FEUX
lui qui ne sait pas la vérité demeure oonn i h première difficulté qui se présente, et change autant de fois d'opinion qu'il trouve de raiion contraires. Il ne faut donc pas s'étonner i Gécilius se trouve agité et chancelant en cette rencontre ; mais je lui veux apprendre la vénlé afin qu'il ne flotte plus dans l'incertitude comme auparavant. Or, comme il ne peut souffrir que des gens sans lettres et de pauvres ignorans, comme il nous appelle, disputent dei choses divines , il faut qu'il sache que (oui iei hommes sont nés raisonnables , sans di|ti|l^ tion d'âge , de qualité , ni de sexe , et qu'ils ne doivent point leur sagesse à la fortune t mais à la nature ; que même les philosophes et ks autres célèbres inventeurs des arts et des sciences ont été regardés comme de la lie iu peuple et des ignorans , avant que d'avoir h\% (lar^ttn leur esprit dans leurs ouvrages, tant il est vni de dire que les riches , idolâtres des trésors , considèrent plus for que le ciel, et que pç son! des pauvres comme nous qui ont découvert la sagesse, et qui l'ont montrée aux autres. De sorte que l'esprit ne vient pas avec les Iriens, et n'est pas le fruit de l'étude, mais que c^est un avantage de la naissance. U nefi^utdoocpai se plaindre ni se mettre en colère, dé voir les hommes s'enquérir des choses divines , et vouloir en di>^ ce qui leur en semble; pp ne 4t>ît pas regarder à la qualité de celui qui p^rlç, mais à la qualité des paroles. La vérité mèoie est d'autant plus visible, que le discours est plus dépourvu d'ornement, parce qu'elle Q^est point déguisée par l'artifice de Téloaii^ice, mais demeure en sa naïveté, comme elle doit être pour être la règle du bien et du mal.
XVII. (t Je ne nie pas pourtant ce que Cédlius s'est tant donné de peine à prouver: que l'homme se doit connaître et considérer sa fin, sa nature et son origine; s'il a été fait par l'union des élémens, et par l'agencement des atomes; ou si ce n'est point Dieu qui l'a fait lui-mêirne, et qui l'a formé de ses propres mains. M^is nous ne le pouvons apprendre que par la connaissance de cet univers et de son auteur; car ces choses sont si bien jointes et liées ensemble, que nous ne pouvons connaître l'homme , que nous ne connaissions Dieu auparavant, ni être bjen capables de la connaissance des choses d/u monde, que nous ne connaissions le monde.
OCTAVIUS
|t ccrfei, puisque c'est en ced que nous diffénm des bètes , qu'elles sont courbées contre lirre comme ppur y chercher leur nourriture , ttque nous avons le visage élevé pour contemfkr le ciel , et une raison qui nous apprend qnll y a un Dieu , et qui nous rend en quelque sorte semblables à lui , nous ne pouvons sans crime fermer les yeux à une si grande lumière, et c^est une espèce de sacrilège de chercher en terre ce que nous devons trouver dans le ciel. Et certes, U fout n'avoir point d'yeux ni de sentiaient pour s'imaginer que foute cette grande et admirable machine ait été faite par un assemblage d'atomes , et non pas par la sagesse d*nn Dieu ; car y a-t-il rien de plus clair, quand on vient à considérer les cieux et à contempler toute la nature, qu'il y a quelque excellent esprit qui a compassé toutes ces choses , et qui les conduit et les gouverne par sa providence. Goasidérofis le cid avec toute son étendue et la rapidité de son cours , soit lorsque la nuit il est tout semé d'étoiles , ou lorsqu'il est éclairé par le soleil : nous verrons dans ce mouvement étemel réluire sa sagesse divine. Que dirai-je de cet astre dont le cours marque les années, et de cette planète inconstante qui détermine les mois par sa mort et par sa naissance ? Parlerai je de cette vicissitude éternelle des ténèbres et de la lumière, qui en produit une nuire, du travail et du repos. (Test aux astrologues A entrer dans le discours des astres, dont ils connaissent les vertus et les influences , et à nous apprendre celles qui règlent les semences et les moissons, les navigations et 1rs vents, et qui font la science du pilote et du laboureur. Ost assez que pour arranger tontes ces merveilles et leur donner cet ordre qu'elles gardent éler- Dellement,il ait fallu un esprit divin et une sagesse extraordinaire. Et certes , qui en peut douter , puisqu'il en faut mène pour lescomprendrePQuoi! cette diversité des temps et des maisons qui marchent toujours d'un pas égal , ne parle-t-elle pas de son auteur, et ne publietelle pas ses louanges? Le printemps était nécessaire pour produire les fleurs , l'été pour Mûrir les fruits et les moissons, l'automne pour ichever doucement cet ouvrage ; mais l'bivcr je l'était pas moins pour le repos et le soulagenent de la nature. Cet ordre continue toujours ans se troubler ni se perdre depuis tant de
siècles, et serait bientôt changé ai la fortune était la maîtresse du monde. D'ailleurs , quelle sagesse d'avoir tempéré l'hiver et l'été par l'automne et le printemps, avec tant d'art eC de jugement qu'on passe insensiblement des ardeurs de l'un aux froids de l'autre, sans éprouver les rigueurs des deux contraires! Considérez la mer ! un peu de sable lui sert de borne. Voyez les arbres ! les entrailles de la terre leur donnent la vie. Admirez ce flux et ce réflux de l'Océan, ces sources éternelles qui arrosent le monde, ces fleuves qui coulent continuellement, la terre si bien disposée eu plaines, en vallons, en montagnes! Que dirai-je de tant d'animaux qui ont chacun leurs défenses difKrentes? ceux-ci sont armés de cornes » ceux-li de dents ou d'aiguillons, les autres de griffos et d'ongles ; quelques-uns n'ont pour armes que la vitesse ; mais tous tant quils sont , ils ont obtenu de la nature pour se défendre, ou la lé*^ gèreté , ou la force, ou l'adresse. La forme de l'homme surtout proclame un Dieu pour auteur; la stature droite, le visage élevé où se trouvent tous les sens ainsi qu'en une souveraine demeure, et les yeux au plus haut comme une sentinelle ! X VIII. « Nous n'aurions jamais fait si nous voulions parler de tout. Il n'y a point de partie dans l'homme qui ne soit placée ou pour la nécessité^ ou pour l'ornement. Et ce miracle d'être tout semblables et de ne l'être point? Et puis, cette façon de naître toute pleine de merveilles, ce désir d'engendrer, n'est-ce pas Dieu même qui l'inspire et qui forme le lait dans le sein des femmes, afin de fournir une nourriture assez délicate pour ces petites créatures? Mais il ne se contente pas de donner l'ordre en généra] , il pourvoit à tout en particulier. Il échauffe par les vapeurs tièdes de la mer File de Bretagne qui ne pouvait être échauffée par le soleil; le Nil sert de pluie à l'Egypte; l'Euphraie engraisse la Mésopotamie et la féconde, et le fleuve qui a donné son nom aux Indes, est celui , à ce qu'on dit , qui Jes sème et qui les arrose. Que si l'on voyait, en entrant dans une maison, les chambres parées et tendues, ne dirait-on pas aussitôt que c'est l'ouvrage d'un homme ? Et dans ce superbe palais arrangé par les mains de la nature , où nous voyons un ordre et uuf providence admirable, necroirpnsnous point qu'il y a quelque esprit plus grmd
MIiNUCICS FEUX.
et ploi eicdlent que toute* ce« choses , qoi en en le matlre et le conducieur. Mais vous ne doutez point peut-ttre de la Providence , vous doutez seulement si c'est un seul être qui ^uverne. Il n'est p3s diFflcîle de vous renseigner si TOUS voulez considérer le monde. Où a-t-on vu de royauté souffrir longtemps un compagnon P Ne parlons point de ces grands de Perse qui attendaient l'élection d'un prince du hennissement d'un cheval ; laissons cette vieille histoire desThébaius; mais chacun sait ladtssension des deux frères pour un petit royaume de pasteurs, et pour des cabannes de bergers. Les guerres deCfearei de Pompée ont remué l'Europe, TAfHque et l'Axie , et un si grand empire n'a pu porter à la fois le gendre et le beau-pfcre. Considérez le reste. Les abeilles ont un roi, les troupeaux n'ont qu'un conducteur, et lu imagines dans le ciel deux maîtres? Ne sais'tu pas que l'auteur de la nature n'a point de bornes; qu'il n'a ni Hn ni commencement; qu'il se dcHine à soi-même l'éternité, comme il donne le principe â toutes choses; qu'avant le monde il était lui-même son occupation et sa gloire ; qu'il a fait tout ce que tu vois par sa parole, comme il le dispose par sa sagesse , cl l'achève parsa vertu? Il ne se voit point, parce qu'il est an delà d« sens. Il ne se peut comprendre, parce qu'il est au-dessus de l'enteodemcnt. Il est im mente , inBoï, connu seulement d luimême; car noire esprit est trop petit pour le concevoir. Dirai-jecequ'il m'en semble? nous ne le comprenons jamais mieux qu'en l'appelant incompréhensible. Quiconque s'imagine connaître sa grandeur la diminue , et qui ne la diminue point ne la peut cuonatlre. Ne t'enquiers pmnl de son nom ; son nom c'est Dieu. On cherche des mots , quand une chose peut être divisée, mais Dieu étant simple ne peut être divisé. ^ je l'appelle père , (u conçois aussïtdl un père à notre ^çon ; si je l'appelle roi ou seigneur, il en est de même.Ole tout ce que ces noms ont de terrestre . et tu as trouvé ce qu'il est. C'est ici le consentement général de tous les peuples. Quand on tend les mains au ciel on ne nomme que Dieu ; on dit que Dieu est grand, quil est véritable; ni dit encore : >s*il platt à Dieu. "C'csl ainsi que parlent les hommes; et ce n'est pas tant la confession d'un chrétien que la Y<^ de U natyre. Ceux mta» qui foui Ji
le souverain des dienx , ne s'abosmt que sor le mot.car ils sont d'accord d'une seule puisnnoe. XIX. s Les poètes aussi chantent un père de* dieux et des humains, et disent que c'est lai qù forme dos pensées comme il lui plall. Qoe dit Virgile? ne parle-t-il pas encore plus dairemeot et en approchant davantage la vérité, qaandtt dit:
Uaeionmdifeas, *
Comme un Beuve étenicl répandue en low ImK, De u flamme inTJiibte cniounmt la matière , JadiiHrulaTieïlanalurcnititre, AlluQu te aoleil et le* aiire» d'ntn , Deacendit aotu le* eaut et nagea daiu lea alrt. Chacun de oetie flimme obtient une étincdle- C'eu cet eapiii divin , cette Ime nniTenelle ^i, d'mi aoufle de tic «nimini tout ta corpt, Dece vatieuaivertfait mouTOir iet rcMoru, Qui remplit, qui nourrit de u flamme Kcmide Tout ce qui croit dan* l'air mit la terre et dans l'oade'.
Et ailleurs il donne le nom de Dien à cette Ame universelle :
Dieuremplitlectel, la terre et l'onde ; Km circule partout , et um Ime Ncomle A loualet iDimaut prtte un aouflle l^«r*.
Ce poUTOir qui , créant l'homme et lei animuXt Leur Terae de la vie et lea bieni et lea maux, Le»oraBca,le*|inix*.
Et que disons-nous autre chose ? Nous rapporterons si vous voulez la doctrine des philosophes; vous verrez qu'ils sont de cet avia , quoiqulli s'expriment diversement. Je laisse A parties phn anciens , qui ont mérité le nom de sage* par leur doctrine ; car Thaïes de Milet , qui est k premier de tous, et qui a le premier dispoti publiquement des choses célestes, dit que Ï'CM
' Principio ralum ac terra*', campoMpie liquealCS, IjKentcmqm filobum Iump , liianiaiiue aaira Spiriiuintmalit, IMamqne infUia per arlua Hcfia «Qitat molcm , et magno le corpon mIaceL Inde bonÙDum pccudunaque genna, Tii»quc iiiiiiilit. Et qw marmono Tcrt moaatr> tub jaquore poolM.
(Vmus, ^Mia., L n, T. TH et Mir.) ■ Demn namqiie ira per oaiiwa
TerrMqM, tractOMpie nurli, cœluaiqnc pmFundmi
IGeorg., I. IV. V. Î21 et luit.) 'tjQdelioioiiiuinG*''ui,et pecudes;uude iinbercl tsnt* i^neid-ila.i,
0CTAV1D8.
principe dont Tesprit a formé toutes mais que de savoir particulièrement t ils agissent ensemble , ce n*était pas )ir de Thomme , et que Dieu qui est cet i révélé. Voyez-vons comme le sentipremier des philosophes s'accorde avec ^? Plus lard Anaximènes, et depuis ij qu'on a surnommé TApolloniate, que Dieu était une nature aérienne , e et infinie; ceux-là ne diffèrent pas d'avec nous. Anaxagoras dit que Dieu ipril infini qui a arrangé toutes choses. »re dit que c'est un esprit qui s'épand » et qui donne la vie à tout ce qui est le. Xénophanes veut que Dieu soit une animée. Aniisthène disait qu'il y avait s dieux de divers pays, mais qu'il n'y qu'un principal , qui était Dieu de sa Speusippe a estimé que c'était une vertu e et animale, par laquelle toutes choses conduites. Démocrile lui-même, quoiinventé les atomes, ne dit-il pas souvent u est cette nature première, et cette ince qui produit les images. Straton a ussi que c'était la nature. Épicure lui- [{ui a cru qu'il n'y avait point de dieux, Is étaient dans une oisiveté profonde, lature par-dessus tout. Aristote n'est pas s d'un seul avis. Il établit néanmoins issance unique, car tantôt il dit que c'est , tantôt que c'est le monde; tantôt que core quelque chose au-dessus du monde.
e le Pontique n'est pas moins chanceir tantôt il donne la surintendance à Tes- 1n , tantôt il ne sait rien de plus grand nivers. Héraclide, qu'on a appelé aussi tique, adopte un esprit divin : mais il is toujours d'accord, non plus qne Théo* ^ Zenon, Chrysippe et Gléanthe. Mais ous n'admettent qu'une Providence; car [ie dit , tantôt que Dieu est un esprit , que c'est un feu, tantôt une intelligence, son maître tient que c'est une loi natu- : éternelle qui est dans les choses. Quel- ; il dit aussi que c'est un feu et une in- 3ce; et montre bien l'erreur populaire nt les dieux, lorsqu'il dit que Juoon c'est lupiter le ciel, Neptune la mer, Vulcain et que les autres sont, de la même road'autres principes de la nature. Ghry-
sippe dit presque la même chose : que Dieu est une vertu divine et une nature intellectuelle : mais quelquefois il croit que c'est le monde et une nécessité fatale , et imite Zenon dans l'interprétation des fables des dieux , qui se trouvent dans les livres d'Homère , d'Hésiode et d'Orphée. Diogène aussi, celui qu'on a surnommé le Babylonien, explique l'accouchement de Jupiter, la naissance de Minerve, et autres bis« toiresseroblables, comme étant des phénomènes de la nature et non pas des dieux. Xénophon, le disciple de Socrate, pense que le vrai Dieu ne se peut voir, et qu'il ne le faut point chercher. Ariste , de l'Ile de Ghio, dit qu'il est même incompréhensible; l'un et l'autre a compris la grandeur de Dieu en ne le pouvant comprendre* Platon parle plus clairement de la Divinité , et s'abuse moins.sur le nom et sur la chose. En effet il serait tout divin , s'il n'avait puisé qudque chose de terrestre des opinions du monde. Il dit donc en son Timée que , par le nom de Dieu, on entend le Père de cet univers, le Créateur de l'âme, l'Auteur du ciel et de la terre , incompréhensible à cause de son immensité, et qu'on ne doit pas découvrir au monde , quand il arriverait qu'on l'aurait compris. Nous disons presque la même chose. Car encore que nous connaissions Dieu et l'appelions le Père de cet univers, nous n'allons point dire publiquement notre opinion à moins que quelque nécessité ne nous y oblige.
XX. «J'ai montré le sentiment de presque tous les philosophes, et comment ils n'ont cru qu'en un Dieu unique, quoiqu'ils ne se soient pas tous exprimés de la même façon. Et cela est grandement à notre gloire, car c'est une preuve, ou que les chrétiens sont philosophes, ou que les philosophes ont été chrétiens. Que s'il est vrai qu'il y ait une Providence, et que le monde soit gouverné par un seul Être, nous ne devons point nous laisser emporter aux fables de l'antiquité , contraires à la raison , et condamnées par les philosophes de tous les siècles ; car nos pères ont été si crédules, qu'ils ont ajouté foi à des choses incroyables. Us ont cru à une Scylla à plusieurs corps, à une Chimère à plusieurs formes, à une hydre qui renaissait de ses plaies, à des centaures, hommes et chevaux tout ensemble; en un mot ils croyaient tout ce qu'on leur voulait faire croire ; des métamorphoses
MÎNUCIUS FÉLIX.
dliommes en oiseaux , et cle foètes en hommes , et d'hommes encore en flem^ et en arbres, en* tin tant d'autres choses , qui se fieraient encore si elles avaient été faites , mais qui ne se font point, parce qu'elles ne se peuvent foire. Ils ont cru de la sorte à Texistcnce des dieux par une étrange simplicité ; car en adorant leurs rois , et désirant avoir leurs portraits après la mort, et conserver leur mémoire par des statues, ils ont ft la fin converti en culte ce qui n'avait été pour eut qu'un sujet de consolation. Avant que ie monde fût ouvert au commerce, et qu'il se Rt un mélange dé coutumes et de cérémonies, ciiaque nation adorait son Fondateur, ou quelque grand capitaine, ou quelque reine chaste et vaillante , ou l'inventeur de quelque art , on Tâuteur de quelque invention utile aux hommes. Us considéraient que leur mémoire méritait bien d'être conservée, et tâchaient par là de s'acquitter des obligations qu'ils avaient à ces illustres personnes , et d'attirer la postérité à rimitation de leurs vertus.
XXl. a Lisez les écrits des sages et des philosophes stoTques, vous reconnaîtrez avec moi que les hommes ont été faits dieux ou pour leurs bienfaits, ou pour leur mérite. Évhémère indique dans l'ordre du temps leur naissance, leur pays et leurs noms, et il cite les lieux oft sont leurs sépulcres. Il foit voir encore par les impostures de Jupiter Dictéeu , d'Apollon Delphique, de risis de Phare et de la Gérés d'Eleusis , qu'on a mis au nombre des dieux, ceux qui en courant le monde ^nt porté dans les pays l'invention de quelques semences, ou de quelque autre chose utile à la société humaine. Perséus est de même avis , et ajoute qu'on a nommé de leur nom Ws choses qu'ils ont inventées , comme le poète, quand il dit:
Véont lansutt sans Bacchnt et Cér^*.
Alexandre le Grand , dans un discours assc2 long qu'il a écrit à sa mère, lui mande qn'il a fait découvrir par force à un prêtre le mystère des dieux. Il fait Vulcûo le premier de tous t et place ensuite la race de Jupiter. Considérez ile sistre d'bîs changé en hirondelle, et le vain tombeau do dieu que ÏÈgypte adore, dont les membres ont été mis en
* Sine Cerere et tibero frîget Venus.
(Tiiwc», Ênmtqae, ter. ir, le. r, r. 6.) •
pièces. Enfin dans toutes les cérfmonies et les mystères , vous verrez la misérable fin de vos dieux, leur mort et leurs fonérailles. Isis pleure son fils qu'elle a perdu, et le cherche en compagnie de ses prêtres chauves et de son cynocéphale. Les misérables isiaques frappent leur estomac, et imitent cette dolente mère. Anssitdt après elle se réjouit d'avoir recouvré son Ilit; les prêtres jettent des cris de joie, et le cynocéphale qui l'a trouvé en fait gYove. Ainsi ils ne cessent tous les ans de perdre ce qu'ils ont trouvé , et de retrouver ce qu'ils ont perdu. N'est- il pas parfaitement ridicule de pleurer ce qu'on adore, ou d'adorer ce qu'on pleure? Ge sont là néanmoins les dévotions de lÎËgypte , et maintenant celles de Rome. Gérés, environnée de serpens , cherche , le flambeau i la main et pleine d'inquiétude, sa fille qu'on lui a enlevée; voilà les mystères d'Eleusis. Ceux de Jupiter ne sont pas moins ridicules; une chèvre sert de nourrice ; on dérobe un enfant à son p&re de peur qu'il ne le dévore ; les corybantes sonnent des cymbales pour empêcher que ses cris né s'entendent. Passons aux autres. Gybèle mutila son galant, parce qu'il ne se pouvait résoudre à l'aimer quoiqu'elle fût mère des dieux, parce qu'elle était trop vieille et trop laide. On dirait qu'elle avait envie de faire un dieu d'un eunuque ; car les Gaulois adorent ce misérable amant en se condamnant certainement eux- mêmes ft subir la même infortune. Ge ne sont pas là des mfêtères, ce sont des supplices. La figure même que vous donnez à vos dieux n'est-elle pas honteuse et inHime? Vulcain est un dieu boiteux; Apollon est encore sans barbe après tant de siècles, et son fils Esculape a une barbe vénérable. Neptune a les yeos bleux , Minerve les a veru, Junon les a comme cetii d^iiù bcÉuf.Pan a leâ pieds faits comme une chèvre , Saturne y a des fers, et Mercure y a des ailes. Janus a deux visages , comme s'il voulait marcher à reculons. Diane a un habit de chasseur, mais à Éphèse elle a une infinité de mamelles , et en qualité de déesse des enfers, on lui donne trois têtes et plusieurs mains. Et votre Jupiter même! tantôt il est sans barbe, et tantôt il est barbu. Quand il est Hammon, il a des cornes ; quand il est Jupiter Capilolin, il a des foudres; lorsqu'il est Latiaris, il est tout sanglant ; Phérétrien il est muet. Enfin, pour abréger, autant de noms, au-^
OCtAVIUS.
'tel et monstres. Ërigone est pendue poar killcr ensuite entre les astres. Castor et Pol- Itt , ifln de vivre, meurent tour à tour. Escullftjfaar devetilr dieu, est Frappé d'un coup de ftiAhè. Hercule doit consumer dans le feu ce qi'tt atitt de terrestre.
lXII.cNonsapprenons ces fables de nos pères fgîloMis, et employons ensuite notre esprit et M aoins ft les embellir. Les poètes surtout s'y iBatiddimés, et leur répuuiion a fait un grand p^tÊdkus k la vérité. Cest pourquoi Platon naif taîMn, à mon avis, de chasser Homère de tt répoblique, en dépit de sa gloire et de sa renomoiée; car c'est lui principalement qui a mêlé TDS dieux parmi les choses du monde, qiiofaia*il rait fiit en raillant. Il les fait battre CDMable dans la guerre de Troie. Il blesse VéttBS; il enchaîne Mars, il lui fait des plaies , il le met en Aiite. Il fait délivrer Jupiter par Britrée, ta moment oQ il était sur le point d'être cndiatné par les dieux. Il lui fait pleurer d'oilie tilnie de sang la mort de son fils SarpédODi qnll tf avait pas le pouvoir d*empécher. Il le dépddt charmé de la ceinture de Vénus et cartsiillt avec plus d'ardeur sa Junon qu'il ne fierait Ms inaltnssses. Tantôt Hercule vide des éenriek, Apdlmi est bouvier d'Admète, Neptune le Iodé à Laomédon pour bâtir les murs de Thiit, et est assez malheureux pour ne pas être ^yê de ses journées. Tantôt on fabrique sur Ui mèoie enclume les armes d'Énée et les fbudres de Jupiter , comme si le ciel et ses foudres n'avaient pas existé longtemps avant que Jupiter naquit en Crète, et qu'il n'eût pas re* dooté lii-mènie ce tonnerre que les Gyclopes ne peuvent imiter. Que dirai-je de Mars et de Vénus qu'on surprend en adultère, et du crime de JupHer avec Ganimède , qui est consacré dans le del? Toutes ces fables ont été inventées pour autoriser les vices des hommes. C'est par ces fictions et ces agréables mensonges qu'on corrottipt f esprit des jeunes gens ; ils y croissent et ib y vieillissent : la vérité est exposée en vue \ toot le monde , mais encore faut-il ouvrir les yeux. Tous les auteurs anciens de la Grèce et de lltatie écrivent que Saturne qui est le premier de toute sa race , n'était qu'un homme. Képos et Cassius le disent dans leur histoire ; TlûillttS et Diodore sont de cet avis. Ce Saturne donc s'enftiit de Crète en Italie pour ne point
tomber entre les mains de son fils , et Janus le reçut dans sa maison. Or , comme il était Grec et assez poli , il apprit plusieurs choses i ces barbares, comme de former des lettres, débattre de la monnaie, de fabriquer divers instrumens. Il appela donc ce pays Latium , comme qui dirait l'asile secret , parce qu'il y avait été caché. Il donna aussi son nom à la ville de Saiurnia pour conserver sa mémoire, comme Janus donna le sien au mont Janicule qu'il habitait. Cest donc un homme qui s'enfuit et qui se cache; c'est le père d'un homme; c'est le fils d'un homme; car s'il fut appelé fils du ciel et de la terre , c'est parce que son origine était inconnue aux Italiens, comme nous disons encore de ceux qui arrivent à l'imprévu, qu'ils sont tombés du ciel, et de ceux dont on ignore la naissance, que ce sont des enfans de la terre. Jupiter régna en Crète après en avob chassé son père; il y eut des enfàns et il y fut enterré. On y voit encore aujourd'hui un antre qui porte encore son nom; on y montre son sépulcre ; et les cérémonies dont on honore sa mémoire , témoignent bien qu'il a été homme. Il serait superflu de faire le dénombrement et U généalogie de tous les dieux issus de lui. G*est asse2 de prouver que le père était un homme , pour faire voir que les enfans le sont aussi, si ce n'est que vous pensiez avoir déifié ceux que vous avez consacrés après leur mort; et qu'un faux serment de Proculus puisse faire un dieu, ou que Juba soit de la troupe des immortels , parce que les Maures l'adorent. En un mot , en mettant tous ces rois au nombre des dieux ^ ce n^a pas été pour le persuader aux hommes , mais c'est un honneur qu'on a voulu rendre à la royauté. Cest même malgré eux qu'ils sont honorés de ces vaines cérémonies. Ils voudraient demeurer hommes, et croient si peu devenir dieux par ce moyen qu'ils l'appréhendent même en leur vieillesse. Ceux-là donc qui meurent ne sont point dieux , parce que les dieux ne peuvent mourir ; et ceux qui ont pris naissance ne peuvent l'être , parce qu'ils sont siùets à la mort. Or ce qui est dieu , n'a ni fin ni commencement ; car s'il est né autrefois des dieux, pourquoi n^en nattrait-il pas encore à présent? à moins qu'on ne suppose que Jupiter soit trop vieux et que Junon ne soit plus en âge d^avoir des enfans. Minerve est-elle vieillie
MINOCIUS FÉLIX.
avant d'avoir pu être mère? Ou plutôt n'ont-ils cessé d*engendrer que parce qu'on a cessé de le croire? Certes si les dieux pouvaient procréer des enfans, et que ces enfans fussent immortels, nous aurions déjà plus de dieux que d'hommes, et je ne sais si le ciel et la terre seraient capables de les contenir. Disonsdonc queces dieux dont nous avons appris la mort aussi bien que la naissance, ont été véritablement des hommes. Qui doute que la beauté et la richesse de l'ouvrage n'aient fait adorer les statues, et que le peuple i{;norant n'ait été charmé par ces cheBs-d'œuvre de l'art et ébloui par l'éclat de l'or, de rar(;ent et de l'ivoire? Que si quelqu'un veut prendre plaisir à considérer comment on fait ces figures et de quelle manière on les taille et on les faiçonne, il aura honte de craindre une matière sur laquelle la main de l'artisan s'est jouée pour Faire un dieu : car ce dieu de bois, qui est peutêtre le reste d'un bûcher ou d'un gibet , est suspendu, taillé, rabotré, aplani. S'il est d'argent ou de cuivre , il sera peut-être fait d'un chaudron, ou de quelque chose de plus vulgaire, comme il est arrivé souvent au roi d'Egypte , et fabriqué sur l'enclume i coups de marteau. Le dieu de pierre est taillé , façonné et poli quelquefois par un méchant homme. Il ne sait pas pourtant les maux qu'on lui faiit à sa naissance, comme il ne sent pas aussi les honneurs qu'on lui rend après sa consécration. Mais peut-être n'est-il pas encore dieu et n'est-il encore que pierre ou métal ? Quand donc le devient-il? On le fond , on l'accommode , on le taille ; il n'est pas encore dieu. On le soude , on le bâtit, on le dresse; ce n'est pas encore un dieu. Enfin on le pare, on le consacre, on le prie; le voilà dieu, lorsque l'homme l'a voolu et Ta dédié.
XXUl. 0 Que Tes plus misérables animaux vous enseignent bien ce que sont vos dieux ! les souris, les hirondelles , les chouettes, savent bien qu'ils n*ont point de sentimens; ils les rongent, ils marchent dessus, ils s'y établissent; et si vous ne les en chassiez ils y feraient même leur nid. Les araignées leur couvrent le visage de leurs toiles, et se servent de leur tête pour pendre leurs filets. Vous les essuyez , les nettoyez , les frottez : et Ton vous volt craindre des dieux que vous avez fabriqués et que vous êtes contraints de défendre ! tout cela 9 pour ne
pas voir qu'il faut connaître Dieu avant que de l'adorer; pour vouloir obéir inconsidérément à nos pères; pour aimer mieux suivre l'erreur des autres que de croire votre propre jugement, et enfin pour ne pas savoir ce qo'oB craint et ce qu'on appréhende. Cependant ta consacrant l'or et l'argent on a consacré Favarice; les belles statues sont devenues prédeU'^ ses; la superstition romaine est née avec e& grand nombre de cérémonies où il y a tant de choses ridicules et tant d'autres qui font pitié. Ils courent tout nus en plein hiver; les uns ont des coiffures extravagantes , portent de vieux boucliers , frappent sur des peaux , promènent les dieux de porte en porte tout en mendiant Ils ont des temples où on ne saurait entrer qu'une fois l'an ; ils en ont d'autres où on n'oserait jamais entrer. Il y en a qui sont fermés pour les femmes ; il y en a aussi dont rentrée est défendue aux hommes. Vous avez des cérémonies où un esclave ne se peut trouver sans crime; des statues qui ne peuvent ètreoooronnées que par une femme qui n'ait connu qu'on seul homme; d'autres qui ne peuvent être couronnées que par celles qui en ont oonna plusieurs, et on cherche en grande dévotion celle qui peut compter le plus d'adultères. Quoi ! ne vaudrait-il pas mieux que ceux qui font des libations aux dieux de leur propre sang, et qui les supplient par leurs plaies, fussent profines que de croire en des dieux de cette sorte ? Et oeox qui se mutilent par dévotion, n'offenaent-ib pas Dieu en le pensant honorer, pui^ue,s'll voulait des eunuques , il en pourrait faire naître sans avoir besoin de les mutiler ?Qui ne voit qoeoeux qui font ces folies n'ont pas le sens bien rassis, et qu'il n'y a que ceux qui les suivent qui les dé» fendent? Aussi toute leur excuse est dans le grand nombre de ceux qui faillent.
XXIV. «Et c'est à de telles supersliiioos que l'empire romain serait redevablede sa grandeur! et les Romains, dites-vous , se sont acquis degloire encore par leur valeur que par leor ligion et leur piété ! Ah! certes, ils noos ont laissé de grandes marques de leur probité et de leur justice dès la naissance de leur empire! M* est-ce pas le crime qui les a assemblés, qui les a rendus terribles aux peuples circonvoisins, qui leur a servi de remparts pour établir leur domination; car c'était d'abord un asile de voleurs^de tralircs
OCTAVIUS
f âttttsins et de sacrilèges ; et , afin que celui qgi était le plus grand fût aussi le plus criminel, il tua son frère: voilà les premiers auspices de cette sainte ville. Aussitôt, contre le droit, des gens, ils ravissent des filles déjà promises , d^ fiancées, quelques-unes même déjà mariées; ^ les violent et les déshonorent. Ensuite ils ftont la guerre à leurs pères, à ceux dont ils avaient épousé les filles, et répandent le sang de leurs alliés. Quelle impiété! quelle audace! enfin chasser ses voisins , piller leurs temples et leors autels, détruire leurs villes, les emmener captifii, s'agrandir par des rapines et par la raine des hommes , c'est la doctrine deRomulus et de ses successeurs ; si bien que tout ce qu'ils tieiiiient, tout ce qu'ils adorent, tout ce qu'ils possèdent, n'est que brigandage : leurs temples ne sont bàlls que des dépouilles des peuples, do sac des villes, du débris des autels, du pillage des dieux, du meurtre des prêtres. Quelle impiété et quelle profanation de s'ageliooilier devant des dieux qu'ils traînent captift en triomphe! Adorer ce qu'on a pris, n'est-ce pas consacrer son larcin ? Autant de victoires antant de crimes; autant de trophées>u(ant de sacrilèges. Et ce n'est pas par leur religion, mais par lenr impiété qu'ils sont; montés à ce haut btte de grandeur : ce n'est pas pour avoir été pleox, mais pour avoir été méchans impunément; car le moyen qu'ils aient eu de leur côté les dieux contre lesquels ils ont pris les armes, et qu'ils n'ont honorés qu'après les avoir déshonorés? Et puis que peuvent faire pour les Romains ceux qui n'ont rien pu contre eux pour la défense de leurs peuples; car pour leurs dieux, quels pensez-vous qu'ils fassent d'abord ? Romu lus , Picus , Tibérinus , Consas, Pilumnus, Picumnus, Gloacine que Tatius inventa, la Crainte et la Pâleur à qui Hostilius bâtit un temple, la Fièvreconsacréeparun antre : voilà tes protecteurs, 6 Rome ! les maux et les maladies. Et certes ces deux infâmes débauchées, Flora et Acca Laurentia, qui comptent entre leurs divinités , peuvent bien être comptées entre leurs fléaux. Sont-ce de pareils dieux qui vous ont aidés à vaincre ceux des autres nations et à étendre les frontières de l'empire romain; car on ne peut présumer que vous ayez été assistés contre leurs peuples adorateurs par le Mars de la Thrace , le Jupiter de
Crète, la Junon d'Argos, de Samos ou de Carthage, la Diane d'Ëphèse ou de Tauride, la Gybèle de Tlda, enfin par les divinités ou plutôt les monstres deTÉgypte; à moins peutêtre que ces dieux n'aient pensé qu'ils seraient mieux servis dans Rome , et que les prêtres y étaient plus saints, et les vierges sacrées plus chastes ? Mais il y a eu plus de vos vestales punies pour l'inceste , qu'il y en a eu d'innocentes; et celles qui ont été accusées n'étaient pas peut-être les plus coupables, mais ont été les plus malheureuses. Pour ce qui est des prêtres , oit se livrent-ils plutôt à leurs débordemens que dans vos temples et près de vos autels? N'est-ce pas là que se font leurs sales marchés, et qu'ils méditent les adultères; et l'impudicité ne règne-t-clle pas plus puissamment dans leurs cellules que dans les lieux consacrés à la débauche? Mais n'y a-t-il pas eu aussi de grands empires et des États florissans avant que toutes ces superstitions fussent inventées ? L'empire des Assyriens, des Mèdês , des Perses , des Grecs , des Égyptiens , quoiqu'ils n'eussent ni pontifes, ni arvales, ni saliens, ni augures, ni vestales, ni de ces poulets modérateurs de la république, et de qui l'appétit et le dégoût donnaient le mouvement à toutes les affaires du*monde. C'est Dieu qui dispose des royaumes et .qui les change à sa volonté, et c'est sa puissante main qui distribue les couronnes.
XXV. « Mais venons à ces augures qui , dites-vous, font tant de bien à ceux qui les observent, et qui ont causé tant de maux pour avoir été négligés. C'est , pensez- vous , pour n'avoir pas attendu le trépignement solennel des poulets sacrés, que les armées de Clau* dius, de Junius et de Flaminius ont été défaites. Mais Régulus a observé les augures et n'en fut pas moins prisonnier. Mancinus, non moins qu'eux, fut contraint de se rendre et de passer sous le jong. Les poulets de Paulus ne mangeaient-ils pas fort bien à la bataille de Cannes? cependant il y périt avec la plus grande partie de la république. César méprisa les augures qui lui défendaient le passage en Afrique avant l'hiver, et ne laissa pas de naviguer heureusement et de vaincre; vous diriez que cela hâta la victoire. Combien aurais-je de choses à dire des oracles. Amphiaraûs prévoit ce qui doit
arriver aprfes sa mort, et ne prévoit pas ce qui arrivera durant sa vie, et comment sa femme le Trahirai pour un collier. Tirésias voit Tavenir et ne toit pas le présent, fionius suppose impunément utie réponse d'Apollon Pythien à Pycu- Itus, quoique! Apollon eût déjà cessé de s'exprimer en vers ; car les oractes ont commencé à se tàtft aussitôt que tes hommes ont commencé à se polir. Démosthënes accusait la prêtresse de Detphe de philippiser, parce qu1l savait fort bien ((ue ses réponses lui étaient dictées. Mais les oratcfes ont quelquefois dit la vérité ? Quoique cela ne soit pas fort étrange parmi tant de mensonges, et que la fortune Fasse quelquefois les mêmes choses que ta raison , je veux néaanMrtns remonter â la source de Terreur, et sonder r^btme d*oû sont sorties tant de ténèbres» n existe dès esprits malins et vagabonds qui ont gâté toute la beauté de leur naissance par les souillures dn monde. Ces misérables, après atoir perda tes avantages de leur ^nature et sifttre plongés dans les vices , tâchent pour se consoler d'y précipiXer les autres. Gomme ils sont corrompus, ils ne se plaisent qu*à corrompre : s'étant séparés de Dieu , ils ne peuvent sonffHrqpe' les autres s''en approchent. Les poètes et les philosophe» les appellent des démons, et Socrate en avait un, de qui il suivait la fanfairie. Ce sont eux qui opèrent ce que les magiciens font d'admirable , qui donnent fefflcarcifé à temrs enchantemens , qui font qu'on voit ce qu'on ne voit pas , et qu'on ne volt pas ce qu'on voit, qui produisent enfin 'toutes ces antres mervciffes dont on parle. Cependant HiscjMès , le phis excellent magjtien et pour ht science et pour la pratique, rend à Dieu Fhoaneur qoi Iti» est dû , et dit que tes anges qnf sont ses ministres e( ses messagers adorent sar majesté et tremblent devant sa face. Il dît encore qpe les démons sont des esprits terrestres, Va^bonds, ef ennemis des hommes, naton qn? trouvait de la difficulté à connaître Metf, nl^n a point trouvé* à les connaitré. Il discourt des détonoiis et des anges et tâche même, dan^ son dSaTogne du Baqquet,.d*exprimer Usi nature des premiers. Il dit que c'est une substance moyenne entre la mortelle et ^immortelle, c'est-â-dîre entre le corps, et r esprit; et qu'ils sont feits du mélange d'une substance terrestre et céleste. Il croit encore
MINUCIUS FELIX
que ce sont eux qui engendrent nos désirs amoureux. Il dit qu'ils se glissent dans nos cœurs ; qulls émeuvent nos sens, forment ms affcciions , versent dans nos âmes les ardeurs des convoitises.
XXVI. « Ces démons, qui sont des esfvHs impurs comme nous avons montré par Vaete»rité des mages , des philosophes et de Plateo^ se tiennent dans les statues et dans les images Où on les consacre, et par leur préseiice ac* quièrent une autorité semblable à cette d'mse divinité qui serait présente ; car ils haspîreiil leurs prophètes; ils habileol dans les tett« pies; ils font palpiter les entrailles des bêles; ils gouvernent le vol des oiseaux ; Us ptésidenl au sort; ils rendent des oracles mêlés de hma* songes. En effet, ils trompent et sont trooipés comme ceux qui ne savent pas bie» la vérité, et qui ne la veulent pas publier omtre etnmêmes. Ainsi ils nous tirent du ciel sur h terre, et de ta considératioa du Créateur i eelle de la créature. D'ailleurs Ue Ireublent h vie et tourmentent le monde. Ile le glissent dans le corps ^ comme des esprits subtils et dé^ liés, forment les maladies, épouvsBteat l'àme, tordent les membres pour eontraîadre les hommes à les adorer, afia qu'ensuite, lots q|ue rassasiés de sang et de victimee^ iiê akaraot délié leurs charmes, on leur alhrilMie te ^kHts de la guérisoo. Ces furieux- aiKsi que ymb voyez courir par ks rues sont iqpiés par en damnables esprits,, ainsi que vos prophètes même lorsqii^'ils se roulent et hurloDC coimm des bacchantes. L'instii^atis» des dénons est pareille dans les uns et les au très ^ mois Vébj/n de leur foreur est différent. Ce saol enx ami qui produisent ces illusioiis que voas awvrt* contées,, de Jupiter qui coflfMMiide en sengi qp^on ait à reeomraeneer ses jeux, de Castor et Pollux qui aparaissent , d'un navirt qot tire la ceinture d^une édom romiiie. Ptah sieurs d'entre vous savent bie» que le» dé* mons sont contraints d'avouer afvoir bik ees choses, lorsque nous les tournentons poor les chasser des corps, et que nm» les bisons sortir par ces paroles qui h» çèoenS, et ees prières qui les bràleot. Ce Saturne , ce Jupiter, ce Sérapis, et tous ces autres que vous adk)ren, vaincus par la douleur,, confessent ee q»ile sont ; et qumque la honte dût» leur tmtaOm
OCTAVIUS
àaroeilemeiit ce qa'ils révèlent , et surtout en Mre présence, ils avouent néanmoins leur miaénbte condition. Vous le pouvez croire , puisqie c'est contre eux-mêmes qu'ils sont con- Iraîiits de rendre témoignage à la vérité. Car lors quVNi les conjure par le Dieu vivant , ces misérables frémissent dans les corps , et s'ils ne sorlÉm incontinent, ils se retirent pour le iBOHis peu à peu, selon que la foi du patient est grande, oo la grâce du médecin. Ainsi ils fuient ces diréliens présens, dont ils troublent de loin les assemblées par votre moyen. C'est pourqnoi ils sèment la haine de notre religion dans les esprits faibles ; car il n'y a rien de si natu* rel qnt de haïr ceux que nous craignons , et de fonloir perdre ^ceux qu'on redoute. Ils occupcnl donc les esprits , et gagnent les cœurs , iflo qa'on nous haïsse avant que de nous connaître ^ de peur qu'on ne nous aime en nous coonaissant
X&VIL « Mais certes, c'est une injustice qne de condamner ce qu'on ne connaît point, et Boos ne sommes pas à nous repentir de cette fiinte; car vous savez que nous avons été eemmeYOi», et que nous avons eu les mêmes sentioiiBs, lorsque nous étions dans le même avéngleaient. Nous croyons que les chrétiens adoraient des monstres, dévoraient des enfans, se livraient à Tinceste dans leurs banquets, sans considérer que cela n'avait jamais été , ni proavé^ ni découvert , et qu'en un si long espace, et après tant de promesses, de récompense et de pardon , il ne s'était jamais trouvé personne qui eût révélé le moindre de ces crimes. Et certes, il y a si peu de mal , qu'on ne rougit point d'être chrétien; ceux même qui en sont accusés le confessent publiquement, et en font gloire; et s'ils se repentent de quelque chose , ;c'est de ne l'avoir pas été plus tôt. Gependaiit nous-mêmes qui prenions la défense des sacrilèges, des incestes et des parricides, nous ne voulions pas entendre seulement les chrétiens, et quelquefois nous les traitions plus cruellement , non pas par haine, mais par pitié, afin de les sauver en les contraignant par les tourmens à se dédire. Étrange artifice d'employer les armes de la vérité pour établir le mensonge ! Si quelqu'un pressé de la douleur venait à nier sa religion, il était traité aifêsi favorablement que si par cette abjuration
il se fût déchargé de tous les crimes qu'on leur imputait. Vous voyez que nous avons eu les mêmes sentimens que vous , et que nous avons fait les mêmes choses que vous faites; au lieu que si nous eussions agi par la raison , et que nous n'eussions pas été poussés par ces esprits malins, il fallait contraindre les chrétiens, non pas à nier leur religion, mais à confesser leurs incestes, leurs débauches, leurs profanations et leurs homicides : car voilà les fables dont tes démons ont rempli l'esprit du simple peuple pour nous mettre en abomination parmi les hommes. H ne faut pas s'étonner si tous ces fantômes disparaissent en la présence de la vérité. C'est donc là l'ouvrage de ces mon.stres, ils sèment de faux bruits et les entretiennent. De là vient ce conte , que nous adorons la tète d'un âne. Qui serait si sot que de l'adorer, ou plutôt qui est si sot que de le croire, si ce ne sont ceux qui font des monstruosités semblables? Car vous consacrez et les ânes et les étables avec votre déesse Hippone, et vous les adorez bien religieusement avec Isis. Vous en faites autant à des têtes de bœufs et de béliers que vous immolez en sacrifice; vous avez mis au nombre des dieux des tètes de chiens et de lions mêlées ensemble, et des monstres demi-chèvres et demi-hommes. N'adorez-vous pas encore avec les Égyptiens le bœuf Apis? N'approuvez- vous pas leur religion envers les serpens, les crocodiles et les autres bêtes farouches, et envers tant d'animaux de l'air, de la mer et de la terre? Étrange manie! Ils feraient même mourir un homme qui aurait tué quelqu'un de ces dieux. Ils craignent, aussi bien que quelques-uns d'entre vous, Tacrimonie des oignons autant qu'ils feraient leur déesse, et ne redoutent pas moins ce bruit proscrit qui échappe au corps de l'homme que leur dieu Sérapis. Ceux qui nous imputent d'adorer les parties honteuses de nos prêtres, nous attribuent aussi leurs saletés; car ces dévotions infâmes conviennent fort bien aux débauches de ceux parmi lesquels l'un et l'autre sexe prostitue tous ses membres , parmi lesquels toute sorte d'impudicité passe pour galanterie ; qui portent envie à la liberté des femmes, commettent entre eux des ordures épouvantables, et se lassent plutôt de ces abominations qu'ils n'en ont honte. Prodiges incroyables ! Ils souffrent volontairement sur leur
MINtCIUS FÉLIX.
personne un crime que Tenfance si souple ne pourrait supporter, et auquel la tyrannie la plus dure ne pourrait contraindre ses esclaves.
XXVIÎI.a Pour nous, nous soinmessi éloignés de commettre ces turpitudes, que nous rougissons même de les entendre, et je penserais violer l'honnêteté que d'employer plus de paroles à nous en défendre. Car vous nous accusez de crimes que nous ne croirions pas seulement, si nous n'en avions des exemples parmi vous. Quant au reproche que vous nous faites d'adorer un criminel, et la croix instrument de son supplice, vous êtes bien éloignés de la vérité, en pensant qu'un criminel ait même pu mériter qu'on le prit pour un dieu , ou qu'on ait pu prendre pour un dieu un homme terrestre. Celui-là certes est misérable, de qui toute l'espérance est en un homme mortel, puisqu'en le perdant il perd toutes ses espérances. Ce sont les Égyptiens qui choisissent un homme, l'adorent, le prient, le consultent sur tous leurs doutes, et lui font des sacrifices. Mais cet homme, qui est un dieu pour les autres, n'est qu'un homme pour lui-même. H les trompe, et il ne se peut tromper. La flatterie aussi Iraite les rois et les grands seigneurs de divinité , bien qu'il dût suffire de leur rendre des honneurs légitimes, et qu'en effet l'honneur serait mieux dû aux hommes de mérite, ainsi que l'amour aussi est mieux dû aux gens de bien. Cependant on les appelle dieux; on prie devant leurs images; on invoque leur génie, c'est-à-dire leur démon; et il est moins dangereux do se parjurer par Jupiter que par Tempereur. Non! nous n'adorons point les croix , ni ne souhaitons d'y être attachés. C'est vous peut-être qui les adorez, en adorant des dieux de bois qui en sont faits. Et qu'est-ce autre chose que vos bannières et vos étendards, que des croix dorées et enjolivées? Ces trophées mêmes qui sont vos plus glorieux monumens, n'ont pas seulement la figure d'une croix, mais d'un homme crucifié. Certes, le signe de la croix parait naturellement en un vaisseau, dont les voiles sont enflées , ou qui va à force de rames. Quand on dresse un joug, il représente une croix, et lorsqu'un homme prie Dieu les mains étendues, il fait la même figure. Ainsi le signe de la croix, ou est naturel, ou sert à votre religion.
XXIX. « Je voudrais bien parler avec ceux qui disent ou qui croient que le meurtre d'un enfant est la cérémonie de l'introduction à nos mystères. Qui aurait le courage de répandre le sang d'un petit innocent qui ne fiait encore que de naître? Personne ne peut croire an ri grand crime, que ceux qui le peuvent commettre. C'est vous qui exposez vo6 enfans aux bêtes farouches et aux oiseaux, au sortir du ventre de la mère , et qui les étranglez et les étouffez. Il y en a même qui , par des breuvages cruels, les meurtrissent dans les entrailles de leur mère et les font mourir avant que de naître; c'est ce que vous avez appris de vos dieux? car Salurne n'exposait pas ses enfans , mais il les dévorait. C'est pourquoi dans quelques endroits de l'Afrique on lui immolait ces petites créatures, qu'on empêchait de crier par des caresses , pour ne point sacrifier aux dieux des victimes tristes et éplorées. C*était aussi la cootume des Scythes d'immoler tes étrangers qui logeaient chez eux ; un roi d'Egypte pratîqorit cet usage. Les Gaulois sacrifiaient à Mercure des victimes humaines, ou plutôt des victimes inhumaines. Les Romains enterraient tout vifii en de certaines cérémonies un Grec et une Grecque, un Gaulois et un Gauloise. Encore aiyourd'bni on adore Jupiter Latiaris en lui égorgeant un homme; et ce qui est digne du fils de Saturne, c'est qu'il se veut repaître du sang d un criminel. Je crois que ce fut de là que Gatilina apprit à boire du sang humain dans sa conjuration , et que c'est pour cela que Bellone en foit boire à ceux qui lui sont consacrés ; on guérit même l'épilepsie par ce remède cruel , et pire mille fois que le mal. Ceux-là ne sont pas encore fort éloignés de ce crime, qui se nourrissent des bêtes farouches au sortir de l'amphithéâtre, encore toutes sanglantes et toutes pleines de ceux qu'elles viennent de dévorer. Pour nous il ne nous est permis ni de voir des meurtres, ni de les entendre , et le sang nous fait tant d'horreur, que nous ne mangeons pas seulement de celui des bêtes.
>XXX. « Pour ce qui est du banquet incestueux , c'est une calomnie que les démons ont inventée pour souiller la gloire de notre cbas^^ teté,et détourner les hommes denotre religion par l'horreur d'un ri grand crime. Aussi ce qu'en a dit votre orateur, c'est [plutôt une in-
OCTAVIUS
ire qu'un témoignage. Et certes! vous êtes «pables d'incestes plutôt que nous. Les Peri épousent leurs mères; en Egypte et dans bènes on se marie avec ses sœurs : vos hisres et vos tragédies^ auxquelles vous pre- Etant de plaisir, font gloire des incestes, les dieux que vous adorez les commettent m: leurs mères, avec leurs filles, avec leurs Bfs. Il ne Faut donc pas trouver étrange s'il n a tant parmi vous , puisque vous avez vos ux pour exemple. Vous pouvez vous rendre ipablessans le vouloir, en exposant vosenfans toot sexe et les abandonnant à la pitié pui|ue, ou en ayant commerce avec toutes les imes que vous fréquentez; car qui empêche t vous ne rencontriez plus tard ces fruits onnus de vos débauches ? Ainsi vous nous osez de faux incestes, et ne vous souciez Qt d*en commettre de véritables. Mais les "éiîeos ne mettent pas la chasteté en ders. Us la mettent dans Tesprit, et ils ne udient pas tant à paraître chastes qu'à Tètre effet. Un mariage nous suffit ; nous ne voyons une femme, ou bien nous n'en voyons point. ur DOS banquets, ils ne sont pas seulement istes, ils sont sobres ; car nous ne nous amuis pomt à nous charger Testomac de vin ni viandes, mais nous tempérons Tallégresse des itins par la gravité de notre entretien. Que si lUS .sommes chastes dans nos assemblées, nous le sommes pas moins ailleurs. Plusieurs garât la sainteté du célibat jusqu'à la mort, sans faire gloire; et nous sommes si éloignés de iceste que ,quelques-uns même ont honte des lisirs légitimes. Pour ce qui est des honneurs, ur refuser votre pourpre et vos dignités, il s'ensuit pas que nous soyons de la lie du uple ; et parce que nous aspirons tous à une ïme félicité, que nous sommes appelés à ces ïmes espérances, et que nous avons obtenu paix par un même moyen , nous ne sommes s pour cela des factieux. Pour ne pouvoir ssi nous entretenir qu'en particulier, il ne msuit pas que nous n'osions en parler en puic; c*esC vous qui êtes cause de ce silence; Nis avez honte de nous entendre publiqueent , ou craignez l'effet de nos paroles. Si )tre nombre s'augmente de jour en jour, ce est pas un crime , mais une louange. Nos enns suivent notre façon de vivre comme la
meilleure, et tes étrangers s'y viennent ranger tous les jours. Nous ne nous reconnaissons point: aussi à quelque petite marque sur le corps, comme vous le pensez , mais à la modestie et à l'innocence. Nous nous appelons frères, parce que nous avons tous un même Père, une même foi, et de mêmes espérances. Mais pour vous, vous ne vous reconnaissez pas l'un l'autre , vous brûlez de haine et d'envie, et ce n'est que dans le parricide que se manifeste votre fraternité.
XXXI. a Pensez-vous encore, pour n'avoir point de temples ni d'autels, que nous cachions ce que nous adorons? Quelle image pourrions- nous donc tracer de Dieu, puisqu'aux yeux de la raison , c'est l'homme qui est son image ? Quel temple aussi lui pourrions-nous bâtir, puisqu'il a fait tout le monde, et que tout le monde même ne le peut comprendre. Enfermerons -nous tant de majesté dans un si petit espace, nous qui logeons dans de grands palais, il lui faut bien plutôt dresser un temple dans notre esprit et lui consacrer un autel dans notre cœur. Offririonsnous à Dieu des victimes et des basties qu'il a faites pour notre usage, afin de lui rejeter son présent ; ne serait-ce pas une ingratitude ? Les sacrifices qu'il demande c'est une âme pure, une bonne conscience, une créance sincère; c'est le servir que de vivre dans l'innocence ; c'est lui sacrifier que d'exercer la vertu : s'abstenir de mal faire, c'est lui faire une offrande agréable; et empêcher quelqu'un de périr, c'est lui égorger tes victimes qu'il désire. Voilà dos sacrifices» voilà nos mystères, et le plus dévot parmi nou««, c'est celui qui est le plus juste. Mais quoi! nous ne montrons point le Dieu que nous adorons, et ne le voyons pas nous-mêmes ! C'est pour cela que nous le croyons , parce que nous le sentons et que nous ne le voyons point ; car dans ses œuvres et dans tous les mouvemensde la nature nous voyons sa vertu présente : quand il tonne, quand il éclaire , quand il nous donne le beau ^temps. Ne trouves point étrange, si tu ne vois point de Dieu. Tout est agité et troublé par les vents, et néanmoins tu ne les vois point. Le soleil même qui fait tout voir est comme invisible; ses rayons nous éblouissent, et si nous nous arrêtions à le contempler, il nous ferait perdre la vue ; et tu pourrais soutenir le regard
MINUCIUS FÉLIX
de celui qui a allumé le soleil, et qui est la source de la lumière. Hé quoi ! ses éclairs mêmes te font fuir, et tu vas te cacher quand il tonne ! Tu veux voir Dieu de tes yeui charnels , et tu ne vois pas seulement cette âme qui te fait parler et qui t'anime. Mais peut-être qu'il ignore ce que nous faisons, et qu'étant au ciel il ne peut ni tout voir ni tout connaître. Tu te trompes! Ciomment Dieu serait -il loin, lui qui remplit le ciel et la terre, et tout ce qui est au delà du monde? Il n'est pas seulement auprès de nous, il est dans nous. Considère le soleil , il est attaché au ciel, et ne laisse pas de se répandre par tout Tunivers. Il est présent à tout par sa lumière. Combien plus Dieu , qui est l'auteur de toutes choses et qui les contemple, à qui rien ne peut être caché ni secret , se trouvera-t-il dans les ténèbres , et dans les ténèbres même de l'homme, car c'est ainsi que j'appelle nos pensées? Nous ne vivons pas seulement sous lui, mais s'il faut ainsi dire avec lui.
XXXII. a Et ne nous flattons point de notre grand nombre. Il nous semble que nous sommes beaucoup, mais nous sommes fort peu aux yeux de Dieu. C'est nous qui distinguons les pays et les nations ; car à Dieu , tout l'univers n'est qu'une province. Les rois ne voient ce qui se passe dans leurs États que par les yeux de leurs ministres. Mais ce monarque du monde n'a pas besoin que personne le vienne avertir. Nous ne sommes pas seulement dans ses yeux, mais dans son sein. Mais quoi! il n'a de rien servi aux Juifs d'adorer un seul Dieu avec des temples, des autels, et un si grand nombre de cérémonies. Tu t'abuses en oubliant le passé et ne faisant mention que des derniers événemens ; car tant qu'ils ont adoré notre Dieu saintement, religieusement et innocemment, je dis notre Dieu, parce qu'il n'y en a point d'autre et qu'il est le Dieu de tout le monde ; tant qu'ils ont obéi à ses commandemens salutaires, d'un petit nombre ils sont devenus une grande multitude, de pauvres ils ont été faits riches , et d'esclaves rois. Tous les élémens ont combattu pour eux contre leurs ennemis; en fuyant ils ont défait ceux qui les poursuivaient, et sans armes ils ont vaincu des honunes armés. Parcourez leqrs écrits , ou si •VOUS aimez mieux ceux des Romains ; lisez ce qu^en ont écrit Flavius Joseph, et Antonius
Julianus , pour ne point parler de ceux qui les ont précédés, et vous trouverez que leurs péchés ont attiré sur eux ce châtiment, et qu'il ne leur est rien arrivé qui ne leur ait été prédit longtemps auparavant , s'ils persistaient dans leur rébellion. Si bien qu'ils ont abandonné Dieu avant que Dieu les ait abandonnés. Ils n*ont point été pris avec lui, comme vous le dites en blasphémant , mais il les a livrés comme des dédéserteurs à la cruauté de leurs ennemis.
XXXIII. « Pour ce qui est de l'embrasement du monde, qu'il soit malaisé de croire qu'un feu tombe tout à coup qui le consume, c'est le vulgaire qui le trouve étrange. Car où est celui qui doute que ce qui a eu un commencement ne doive avoir une fin, et que ce qui a été fait ne doive périr; que le ciel même avec tout ce qu'il contient, comme il a commencé, finira; qull se nourrit de l'eau de la mer et des rivières, et qu'il sera consumé par le feu? Les stoïciens ont soutenu constamment que cet univers s'embrasera, lorsque son humeur sera consumée, et les épicuriens sont de même sentiment touchant sa ruine et la conflagration des élémens. Platon dit que le monde est renouvelé par parties, tantôt par des inondations , et tantôt par des embrasemens. Et ayant dit qu'il était feit de sorte qu'il pouvait durer toujours, il ajoute que Dieu néanmoins le peut détruire , et qu^en effet il périra. Et certes il n'est pas étrange que l'ouvrier puisse briser son ouvrage. Vous voyez comme les philosophes disent les mêmes choses que nous; non pas que nous ayons suivi leurs traces, mais ils ont puisé dans nos prophètes la véritéqu'ils ont déguisée. C'est ainsi que Platon et Pythagorc, les plus célèbres, n'ont rapporté qu'à demi l'opinion touchant l'état de l'homme après cette vie; encore ont-ils corrompu ce qu'ils 'en ont pris; car ils disent que les âmes seules sont éternelles, et qu'elles rentrent toujours dans de nouveaux corps. Ils ajoutent encore, pour corrompre davantage la vérité, qu'elles passent dans les corps des animaux. Est-ce là l'opinion d'un philosophe, ou bien celle d'un bouffon? Mais c'est assez pour nous, que nos sages mêmes soient en quelque sorte de notre avis ; car du reste qui est si fou, on si simple , que d*oser nier que celui qui é filit le monde ne le puisse refUre P qu'il n'y a lien
OCTAVÏUS.
iprti ta mort , et qu'il n*y a rien ai devant ta mbÊuatt ? qae comme H a été bâti du néant , I peut être reAit du néanl ? D'aîtleurs il est fte difBcile que ce qui n'a point été commence lèlre^que de refaire ce qui a été. Et puis croia*ta que ce qui se dérobe à nos yeui se dérobe aasri à la connaissance divine. Soit que le corps le réduise en poudre ou en cendres , ou bien foe l'eau le consume , il n'est perdu que pour Boaa, car les élémens le conservent. Noos ne croyons pas aussi, comme vous le pensez, quH y ait aucune sorte de sépulture qui puisse empêcher notre rétablissement , mais nous obserfona Tancienne coutume qui est la meilleure. Voytt comme, pour corroborer notre foi, tonte la nature n'est qu'une méditation et qu'une image de la résurrection. Le soleil se lève et ae couche, les astres s'en vpnt et reviennent; les fleurs meurent et ressuscitent, les atbrea renaissent tous les ans, les semences se corrompent pour revivre, et ne revifraient pas sans cette corruption. Pourquoi dono les corps humains , ainsi que les arbres, ne garderont-ils point leur vigueur dans une sort apparente. Tu as tort de vouloir quils renaissent dans leur hiver, que n'attends^tu leur printemps f Je n'ignore pas pourtant que plulieors , dans le sentiment de ce qu'ils méritent, tàcbeoC de rétablir cette opinion. Mais ils ne la croient pas tant qu'ils la souhaitent, car ils aimeraient mieux mourir pour jamais que de revivre pour souffrir. Leur erreur s'augmente par l'impunité et par la palicncede Dieu, de qui les jugemens sont d'autant plus terribles qu'ils sont plus lents à venir.
XXXlV.ic Cependant les hommes sont avertis, par les écrits des sages et par les oracles de la poésie, qu'il y a un fleuve de fue et un marais ardent, préparé aux méchans pour un supplice étemel. Ces choses ont été sues et parle rappoK des démons et par les réponses des prophètes. Cest pourquoi les poètes font jurer Jupiter par les rivages brûlans et par les ténèbres de l'abtme ; car comme il prévoit les supplices qui lui sont préparés à lui et à ses adorateurs , il les redoute et en tremble. Or ces tourmens sont étemels. Le feu, comme s'il avait une intelligence, entretient et consume, dévore et nourrit, semblable à ces foudres qui blessent les corps aana les détruire ; et comme ces montagnes ar-
dentes qui brillent contionenement ians s'é-* teindre. Ainsi ce bourreati ne se tasse point des tourmens de ceux qui souffrent ; mais se nourrit de leurs peines. Or il n'y a que les proftnes qui puissent douter que Dieu n'ait raison de châtier les impies, car ce n'est pas un moindre crime de méconnaître son Père et son Maître que de l'offenser. Mais encore que la connaissance d'un Dieu serve h nous obtenir le pairddn, comme Tignorance suffit à nous punir, néanmoins , si on veut faire la comparaison dés chrétiens aux infidèles , on trouvera que nous sommes beaucoup meilleurs , quoique nous n'ayons pas tant de juges ; car vous défendes les adultères, mais vous les commettez , au lieu que nous vivons saintement dans nos mariages. Vous punissez les actions , et parmi nous la pensée seule est criminelle. Vous redoutez lés hommes, et nous redoutons même notre conscience. Vos prisons sont pleines de criminels, mais où y trouverez-vous un chrétien, si ce n'est un martyr ou un renégat?
XXXV. tt Au reste, que personne ne rejette ses fautes sur le destin et sur une fatalité inévitable. Attribuons, tant que nous voudrons, nos fiiutes à notre condition on ft la fortune , toujours est-il vrai de dire qne notre volonté était libre; et c'est l'action de l'homme qui est punie , et non pas son rang ni sa qualité. Qu'est-ce que la destinée, sinon ce que Dieu a destiné, lui qui pouvaht prévoir la matière de ses décrets , les rend selon les mérites et les qualités de chacun? Ainsi il punit en nous le vice, il ne punit pas la naissance. Mais c'est assez parier sur ce point, et si c'est peu pour le présent, nous en traiterons une autre fois plus amplement. Au~ reste, si nous sommes pauvres comme vous lions reprochez, ce n'eèt pas notre honte, mais notre gloire. Gomme l'esprit se perd dans le luxe , il se forme dans la frugalité. Néanmoins, cMmI pauvre celui à qui il ne manque rien , qui ne désire point le bien d^autrui , qui est riche en Dieu? L'homme véritablement .pauvre est celui qui , ayant beaucoup , désire encore davantage. Dirai -je ce qu'il m'en semble? nous naissons encore plus pauvres que nous ne continuons à l'être. Les oiseaux vivent sans biens; les animaux n'ont point de revenu, et trouvent tous les jours leur nourriture. C'ait
MINUCIUS FELIX
pour nous toutefois qu'ils sont feits; et certes nous possédoos toutes ces choses si nous ne les souhaitons point. Gomme donc , en un voyage , moins on est chargé et plus on est à son aise; de même durant le cours de nos jours, la pauvreté nous soulage de beaucoup de soins, et nous ne haletons point sous le faii des richesses. Cependant si Jious croyions qu'elles nous fussent nécessaires nous les demanderions à Dieu; il nous pourrait donner quelque chose dé tous ces grands trésors qui lui appartiennent ; mais nous aimons mieux mépriser les biens que de les posséder. Nous souhaitons plutôt Tinnocence, nous demandons plutôt la patience; en un mot, nous aimons mieux la probité que le luxe. Que si nous souffrons les incommodités de la vie, et les infirmités de notre nature, ce n'est pas une peine, mais un exercice ; car les afflictions servent à nous fortifier, et nous apprenons la vertu dans la misère. Les forces du corps et de Tesprit s'engourdissent si elles ne sont exercées. Et tous ces grands hommes dont vous nous prêchez les exemples, ne sont-ce pas les calamités qui les ont rendus célèbres? Cen'est pas donc que Dieu nous méprise, ni qu il soit trop faible pour nous secourir, puisque nous savons qu'il aime les siens, el qu'il est le maître du monde; mais il nous exerce dans les adversités, il éprouve nos forces; il sonde la volonté de l'homme jusqu'à la mort, sachant bien que rien ne peut échaper à sa providence; en un mot , il nous éprouve dans les afflictions, comme on ^Hxmve l'or dans le fou.
XXXM. c Quel plus beaa spectacle pour Dieu que de voir un dirétien combattre contre U douleur; se préparer contre toute sorte de tourmens, de menaces eC de supplices; regarder sans crainte le visage de ses boai^ reaux; se jeter hardiment an milieu des apprêts de la mort ; défondre sa liberté contre les rois et les princes; résister à tout hormis à son Dieu à qui il est: enfin triompher de son juge; car celui-là est victorieux, qui a obtenu ce qu'il demande! Où est le soldat qui n'affronte les dangers en la présence de son prince? Car personne ne reçoit la récompense qu'il n ait comlMittu. Et encore le prince ne peat donner ce qu'il n a pas; je veox dire qu'il ne saurait pfotaiger im jour», qiwfi^il fém
honorer notre vaillance. Mais le soldat de Jésus-Christ n'est point abandonné dans les dangers; il triomphe même dans la mort. Ainsi il peut bien paraître misérable , mais il ne Test point. Vous mêmes vous élevez jusqu'au ciel ceux, qui ont souffert courageusement, tels qu'un Mutins Scévola, qui ayant failli à frapper un roi , eût été cruellement puni s'il n'eût laissé brûler sa main. Et combien y en a-t-il parmi nous qui, sans donner aucune marque de crainte ont vu brûler tous leurs membres pouvant se délivrer d'une parole! Mais jai tort de (aire entrer en comparaison vos hommes illustres avec les nôtres. Nos femmes et nos enfans se moquent des croix el des tourmens , montrent un visage assuré devant les bêles farouches, enfin souffrent la douleur sans gémir, parla patience que Dieu leur inspire. Cependant vous savez bien qu'il n'y a personne qui veuille souffrir des peines sans raison, ni qui les puisse endurer constamment sans l'assistance divine. Mais quoi ! ceux qui ne connaissent point Dieu abondent en richesses, et triomphent dans les honneurs et les dignités. Misérables! ils sont élevés plus haut , afin que leur chute soit phis terrible. Ce sont des bêtes qu'on engraisse pour le sacrifice; ce sont des victimes que Ton couronne avant que d'être immolées. Vous diriez, à voir leur vie et leurs débordemens, qn^ils n^ont été élevés sur des trônes que pour aboscr de leur pouvoir, et pécher avec plus de licence. D'ailleurs , sans la connaissance de Dieo , qui peut avoir une solide félicité? Les grandeors humaines ressemblent àunsoogeqni s'évanouit en un instant. Les rois reçoivent autant de crainte qu'ils en donnent, et quoiqu'une grande foule les accompagne, ils se trouvent seuls dans le danger. Tu es ridie; mais il ne fait pas bon se fier à la fortune; et après toot , tant d'approvisionnement poor si pen de clicniiB,iie sert pas tantqu*ilenibarrasse.Tu teglorifiesdans la pourpre et tes dignités, mais ta vanité est injuste, et c'est un faible ornement que Ion écarlate, si tu as Tàme souillée. Ta es grand en noblesse ; la race te rend gloricox : mais ne saiatu pas que notre naissance est égrie, el ipt^tt n'y a que la vertu qui doive mettre de in dtffi» rence parmi les booiines. Cesl dme avec raÎMi que les chrétiens, qui ne liicDt k«s MOtifii de tenante que de lenn MMfff ci 4c luriiti
OCTAVIUS-
D^ntsént Tos spectacles , vos voluptés et vos KMDpes, et les ftiient comme des corruptions p^les. C'est avec jaison qu*ilssabstieuoent ;ces cérémonies, dont ils savent la naissance rorigiue ; car qui n*a horreur, dans la course s chariots, de voir la Fureur de tout un uple qui s'emporte et qui dispute ? Qui ne tooDe de voir, dans les jeux des gladiateurs, iiscipline de Thomicide? Pour les théâtres, la "eorn^y est pas moindre, mais Tinfamie y est is grande. Ou un comédien représente des oUères,ou il les raconte; et un bouffon lascif li hii Tamourcux , uoiîs enseigne à faire Taoor. Ils déshonorent vos dieux en leur attrilaot des haines, des tourmens et des adultères, ar des douleurs feintes , ils vous tirent des irmes véritables; vous souhaitez de vrais homicides, et vous en pleurez de faux.
XXXVII. «Que si nous haïssons le reste des Mtifices, et le vin dont on a fait des libations , e n'est pas une preuve de notre crainte, mais D témoignage de notre liberté. Car quoique CD ne puisse corrompre ce que la nature a fait l'tre pour notre usage, et que les présens de eu soient inviolables, nous nous abstenons anmoins de ces oblations profanes, de peur "^on ne croie, ou que nous cédons aux démons lui elles sont présentées, ou nue nous ayons nte de notre religion. Mais quels sont ceux i s'imaginent que nous n*osons toucher aux ursP Ne cueillons-nous pas le lis et la rose, toutes celles que nous donne le printemps, ti embellissent les parterres, et qu'on estime »ur leur beauté ou pour leur odeur? Tantôt )us les semons mollement sous nos pas , et Qtôtnous en faisons des guirlandes pour le cou ' nos femmes.Mais vous nous pardonnerez bien nous ne portons point de couronnes, et si nous "Oyons que c'est par Todorat qu'on sent les 'Urs, et non pas par les cheveux, ni par le i^èredelatète. Nous n'en mettons point aussi ^ les morts ? mais je m'étonne du reproche que ^s me fahes. A quoi bon donner un flam- 'U à celui qui ne voit point, ou une couronne Qeurs à celui qui n'a point l'usage de l'odo- * D'ailleurs s'ils sont heureux, ils n'en ont w faire, et s'ils ne le sont point, cela n'est i capable de les réjouir. Pour nous , nous sons l'appareil de nos funérailles avec la me modestie qui nous a accompagnée da-
rant toute notre vie. Nous ne prenons point de guirlandes qui se sèchent , mais nous en emportons de fleurs immortelles que la main libérale de Dieu nous a données. Nous vivons aussi sans appréhension par la grâce que sa bonté nous a faite, et nous jugeons de la félicité qui nous attend par l'assurance qu'il nous en a donné lui-même en conversant parmi nous. Ainsi nous ressusciterons bienheureux, et nous le sommes dès cette vie, dans l'espérance et la contemplation de l'avenir. Donc que Socrate, ce bouffon d'Athènes, crie tant qu'il le voudra qu'il ne sait rien, et fasse levain dece que desdémons trompeurs l'en ont estimé sage : qu'Arcésilas et Garnéades, Pyrrhon et toute la secte des académiciens délibèrent éternellement; que Simonides diffère toujours à répondre; nous méprisons l'orgueil de ces philosophes, que nous savons être des tyrans , des corrupteurs et des adultères, toujours fort éloquens contre les vices qu'ils conservent. Nous ne travaillons point à paraître sages , mais à l'être ; nous ne parlons point en héros, mais notre vie est exemplaire. En un mot, nous faisons gloire d'avoir trouvé ce qu'ils cherchent toujours, et qu'ils ne trouvent jamais. Pourquoi serionsnous ingrats? Pourquoi envierions-nous leur bonheur? Si nousavons été assez heureux pour que la vérité divine se soit manifestée en nos jours, jouissons de notre bonne fortune; cessons d'en disputer, arrêtons la superstition, chassons l'impiété et que la véritable religion triomphe toute seule. »
XXX VUl. Lorsque Octavius eut cessé de parler, certain et moi nous demeurâmes longtemps tout étonnés sans rien dire. Pour moi j'étais ravi de ce qu'il avait prouvé, par autorités, par raisons et par exemples, ce qui se sent mieux ordinairement qu'il ne s'exprime; et j'étais bien aise de voir qu'il avait combattu les malveillans avec leurs armes , et qu'il avait montré que la vérité n'était pas seulement facile, mais favorable.
XXXIX. Comme je répassais ces choses dans mon esprit, Cécilius prenant la parole: a J'embrasse dit-il , Octavius, et le remercie autant que la franchise dans laquelle nous vivons me le peut permettre , et je me réjouis moi-même de ce qui est arrivé; car jS n'attends point le jugement. U sois assez méchant pour usurper la victoire ,