MAI
DE LA COURONNE DU SOLDAT
L Ces jours passés les três-excellens empereurs ^ ont fait largesse. Les soldats, dans le camp, couronnés de lauriers, étaient pointés sur le registre lorsqu'ils la recevaient. Parmi ceux-là il 8*en trouva un plus soldat de Dieu que les autres, lequel d'une âme ferme et assurée, audessus de tous ses compagnons , ayant en la croyance de ne pouvoir servir deux maîtres, avait seul la tête nue , tenant la couronne inutile dans sa main. Cette discipline et façon des chrétiens commençait dés lors à se manifester et reluire. Chacun le remarque de loin , s'en moque de prés, gronde contre lui. Aussitôt voilà
* lions n'avons rien cbangé au style de cette aocieoDe traductioa dont l'aUure sied «Mes bien à la Mtnre da récit.
un murmure. On le défère au colonel. Gomme il se présente en son rang : «Pourquoi, dit le colonel, es-tu si différent des autres?» — (U ne me convient pas, dit-il, d'être équipé comme eux.» Étant interrogé de la sorte, il répond : «Je suis chrétien, d Oh ! le brave soldat qui ne se glorifie quen Dieu! On déh'bère sur ce. Le procès lui est fait , et le criminel comparait devant le chef de Tarmée. Sur-le-champ il commence à se dépouiller, laisse son pesant manteau, quitte sa chaussure gênante, marche pieds nus sur la ferre sainte, rend son épée non nécessaire à la défense du Seigneur, ayant sa couronne dans sa main, laquelle fut vue de tous. Maintenant tout rouge de son sang, plein d'espérance , ceint de la parure de TËvangile et de
TERTCLLIEX.
li tmKhJOte parole do Seigneor. loat armé de ; pied en cap des annes de l'apôtre . et étant ooii- roaoé de la oooronne blanche do martyre , mieaf . certes, qoes'il eût eu celle deiaoriiT sor la tête . il attend dans la piison la brgcse de Jésos-Qiria. Voilà soudain des jugeoiens qu'au* '■ cuos font sor lui : je ne sais si je les dois nommer • chrétiens, vu que les païens n'en disaient pas piSyComme d'un étourdi, téméraire et déses- . péré , lequel interrof^é sur son habit a mis le ' nom de chrétien en danger, comme si il n'jr • avait que lui seul qui eût du courage, et comme ' si, entre tant de frères on soldats, chrétiens comme lui , il était le seul qui fût chrétien. Certes, il ne reste à ces gens-h . si non de songer comment ils [lourront rejeter le mart}Te , de même qu'ils ont rejeté les prophéties faites par le Saint-Esprit. Finalement ils murmurent i ntre les dents de ce qu*ils courent grande for^ tune de perdre cette l)onne et douce paix dans laquelle ils ont vécu si longtemps. Je ne doute pas qu'aucuns d'entre eux n'aient commencé de transporter leurs livres et papiers, qu'ils ne I tiennent leur paquet tout prêt , et qu'ils ne s'apprêtent pour fuir de ville en ville : car ils se sfiuvicnnent d'autres passages de l'Évangile que de celui-lâ. Je connais leurs pasteurs, lions en paix, et cerfs en guerre ; mais nous traiterons ailleurs les questions touchant le martyre. Nous nous contenterons à présent de parler de ce qu'ils nous opposent. Où est-il défendu de porter œuronne ? Je commencerai plus volontiers par ce point qui est le fait de la présente matière, afin que par l'exemple, principalement de celui-ci , les chrétiens qui ont été couronnés de lauriers, qui font cette question par ignorance , soient instruits, et ceux qui se formalisent de la défense de leur faute, soient convaincus, lesquels pensent se soulager en la révoquant en doute, comme si la faute était nulle ou incertaine . qui peut-être mise en dispute. Or je montrerai que, sans doute, c'est une faute vraie et certaine.
II. Je dis donc que nul des fidèles ne sait ce que c'est que de porter la couronne sor sa tête , excepté le temps de celte épreuve et de tentation. Tons 1 observent ainsi depuis les catéchumènes jusqu'aux rx>nfess€urs et martyrs, même ceux qui lors de la persécution ont abjuré la foi si non du conir, au moins de la bouche. Qu'ils
recherchent , s'ils vesleot . d'où cet usage et obsenaoce prend son autorité. Si quand on demande pourquoi oo ulumc nne choie, fl UêL alors qu'il soit ccnain qu'on rofaaenne ; M ir» peot donc point dire que ce ne toit point dffll^ ou bien qu'il n'est point apparent que c^eit Mt sujet de controrcrse et de dl^te, qtland SI ^ient à transgresser la coutume , qui doit êift maintenue de son propre nom . et est aaaei Mld> risée et approuvée par la protection du coninl tement de ceux qui l'obserrent. Non pas qol ne fiille en demander la raison , mais bien qitl faut que ce soit sans déroger à l'usage ni um la détruire ainsi pour l'établir, et afinqw tu Véth serves d'autant plus tôt, lorsque tn aéras asnM de la raison. Mais je vous prie, qoelle fiiçoade faire est celle-là : de mettre en doute ime ontume, après que vous l'avez rompue, et d'en demander la raison lorsque vous l'avez qnittée?Ov si quelqu'un la met en doute, pour montrer qu'il n'a point failli en lai:>sant la coutume, pour le moins il est certain qu'il à failli lorM||f de fait il l'a pratiquée et prise pour coutume. S celui qui a porté aujourd'hui la couronne sur a tête n'a point fait mal . il a donc mal lait qoaod d'autres fois il l'a refusée? Au moyende quointa discours ne sera pas pour ceux-là aoxqueb cette question n'est pas faite, pour avoir biUi, mail pour ceux qui, poussésdu désir d'apprendre, nmuent ceci plus pour consultation que pour question et plus pour s'informer que pour débattre; car les questions que nous faisons doivent toujours tendre là. De ma part j'approuve beaiicoup la foi qui croit avant d'être enseignée; que telle chose doit être observée lors même qo*dk n'en sait pas encore la raison. Il est bien aisé de demander de suite où il est écrit qu'on ne doit pas porter couronne sur le chef? Mais aussi oA est-il écrit que nous en devions porter? Pour ceux qui demandent l'autorité de l'Écriture ponr Fopinion qu'ils rejettent , ils ont un préjugé qu*elie est également nécessaire pour l'opinion Contraire qu'ils soutiennent. Car si on dit qu'il est permisde portercouronne parce que l'Ëcriture ne le défend pas, on peot dire de même que porter couronne est mal fait, parce que l'Écriture ne le commande pas. Que fera alors la discipline on l'usage ecclésiastiques? Recevra-t-elle Tun et l'autre comme non défendue? ou les rejettera^ t-elle comme non commandés ? Mais tous direz:
DE LA COURONNE DU SOLDAt.
Geqiii n^est pas prohibé est autant qu^expressé- Mot permis. iTout au contraire, ce qui n'est pas ipraMEment permis est autant comme prohibé. UL Et jusques à quand mènerons et ramènela scie par cet alignement, puisque anMB l'usage ancien, lequel y a déjà donné Mp? Si TËcriture nen a rien déterminé, il ^m moins certain qu'elle a été fortifiée par la Mtame , laquelle sans doute est découlée et mame de la tradition ; car comment aurait- ■Bis en usage quelque chose, si premièrement a tradition ne nousTavait appris? Mais tu me iras qn^aussi , pour rétablissement et la valifité de la tradition , l'autorité ;de FÉcriture est ptillemeni requise. Il nous faut dcmc mettre EQ doote si la tradition non écrite doit être reçue oa non. J'accorderai volontiers qu1l ne la âne pas recevoir, s*il ne se trouvait des exemples, Paatres usages, qui y donnent préjugé ; et les- [uels toutefois nous ne raaintencms que par e seul titre et autorité de la tradition, sans lucan témoignage de FÉcriture, et puis après uîant qu*eiles sont soutenues par la coutume. )r afin que je commence par le baptême : quand lous Y allons, nous protestons, sur le lieu , ou m peu devant l'église , sous la main de notre irélat, que nous renonçons à Satan, à ses NHDpes et à ses anges ; puis par trois fois nous ommes plongés, répondant quelque chose de dus que le Seigneur par son Évangile n'a nstitué. Laissés de là, nous allons goûter la doucereuse concorde du lait et du miel mêlés en- K^mble. De là en avant , on ne se lave point le xirps de toute la semaine. Nous recevons le sarrement de Teucharistie : assemblées qui se font I jeoo et devant le jour ; et nous ne le prenons que de la seule main des supérieurs ou des prêtres, et non d'autres , combien que le Seigneur l'ait commandé et lors du repas et à tous. Nous faisons annuellement des oblations pour les trépassés et pour les nativités des martyrs. Nous estimons malséant de jeûner et prier Dieu à genoux le dimanche. Nous jouissons aussi de cette même immunité depuis la fêle de Pâques jusqu'à la Pentecôte. Nous portons avec beaucoup de déplaisir tant soit peu de notre pain ou de notre calice à terre. En cheminant, entrant, sortant, nous habillant, nous chaussant, entrant aux bains, nous mettant à table, quand on allume les chandelles , quand nous
nous mettons au lit, bref en toutes actions et déportemens , nous imprimons au front le signe de la croix. Si tu demandes opiniâtrement ime loi prise de l'Écriture pour toutes telles et au** très disciplines ou usages, tu n'en trouveras au* cune. Mais on te mettra en avant la tradition qui en est l'auteur , la coutume qui la confirme, et la foi qui l'observe. Puis tu t'apprendras de toimême , ou apprendras de celui qui y aura pris garde, la raison sur laquelle la tradition, la coutume et la foi sont appuyées. Mais cependant tu croiras qu'il y a quelque loi non écrite à laquelle tu dois obéir. J'ajouterai encore un exemple , d'autant qu il n'est pas malséant de tirer enseignement des Pères de l'ancienne loi. Entre les juifs, c'est chose si ordinaire à leurs femmes d'avoir la têie voilée, qu'elles en sont connues par là. J'en demande la loi;earj'o« mets pour celte heure ce que l'apôtré en a écrit. Si Rebecca, découvrant de loin son fiancé, baissa soudain son voile, sa pudeur et sa honte virginale ne peut toutefois en avoir établi aucune loi , ou bien ce ne peut être qu'en ka propre cause seulement que les vierges seules se couronnent , et encore en allant épouser , et non plus tôt qu'elles aient reconnu leurs fiancés. Si Susanne, ayant été dévoilée en jugement , sert de preuve et d'argument qu'elle était voilée, je puis dire qu'elle prit le voile de son propre mouvement, sans qu'autrement elle y fût obligé, pareè qu'elle était déférée en jugement et qu'elle âilrsit eu occasion de montrer sa beauté, parce qu'elle craignait de plaire. Au reste, je ne crois pas aisément qu'aux portiques et aux galeries de son mari, elle se promenât voilée, puisqu'elle agréa. Je veux qu'elle ait toujours été cachée de son voile. Si je demande la loi de tel habit, soit en elle ou en autre quelconque, etque je n'en trouve en aucune part de l'Ëcriture, il s'ensuit donc que c'est la tradition qui a donné à la coutume cet usage et façon, qui doit prendre quelquefois l'autorité de l'apôtre, par l'interprétation qu'il a fait de sa raison. Donc par ces exemples il sera manifeste : qu'une tradition non écrite et confirmée parla coutume se peut défendre et qu'on en peut soutenir l'usage même , comme cdie qui , parla persévérance et continuation de soi-même, est fidèle et idoine témoin que c'est une tradition approuvée La coutume, faute de lois, même dans les choses civiles, est reçue pour loi. Et n'inn
TERTULLIEN
porte si la loi consiste ou en l'Écriture ou seulement en la raison , puisque la loi même n'a point d'autre garant ou aveu que la raison. Que si la loi gît et consiste en la raison, tout ce qui sera appuyé sur la raison sera loi, de quiconque soit-il allégué. Ne penses-tu pas qu'il est loisible à chaque fidèle de concevoir en un esprit quelque chose, et faire une ordonnance pourvu qu'elle soit de Dieu, et à l'avancement de la discipline et au salut de l'àme, puisque le Seigneur a dit : « Pourquoi est-ce que vous ne jugez de vous-mêmes ce qui est juste?» ce qu'il entend non-seulement des choses qui viennent en jugement , mais aussi de tout jugement qu'on feit sur tout ce qui est à examiner. Aussi Tapàtre dit : aSi vous ignorez quelque chose , Dieu vous la révélera, d Lui-même a coutume de donner en conseil ce en quoi il n'y avait aucune ordonnance du Seigneur , voire d'ordonner certaines choses de soi et de son autorité privée ; aussi avait-il l'esprit de Dieu , lequel est le guide à toutes vérités. Ainsi donc son conseil et son ordonnance sont reçus comme un commandement de Dieu, parce qu'ils sont soutenus de la raison, laquelle est divine. Presse tant que tu voudras demandant cette raison ; mais que ce soit sauf le respect qui est dû à la tradition. Par qui que ce soit que tu la reçoives, considère non l'auteur, mais l'autorité, et principalement celle de la coutume, laquelle doit être d'autant plus en honneur et estime qu'elle doit servir d'interprète et de truchement à la raison ; de manière que s'il platt à Dieu de te renseigner, tu saches alors pourquoi tu dois observer la coutume. Mais pourquoi demandc-t-on avec tant d'opiniâtreté plus grande raison des usages chrétiens, va qulls sont maintenus et défendus par la nature qui est la première maîtresse et discipline de toutes choses Pet pourtant elle sera la première qui nous montrera que la couronne n'est pas convenable sur la tète. Or le Dieu de la nature, celui qui , je crois, est le nôtre, qui a moulé l'homme et disposé en lui des sens certains pour désirer, discerner et obtenir le plaisir et jouissance des choses, comme par des instrumens propres; qui a creusé Touïe dans les oreilles, allumé la vue aux yeux, enclos le goût dans la bouche, éventé le flairement dans les narines, et mis la règle et connaissance de l'attouchement dans les mains; par ces instrumens
et outils qui sont en dehors de Tbomme , et qi lui servent en dedans, a voulu que le fruit et l jouissance de ses bénéfices fussent coodaiA et portés des sens jusqu'à l'àme. Quel fruit rt' tire-t-on des fleurs? car la propre, pour le moioi la principale matière des couronnes, est des fleon des champs. Tu diras que c'est la couleur, ou Todeur, ou tous les deux ensemble. Quels seront les sens de la couleur ou de l'odeur? Ce sera, à idqd avis, la vue et Todorat. Quelles parties de notre corps ont été loties et partagées de ces deux sens? Ce sont les yeux et les narines, si jeneme trompf. Gontentez-vous donc de voir les fleurs, ou de ki sentir puisque cela leur appartient; jouissez-en avec les yeux et les narines , propres membreset sujets de ces sens. La nature est donnée de Dieo, et de l'usage du monde, lequel ne peut contredire à celui de la nature. Estimez donc les fleurs liées et entrelacées en bouquet de soie ou de jonc , de même que si elles étaient déliées et en leur naturel , belles à voir et touffues à fleurir. Si tu veux user d'un chapeau de fleur , pour en porter grand nombre bien ordonnées, et en avoir le plaisir de toutes ensemble , cache-les dans toD sein si elles sont si nettes , répand-les sur la couche, verse-les dans ta coupe, là elles ne peuvent nuire en aucune façon, fois les servir en autant de sortes que tu as de sentimens. Mais quelle saveur as-tu des fleurs à la tête? de quoi K profite plus la vue d'un chapelet, que le lien d'ui bandeau? tu n'en vois ni la couleur , ni tu n'ei tires l'odeur, et n'en aperçx)is point la délica tesse. Gela est autant éloigné de la nature , di rechercher les fleurs pour la tête, comme de viandes pour les oreilles et des sons pour lenei Or ce qui est contre nature, mérite d'être appel de tous monstre, et de nous noté pour térooi gnage de sacrilège contre Dieu, auteur c maître de la nature. Demandes-tu donc la loi d Dieu , quand tu as cette commune loi en la plac publique de l'univers et gravée dans tous If tableaux de la nature , auxquels lapùtre a ac coutume de renvoyer ; comme quand , parlan des voiles des femmes, il dit : «Nature ne nou l'enseigne-t-elle pas?» ou quand il écrit aux Ro mains, « que les gentils font par nature ce que I loi commande. » 11 leur propose ainsi et la loi na turelle, et la nature légale. Et aussi quand il di en la première par tiède la même ép!tre:cQuele hommes et les femmes ont changé le naturel d
DE LA COURONNE DU SOLDAT
fenr usage et condition et sexe en celui qui est oootre nature. Et ce, pour la peine de leur erreur, certes , il soutient l'usage de la nature. Nous avons premièrement connu Dieu par la nature, rappelant le Dieu des dieux, Feslimant très-bon, et rinvoquant comme juge. Tu demandes si la nature nous doit guider pour jouir de la conditioa de Dieu , parce qu'il est à craindre que nous n^ soyons ravis et aliénés par celte même nature, par laquelle le jaloux et ennuyeux contre Dien a corrompu avec l'homme même Tuniverselle condition des créatures , assujettie et assenrîe à Ihomme pour certains usages; d'où Tient que Tapôtre a dit qu'elle a succombé à coDtre-cœur à la vanité, étant bien souvent sobvertie par vains usages, sales, injustes, impies. Ainsi donc est avilie et déshonorée la condition des créatures parmi les voluptés des spectacles, par ceux de qui la nature connaissait bienqae toutes les choses desquelles les spectacles sont composées sont de Dieu, mais qui manquaient en science. Sachez aussi que toutes choses sont renversées par le diable. Mais en faveur de nos chrétiens qui prennent tant de plaisir à voir ces comédies et bouffonneries, et antre telle manière de jeux, nous avons à piain écrit en grec de cette matière.
Vn. Partant que ces couronnés reconnaissent cependant Tautorîté de la nature , comme celle qoî est la commune mère , par laquelle ils peuvent contempler et connaître et les hommes et les gages de leur propre religion, et ceux qui servent de plus près le Dieu de la nature; et ainsi pareillement comme de surcroit toutes les autres raisons , lesquelles défendent que nous ne portions pas en tète de couronnes, en mille Façons : car je suis pressé de me tourner de la généralité de Tusage et discipline de la nature, A la défense et tuition de la spécialité de la discipline chrétienne par les autres sortes et espèces de couronnes qu'on voit être destinées à autres usages, comme cellesqui sont composées diantre matière, de peur qu'on ne croie qu'elles ne peuvent èlre prohibées d'une secte, pour autant qu'elles ont échappé les bornes de la nature, à cause qu'elles ne sont ainsi que cette couronne militaire de laurier , laites des fleurs que la nature nous a marqué et désigné pour l'usage. 11 me faut donc traiter ceci plus curieusement, et au long , et le ramener depuis son origine jusqu'à son progrès
et sa fîn. Les lettres humaines nous sont nécessaires pour cela , car il faut prouver les choses humaines par leurs actes et instrumens. Je crois que le peu que j'ai touché suffira. S'il y a eu quelque Pandore, laquelle (comme témoigne Hésiode) Fut la première femme, elle a été couronnée par les Grâces, lorsque chacun lui offrit des dons, d'où elle a pris son nom. Mais ce pasteur prophétique, et non poétique. Moïse, nous représente Eve, la première femme, ayant plutôt sa vergogne couverte de fouilles que son fi*ont entouré de fleurs. Cette Pandore donc n'a point été. Mais l'origine de la couronne est toujours honteuse, soit qu'on lattribue à ce mensonge, soit qu'on la prenne de ses vrais auteurs:car c'est chose assurée que d^aulreslont inventée ou enrichie. Au conte de Pbérécide, Saturne a été le premier couronné. Diodore dit , que Jupiter, après la victoire contre lesgéans, en récompense reçut ce présent des autres dieux. Lui-même donne des bandeaux à Priape , et à Ariadne un chapelet d'or et de perles orientales, ouvrage de Vulcain,et présent de Bacchus, depuis fait signe céleste. Callimaque environne Junon de pampre; on voit à Argos sa statue entourée de feuilles de vigne, foulant aux pieds une peau de lion, qui montre l'insolence de cette marâtre, ayant en sa puissance les dépouilles de ses deux beaux-fils. Hercule orneson chef tantôt de peuplier, tantôt d olivier, tantôt d'ache. Vous avez la tragédie de Ccrbérus , vous avezPindare et Callimaque, qui racontent qu'Apollon, sacrifiant aux dieux après avoir tué le serpent de Delphes, prit la couronne de laurier; car lesanciens, soitqu'ils suppliassent lesdieux ou les hommes, portaient couronnes. Harpocration donne la raison pour laquelle Bacchus, que les Égyptiens appellent Osiris, est couronné de lierre; c'est parce que sa propriété est de préserver le cerveau de pesanteur. Le vulgaire même, quand il appelle les jours qui lui sont dédiés la Grande couronne, reconnaît que Bacchus est le premier qui pratique l'usage de la couronne de laurier, avec laquelle il triompha des Indes. Si vous feuilletez les écrits de Léon l'Égyptien, vous verrez quisis la première environna sa tète d'épis de blé , lesquels eussent été plus propres au ventre. Qui en voudra savoir davantage, Claude Saturnin, Fort excellent en cette matière, le lui enseignera; car dans son livre des
TERTULLIEN
Couronnes, la source, la cause, la diversité, la solennité d^ celles-ci sont si bien discourues, qvi'il nY 3 ^^ belle fleur ni rameau si agréable, branchage ni herbage, qui ne soit consacré à quelque chef.
Vin. Apprenons par là con)t)iea nous devons rejeter au loin la manière de porter couronne, puisqu'elle a été mise en crédit et ea hQpneur par ceu]( et pour ceux que le monde a tenu§ pouf dieux : car si le diable , qui est menteur I dès le commencement exerce aussi bien en cette espèi^e et façon, qu'au reste son mensonge et sa supposition, eq s attribuant la déité , sans doute c'est lui-mèmq qui en avaj( avisé ceux en la persopue desquels cette supr posée déité était représentée. Quelle estime donc doivent faire les serviteurs du vrai Dieu de ce qui a éié introduit par les premiers professeurs et novices du culte du diable, et qui dès son commencement a été dedi^ à eux-mêmes , voire qui dès lors était consacré et destiné à Tidolâtrie par les Idoles , lorsqu'ils étaient encore ^n vie? non que Tidole soit quelque chose , mais parce que tout ce qui se fait envers les idoles se rapporte aux diables. Or s'il en est ainsi , que ce qu'on fait aux idoles soit attribué aux diables , combien plus ce qpe les idoles ont fait . Iqrsqu*ils étaient encore en vie ! Ce sont donc, certes, les diables mêmes qui sp le sont procuré par eu^^ en la personne desquels ils les avaient désirés, comme avec i]ne grande faim, avant mèine de les avoir procurés. Ayez celte créance cependant que je vais rompre et dissoudre une pbjection, qui se fait sur ce propos \ car je vois déj^ que Ton dit : «Qu'il y a plusiei|rs autres choses approuvées par cçn qui; le iqpndé^a tenus pour dieux , lesquelles toutefois se retrouvent en nos usages, et des saipts Pèr^, et autres choses divines, voire même en Jésus-Christ, coipme celgi qui n'avait fait U fonction d'homme que par ces communs înstrumens par lesquels Thum^uité se représente, d Qu'il sqjt ainsj! aussi He disputerai-je plus coqtre son origine. Pien que Mercure ait le prejnier enseigné le^ lettres, si les confessera irje nécessaires pQMr les chos^ qui appartiennent au commerce et pour l'élude de la piété , et nos devoirs eiiveriEi Dieu. Et encore qu'il ait le premier tendu les cordes pour en tirer des sons et de Fharmonie, je ne nierai ^ , quand je vois David, que les saints pe se
soient servis de cet instrument , et qu'ils ne l'aient employé au service et ministère de Dieu. Accordons-leur, s'ils le veulent ainsi, qu'Esailape ait le premier fait essai de la médecine. Il me souvient qu'Ésaïe envoya quelques médicamens à Ézéchias étant malade. Saint Paul a su qu'un peu de vin conforte l'estomac. Soit ainsi que Minerve ait bâti le premier navire, si verrai-je quant et quant Jonas et les apôtres naviguer sur Feau. li y a plus; JéhUs*Ghrist a eu une robe et saint Paul un manteau. Si de chaque meuble et vas^ vous en faites auteur un des dieux du monde, il faut que je reconnaisseque Jésus-Christ lorsqu'il couchait en son petit lit, et lorsqu'il présentait le bassin aux piedsde ses disciples, et lorsqu'il versait l'tau de la cruche, et lorsqu'il était entouré de son linceul, propre habit d^Qsiris. Je satisferai à cette question en tous ses points : car j'accorde bien que l'usage de ces meubles a été commun aux bons et aux méchans. Mais je dis qu'il y a différence si c est pour choses licites ou illicites , parce que Tusage auquel on les fait servir trompe souvent la mauvaise intention pourlaquelle on en peut user , qui est celle qui rend sujet h vanité. Car nous disons que ces choses ont coipmunément servi à nos usages, et de nos pères, et des choses appartenantes à Dieu, et à Jésus-Christ même, en tfiqt qu'elM apportent des simples commodités, et pertaiii^s aides et honnêtes sQulagemens tus nécessaires nécessités de la vie humaine. De fa- CPP que ^'il est question d*un homme de Dieq , elles sont censées être inspirées de lui , i»mrae celui qui lui en donne de plus près l'avis^ Tin* s^riiction et le plaisir. Mais nous disons aussi, que l^s choses quioutre-passent Tordre susdit ne conviennent point à nos usages et façons, même* ment à celles qu'i raison de ce dessus on ne peut remarquer pi au monde, ni aux choses de Dieu^ ni en la vie et conservation de Jésus-Chpist.
IX. Quel patriarche, quel prophète, quel lévite ou prêtre , que} souverain sacrificateur , quel apôtre, quel évangélisle, quel évèque se trouve avoir été couronné? Je pense que ni mêm^ le temple de Diiu, que ni Tarche du Testament ou d'alliance, ni le tabernacle du témoignage, ni lautel, ni le chandelier, n'ont pas été couronnés; auxquels néanmois, si c'eût été chose digne de Pieu que d'être couronné, il e(kt été bien séant et bien convenable de l'être, et en la
DE LA COURONNE DU SOLDAT
prcnuire solennité de la dédicace, et en la seconde congratulation et réjouissance , pour la remîae et rétablissement du lemple. Or si ces choses ont été en figure de nous (car nous sommes le temple de Dieu , le$ autels , les luminaires et les vases), elles signifiaient aussi en figure y que les hommes de Dieu ne doivent pas être couronnas. La vérité se doit rapportera rimage. Possible que tu médiras, que Jésus- Christ mtoie a été couronné. Je te répondrai aussi en un mot : fais toi couronner de cette iaçoD, et il te sera licite. Touiefois cette couronne iojurieose et impie ne lui fut pas dounce par les Juifs, ce fut une intention des soldats romains, tirée de l'usage des choses du monde , lequel le peuple de Dieu na reçu jamais ni en aucune allégresse publique, ni ensesparliculières lascivetés et débauches. Il aima mieux revenir de la captivité de Bubylcne, après les festins , passés le temps, et se jouer avec (ambours, flûtes et psaliérions, qu'avec des couronnes; car e^ la description de leurs réjouissances, et en le répréhension de leurs débauches, on n'eût pas omis de feire mention des couronnes, et de remarquer l'honneur on le déshonneur qu'elles y portaient. Aussi quand Ésaie dit : «Ils boivent le vin, avec tambours, flûtes et psaltérions , p il n'eût pas oubUé d'y ajouter ce mot a avec couronnes,» si elles eussent été quelquefois on usage, même IfS choses concernant le service de Dieu. X. Ainsi quand de ce que tu allègues qu il y a des choses qui ont été conlrouvées par les faux dieux, et lesquelles se trouvent pratiquées à Tendroft du vrai Dieu , tu veux conclure que Tusage de porter couronne en la tète est commune aux chrétiens comme aux païens tu te donnes cette loi à toi*méme : qu*il ne faut avoir rien en commun usage qui ne soit observé au service de Dieu. Car qu y a-t-il qui soit plus di* gne de Dieu que ce qui esi indigne de Tidole? et qu'y a-t-il qui soit plus propre de Tidole que ce qui convient i un mort? car c'est choses qui appartiennent aux morts d*ètre ainsi couronnés, parce qu'eux- mêmes deviennent quant et quant idoles , et en habit, et en honneur de consécration qui est en notre endroit une seconde idolâtrie. Ce sera donc à ceux qui auront faute de sens ou de jugement, d'user de la chose, de laquelle s'ils voulaient abuser, ils auraient faute de jugement, autant que si du tout ils n'avaient
point de sentiment ; car il iCy a point de diffigrençe entre abuser d'une chose, ou lorsque vér|« tablemept on ne peut en user, par f^u^fs de la faculté du sentiment , ou lorsqu'on n'en peut abuser, par faute de la chose même. Mais| nous, il ne nous est pas permis, selon Tapôtre, d'en abuser, parce qu'il nous enseigne, qu^if est plus aisé de n'en user point du tout, si vouf ne voulez dire qu'il n y a point d'abus en ceux qui n'ont du tout point de sens ni de jugement, mais que le tout vaque. Toutefois ce même œuvre est un œuvre mort, pour le regard des idoles, mais vif pour le regard des diables auxquels s'adresse cette superstition. L'or et l'argent sont les idoles des nations, dit David quan4 il écrit, «ils ont des yeux et ne voient point , ils ont des narines et ne flairent point, ils ont des mains et ne touchent et ne palpent rien;» car par ces organes on jouit des fleurs. Que s'il prédit que ceux qui forgent des idoles sopt tels que les idoles mêmes, ceox donc qui usent des ornemens des idoles sont déjà tds2 car comme toutes choses sont mondes et nettes à ceux qui sont nets et mondes, aussi toutef choses sont immondesà ceuxqi|i sont immondes^ mais il n'y a rien plu^ immonde que les idoles. Au surplus toutes les substances, comme étant créatures de Dieu, sont mondes et nettes, et par cette condition et qualité elles sont comminafif en usage; mais toute la différence gtt en la for çon d'en user, car je tue et destine un coq pour moi et à moi, aussi bien que Socrate a pouc Esculape, et si la senteur de quelque lieux m'offense, je le parfume de quelque odeur et enr cens d^Arabie, mais non pas avec telle cérémor nie, ni avec tant de mystère, habit, ou apparat qu'on fait aux idoles. Car si d'une seule parohi la qualité de la créature est polluée , oonune i'#r pôtre l'enseigne écrivant : «Si quelqu'un te dit^ cela est destiné et consacré aux idoles, ne id touche pas;» à plus forte raison elle est souillée par la cérémonie, par l'habit, et par l'apparat ^ avec lesquels ces choses leurs sont sacrifiées. 9 De même la couronne prend la qualité daf choses consacrées aux idoles ; car en cette cér^ mooie, habit et apparat, elle sacrifie anx idole* qui en ont été les auteurs, et auxquelles l'usage de la couronne est principalement et d'autan| plus propre, autant qu'il ne peut être commua ) aux chrétiens à cause qu'il ne se trouve point
TERTULLIEN-
parmi ce qui touche les affaires et le service de Dieu, Par ce Tapôlre crie : t Fuyez Tidolâtrie, »5a- Toir touteet chacune; prends gardeà reconnalire cette forêt et combien d'épines y sont cachées. Gomme il ne iàut rien donner à Tidole, aussi iCtn faut-il rien prendre; si c'est chose éloignée de la foi de s*asseoir à la table et au banquet des idoles, que sera-ce de paraître en leurs habits? Quelle société y at-il entre Christ et Déliai ? C'est pourquoi il dit a fuyez, d car il commande de faire un long et éloigné divorce d'avec r idolâtrie, de ne s*en approcher en ftiçon quelconque. Le dragon terrestre ne laisse pas d'attirer par son haleine les oiseaux de bien loin pour les engloutir. Saint Jean dit : « Mes enfans, gardez-vous des idoles. Il n^entend pas que ce soit seulement de Tidolàtrie, c'est-à-dire de lofHce et service qu'on fait aux idoles, mais des idoles, c'est-à-dire de leur efBgie même , car c'est une chose indigne que rimage du Dieu vivant soit faite l'image de l'idole et du mort. Nous avons jusqu'ici prouvé que ce port et ornement de couronne est propre aux idoles , et par Tordre de son origine , et par son visage, parmi la superstition; et finalement que ne se trouvanfpoint entre les choses concernant le service de notre Dieu , de tant plus celui-ci est censé appartenir et être aux idoleSyà l'antiquité, solennitéet office desquelles n convient , et de qui les porte, les hosties, les autels, voire les ministres et les prêtres sont couronnés. Tu as chez Claudius les couronnes de tous les ordres et collèges , prêtres et sacrificateurs. Nous avons aussi entremêlé et prouvé cette distinction de la différence qu'il y a entre ces choses qui se font avec raison ou contre raison , et laquelle sert pour répondre à ceux qui rendent commun l'usage de toutes choses à l'occasioD de quelques exemples. Il ne reste donc plus sur ce point qu^à examiner les causes et raisons qu*on peut dire pour cet usage de la couronne afin que cependant que nous montrerons comme elles sont étrangères, voire aussi contraires à la discipline chrétienne, ce soit autant de preuves, que nulle de celles n'est soutenue de l'aide et protection de la raison , pour faire que tel port et ornement de couronne puisse être commun aux chrétiens comme aux païens , ainsi qu'aucuns ont prétendu, Teiemplc desquels on nous objecte.
XI. Afin donc que je commence par la raison pour laquelle la couronne militaire est en usage, il fout premièrement savoir si la guerre est to« talement et absolument licite aux chrétiens; car quelle apparence y aurait-il de traiter et dis> courir des accidens, si l'essence et le principal étaient blâmable? Croyons-nous qu'il soit possible d'accumuler le serment fait à l'homme sur celui qui a été fait à Dieu et après Jésus-Christ répondre et nous enrôler sous un autre seigneur, et renoncer à père et mère , à tout prochain , lesquels Ja loi nous commande honorer et aimer après Dieu et rÉvangile, qui les préfère à toutes autres choses réservées à Jésus-Christ ? Sera-t-il permis de foire profession de l'épée, vu que notre Dieu a prononcé que celui qui usera du glaive périra du glaive? Le fils de paix ira-t-il au combat , à qui il n'est pas seulement permis de plaider? Fera-t-il souffrir à autrui les liens, la prison, les supplices, lui qui ne peut venger ses propres injures? Enlrera-t-il an corps de garde pour autre que pour Jésus- Christ, et le propre jour du dimanche, puisqu'il ne le foit pas pour Jésus-Christ même? Sera-l-il eh veilles pour les temples auxquels il a renoncé? et soupera-l-ii au lieu oA l'apOtre le prohibe? Défendra-l-il de nuit ceux qu'il aura chassés de jour par exorcismes, s'appuyant et se reposant sur une lance avec laquelle on a cotre-passé le côté du Sauveur ? Portera-t-il VéUxh dard qui est fait à l'envi de Jésus-Christ , et demandera-t-il la marque et la livrée du prince celui qui Ta déjà prise de Dieu? Celui qui est mort et qui attend d'être éveillé par la trompette de l'ange, sera-t-il éveillé par la trompette d'un tronipelte? Le chrétien sera-t-il brûlé sekm la discipline militaire, lui à qui il n'a été loisible de brûler et auquel Jésus-Christ a remis la peine du feu? Combien d'autres actes se commettent-ils au camp et aux exploits militaires, qui ne peuvent être attribués qu'au péché? même s'enrôler aux bandes des ténèbres, venant de celles de la lumière, est transgresser. Autre chose est de ceux qui étaient soldats avant d^être chrétiens, comme ceux que saint Jean-Baptiste, et le très-fidèle centurion que Jésus- Christ approuve et Pierre catéchise, pourvu qu'après avoir reçu la foi et s'être souscrit à celle-ci, on s'en départe, comme plusieurs ont fait, ou bien qu'on prenne bien garde de ne
DE LA COURONNE DU SOLDAT
cammettre contre Dîea des choses qui ne sont pas même permises par les lois militaires, voire même de souffrir à lextremilé pour IV moar de Dieu ce que la foi païenne commande, car rélat militaire ne permet ni impu- Dite de forfaits ni impunité de martyrs. Jamais le chrétien n'est autre que chrétien, en quelque part qu*il soit. Il n'y a qu'un Évangile, qu'un Jésas-Glirisr. Cest lui qui désavoue ceux qui le désavouent, et qui confiasse et avoue ceux qui confessent et avouent Dieu, et qui sauve Tàme qui se perd pour son nom, et au contraire perd celle qui s'est voulu sauver contre et au pr^udice de son nom. Envers Dieu, autant est le soldat païen fidèle, que le soldat païen infidèle. L*élat du fidèle ne reçoit point d'excuse fondée sur la nécessité. Il n y a aucune nécessité a pécher à ceux auxquels cette seule nécessité est imposée de ne point pécher; car on est bien pressé par force de tourmeos ou de peine à sacrifier et à nier Dieu tout à plat. Toutefois notre discipline n excuse, ni ne convient point à cette nécessité ; car il y a plus grande nécessité de souffrir le martyre et de craindre de renoncer Dieu, que d'éviter le tourment et s'acquitter de sa charge. Au demeurant, celte manière de raison renverse toute l'essence et le fondement do serment fait envers Dieu, voire tant qu'il autorise et lâche la bride aux péchés qui se fout volontairement et de gaieté de cœur; car, en ce cas, on pourrait débattre que toujours la volonté serait en nécessité ayant de quoi être contrainte. Je pourrais moi-même forger à plaisir de semblables excuses, et mettre en Dieu telles causes apparentes en faveur de ceux qui portent des couronnes servant à divers effets, et m'en remettre à cette raison commune de la nécessité , qui est la directrice et gouvernante ; au lieu qu'à celte occasion il faut tout fuir telles, pour ne tomber en péché, ou souffrir le martyre pour se délivrer de celles*ci. Il n'est jamais besoin de discourir plus avant de la première partie de la question, savoir si la guerre est du tout illicite afin que nous venions à la seconde; car si je n'ai rejeté entièrement et de tout mon effort la guerre, en vain je parle contre la couronne militaire. Soit donc posé le cas, qne la guerre est licite, afin que cela même puisse servir de cause et raison pour la couronne.
XII. Je parlerai seulement delà couronne. Celle de laurier a été consacrée à Apollon ou à Bacchus; à celui-là comme au dieu des Sèches, à celui-ci comme au dieu des triomphes. Ainsll'enseigne Claudius : t Combien, dit-il, que lessoldats ont accoutumé de se couronner de myrte, parce que le myrte et non le laurier est consacré i \énus, la mère d'Ëuée, dame et maîtresse des amours, lequel est Romain à cause d'ilia, et de Rémus et Romulus. » Mais je ne crois pas que Vénus puur cette considération soit Romaine avec Mars, pour le déplaisir qu'elle a reçu de la concubine de son ami. Il dit aussi que le widat était couronnéd olivier par Minerve, déesse nonseulement des arts, mais aussi des armes, et qu'elle avait une couronne de cet arbre lorsqu'elle fit la paix avec Neptune. En toutes ces choses la superstition de la couronne militaire composée de fleurs et de fouilles est partout polluée et souillée, et souille toutes les choses qui se peuvent polluer. Par ces causes, que vous semble-il de cette solennelle profession et noncupation de vœux, qui se fait premièrement en la cour du prince et de l'empereur , puis au Capitule ? Après que nous savons les lieux , voyons les paroles : c Jupiter, nous voyons que ce bœuf à couronnes dorées sera tien, i Qu'emporte cette voix? Certes un reniement du christianisme. Encore que le chrétien se taise de bonche , la couronne qu'il porte en la tête parie pour lui. Il est eiyoint et annoncé aux soldats de prendre la même couronne de laurier, lorsque l'empereur leur veut faire largesses. Et certes, ce n*est pas une idolâtrie gratuite , vendant Jésus-Christ pour des deniers d'or, comme Judas le vendit pour des deniers d*argent. Ce sera aussi ce qui est dit : «Vous ne pouvez servira Dieu et à Mammon ; c*est tendre la main à Mammon que la retirer à Dieu. Est-ce rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu, que prendre le denier de César, et ne pas le rendre à l'homme-Dieu. La couronne triomphale se bâtit de fouilles de laurier, s'attiffo de rubans et de bandelettes, se dore de feuilles dor, se parfume de senteurs, souvent détrempées des larmes des femmes et mères , qui sont peut-être chrétiennes ; car il y a des chrétiens parmi les barbares de qui on triomphe. Donc celui qui â cette occasion porte celte coaronne n'est-il pas aussi coupable que s'il eût combattu?
TERTIILLIEN.
H y a une autre sorte de f;ens dé {guerre entre eux qui ^nt couchés sur Tétat des maisons royales; car on les appelle Compagnies de camp, qui servent ordinairement aux empereurs, assistent et contribuent parfois aux pompes et magnificences royales. Si tu es de ce nombre tu es soldat d'un autre que de Dieu. Et si tu cuides l'être de tous, tu ne Tes pas de César, quand tu reconnais Tètre de Dieu : car aussi, dans les choses communes et indifférentes, je me commels et fie toujours an principal et plus excellent. Xlil. Il y a aussi des causes publiques pour lesquelles on couronne de laurier les ordres publics et collèges, mais aux magistrats une couronne d'or comme à Athènes et à Rome. On en porte au devant deux des toscanes. C'est le nom de celles qui sont enrichies de pierreries et de feuilles de chênes revêtues de lames d'or, recommandées à cause de Jupiter, lesquelles il porte avec des robes de pourpre enrichies d'or en broderies, et peintes de feuillages de palmier, pour conduire les chariots et carrosses des dieux. Celles des provinces sont aussi d*or, plus propres aux choses et statues qu'aux hommes, étant trop grandes pour leurs têtes. Mais rÉglisede Jésus-Christ est le nom de ton ordre, et de ton magistrat, votre le nom de ta cour. Tu es TËglise, étant écrit aux livres de vie : oCest là où est ta |)ourpre,» savoir le sang de Notre- Seigneur. Ton laticiave est en sa croix; la cognée est mise au pied de Tarbre ; c'est là où est la verge qui est sortie de la racine de Jessé. Que le monde voie aux triomphes ces chevaux publics avec leurs couronnes. Ton Seigneur n'avait pas un âne qui fût à lui lorsque, suivant rÉcriture, il voulut entrer en Jérusalem. Que ceux-ci se pompent en chariots ou chars triomphons; que ceux-là se bravent en chevaux , mais nous invoquerons Dieu au nom de Jésus-Christ notre Dieu et notre Seignear. Dans TApocalypse de saint Jean, dous devons non-seulement pous éloigner de la pompe et de la vanité de la Babylone, mais aussi de la demeure et habitation de celle-ci. Aussi le menu peuple se couronne qnelquelbis pour réjouissance de ce qbi est propre aux soknhités de chaque contrée; et la lasdvëté et débauche est ce qui est la cause de tMtto hé publiques allégresses; Mais tU es ilHtlg^ dé ee monde , et eito^en de là Jérusa- \tm e9k»te. « Nous avons , dit-il, notre teurgeot
sie au ciel. 9 To as là tes rôles ofl les chrétiens sont écrits, tu as ton calendrier des fêtes; tn n'as rien decommun avecces jolies du monde. Tu dois f^ire tout le contraire; car le monde se réjonlra, et vous pleurerez. « Aussi , dit-il. Se croient-ils heureux les pleureurs, et non les couronnés. » Les époux portent couronnes le jour de leurs noces. Voilà pourquoi nous ne contractons point mariage avec les païens , afin qu'ils ne nous mènent à ridolàtrie, par laquelle les noces commencent entre eux. Tu en as la loi des patriarches. Tu as Tapôtre qui te commande de te marier par le Seigneur. Quand on a affranchi le serf, on le couronne; inaîs tu es déjà affranchi et racheté par Jésus-Christ, et, certes, à grand prix. Comment est-ce que le monde donnera sa liberté au serf d'antrbi ? et combien qu'il semble qUe ce soit liberté, si setnblè-t-il aussi servitude. Toutes les choses du monde sont imaginaires, il n'y a rien de vrai. Car pour lors qu'il semblait à riiomme que tu fusses libre, tu étais le racheté de Jésus-Christ , et ù présent lu es le 'serf de Jésus-Christ , combien que tu sois affranchi par l'homme. Si la liberté du monde semble la vraie liberté, et à cette occasion tn approuves le caractère de cette couronne, tu es remis sous la servitude de Thomme, que tu estirres liberté, étés à 1 opposite perdu la liberté de Jésus-Christ, que tu liens pour servitude. Ne dirons-nous rien des causes et raison des couronnes qui se donnent aux jeux et combats de prix^ et lesquelles sont condamnées par leurs propres noms et litres, à savoir parce quelles sont sacrées et funèbres; car il ne reste rien que de couronner Jupiter Olympien , ou Hercule le Neméen , ou le chélif Archemore, le misérable Antinous, en la personne dû chrétien pour servir lui-^ême de spectacle en une chose que luihième ne devrait voir en une antre. J'ai récité comme je pense toutes les diverses causes et moiiRs qui ont donné vogue et introduit l'usage des couronnes, sans qu'il y en ait aucune qui nous soit convenable; elles sont toutes étrangères, profanes, Illicites, et abjurées des l'entrée du serment et proressii,i: de foi; car elles étaient pompes de SAiàû et de seè anges, charges et offices dû monde, honneur qui requéraient des solétiniiés, falut tceux, serviees humains, kiuàkiBès, îmHiê glotfé déShdnnStè, et en toulc9 ces choses une idolâtrie, quî paraît
DE LA COURONNE DU SOLDAT
M Miil dénombrement des counmnes, desquel- ■ lès toutes ces yanités tont entoarées. GlaUdius | me dit*a que dans Homère le ciel est couronné d^étoiles, que c'est Dieu qui Ta couronné, et ce en faveur de Thomme , et qu'il faut donc que Fhomme soit couronné de Dieu. Mais le monde couronne les mauvais liem^, les latrines, les moulins, la prison, les écoles, lesamphiitiéâtres, et les lieux où on se dépouille pour entrer au bain, et les cimetières et sépulcres des morts. Ne joge point la sainteté, ni la bienséance, ni la pureté de cet habit ou ornement par le ciel, qde les poètes ont feint être couronné. Mais fais-en estime par Tusaf^e pratique, et par le commerce de tout le monde. Si est-ce toutefois que le chrétien se gardera toujours de déshonorer et décrier rbuis de sa maison de chapeaux de laurier, s'il entend combien de faux dieux le diable a attachés et attribués aux portes : comme Janus^ qui prend telle dénomination de Thiiis qui r^f^rdé le dedans de la maison; Liment inus, du seuil haut et bas ; Forculus, de l'huis qui s'ouvre vers le dehors; Garda, des gonds ou pivots. Et parmi les Grecs Apollon le Thyrréen , et les démons Antéliens qui sont nommés ainsi de ce qu^its étaient pourtraicts et comme assis sur le dessus et au dehors des portes.
XIV. Aplus forte raison lechrétien se garderat*il de mettre les mains d'idolâtrie sur son chef, ou pour mieux dire de Jésus-Christ, parce que le chef de Thomme c'est Jésus-Christ, non moins libre et franc que Jésus-Christ même, qui nest point sujet à aucun voile, tant s'en Jaui qu'il doive éire bandé d^aucun lien; voire aussi le chef qui est sujet à voile , et à être couvert , savoir, celui de la femme s'il est occupé et couvert par le même Jésus-Christ , il n'a point faute de lien, parce qu il Ta pour fardeau de son humilité. Si la femme ne doit pas paraître la tète nue à raison des anges, moins encore la tètecouronnée, peut-être que celle-ci, paraissant la couronne en tète , sera occasion de scandale et donnera sujet de mal parler de soi; car^ qu'est- .ce au chef de la femme une couronne, que .l'enseigne de sa beauté, et une marque de grande lasciveté, une extrême impudence ^ et banqueroute à toute vergogne, une fonte et un brasier d'allêchemens? Partant , selon l'avis de Tapôtrc, la femme ne se parera point par trop Gurieu^ment} et afin que même par Tarli-
flce dé ses éh^VeUx, éllé lie sOit éJMiiNtaBée. Mais celui qui est le chef de l'hlômmé , et là beauté et face de la ferhme .cothine il est aussi dé l'Église , savoir Jésus'-Ghrist , qilél bôuqUet , t\M\é cduronbe de iléUrs et feuilles, je vous pi4e, à-t-Il pris pour l'un et l'autre sexe P C'a été, à mon opididn, d'épines et de chardons , en figure des péchés que cette chaiî* terrienne iions a pMduits , et que la vértki dé la croix i enléVës ' émdussant et rabattant les aiguillons de là mort, en la tolérance et patience de notre Sauveur, qui est notre ebef. Certes, outi*è ce qu'elle figui^ et signifie , dp y voit bien claireihent là cotttdmélié , la Vilenie , l'i^otnlnie et la crtiàutê qui y sont mêlées ensemble, lesquelles dbt ensstigladM, souillé , éctHThé et déchiré là ftice , les ttiùpes du Seigneur. Use donc à présent de couronnes de laurier, de myrte , d'olivier et autres feuilles d'arbres qui sont exeellens et célèbres , ou de ce qui est plus en usage, des roses à cent feuilles choisies aux jardins de Midas, et de toutes sortes de lis et de violettes, peut-être encore de perles et d'or, pour imiter la couronne qui fot donnée par après Jésus-Christ, pour ce qu'après avoir goûté le fiel, il suça le miel, et ne fut point salué par les anges roi de gloire « qu'il n'eût été mis en la croix ignominieusement comme roi des Juifs , et n'a été couronné de gloire et d*honneur qu'après avoir été premièrement rabaissé par son Père un peu au-dessous des anges. Que si pour ces choses tu lui dois ta tête, rends-la-lui si tu peux, de même et enmêmesorte en laquelle il a offert la sienne pour la tienne. Au moins ne te couronne pas de fleurs, si tu ne peux d'épines, car tu ne le peux pas de fleurs.
XV. Garde sans souillure ce qui appartient à Dieu, il leeouronnera s'il veut; maisà mieuxdire il le veut et nous y conduit quand il dit : «A celui qui vaincra je lui donnerai la couronne de vie.» Sois donc fidèle jusqu'au tombeau , combats comme lui un bon combat^ tu obtiendras la couronne que l'apôtre espère à bon droit lui être réservée. L'ange monte sur un cheval blanc pour vaincre, prend la couronne de la victoire; l'autre se pare etdamasqulnedes vives couleurs de l'arc céleste. Les prêtres sont les premiers assis avec couronnes, et même le Fils de l'homme reluit, au-dessus d*e la nue \ des filets rayvmatfS du mêàie or. Si l'ima^ est telle en tlsHm, quelle sera la vérité en {représentation^ itiàgàlrae et
TERTULLIEN
flaire les fleurs tant que tu voudras ; maïs ne condamne point à ces petits chapelets et guirlandes ton chef, qui est destiné pour le diadème, car Jésus-Christ nous a fait rois à Dieu son Père. Qu'as-tu à démêler avec une fleur périssable? tu as la fleur de la vierge de Jcssé, sur laquelle toute la grâce de Tesprit divin a reposé. C'est une fleur éternelle, incorrompue , non flélrissable , laquelle le bon soldat choisissant s'est promu et avancé de grade en grade aux dignités célestes. Rougissez, vous soldats romains, compagnons de celui noire chrétien, qui n'a voulu prendre la couronne, et qui ne mérite d'avoir l'honneur d*ètre juge de lui, mais de quelques soldais de Mithra, lequel initié et reçu en sa milice dans une caverne , vrai et propre
séjour du prince des ténèbres, reçoit, comme un bateleur qui veut contreFaire et contre-imiter le martyre, la couronne avec une épée, puis, Fayant mise sur sa tète , est commandé la faire cboire de sa main et peut-être de la rejeter par-dessus Tépaule , eu disant que Mithra est sa couronne. Et depuis ce jour-là , il n'est plus couronné , ce qui lui sert de marque de son approbation si d'aventure on veut faire épreuve en quelque lieu de son serment, et tout soudain il est tenu pour soldat de Mithra, s'il rejette la couronne et s'il a dit qu'elle était en son Dieu. Reconnaissons les ruses et desseins de Satan, qui affecte quelque chose du service de Dieu pour nous confondre et juger par la foi et religion des
siens.
.îj!iiir;4,
CONTRE MARCION
l'an 207 DE J.-C.
{Extrait.)
digne ^Çeut i
' Tertulllen établît d'abord l'unité de Dieu, avec autant de force que de dignité.
La grande , Tunique dispute qui nous divise (l.i,c. 3), est sur l'unité deDieu.Uhéré8ie,qni, à l'eiemple de la peinture et de la poésie, se croit tout permis, a prononcé et a osé la nier. Mais la vérité chrétienne nous apprend «qu'il ne peut y avoir qu'un Dieu , et il ne serait point • s'il n'était pas un. i> Il serait plus digne de lui de ne pas être du tout, que d'être d'une manière indi|^ de lui. Autant que la faiblesse humaine
nt déftnir Dieu, en consultant l'idée gravée dans chaique homme, Dieu est l'être souverainement grand , existant de toute éternité, qui n^est point né , qui n'a point été fait , sans fin comme sans commencement, souverainement grand par son essence, ses attributs, sa puissance. Avoir de Dieu une autre idée, c'est le méconnaître, cVst le nier en lui ôtant ce qui le constitue essentiellement. Mais comment peut-il être souverainement grand , s'il a un égal ? Et
< Cet extrait des cinq livres contre Mnrcton est de Tahbé deGourcy, qui l*ft publié en 1785 dans la Suite des émcieniJpolagi^s 49 la religion ctii^lienncf 2 yo-
tameiin*^.
il a un égal, s*il existe un second être souverainement grand. Deux êtres souverainement grands ne peuvent exister d la fois, parce que l'essence de l'être souverainement grand est de n'avoir point d'égal; et la prérogative de n'avoir point d'égal , ne peut convenir qu'à un seul. L'être souverainement grand exclut , efface nécessairement tout être, tout rival que vous prétendez lui égaler, par la raison même qu'il est souverainement grand, et que dès lors ce second être, quelque grand que vous le supposiez, ne peut plus être souverainement grand. Dieu est donc essentiellement un, et s'il n'était pas un, il ne serait pas du tout. Ainsi l'a défini la vérité chrétienne.
«Pourquoi (c. 4), dit-on, deux êtres souverainement grands n'existeraient-ils pas, comme deux rois qui sont chacun souverains dans leurs étals?» Ignore-t-on qu'on ne peut rien comparer à Dieu? Et loin que ces rois puissent soutenir la comparaison avec Dieu , ils disparaîtront si on veut les rapprocher de Dieu. Plusieurs rois régnent à la fois , parce qu'aucun n*est souverainement grand, et que cliacun d'eux peut
«vwdc^iopéricm ainsi que dM égaux. -
CONTRE MARCION
' Par une raison contraire (c. 6), Dieu, qui est soQTfrainefnent grand en tout, ne peut souffrir tégàl ni de colléf^e. Il est donc nécessairement dq; et si une fois Ton en admettait deux, on mit également fondé à en admettre un plus (nod nombre. Il n'y aurait plus de raison d^en lorner le nombre, car la raison qui empêche de nolciplierla Divinité, c'est que Dieu étant l'être souverainement grand, ne peut avoir d'égal; donc si le Dieu que vous imaginez a un égal , il n*e8t point l'être souverainement grand. Pourquoi donc n'aurait-ii pas des égaux, et à Tinfini ?
Quanta Timaginat ion de Marcion(c.26et27), qui dépouille Dieu desa justiceet de sa sévérité, pour ne voir en lui que la douceur et la bonté, et une douceur, une bouté qui jamais ne s'alternent, jamais ne s'émeuvent, en sorte qu'il ne se fâche point, ne condamne point, ne châtie iKMUt, parce qu'il ne juge point: je lui deman- «lerai seulement comment ce prétendu Dieu pourra maintenir l'ordre et réprimer le mal. En Tain porte-tHi des lois , s'il ne les fait pas observer; en vain défend-il de commettre le crime, s'il ne le punit point quand il est commis. Pourquoi plutôt ne p9s le permettre? du moins ne verrait-on pas cette révoltante contradiction; et c'est permettre tacitement le crime, que de le laisser impuni. Il le défend cependant; mais il ne défend que ce qu'il ne veut pas qui se fasse. Et peut-il voir faire ce qu'il ne veut point, sans en être ofVpnsé, être offen.se sans se mettre en colère , se mettre en colère sans se venger ? I^a vengeance est le fruit de la colère , la colère est due à i ofience, Toffence est la compagne de la volonté méprisée.
Sa bonté est une f^aiblesse, son amour de l'ordre un fantôme, ses luis sont sans force. Le crime est en sûreté.
Votre Dieu ne se venge point ; il ne se fâche donc pas, il n'est donc pas offensé lorsqu'on agit contre sa volonté ? Le crime se commet contre sa volonté sans la choquer; il n'est donc pas contre sa volonté?
«Dieu ne juge point, dites-vous, parce qu'il est indigne de lui déjuger. oVous vous trompez; rien n'est plus indigne de Dieu que de ne pas ^ire respecter et observer ses préceptes. Il se joit à lui-même de venger son autorité et de se kin obéir ; il doit aussi balr le mal", i( est in*
digne de lui, non de le châtier, mais de l'autoriser par l'impunité. Vous vous contredisez grossièrement. Dieu ne voulant pas le mal, de votre aveu, par là même il le juge; le défendant, il le condamne; le condamnant, il est nécessaire qu'il le punisse. Il le défend, dites-vous, et le condamne, mais en même temps il le permet en le laissant commettre par mollesse ou par indolence. Enfin, il l'absout en ne le punissant point.
Je dis plus : Dieu n'est pas même parfaitement bon s'il ne hait le mal ; c'est par amour même pour le bien , qu'il doit avoir le mal en horreur; c'est en exterminant le vice, qu'il met à couvert la vertu. La bonté que vous attribuez â Dieu, est une bonté stupide, injuste, déraisonnable, une bonté chimérique, et qui aurait les plus funestes suites, si elle existait réellement.
Écoutez , pécheurs , vous avez un Dieu td que vous pouvez le souhaiter, de qui vous n'avez à craindre ni enfer, ni supplices , ni ver rongeur, ni flammes dévorantes. Il défend le désordre , mais de paroles seulement ; il n'est que bon, il ne veut être qu'aimé, et jamais craint. Quoique père, quoique maître, il ne se réserve sur vous aucun droit ; il dépend absolument de vous de lui obéir ou non. Avez-vous â délibérer, si vous n'avez rien â craindre de sa justice ? Pourquoi ne pas vous satisfaire , donner un libre essor â tous vos penchans, à toutes vos passions? Pou^ quoi, dès qu'on vous presse de sacrifier aux idoles, ne pas aussitôt prendre l'encens pour le faire brûler en leur honneur? a A Dieu ne plaise ! » répondez-vous. Vous craignez donc de pécher, vous reconnaissez donc un Dieu que vous craignez, un Dieu qui défend le péché, et qui en tire vengeance.
Le devoir (I. ii, c. 2), ainsi que l'intérêt de l'homme, est d'adorer Dieu, et non pasdele juger ; de mériter sou amour , de craindre sa sévérité, et non pas d'examiner ses œuvres^ Y a-til rien de plus téméraire et de plus insensé que ces superbes censeurs qui osent dire : «Dieu ne devait pas faire ainsi, mais plutôt ainsi?»conune si l'homme pouvait i ien voir dans les conseils de Dieu , que l'esprit de Dieu seul connaît.
Isaîe , par un esprit prophétique , voyait déjà ces censeurs ; et pour les confondre : a Qui a
* Job, e. u.
TERTULLIEN
cèmnù , 8*écriaft-il , lès peiisées du Sef^ur ? qui « é(é soti tonseiller^?» Et Tapôtre de même : «O profondeur des richesses dé la sagesse et de la science de Dieu, que ses jiigemens soot incoiiipréh nsibles ! que ses voies sont impénétrables * ! »
Quoi ! des liommes se croire plus pénétrans et plus justes que Dieu ! Gomme la sagesse des hommes est une folie devant Dieu , aussi la sagesse de Dieu parait folie aux hommes. Mais nous savons que la folie de Dieu est plus sage ([{ùe la sagesse des hommes; que la faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes. Dieu n*ést jamais si grand , si bon , que quand il le jfiaratt moins aux hommes. G^est avec cet espHt du monde , cette prétendue sagesse aveugle dans les choses de Dieu , qu'ils osehl Sonder et tensnrer ses conseils. Enfans d*Adam, nous avons hérité de lui cet esprit d'orgueil et d*indotililé , ()ul lui fit juger, condamner et transgresser la défense que sbn créateur et son bienfâheùr lui avait faite; mais nous avons bien enchéri sur ihi. Il ne savait pas critiquer les ouvrages de Dîieu, il ne savait pas blasphémek* ; il confessait qu'il avait été séduit; il montrait la séductrice. Il ne disait pas â Dieu , comme ses descendant : a C'est avec bic^h peu de sagesse que Vous m'avez fait.» Adam n'était qu'un apprenti éh irréligion : Radis adhuc hœreticus fuit
Si Dieu est bon, dît Marcion (c. 5, 6), s'il coniialt l'avenir, et sll est tout-puissant, comment â-t-il pu arriver que l'homme, fait â son image et âsa ressrtiiblance, ait été séduit parle diable, ait mérité la mort en transgressant sa loi? Bon, il a dû vouloir que cela n'arrivât point ; connaissant l'avenir, il a vu que cela arriverait; toutpuissant , il a pu l'empêcher. Puisque le péché est arrivé, il faut donc que Dieu manque ou de bonté, ou de prescience, ou de puissance.
Je tirerai ma preuve d*: ses œuvres, répond Tèrtiillien; c'est la meillenre de toutes les preuves. Or, les oMivres de Dieu , c'est l'univers rem- [kli de biens, rempli de merveilles ; cet univers, (Mxxlnit de rien , prouve invinciblement la puissance du Gréateur, sa bonté, sa prescience même, (|Ui d'ailleurs a autant de garans qu'il y a de prophètes. Eu créant , en ordonnant les différentes parties de l'univers, Dieu prévoyait né
lnîe,40— *Rom., 11.
cessairement l'efFeC qui devait en résulter, et ce n'est qu'en le prévoyant qu'il a pu les ordonoei; il prévit indubitablement la désobéissance de nos premiers pères, puisqull voulut lui opposer comme une barrière la crainte de là mort. Le péché ne saurait donc être attribué au débat d'aucune de ces perfections en Dieu. Il ne reste donc qu'à en chercher l'origine dans là natve et la constitution de Tliomme.
Dieu a créé Thomme à sa ressemblance, et cette ressemblance parait surtout en ce quil i'i fiiit libre et maître de sa volonté. La défense que Dieu fît au premier homme , la menace lie mort en cas de désobéissance, prouvent qoe riiomihe était libre d'obéir ou de désobéir. Les lois portées dans la suite par le Seigneur, qni ta mis devant Ihomme le bien et le mal, la vie et la mort;» ses exhortations comme al» menaces, tout cela prouve manifestement qse l'homme est né libre d'observer la loi ou dels violer. G'est donc au libre arbitre de l'hoBse qu'il faut imputer le mal.
Mais, objecte-t-on (c; 7, 8), dès que le donda libre arbitre devait être si fatal à l'homme, Dieu n'aurait pas dû le lui faire. Je soutiens au contraire que ce don là est un effet de la sagesse et de la bonté de Dieu. 11 fallait que Dieu fût connu; il fallait quil y eût de ses ouvrages capables et dignes de le connaître : qui en est plus digne que l'être produit du souffle de Dieu même, à son image et à sa ressemblance? Diea étant hbre, son image devait Fètre; mais comme Timage ne peut atteindre la perfection de son divin original , comme elle n*eat que le souffle de Dieu et non sa substance, elle est nécessairement défectueuse par quelque endroit; elle est capable d'abuser de sa liberté; en un mot elle nest pas impeccable, parce qu'dle n'est pas Dieu. L'homme créé pour être le maître de l'univers, devait surtout être le maître de lui-même. Dieu seul est bon par sa nature ; il est par sa nature , par son essence, tout ce qu'il est. L'homme, au contraire, n*a rien que ce qu'il a reçu ; il n'était bon que parceque son auteur. Fauteur de tout bien , l'avait fait tel; pour que la bonté devint propre, et passât en quelque aorte en nature , pour qu'il put mériter, il fallait qu'en vertu de son libre arbitre , il choisit de lui-uiémë le bien en rejetant le mal. Sans cette liberté, faiUe contre le mal , e&tralaé par le
CONTRE MARGION.
I n'eût été ni vertuein ni criminel , il é que Yil esclave du vice et de la vertu, I de récompense ainsi quedechâfimeot:
ressité insurmontable eût fait tout , la n'eût rien fait. Dieu lui impose des lois, ivertit qu'il le ju^j^era : ces lois , ce jugeupposent nécessairement dans l'homme té de se déterminer librement au bien lal , d'obéir et de désobéir à la loi , aulre- ;es lois seroient absurdes, ce jugement
; avons vu que la bonté et la sagesse de iraient conspiré à faire l homme libre; it nous suffire. Nous ne devons pas nous ébranler par les suites et l'abus de cette entièrement contraires au dessein de et qui ne peuvent être imputés qu'à e. La bonié de Dieu, dont tous lesousont nécessairement bons, n'a pu rien *e de mal; Tliomme seul doit s'accuser et aroner; c'est faute d'avoir réfléchi sur les s de Dieu et sur la nature de Thomme , se faire des reproches au Créateur.
ce que nous venons de dire, tout eit à dans Dieu, sa bonté, sa sagesse, sa pressa puissance. Dieu est ferme et invalans ses desseins ; ayant une ft>is donné à le le libre arbitre, il a dû lui^n laisser âge, sans que sa prescience qui prévoyait et sa puissance qui pouvait le prévenir, 'nt obstacle; autrement il eût changé , il Iruit l'ouvrage de sa sagesse et de sa
losons que sa prescience et sa puissance empèclié labus, et par conséquent :e de la liberté humaine, qu'il eût éloigné Je Farbre fatal, chassé le serpent séduc* )rsquil allait aborder Eve; quels reprovous croiriez-vons pas en droit de lui i^ous le taxeriez de faiblesse, de légèreté, stance , de manque dé prévoyance. S'il a e libre arbitre , pourquoi s'y oppose-t-il P et s'il s'y oppose^ pourquoi l'a-t-il ^ L'homme seul eût été coupable en violoi qui lui était imposée; mais le législalût pas dû la révoquer lui-même, renver- Ire qu il venait d'établir.
Q root, tout ce que vous auriez dit contre teur, contre son inconstance, son oppolui-niêmp , ditet-le dope pour loi, pour
sa fermeté, sa fidélité, n pniatanee, oè brillent et sa sagesse et sa bonté. Non content d'avoir donné la vie à Thomme, il loi avait commandé de bien vivre , en se conformant à sa loi ; et loin de l'avoir créé pour la mort , il vent le rappeler â la vie ; il ne veut point ia mort du péchear, mais sa conversion. Il avait mis l'homme dans un état de vie , et Thomme s'est lui-même donné la mort; et ce n'a été ni par fiiiblesae iri par ignorance, en sorte qu'on ne saurait rien imputer à Dieu : ni le péché; Dieu lavoit défendu, il l'a condamné , puni et effacé ; l'homme léol s'en est rendu coupable par l'abus de sa liberté: ni la mort; Dieu l'en avait menacé pour qu'il s'en préservât; rhomme Ta méritée par sa déso« béissance volontaire. Jamais Dieu n'eût mil l'homme sous le joug dé la loi, s'il né lût eût donné la force de le porter. Jamais il n'rùt me^ nacé le Iransgresseor^ si la transgression etH pu être excusée. Adam, l'image et la ressemblance de Dieu, n'était pas inférieure à son ad* versaire, l'ange rebelle et dégradé ; aussi tous les jours avec cette même liberté qui a péché dans Adam, Thomme triomphe de l'ennemi du
salut, et accomplit la loi divine Quelle gloire
pour l'homme de vaincre son vainqueur! Mais cet esprit pervers et séducteur est donc l'ou-^ vrage de Dieu? Dieu, il est vrai, l'avait créé, mais brillant de gloire , orné de la justice et de la sainteté. Lui seul s'est perverti , s'est dégradé par l'abus coupable de sa liberté; Dieu l'avait fait ange, il s'est fait démon. Ainsi il est démontré et il est incontestable que tout le bien vient du Créateur, tout le mal de la créature libre et rebelle à son Créateur.
Jusqu'à la chute de l'homme (c. 1 1), Dieu ne paru t que bon ; depuis il se montra juge Sévère^ cruel même ^disent les marcionites. Alors la femme est condamnée à enfanter dans la douleur, et à être assujettie à son mari, elle qui auparavant lui avait été donnée pour compagne, qui avait vu avec plaisir son Créateur les bénir tous deux, en leur disant : a Croissez et multipliel» La terre est maiidite, elle était bénie auparavant; elle se hérisse de ronces et d'épines^ auparavant elle ne portait que des plantes utiles et des finits agréables. L'homme ne gagne plus son paio qu'à force de travail et à la sueur de son front; auparavant il vivait sans peine de tous les fruits que^hii offriit le jârdia du paradis. L'bunfiieTst
TERTULUEN.
condamné à rentrer dans la terre d'où il venait f de sortir , à subir la mort , lui qui était destiné à vivre toujours. U est couvert de peaux; auparavant il était nu sans s'en apercevoir. En un mot, la bonté de Dieu a précédé; il la tire de son fonds; la sévérité a suivi ; c'est nous qui l'avons provoquée.
Attaquez donc dans D!eu la qualité de juge, TOUS qui avez imaginé un Dieu qui n'a que de la douceur et de la bonté. Mais ce fantôme de Dieu est un être faible, pervers et nul, qui donne des lois, établit un ordre qu'il ne sait ni soutenir, ni venger, puisqu'il ne juge point. Vous osez censurer Dieu comme juge ; vous devez donc canoniser Tinjustice qui est un bien , dès que la justice est un mal. Mais si vous êtes forcé d'avouer que l'injustice est un mal, un très-grand mal, vous Téies aussi de reconnaître que la justice est un très-grand bien. Des qualifications contraires conviennent nécessairement à des vices et à des vertus diamétralement contraires. . .
La justice est non-seulement très4)onne , et par conséquent une espèce de bonté; elle est encore le rempart et le flambeau de la bonté ; la bonté cesse de Tètre , si la justice cesse de l'accompagner et de la guider. Rien de ce qui est injuste ne saurait être bon , et tout ce qui est juste est nécessairement bon.
Si la bonté (c. 12).estin8éparablede la justice, la chimère d'un Dieu qui ne serait que bon, comme d'un Dieu qui ne serait que juste, s'évanouit nécessairement. La bonté et la justice de Dieu brillent également dans tous ses ouvrages. La justice de Dieu, sans doute, ne vient pas de î'iiyustice de l'iionmie. Dieu n a pu être sans sa justice; toutes les perfèclionsdanslui sont essentielles et étemelles; mais depuis le péché de l'homme , la justice divine a eu des fonctions particulières.
Depuis que le mal est entré dans le monde (c. 13), que la bonté de Dieu a été blessée, sa justicea dirigé sa bonté. Elle Ta offerte à ceux qui en étaient dignes, l'a refusée aux indignes, l'a ôiée aux ingrats , l'a vengée de ses ennemis. Elle juge , elle condamne, elle punit: ses jugemens, ses punitions, la terreur qu'ils inspirent, sont un frein contre la licence, un encouragement à la vertu. Quelque recommandable que soit la
vertu par «IteHDliiie , en icndt-ce aïoez pour Igi
acquérir, du moins pour lui conserver beaucoop de partisans, si on pouvait s'en écarter impunément P Contre tant de pièges semés sur la route de la vertu , contre tant d'attraits an mal , la crainte des jugemens de Dieu n'est-elle pas nécessaire sur les caractères même les plus révoltés contre le bien , les plus enclins au mal ? La voie du vice est la voie large , et de tout temps la plus fréquentée; mais ne le serait -elle pas encore plus, si on était sûr qu'il n'y a rien à craindre en la suivant? Le Dieu juste feit retentira nos oreilles les plus terribles menaces; i peine suffisent-elles pour nous intimider , pour sauver notre innocence. Que serait-ce donc s'il gardait un silence éternel ? Prétendrez-vous que la justice de Dieu est un mal, tandis qa'dle s'oppose si vigoureusement au mal? Nierez-voos qu'elle soit un bien , tandis qu'elle seule commande efficacement le bien ? Aimeriez-voua on Dieu tel que les passions le voudraient, qui hvorisât ou tolérât le crime ?Appelleriez-voos un Dieu bon, celui qui rendrait tous les hommes méchans par l'assurance de l'impunité ?
Un Dieu bon est nécessairement un Diea qoi ordonne et qui exige le bien. Un Dieu, à moÎDS que lui-même ne soit souillé par le crime, est l'ennemi du crime; s'il en est l'ennemi, il le poursuit et le punit. Rien dans tout cela ne dén^e à b bonté de Dieu , puisqu'il n'est tout cela que pour notre bien.
G*est dans notre croyance seule qu'il se montre véritablement tout-puissant ; puissant pour récompenser, puissant pour punir. Vous le dépouillez d'une partie de sa puissance, si vous ne lui attribuez que le pouvoir de faire do bien. Je ne saurais même attendre avec certitude de récompense de sa part , si vous dites qu'il oe peut que récompenser. La punition du crime suit nécessairement la récompense de la vertu ; œlin qui ne peut pas le premier, ne pourra pas non plus le second. L'idée de la justice est renfermée essentiellement dans l'idée de la Divinité.
Dieu est à la fois père et maître ; père par sa clémence , maître par sa loi ; père par sa puissance bienfaisante, maître par sa puissance sévère ; comme père, infiniment aimable; comme maître infiniment redoutable : aimable, parce qu'il préfère la miséricorde au sacrifice; redoataUe, parce qu'il ne souffre point le péché;
«U»|d^ » parce qu'A veut k repeatir do pécbcor
CONTRE MARCION-
et moû pas sa mort ; redoutable parce qu'il ne jNurdonoe point au péciieur impénitent. Aussi la ki dit tout ensemble : « Vous aimerez Dieu et vous le craindrez ; » lun est pour le fidèle, l'autre INNir le rebelle.
Le même Dieu (c. 14) estjlout à tous; il frappe, ilgiiérit; il donne la mort et il rend la vie; il hiàuîlie et il glorifie ; il crée le mal et il fait la faix. Mais de là Thérétique prend occasion de nous reproclier que notre Dieu dit lui-même , ^*il est auteur du mal. Il faut démêler Téquivoqne du mot mal, et la difficulté s'évanouira. . Il y a deux sortes de maux ; les maux qui sont des crimes, et les maux qui sont les peines des crimes. Nous distinguons avec soin deux choses si différentes, que nos adversaires ont intérêt de confondre. Les maux crimes, c'est le diable qui en est le fière; les maux peines, Dieu en est Fauteur. Les uns sont les fruits de finiquité, les autres sont des actes de la justice de Dieu, qui puait des maux criminels par des maux justes.
Dieu se dit Tauleur de ces derniers maux qui sont infligés par un juge vengeur ; ce sont à la vérité des maux par rapport aux mécbans qui les souffrent, et qui condamnent de véritables biens comme des maux ; mais ce sont en euxmêmes , et à parler exactement, des biens , puisqu'ils sont justes, qu'ils vengent la vertu et châ • tient le vice; par conséqueut ils sont digues de Dieu.
Si vous le niez, prouvez donc qu*il$ sont injustes, prouvez que c'est injustement que riiomme, transgresseur et contempteur de la loi divine , est puni ; que c'est injustement que les désordres et Timpénitencc des hommes ont fait tomber du del et les eaux du déluge et des feux dévorans; que c'est injustement que TÉgfpte, livrée aux superstiiions les plus honteuses et les plus criminelles, adorant ses crocodiles et méprisant le vrai Dieu , persécutrice du peuple de Dieu, a été frappée de ces dix plaies fameuses. Si Dieu a souvent châtié son propre peuple, c'est que son peuple était ingrat et rebelle.
En un mot , pour condamner Dieu , juge et vengeur du crime et de l'injustice, il faut que vous justifiiez le crime et l'injustice.
Examinez (c. lô) la conduite du souverain juge; prouvez, si vous pouvez, qu'il est ipjuste,
qu'il a puni des crimes qui n*eiistaient point ; sinon, dès que ses jugemens sont justes et ses châtimens mérités, sa sévérité même est juste et louable, et toutes ses suites, la colère et la jalousie, ce que vous appelez cruauté. Vous ne condamnez pas un chirurgien, vous ne condamnez point les instrumens dont il se sert pour couper et pour brûler, et sans lesquels il ne peut exercer son art; mais condamnez-le s'il coupe où s'il brûle mal à propos et sans nécessité. Appliquez ceci aux jugemens de Dieu.
Nous avons été instruits à l'école des pro* phètes et de Jésus-Christ et non pas à celle d'£picure ni des autres philosophes. C'est pourquoi nous sommes bien éloignés de penser que la Divinité ne prend aucun soin des choses humaines.
a Mais, nous disent les hérétiques, si Dieu a de la colère, de la jalousie, s*il se venge, il est donc changeant, corruptible et mortel, d Ces raisonoemens n'effraient pas les chrétiens, qui croient en un Dieu mort , et néanmoins vivant éternellement. Mais qu'elle extravagance de juger de Dieu par Thomme, de transporter à la Divinité nos passions et i.as Faiblesses! Ne nous laissons pas tromper par la ressemblance des noms. Il y a autant de différence entre les sentimens de Dieu et ceux des hommes, quil y en a entre leurs natures. Cest ainsi qu on attribue à Dieu des yeux, des bras, des oreilles, quoiqu'il ne puisse y avoir rien de semblable dans Dieu. 11 suffit de réfléchir que Dieu est le créateur des hommes, pour éloigner de lui tout ce qui ressent l'imperfection et la mortalité humaine : Dieu a sans doute toutes les bonnes qualitésde l'homme, mais de la manière qui convient à Tétre parfait et étemel, sans émotion, sans changement, sans altération. C'est ainsi que son courroux, son indignation, sa jalousie s'enflamment contre les ingrats, h s superbes, contre tous les roéchans. Ainsi est-il compatissant pour les faibles, patient à regard des pécheurs, juste pour tous, généreux et magnifique pour les bons.
Les marcionites ne(c. \7) veulept pas reconnaître dans le même Dieu, avec la souveraine justice, cette bonté universelle qui lait pleuvoir sur les bons et sur les méchans, qui fait lever le soleil sur les justes et sur les injustes. En vain, Marcion a-t-il voulu effacer de l*Évangile ce témoignage que le Cbrist rend au Créateur. Qu'il
scrpcns, et la figure d'un grand naystèrc , ni les figures de chérubins qui décoraient rarchc du Seigneur, et qui n'avaient non plus aucun rapport à ridolàlrie , n*ont pu être renFermés dans la défense.
Si Dieu rejetle les sacrifices des juiBs, qu'il avait cependant ordonnés, s'il déclare qu'il les a en abomination , ce n'est point légèreté de sa part; c'est qu'on les lui offrait avec des intentions criminelles , avec des mains et un coeur souillés. Et Dieu ne désire pas de sacrifices pour eux-mêmes : u Je ne me nourris pas, dit-il , de la chair des taureaux , et je ne bois pas le sang des boucs.» Par une raison contraire, les oblatk)ns d'Abel et le samfice de Noé lui plurent. Un puissant roi agréera les dons les plus modiques, présentés par le zèle et la fidélité , tandis qu'il rejettera tout ce qui viendrait d'une troupe de factieux et de rebelles.
On n'aurait pas moins de tort (c. 33) de reprocher à Dieu de tenir une conduite différente à regard des mêmes personnes en des lempsdifférens, de rejeter ceux qu'il avait autrefois choisis, comme s'il y avait de sa part ou de l'inconstance, ou défout de connaissance de l'avenir. Dieu se comporte en cela comme un juge intègre , qui condamne ou absout selon le mérite actuel des personnes qu'il a à juger. Ainsi Saûl est choisi , lorsqu'il était distingué par sa vertu entre tous les enians d'Israël. Il est rejeté, lorsque par sa désobéissance et son obstination , il s'est attiré ce châtiment. Salomon est réprouvé , lorsque des femmes étrangères ont égaré le plus sage des rois, et l'ont asservi au culte des idoles.
Quedevrait donc foire notre Dieu pour échapper à la censure des marcionites (c. 24) P Condamner la vertu à cause du vice qui la souillera un jour, ou canoniser le vice par égard pour des vertus qui n'existent plus? Que l'homme soit constant dans le bien ou dans le mal , Dieu sera toi^ours le même à son égard. Gbange-t-il ? la justice de Dieu exige qu'il le traite selon que son changement le méritera.
Vous opposez l'ancien testament au nouveau (I. m, c. 24 et I. iv,c. 14). Vous ne cessez de décrier les promesses temporelles renfermées dans le premier. Ignorez-vous que notre Dieu, le créateur de l'univers, est.également le maître du cid et de la terre; qu'il peut disposer également
TERTULLIEN
des biens temporels et des biens éternel: a commencé par promettre les premiers préparer aux autres, afin que sa fidélité d objets moins importans fût le gage de $ liié dans des biens d'un ordre plus relevé leurs il a laissé aux serviteurs la fonclioi noncer la gloire et les biens terrestres. Il a i à son fils , et à son Christ d'annoncer le célestes et divins.
Vous triomphez (1. ii, c.24), en nous ob une difficulté que vous croyez insolub'< qu'on lit dans quelques endroits de nos Éc que Dieu s'est repenti de ce qu'il avait fai vous inférez que non-seulement Dieu n ou de constance ou de prévoyance , mais qu'il se reproche quelque faute. «Je r pens,» dit le Seigueur à Samuel, «d'avoû Saûl roi. »
On ne prend pas garde que c'est là uni de parler énergique que Dieu emploie reprocher à celui qu'il rejette , son crime ingratitude, qui l'obligent à lui relir grâces. Le terme de repentir dans la I
d'un homme, signifie, il est vrai, le reg d'une erreur, ou d'une faute , quelquefois du bien ; mais il ne saurait avoir ce sens < bouche de Dieu , qui ne peut ni se trom[ foire le mal, ni regretter le bien. C'est dit Samuel à SaQl : «Le Seigneur vous a royaume dlsraël , pour le donner à un qui en est plus digne que vous; et n'espéi qu'il change de résolution. Jamais il ne rive , comme à Thomme , de se repentir. » penlir, en un mot, ne peut avoir sa sour dans la légèreté , le défaut de prévoyance persévérance dans le bien. Il ne peut d< mais se trouver dans Dieu à l'égard de rh< Le repentir appliqué à Dieu , que peut-i signifier? Rien autre chose qu'un chang de conduite, mérité par le cbangemc l'homme.
Répondons(c. 25) encore à quelques eh de nos adversaires. Pourquoi Dieu dit-il à i dans le paradis: a Où êles-vous? » Il ig donc où il était?
Le Seigneur ne pouvait pas plus ignc lieu où il s'était caché, que le péché qu'il de commettre. Ces mots ,« où ètcs-vous ». pas seulement rapport au lieu ; ils sont ui mencement de reproche , et ils indiquent
CONTRE MARCION
tffireot o& Adam était tombé. Sans doute un coin du jardin ne pouvait être caché à celui qui tieni Funivers dans sa main , dont le ciel est le trône et la terre Tescabcau ; et quand Dieu demande à Gain où est son Frère Abel , il avait enteoda la voix du sang d*Abel, qui criait du sein de la terre; mais il voulut donner à Adam le moyen de confesser son crime , et de commencer par là à Texpicr. Il permit au contraire que Gain mit le comble au sien par le mensonge et par rendorcissement: aussi Dieu eutpitiéd* Adam et maudit Gain , et donna deux grandes leçons aux pécheurs de tous les siècles.
Pour toutes les faiblesses , indignes de Dieu (c 27), que vous reprochez à Jésus-Christ, je dirai, en un mot : que Dieu n'a pu se faire homme, et eonverser avec les hommes, sans en prendre les sentimens, les aHections, les faiblesses même, pour tempérer par là Téclat de la majesté divine, que rceil de Fhomme eût été incapable de soutenir. Je dis que Dieu n*a pu se faire homme sans descendre à des choses indignes de lui , si Toos voulez, mais cependant nécessaires pour lliomme , et qui par là redeviennent dignes de Diea, puisque rien n'est plus digne de Dieu que leaalntdelliomme.
Tout ce que vous concevez de grand, de digne de Dieu, vous le trouvez en Dieu le Père, toujours dans le ciel , invisible , inaccessible , et pour ainsi dire le Dieu des philosophes. Tout ce que vous regardez comme indigne de Dieu se trouvera dans le FiLs, qui a été vu et entendu parmi les hommes, ministre de son Père , réunissant dans lui Thomme et le Dieu; Dieu. par sa puissance, homme par ses faiblesses, qui donne à l'homme tout ce qu'il ôte à Dieu ; enfin Fopprobre de mon Dieu est le mystère du salut des liommes. Dieu était avec les hommes comme leur ^al , afin que Phomme pût agir avec Dieu comme son égal ; Dieu sesl fait petit pour rendre Fhomme irés-grand ; Dieu vivait au milieu des hommes, pour apprendre à Tbomme
à se comporter comme Dieu ; et partout il est en butte à vos censures! Gomme juge, vous trouvez qu'il est sévère jusqu'à la cruauté. Vous voulez qu'il ne soii que bon , et sa bonté, son amour pour les hommes, vous les traitez de fai» blesse et de bassesse. II ne saurait obtenir votre suffrage ni dans sa grandeur, ni dans son abaissement , ni comme juge, ni comme ami!
Quoi de plus honteux, me dit-on , que la naissance de votre Dieu (I. m, c. 2)? Déclamez donc tant qu'il vous plaira contre les saints et vénérables ouvrages de la nature. Déclamez contre ce que vous avez été , contre ce que vous êtes vousmêmes : pour moi je demeure attaché au Christ , je ne souffrirai pas qu'on me sépare de Jésus, quelles que puissent être ses humiliations. Par la raison même qu1l est humilié , qu'il est méprisé, je le reconnais pour mon Christ. Les prophètes nous ont annoncé que tel serait le Christ. Sa bassesse prouve sa grandeur. S'il n'était pas faible, s'il n'était pas rassassié d'opprobres , ce serait un faux messie ; ce ne serait plus mon Dieu.
Nous trouvons (1. iv, c. 21) dans les prophètes un long détail des bassesses et des faiblesses du Christ; à sa naissance, avant sa naissance, pendant sa vie et à sa mort , jusqu'à paraître un vil insecte plutôt qu'un homme. « Celui qui rougira de moi devant les hommes, dit-il, je rougirai de lui devant mon Père. » Nous devions être guéris par ses plaies , sauvés par ses opprobres ; et ce n'est pas sans raison qu'il s'est abaissé , qu'il s'est anéanti, puisque c'est pour l'homme, son ouvrage, son image et sa ressemblance. L'homme qui n'avait pas eu honte d'adorer le bois et la pierre, ne devait pas avoir honte de reconnaître à ces traits le Christ; il devait du moins montrer le même courage pour le libérateur et le réparateur du genre humain ; il fallait que par la sainte impudence de la ibi, il satisfit à Dieu pour la coupable impudence de l'idolâtrie.
MINUCIUS FÉLIX
OCTAVIUS