de nous ne mérite le juste blâme des gentils par la fraude, l'injustice, les outrages, ou autres mauvaises actions, qui méritent réellement et le blâme des hommes et la sévérité de Dieu. Mais si à chaque reproche que l'on nous fait, nous nous écrions : «Seigneur, à cause de vous notre réputation est attaquée; d alors il n'y aura plus de chrétiens, car tout le cirque est là pour nous maudire et nous calomnier. Cessons d'être chrétiens et l'on cessera de nous blasphémer. Mais bien plutôt , que Ton nous calomnie pourvu que nous restions dans la bonne voie et que nous n'en sortions pas; pourvu que nous soyons éprouvés, et non pas réprouvés. O calomnie, sœur du martyre, qui prouves et attestes que je suis chrétien, puisque c'est pour cela que Ton me déteste , tout le mal que tu dis
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de moi est à ma louange, puisque tu ne peux m^accuser que d avoir été fidèle, a Si je voulais plaire aux hommes , dit Tapôtre, je ne serais pas le serviteur de Dieu. » Mais le même nous recommande ailleurs de chercher à plaire à tout le monde ; de même que moi , dit-il , je plairai i tout le monde. [Allais était-ce en célébrant les saturnales et les fêtes de Janus qu'il plaisait aux hommes? ou était-ce par sa modestie et sa patience, sa sagesse, son humanité et sa vertu? Il dit encore : «Je me suis fait tout pour tous , afin que je profilasse à tous.» Mais s'est-il fiait idolâtre pour les idolâtres , païen pour les païens, mondain pour les mondains? Mais quoiqu'il ne nous défende pas de communiquer avec les idolâtres , les adultères et les autres criminels, parce que ce serait , dit-il, sortir tout à fait du monde , il ne s'ensuit pas qu'il 6te tout frein à cette communication; et parce qu'il nous est permis de vivre avec les pécheurs , il nous sera permis aussi de pécher avec eux. C'est le commerce de la vie que Tapôtre permet ; quant au commerce du péché , il est défendu partout. S'il est permis de vivre avec les gentils , Il n'est pas permis de mourir avec eux. Vivons avec tout le monde, réjouissons-noqs d'être leurs frères selon la superstition. Nous sommes leurs semblables par Fâme , mais non par la croyance ; nous vivons dans le même monde , mais non dans la même erreur. S'il nous est défendu de suivre les rites païens avec les païens , à plus forte raison devons-nous nous en abstenir avec nos frères. Qui pourrait excuser une telle transgression? Le Saint-Esprit désapprouve les fêtes des Juifs. «Mon âme, leur dit-il, déteste vos sabbats, vos néoménies et toutes vos cérémonies. » Nous qui rejetons entièrement ces fêtes juives , que Dieu cependant approuvait autrefois, nous asaistons aux saturnales, aux brumales, aux fêtes de Janus, et k celles de Mars; nous nous faisons réciproquement des présens , nous donnons des élrennea, des jeux, des ftetins. Oh ! les gentils aont bien plus oonséquens que nous. Ils ne célébrant aucune dç nos fêt^, ils ne chôment pas le dimanche ni le temps de Pâques jusqu^â la Pentecôte. S'ils reconnaissaient ces solennités, ils saraient en communion avec nous; et ils craindraient de paraître chétiens. Quant â nous, nous n'avons pas peur qu'on nous prenne pour des païens. S'il faut des fiêtes à votre fragilité, n'en
avex-vous pas tant et même plus que les païens ? Car la même fête païenne ne revient qu'une fois par an ; et votre dimanche revient tous les huit jours. Comptez bien toutes les fêles des idolâtres pendant Tannée, et vous verrez qu'ils n'en ont pas assez pour compenser les cinquante Jours de notre Pâques.
XV. a Que vos oeuvres soient visibles , i a dit l'apôtre. Assurément nos maisons et nos portes sont assez visibles maintenant; car vous trouverez plus de portes de païens sans lanternes et sans couronnes de lauriers, que vous n'en trouverez appartenant â des chrétiens. Qu'est-ce que cela nous démontre? Si cette illumination se fait pour une image, assurément c'est de l'idolâtre : si elle se fait pour un homme, rappelons-nous que toute idolâtrie a commencé par adorer les hommes, puisque les gentils eux-mêmes avouent que leurs dieux étaient autrefois des hommes. Il n'y a aucune diffiôrence entre le culte rendu aux hommes des siècles passés et celui que vous rendez à ceux du nôtre. Dans l'idolâtrie, ce n'est pas tel ou tel homme qui est condamné , c'est le culte luinmème qui n'appartient qu'au démon. «Il faut rendre â Gésar ce qui appartient â César,» dit le texte, qui ajoute aussitôt : «Et à Dieu ce qui appartient â Dieu.» Mais qu'estce qui appartient à Gésar? Voilà précisément ce dont il était question, car on demandait au Seigneur s'il fallait ou non payer le cens â Gésar. C'est pourquoi le Christ demanda qu'on lui montrât une pièce de monnaie, et il demanda â l'effigie de qui elle était marquée; on lui répondit : «A celle de Gésar. » — a Rendez donc , dit-i|, â Gésar ce qui appartient â Gésar, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » C'est-à-dire rendez à Gésar l'image de Gésar qui est sur la monnaie , et rendez à Dieu l'image de Dieu qui est dans l'honinf. Rends l'argent à Gésar , et rends-toi toi-même â Dieu. Car enfin , que restera-t-il pour Dieu, si tu donnes tout â César P « Mais , direz-vous, e'est donc un honneur dû â Dieu , que dWlumer des lanternes à sa porte et d'en orner les piliers de guirlandes de laurier?» Ce n'est pas aasorément un honneur dô â Dieu , maisc^est une cérémonie en l'honneur de celui que l'on adore comme un ^ Dieu ; c'est donc au moins un culte , c'est-à-dire un acte extérieur d'adoration qui va droit au démon , quelle que soit Tintention ou la volonté intérieure. Car nous savons, ce qu'ignorent
DE L'IDOLATRIE
peoN^ ceux qui ne nnt pus versés dus la îiiKratiire profaoe, que les Romains avaient aussi des dieux de portes : la déesse Gardea , ainsi nommée de oando, gond; Forculus, de filtres, porte; Limenlinus, de Umen, seuil; et enfin Janiis lui-même qui vient deyVi/ifia^ porte. Nous savons aussi que ces noms étaient d'atîord vains et vides de sens « mais que les démons s'en anparent aussiiùl qu'ils sont consacrés par la superstition. Sans cela les démons n'auraient point de noms propres : c'est ainsi qu'ils acquièrent en même temps un nom et une puissanee« Les Grecs appelaient aussi Apollon ôupoïov^ c'est-à-dire portier ; et nous lisons que les Antbélies étaient les génies qui présidaient aux portes. Le Saint-Esprit, qui prévoyait tout dès le ooBunencement , a dit par la bouche du trèsaneieu prophète Enoch : que les portes mêmes deviendraient des dieux. Nous voyons aussi que l'on adore les portes des bains. S'il est des êtres que Ton adore dans les portes , à eux les lanternes et les lauriers ; ces décorations s'adressent è l'idole. Et je m'appuie ici sur l'autorité de Dieu même , car il ne faut pas négliger ce qui a é(é révélé à] un homme pour Tutilité de tous. Je connais un chrétien qui , dans un songe, fut sévèrement réprimandé de ce que cette nuit-lâ Biéme, ses esclaves, à l'annonce d'une fête publique, avaient couronné et illummé ses portes. Et cependant ce n'était pas lui qui l'avait fait, ni qui l'avait ordonné^ car il était en voyage ; et à son retour il désapprouva cette cérémonie, tant il est vrai qu'en cela Dieu nous rend responsables de la conduite de toute notre maison. Pour ce qui est des honneurs à rendre aux rois ou aux empereurs , l'apôtre nous recommande clairement d'être respectueux et obéisaans en- Vers les magistrats, les princes et les puissances; mais nous devons cependant rester dans les limites de notre foi , et ne pas tomber dans Tidolàtrie. Nous avons là-dessus l'exemple de ces trots frères qyi , en toute autre chose obéissans aux ordres du roi Nabuchodonosor , refusèrent constamment d'honorer son image, disant que c'était une idolâtrie que de dépasser ainsi les honneurs qu'il est d'usage d accorder aux hommes , pour leur rendre un culte presque divin. Daniel aussi était un zélé serviteur de Darius, et il resta au pouvoir tant qu'il n'y eut pour sa religion aucun danger. Mais plutôt que de tomber
dans oe péril, il brava les lions de Darius, comme les autres avaient bravé les feux delà fournaise. Qu'on allume donc tous les jours ces lanternes, qui ne sont point la lumière; que l'on couronne les portes avec ces branches de laurier qui brûleront un jour ceuii qui déjà sont menacés du feu étemel : ce sont là des témoignages en faveur des ténèbres, des augures qui présagent des chàtimens. Tu es la lumière du monde, tu es un arbre toujours vert. Si tu as renoncé aux temples, ne fais pas un temple de ta porte. Fautil te dire aussi : Si tu as rencmcé aux mauvais lieux, ne fais pas de ta demeure une maison de prostitution?
XVI. Quant aux cérémonies usitées à Toccasion des événemens publics ou particuliers, comme la prise de la toge blanche, les fiançailles, les noces, les fêtes que Ton fait quand on nomme un enfant, je ne pense pas qu'il y ait en tout cela grand danger d'idolâtrie , parce qu'il faut étudier quelles sont les origines de ces usages. Je crois qu'ils sont innocens par euxmêmes; car la robe virile, l'anneau du mariage, etc., ne tiennent pas, que je sache, an culte d'une idole. Je ne vois pas que Dieu ait ja<mais condamné un vêtement , si ce n'est celui de femme porté par un homme. 11 est écrit : « Maudit celui qui se revêt comme une femme. » Maïs la toge est un vêtement essentiellement viril. Dieu ne défend pas non plus de se réjouir quand on se marie, ou quand on donne un nom à un enfant; mais à ces réjouissances on joint souvent des sacrifices. Si ce n'est pas moi qui suis chargé de les faire, ou d'y inviter les autres, que ferai-je alors? ce qu'il me plaira. 11 serait bien à désirer sans doute que nous puissions ne jamais être témoins de ce qu'il nous est défendu de faire; mais puisque l'esprit malin a tellement répandu l'idolâtrie dans le monde, il faudra bien quelquefois assister à ces cérémonies, pourvu que ce soit par égard pour les hommes, et non par respect pour l'idole. Si Ton m'invite expressément à un sacrifice , je n'irai pas , car c'est une adoration directe de l'idole ; je n y contribuerai ni de mes avis , ni de mon argent, ni en aucune manière. Si j'assiste à un sacrifice où l'on m'a invité, je parlidpe à l'idolâtrie; mais si c'est une autre cause qui m'a fiiit accepter une invitation, je ne suis plus qu'un spectateur du sacrifice.
TERTULLIEN
XVII. Voyons maintenant ce que devront faire les esclaves et les hommes libres qui sont attachés comme serviteurs à des maîtres, des patrons ou à des magistrats qui ont Thabitude d'ofFrîr des sacrifices. Si quelqu'un sert le vin du sacrificateur, ou s'il prononce quelques paroles qui sont nécessaires à cette cérémonie, il sera certainement compté comme un ministre des idoles. Si nous voulons ne pas perdre de vue celte règle , nous pourrons servir les magistrats et les princes comme Font fait les patriarches et d'autres fidèles qui ont souvent été les ministres et les serviteurs de rois idolâtres, en tout ce qui n'était point idolâtrie. Il s'est élevé là-dessus une autre discussion. On demande, daas le cas où un serviteur de Dieu prendrait «ur lui de remplir une fonction publique, s'il pourrait, soit par une faveur spéciale , soit même par ruse, s'abstenir de toute espèce d'idolâtrie. Nous trouvons la réponse dans la conduite de Joseph et de Daniel qui s'abstinrent de toute idolâtrie tout en siégeant dans la pourpre pour administrer les deux grands empires de TÉgypte et de Babylone. Nous devons donc croire qu'un chrétien peut rester innocent en parcourant la carrière des honneurs et des dignités, à condition qu'il ne sacrifie pas, qu'il n autorisera pas les sacrifices, qu'il ne fournira pas de victimes, qu'il ne déléguera pas à d'autres le soin d'entretenir les temples, qu'il ne leur paiera pas de revenus, qu'il ne donnera pas de jeux ni A ses frais ni à ceux du trésor , qu'il n'y présidera pas, qu'il n'ordonnera aucune fête, et même qu'il ne fera point de sermens ; que dans l'exercice de son pouvoir, il ne décidera jamais de la vie ou de l'honneur des auf res (je fais une ex« ceplion pour les affaires d'argent), qu'il ne jugera, ne condamnera , n'enchatnera, ni n'emprisonnera personne ; et enfin qu'il ne mettra aucun accusé à la torture : c'est à lui de juger si cela est possible.
XVIII. Nous allons maintenant parler du vêtement et de l'appareil de ceux qui sont au pouvoir. Chacun a, suivant son rang, sa manière de s'habiller pour les jours ordinaires, et pour les grandes occasions. La pourpre et les diadèmes d'or , qui étaient chez les Égyptiens et les Babyloniens des symboles de dignité , ressemblaient beaucoup aux prétextes, aux trabécs, aux tuniques brodées de palmes et aux cou-
ronnes d'or que portent maintenant les prêtres des gentils; mais on n'y attachait pas la même idée. L'honneur de porter de tels vètemens était accordé à ceux qui avaient mérité la confiance de leur roi ; c'est pourquoi on les appelait les pourprés du roi, purpuraU, du moi purpura, pourpre, comme chez nous nous appelons candidats ceux qui portent une toge blanche, toga candida. Mais cet appareil n'était pas etdasivement à l'usage des sacrificateurs ni des ministres des idoles ; sans cela , des hommes si saints et si fidèles auraient refusé ces vètemens souillés, et Ion aurait vu sur-le-champ que Daniel n'avait pas abandonné son Dieu pour les idoles, et qu'il n adorait ni Bel ni Draco, ce qu'on ne sut que plus tard. D'ailleurs la pourpre simple n'était pas chez les Orientaux un signe de dignité , mais seulement de liberté ; c'est pourquoi Joseph qui avait été esclave , et Daniel qui d'esclave était devenu libre, montèrent au pouvoir, à Babylone et en Egypte, en conservant leurs vètemens d'hommes libres. Si donc celi était bien nécessaire, nous pourrions donner à nos garçons le prétexte, et aux filles la stde'; ce serait un signe de liberté, et non de puissance, de famille et non de dignité , de rang et non de superstition. Mais cette pourpre et ces insignes primitifs de puissance et de dignité ont été dédiés à la puissance et à la dignité des idoles; ib ont été par là profanés et souillés, d'autant plus qu'on en revêt les idoles mêmes auxquelles Ton met des prétextes, des trabées, des laticlaves, et devant lesquelles on porte les faisceaux et les verges ; en ceci l'on a raison , car les démons sont les puissances du siècle ; ils doivent donc avoir la pourpre et les faisceaux des magistrats. Mais à quoi te servira de porter ce vêtement si tu ne veux pas exercer le pouvoir qu'il coofireP On ne saurait paraître propre dans un habit sale; si tu prends une tunique déjà souillée', peut-être ne la saliras*tu pas , mais elle te salira. Vous donc qui voulez vous appuyer sur les exemples de Joseph et de Daniel , sachez qu'on ne doit point ainsi confondre les temps anciens et barbares avec notre époque moderne et civilisée , l'enfance des sociétés avec leur développement , et surtout ce qui convient à des eschves et ce qui appartient à des hommes libres. Joseph et Daniel étaient esclaves, mais vous, vous n'êtes les serviteurs que du Christ , qui
DE L'IDOLATRIE
vous a délivrés de Tesclavage da siècle : vous dev^ donc agir d'après son exemple et sa loi. Votre maître a passé sa vie dans la pauvreté et dans rbumililé, n'ayant pas même de demeure. «Le Fils de Thomme, a-t-il dit, n'a pas où reposer sa tète.» Il avait des habits grossiers, autrement il n'aurait pas dit : «Ce sont ceux qui habitent dans les demeures des rois qui sont vêtus avec luxe.» Enfin, il avait un visage commun , ainsi que l'avait prédit Isale. S'il n a jamais exercé auCun pouvoir même sur ses disciples auxquels il a rendu les services les plus îiumbles , s'il a refusé la royaulé, lui qui connaissait ses droits, c'était pour indiquer à ses disciples comment il faut en agir avec la grandeur, le faste et la puissance. £n effet , à qui ces dignités eussent-elles mieux convenu qu'au Fils de Dieu? Que de faisceaux auraient marché devant lui ! quelle pourpre aurait flotté sur ses épaules! quels diadèmes auraient brillé sur son front s'il n'eût pas jugé que ces choses lui étaient étrangères, à lui et aux siens ! Donc , ce dont il n'a pas voulu , il l'a rejeté ; ce qu'il a rejeté, il l'a condamné; ce qu'il a condamné , il Ta renvoyé à Satan et à ses pompes. Il n^aurait pas condamné ces frivolités, si elles ne lui eussent été étrangères ; or ce qui ne vient pas de Dieu , ne peut venir que du démon. Si lu as renoncé aux pompes du démon , sache que si tu y reviens, tu es un idolâtre. Écoute bien ceci : les puissances et les dignités de la terre non-seulement sont étrangères à Dieu, mais elles lui sont contraires et hostiles, puisque c'est par elles que les serviteurs de Dieu ont été martyrisés et qu'ils ont souffert des supplices qui avaient été préparés pour les impies ; mais ta noblesse et tes richesses te gênent dans ta lutte contre ridolâlrie. 11 ne manque pourtant pas de moyens pour la fuir. S'il n'y en avait pas d'autres, il resterait du moins celui qui ferait de toi le plus heureux des princes, non sur la terre, mais dans le del.
XIX. On pourrait dans ce chapitre traiter de la milice qui tient le milieu entre la dignité et la puissance. Il s'agit de savoir si un chrétien peut entrer dans l'armée, et si Ion peut admettre dans l'Église un militaire, même en caliges, c'est-à-dire, un simple soldat qui ne se trouve jamais dans la nécessité déjuger et de condamner à la peine de mort. Il n'y a aucun rappro-
chement possible entre le pacte divin et le pacte . humain, entre la bannière du Christ et l'étendard du diable, entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres. La même vie ne peut pas être due à Dieu et à César. Moïse portait une verge, Âaron s'est ceint d'une cuirasse ; Jean portait l'épée; Josué a conduit des armées; le peuple de Dieu s'est battu même , s'il vous platt de disputer. Mais comment le soldat combattra-t-il , comment même fera-t-ii son devoir pendant la paix, s'il n'a pas d'épée? et le Seigneur a défendu cette arme ; car , bien que des soldats fussent venus auprès de Jean et en eussent reçu la formule de notre loi , bien que le centurion lui-même eût la foi , il n'en est pas moins vrai que le Seigneur, en désarmant Pierre , a d^rmé tous les soldats. Nous ne pouvons admettre comme licite l'état de soldat, puisque le Seigneur n'a pas permis qu'on se servit une seule fois de l'épée.
XX. Gomme notre persévérance dans la lot du Christ peut être mise en danger non-seulement par nos actions, mais encore par nos paroles (car s'il est écrit : a Voîlà l'homme et ses œuvres,» il a aussi été dit : «Tu seras justifié d'après tes paroles ») , nous devons être sur nos gardes contre l'invasion de l'idolâtrie dans nos discours , soit à cause de nos mauvaises habitudes, ou de notre timidité. Notre loi nous défend de nommer les dieux des gentils. Ce n'est pas à dire que nous ne devions jamais prononcer leurs noms , qui se présentent à tout moment dans la conversation ; car on est .souvent forcé de dire : «Vous le trouverez au temple d'Esculape. — Je demeure au carrefour d'Isis. — Un tel vient d*être nommé prêtre de Jupiter, etc.» Puisque ces mots sont dans la bouche de tout le monde, je n'honore pas Saturne en l'appelant Saturne, pas plus que je n'honore Marcus en l'appelant Marcus. Mais il est dit : a Ne prononcez pas les noms des autres dieux, et que leurs noms ne sortent pas de votre bouche. Cela signifie que nous ne devons pas les appeler des dieux, car il est dit plusliaut : « Ne prends pas le nom de Dieu en vain, d Or en vain , in vano, signifie dans le vide, c'est-à-dire en idole. 11 tombe dans Tidolàtrie, celui qui appelle une idole un dieu. Si je suût obligé de les appeler des dieux , il faut que j'ajoute aussitôt quelque chose pour rétracter cette expression;
TERTULLIEN
r£epilaP6 mèflae les appelle dieui, mais die dit : M leurs dieux,» ou Ûen, aies dieux des genr tUs. » David , apr^ avoir nommé les dieux , se bâte d>joutef : iMais les dieux des gentils sont des démons, p On a aussi la mauvaise babi* tud^ de dire me herele et me fidius dius, parce que bien des personnes ignorent que ce ient des juremens par Hereule. Or , jurer par tm% que tii as at^jurés, n'est-ce pas là une prévarication, un oubli de la foi pour Tidolàtrie? jurer par les dieux » n'est-ce pas le3 reconnaître ^t les honorer ?
XXI. Tu pèches par timidité , lorsqu'un autr^ prononce devant toi une formule de sermut qui doit te lier, et que tu gardes le siionee paur ne pas être reconnu pour chrétien, fip te taisant, tu reconnais la dignité de ceux nu nom desquels on te regardera comme lié et «ngagé. Qu'importe que tu reconnaisses les dieux par ta bouche oq par tes oreilles; que tu jures par une idole, ou qpe tu te laisses administrer «e serment ? Que ne reconnaissons-nous là les rases de Satan qui , ne pouvant noqs foire prononoer son non , foit en sorte que les siens te prononcent devant nous , et nous fait entrer Tîdolàtrie par les oreilles? Quiconque veut (e lier ainsi , le fait dans une bonne )ou dans une mauvaiso Intention. 8i son intention est mauvaise, ce doit être pour toi un appel an condiat : tu sais que tu dois lutter contre Tennemi; si elle est bonne, c'est une exeellentç occasion de faire réponse au nom du Seigneur , pour dissoudre ce lien par lequel Tesprit malin voulait te lier au eulte de Tidole, c'est-à-dire à Tidolàtrie. Toute semblable tolérance est un péché; tu honores ceux au nom desquels on te Aiit obéir. Je connais un homme (puisse Dieu lui pardonner !) qui se disputait dans la rue. Son adversaire lui eria : «Que Jupiter te maudisse!» et il lui répondit ; «Qu'il te maudisse toi-même !» Qo'aufiit dit de plus un païen qui aurait cru à Jupiter P Quand même on ne rendrait pas les malédietiona que l'on reçoit au nom de Jupiter , c'est déjà le reconnaître que de s'en fiM^er; ear pourquoi t'irriter au nom de eelui qui n'est rien? Si tu te mets en colère, tu affirmes qu'il est quelque chose, tu le crains, tu es idolâtre. A plus fi^e raison si tu muiudis toi-même en son nom ; tu rends à Jupiter le même honneur que celui qui t'a maudit le premier. Un fidèle, daos
ce cas , doit rire et ne pas s'Irriter; que dis-je P il nous est ordonné non pas de maudire par Dieu , mais de bénir en son nom , afin d'anéantir l'idole, de glorifier Dieu et d'obéir à sa loi.
XXII. (^ chrétien ne se laissera pas tranquillement bénir au nom des dieux ; il fout qu'il rejette cette bénédiction impie, et qu'il la purifie en pensant à son Dieu. Être béni par les dieux des gentils, c'est être maudit du vrai Dieu. Quand je donne l'aumône, ou que je rends un service , si pour m'en remercier l'on prie les dieux ou le génie tutélaire du pays de m'être propice, mon aumône ou la bonne action que j'aurai fiiite sera en l'honneur de l'idole , dont la bénédiction sera ma récompense. Car pourquoi ne pas dire que j'ai fait cela pour l'amour de Dieu , afin que celui que j'ai obligé puisse le glorifier aussi , et que les démons n'aient pas l'honneur de ce que j'ai feit pour Dieu? Dieu voit sans doute que c'est pour lui que j'agis, mais il voit aussi que je n'ai pas voulu l'avouer et que j'ai changé son précepte en un culte d'idolâtre. On dit souvent : k Un homme ne doit pas se glorifier;» non, sans dpute , mais il ne doit pas se renier non plqs. Or c'est se renier poi-même que de dissimuler et ne rien dire quand on est pria pour un païen; car toute négation de la vérité est une idolâtrie , comme toute idolâtrie est une négation, soit en action, soit en parole.
XXIII. Il y a encore un subterfuge de cette nature qui est un péché en action et en parole, quoique Ton se flatte qu'il est innocent, parce que l'action n'est pas apparente et la parole n'est pas entendue. Voici ce que c'est : il y en a qui empruntent de l'argent à des païens sur hypothèque; quand on leur lit la formule, ils ne disent rien , et par là même renient leur dieu ; puis ils s'informent à quelle époque cette aHaire sera jugée , devant quel tribunal , quel sera le président. Le Christ a dit : «Ne jure point du tout.»Tu me réponds: «J'ai écrit quelque chose, il est vrai , mais je n'ai rien dit. » C'est la langue qui tue et non l'écriture. J'en appelle à la nature et au bon sens ; est-il possible que la main puisse écrire sans que l'àme dicte les paroles , quand même la langue ne les dirait pas en même temps ; et cela , soit que Tâme dicte ses pensées, soit qu'elle répète ce qu'un autre lui dicte ; car il ne faut pas dire : « J'écris sous la dietêe d'un autre. » Ici j'en appelle à la eonadeaee,
DE L'IDOLATRIE
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ne foot-îl pas que rame reçoive et admette volixitairementle% paroles d'un autre pour pouvoir les dicter à la main qui écrit, et cela soit que la langue Taccompa^e, soit qu'elle r^ste silencieuse ? Et n'^t-çepas FiiHeniion , \$ conscieace , sekm les paroles du Christ, qui iait le péché? •Si la concupiscence ou la malice , dit-il , entre dans le cœur de Thobime , le péché est commis. » Or tu étais sur tes gardes quand on te dictait, et to ne peux prétendre que tu ignorais ou que ta désapprouvais ces paroles. Puisque tu étais sortes gardes, tu as su ce dont il s'agissait; si ta Pas 80, ta l'as voulu. Te voilà donc coupable en pensée et en action. Il est absurde de rejeter la hntt SOT ta main , et de prétendre que la chose s'est faite sans toi. «Mais, dis-tu encore , je n^ai pis renié Dien , puisque je n'ai pas juré. » Qaand même tu n'aurais rien dit , tout consentement suffit. Tu ne dis rien quand tu devrais protester. Un mot passé ne peut conripter dans un écrit, une voyelle muette ne compte pour rien dans la prononciation. Zacharie , privé pour on temps de sa voix , se passait de cette facnlté suspendue en lui , et exprimait avec ses mains les pensées de son âme. Il prononce sans parole le nom qu*il veut donner à son fils ; il parle en caractère d'écriture ; sa maiq se fait entendre sur la tablette de cire plus clairement que par aucun son. On pourrait dire que l'écriture est plus sonore que la voix ; doutez-vous qu'il ait parlé, celui qui a appris à s'e](primer ainsi t Que Dieu éloigne de nous la nécessité de faire de telles transactions; si nous sommes dans Temliarras, qu'il accorde à nos frères la faculté de nous aider, ou bien qu'il nous (lonne le courage de vaincre nos désirs ou nos besoins, afin (|a'9u flcmier jour ces caractérçs impies qui oqt
suppléé à notce voix pour renier Dieu , ne nous soient point présentés devant le tribunal céleste, non plus par un avocat , mais par l'ange accusateur.
XUV, Au millea de ces écoeils et de ces rochers sans nombre, le vaisseau de la foi déploie ses voiles au souffle de l'Esprit-Saint. Il vogue en sûreté, s'il a pour pilotes la prudence et le zèle; mais si vous tombez par -dessus bord , le tourbillon inévitable de Tidolàtrie est prêt à vous dévorer et à vous engloutir; chacun de ses flots est mortel , chacun de ses gouffres conduit aux enfers. Qu'on ne me dise pas :c Qui pourra donc s'en garder P j> Que Ton renonce au monde s'il le faut. U vaut mieux sortir du monde et rester chrétien que de vivre dans le monde pour y tomber dans Tidolàtrie. Rien n'est si facile que d'éviter l'idolâtrie pourvu qu'on la craigne ; il n'y a pas de pauvreté qui soit si â craindre que Pabandon de Dieu. Cest pour cela que sur la demande des apôtres , l'Esprit-Saint a beaucoup relâché la rigueur de l'ancienne loi, afin que tous nos soins fussent employés â éviter l'idolâtrie. Cest là notre loi mamtenant ; plus elle est simple, plus nous devons la suivre rigoureusement. C'est elle qui distingue les chrétiens d'avec les gentils; c'est elle qu'il faut offrir à ceux qui veulent entrer dans PÉglise , qu'il faut apprendre soigneusement à ceux qui y sont admis , afin qu'ils délibèrent avant d'entrer et qu'ils persévèrent ensuite , ou bien qu'ils y renoncent franchement. Noé reçut dans son arche le corbeau et le vautour ; Il y reçut le loup i le chien et le serpent , mais il n'y laissa pas entrer l'idolâtrie. L'idolâtrie n'a pps de type dans la nature; ce qui ne fut pas admis dans l'arche, ne doit pas être admis dans l'Église.
TERTULLIEN
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DE L'ORIISON DOMINICALE.
Esprit divin, parole divine, raison divine, toutes ces expressions signifient la parole de la raison, et la rai^son de la parole et de Tesprit. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ , en donnant à ses nouveaux disciples son Nouveau Testament, leur a-t-il dicté une nouvelle formule de prière , car à la prière aussi devait s'appliquer ce qui a été écrit : a Le vin nouveau sera mis dans des outres neuves , et le manteau neuf sera raccommodé» avec un morceau de drap neuf, d Tout ce qui était autrefois a été changé, comme la circoncision, ou complété, comme le reste de la loi, ou accompli , comme les prophéties, ou perfectionné , comme la loi elle-même. La nouvelle grâce de Dieu a changé au spirituel tout ce qui était charnel, en passant son Évangile comme une éponge sur toute Tantiquité. En cela, Notre-Seigneur a prouvé qu'il était Fesprit de Dieu , la parole de Dieu et la raison de Dieu : Fesprit qui prévaut, la parole qui enseigne, et la raison qui vivifie. Aussi Foraison dominicale est-elle fondée sur ces trois principes : la parole, puisque c'est une oraison verbale; Fesprit, qui seul fait son mérite et sa puissance ; et la raison , parce qu'elle nous instruit. Jean aussi avait appris à ses disciples à prier, mais il ne faisait que préparer les voies du Seigneur, jusqu à ce que le Christ lui-même fût agrandi, comme lavait prédit Jean , en disant qu'il serait luimême diminué , et jusqu'à ce que Fœuvre de son prédécesseur entrât en lui avec le Saint-Esprit. Cest pour cela que les prières que Jean apprenait à ses disciples ne sont point parvenues jusqu'à nous , parce que tout ce qui était de la terre devait céder devant celui qui venait du ciel. «Celui qui est de la terre, est-il dit, parle des choses de la terre, mais celui qui vient du ciel , raconte ce qu'il y a vu. i> Et tout ce qui est du Christ n'est-il pas céleste? aussi cette prière dominicale est-elle divine. Considérons donc^
mes bien-aimés , la sagesse divine de celui qui nous Fa envoyée ; d'abord il nous ordonne de prier en secret , parce qu'il veut que Fhomme sache bien que Dieu peut Fentendre et le voir partout, même dans les lieux les plus cachés. 11 veut aussi que le fidèle ne fasse point parade de sa religion , mais qu'il se contente de faire entendre sa prière à celui qui peut Fentendre partout. Étudions encore sa sagesse dans le précepte qu'il nous donne ensuite. Il convient à la foi et à la modestie de ne pas adresser à Dieu une foule de paroles, puisque nous devons savoir qu'il ne manquera pas de protéger les siens ; mais sa prière si brève devient bien grande et bien belle quand on en étudie profondément Fesprit. Plus elle est courte en paroles , plus elle est étendue par le sens ; elle ne s'astreint pas seulemoit an devoir de la prière , qui est d'honorer Dieo et de l'implorer, mais elle contient presque toute la morale du Seigneur et la discipline de son église ; elle est l'abrégé de tout l'Évangile.
II. Elle commence par nous faire rendre témoignage de Dieu et de la puissance de la foi que nous avons en lui , quand nous disons : Notre Père qui êtes aux deux. Par ces mots, nous prions Dieu , et nous attestons que nous croyons en lui en l'appelant a Père;» car il est écrit : a U a donué à ceux qui ont cru en lui le droit de s'appeler ses enfans.» Notre-Seigneur , dans les instructions qu'il nous a adressées , appelle souvent Dieu, «le Père.» Il nous a même ordonné de n'appeler notre père que celui qui est dans les cieux. Ainsi en oonunençant Forai* son dominicale, nous obéissons déjjà à Fuode ses préceptes. Il a été reproché à Israti , qu'il remplissait le ciel et la terre de sa douleur , en disant : «J'ai engendré des fils, et il ne m'ont point reconnu. » Or , en reconnaissant un père , nous reconnaissons un Dieu. Ce titre exprime à la fois son amour et sa puissance. Dans le Père,
DE L'ORAISON DOMINICALE
noQS invoquons aussi le Fils , car il a dit : a Mon Père et moi, nous ne sommes qu^uo.» Nous invoquons l'Église notre mère , car nommer le Père et le Fils, c'est reconnaître la mère, qui seole peut avoir étaUi le rapport qui existe entre ces ûtax noms. Ainsi, dans un seul mot nous ho- Doroos Dieu et les siens, nous obéissons au précepte et nous condamnons ceux qui ont oublié leur père.
BL Le nom de Dieu le Père était autrefois meonua au monde. Quand Moïse lui-même demanda à Dieu qui il était , Dieu lui répondit par QD autre nom. Le Père nous a été révélé dans IeFib,qui par sa venue a donné à Dieu un nouveau nom, ainsi qu'il le dit lui-même explicitemeot:a J'ai manifesté ton nom aux hommes. i> Noua demandons ^i/e ce nom soit sanctifié. Ce n'est pas qu'il convienne à des hommes de foire des souhaits en faveur de Dieu , auquel on ne peut rien souhaiter , ni qull ait besoin de notre bieovciUanee. Nous devons bénir Dieu en tout temps et en tout lieu, à cause des bienfaits dont fl a comblé tous les hommes ; mais la bénédiction sufBt à la reconnaissance : ce sont des remerdmens , et ncm des souhaits que nous lui devons. Le nom de Dieu nVt-il pas toujours été saint et sanctifié par lui-même , lui qui sanctifie les autres ; lui devant le trône duquel s'agenouille l'armée des anges en chantant : a Saint, saint, saint. • Et nous aussi, qui devons par nos bonnes œuvres devenir semblables à des anges, nous balbutions déjà le cantique éternel et nous apprenons à chanter ce qu'un jour nous chanterons dans le ciel. Voilà pour ce qui regarde b gloire de Dieu. Quant à la prière que nous faisons pour nous , elle consiste en ce que nous demandons que Dieu soit sanctifié en nous, qui sommes en lui , et en ceux sur lesquels la grâce de Dieu n'est pas encore descendue. En cela nous obéissons au précepte qui nous ordonne de prier pour tous , même pour nos ennemis. Voilà pourquoi en ne priant pas que Dieu soit sanctifié «ea nous», nous prions réellement qu'il soit sanctifié dans tous les hommes.
IV. Après cette formule, nous ajoutons : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous ne devons pas comprendre qu'aucun obstacle puisse arrêter l'effet de la volonté divine, mais nous prions encore qu'elle
soit faite en noiïs et en tous les hommes; car en interprélanl bien celle figure , nous trouverons qu'en parlant de notre chair et de notre esprit, nous sommes nous-mêmes le ciel et la terre. Mais quand on prendrait cette expression au pied de la lettre, le sens en serait encore le même , à savoir que sa volonté se fasse en nous sur la terre, afin qu'elle puisse se faire en nous dans le ciel ; car , quelle est la volonté de Dieu , si ce n'est de nous voir marcher suivant la loi? Nous lui demandons donc de faire entrer en nous l'essence et la puissance de sa volonté , pour que nous soyons sauvés sur la terre et dans le ciel , parce que sa plus grande volonté est le salut des enfans qu'il a adoptés. C'est cette volonté de Dieu que le Seigneur a tâché de réaliser par ses prédications , par ses œuvres et par ses souffrances. Il l'a dit lui-même : «Ce n'est pas ma volonté, c'est celle de mon Père que je fais, d Sans doute , toutes les actions étaient selon la volonté de son Père, et il nous a invités à suivre son exemple et à prêcher, à travailler et à souffrir comme lui jusqu'à la mort. Pour pouvoir faire tout cela , nous avons besoin de la grâce et de la volonté de Dieu ; donc en disant : « Que votre volonté se fasse, » c'est une faveur que nous demandons pour nous-mêmes, puisque la volonté de Dieu ne saurait nous être nuisible , même s'il est quelquefois sévère , suivant nos péchés. Donc par cette parole aussi nous nous disposons à souffrir s'il le faut. Notre-Seigneur, pour nous montrer dans sa passion que la faiblesse de notre chair était dans sa chair, dit : aO mon Père ! éloignez de moi ce calice ;» puis se reprenant , il ajoute : «Mais que votre volonté soit faite , et non la mienne. » Il était lui-même identifié avec la volonté et la puissance de son Père; mais c'était pour nous apprendre à payer notre dette de souffrance, qu'il s'en rapportait ainsi à la volonté de son Père.
V. QuetXftre règne arrive. Cette prière a un sens analogue à la précédente; elle signifie: que votre règne arrive en nous : car Dieu n'estil pas toujours roi , lui qui tient dans sa main le cœur des rois? Mais tout ce que nous désirons pour nous- mêmes , nous le rapportons à lui , nous le sanctifions en lui , parce que c'est de lui que [nous l'attendons. Or si la venue du règne de Dieu s'accorde avec sa volonté et exige
TERTULLIËN.
Il fio de ce mondes pourquoi le prions-nous quelquefois de prolonger nos jours sur la terre? Ce règne que nous demandons , c'est la fin des temps, c'est li ctasommalîon des siècles; nous demafidone tf entrer bientôt dans te figim et de n'être pas retcBua kagltsatHl dans Pesela^ ^^1Ê^ QiNÎttl cette prière n'aurait pas exacte* ment eestna, nous devrions le lui donner , par notre désir d'arriver au but de toutes nos espérances. Dans t' Apocalypse^ les âmes des martyrs qoi sont sous Tàutel orient au Seigneur : « Jos^ qùes à qmnA notre sang criera- t-il tengeance contre les enfens de la terre?» C'est qu'ils dottent être yengésau jour du jugement. O Seigneur! bâte l'arrivée de ton règne ! c'est le Tceu des chrétiens ^ la concision des gentils , le triomphe des anges; c'est pour ton règite que nous souffrons, c^ést pour ton règne que nous prions i
VI. Arec quel art la sagesse dit ine a ordonné les différentes parties de cette oraison ! Après les choses! du éiel§ c^est^è-dire la Tolonté et le règne de Dieu , viennent lés choses de la terre, auxquelles elle a bien voulu donner une place ; car le Seigneur a dit 2 a Demindex d'abord le règne de Dieu y et le reste vous sera donné en sos^ V Gf pendant nous sommes portés ê donner an sens spirituel à ces paroles ^ donnex^ nous aujourd'hui notre pain quoU(jUen% Car le pain ^ c'est la vie) ei la viCf c'est le Christ, «ie suis^ a-t-il dit, le pain de la vie.» Et un peu plus haut \ «Le pain est la parole du Dieu vivant f qoi descend des deux.» D'aHleurè le paili représente le corps Hiême dti Christ , puisqu'il a dit : « Ceci est mon corpsj s Donc en demandant notre pain de diaqtfe jour, nous demandons à étiré perpétucMenent identifiés aveo le corps do Christ ^ et à ne nous éti séparer jamais. Mais on admet aussi l'interprétation liuérale, qui est d'ailleurs parfaiteiÈent d'accord avec la discipline. Nous demandons doné du pairi , qoi est tout ce qu'il Faut pour \me ; «Gé sont les gentils qui demandent davantage! * Le Seigneur a dit en parabole : a Un père éFte-t-il le pain à ses enfîins pour le donner aox chiens? Et encore : a Si un fils demande du pain à son père^ cehit-ci toi dotme-t-ll «ne prerre?» Il montre por là ee que les enfens ont droit d'attendre de leurs pèresi En dMm s DomeMigos lattjoard'M ,»
nous obéissons encore à son précepte : tNe vous inquiétez pas de ce que vous mangerez demain. » Le Seigneur a expliqué eeb par la parabole de cet hemmê^ qoi dans le temps de la moisson annssa asaex de Ué dam êes griDlera pour vivre tratiqnillement pendant bien longtemps y et qui mourut le soir mèmei
Vil. Après avoir invoqué la libéralité dé Dioo, il est naturel que nous nous adressions à soii indolgence et à sa démence. Gar à quoi iloos serviront les alinleoè, si ndus nous en engraia^ sons comme une victime destinée atf èacrifiae? Dieu savait bien que lui seul est sans pécbé , c'est pourquoi il nous a enjoint de dire : RB' meilez-nous nos dettes^ c'est-à-dire pardonnez-nous nos offenses^ Or demandée pardon^ c'est avouer ses fautes ,* et s'en repentir* GeU nous apprend que la pénitence est agréable à Dieu, qui la préKre à la mort du péclieor. Dans le langage figuré de l'Écriture j une dette signifie un pécbé, parce qu'en péchant on encourt une peine ^ une dette de souffraoee , qu'il iîiut payer , et qui sera sévèrement exigée, si elle ne nous est remise , comme cette detlei que le maître remet à sftoi serviteur dada fai parabole ce qui n'a d'autre but que de noua eiH seigner cette morale. Car ce sèTtiteur ^ ayant éprouvé la clémence de son maître ^ fut ri^onreux envers ses propres créanciers; c'est poorquoi son Seigneur le fit paraître devant lui f d le livra au geôlier pour qu'il payai jasqtfà la dernière obole ; c'ést-i-dire pour qu'il iùt pnni de ses moindres péchés^ VoiUi pourquoi noua déclarons que nous pardonnons à ceui qoi noua ont offensés^ en ajoutant : comme nous rê* mettons nous-mêmes les dettes ànos propres débiteurs. Dans un autre endroit, le Seigoetff avait déjà dit : «Remettea et il voua aéra remis;» c'est-à-dire pardonnez et il y^ms aira pardonné. Lorsque Pierre hii demanda a'H fMlait pardonner à son frère jusqu'à sept Mê^ il lui répondit : «Certes, et josqn'à septante Ma sept fois.» Ainsi la loi se perfectionnait ) car il est dit dans la Genèse qu'une septuple ve»: geance fut tirée de Gain, et que Lamech fnt puni septante-sept fois.
VIII. Pour compléter cette prière si coorfe y après avoir demandé que nos fautes nota fna^ sent pardonnées , nous prions Dieu de ne pnt permettre qne noua en oommettiona dé non-
DE L'ORAISOIH DOMINICALE.
léia. Ne nous induisez pas en tentation ; c*e8t-à-dire ne permettez pas que nous y sofoos iadttiU par le tentateur; car il ne feut pat croire que Dieu veuille nous tenter, ni pour eiatyer noire foi qu'il connaît bien, ni surtout pour nous iàire succomber. L'ignorance et la méchanGeté n'appartiennent qu'au démon^ Ce o'éCaiC pas pour tenter, mais pour manifester la foi d^Abraham, qu'il lui ordonna de sacrifier MB fils^ afin de prouver par Teiemple de ce patriarche oe qu'il devait enseigner plus tard ^ ft savoir , qu'il fout préférer Dieu à ses plus chers parena. Le Seigneur s'est lui-même laissé tenter par Satan ^ pour nous montrer quel est le véritable auteur de la tentation. Il l'a encore montré plus tard quand il a dit : a Priez , afin que vous ne soyes pc»nt tentés. » Car ils étaient eiposés à la tentation ceux qui abandonnaient le Seigneur, et qui préféraient le sommeil à la prière. Aosai la relique est-elle : Meus délivrez-nous du msà,€it qui est une espèce d'explication de la prière précédente.
IX. A combien de préceptes n'obéissons-nous pas ea récitant cette courte prière ! combien elle renferme de discours, de paraboles et d'exhortatioiia tirées de l'Évangile du Seigneur, sans compter les recommandations des prophètes^ des évai^listes et des apôtres ! Nous faisons acte d'adoration en appelant Dieu notre Père ; acte de foi , en glorifiant son nom ; acte de soumission, en désirant l'accomplissement de sa vo^ lonté : acte d'espérance , en appelant son règne ; acte de contrition ^ en demandant le pardon de nos foutes; acte d'humilité, en demandant sa j[M*oteclton contre le tentateur. Qu'y a-t-il d'étonnant? Dieu seul pouvait nous apprendre comment il veut être prié. Ce fut donc lui-même qui institua cette prière, qui , animée et vivifiée de son souffle et de son esprit en sortant de sa bouche divine, monte au ciel en vertu de sa propre nature toute céleste, et obtient facilement du Père ce que le Fils nous a appris à demander. Après nous avoir dicté cette prière universelle, le Seigneur, qui prévoyait tous les besoins de l'humanité, ajouta : a Demandez et vous recevrez. D Chacun peut doue adresser au ciel différentes prières suivant ses besoins, en commençant toujours par Toraison dominicale, qui est la prière fondamentale. Les circonstan* ces sont souvent la mesure de non désirs; on
peut donc y ajouter les prières que l'on veut^ pourvu que l'on n'oublie pas celle qu'il a conn mandée, de peur que Dieu n'écoute pas nos prières si nous ne sommes pas attentifs à sca commandemens.
X. L'observation des comfnaddemens ouvré le ciel à la prière j qui est le premier de tous lef commandemens. Avant de nous approcher di l'autel de Dieu , il faut nous réconcilier avec nii frères; car si notre cœur est plein de haint^ pouvons-nous noils approcher du Dieu de paixf pouvons-nous demander qu'il nous pardonne li nous ne pardonnons pas aux autres? Celui qa) est irrité contre son frère pourra-t-il dptoiser soi| Père qui , dès le commencement , noua a dé^ fendu toute haine, toute colère? Joseph en eiH voyant ses frères chercher son père, lewr re» commanda de ne point se quereller en cbemiBK Cet avis nous est adressé à tous ; car, dans notre doctrine, la voie ou le chemin, c'est la voie du salut, c'est par conséquent la prière; nous ne devons donc pas prier avec la colère danè M cœur. Notre-Seigneur, en acedmplissant la loi i c'est-à-dire en lui donnant totile son étendue^ appelle homicide celui qui s'irrite contre son frère, oo qui lui adresse une parole injorieilse^ L'ap6tre aussi nous recommande^ quand noua avons eu le malheur de nous irriter contre notre prochain , de nous réconcilier avec loi avant le coucher du soleil. N'est-ce pas une grandit t4» mérité que de passer toute la joemée Sans prler^ ou d'oser prier avec un cœur plein de haide? Ce n'est pas seulement de colère, mais de toute mauvaise intention que nous devons nous parifier avant de prier, parce qu'il fout que l'oraison sorte d'un esprit aussi pur que l'esprit aa^ quel elle est adressée. Un esprit souillé ne peut être écouté d'un esprit saint ^ pas plus qu'on homme triste ne peut l'être d'un homriie gai<r Nul ne peut admettre et recevoir ce qui lui est contraire.
XI. D'ailleurs comment peut-on croire que pour prier il foille se laver les mains, et qu'on ne soit pas obligé de se ptirifier la conscience ^ puisqu'il faut que les mains soient pores ^ spir^ tuellement parlant, c'est-à-dire pures de sang y de meurtre , de cruautés , d'idolâtrie et de toutes les souillures qui, conçues par l'esprit, s'opèrmt par le moyen des mains ? Voilà la véritable nel^ télé spiriiuelle nécessaire à la pl^ière^ et noil
TERTULLIEN
celle que pratiquent certains esprits superstitieux qui se croient obligés de prendre un bain avant de prier. En remontant à Torigine de cette coutume, j'ai trouvé qu'elle venait dePilate, qui se lava les mains en livrant le Christ aux Juif^. Mais nous adorons Dieu, et )j|fous ne le livrons pas; nous devons même nous ifttôtenir d'imiter l'exemple de celui qui fa ainsi li^fréj et ne pas nous laver ies mains, à moins q)ie ce ne soit que comme un signe extérieur ii[^ notre pureté intérieure. Nos mains seront toujours assez pures puisqu'elles ont été , avec tout notre corps et notre âme, lavées dans le sang du Christ. Israél chaque jour se lave tout le corps, et cependant il n'est jamais pur; ses mains ne se purifieront jamais du sang des prophètes et de celui du Christ. Aussi la conscience du crime de ses pères ne lui permet-elle pas d'élever ses mains vers le ciel, de crainte qu'un nouvel Isaïe ne leur crie : a abomination I » ou que le Christ lui-même n'en témoigne son horreur. Mais nous, non-seulement nous élevons nos mains, mais nous les tendons vers le ciel , comme le Christ les étendait sur la croix , et par cette posture suppliante, nous confessons le Christ.
XII. Puisque nous avons parlé de cette vaine pratique, nous allons dire aussi un mot sur plusieurs autres qui sont vaines et superstitieuses, puisqu'elles ne sont fondées sur aucun précepte de Dieu ni des apôtres. La plupart même sentent plus l'idolâtrie que la religion, sont plus spécieuses que raisonnables, et devraient être évitées, précisément parce qu'elles sont en usage chez les gentils. Il y en a qui 6tent leurs manteaux pour prier : c'est ainsi que font ies païens devant leurs idoles. Si cela était obligatoire , les apôtres l'auraient dit dans les instructions qu'ils nous ont laissées sur la prière. Or est-il dit que Paul ait ôté son manteau quand il fit la prière â Carpos? Ou bien pensez-vous que Dieu ne pourra entendre ceux qui sont couverts de leur capuce , lui qui a entendu dans le fond de la fournaise ardente ses trois saints qui, suivant la coutume de Babylone, étaient couverts de tiares et de robes médiques ? 11 y en a qui croient devoir s'asseoir pour dire leur prière; je ne vois pour cela aucune raison, à moins que Yùa ne s'appuie sur l'exemple d'Hermas , qui , dans l'Écriture, représente probablement le bon pasteur. Or Hermas dit ; «Après que j'eus
prié et que je me fos assis sur mon lit. » Mais c'est là une simple narration , et non pas un ordre qui nous soit donné: autrement , nous ne devrions donc jamais prier que dans les lieux où il se trouve un lit ? D'ailleurs les gentils oot coutume de s'asseoir après avoir adoré leurs idoles , c'est une raison suffisante pour que nous qe le fassions pas après avoir prié Dieu : cela est même peu respectueux , comme en conviendraient les gentils eux-mêmes s'ils voulaient réfléchir. On ne s'assied pas en présence d*un homme à qui l'on veut témoigner beaucoup de respect, à plus forte raison en présence du Dieu vivant devant qui les anges se tiennent debout en se voilant de leurs ailes. On dirait vraiment que vous reprochez à Dieu la fatigue que vous causent les prières que vous lui adressez.
XUI. Comme la modestie et l'humilité sont les meilleures recommandations auprès de Dieu, il ne faut pas élever les mains trop haut quand nous le prions. Il ne faut pas non plus lever la figureavectropd'assurance.Rappelons-nousque le publicain , dont non*seulement la prière mais encore la posture et le visage étaient humbles, se retira plus justifié devant Dieu que rorgoeilleux pharisien. Il convient aussi de parler d*ane voix modérée, car si vous parlez haut pour vous faire entendre du ciel, quels poumcms ne vous faudra-t-il pas? Dieu entend , non la voix, mais le cœur. Le démon de l'oracle pythien disait luimême : a Je comprends les muets et j'entends ceux qui ne peuvent parler. » Croyez-vous que les oreilles de Dieu aient besoin de tant de bruit? Comment donc alors aurait-il entendu Jonas dans le ventre de la baleine, lui dont la voix devait pénétrer â travers les entrailles d'une énorme bête, et , du fond de l'abîme , traverser la masse des eaux pour arriver jusqu'au ciel? Qu'obtiendront de plus ceux qui ne prient si haut que pour être entendus de leurs voisins? ne feraient-ils pas aussi bien de prier en public?
XIV. Une autre coutume a encore prévalu ; c'est que les personnes qui jeûnent s'abstiennent, après la prière faite en commun , de donner à leur frère le baiser de paix qui termine ordinairement nos dévotions. Or, quel meilleur moment que celui de la prière pour montrer notre charité envers nos frères, que celui où ils viennent de prier avec nous et même de prier
DÉ L'ORAISON DOMIiXICALE.
poar nous? La prière n'est pas complète si elle ^ n^est accompagnée du baiser de paix. La paix ' avec DOS frères ne peut nuire à nos devoirs en* Tefs Dieu. Quel serait donc cet acte de dévotion dont on ne reviendrait pas en paix avec tout le Hionde? Quelque raison que vous donniez de cet usage, elle ne doit point prévaloir sur le précepte qui nous ordonne de ne pas faire parade de nos jeûnes. Or, en nous abstenant d'embrasser nos frères, nous déclarons que nous avons jeûné. Si cependant vous avez quMque bonne raison pour suivre cette coutume, abstenez-vous d'embrasser ceux qui demeurent sous votre toit, lorsque vous priez chez vous, où il serait diffioUe de cacher vos jeûnes; mais après les prières publiques et toutes les fois que vous pouvez dissimuler vos jeûnes, rappelez-vous le précepte. De cette manière, vous obéirez à la discipline au dehors, et vous suivrez votre coutome dans votre intérieur. Le jour de la pâque , étant un jeûne public, vous pourrez vous dispenser de donner le baiser de paix, puisqu'il ne peut alors être question de se cacher de ce que tout le monde fait. 11 y en a qui pensent que, pendant les oraisons des jours de stations, on ne doit point célébrer le saint sacrifice, parce que, disent-ils, la communion interrompt la station et doit la faire cesser. N'est-ce pas une erreur que de croire que l'eucharistie puisse faire cesser un devoir au lieu de le rendre plus obligatoire? Quand on reçoit le corps du Christ , cette participation au sacrifice n'exclut pas du tout l'exécution des autres devoirs ^ Si nos stations ont emprunté leur nom aux coutumes militaires, car nous sommes la milice du Christ, il est clair que ni la joie, ni la tristesse, n'empêchent les soldats de faire leurs stations ; s'ils sont gais, ils remplissent leur devoir plus volontiers ; s'ils ont quelque sujet d'inquiétude, ils n'en doivent veiller qu'avec plus de vigilance.
XV. Quant au vêtement des femmes dans les églises, il siérait peu à un homme, et.surtout à un homme d'aussi peu d'autorité que moi , d'en parler après le très-saint apôtre, s'il ne s'appuyait sur les paroles de l'apôtre lui-même. Pierre, inspiré du même esprit que Paul, s'ex-
* Une heure de prière pendant le jour s'appelait une station, et après le coucher du soleil, une veille ou une vigile. Ces mots, au propre, signifient le temps qu'une sentinelle reste en faction le jour ou la nuit.
prime absolument comme lui, et aussi clairement que lui, sur le luxe des vêtemens et des ornemensd'or des femmes, et sur l'extravagance de leur coiffure en cheveux. Mais en entrant dans nos églises, on dirait qu'il n'est pas certain que notre discipline exige que les vierges soient voilées. Ceux qui veulent que les vierges aillent tête nue, s'efforcent de prouver que l'apôtre, en orc^pnnant que les femmes fussent voilées, ne voulait pas dire tout le sexe, mais seulement les femmes mariées; et qu'en ne nommant pas spécialement les vierges, il les a exemptées de cette obligation. Car, disent-ils, l'apôtre aurait pu dire, les femmes et les vierges, ou généralement tout le sexe.
XVI. Geu%qui raisonnent ainsi devraient se rappeler que le mot femme , dans les plus anciennes Écritures , signifie tout le sexe , et non une partie seulement. Dieu a nommé Eve femme, avant même qu'elle eût connu son mari ; il désignait donc par là son sexe d*une manière générale. Il Ta appelé fœmina à cause de son sexe , et mulier ou femme parce qu'elle était nubile. Or puisque Eve avant son mariage a été appelée femme , il est évident que ce nom convient aux vierges. L'apôtre , inspiré du même esprit qui a dicté la Genèse et le reste des Écritures , a dû employer les mots dans le même sens , et appeler femmes celles qui ressemblent à Eve vierge encore. D'ailleurs , de ce qu'il n'a pas distingué les vierges , comme il l'a fait en un autre endroit où il est question de mariage, il resuite qu'il n'a pas voulu les excepter , car celui qui a bien su distinguer les vierges d'avec les épouses, et les appeler par leurs noms respectifs, quand il a voulu en faire la différence, ne veut pas qu'on les distingue quand il ne les nomme pas séparément. Qu'imporle que dans la langue grecque dans laquelle écrivait l'apôtre on appelle les femmes tantôt pvaucaç tantôt OviXtta;. Or en disant ^uvauca l'apôtre a employé le mot le plus usité pour dire tout le sexe , qui comprend assurément les vierges. Ses paroles sont d'ailleurs fort claires : a Toute femme qui prie nu-tèle déshonore sa tête, d Qu'entend-il par toute femme, si ce n'est les femmes de tout âge et de toute condition ? £n disant toute femme, il ne fait aucune exception ; pas plus qu'il n'en fait pour les hommes, quand il dit que tout homme doit se découvrir la tète. De
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même que sous le nom d'iiomme, il faut entendre que tout le sexe masculin, y compris les garçons , doit aller nu-tète ; de même aussi sous le nom de femme, nous devons comprendre que le nom de femme renferme même les femmes non mariées, c'est-à-dire les vierges qui doivent se voiler comme les aulres. Dans l'un comme dans Faulre sexe les Jeunes gens sont régis par la même loi que leurs atnés. Si les vierges se découvrent la tête , il faudra donc que les garçons se la voilent puisqu'ils n'ont pas nommément reçu Tordre contrairePSi une vierge n'est pas une femme , alors un garçon n'est pas un homme. Puis il est dit que les femmes doivent se voiler à cause des anges, parce que les anges se sont éloignés de Dieu à cause des filles des hommes. Or comment peut-on croire que cela ne regarde que les femmes mariées ou celles qui ont par concupiscence perdu leur virginité? Est-ce que les vierges aussi ne pourraient pas être aimées des anges? Nous voyons au contraire que les anges ne se sont adressés qu'à elles, car l'Écriture dit qu'ils aimèrent les filles des hommes , et non les épouses des hommes, ou les femmes en général , comme elle aurait pu le dire^ si cela avait été. La Genèse ditmêfenq: cet ils les prirent pour épolises.» Or les anges ne pouvaient prendre pour épouses que celles qui ne l'étaient pas déjà ; car s'ils avaient pris celles qui étalent mariées, FÉcriture se serait exprimée bien autrement. Il est dotic certain que Tapôtre a compris les vierges sous le nom de fiemtne, parce que l'espèce est comprise dans le genre. Quand il dit que la nature elle-même a appris aux femmes à se voiler en leur donnant une chevelure abondante qui peut leur servir à la fois de voile let d*omement, n'est-il pas dair que cet argument s'applique parfaitement aux vierges? Il est aussi honteux à une jeune fille qu'à une femme mariée d'être rasée. Puisque la nature leur a donné la même chevelulre , elles doivent être à cet égard régies par la même loi , teème c^elles dont l'enfonce défend encore la diasteté, puisque dès l'origine elles sont appelées femmes. Ishièl observait bien cette loi , mais quand il l'aurait Négligée, m)us dont la loi a été complétée , nous devrions bien nous en garder. Celui donc qui veut voiler les vier{}es a raison. Quant aux enfans qui ignorent encore leur sexe, ils peuvent jouir du privilège
de leur innocence. Car ce ne fut que lorsque Adam et Eve eurent les yeux ouverts qu'ils sentirent qu'ils devaient se couvrir. Mais quand arrive l'adolescence, la discipline doit dianger comme la nature. Les vierges assument à la fois et la taille et les devoirs des fommes. On ne peut appeler vierge celle qui est nubile, car son âge lui a déjà donné un mari ^ qui est lé temps. Mais il y en a qui se sont vouées à Dieu : que celles-là changent tout à fait leur eoiffore H qu'dies s'habillent comme des femmes; qiie celles-là se montrent encore plus réservées U qu'elles cachent tout à fait ce qu'elles couvrent à cause de Dieu. II nous importe de ne rapporter qu'à Dieu ce que nous ne faisons t^ile iwr sa grâce , et gardOns-nous de t^echerchef l'admiration des hommes comme une eom|[)ensathm du sacrifice que Dieu seul peut ndils aider à faut. Pourquoi déco^vres-tu devant Dieu ce que la couvres devant les hommes ? Veux-tû donc ttre moins modeste dans l'église que sur la pbœ publique? Si tu as reçu de Dieu la grâce de rester vierge, pourquoi t'enorgue{lli»>tu comme si tu ne Tavais pas reçue? Qudie infllience ekpères-tu avoir sur les autlrs par ton OstehtâlnHi? comptes-tu les amener dans la btmné Vble VU te glorifiant ainsi ? Mais tu tVxposes toi-nsètte ft un grand danger, et tu y attire^ les autres. Il est bien fecile de se laisser aller à la prèsMl|ltion. Voile-toi, vierge; car si tu éé icéellemâit vierge , tu dois savoir rbugîr. Si tu es Vieiig;é , tns souffre pas les regards des bommies. Que persotihe ne Wit ta figuré. HàbHle-tbi ébmme une ftmme , et que persotane n'ait liéta dé MU^ içonner ce déguisleroetot , qui U^en est pas Un puisque tu es l'épouse du Christ à qui ttt es livré ta thàir. Obéis dônb à la volonté de ton divin épouk. S'il ohlonne àUi femmes dés hommes de se voilek* , à plus foMe raisob TcnSdonne-t-il aux Siennes. Que persodue he pense que ce qui a été institué par lies apOlres puisse être abrogé par une coutume particulière ; car c'est sur des Usages étrangers que s'appuient ceux qui soutiennent qu'on ne doit t)oint forcer les vierges à se voiler. Assurément , je ne veux pas non plus forcer celles qui s'obstinent à aller nu-tête. Que celles qui sont indubitablement vierges abusent donc, s'il leur platt , de la sécurité que leur donnent leur conscience et leur réputation. Mais quaUt à celles qui sont fitth
DE i;ORAISON
cées^ je soutiens quelles doivent Mre voilées aussitôt qn*ell€S ont présenté la roain à leur fotur, et quelles ont reçu son baiser de fian- (aîllet ; car tout en elles a cessé d être vienne : leur àfçe par sa maturité , leur chair par fâge, leur esprit par la connaissance qu'elles ont d*enes4néines , leur pudeur par le baiser qu'elles ont reçu, leur espérance par le but de leur désir ^ et lent ème par la volonté. Qu'il nous suffise de citer Teiemple de Rebecca , qui crut de?oir se voiler aussitôt qu'elle eut vu Fépoux qui loi était destiné.
XYil. Il y a quelques chrétiens, en assez petit nombre il est vrai, qui croient ne pas devoir s'agenouiller pour prier le jour du sabbat. Gomme cette différence dans le culte extérieur se Ait surtout remarquer dans les églises, j*espère que le Seigneur leur Fera la {];rAce ou de cesser de se distinguer de leurs frères , ou du moins de suivre leurs idées sans occasionner de scandale. Noos qui suivons les usages de nos prédécesseurs , nous ne restons debout que le jour de PAques ou de la résurrection , solennité joyeuse pendant laquelle nous nous abstenons de toute expression d'anxiété ou de douleur. Pendant les cinquante jours qui suivent , nous remplissons nos devoirs religieux et nous nous réjouissons en remettant les affaires & un autre temps ) de crainte de prêter le flanc à la tentation. Mais les jours déjeunes et de vigiles, nous ne prions jamais sans nous mettre à genoux, ni sa» manifester notre hupiilité de toute manière ; car alors non-^seuiement nous prions, mais nous demandons pardon de nos fautes, et nous en faisons pénitence. Quant aux heures de la prière, nous n'avons rien à dire, si ce n'est qu'on doit prier en tout temps et en tout lieu.
XVIII. Mais comment en tout lieu , puisqu'il nous est défendu de le f^ire en public? En tout lieu, dit t'apôtre, où l'occasion s*eu présente, ou bien où la nécessité vous y oblige. Car il ne faut pas croire que les a|)6tres aient manqué au précepte lorsqu'ils prièrent et chantèrent les louanges de Dieu dans la prison où ils étaient entendus de leurs gardes ; ni que Paul eut tort de célébrer le saint sacrifice de l'eucharistie sur le vaisseau , à la vue de tout l'équipage.
XIX. Quant aux heures de la prière, il ne serait pas inulile de faire quelques observations.