‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · AUX · texte numérisé non relu

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meuoe pui^ en toute sûreté de eonscieDce h IWiSîer de qqs supplices quand on snura évir itmmmi quand et combien de fois chacun de Bpqs a célébré les festins impies et atroces dont qp nous accuse , et combien de fois il s'est cou* Tert du voile des (épèbres pour commettre Finceste et Tadultère. Puisque vous voulez déraciner lé mal, vous devriez vous enquérir de nos compagnons et de nos complices. On ferait venir devant le tribunal non-seulement les mangeurs d'enfants, mais encore les cuisiniers et toute la valetaille. Ce serait même un moyen d^augmenler le plaisir des spectateurs du cirque. Figurez-vous avec quel empressement on viendrait voir livrer aux bétes un chrétien qui aurait mangé une centaine d'enfans. Puisqu'on nous accuse de telles monstruosités, on devrait les prouver de crainte qu'elles ne paraissent incroyaUes et que la haine du peuple ne finisse par ae refroidir. Car il y a bien des gens qui ne croient qu'4 demi de telles horreurs, et ne peuvent se persuader que des hommes puisseut, sans frissonner d'horreur, se nourrir comme des bétes féroces.

m. Vous donc' qui vous montrez sidiligena investigateurs quand il s'agit de délits bien moindre^, et qui, oubliant fout votre zèle quand noua sommes accusés d'atrocités qui surpassent tous les sacrilèges imaginables , ne voulez pas recevoir de nous un aveu que ceux qui jugent doivent to^iours s'efforcer d'obtenir, vous qui ne feites point cette minutieuse enquête que ceux qui condamnent se font ordinairement un devoir de diriger avec soin : dites-moi , n est-il pas évident que tout notr« crime consiste dans le BQin que nous portons ? Si nos crimes étaient prouvés, on nous condamnerait en les spécifiant; ce serait comme homicides, ou comme incestueux, ou coipme convaincus de tout autre crime que Ton nous crucifierait ou que Ton nous jetterait aux bétes. Or vos sentences ne sont motivées que sur notre nom de chrétien. Ce n'est pas le nom d*un crime , c'est le crime d'un nom qui uqus conduit au supplice. En effet, c'est nptre nom seul qui suscite tant de haines; c'est à cause de notre nom qu'on nous accuse. Je ne sais quelle force mystérieuse se fait de votre ignorance M4 i^oyei) d'attaquer ce uom d^ chrétien. Vous ne savez pas qui nous sommes, et vous ne voulez pas le savoir; cl comme vous

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W voulez pas croire à une innocence qu'il nous serait facile de prouver, vous refusez toute enquête judiciaire, afin que ce nom que vous luûssez nous mette dans un état de prévention perpétuelle. Gela est si vrai , qu'on ne eliercbe qu'à nous faire abandonner ce nom ; on nous y force par les tourmeos et les tortures ; et aussi* tôt que nous avons la faiblesse de le renier, on nous déclare innocens ; nous ne sommes plus de sanguinaires infanticides , nous n'avons commis aucun inceste ; l'apostasie nous vaut une absolution générale. Mais, puisque nous sommes sur ce chapitre, vous qui cherchez avec tant de violence l'abolition d'un nom , dites-nous donc quel mal, quelle faute, quel crime il peut y avoir dans un nom? Nous vous objectons tous les jours que vous n'avez pas le droit de juger un homme sur un crime imaginaire , sur un crime qui n'a point de nom dans vos codes, qui n'est point défini dans vos actes d'arrestation et qui n'est pas même exprimé dans vos sentences. Quand je verrai un juge présider aux débats, un accusé se défendre, nier ou avouer, un avocat prononcer sa défense , là je dirai il y a peut-être un coupable. Mais si l'on veut accuser un nom , un mot, que peut-on lui reprocher? tout an plus d'être barbare, ou de mauvais augure, impudique ou bien difficile à prononcer. Voilà tout ; le barbarisme est le seul crime des mots, comme le solécisme est celui des phrases. Or le nom de chrétien, que vous prononcez si souvent sans le comprendre, signifie oint d'olive; son étymologie ne respire que bonté et douceur. Ainsi dans des hommes innocens , c'est un nom innocent que vous persécute^, un nom facile à prononcer, nullement désagréable à l'oreille , et qui n'est de mauvais augure ni pour les particuliers ni pour la patrie. C'est un mot grec et sonore dopt la signification n'a rien que d'agréable, Et d'ailleurs un nom ne doit pas être passé au fil de l'épée, ni mis en croix, pi jeté aux bêtes.

IV. Mais vous prétendez que vous punissez une secte en vous acliarnant au nom de son auteur. De tout temps cependant il a été reçu qu'une secte porte le nom de son fondateur. Les philosophes s» sont toniours appelés d'sprês leurs loattres; conune les platoçiciens et les pythagoriciens. Les n)édecins de même s'appel- \ lent des érasistrates , et les grammairiens des

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aristarques. Si une mauvaise secte remonte à un mauvais fondateur, elle est punie par le mauvais nom qu'elle porte. Mais c'est prendre les choses à rebours. On devrait d'abord connaître Fauteur pour se faire une idée de sa doctrine et de sa secte, et ne pas le juger d'après sa secte même. Mais .vous qui ne connaissez ni noire fondateur ni sa secte , vous ne vous déchaînez que contre un nom, contre un son, comme si ce mot contenait à la fois et la secte et le maître, que vous ne connaissez pas plus l'un que Tautre. Vos philosophes pourtant ont bien la liberté de se distinguer de vous par le nom de leur maître , et on ne leur en veut point. La plupart ne cessent de déblatérer contre vos mœurs , vos cérémonies , vos liabitudes et votre manière de vivre. Ils méprisent vos lois et ont fort peu d'égard pour les personnes, au point que plusieurs d'entr'eux ne se sont pas fait faute de faire parade de leur liberté devant les empereurs eux-mêmes. Mais si les philosophes affectent une vertu austère et incompatible avec les folies du siècle, les chrétiens la possèdent réellement cette vertu ; et voilà pourquoi ils sont haïs. Celui qui affecte la vertu s'en fait un jeu ; mais celui qui la possède la défond avec courage. Enfin Socrate fut condamné par cela seul qu'il s'était approché de trop près de la vérité , en niant l'existence de tous vos dieux. Le nom chrétien était encore inconnu , mais la vérité était un titre suffisant à la persécution. Et cependant , vous ne nierez pas qu'il fut sage cet homme auquel votre Apollon Pylhien rendit lui-même témoignage. «Socrate, a-t-il dit, est le plus sage des hommes. » Apollon fut alors terrassé parla vérité, qui le força de rendre témoignage contre lui-même , en déclarant le plus sage celui qui niait son existence ainsi que celle de tous les autres dieux. En reniant les dieux, il aurait dû vous paraître moins sage; et pourtant c'est par là qu'il a le mieux mérité le titre de sage. (Test ainsi que vous vous exprimez souvent sur notre compte. aCest un excellent homme que Lucius Titius, c'est dommage qu'il soit chrétien. i> Ou bien : a Gonçoit-on qu'un homme aussi sensé que Gaîus Séjus se soit fait chrétien?» Tel est votre aveuglement, qu'en louant an homme pour ses bonnes qualités, vous le blàmezd'être d'une secte que vous ne connaissez pas; et vous empoisonnez vos justes louanges avec votre ioguste blâme. 11 ne vient à personne

ridée de se demander : si ce n'est pas parce qu'il est chrétien que Titius est excellent homme ; ou si ce n'est pas par cela même qu'il est un homme sensé que Séjus s'est faitchrétien. Ce serait passer au moins du connu à l'inconnu ; et ne pas juger ce que l'on sait déjà par ce que l'on ne connaît pas encore. On a vu des hommes qui n'étaient autrefois que des vagabonds et des mauvai sujets, on s'est étonné de les voir se corriger ; mais ou aime mieux s'étonner que de les imiter. 11 y en a qui mettent dans cette lutte tant d'obstination, qu'ils aiment mieux s imposer des privations que de devoir quelque chose à un chrétien. Je connais un mari, qui était autrefois tellement jaloux de sa femme qu'il ne pouvait entendre les rats trotter dans sa chambre sans en éprouver la plus vive inquiétude ; sa femme se fit chrétienne et sa conduite devint tellement exemplaire qu'il n'avait plus rien à craindre sur sa fidélité. Eh bien , il fit tout pour lui faire abdiquer sa nouvelle foi, il lui promit de n'être plus jaloux et de lui laisser toute liberté ; enfin il aimait mieux avoir pour femme une prostituée qu'une chrétienne ; il aimait mieux devenir pire que de permettre à sa femme de devenir meilleure. Un père s'était montré plein d'indulgence pour un fils dont il avait beaucoup à se plaindre; le fils se fait chrétien et devient un modèle de piété filiale; le père le déshérite. Un maître fait vendre un de ses esclaves parce qu'il est devena chrétien, et auparavant, il prétendait ne pouvoir s'en passer. Dire : voilà un chrétien! c'est pire que si l'on disait voilà un coupable ! Notre discipline est pourtant si exemplaire que l'on ne nous reconnaît qu'au bien que nous faisons. Pourquoi donc , quand les médians se font reconnaître à leurs vices ou à leurs crimes, faut-il que notre innocence et nos bonnes actions nous fassent décrier comme les plus vils des hommes? En quoi difFérous-nous des autres hommes, si ce n'est parla sagesse primitive qui nous défond d'adorer comme des dieux les ouvrages de la main des hommes; par notre modération qui nous fait respecter le bien des autres; par la pudeur qui nous défond même un regard déshonnête; par la charité qui nous fait secourir les indigens; par la vérité même qui nous rend si odieux aux yeux des hommes ; et enfin par la liberté, pour laquelle nous savons mourir? Si vous voulez reconnaître les chrétiens, voili

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les «gnes auxquels vous ne pouvez vous tromper.

V. Vous dites que l'on trouve des chrétiens avares, fripons et adonnés au vice. Nous ne ntoDs pas qu'il y en ait quelques-uns; mais il sofBt pour absoudre le nom de chrétiens que nous ne soyons pas tous vicieux, et surtout qu'on ne trouve parmi nous qu'un petit nombre de mécbans. Sur le corps le plus beau , il y aura (oajours une tache ou une veine. Sur le ciel le plus pur, on voit de légers flocons de vapeurs. Une petite tache sur le front ne sert qu'à faire ressortir la blancheur et la netteté de tout le visage. L'exception prouve la règle. Lorsque vous aurez prouvé que tel ou' tel chrétien est an méchant homme , vous n^aurez rien prouvé contre la secte entière. Demandez plutôt ce que Ton reproche à notre loi. Quand vous faites des chrétiens le sujet de vos conversations, Il vous arrive à vous-mêmes de dire : « Pourquoi un tel se montre-t-il fripon, puisque les chrétiens sont si honnêtes? Pourquoi cet autre est -il cruel, puisque les siens sont si humains?i>Vous reconnaissez donc que les chrétiens ne sont pas videos , puisque lorsque vous en trouvez un qui le soit, vous vous en étonnez ? H y a bien loin d*une accusation à un crime prouvé, et d'une optnimi à une vérité. Être et être dit sont deux. Combien portent le nom de philosophes sans obéir aux lois de la philasophie? Tous portent le nom de la chose qu'ils professent et non de la chose qu'ils font. Il y en a qui déshonorent le nom qu'ils portent, et font que ce nom à son tour déshonore la vérité. Ceux qui se disent philosophes, par exemple, ne le sont pas pour cela; ils trompent ceux qui ne jugent les choses que sur le nom, tandis que c'est le nom qui devrait être jugé sur la chose. D'ailleurs les mauvais chrétiens ne sont plus des nôtres; ils ne fréquentent plus nos assemblées, ils ne prient plus avec nous; leurs vices les ont fait sortir de notre communauté pour rentrer dans la vôtre. Nous ne voulons même avoir rien de commun avec ceux que votre violence a forcés d abjurer. Or, nous admettrions plus volontiers dans notre Église ceux qui sont sortis malgré eux et en cédant à la force, que ceux qui l'ont fait dé leur plein gré. Vous n'avez aucun droit d'appeler chrétiens ceux que renient les chrétiens qui n'ont jamais voulu se renier eux-mêmes.

VI. A cette défense que la vérité nous suggère d'elle-même vous n'avez rien à répondre, et dans la conscience de votre embarras, vous vous réfugiez tout hors d'haleine dans cet étroit sanctuaire que Ton appelle l'autorité des lois. «Le législateur, dites-vous, n'aurait pas puni les chrétiens s'il n^eût été convaincu de leur culpabilité. » Pourquoi donc alors ceux qui sont chargés de l'exécution des lois n'exigent-ils pas aussi cette conviction ? Les lois ont beau condamner les autres crimes, le juge ne prononce de sentence que lorsque ces crimes sont prouvés contre les individus. Qu'il soit question d'un homicide, d'uu adultère, la loi les a condamnés d'avance; mais cette loi, on ne l'exécute qu'autant qu*ii est démontré que Faccusé est homicide ou adultère; et pour ce, on instruit le procès, on plaide, on discute, on prouve enfin. liCS lois punissent les chrétiens; bien : mais aucune loi ne défend de faire leur procès en règle. Gela est nécessaire pour l'exÂcution de toutes les lois. Pour obéir à une loi, il faut savoir au juste ce qu'elle ordonne et ce qu'elle défend. Gomment voulez-vous l'exécuter cette loi, si vous fermez les yeux ? Aucune loi n'a en soi la conscience de sa propre justice, ce sont ceux qui lui obéissent qui la reconnaissent juste. D'ailleurs une loi est naturellement soupçonnée d'injustice, si elle ne peut soutenir la discus^ sion. On peut donc regarder comme équitables les lois contre les chrétiens , tant qu'on ne connaît pas ceux qu'elles persécutent ; mais quand on a reconnu leur iniquité, on devrait les rejeter bien loin, avec leur cortège d'échafauds, de croix et de bêtes féroces : on ne doit point respecter une loi injuste. Or il est permis assurément de douter de l'équité de certaines lois, puisque tous les jours on en abroge d'anciennes pour en faire de nouvelles.

VIL « Gomment se fait-il donc, me direz-vous, que les chrétiens aient une si mauvaise renommée, qu'elle justifie en quelque sorte ceux qui ont fait les lois?» Laissez-moi vous demander à mon tour : qui a si bien instruit les législateurs passés et les juges actuels? La renommée ! Et n'est-ce pas de la renommée qu'il a été dit a qu'elle est la plus rapide des fléaux?» Pourquoi l'appellerait-on un fléau , si elle disait tocyours, ou du moins le plus souvent , la vérité ? La renommée ! qui est à peine croyable même lorsqu'elle dit la

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vérité , tant die ^ rbabitude d'e^ faire un tissu de mensonges, elle qui ajoute, qui retranche jpsqu^à pe que tout ne soit que confusion ! Que dis-je? 1^ renqmm^e m peut ei^ister même que sur ce doute légilime de S9 véracité ; c'est la condition de sa durée ; elle vit tant que rien n'est prouva. Si on lui dpfnande des preuves, elle s'évanouit aussitôt, car sa fonction est d'annoncer des nouvelles et non d^ les justifier. Quand upe fojs upe chose est bien connue, elle n'est p\\^ spumise à la renommée ni aux on dit. On ne djra plus par exemple : «On dit que tel événement vient d'avoir lieu à Qoipe ; le bruit OMirt qu'up tel aéié fajt préteur;» mais tout siipplemcnt : a Un tel est préteur; cela s'est fait $ liorae. » On n*en appelle à la rcnomipée que Iprsque Ton est încerlain , parce qu'il n'y a là aucune certitude. Il n'y a qp'un foM qui puisse ^ fier à 1^ renommée, le sage x\^ croit qu'à ce qui çst certain. La renomqf^ée, quelque étendue qu'elle soit, a toujours commencé par sortir d'une seule bouche ; ensuite elle £| grandi en agitait les lapgues et les oreilles ; Tobscuriié méoQede sa naissance fait sa sûreté; et personne ne se doppe la p^ine de penser si la première tp[içiï^ n'a pas été menteuse; on répète ce que l'ou ^itepd, on y ajoute par esprit d'émulation ou de ^upçon , ou souvent même pour le seul plaisir de mentir. Mais heureusement que le teuops révèle tout, à ce que disent vos pro- Y^bes du moins et comme le prouve la nature die-p^^tne qui tous (es jours dévoile des vérités dont même la renommée qe s'était pas encore c)i9rgéç.yoyei< donc quelle preuve vqus invoquez 1^ en notre faveur. VoiÛ deu^ cents ans et plus qup la r^noipmée nous accuse , et le teipps, ce grand révélateur, n'a encore rien prouvé contre i^qus. Ce fut sous Auguste que Yon entendit pour la première fois le nom de chrétien; ^ous Tibère , cette religion commença à (^ire du bK'Mit. Ce fut Néron qui le premier la condampa. P'apr^ leur premier persécuteur, on peut déj^ se f^ire quelque idée des chrétiens. Sii N^fon fut un prince pieux, juste et chaste, il est probable que les chrétiens so^t des impics, des fripons et des ipcestueux. Si Néron fut l'ami de sop pays^ je comprends qu'on nous appçUe d^ epnemis publics. Il est facile de juger ce que nous sommes, en pensant à ce qu'il i^t ; car, cef teS| il n> pas voulu persécuter ceux

qui lui ressemblaient. Quand on pense pourtant que cette loi de sang est la seule qui soit restée de toutes les lois de Néron ! la seule qui ait été apparemment trouvée juste et humaine , et par !|i ne ressemblant en rien à son auteur. Voilà bientôt deux cent cinquante ans que nous existons. Depuis ce temps, que d'iniquités n'avons- nous pas commises l que d'hommes n'avons-nous pas crucifiés pour représenter notre maître! que d'enfans n'avoqs-nous pas égorgés pour tremper notre pain daqs leur sang ! Combien de fob q'avons-nous pas la nuit , dans nos assemblées , élejnt nos lanternes pour nous livrer aux plus atroces obscénités ! Jusqu'à présent on n'a jamais pu opposer aux chrétiens que leur renommée ! Que l'aspect de l'homme est bizarre ! il est plus facile de lui faire croire un atroce mensonge qu'upe vérité avantageuse. Il aime mieux prêter l'oreille à une calomnie qu au bien qu'on pourrait lui dire des autres. Si l'iniquité vous eût laissé la moindre prudence, ne devries-vous pas vous enquérir de quelle source ont pu sortir tous ces bruits scaudaleux contre les chrétiens? Certes , ce ne sont pas les chrétiens eux-mêmes qui les ont répandus puisque leur loi leur ordonne le silence sur les mystères les plus innocens ; à plus forte raison seraient-ils obligés de garder le secret sur ceux qui les exposeraient à un juste et prompt châtiment de la part des hommes. Si ce ne sont point les chrétiens, il faut bien que ce soient des étrangers. Or, je vous le demande, quelle foi pouvez-vous ajouter à des étrangers, peut-être à des ennemis?... Mais peut-être nos doipestiques ont-ils vu quelque chose à travers les fentes de nos cavernes; ils auroiit écqulé aux portes, Sans doute on n'est trahi que par les siens; nos domestiques OUt donc bien pu nous trahir, surtout ai nos actions sont tellement atroces qu'elles les délient de leur devoir de fidélité, et qu'il soit impossible de taire ce dont on a été épouvanté et frappé dliorreur. M^is n'est-il pas bien étonnant aussi, que ceux qui avaient si bien acquis le droit de parler et de parler hautement , n'aient pas eu le désir de prouver ce qu'ils avançaient ; et que ceux qui les premiers ont entepdu de telles horreurs p aient pas éprouvé l'envie d'eo être témoipsî^ Ils avaient tout à gagner ^ cela, M la satijifaclion de leur curiosité et le prix que l'on donne au délateur lorsqu'il prouve ce qu'il

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miHy.çytMlà précisément ce qui ^ eu lieu, dîlei-ioas; on a surpris les chréliens en filagnot délit; après les rapports, ou a été aux prpiyes; on a tout yu et entendu , et c'est de là que Tient Totre maiivaise réputation, » Certes, voilà qui dépasse tout sujet d*étonnement.Gomnept! de t^ls crimes ont été prouvés et nous avons pu les continuer presque impunément? Cest qu'apparemment nous nous sommes corrigés depuis. Cependant nous avons toujours le Qéme pom, la même foi, et nous sommes de jour en jour plus nombreux. Plus nous sommes Boqalireux , plus nous avons d'ennemis ; et en oéine temps plus nous devons commettre de rimes. Pourquoi donc alors le nombre des déleurs D^ugmentert-il pas avec celui des cri- \md$? Ce que je sais, c'est que nos réunions >oC maintenant cqnnucs; on sait quel jour et en tel lieu nous nous rassemblons; aussi nous y •mnies espionnés et comme assiégés. Gepenmt , qui peut dire être survenu au moment ï les restes ^ un enfant ) moitié mangé fuaient enoome sur nos tables? Qui a jamais sur* ris I4 trace de nos dents sur un pain trempé ins du sang? Qui nous a jamais vu éteindre DS lumière à la nuit clo^e pour commettre la loindre action déshonnète? Si nous avons 3rrompu les témoins avec de Tor, comment se lit-il qn'op nous accuse de toutes parts ? Mais à uoi bon toutes vos accusations e( réfutations n Tair? Rjep n'est si facile que de nous conajncre. Faites semblant de vouloir être initié ; liez trouver notre grand sacrifîcateur, comme pus rappelé;, ou fiot^e patriarche ; il vous ^ira ans doute: «Il faut que vous apportiez un enfant |ui ne seiche pas encorç parler pour que nous 'imipplipus; vpqs apporterez aussi des cierges [u'éteiodrant d?s chiens pu rut; et (les petits [âteaux pour dmmer ^ ces chiens : et puis i| vous audra une (uère op qoe sœur pqqr pouvoif deve- I jf incestueux, n Mais si vous n/pq ave^ pa^? on ne pudra projiableiT^ept pas vous recevoir. Or je pus le d^j^n^e à vous-même^, dp telles accqations peqvpnt-ei^ ^tr^ écpiitéfs quand elles ortent de la bouche de nos ennemis? Mais elles e sont pas l'ouvrage d'un seul ; il est impossible 'eu counaitre tous les ai^(eurs. L'un a posé le jndcment dp cet édifie^ de calomnie, et a :ouvé 4f^ d\ipes pour r(u:uulçiri un autre y a jQiilé U^ fçftiPSi UQ troisième les unions inces-

tueuses, eta II fiipdrsit pouptapt bien que ppa néophytes sussent quelque chose de topt cela. Gomment arrive-t-|l donc qu'aucun de nos nouveaux convertis ne soit épouvanté de nos festins de Thyeste et de nos mariages d'OEdipe, et ne nous quitte aussitôt pour aller nous dénoncer au peuple et aux magistrats? Mais non, il parait qu'à peine ils sont au courant de cp qui se passe chez nous , qu'ils s'y affectionent aussitôt. Il faut qu'il y ait dans notre secte quelque chose de bien grand et de bien sublime , ppur faire ainsi passer par-dessus le dégoût que doivept inspirer de telles horreurs. 0 natipns malheureuses et dignes de pitié, approchiez, yoilà que nous vous offrons l'épreuve de nptre ipitiatjon ! Notre foi promet la vie éternelle à cepx qui croient et qui obéissent; elle menapp en même temps les profanes de la mort étemelle et du feu éternel. Elle prèehe par copséquent la résurrection ^e$ vivans et des morts. Nous discuterons ce dogme plus tard, si cela vous &it plaisir; en attendant, croyezrmoi sur parole; car je §uis pressé de savoir si vous pourrez subir les mêmes épreuves que npus. AHops, viens , qui que tu sois ; voilà un petit enfant , enfonce-Ipi un couteau dans la gorge; op si c'est là la fopction du prêtre, eh bien! (ieps-toi là tranquille et regarde-le faire peqdapt qu'il prive de la vie ce petit êlrç qui n'a pas encore commencé à vivre. Trempe ton pain dans son sang encore tout fumant et d^cûne à ton aise , tout en jetant un coup d*œil sur l'endroit oA ta mère et ta sœur préparent lepr lit, afin d'aller les trouver quand on aura éteint les lanternes. Si tputefois ip te trpnipes de lit , il n'y aura pas grand mal ; si tu ne commets pas un bpq ipceste, ce sera toujours ^p petit adultère. Apr^c^la, tu ^qr^s mérita la vie élerpelle. Allons, réponds dopp, veux-tu de Téterpii^ à ce pri?? Te vpilà tçut ^bahi! Tp ne crois pas à ipes pj^rples, ni^lplepant; et si tp y croyais, tu pe vopdrais pas d'un t^l p)a<*ch^; je dis même que quand tu le voudrais, tu ne pourrais pas l'acconiplir. Poprquoi donc d'autres le pourraicnt-iU si vous ne le ppuyez pas ? Si d'autres le pepvçnt, qpe ne le pouvez-vpus aussi ? Vous trouvez que l'imppqjté et npiême l'élernilé seraient achetés trop cbçr. pt pensfz-vons donc que nous en fassions p|u^ de cas que vous? Crojez-yous que les dents des chr^tieps soiçqt 4'uqç ^ptrç p^tyre qu; les

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vôtres? Que la conformation de la trachée artère varie chez nous et nous donne d'autres goûts ? Supposez-vous enfin que nous ayons pour la luxure des organes plus énergiques que les vôtres. Assurément non. 11 nous suffit de différer de vous par la connaissance de la vérité. Mais on nous regarde comme des hommes de la troisième race descynopennes, des sciapodes, ou enfin des anlipodes qui viennent de dessous terre.

VIII. Si vous attachez quelques idées à ces mots , je voudrais bien que vous nous dissiez ce que vous entendez par la première et par la seconde race, afin que nous pussions savoir ce que c*est que la troisième. Un certain Psammétique s'imagina avoir trouvé un moyen fort ingénieux de découvrir le peuple qui était de première race, c*est-à-dire probablement qui était le plus ancien. 11 prit, à ce qu'on dit, deux enfans nouveau-nés, les sépara de tout le genre humain et les fît nourrir par une femme à laquelle il fit préalablement arracher la langue, afin que dans leur solitude ils n'entendissent prononcer le langage d'aucun peuple, et qu'ils fussent forcés parla nature de parler la langue qui est celle de la plus ancienne race. Or le premier mot qu'ils prononcèrent fut bekkos, et comme ce mot signifie pain dans la langue phrygienne, les Phrygiens ont depuis ce temps passé pour le plus ancien peuple du monde. Peut-être u'est-ii pas hors de propos de réfuter la possibilité de cette histoire, pour montrer à quelles absurdes fables vous pouvez ajouter foi, pendant que vous fermez les yeux à la vérité. Peut-on en effet croire qu'une femme ait pu vivre après qu'on lui eut arraché la langue, ou du moins coupé assez près de la racine pour qu'elle ne pût contribuer en rien à l'articulation d'un son ? Cette opération aurait attaqué la gorge qu'il est si dangereux de blesser même en dehors : le sang d'abord, et ensuite le pus, seraient retombés dans les poumons, ce qui n'eût pas manqué de causer la mort, surtout quand on pense que toute alimentation serait devenue impossible pendant tout le temps de la guérison d'une telle blessure. Que dis-je, guérison? Concevez-vous l'application des topiques et des bandages? Mais admettons, si vous voulez, l'intervention de quelque enchanteur, et supposons-la guérie et bien portante. La langue ne forme pas & elle seule

tout l'organe de la parole, il lui restait le gosier et les lèvres, et la faculté de prononcer la consonne labiale et les gutturales qui se trouvent dans le mot bekkos, sans le secours de la langue. Les enfàns entendant ce son très souvent , ont pu l'imiter, et comme ils avaient leur langue, ils y ont mis plus de souplesse et de légèreté d'articulation , puis ils se sont facilement imaginé que ce mot signifie quelque chose. Mais laissons les Phrygiens en tranquille possession de leur titre de première race, je ne vois pas pourquoi les chrétiens seraient la troisième. N'y a-t-il eu qu*un peuple entre les Phrygiens et les chrétiens? Tout cela n'est que folie et superstition. Vous dites que nous sommes la troisième race, et vous prétendez que nous sommes les plus nouveaux ! 11 n'y a donc que trois races? Comment les compter? ce sera probablement les Romains , les Juif^ et les chrétiens ? Mais les Grecs , où les mettrez vous ? Ils sont plus anciens que les Romains ; car ils leur ont fourni presque tous leurs dieux. Et les Égyptiens qui avaient aussi une religion mystérieuse et étrange? Enfin si les hommes de la troiâème race sont si monstrueux, que devons- nous penser de ceux de la première et de la seconde?

IX. Quand il arrive un malheur public , une peste , une guerre , une tamine , une é<4îpse , un tremblement de teirre,vous criez :c Les dirétiens ! les chrétiens ! » Vous concevez apparem* ment que ce sont vos dieux qui lancent leurs traits contre une génération qui les méprise. Mais il n'y a pas trois cents ans que noos existons, et cependant que de fléaux n'ont pas affligé lliamanité avant le christianisme ! Où étaient alors les chrétiens ? Et puis vos dieux sont donc bien aveugles , de confondre ainsi dans leur colère ceux qui les méprisent et ceux qui les adorent ? « C'est , disent quelques-uns , parce que leurs adorateurs ne montrent pas assez de zèle pour l'extermination des blasphémateurs! »Mais ilsne se f&cheraient pas contre vous , s^ils pouvaient se venger eux-mêmes ; il n'y a rien de si ridicule qu'un homme qui veut défondre et protéger un dieu.

X. Mais je peux rétorquer toutes vos calomnies et vous accabler de vos propres accusations; plus tard je justifierai notre doctrine; pour le moment qu'il me suffise d'arracher vos flèches de nos blessures pour les relancer contre vous.

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JfûiQità vous nous accusez d'avoir abandonné kl lois et les mceurs de nos ancêtres. Voyez bien n'êtes pas en cela aussi coupables que

Tos mœors actuelles, vos vètemens, votre de vivre , votre langage même , tout diifère de ce qui était du temps de vos A Tautorité de vos pères, vous avez sub- Ktaé partout votre propre autorité ; ce qui est lien est pour vous hors de mode. Vous ne tapas sur les louanges de Tantiquité , mais

vous gardez bien de la prendre pour modèle..... Mais parlons du culte de vos dieux , fH csl Ui seule chose peut-être que vous aient tranmise vos ancèlres , et qui fournit contre les durétiens tant de chefs d'accusation. Ce culte , je fis que vous le méprisez et que vous le détmiseï par vos insultes , bien que ce ne soit pas de k inème manière. On ne peut pas dire que noos fliéprisons vos dieux , puisque nous nions leur ensteoce; on ne peut mépriser que ce que Von croit cgdrter. Ce qui n'est rien ne peut être le sqjeC de mépris. Si donc les dieux éprouvent qoelqne insulte , c'est de la part de ceux qui croient en eux. C'est donc vous qui êtes coupables> et de croire en eux et de les mépriser, et de les adorer et de les insulter. D'abord , puisque Tousadorei les uns un dieu , les autres un autre, il est dair que vous n^Iigez, et que par conséquent vous méprisez tous ceux que vous n'adorez pas ; car il est impossible d'élever les uns sans abaisser les autres. Mais il y a tant de dieux, qu'il est impossible que tou^ soient adorés par tous ; ainsi , ceux même qui les ont inventés dès le commencement , les méprisaient, puisqu'ils devaient prévoir qu'ils ne pouvaient tous être adorés par tous. Les plus sages mêmes de vos ancêtres, dont vous ne voulez pas quitter la loi pour embrasser la nôtre, se sont plus d'une fois montrés impies envers vos dieux. Le général M. Amilius avait, pendant une bataille, voué un temple au dieu Àlburnus ; il ne voulut pas le bâtir avant que le sénat eût ratifié son vœu. N'est-ce donc pas une impiété que de soumettre l'existence d'un dieu et les honneurs qui lui sont dus à l'avis d'un sénat ? Souvent les censeurs ont aboli des dieux, même sans le consentement du peuple. Les consuls , appuyés 'de l'autorité du sénat , n'ont-ils pas chassé Bacchus non-seulement de Rome, mais encore de toute l'Iialie? Varron nous apprend que Sérapis , Isis , Harpo-

crate et Anubis , ont d'abord été mis à la porte de votre Gapitole. Le sénat avait rejeté leurs statues ; il Fallut que le peuple ftt une émeute pour leur obtenir une petite place au milieu des

autres Vous avez donc paoni vos ancêtres,

sinon des chrétiens de nom, du moins des chrétiens de fait, qui refusaient de reconnaître des

dieux Mais passons. Vous ne le cédez en rien

à vos aïeux sous ce rapport. Quel respect avezvous pour ^vos dieux domestiques, vos Lares et vos Pénates, que vous vendez ou que vous mettez en gage quand vous avez besoin d'ai^ent ? Cest probablement pour consoler les pauvres dieux domestiques de tous ces affronts que vous traitez vos dieux publics avec encore plus de dédain. Vous les vendez à l'encan ; vous vous en faites des rentes. Plus ils sont révérés et plus vous les vendez cher ; de sorte que vos crfeurs publics doivent être parfaitement au courant du degré de sainteté et de majesté de chacun de vos dieux. Vos cérémonies religieuses sont ellesmêmes un objet de trafic ; on paie tant pour entrer dans un temple , tant pour être placé plus près de leur autel; vous vendez enfin tout ce que vous regardez comme sacré : on ne peut adorer vos dieux gratis. Votre religion est même plus profitable à vos bouchers qu'à vos prêtres. Mais ;ce n'est rien que de négliger ou de vendre vos dieux , il faut que vous les insultiez jusque dans les honneurs que vous voulez bien leur rendre. Tout ce que vous faites pour les honorer, vous avez soin de le faire aussi pour honorer la poussière des morts. Vous bâtissez des temples pour les dieux et pour les morts ; vous élevez des autels aux dieux et aux morts ; sur ces autels vous gravez des inscriptions de même nature, ou bien vous y placez des statues qui indiquent le caractère ou la profession du mort ou du dieu. Satan y est représenté comme un vieillard ; Apollon comme un jeune homme sans barbe ; Diane est habillée en jeune fille , Mars en soldat, et Vulcain en forgeron. Il n'est donc pas étonnant que vous offriez de l'encens et des victimes aux morts comme aux dieux. Gomment vous défendrez-vous de cet affront que vous faites à vos dieux en les traitant comme des morts? Il est vrai que vous les traitez aussi comme des- vi vans, car tous ces rites, toutes ces cérémonies se font aussi pour les empereurs et les rois que vous traînez également en charriots

dift

tEftTULLIEN.

Gourerfs , et que vous couchez prè^ de la table du festin, avec le même appareil que s'ils étaient des statues; tous célébrez àtfssi des jeux en leur honneur, die sorte que le eîel , la terre et Tèn* fer , les vivans, les morts , et ceux qui ne meu^ rent point, sont confondus daifs votre eulte

universel Et ce ne sont point seulement les

hommes vlcieut ou les sacrtiéges qui montreht pour les dieoi tant de mépris ; tion ^ ce sont les honmies les plus stfvans et les plos grands qui se sont eonscamnent montrés irrévéren- (Âeùi envers vos diviniiés. Votre littérature est pleioe de mensonges, d'ignominie^ je dirai même de calomnies contre les dieux ; à comment cer pa^ votre Homère, cette source abondantedé laquelle est découlée toute votre poésie. En le vantant comme vous le faites, vous insultez vos dieux qu'il a tant maltraités. Nous n'avons pas tout à fait oublié notre Homère ; nous nous rappelons que c'est lui qui ravale les dieut à la condition de simples mortels ; qui les soumet aux accidens et aux passions de la pauvre hu- Aianité, et qui décide dd sort des batailles par le caprice de telle ou telle divinité qui prend parti pour les Grecs ou pour les Troyens. Vénus , dans son poème , est blessée d'une flèche lancée par an homme ; Mars est pendant treize mois CHlfermé dans une prison où il est sur le point de mourir; le trône de Jupiter lui-même est ébranlé par une émeute de la canaille céleste ; on le voit se lamenter snr la mort de Sarpédon, ou aller se coucher maritalement avec sa scnir pour tàclier , â( force d'actes lascifs, de loi faire oublier qu'il a des maîtresses. D'après l'exemple du prince des poètes , je vous donne à penser qnelle carrière d'insolence et de mensonges se donnent tous les écrivains. Les tragiques et lès comiques fte se font pas faute dé représenter les dieux souffradt la douleur et la misère. Je ne parle pas des philosophes, que leur orgueil et leur afFectation de vertu met au-dessus de toute crainte. D'ailleurs un demi-aperçu de la vérité suffisait pour les engager à se révolter contre tout votre Olympe. Socrate, pour mieux indiquer le cas qu'il en faisait, ne jm*art jamais qoe par le chêne, par le chien, ou par sa femme ! Il est bien vrai qu'il fut condamné à mort , mais les Athéniens se repentirent de celte inique sentence : ils rendirent à Socrafte cme tardive justice , et par cela ils approavèrèBt en M ce que Yim blâme aqjourd'hM

si fort en nous. Diogène aussi flt sur Hercule je ne sais qnelle plaisanterie ; et Varron, ce Diogène romain , s'amuse ft nous représenter îMè téiMs Jdves ou Jupiter sans tête. D'aalt*es poëteé dK couragent vos débauches en châftltÉiit lé dttMlineur de vos dieux; Je ne sais si dans vo^ ttMUi» vous vous amusez plus de vos mimes qiie de vos dieux , tant vous éeoutéz avec |riaislr kl chansons de vos bouffons qui ne céHMtnl 41e rignontinie de l'Olympe. On ledr attribué^ devant vous, toutes sottes d'obscénités. Ghaeitt de vos dieux a deux têtes , l'une majestueuse et l'autre bouffonne. Vous vous plaisez beaucoup à entendre le soleil se lamenter sur la rtHUrt de son fils qui est frappé de la foudre ; vous ne rougissez pas le moins du monde quand ou vous chante que Gybèle se meurt d'amour pour un gardeur de vaches qui se moque d'elle ; les hauts faits de Jupiter font aussi le texte de cbarmasteft petites chansons. Vous êtes bien plus rdigieul encore dans l'arène sanglante des gladhiteurs , où vous faites danser vos dieux re|N*ésentéS par des criminels qui vont être mis à mort, èomnie si vous vouliez punir vos divinités datls la pefsonne des coupables. Nous avons plus d^illie IM vu un habitant de Pessinunte ^epré^elifet' an vif la mutilation d'Atys. Quand uncrimifièlctottêCM brûlé vif, vous l'habitiez en Hecrule. N&bê avdkrf ri bien souvent devant vos théâtre^ erf voyant lè père Pluton, frère du père Jove, mettre à Tèiieaii les funérailles des gladiateurs , et leè adjuger avec son marteau , pendant que Mesure , sfvee des plumes de coq dans le talon de ses bottkieSv cautérise les corps avec son petit caducée eà feii d'artiflce , pour s'assurer s'ils soot.bieti mUffs. Tout cela assurément fait autant d*hotinetff atn dieux qu'à leurs adorateurs. Je ne sais vraiment si vos dieux ont moins à se plahidre de vollsquè de notis ; il est vrafi qu'ensuite voiié leê aeeaûez de flatteries pour vous faire pardont^ Vèè insultes , tandis que nous sommes tMjoors poéif eux de francs adversaires.

XI. Mais ce n'est pas seulement paf rabundOli des andenes croyances que nous vous ressemblons, nous pouvons aussi vous reprocher toutes les nouvelles et monstrueuses superstitions do0t vous nous accusez. Quelques-uni de vous ont rêvé que notre Dieu est nhe tête d*àne; c^êst Cornélius Tacite qui le premier a mis ce conte en vogue. t>ans le quatrième livre de ses histoi-

AUX NATIONS

M, oA il racoute une des guerres du peuple jaif, après avoir pris les choses de plus haut , (iMfr irgaiiienté à plaisir sur Forigine de cette ÈÊÈKii B dit : qu*eti traversant an désert Tarmée JBifC te tronva manc|uer d'eau , et qu'après avoir h^taspa souffert de la soif, ils furent con- Ult i nue source par une troupe d'ânes saufiges, qui reconnurent la présence de l'eau par k Bilare de Therbe qui se trouvait dans le voite0e<ll ajoole^que par reconnaissance , les UH adorèrent depuis la flgure des ânes. On a «nltt «ttriboé ce culte aux chrétiens qui re* eodiiabsent la religion juive sur laquelle la leur est fimdée. Mais Cornélius Tacite, oubliant celle charmante histoire , comme Font presque toqonrs ks menteurs et les bavards , dit un peu plos Mo : qu'après la prise de Jérusalem, Pompée entra dans le temple et fut surpris de n'y trooTer aocdn simulacre. Où était donc ce Dieu, sMl ii*était pis dans ce fameux sanctuaire o(t ne pénéinifil que les prêtres et dont les profanes étaleot eadoiP Mais j'oublie que je ne voulais discolpef ni juif ni chrétien, mais seulement rétorquer tontes les accusations faites contre nous. Admettons donc que nous adorons ane face d'âne. Certes , tous ne nierez pas que vous en fassiei autant , vous qui adorez des ânes tout entiers Sfee leur déesse Épona , voire même des troapcitt complets sans vous faire grâce des étables. Mais vous nous reprochez peut-être de nêtre qn'asinolâtres quand il y a tant d'autres idoles à adorer? Alors je vous renvoie à ceux qui nous accusent d'adorer une croix , et qui pourtant Tadorent eux - mêmes ainsi que je vais le proaTer.

Xn. Là crôn est {jotir noiïs un étendard, un signe fait en bois. Or vous savez si vous adorez le bois sous toutes les formes possibles, lia Pallas d'Athènes et la Gérés de Pharos ne sont que de rudes poteaux , c'^est-â-dire des commencemens de croix. Mais vous nous reprochez d adorer des croix complètes ! A merveilles ! mais vous ne voyez donc pas que toutes vos statues de dieux et de déesses ne sont dans le principe que des croix ; au moins qu'elles ont la forme humaine qui elle-même n'est qu'une croix. Faites une figure d'homme la tête droite et les bras étendus, vous aurez une croix ; et c*est aussi ce que commencent à faire les modeleurs en argile, avant de doimer h leurs modèles la forme défi-

nitive qui doit être copiée en marbre on en toute autre matière; de sorte que tous les dieux qiie vous adorez ne sont dans lé principe que des croix. Les étendards des vos armées representent aussi des croix, et vos soldats mettent leurs étendards au-dessus de Jupiter Int^ même.

Xlll. D'autres , un peu moins exiravagans , prétendent que nous adorons le soleil , soit parce que nous nons tournons vers l'orient pour f^rre nos prières , soit parce que le dimanche qii^tls appellent le jour do soleil est pour nous un jotir de fête. Eh! ne l'adorez vous pas vous-mêmes? et n'afFectez-Yons pas aussi de vous tourner vers l'orient pour prier? n'a vez-vous pas nommé d'après le soleil un des jours de la semaine? et n'est-ce pas ce jour-là que vous vous abstenez do bain , ou que vous le différez josqu'Hu soir , et que vous vous livrez an repos et atix festins? Il est vrai qu'en cela vons sortez etltrêrement de l'esprit de votre culte qui n'exige rien de sem-« blable, et que vous vous rapprochez de eehii déi juifs et du nôtre qui consacrent un jour dé repos. Mais vous voyez qu'eft cela encore ndSS n'avons aucun reproche à nous faire mutuelle^ ment.

Xiy. Mais il court sur notre Dieu cme non- Telle histoire. Il ^ a à peine quelques jtiurs qn^un vaurien de juif , qni n'est juif qu'au détriment de sa peau, s'est avisé de promener par là ville une image avec cette inscription : Ono^ cfwète ( adorateur d'âne ). Cette image réprésentait un homme en toge avec des oreille^ d'âne mt de cheval , tenant en main un livre , et ayant un des ses pkds fcmrchu. Et la populace de croire au juif , qui prétendait que c'était là kl culte des chrétiens; car c'est de cetfé nation juive que partent toutes les calomnies drrigée^f contre nous. Celle-ci, tant par sa nouveauté que par la bassesse de son auteur, né mériterait pa^ qu'on en fit mention ; mais je m'en empare podr avoir le plaisir de rétorquer. Voyons dotfc si vous n'êtes pas encore ici aussi coupables qoe l'on prétend que ncfus le sommes. Peu Importe la difformité, pourvu que je vous prouve que vous adorez des difformités. Or votfs avez des dieux à tête de chien , d'autres à tête de Iton, de ÏKPuf , de bélier , de bouc , des dieux cornus, des dieux à jambes de chèvres, à queue de pois-* sons, de serpens. Qrre saîs-je, moi? if y eft t

TERTOLLIEN.

qai ont des grifFes d'oiseau , des ailes et un bec. Quel droit avez -vous donc de vous irriter de ce que nous adorons une seule difformité.

XV. J'ai déjà démontré qu*il y a parmi vous plus d'un onocboète. Si nous avons des dieux de même nature, il s'ensuit que nous devons peu différer dans notre culte et dans nos rites. Cbercbons donc ailleurs an autre point de comparaison. Nous sacrifions des enfans dans nos initiations? Si vous avez oublié tous vos homicides et vos infontiddes, j'aurai soin de vous les rappeler plus tard. Admettons pour le moment celte différence , pour ne pas avoir Tair de répéter sans cesse les mêmes argumens. En attendant , nous ne manquerons pas de ressemblance; et si nous sommes infonticides, vous ne «Fêtes pas moins, quoique ce soit d'une autre manière. Je sais que vous avez des lois qui sévissent contre ceux qui tuent les enfans après leur naissance ; mais jamais les lois ne furent plus faciles à éluder , ainsi que le fait tout le monde. Vous me direz peut-être que. du moins TOUS ne le faites pas dans un but religieux ; mais l'absence de Tidée d*un devoir ne fait que vous rendre encore plus coupables, surtout quand vous avez la cruauté d*exposer vos enfans à mourir de froid et de faim , à être dévorés par les bêtes, ou que vous les jetez à l'eau pour leur y faire souffrir une mort plus lente. Mais en admettant vos prétendues circonstances atténuantes, quelle aggravation de crime ne trouvera-t-on pas chez vous, quand on pense que ce sont vos propres enfans que vous exposez ainsi ? Vous êtes même d^autant plus coupables que vous ne pouvez vous excuser sur vos superstitions. Donc puisqu'on nous accuse de ces sacrifices impies, et que vous commettez les mêmes crimes, non par la religion, mais par un sordide intérêt , il s'en suit que nous ne différons guère en fait d'infanticides. Les vôtres sont le résultat de Fimpudicité; les nôtres proviennent de notre cruauté: ce sont deux vices que la nature sépare rarement Mais enfin , que faites-vous de moins que nous , ou plutôt que ne faites^vous pas de plus? Est-ce donc peu de chose d'interroger les entrailles humaines, parce qu'on p'immole que des hommes faits? Est-ce peu que de sucer le sang humain parce que ce sang n'a pas encore reçu la vie? H n'y a donc pas de mal à dé-

vorer un enfont, pourvn qu'on l'avale tout diand et tout d'un trait 1?

XVI. Parlons maintenant de Theore où Voti dit que nous éteignons les lanternes, où nous imitons les chiens dans nos rites obscènes, et où nous nous mettons sous la proteciion du génie des ténèbres. Je crains d'être ici en défaut, car comment pourrais-je prouver contre vous de telles clioses? Rendez-nous an moins la jostioe d'avouer que nous mettons dans nos impodidlét une certaine pudeur ; nous nous faisooSi vous le voyez, une nuit artificielle, pour ne pas souillerh lumière du jcmr , ni même la véritable nuit. Vos incestes à vous se font à la face du ciel et de U terre. Vous seuls souvent les ignorez, au lieu que jusqu'au fond de nos cavernes notre cottscience peut encore nous reprocher les nôtres. Les Perses, dit Gtésias, s*accooplent sans scrupule avec leurs mères. Les Macédoniens ont prouvé combien cette pratique leur était familière. La première fois qu'OEdipe fut représenté sur la scène dans leur pays, quand ils virent ce malbcureus paraître en gémissant sur le tliéâtre, après s'être crevé les yeux, ils partirent tous d'un édat de rire. Uacteur interdit ôta son masque, et s'adressant aux spectateurs : «En quoi, leur dit-il, mes maîtres ai-je pu vous déplaire?» Les Macédoniens, répondirent : «Oh tu joues très-bien ton rôle, toi ; ce nest pas ta faute si Œdipe a fait de telles folies , ou si un poëte a eu la niaiserie de les écrire. » Puis ils s'entre-criaient :

* Paràm hamaDum sanguineiD lambitity quoniam ftirtiiniin taD^inem diciiis ? parùm infotite TCMmûni qaia inFantein totom pnecoqanin prrliaarîtit ?

On nous pardonnera d'aToir laissé dans la tradodk» le Toile d'obtcorité qui cou?re ici le texte, et que Cm» n*osons soulever que par un commentaire en laiin.

Soleliant alter in alieriut ot semen elicere qood et Me perbauriebat ; et eo sançuincm fùturum elidunn , id est infeniem nondùm ediium, non quidem edcbaot, nec etiam hauriebat, sed perhaurUbant quasi ostrrim.

Ce qui autorise celte explication , c*est que iTertullien dît plus haut que les lois sérissaient tontre ceux qui tuaient des engins déjà nés , edilos infantes. On retrouve dans d'autres pays la trace de cette oonceptioo

Quibusdam in insulis liidiarum ocddentalium eliam nunc talia persipintur. Siunt enim afHcani servi , qui magise cuidam, nomine obetMh, studtum adhibent. nociu et cautè conservis adeunt donnientibus; et eortira per somnuro verecundis partibus %kA linguâ et labiis blandientes larobendo, semen elici cogunt quod perhanriunt Creditur apud servos, Obeah ma^nm tune posie dorroientis vultus et ora induere , et quapque teinora perpetrare, ipsc insuqncabilis. . {Noie du Traducteur.)

AUX NATIONS

«AIIoDS-nous-en , allons trouver nos mères!» Mais, direz-vous, une ou deux nationsfontà peine tacbe sur la surface de la terre. Mais les chrétiens! rOcéan ne laverait pas leurs souillures! Mais vous qui faîtes passer par adoption vos enlàns d'une famille dans une autre , qui les confiez souvent à des mains mercenaires, ne savez-vous pas combien de chances d'inceste vous eatourent? Vos débauches d'ailleurs vous rendent si souvent pères sans que vous le sachiez ! Quel mélange, quelle confusion de toutes les fiunilles ne résultent pas du relâchement de vos moeurs! Quand Fulcianus était préfet de la ville, one certaine nourrice sortit de la maison de son maître et laissa sur le seuil de la porte Fenfent qu'elle aurait dû garder. Un Grec des frontières s'empara de lenfant et l'emmena en Asie. Au bout de quelques années, il le ramène à Rome sous un nouveau nom et le met en vente. Son père achète le petit esclave grec , el s^en sert. Quelque temps après , il s'en dégoûte, et, comme c'est assez votre usage, il l'envoie à la campagne travailler aux champs. Il y trouva son ancien précepteur et sa nourrice qui depuis plusieurs années étaient là en pénitence. On se mec à causer et à raconter mutuellement ses aventures. Les vieux esclaves lui content qu'ils ont perdu le jeune enfant qui leur avait été confié; l'adolescent raconte qu'il a été perdu ou volé, et qu'il est né à Rome d'une famille honorable. On réfléchit sur son âge; on compare les dates; la nourrice reconnaît sur son cou une certaine marque, que confirme encore une lointaine ressemblance; bref, il est reconnu. Dieu le permit sans doute, pour qu'une $i horrible tache fut ineflaçable sur vos fronts. Les maîtres ou plutôt les parens entendent parler de l'affaire, ils font venir le marchand d'esclaves. Tout est dévoilé. Les parens s'étranglèrent de désespoir. Le préfet Fuscianus adjugea tous les biens à l'adolescent, non comme héritage, mais comme salaire de l'inceste et de l'obscénité. Que cet exemple bien connu vous suffise, quoique j'en pusse citer bien d'autres. Il n'est aucun événement qui n'arrive plusieurs fois, bien que souvent il ne soit découvert qu'une fois. Vous nous reprochez l'inceste comme une des obligations de notre culte, et voilà ce que vous faites, sans y être obligés par le vôtre.

XVn. Quant à l'orgueil et à lentètement

que l'on nous reproche, j'espère bien aussi vous montrer que sur ce chapitre vous ne nous cédez en rien. Notre premier entêtement est de ne pas vouloir adorer la majesté des Césars. On nous accuse d'irrévérence parce que nous ne saluons pas leurs statues et que nous' ne jurons pas par leur nom; là-dessus on nous appelle les ennemis de l'État. A la bonne heure, vous autres gentils vous ne cherchez qu'à accabler vos Césars de nouveaux titres; l'un est Médique, l'autre Persique, celui-là Germanique. Que le peuple romain s'occupe donc de trouver sur la terre de nouvelles nations à vaincre, car le vocabulaire commence à s'épuiser. Quant à nous, nous sommes fidèles aux Césars comme de vrais Romains , et voilà tout. Jamais chrétien ne prit part à une conjuration dans le palais, dans le sénat, ni dans la province. Le sang des Césars n'a jamais souillé nos mains. Le ciel des Syriens est encore empesté de la puanteur des cadavres. Les I eaux du Rhône ne suffiraient pas pour laver le sang qui a coulé sur ses rives. Mais laissons-là ces cruautés , puisque vous me. direz qu'elles n'ont pas été commises par des Romains. Voyons ce que fait le vrai peuple de la Rome impériale. Ce sont des libelles sans pudeur et sans frein, des placards dont peuvent témoigner vas statues, car les piédestaux en sont couverts. Ce sont les mauvaises plaisanteries et les malédictions qui s'élèvent des banquettes du cirque. Vos épées restent dans le fourreau, mais vos langues sont sans cesse rebelles. Mais c'est un bien plus grand crime , n'est-ce pas, que de ne pas jurer par le génie de César? Vous ne vous faites pas faute, vous qui ne vous faites aucun scrupule de vous parjurer par vos dieux. Et puis nous ne voulons pas dire le dieu César. Là-dessus, comme l'on dit vulgairement, nous faisons la grimace. Mais vous, vous appelez César un dieu ; ce qui est une dérision, puisque vous savez bien qu'il n'est qu'un homme, et même une médisance, car il n'a pas la moindre envie d arriver à son apothéose, parce qu'il trouve plus doux de vivre que d'avoir une place dans rOlympe.

XVIIL On nous trouve encore obstinés parce que ni l'épée , ni la croix, ni les bètes, ni le feu, ni les tourmens ne peuvent nous faire broncher, tant nous méprisons la mort. Vos ancêtres se sont souvent montrés obstinés de cette manière-

TKRTULLIEN.

là, et TOUS appelez chez eui cette Force d'âme €oarage etintrépidîté, et non enlètemeot. Ckiinbien dliommc* se MMit jeté^ volontairement an devant des épées? Il serait trdp long de les compter. Votre Régulas a subi volontairement le supplice de la crOii, précédé de mille tortures. La reine d'Egypte s*est fiiit tuer par ses propres serpens. Didon a su monter sur le bûcher qu'elle s'était fait dresser pour elle-même; et son exemple a appris à la femme d'Asdrubal k se montrer plus grande que son mari dans les malheurs de sa patrie. Une femme d'Athènes au milieu des tourmens sut par sa constance lasser la cruauté d'un tyran qui voulait lui arracher un aveu. Enfin craignant que la douleur ne vainquit sa faiblesse de femme, elle se coupa la langue avec les dents, et la lui cracha au visage , se privant ainsi du moyen de parier. Que les vôtres montrent cette énergie , c'est une glorieuse fermeté; mais si nous en Msons autant, c'est un stupide entêtement. Retractez donc toutes les louanges données à vos ancêtres puisque vous nous les refusez pour les mêmes actes. Mais, direz-vous, les temps difficiles dans lesquels vivaient nos aïeux rendaient souvent une telle énergie louable et même nécessaire ; mais à présent, nous jouissons de la tranquillité et de la paix que nous procure une civilisation plus avancée. Les chrétiens se comparent aux anciens;nous ne pouvons manquer de haïr en eux ce que nous n'aprouvons plus et ce qui n'est plus en nous. Je sais bien que l'amour delà gloirea fait des hérosde vos ancêtres; mais est-ce par amour pour la gloire, est-ce parce que vous vivez dans des temps difficiles que vous exposez vos poitrines aux coups de vos maîtres d'escrime ? Une femme a retidu sa mort célèbre en se livrant à ses bêtes, et vous tous les jours , au milieu de la paix , voiii faites métier d'aller combattre les bêtes dans le cirque 00 souvent vous succombez sans gloire.

XDL Vous voyez que nous sommes aussi obstinés les uns que les autres. Mais notre entêtement, â nous autres chrétiens, est basé sur notre persuasion. Nous croyons à la résurrection des morts, et l'espoir de la résurrection nous donne le mépris de la nsort. Moquez-vous tint que vous le voudrez de la stupidité de ceux qui meurent afin de vivre; mais pour en rire de bon conir, et pour vous désopiler te rate tout à votre aise, passez réponge sur toute votre littérature, ou

bien efRacez tous vos livres en les léchant avec votre langue ; car tous s'accordent à dire que les Ames doivent rentrer dans les eorps. Or notre croyance à cet égard n'est-elle pas à priori plus raisonnable et plus probaUtS que la ^-ôtreP ^ Nous pensons que les âmes rentreront dans le-= même corps où elles ont d^à vécu ; vous les^ faites passer dans des corps de diiena, dediats,^ de mulets et de paons! Noos croyons eneore que Dieu jugera les hommes, chàcon aUvant sorm mérite ; vous attribuez ce jugement à Minos et à Rhadamanthe; je crois qne vous aoHei miens fait d'en charger Aristide qui était plos joste qu'eux. Nous croyons enfin qœ les médians M* ront punis dans le feu étemd et qoe les bol» iront dans un lieu de délices poor y jouir d'une félicité étemelle ; n'avez-voos pas de semblables idées sur votre Phlégéton et vos Champs Éiysées? Je sais qu il n y a guère que vos poètes qui parlent du Tartare ; mais nos philosophes mêmes parient souvent de l'avenir des Ames et de leur récompense ou de leur châtiment. Reconnaissez donc enfin, 6 très^niqnes gentils, qu*en nous maudissant, vous maudissez vos frères, si tout ce que l'on dit de nous est vrai.« Vous ne pouvez haïr ceux qui vous ressemblent Allons, donnons-nous la main, et embrassons-noos I narchons ensemble, sanguinaires avec sanguinaires, incestueux avec incestueux , conjurés avec ooiûarés, obstinés et vains tous tant que nous sommes! Nous sommes tous également coupables de Itsedivinité; nous avons tous mérité la colère des dieux. Vous avez aussi parmi vous une troisième race ou plutôt un troisième genre, c'est-i-dire nn troisième sexe qui tient de rbomiiie et de la femme et qui peut s'unir aux deux antres! Mais peut-être que cette ressemblance est précisément ce qui vous offense? L'émolatioo est mainte fols une source de haine; le potier est jaloux du potier , et le fw^^eron do fm^^eron. kiais finissons toute cette conftsston simulée, et revenons â la vérité, et â la constance dans la vérité qui est en nous seuls et qui nous distingue complètement de vous. Que chacun de nous, en connaissant bien son adversaire, sache lui rendre justice. Vous devez sentir maintenant qu on ne doit passer jugement qu après avoîr entendu les deux parties. Cest pourtant ce que vous ne faites pas quand nous sommes «n cause N*est-ce pas une grande injosticè que

AUX NATIONS-

qui avons la science, lious soyons jugés fur des ignorans , et qu*înnocens nous soyons jnfCs par des coupables. Olez la paille ou plutôt Il poutre qui est dans votre œil, avant de voil- Mr ÔCcr le Ktu de l'œil de votre voisin. Corrige vos mcieurs avant de sévir contre celles des dirétfeds. Étudiez ce dont vous nous accusez, et vous de nous accuserez plus. Étudiez vous vousmèmeê enfin , et vous serez plus sévères envers voua-mèmes. Ce petit livre doit tous suffire , si non pour Vous montrer la vérité, du moins pour voua mettre sur la voie de la trouver. Condamnez la vérité, et approuvez Terreur, si vous voulez, mais que ce soit avec connaissance de cause. SU vous est ordonné d'aimer Terreur et àe haïr la vérité , encore pour aimer et pour hait ftiut-ll connaître et discerner.

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