‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 46 sur 80 · LIVRE U · texte numérisé non relu

LIVRE U

t. Ikotre déFense , 6 nations dignes de pitié! exigé maintenant que nous examinions la divinité de Vos idoles, et que nous en appelions à votre cdtiscience, pour savoir si elles sont de vrais dieux , comme vous le prétendez , ou bien de faux dieux, comme vous ne voulez pas en convenir. Car telle est Toplniâtreté naturelle à Terreur que cedx qui y sont plongés ne veulent pas en sortir, et par là aggravent leur tort. Ils ont des yeux et ne voient point ; ils ont dos oreilles et n'entendent point : leur cœur , bien que plein de vie , languit dans la stupeur de la mort , et leur esprit ne veut pas reconnaître ce qu'il voit. Que si Ton voulait d'un mot anéantir toutes les prétentions de vos dieux, ne suffirait-il pas de montrer qu'ils ont tous clé inventés et établis par les hommes et que, par conséquent, ils ont eu un commencement , ce qui est tout à fait incompatible avec Tidée que Ton doit avoir d'une divinité! Mais il y a tant de préjugés qui endurcissent et ena'oûlent pour ainsi dire le bon sens et le font croupir dans une erreur volontaire !

* Ce second livre est encore plus mutilé que le premier ; dans le premier, ce sont des phrases et des mots qui restent imparfaiu ; dans celui-ci, des chapitres tout entiers sont tronqués et ininielliGibles. t.e traducteur a souvent été obligé d'analyser au lieu de traduire.

La vériié est attaquée de toutes parts, elle n*a pour résister que sa propre foree. Et pourquoi ne se suffirait-elle pas â elle-méfiieP Elle sait quand il lui plaît changer ses adversaires éfi autant de partisans, et forcer ses ennemis ft i'agenouiller devant elle. Nous avons dotlc â lutté^ contre les préjugés, contre lèè institutions de nos ancêtres , contre la volonté de nos gotiveriieurs, contre les argumens des phllosopheft, contre l'antiquité , Thabitude et Tentralnement , enfin contre les prodiges et les ftux miracles doiit on a étayé toutes ces fausses diVinitéè. Voulant donc m'appuye^ sur vos propres cominentalres , attendu que chez vous la littérature a plus de poids que la nature des choyés , fai cboM pour point de départ les cpuvres de Yarroti qui à comj}ilé et commetité tout ce qui a été dit et écrit avant lui sur votre niythdiogie ; il sera pour moi un excellent guide. Si je lui dematide qui a placé les dieUx sur leurs piédestaiit, il mé répond que ce sont les t)euples , otl les phlloitopHes , ùa les poètes. Voilà donc trois eâptêès dé dieux ; les dieux physiques ou naturels , qui doivent leur existence aux philosophes $ les dieul allégoriques sortis du cerveau des poètes; enfih lea dieux nationaux ou municipaux que les diffërena peuples ont adoptés. Ainsi, tandis que les philosophes déifiaient les vagues conjectures que leur suggérait Tétnde erronée de la nature, les poètes tiraient leurs mythes des hblei et des allégories, et les peuples en itiventaient suivant leurs caprices. Maintenant où fhnt-il cherchd^ la vérité? Sera ce dans les conjectures des savansP mais qui dit conjecture , dit incertitude. Dans les Fables? ce ne sont que des contes honteux et dégoùtans. Dans Tadoption des peuples? mata une divinité adoptée n*est qu'une divinité passive , sans compter qu'elle est municipale, c'està-dire partielle. Les philosophes ne sauraient nous guider, parce qu'ils ne sont pas d accord entre eux; les poètes en sont indignes, parre qu'ils se traînent dans la fange; les peuples enfin ne peuvent nous montrer que des dieux passifs, des dieux de leur invention, des dieux qui se sont laissé fîaire. Or l'essence de la divinité, quand on Tétudie bien, est de n'être établie ni sur des conjectures , ni sur des faibles , ni sur l'arbitraire. On doit la concevoir telle qu'elle est : certaine , pUre et universelle , ou commune â tous. CSomment puis-je croire à un dieu, parée

TERTULLIEN

qu'un homme a soupçonné son existence, parce qu*un autre en a fait le sujet d'un poème, ou parce qu'une cité a voulu l'avoir ? Il est plus raisounable de ne croire à rien que d'avoir un dieu conjectural, un dieu dont on ait à rougir, ou un dieu adoptif.

H. Mais on regarde l'autorité des philosophes comme la source de toute science ; et pourtant la première preuve de leur ignorance , c*est la variété de leurs opinions. Sont-cebien des sages que ces ignorans qui ne connaissent pas le Dieu qui est le père et la source de toute vérité? Voyez plutôt comment s'exprime Salomon : a La crainte de Dieu , dit-il , est le commencement de la science.» Or pour craindre Dieu, il faut le connaître ; car comment craindre ce que l'on ne connaît pas? Celui donc qui craint Dieu, acquerra la connaissance de toute vérité, il aura la science pleine et entière. Certes, il n'est pas clair que les philosophes soient aussi avancés. Ils ont eu beau étudier tous les anciens livres sans excepter les nôtres où ils ont plus d'une fois puisé : s'inquiétant peu de la pure vérité , ils n'ont pensé qu'à s'approprier ces richesses en les défigurant ; d'où il est arrivé que chacun les changeant à sa manière, il en est résulté un déluge d'argumentations et de disputes où la vérité a été submergée et perdue. Tout ce que Ton peut distinguer dans ce chaos, c est qu'ils n'ont point représenté la vérité telle qu'ils Font trouvée, et que maintenant ils s'en disputent les lambeaux déchirés. Les platoniciens appellent Dieu le gouverneur, l'arbitre et le juge. Les épicuriens en font une espèce de nullité qui ne fait rien et ne s'occupe de rien. Les stoïciens le placent en dehors du monde; les platoniciens veulent qu'il soit en dedans. Biais ce Dieu en qui ils n'ont pas cru d'une foi vivifiante, ils n'ont pu le craindre, et par conséquent ils se sont dès Forigine écartés du commencement de la science, qui est la crainte de Dieu. Nous avons plus d'une preuve de leur ignorance et de leurs doutes. On demandait à Di(^ue ce qui se passait dans le ciel : «Je n'y suis jamais monté,» répondit-il. On lui demandait encore s^ily avait des dieux : cTout ce que je sais, dit-il. c'est qu'il serait fort bon qu'il y en eût. » Crésus demanda à Thaïes de Milet ce qu'il pensait des dieux. Il prit du temps pour refiéchir, et finit par ne rien répondre. Socrate paraissait presque

convaincu, quand il niait l'existence de to?t Tulympe. D'un autre côté il ne paraissait pas moins convaincu , quand il faisait immoler un coq à Esculape. Il n'est donc pas étonnant qu^il ait tant divagué sur la divinité. Comment aurait-il pu définir nettement ce à quoi il cropit à peine .^ Denisdivise les dieux en trois classes : ceux qui sont en évidence, comme le soleil, la lune, etc. Ceux qu'on ne voit point, comme Neptune; et enfin ceux qui ont été hommes avant d'être divinisés, tels que Hercule on Amphiarée. Arcésilas foit aussi trois espèces de dieux; les Olympiens, qui habitent le ciel invisible; les Astres, habitant le ciel visible; et les* Titaniens, ou dieux de la terre. Il dit que le ciel et la terre les ont tous engendrés, et que Saturne et sa femme Ops ont mis au monde Neptune, Jupiter et Orcus (Pluton ), d'où ensuite toute leur généalogie. Xénocrates n'en reconnaît que de deux sortes , les Oljrmpiens et les Titaniens, qui descendent tous du ciel et de la terre. La plupart des Egyptiens reconnaissent quatre dieux : le Soleil, la Lune, le Ciel et la Terre. Démocrite pense que les dieux naquirent en même temps que le feu primitif et supérieur. Zenon croit qu'ils sont de même nature. Là-dessus Varron appelle le feu «rame du monde,» disant que c'est le feu qui préside à tous les phénomènes cosmiques, comme chez nous l'âme préside aux phénomènes de la vie. 11 est impossible de rien dire de plus absurde. «Quand l'âme est en nous, dit-il, nous vivons; quand elle n'y est plus, nous mourons. Donc quand la foudre aura épuisé le feu cosmique, le monde mourra. »

m. Kous voyons donc que le système physique ou philosophique est réduit à regarder les élémens comme des dieux, puisqu'il en fait naître des dieux qui ne peuvent assurément avoir que des dieux pour pères. Cest ce que nous examinerons plus à fond en parlant des mythes des poètes. En attendant il faut dénxMitrer ce qui tient au sujet actuel , à savoir que les êtres qui sont nés des élémens ne sont pas des dienx, afin que Ton soît plus disposé à admettre que les élémens eux-mêmes n'en sont pas, vu que leur postérité n'est pas divine. De même en démontrant que les élémens primitifs ne sont pas dos dieux , il sera facile d'anéantir la prétendue divinité de toute leur généalogie.

AUX NATIONS

Oq admet que d'un dieu] il doit naître un dieo, et que de ce qui n'est pas dieu il ne peut Makrt rien de divin. Or, pour traiter sommairement la chose, le monde tout entier se compose tfâémens;cetout doit être de même nature 4|oe ses parties , et réciproquement ; en outre il Âot qu'il ait été construit par quelqu'un, comme ie veut le bon sens de Platon, ou bien par personne, comme le prétend la stupidité d'Épicure. S'il a été construit, il a eu un commencement, et par conséquent il aura une fin. Avant le commencement il n'était pas encore; après la fin, il ne sera plus; et je ne conçois pas un dieu qui manque de l'attribut essentiel de la divinité, c'est-à-dire de Téiemité qui n'a ni commoicement ni fin. Si d'un autre c6(é il n'a pas été construit, et qu'il faille le regarder oomme un dieu , parce que n'ayant pas eu de commencement il n'aura point de fin, pourquoi alors donner une génération à ses élémens, que Ton veut diviniser, puisque les stoïciens soofiennent qu'un dieu ne peut engendrer? Pùarqooi encore appeler dieux ceux qui sont nés des élémens, puisque ces mêmes philosophes démontrent qu'un dieu ne peutpas naître? Or ce qui est vrai du monde entier doit être vrai de ses parties et de ses élémens , c'est-à-dire du ciel, de la terre, du soleil, de la lune, des étoiles, du feu, etc., et c'est en vain que Varron nous propose de regarder tout cela comme des dieux , ou comme les parens des dieux qui ne peuvent avoir ni ancêtres ni postérité, puisqu'ils ne peuvent ni naître ni engendrer. Ce même Varron avait dit ailleurs que le ciel et les astres étaient des animaux. S'il en est ainsi , il faut qu'ils soient mortels, car la mort est la condition de la vie animale. Car bien que l'âme soit immortelle, Timmortalité n'appartient nullement au corpsauquel elle est jointe. Personne ne niera que le corps^ soit mortel. Nous voyons, nous touchons les corps, et notre expérience nous apprend que chaque jour il en manque qui existaient la veille. Si donc les animaux doivent nécessairement être séparés de leur àme et mourir, et que les élémens soient des animaux , les élémens mourront et par conséquent ils ne sont pas des dieux. Mais voyons un peu ce qui fiiit dire à Varron que les élémens sont des animaux. Cest parce qu'ils se meuvent. Il est vrai que bien d'autres choses se meuvent aussi, comme

les roues , les voitures , les machines. Mais il prévient cette objection en disant : qu'iUes regarde comme des animaux, parce qu'ils ont en eux-mêmes le principe de leur mouvement; et qu'on ne leur connaît aucun moteur extérieur, comme on en voit toujours aux machines. Si donc ce ne sont pas des animaux, ils ne peuvent se mouvoir par eux-mêmes. En indiquant si clairement ce moteur extérieur qui ne se voit pas, n'aurait-il pas dû voir que c'était précisément là ce qu'il fallait chercher? N'aurait-il pas fallu s'efforcer de découvrir quel est le créateur et le régulateur du mouvement? Parce que vous ne le voyez-pas, s'ensuit-il donc nécessairement qu'il n'existe pas? Plus une chose est cachée et plus nous devons nous attacher à l'étudier à fond; ce que nous voyons est bientôt connu. Si vous ne voulez admettre que ce qui se voit , pourquoi donc alors admettez-vous cette foule de dieux que vous ne voyez pas? Si tant de choses paraissent être , sans avoir d'existence réelle, n'y aurait-il pas aussi des êtres réels qui ne se montreraient pas? Je ne veux parler que du grand moteur céleste. Que vos élémens soient donc, si vous voulez, des animaux , parce qu'ils se meuvent par eux-mêmes; j'admets encore qu'ilsse meuvent par eux-mêmes! Parce que nous nous ne voyons pas celui qui les met en mouvement, s*en suivra-t-il que ce sont des dieux ? faudra-t-il regarder tous les animaux

comme des dieux? Gela est bon

pour des Égyptiens.

IV. Il y eu a qui vont jusqu'à dire que le nom même de dieu ou de 6eo< vient de Ocîv ou de ^tuo^cî qui signifient courir ou se remuer. Une telle étymologie n'a rien de bien majestueux; la course ne me semble pas le principal attribut de la divinité. Mais comme le Dieu unique que nous adorons s'appelle aussi Hoç et que, loin de courir , il est immobile et immuable comme il est invisible, il est clair que cette dénomination lui est propre et essentielle, et que tous vos dieux n'ont été nommés 6icû; que par imitation et par empiétement sur les droits du vrai Dieu et non ^ cause de leur agilité. Vous donnez ce même nom à ceux que vous foirez tout les jours; vos Termes immobiles ne sont-ils pas aussi des 6ioûç? D'ailleurs vous appelez ôsoi même vos dieux universels dont vous ne regardez pas le mouvement comme une attribution

TERTILLIF-N.

CMCfitidle. En donnant ce nom à vos dieus im- ^ flMihUes, TOUS détruisez complètement cette prétendue étymok^ie qui veut que ia divinité tienne au mouvement et i la course. Si d autre ■ part œ nom est le nom propre de la divinité, a'il eit primitif et non dérivé , et s'il appartient à notre Dieu, sachez que , pour qu il convienne •ui vôtres, il faut qu'ils puissent justifier d'une \ communauté d'essence et d'attributs. Or notre Dieu étant essentiellement invisible ne peut avoir rien de commun avec tout ce qui tombe sous DOS sens. Le bon sens naturel suffit pour dis! in* goer ce qui est occulte d^avec ce qui est manifeste , et les élémens sont invisibles et sensibles. 8i Dieu n'a jamais été vu de personne, comment pouvez-vous lui assimiler ce que toute le monde voit et sent ? Puisque vous ne pouvez joindre Dieu et les élémens ni par la sensation ni par la raison, pourquoi leur donner un nom commun, comme s*ils étaient de même nature, comme s'ils étaient doués de la même puissance? Vous voyez que Zenon du moins a cru devoir séparer Dieu de la matière cosmique , dont il Feilrait à peu près comme on extrait le miel des rucbes. Dieu et la matière sont donc deux mots qui re* présentent deux idées différentes. La différence des noms indique une différence dans les choses. Le mot même de matière démontre qu'il existe autre chose que des dieux. Et si la matière n'existait pas, comment existeraient les élémens qui en sont formés? Et si la matière est autre que Dieu , comment les élémens matériels sontils devenus des dieux, eux qui ne sont qu'une partie de la matière? ftlais qu'ai-je à faire avec tous ces argumens de pliilosophes et de physiciens? H aurait fallu prendre lé monde tel qu'il est et remonter jusqu'à son auteur par une patiente analyse, et non partir de Tinoonnu pour tomber daim Tincertain par une trompeuse synthèse. IJn certain rêveur ne voit dans le monde qu'une lonna carrte qn'un compas a changé en cercle, et ce cercle est sans tête comme sans issue. i£picure, après avoir dit que ce qui est au-dessus de nous doit être pour nous comme s'il n'existait pas, s'avise de lever les yeux au ciel, et n'y voit que le soleil à qui il donne un pied de diamètre. On était encore dans ce temps*là très-frugal en parlant dcacieux. Plua lard , on devint plus ambilicm, êl le soleil an profita. Les péripatélîdetts voulurent bien reconnaît re que les astres étaient

beaucoup plus gros qu'on ne I avait pensé. De bonne foi , dites-moi ce que signifient tontes ces folles coiûectures ? Que prouve cette affectation de gravité et d'austérité , avec tous ces beaux discours aussi pompeux que vides ? Aussi Thaïes de Milet méritait-il bien de tomber dans un puits en examinant le ciel et de prêter à rire à cet Égyptien qui lui dit : • Tu ne vois pas ce qui est à tes pieds et tu veux savoir ce qui se passe làbaut?» Thaïes au fond de son puits est le type de ces hommes qu'une vaine curiosité pousse i étudier la nature sans penser à son auteur; ils sont dans le vide, et resteront dans le vide.

V. Venons maintenant à une opinion plus ^ raisonnable et qui semble découler du senscom — mun et de la simple bonne foi. Varron lui-même^ ne Ta pas oubliée, tout en disant que Ton a gardé les élémens comme des dieux , parce qi rien ne peut s'engoidrer ni s^accroltre sans eux ^ puisque c'est de leur combinaison que résul — tent les corps et même la vie , et que ce sont eoïc: qui rendent la terre habitable, du moins dans Isk zone tempérée. Voilà pourquoi on s'est mis à le» adorer : le scrieil , parce qu'il nous éclaire , qn*il roftrit nos moissons et mesure les années; la lune , parce que sa douce lumière nous console de l'absence du soleil et qu'elle mesure les mois; les autres étoiles aussi , qui concourent avec le soleil à marquer les temps et les saisons. Enfin on adora le ciel , parce qu'il est au-dessus de tout ; la terre, parce qu'elle semble soutenir tout ; et l'on finit par diviniser tout ce qui pouvait être dequelque utilité à l'homme. Ge ne Ait pas seulement par des bienfaiits, ce fut aussi par des actes de colère apparente , que les élémens firent croire à leur divinité. I>es hommes crorent les avoir offensés , quand ils furent épouvantés par la foudre ou par la grêle; les sécheresses, les inondations, les vents pestilentiels, les irruptions volcaniques et les tremblemens de terre, furent regardai comme les résultats de leur colère et de leur vengeance. Il n'est pas très -étonnant que l'on ait adoré comme des dieux des êtres que Ton doit honorer dans la prospérité et craindre dans Tadversité, et qui peuvent nous faire tant de bien et tant de mal. Bien qu'il y ait de la vérité dans tout cela , il n'est {Miurtant pas d'usage de mmitrer de la reconnaissance ou de la rancune aux choses mêmes qui nous font du bien ou dn mal ; c'est à l'agent moral que nous adressons

AUX NATIONS

noa remerclmena oo nos malé- Daos vos festins, vous n'acljugez pas le prix et la couronne à la flftte ou à la cithare ; mais bien à l'artiste qui les a fait vivre sous ses doigts. Le convalescent ne rend grâce ni aux onguens ni aux pilules; mais bien à son méde* dn, dont la science a prescrit ces remèdes et les a administrés. De même celui qui est blessé par le fer ne s'en prend pas à Fépée ni à la lance ; mais bien à Fennemi ou au brigand qui l'a attaqué. Ceux qu'une chétive cabane ne peut abriter contre rincléraenc? des saisons n'en maudissent pas les fentes et les crevasses ; ils se plaignent de la vétusté de leur pauvre domicile. Le marin n'attribue pas son naufrage au rocher contre lequel son navire s'est brisé , mais à Touragan qui l'y a poussé; et il a raison, car tout ce qui le fait doit être attribué à Tagent et non à l'instrument. Tout phénomène nous offre ces trois choses à étudier : le fait en lui-même , la cause , riDStrument. 11 est bien plus important de connaître l'être qui veut qu'une chose se fasse , que de oomialtre l'instrument qui peut Taccomplir. Aussi, dans toutes les circonstances dont j'ai parlé , vous avez raison de remonter à l'auteur; mais en philosophie, votre méthode est contre nature, vous oubliez votre sagesse ordinaire, vous ne pensez pas à Fauteur, vous ne regardez que Finstrument ; oubliant la cause , vous cherchez le moyen, et voilà comment il vous est arrivé de croire à la puissance des élémens: vous les avez pris pour des maîtres pendant qu'ils ne

sont que des esclaves Or les dieux

ne doivent point servir ; donc ceux qui servent ne sont point des dieux. On en.seigne d'ailleurs que l'absence d'une volonté supérieure engendre la liberté; que la liberté engendre le pouvoir, et que c^est du pouvoir que dérive Fidée de divinité. Si donc les astres roulent sur nos têtes d'après des lois certaines, si dans les mêmes temps ils sont obligés de parcourir les mêmes orbites, ils sont soumis à une règle constante

cpii les domine ( Neuf lignes in-

comprélieduibles. )

VI. Allons, dq courage et de la franchise, convenez avec nioi que la Divinité ne court pas comme up esclave hémérodrome , mais qu^av contraire, elle est stable et Immuable, et qu'il est impossible de la diminuer, de la hâter ou de la relarder; elle ne serait pas souverainement

heureuse si die pouvait souffrir quelque chose. Or les astres s'entre-éclipsent et Fastre éclipsé confesse son infériorité. La lune , par sa croissance même, avoue combien elle a perdu pendant le mois précédent ; souvent vous avez regardé dans un baquet d'eau pour la voir disparaître pendant une éclipse. Le soleil lui-même n'est pas exempt d'un tel accident , comme le savent les mages et les astrologues. Faites vos systèmes comme il vous plaira, un dieu ne peut-être ni effacé ni anéanti. Que la science humaine entasse sophisme sur sophisme; elle ne manque ni d'art ni d'éloquence ; mais aux yeux de la nature et du bon sens, c'est celui qui dit la pure vérité qui doit passer pour le meilleur orateur.

Vil. Quiconque voudra étudier avec sincérité la nature des choses s'apercevra bientôt que tous ces élémens et ces astres sont gouvernés par quelqu'un , qu'ils ne se meuvent pas d'euxmêmes, et que par conséquent ils ne peuvent être des dieux. S'il faut que nous tombions dans l'erreur, j'aime encore mieux me tromper comme le peuple en toute simplicité de cœur, que de tant étudier pour n'arriver qu'au mensonge. Mais errons plutôt encore avec les philosophes qu'avec les poètes ; ceux-là attribuent la divinité à ce qu'ils regardent comme supérieur à Fhomme, soit par la position , soit par la force ou la grandeur : en cela, ils s'approchent en effet de la Divinité. Mais les dieux des poètes, je ne sais en vérité s'ils ne sont pas même au-dessous de l'humanité , comme ce Mosphus d'Afrique et cet Amphiarée de Béotie. Disons un mot en passant de cette espèce de dieux , dont nous parlerons une autre fois plus amplement. 11 est évident d'abord que ces dieux ont été des hommes et que c'est pour cela que vous les appelez quelquefois des héros et non pas des dieux. Qu'ajouterai-je & cela? rien, si ce n'est que si la divinité devait être donnée à des mortels, on aurait pu mieux choisir. De nos jours encore, vous souillez le ciel quand vous en faites le cimetière de vos rois et de vos empereurs. Encore si vous n'accordiez les honneurs de l'apothéose qu'aux plus vertueux , aux plus justes et aux plus pieux , vous pourriez consentir à prêter un peu au ridicule, en jurant par de tels hommes ; mais loin de là , ce sont les in^lians et les Impies qui accaparent toute la gloire de ce monde; ce sont eux dont les statues sont portées en procession

TERTULLIEN

et dont les images sont empreintes sur les monnaies Vous avez en horreur les pauvres, les exilés, les malheureux, ceux qui sont d'humble naissance, et qui ne brillent pas par leur position sociale; mais vous élevez aux nues les incestueux , les adultères , les ravisseurs et les parricides. Je ne sais en vérité s il faut rire ou se fâcher, en voyant des dieux qui ne méritent pas même le nom d'homme. Combien cette mytholop,ie poétique ne vous embarrasse-t-elle pas quand il est question de défendre la pudeur ! Que de misères et de turpitudes vos poètes n'ontils pas mises sur le compte de vos dieux ? Vous voustirezd'affaire comme vous pouvez, en disant que ce ne sont là que des licences poétiques; mais on ne fait pas habituellement cette subtile distinction. Non-seulement ces licences ne vous effraient point, mais vous les honorez, en les reregardant comme une partie nécessaire de Part. Cest avec cette poésie mythologique que vous formez Tesprit de votre jeunesse. Platon voulait qu'on chassât de la république les poètes qui calomniaient les dieux; c'est fort bien, mais il aurait fallu commencer par Homère et le mettre à la porte avec sa couronne. Si vous admettez chez vous les poètes et si vous les y tenez en honneur, pourquoi ne croyez-vous pas aux contes qu'ils vous fbnt sur vos dieux? Si vous y croyez, pourquoi adorez-vous de tellesdivinités? Si vous ne les adorez que parce que vous ne croyez pas aux fables que débitent les poètes, pourquoi honorez- vous ainsi les poètes menteurs? Ne craignez-vous pas, en agissant ainsi , d'irriter vos dieux calomniés? «Certes, dites-vous, on ne peut exiger d'un poète une scrupuleuse attention à la vérité.» Mais vous admettez vous-mêmes que tous ces dieux ne le sont devenus qu'après leur mort : donc vous avouez qu'ils étaient hommes auparavant. Or, s'ils ont été hommes, qui est-ce qui me répondra qu'ils n'ont pas été souillés par les faiblesses et par les vices de l'humanité? Vous prétendez ne pas croire vos poètes, et cependant vos cérémonies religieuses ellesroèmesdémontrent que vous lescroyez. Pourquoi faites-vous enlever la prêtresse de Gérés, si ce n'est |)arce que vous admettez que Gérés elle-même a été enlevée ? Pourquoi immoie-t-on à Saturne les enfants des autres? C'est parce qu'on croit qu'il n'a pasépai);né les siens. Pourquoi mntilet-on un mâle en l'honneur de Gybèle? N'est-ce

pas parce que l'on admet qn'un capricieux jeune homme s'est fait cette opération de dépit d*avoir été frustré dans l'accomplissement de ses désirs? Vos rites m'offriraient mille autres preuves de votre croyance. ( Quatre lignes incomplètes.)

Vlll. H nous reste à parler de ces dieux nationaux que les peuples se sont faits par caprice, ou qu'ils ont admis sans aucun examen, sans-aucun égard pour la vérité. Je pense que Dieu doit être connu partout , présent partout, tout*puissant partout, enfin adoré par toute la terre, puisqu'il fait du bien à tous les hommes. Lors donc que ceux-là mêmesqui sont le plus généralement adorés ne peuvent pas faire preuve de divinité , que dirons-nous de ceux qui ne sont pas même reconnus de leurs propres concitoyens? Sur quelle autorité appuyer cette théologie , qui n'a pas seulement pour elle l'appui de la renommée ? Combien d'hommes n'ont jamais entendu parler de TAtargatis des Syriens , de la Gœleste des Africains, de la Varsutine des Maures, de l'Oboda et du Dusaris des Arabes , du Bélénus des Noriens, et de cette multitude infinie dont parle Varron , comme le Del ventinum des Gasiniens, le Visidiavum des Narniens , le Numentinum d*Athènes, TAncharia des Esculasiens, et de tant d*autres, dont les noms neutres indiquent une espèce au-dessous de la nature humaine? Je ne puis m'empêcher de rire en voyant tous ces dieux décurions qui sont si fameux dans leur municipalité et dont la gloire ne dépasse pas les limites de leur village. Pour savoir jusqu'où a, été poussée cette licence de se donner des dieux à sa guise, il faut étudier les superstitions des Égyptiens, qui se sont fait des dieux de leurs animaux domestiques, n'ayant pas assez sans doute du crocodile et du serpent. G*était trop peu aussi d'avoir divinisé un homme; je veux parler de celui que non-seulement TÉgypte et la Grèce, mais encore l'univers entier et particulièrement l'Afrique a reconnu pour un dieu ; c'est Sérapis. Or ce Sérapis fut un certain Joseph de la race des saints; il était le plus jeune , mais le plus juste de ses firères , qui , par jalousie , le vendirent à un marchand, qui l'emmena en ^fïyptc 9 où il devint l'esclave du pharaon des Égyptiens : là, il devint l'objet des désirs impudiques de la reine, et ne voulant pas y céder il fut calomnié et jeté en prison, où TEsprit- Saint

AUX NATIONS

lui fit eipliqaer plusieurs songes fort difficiles. Vers cette époque, le roi lui-même eut deux too|;e8 terribles; il fit rassembler (eus les sages poor tes lui expliquer, mais n'étant point satisfait, il fit sortir Joseph de sa prison et les lui raconta. Celui-ci apprit au roi que les sept vaches ' passés qu^il avait vues en songe représentaient sept années d*une grande abondance, et que les sept vaches maigres qui étaient venues ensuite , aoQODçaient un même nombre d'années de disette. Il recommanda donc au roi de ramasser da blé dans des greniers pendant Tabondance , afin de ne pas souffrir ensuite de la famine. Le îm eut confiance en lui ; le résultat confirma toujours les prédictions de Thomme sage et saint. U pharaon chargea José; h lui même de Fapprorisîonnement de lËgypte. Le peuple le sur- JMMnniaSérapis, à cause du diadème en cheveux 9Qi formait sa. coiffure. Ce diadème avait et a encore la forme d'un boisseau , c'était Fembléme deses fonctions, il exprimait que le soin des approvjsionnemens reposait sur sa tête; les épis <|oi Tentoarent rendent cette explication on ne |)eut plus satisfaisante. Les Égyptiens Tout représenté avec un chien sous sa main droite , pour iDontrer avec quelle bonne volonté ils lui ont obéi: ils lui donnent pour femme Pharia, que son nom semble indiquer comme une fille de pharaon, qui, pour mettre le comble à ses faveurs, lui donna sa fille en mariage. Plus tard , quand les Égyptiens se mirent à adorer les hommes et toutes sortes de bêtes, ils s'avisèrent de réunir les têtes de Joseph et de Pharia sur un >eul corps, qu'ils appelèrent Anubis; mais cette ridicule monstruosité ne représente réellement plus que le caractère bizarre et abruti de cette nation avilie par la gourmandise et la débauche, toujours en guerre avec elle-même ou avec les autres , sans cesse révoltée contre ses maîtres et méprisée par les étrangers.

IX. Nous avons traité séparément des principales divinités des trois espèces; nous avons suffisamment démontré la nullité des dieux philosophiques, poétiques et municipaux; mais il est encore une source de superstition qui ne vient ni des philosophes, ni des poètes, ni des provinces, mais de la domination universelle de Rome , qui réclame du monde entier l'adoration pour ses dieux. Nous allons donc attaquer cette cause particulière d'erreur, et portant la hache

dans cette forêt de superstition , nous mettrons à nu la racine du mal , que cachent encore ses vastes rameaux. Varron reconnaît encore deux espèces de dieux romains , à savoir : les incertains et les élus. Jusqu'où va la folie des hom* mes! Qu'avaient-ils besoin de dieux incertains s'ils en avaient de certains ? Mais il fallait qu'ils copiassent toutes les inepties des Athéniens , et à Athènes, il y a un autel élevé aux dieux inconnus. Il paraît que l'on peut adorer ce que Ton ne connaît pas. Et s'ils avaient des dieux dont ils fussent sûrs, pourquoi en ont-ils élu ou choisi d'autres? Ils auraient dû se contenter de ceux qu'ils avaient. C'est un sacrilège de choisir des dieux comme on trille des oignons, en rejetant ceux qui sont pourris. Nous aimons mieux distinguer les divinités romaines en dieux communs , c'est à dire que les autres peuples adorent, et en dieux propres, ou qui ne sont reconnus que des Romains. Ceux-ci sont ou étrangers ou publics; les autels en font foi. I^s étrangers se trouvent réunis dans le temple de la déesse Carna , qui préside aux entrailles , et les dieux publics sont dans le Capitole. Quant à leurs dieux communs, tant philosophes que poétiques, nous en avons déjà assez parlé ; parlons donc de

leurs dieux particuliers Nous ne

savons que penser des Romains. Aucune nation n'a admis tant de sources de nouvelles superstitions; ils reconnaissent jusqu'aux dieux des nations vaincues. Distinguons encore deux espèces : les hommes divinisés et les dieux qui sont nés ensuite de ces hommes dieux. Gomme ils prétendent qu'ils n'ont décerné les honneurs de l'apothéose qu'à des hommes qui en étaient dignes , il faut que nous répétions ce que nous avons déjà dit : que la plupart de ces héros ne valaient pas grand chose. Ils font grand cas de leur père Énée, soldat sans gloire, qui fut blessé d'un coup de pierre comme un chien, blessure fort peu honorable assurément. Moi je dis qu'Énée fut traître à sa patrie aussi bien qu'Anténor. On ne veut pas reconnaître cette vérité, mais qu'on pense donc que ce demi-dieu, qui s'échappa de sa patrie en proie aux flammes et abandonna ses compagnons d'armes , est bien au-dessous de cette femme de Carthage qui, loin de chercher son salut avec son mari qui adressait à l'ennemi des supplications dignes de la lâcheté d'Ënée, prit ses enfans, non pour

TERTULHEN.

fuir, mais pour se jeter avec eux dans les flammes de riacendie de Garthage , comme pour embrasser encore sa patrie mourante. Le pieux ^née, lui, abandonne le vieux Priam et toute la famille royale ; il ne pense qu'à son unique enfant , et à ce vieil Invalide d'Anchise, à qui il sacrifie tous ses devoirs de citoyen, ce qui devrait surtout le faire mépriser des Romains, qui se sont toujours vantés de mettre le salut de leur patrie au-dessus de toutes les considérations de famille. Le fils de Vénus devient un dieu , sans que Vulcain y mette opposition , ni que Junon s'en étonne. Vous avez mis dans le ciel jusqu'aux chevaux de vos ancêtres; que a'y avez- vous mis plutôt ces deux jeunes Argiens, qui, pour conduire leur mère au temple , s'attelèrent eux* mêmes à son char , parce qu'elle manquait de bœufs? Pourquoi n'y avoir pas mis cette fille si pieuse, qui vint nourrir de son lait son vieux père en prison? Qu'a donc fait Énée de si glorieux? C'est sans doute de ne s*être montré nulle part au combat de Laurentum, d'où il prit la fuite comme un lâche déserteur. Romulus le fratricide est devenu un dieu après sa mort ; ce fut sans doute pour avoir enlevé les filles étrangères et pour avoir percé de sa lance la poitrine de leurs pères qu'on en a fait le dieu Quirinus, le dieu de la lance ! Et Sterculus , qu'a-t-ii fait pour monter au ciel? il a mis du fumier sur la terre ! Augias en avait fait bien d'autres ! Si Faune , fils de Picus , était fou, il s'agissait de le guérir et non de le diviniser. La fille de ce Faune était tellement chaste, dit-on, qu'elle ne voulait pas même parler à des hommes ; cela tenait peutêtre à son caractère sauvage ou à la conscience de sa difformité, ou bien encore à la honte qu'elle ressentait de l'infirmité de son père. Mais s'il vous fallait une bonne déesse, que ne preniez-vous plutôt Pénélope, qui conserva sa chasteté au milieu même de ses nombreux amans , qui avaient tant de titres à son amour? Plotius est au ciel, parce que c'était un roi qui accueillait bien les étrangers, c'est fortbiep ; mais Ulysse aurait pu vous recommander aussi cet excellent AlcinoCis ; cela' vous aurait fait un dieu de plus. Mais je me bâte d'arriver à ce qu'il y a de pire. X. Vos ancêtres n'ont pas eu honte de diviniser Laureotina. Cette vile courtisane vous a sans doute rendu un service puisqu'elle a nourri Romulus ; oa l'appelait Lupa, la louve , à cause

de ses vices honteux; elle a encore le mérite ] d'avoir été l'amie d'Hercule, et d'Hercule d^ i mort , c'est-à-dire déjà dieu. On raconte en dF- ^ fèt qu'un des gardes du temple d'Hercule, ne sachant conmient tuer le temps , s'avisa déjouer à la fossette avec son dieu ; faute d'un meillev compagnon , il jouait avec une main pour ton compte et avec l'autre pour celui d^Hercule. Il avait ainsi arrangé les enjeux : s'il gagnait, il devait prélever sur les offrandes faites à Her> cule de quoi faire une petite orgie avec me courtisane; si au contraire, il perdait, il s'eagageait à payer à souper à Hercule et à lui foiB^ nir une femme pour la nuit. Ce fut Hercule qm gagna (ajoutez cela si vous voulez à ses doue travaux); le garde lui amène la courtisane Lanrentina. Ce fut le feu de l'autel qui dévora le souper; Laurenlina passa la nuit seule dans le temple. Le lendemain elle se vanta d'avoir Mt son métier avec le dieu ; peut-être son imagtiation échauffée le lui fit-elle sentir dans ses rêm agités. En sortant du temple le matin, elle ht désirée et obtenue par un jeune homme appdé

Hercule Aussitôt tout le monde de

s'écrier que cette femme était l'amie intime do dieu; on lui .donne des terres, on lui doDue l'immortalité, à elle et à ses filles, et l'on piétend que de toutes les femmes d'Hercule, die est la plus chérie , probablement parce qu'elle est la plus riche. Après de tels exemples, obtcun peut bien espérer une petite place dans l'Olympe. C'était bien la peine vraiment de disputer la divinité à ce pauvre Antinofks, sous prélcite que Ganymède était plus beau que lai, et plus cher à son céleste amant ! Le ciel est ouvert aux morts; vous avez fait un grand t^emfai des enfers aux astres, tout le monde peut y monter , et quand vous y envoyez vos rois vous ne leur faites vraiment pas grande faveur.

XI. Mais vous ne vous contentez pas de pren* dre pour dieux des hommes qui , autrefois du moins , ont eu une existence réelle, des hommes que l'on a vus, que l'on a touchés, qui ont parlé et agi ; il vous platt encore d'extraire des choses et des actions humaines je ne sais quels fantômes incorporels et intangibles qui n'ont qu'une existence étymologique. Vous en faites une foule de dieux, auxquels vous donnez Ui tutelle de tous les instans de votre vie , à commencer par la conception , à laquelle préside Gonsé-

AUX NATIONS

MI9 k dtett des Mmençaiiles matrimoniales; Miliiisiiite la déesse Fluviona qui est chargée Itaoïidaire le germe au lieu qui lui est propre ; nuunnus et Sentious lui donnent la vie et le sentaent jusqu'à ce que Jupiter ou Diespiler, le iiMida jour, le mette à la lumière. Mais^seul, il RSSttiBniit pas à une si grande affaire; aussi, ID lui • donné pour aide la déesse Gandeliféra , pme qu^on avait coutume d'accoucher à la Gkmddle. Si Tenfont se présente mal,onin« nque la déesse Prorsa qui doit le pousser en naoL Eflatus le livre à Farmus, qui le passe Isa Qourriae et à la déesse Albana qui pré- Ua au lait, pendant que Rucinia Tempéche d V QÎr le hocquet. Certes, ces chers petits ne doimt jamais manquer de rien. Un peu plus tard, oliiia lui donne à boire; Éduca le barbouille e bouillie. Quand Tenfont peut se tenir sur ses jnbet, il est sous la protection de Statina, jusii*à ce qn'Abéona le mène, se promener et que loiiiidttca se charge de le ramener à la maison. lais défjà la déesse Ëdéa se charge de lui garnir I mâcboire pour qu'il pu isse casser des noise ttes ; !>ili pour le physique. Au moral, Volumnus est I dieu de sa volonté; Pavenlina le rend peusoi; Vénilia lui donne Fespérance; Voiupia réaide à ses plaisirs; Prsestitia lui fait rempor- T des prix à l'école. Ses actions sont dirigées ar Péragénor, et ses pensées par le dieu Gon* tt. Quand Tadolescent prend la toge , il se met MIS la protection de Juvcnta qui , quand il sera evenu homme, Tabandonnera aui soins de la ortune Barbue. Et quand il se marie, c'est bien itre chose , vraiment. Afférenda s'occupe de la irbeille et de la dot; Mutunus et Tutunus font or affaire de certaines choses qui sont sensées \ passer en secret des deux côtés. Le soir du mv des noces , on invoque Pertunda : a Le dieu iibigus et la déesse Prema ont aussi leur ofce marqué dans tous les actes de cette céré- KUiie. 1 11 n'est pas un geste , pas un root , pas ne pensée des nouveaux époux , qui n'ait un ieu pour Tinspirer ou Taider... Épargnez-moi le sste. On laisse enfin les époux prendre en paix iurs ébats, en faisant pour eux des vœux dont I devraient rougir.

Xll. 11 fallait dire jusqu'où vous êtes descendus our chercher des dieux , afin de montrer toute steuduc de voire turpitude. Faut-il maiuleml rire de votre folie, ou s'irriter de votre

aveuglement? Je ne puis tout dire, et quel didx pourrais-je faire? Parlerais-je de vos grands dieux ou de vos petits P des anciens ou des nouveaux P des dieux mâles ou des dieux femelles? des célibataires, des dieux mariés, ou de ceux qui font pis que de Tètre P des dieux actifs ou de ceux qui ne font rien? commencerais-je par les dieux de ville ou par ceux des cliamps? par les nationaux ou par les étrangers ? U y a parmi eux tant de races , tant de femilles qu'un recensement exact est à peu près impossible. Nous donc qui voulons démontrer que tous ces dieux n'étaient que des hommes, nous examinerons seulement ceux qui passent pour leurs ancêtres communs. D'après le premier fondateur, nous jugerons toute sa postérité. Je crois que vous regardez Saturne comme le père de tous vos dieux ; je sais bien que Varron regarde Jupiter, Junon et Minerve comme les plus anciens des dieux ; mais nous ne pouvons cependant pas oublier que les enfans doivent être plus jeunes que leurs pères, et que par conséquent Saturne doit avoir devancé Jupiter comme le Ciel a devancé Saturne , car le Ciel et la Terre sont les parens de Saturne ; je ne cherche pas à remonter plus haut. Il parait qu'ils ont été longtemps célibataires avant de se marier et d'avoir des enfans. Au foit, il fallait une longue adolescence pour préparer un âge nubile d'une fécondité aussi prodigieuse; enfin après que la voix du Ciel eut mué et fut devenue plus mâle, et que la gorge de la Terre se fot un peu arrondie, ils se marièrent. Le Ciel sera sans doute descendu vers son humble fiancée , ou bien la Terre aura sauté jusque dans le lit de son noble époux; enfin, de quelque manière qu'ils s'y soient pris, la Terre devint enceinte et accoucha du mont Alhos, œuf merveilleux d'où sortit Saturne qui devait beaucoup ressembler à son père où à sa mère. Saturne fut donc leur fils aîné; ils ne lui donnèrent qu'une petite sœur qui fut nommée Ops; puis ils cessèrent d'avoir des enfans. Il faut vous dire que Saturne, pendant que sou père le Ciel dormait, vint le dépouiller des organes delà virilité; voilà pourquoi depuis ce Umps le masculin Gœlus est devenu le neutre Gœlum. Vous comprenez bien que s'il n'eût d'abord été masculin, il n'aurait pu être père. Je ne sais trop où Saturne a trouvé un couteau |iour mutiler son père, car Yukain n'avait (Mseueore

TERTL'LLIEN.

établisa Forge. La Terre se trouva donc pour ainsi dire veuve; mais quoique jeune encore, elle ne voulut pas se remarier ; ce pendant elle se laisse embrasser par IX)L'éan, quoique cet amant seule un peu la saumure, mais on s'accoutume i tout. Saturne fut donc le fils unique du Ciel et de la Terre; quand il commença â avoir un peu de pwl Follet au menton , il épousa sa struT Ops. Dans ce temps là les lois ne sévissaient pas plus contre l'infiaDiicide que contre l'inccsle; il put donc tout i son aise manger ses petits garçons, Peul-itre valait-ii mieux qu'il les dévorât luimteie que de les exposer 3 être mangés par les loups, car il avait lieu de craindre que ces animaux n'eussent pris des leçons de la feus paternelle. Jupiter naquit et ^t soustrait â l'avidité de smi père qui avala une pierre â sa place. Moyennant cet ingénieui stratagème, Jupiter put grandir en cachette ju'qu'à ce qu*il devint assez Fort pour détrOner son père. Voilà le patriarche devosdieuxlel qu'il est issu du cîel et de la terre à l'aide de ces excellentes sages-femmes que l'on appelle vos portes. Il y a des liommes qui trouvent charmant de ne voir dans tout cela que des allégories; ils disent que Saturne signifie le temps qui est réellement fils du ciel et de ta terre puisque, sans les mouvemens de l'un autour de l'autre, nous n'aurions aucune idée du temps. Si Saturne a mutilé son père, c'est que le temps détruit tout; «c'est encore pour cela, disent-ils, qu'on le représente comme dévorant ses propres enFans, parce que le temps détruit tout ce que lui-même a élevé. » Ils en appellent encore à l'étj'mologie , car Saturne s'appelle en grec Ghronns; son nom latin exprime un être qui se rassasie, qui se sature, qui dévore tout. Enfin , oa le regarde comme ci^ateur, parce que c'est le Temps qui fait descendre du cîel sur la terre les principes de sa fécondité. On lui donne pour épouse Ops, ou Faculté, allégorie purement philosophique qui siguifle que sans faculté, rien ne peut se f^ire. Entendons-nous donc , s'il vous plaît : il est question de Saturne, ou bien il a'agitduTempsjchoisissei. mais ne parlez pas de tous deux ensemble. Qui vous empêchait d'adorer le Temps sous son propre nom? ce n'est pas cela assurément qui ^-ous e&t empêché d'adorer aussi l'homme ou son image sons le nom de Saturne, sans le confondre avec le Temps. Que veulent ces captieux interprètes, si

ce n'est couvrir leurs mensonges de vains »■ pbismes.^CeluiquiinvoqueSatunie ne pense |H au Temp);,et vous qui voulez en f«ire le Temp^ vouK niez qu'il ait été homme : or rien dans la anciennes traditions n'est plus authentique qx l'existence de Saturne. Libre à vous de dm Faire de vains fanldmes de ce qui n'a januii existé ; mais là où il y a un fait, vous n'êtes jm libres de l'altérera plaisir. S'il est certain qo'ili existé un homme nommé Satnrne, vous atm beau faire, celui que vous êtes obligés de reeiBnaltre pour un homme ne sera januiis un diot, et surtout ne sera pas leTemps. Vos livres |iK> lent à tout moment des recensemens hits par b roi Saturne. Cassius Sévénis , Goniélins Népoi, et Tacite chez les Romains, Diodore din kl Grecs, tous ceux enfin qui se sont occspà d'antiquités reconnaissent qu'il a r<gné sur iV talie. Ce pays est encore tout empreint des vttliges de son règne. Après avmr Toyagéds» l'Attique et dans bien d'autres pays, Satnm s'établit dans l'Italie, qui s'appelait alors JEaotrie , où il fut accueilli par Janus que d'aditi nomment Jane. Ij colline sur laquelle il fixa a demeure s'appelle encore le mont Saturnin; h ville qu'il fonda se nomme Satumina. En Italk on retrouve Saturne partout ;cette terre, qni est maintenant la reine de l'univers, porte ttnoignage en Faveur de son existence. Ou necon naît pas sa naissance; cela n'empêche pts qal ses actions on ne l'ait reconnu pour un hoDUDe. S'il était homme, c'est qu'il était né d'ont Femme, et non du ciel et de la terre. Mail quand on ne reconnaît pas soi-même ses parew, il est facile de se dire enfuit des dieni. Chacun peut même à juste titre en dire antanL lÏK reconnaissance instinctive nous porte i appda la terre notre mère , parce qu'elle noos noniriL Souvent aussi on dit d'un incoonu qa'Q at tombé du ciel; quand nous ignums l'oriipiii d'un peuple, nous disons qu'il est Indigène, H enfant du sol. Je ne parle pas de la ces vieux lemps.'où les hommes coco et ignorans étaient fecites i ont dû presque naturellement r^uder eoant dieu un étranger qui s'est hit lear roi, pnb»blement le premier qu'Usaient eu. Si je m'arrête si longtemps sur Saturne, c'est parce qu'il passe pour le père de tous les autres dieux, qui ne seront plus que des homates dès

s queM||

DE LA COURONNE DU SOLDAT

prouvé que lui même ne fui rien de plus. ivant d'en finir, je veux invoquer le (émoifMge de la littérature divine qui remporte en Miqoité sur toutes les autres , car la sibylle est .Mérienre à tous vos poètes. Je parle de cette lUdique prophétesse dont vous avez recueilli jn iiaroles pour les mettre dans la bouche de sibylles d'enfer. Il y a dans ses livres un qui parle ainsi de Saturne et de sa généa- JVie : «Lors de la diiième génération des kmaies^ à partir du déluge, régnaient Saturne, Ikaii et Jamfet , les plus braves enfans du cid et de la terre. » Vous trouverez peut-être j -la dtatîoa bien vieille, mais elle n'en est que lias rapprochée dé Tépoque de Saturne et parcooaéqaent elle n'en est que plus croyable.

XIIL Mais en voilà assez sur Saturne et sa lignée. U est bien démontré que ce fut un homme, ee qui prouve en même temps la même chose

de toute sa postérité en masse , sans qu'il soit nécessaire de discuter les titres de chacun de sesdescendans; tels ancêtres, tels petits-fils. Les mortels n'engendrent que des mortels, ce qui est de la terre n'enfante pas ce qui est du ciel

( Dans les six pages qui suivent, il y a tant de lacunes, qu'il est à peine possible de comprendre quelques phrases çà et là ; Tauteur montre que les histoires scandaleuses de Jupiter et d'Hercule n'auraient jamais dû être attribuées à des dieux. 11 revient sur plusieurs argumens déjà développés , et finit par dire que les dieux adorés dans les différens empires des Assyrieos, des Mëdes, des Perses et des Égyptiens , n'ont pu prolc^ger ces monarchies plus que Junon n'a pu conserver sa chère Garthage. C'est le tour de l'empire Romain; que deviendra-t-il? Celui-là seul le sait, qui gouverne le monde, etc., etc.)

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