‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 59 sur 80 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

CONDUITE PRESCMTE AUX VIERGES

La discipline qui est la gardienne de l'espérance, Tancre de la foi, le guide du chemin du salut , qui cultive et augmente les avantages d'un bon naturel, et qui est la maîtresse de la vertu, nous fait immuablement demeurer en Jésus-Christ et vivre en Dieu , et nous conduit entité aux récompenses célestes qui nous ont été promises. 11 est donc aussi avantageux de la suivre que dangereux de la négliger. C^est ce que le Saint-Esprit déclare dans les psaumes: «Gardez la discipline, de peur que le Seigneur ne se mette en colère, et que vous ne périssiez en vous égarant du droit chemin , lorsque sa colère s'allumera tout d'un coup contre vous ^ »

1 Psaume 2^ 12.

Et encore : «Mais Dieu a dit au pécheur: pourquoi vous mêlez- vous d'expliquer ma loi et de parler de mon alliance , vous qui haïssez la discipline, et qui ne tenez compte de mes paroles^?» Nous lisons encore, que «celui qui rejette la discipline est misérable^. » Et Salomon nous donne ce précepte de sagesse : «Mon fils, ne négligez point la discipline du Seigneur, et ne vous découragez point lorsqu'il vous reprend; car le Seigneur reprend celui qu*il aime 3. » Que si Dieu aime ceux qu'il reprend , et qu'il ne les reprenne que pour les coriger, il n y a point de doute non plus que les fidèles et surtout les évèques ne haïssent pas, mais

« PiMime 49, 17.- > Sasesse, 3, 11. -< Pror^ 9, U,

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akoenC ceux qu'ils reprennent pour les rendre ^ ndlleurs , puisque Dieu a prédit et marqué par Jéréaiie le temps où nous sommes, quand il a dit : c Je. vous donnerai des pasteurs qui seront lelon mon cœur, et ils vous conduiront avec discipline ^» Si donc la discipline est recommandée partout dans FÉcriture sainte , et que h cninte et la régularité soient comme le fondenenl de la religion et de la Ibi , à quoi devous- Doos travailler davanrage qu*à nous établir sofidement sur la pierre, aèn de n'être point ftranlés par les tempêtes du siècle , et d'arriver ji la récompense par l'accomplissement des eommandemens de Dieu : car il faut que nous ONMidérîons que nos membres sont les temples de Dieu, purifiés parles eaux sanctifiantes du baptême de toutes les souillures de Tancienne cormplion , si bien qu'il ne nous est plus permis d*en violer la pureté , à moins que de vouloir nous perdre. Nous sommes nous-mêmes les prêtres de ces temples; tâchons, en les conservant inviolables, de rendre le culte à celui à €]ui nous avons déjà commencé à nous consacrer. Saint Paul, dans sesépttres où il nous donne d'exceliens préceptes pour la conduite de notre vie, dit : « Vous n'êtes pas à vous , car vous avez été achetés bien chèrement : glorifiez et portez Dieu dans votre corps ^.i> Glorifions donc et portons Dieu dans un corps chaste et pnr avec encore plus de soin que nous n'avons fait jusqu'ici; et puisque nous sommes rachetés par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ , rendons à notre rédempteur toute sorte d obéissance comme étant ses esclaves , et prenons garde que rien d'impur et de profane n'entre dans le temple de Dieu, de peur qu'en étant offensé il ne Fabandonne. Voici les paroles de Notre-Seigneur, qui guérit et instruit en même temps : «Vous voilà guéri , dit-il , prenez garde de ne plus pécher, qu'il ne vous arrive pis 3. » Après qull lui a rendu la santé , il lui donne des préceptes pour bien vivre ; et il ne lui iàche pas' la bride pour le laisser aller où il lui plaît , mais au contraire il prend sujet de sa guérison, pour le menacer sévèrement, parce que les fautes qu'on commet avant que de connaître la loi de Dieu sont bien moindres, mais celles qu*on commet ensuite ne mérijent point de pardon.

' Jérémic , 3, 15. — * l Cor-, 6, 19. — » Jean, 5, li

Et ce que je dis ici , je le dis pour toutes sortes de personnes; car tous, sans différence d*àge ni de se^e, sont obligés, par le respect et la fidélité qui est due à Dieu , de prendre garde de ne pas laisser souiller par leur négligence ce qu'ils ont reçu pur et saint des mains du Seigneur, puisqu'il est écrit, a qu'il n'y aura de sauvé que celui qui persévérera jusqu'à la.fin^ Maintenant c'est aux vierges que je m'adresse ; car nous en devons avoir d*aulant plus de soin que la gloire de leur état est plus éclatante. En effet, l'on peut dire qu'elles sont comme les fleurs odoriférantes de TËglise , le chef-d'œuvre de la grâce , l'ornement de la nature, un ouvrage parfait et incorruptible, Hmage de Dieu répondant à la sainteté de Noire-Seigneur, et la plus illustre partie du troupeau de Jésus-Christ. C'est elles qui font la joie de TÉglise comme étant une des plus nobles causes de sa fécondité glorieuse; et la joie de cetfe sainte mère augmente toutes les fois qu'elle voit le nombre des vierges s'augmenter. C'est donc à elles que nous parlons; c'est elles que nous exhortons, plutôt par affection que par autorité. Car, comme la connaissance que nous avons du peu que nous sommes nous empêche de censurer leur conduite , le soin que nous prenons de ce qui les regarde fait que nous apréhendons davantage pour elles les embûches de r^nnemi. Et véritablement cette précaution ne doit p^s être estimée inutile , ni cette crainte vaine, puisqu'elle va à assurer la voie du salut, à faire observer plus exactement les eommandemens de Dieu, et à faire que celles qui se sont consacrées à Jésus-Christ et ont renoncé à la concupiscence chamelle pour se vouer à Dieu de corps et d'esprit , achèvent un ouvrage dont la récompense doit être si grande, et ne songent plus à se parer pour plaire à d'autres qu'à leur Seigneur, de qui elles attendent la couronne de la virginité. Car c'est lui-même qui dit : «Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux-là srulement à qui il a été donné de la comprendre : il y en a qui sont eunuques dès le ventre de leur mère, et qui sont nés lels ; il y en a que les hommes ont fait eunuques par force, et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes à cause du royaume

I Matih,, 10, 22.

SAINT CTPRIEN.

des mm ^ » Neiis voyona ^ussi dans l'Apocalypse le don de la continence marqué et la vir- {pr\\\é relevée par la bouche de l'ange , lorsqu'il du : «Ce sont ceux qui ne se sont point souillés livec les femmes, parc« qu'ils sont demeurés vierges, et ils suivent Tagneau partout où il va^.> Or ce n'est pas aux hommes seulement que Notre-Sei^ur accorde la grâce de la continence en sorte que les femmes en soient exelues ; mais comme la femme est une portion de riiomine et qu'elle en a, été prise et formée , •da est cause que presque par toute l'Ecriture Qieu s'adresse à rhomme comme au premier eréé, piaree qu'ils sont deux en une même chair et que la femme est comprise dans le mot homme. Sa donc lescontinens suivent Jésns-Gbrist, et si le royaume de Dieu est destiné aux vierges , comnent peuvent-elles encore songer à se parer de vains ornemeos, puisqu'elles ne sauraient dé- %V6r de plaire aux hommes par U qu'elles n'of* feoseni Dieu en même temps? Elles doivent se souv^ir qu'il est écrit que « ceux qui plaisent nuif hommes seront couverts de confusion , lAfce que lUeu les a rejetés ^;» et que saint Paul a dit cette belle parole : «Si je voulais phive aux hommes, je ne serais pas serviteur 4a Jésus-Christ 1 » La continenee cl la chasteté m conëstent pias dans la seule pureté de corps, inais aussi dans la modestie et la bienséance des babits, afin que , selon Tapôtre, celle qui n'est pesnt mariée soit également sainte de corps et d'esprits Ce même apôtre ajoute encore pour notre instruction : «Celui qui n'est point marié ne pense qu'aux choses de Dieu et à Ini plaire ; mai» celui qui est marié pense aux choses du nofide et i piaire k sa femme^ De même une vierge et une femme qui n'est point mariée s#oge aux choses de Dieu et à se conserver pure de oerps et d'esprit ^ x>.Une vierge ne doit pas «euienaent être telle, elle le doit paraître, afin fM loii8qu\)B la voit personne ne puisse douter de ee qu'elle est. Que sa pureté s'étende à tontes ohoses, et que le luxe de ses habits ne déshoMre pns l'intégrité de son corps. Pourqiioi se coiffer et s'i^uster comme si elle avait tm mari en qu'elle ep cherchât on? Qu'elle eieigna piutêt de plaire, si eUe est véritable-

^atlh., 19, 11. — « Apoc., 14, 4.

, «2, 7. — « Galii., 1, 10. - » I. Ur., 7, «S.

ment vierge, et qu'elle ne s'expose point an danger puisqu'elle se garde pour quelque ehese d'excellent et de divin. Que celles qui n'ont point de mari à qui elles soient obligées de plaire demeurent pures non-seulement de corps , mais d'esprit ; car il n'est pas permis à une vierge de se coiffer pour se rendre pins belle, ni de se glorifier de la beauté de son corps, puisqu'elle n'a point de plus grtnd ennemi à combattre \ saint Paul erie d'une ym% haute et forte : «A Dieu ne phiise que je aae glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre* Seigneur Jésus-Christ , par qui le monde eal crucifié pour raoi^ comme je suis orueifié peur le monde ^;b et une vierge se glorifiera encore dans l'Église de sa beauté ! Saint Paul ajoute : «Ceux qui sont k Jésus-Christ ont crucifié lenr chair avec ses passions et ses oonvoitiaes ^;» et celle qui fait profession d'avoir rcaaoDoé aux convoitises et aux vices de ht chair se réengage dans les choses à quoi elle a renoncé l On voit bien maintenant qui voua êtes. On voil bien que vous n'êtes pas ce que vous vonlet peraltre. Vous vous souillez des taches de k concupiscence charnelle après vous être revêtue de la robe blanche de la pureté. «Criei, dit le Seigneur au prophète Isaie : toute chair est de l'herbe, et tout son éclat est comme la fienr de l'herbe. L'Iierbe se sèche et la fleur tombe, mais la parole du Seigneur demeure éteraettement ^. » U ne sied à aucun chrétien, et itioilis encore à une vierge, de faire état de la beauté du corps. On ne doit aimer que la parole de Dieu, et n'embrasser que des biens qui. demeureront éternellement. Ou s'il se fiiut glorifier de son corps, il ne s'en faut glorifier que loreqn il cet dans les tortures pour la cenfessionx dn Bom de Jiésns-Christ , lorsqu'une femme est nhia finrte que les hommes qui la tourmentent , kiraqn'eUe souffre le feu, ou la croix, oo^le fer, oQ la rage des bèies y pour être ensuite couronnée. Ce sont là les perles et les diamans qui oraent véritablement le corps.

M^is il y en a qur étant liehes t'exeoseat làdessus et prétendent qu'elles se doivent servir de leurs biens. Mais qu'elles sachent premièrement que celle-là seule est riche et opulente qiil l'est en Dira et em JésuSf Christ , et qu'il a'y a

Gtfat., e, 14. -^ • iM.a ^ M. ^ « Ipïe, 40, e.

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▼<rit«blt8 que les biens spirituels qui à Dieu et qoe nous possédons éter- «vec lui. Car pour les autres que nous rcçoê en venant au monde, et que nous quand nous en sortirons , nous les antant mépriser que le monde même, et aux délices duquel nous avons lorsque nous sommes venus à Dieu dans b baptême. L'apôtre saint Jean nous fait eette olnrlatmi toute céleste : « Prenez bien (farde iiMpoinI aimer le monde ni ce qui est dans le ■nie. Si quelqu'un aime le monde, Tamour du Nre n'cat point en lui ; car tout ce qui est dans Iiaaada n'est que convoitise de la chair, on cmmiliac des yeux, ou ambition, ce qui ne point do Père , mais du monde. Or le passera et ses convoitises avec lui; mais qnifâitb volonté de Dieu demeurera éteririleaMot comme Dieu même ^. » Il ne faut donc Émet que les choses divines et éternelles, et awHBplir en tout la volonté de Dieu; afin de lea vestiges de Notre-Seigneur, qui a dit ma histruire : «Je ne suis pas descendu dncfel pour faire ma volonté, mais pour faire la vohoté de celui qui m'a envoyé '. » Que si le HffUwn n'est pas plus grand que son maître, d ai eelni qui a été délivré doit honneur et obHaaanee à son libérateur, nous qui désntms Mit de véritables chrétiens nous devons imiter Jésaa^Ghrist. H est écrit, et on le lit et on Tentiod y el rÉglise ne nous le prêche qu*afin que nem le pratiquions: «Celui qui dit qull demasre en Jésus-Christ doit marcher lui-même comme Jésos-Christ a marché. «Il faut donc que marchions d'un pas égal à lui , et que nous éffbffîoas de le suivre; car c'est alors que noire vie répond au nom que nous portons qmmû nous embrassons la vérité , et que notre M est récompensée quand elle est accompagnée déa Qèovres. Vous dites que vous êtes riche; BMia saint Paul va au-devant de cette objection, eC borne l'usage de vos richesses à vous vêtir Iiemièlenieflt et modestement , lorsqu'il dit : «Qve les femmes sliabfllerit modestement et bonnètemenl ; qu'elles ne Se fiisent point, et ne portent peint d'or, ni de perles, ni d*habits somptueux ; mais qu'elles se vêtent comme il est bienséant à des fèmmet^ chastes et de bonne

' Jeam, 2, 15. - *Jbid,, 9, de. -» Md,, 2,e.

vie^v Saint Pierre leor donne des préèepfeé semblables à ceux - là lorsqu'il dit : « Qoe les femmes ne se parent point au dehors d'or et d'habits précieux, mais qu'elles ornent lèar cœur K » Qoe si ces apôtres veulent qiie lea flemmes même qui ont coutume de s'excnser éur leur mari de ce qu'elles sont parées , apportetil quelque modération en cela selon Tesprit de l'Église, combien une vierge y doit-elle être plus retenue, puisqu'elle n'a point de prétexte et ne peut rejeter sur autrui l'excès qu'elle y commettrait , mais en serait toute seule coupable. Vous dites qoe vous êtesi riche, mais né savez-vous pas qu'on ne doit pas faire tout oe qu'on peut , ni porter, au delà de l'honneur qui est dft à la virginité , les désfrs immodérés de l'ambition? «Tout m'est permis, dit saint Paul , mais tout n^est pas avantageux; tout m'éèt per* mis , mais tout n'édifie pas '. » Lots donc que vous vous coiffez magnifhiuement,etquepaniissant ainsi en publie, vous attirez sur vèus lea yeux et les .soupirs de toute la jeunesse , et que vous allumez dans les ccefurs le feu de l^monr, bien encore que vous ne vous perdiez pas vous-même, vous perdez les autres ft qui vous êtes plus dangereuse que le fer et le poison. Ponvez-vous alors vous excuser en aucune sorte, et prétendre que vous êtes chaste d'esprit ? Veê ornements lascife et inbpudiques vous convainquent du contraire , et vous ne sauriez plus être mise au rang des vierges de Jésus-Christ, priiéque vous vivez d'une feçon que vous poovei être aimée. Vous dîtes que vous êtes riche, Mis il ne sied pas bien à une vierge de vanter ses ri* chesses, puisque l'Écriture sainte fait dire adx damnés : « Que nous a servi notre orgUéil et toute cette vaine montre de richesses? Tontes ces choses ont passé comme due ombre *. » L'apôtre de même nous a donné cette instmctioA : «Que ceux qui achètent soient â cet égard comme s'ils né possédaient point , et qoe eeux qui lisent de ce fnonde en usent comme s'ils fi'en usaient point, car la figure dece monde passe'*» C'est ainsi que saint Pierre, ft qui Notre-Seignoor recommande le Soin de paître et de déf^nd^ ses brebis, et sur qui il a mis et fbndé l'ÉgHse, dit «qu'à la vérité il n'a ni or ni argent^ mais qu'il est riche de la grâce de Jésus-Christ et de

' î. Tiiri., 2, 10. — •]. Pierre, 8, 3. — » l Cor., e, 11 * SaeesM ,5, 8. — M. Cor., 7,3.

SAllNT CYPRIEN.

la foi par lesquelles il faisait plusieurs miracles , et possédait une infinité de trésors spirituels ^ t> Celle-là ne saurait posséder ces richesses qui aime mieux être riche des biens du monde que de ceux de Jésus-Christ. Servez -vous de vos richesses à la bonne heure , mais servez-vous-en pour votre salut , servez-vous-en pour en faire de bonnes œuvres, et pour accomplir les commandemens de Dieu et de Notre-Seigneur; que les pauvres et les indigens sentent que vous êtes riche; donnez à usure à Dieu votre patrimoine, et nourrisscz-en Jésus-Christ afin de remporter la gloire de la virginité ; achetez les prières de plusieurs, afin de jouir des récompenses que Notre-Seigneur nous promet; mettez vos trésors où les voleurs ne puissent aller ; acquérez des héritages, mais des héritages célestes, dont les fruits soient à couvert des injures des hommes et des saisons ; car vous péchez contre Dieu en cela même que vous ne croyez pas qu'il ne vous a donné du bien que pour vous en sçrvir utilement pour votre salut. Ainsi il a donné la voix aux hommes, et néanmoins il ne s'ensuit pas qu'on la doive employer à chanter des chansons amoureuses et déshonnëtes ; il a donné le fer aux hommes , mais c'est pour cultiver la terre, et non pour commettre des homicides; il est auteur de l'encens, du vin et du feu, et toutefois l'on ne se doit pas servir de ces choses pour sacrifier aux idoles; non plus que parce que nous avons quantité de troupeaux de bétes , ce n'est pas à dire que nous devions immoler des victimes: autrement de grands biens sont une grande tentation^ à moins qu'on n'en fasse bon usage, et qu'on n'en rachète ses péchés au lieu de les augmenter. La pompe des habits et tout ce qui sert à relever la beauté n'est bon que pour les femmes impudiques et prostituées, et il n'y en a point qui aient plus de soin de se parer que celles qui en ont moins de conserver leur honneur. C*est ainsi que Dieu pour notre instruction nous représente dans rl^xriture une ville perdue de débauches comme une courtisane superbement vêtue, qui doit périr avec tous ses ornemens, ou plutôt à cause de ses ornemens : «L'un des sept anges, dit saint Jean, qui avaient les sept coupes, s'approcha de moi et me dit : Venez, je vous montrerai la condamnation de cette grande courtisane

qui est assise sur la multitude des eaux , avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus; et il me transporta en esprit, et je vis une femme assise sur une bète, et cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate et parée d'or, de perles et de pierres précieuses, tenant en sa main un vase d'or plein des abominations et des impuretés de toute la terre ^vQue les vierges chastes et pures aient donc honte de s'habiller comme des courtisanes et des femmes perdues. Nous voyons aussi qu Isaîe rempli du Saint-Esprit crie et reprend avec Force les filles de Sion de ce qu'elles se vêtaient trop richement et s'éloignaient de Dieu en s'abandonnant aux délices du siècle : a Les filles de Sion, dit-il, se sont enorgueillies; elles ont marché la tête haute, et jeté des œillades de tous côtés; elles ont marché fièrement avec des robes traînantes jusqu'en terre ; elles ont balle et dansé; c'est pourquoi Dieu humiliera les principales filles de Sion, et le Seigneur découvrira leur honte et leur nudité; il leur ôtera leurs vêtemens superbes, leurs parures, leurs tours de cheveux, leurs boucles, leurs coiffures, leurs aiguilles d'or, leurs brasselets, leurs roses de diamans, leurs bagues, leurs anneaux, leurs pendans d'oreilles, leurs habillemens de soies tissus d'or et d'hyacinthe. Au lieu de leurs poudres de seuteurs, elles seront couchées dans la poussière; au lieu de leurs ceintures d'or, elles auront des ceintures de corde; et au lieu de leurs superbes coiffures, elles n'auront pas un cheveu sur la tête^. K Voilà ce que Dieu blâme et condamne ; voilà pourquoi il dit que ces filles sont corrompueset ont abandonné son véritable culte; celles qui étaient élevées sont tombées par terre; celles qui étaient si bien ajustées ont mérité de vivre dans l'ordure et la saleté; celles qui étaient vêtues de pourpre et de soie n'ont pu être revêtues de Jésus • Christ ; et enfin celles qui étaient ornées d'or, de perles et de diamans, ont perdu les ornemens de l'âme et du coeur. Qui ne détesterait une chose qui a été funeste à un autre? qui se voudrait servir de ce qui â donné la mort à ceux qui s'en sont servis ? Si quelqu'un mourait après avoir pris un breuvage , vous ne douteriez point que ce breuvage ne fût un poison; si un aliment tuait celui qui en mange , vous le jugeriez mortel, et vous n'aii^

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lia garde ni de boire d*un breuvage, ni de ■nger d^un aliment que vous auriez vu en ifoir fait mourir d'autres auparavant. Combien flraDde dfmc est votre ignorance et votre folie de désirer ce qui a toujours été nuisible, et de que vous ne périrez pas par les mêmes que vous savez en avoir fait périr d'autres? Dieu n^a point fait les toisons des brebis fécvhle ou de pourpre, ni enseigné à teindre les bines; iln^a point enchâssé les diamans For, ni lait des colliers de perles pour en votre tète, et cacher ce que Dieu a formé CB rbomme, afin de n*y faire voir que ce que le dtablet inventé. De même, Dieu a-t-il com- ■endé qa*on perçât les oreilles aux jeunes filles, et ^*oa leur ftt souffrir ce tourment dans un Ige. plein d^innocencc , et où elles sont encore oemptes de la corruption du siècle, afin que de ces blessures pendent des grains précieux pesens par leur valeur, s'ils ne le sont par leur poids?Ge sont là deschoses dont les anges apostats ODt donné Un vent ion aux hommes, lorsque déehosde la vigueur de leur nature céleste, ils se soDtsoolliésderimpureté de la matière ; c est eux qui leur ont appris à peindre leurs sourcils et leurs cheveux , à mettre du fard à leurs joues, et enfio â ne laisser aucune partie de leur (ète qui ne soit déguisée. Et ici je me trouve obligé par la crainte de Dieu que la foi m'inspire , et par la charité dont je suis redevable à mes^ frères, d'avertir non-seulement les vierges ou les veuves, mais aussi les femmes mariées, qu*nne créature qui est l'ouvrage de Dieu ne se doit point ainsi déguiser, ni corrompre ce que la nature a fait. Dieu dit : <c Faisons l'homme à notre ressemblance i, s et quelqu'un aura la hardiesse de changer et d'altérer ce que Dieu a fait ! Ils se. soulèvent contre Dieu lorsqu'ils veulent réformer ce que lui-même a formé; et ils ne savent pas que tout ce qui naît est Touvrage de Dieu, et que tout ce qui est changé est celui du diable Si un excellent peintre ayant tiré quelqu'un au naturel et parfaitement exprimé tous les traits de son visage, un autre entreprenait de mettre la main à son tableau et de le corriger, vous jugeriez sans doute qu'il lui ferait un grand affront , et que le premier aurait raison de s'en fâcher; et cependant vous croyez pou-

'Gcnè«e,1,26.

voir retoucher à Timageque Dieu a formée sans qu'il vous punisse d'une si étrange témérité! car je veux que ce déguisement ne vous rende point impudique à l'égard des hommes, n'ètesvous pas pire qu'un adultère, de corrompre ainsi ce qui est à Dieu? Tous ces ornemens et ces parures ne vont qu'à détruire son ouvrage, et à anéantir la vérité et la beauté de la nature. Voici Favertissement que Tapôtre nous donne : «Otez le vieux levain qui est en vous, afin que vous soyez comme une nouvelle pâte où il n'y ait point de levain; car Jésus-Christ qui est notre agneau pascal a été immolé; célébrons donc cette fête non avec de vieux levain , ni avec le levain de la malice et de la méchanceté , mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité ^i> Gonservé-t-on la sincérité et la vérité, lorsqu'on corrompt par de fausses couleurs ce qui est simple et pur, et lorsque ce qui est vrai et naturel est déguisé parle fard et par les pommades? Votre Seigneur dit : a Vous ne sauriez faire un cheveu blanc ou noir^; »et vous, vous voulez vous élever au-dessus de la parole de votre Seigneur, et par une entreprise hardie et un mépris sacrilège, vous peignez vos cheveux, et leur donnez une couleur de flamme, comme un présage de ce qui leur doit arriver un jour. Vous péchez par la tète, c'est-à-dire par la plus noble partie de votre corps, et au lieu qu'il est écrit de Notre-Seigneur, que « sa tète et ses cheveux étaient blancs comme de la laine ou de la neige 3, » vous haïssez dans vos cheveux une couleur qui les rend semblables à ceux de Notre-Seignéur. Ne craigf)ez-vous point qu'au jour de la résurrection votre créateur ne vous reconnaisse plus, et qu'il ne vous rejette lorsque vous viendrez pour jouir de ses promesses et de ses récompenses? N appréhendez-vous point qu'il ne vous dise d'une voix de juge et de censeur : Ge n'est pas là mon ouvrage, ce n'est pas là notre image; vous avez souillé votre corps par des drogues étrangères; vous l'avez altéré par de fausses couleurs; vous avez déguisé et défiguré votre visage, c'en est un autre que celui que j'ai formé ; vous ne pouvez voir Dieu , puisque vous n'avez plus les yeux que Dieu a faits, mais les yeux que le diable a corrompus; c'est lui que

* Cor., 5, 7. — • Matlh., 5, 30.— » Apoc, 1, 14.

SAINT CYPRIÈN.

vous «vef suivi f vous avei imité les yeux rouges et peints du serpent ; vous vous êtes parée des livrées de votre ennemi , vous sera donc brûlée âvee votre ennemi. Des servantes de Dieu ne devraieoi-elles pas penser à ces clioses et les emîndne? (Qar s'est aui femmes mariées 4 voir si Texeuse qu'elles prennent sur ee qu'elles sont éÙ\fite% de plaire à leurs maris les met à co&vert , ou p(ttt6t si cela m fait pas voir que leurs nasfis mteea sont complices de leur Âiute par i^cposMiment criminel qu'ils y donnent. Mais pbar las vierges, qui sont celles à qui cedistours ^adresse fia ne eroil pas qu'on doive mettre de œ nombre celles qui se servent de ces artifices pour sa rendre plus agréables, et j*estime que, comme des brebis gâtées et malades , on les doit cbasser du uint et pur troupeau de la virginité, de crainte que si elles demeurent avec les autres , jelles ne les infectent et ne les perdent avec elles.

Mais pttisqye nous parlons du bien de la continence, et qu'il Aiut tâcher d'éviter tout ce qui Y pourrait nuire, je ne dois pas passer sous silence une chose qui commence à devenir en usagf , parce qu'on néglige d'y remédier, quoi qu'il n'y ait rien de plus contraire aui bonnes | moeurs. G'est qu'il y a des vierges qui n'ont point de honte de se trouver aux noees et de prendre part aux discours lascii^qui s'y tiennent, d*éeouter at de dire des choses qui blessent la blenfléanca , d'être présentes â ces festins de déiMucha, qui fournissent des amorces aux passions déréglées , at où la licence des paroles se porte juaqu'aux plus secrètes actions du mariage. Que fait â des noces une personne 4ui ne sa veut point marier? ou quel plaisir y peut-elle prendre , puisque ses pensées et ses désirs sont teuméa d'un autre c6té ? Qu'y prend-tm , ou qu'y veit-on? Combien une vierge qui va â ces assemblées s'éloigne-t-elle de son premier dessein, et combien s'en retourne- t-elle moins chaste qu'elle n'y était venue! car Je veux qu'elle soit encore vierge de corps et d'eSprtt , l'est-elle au moins des yeux, des oreilles, de la langue? Mais que dirai-je de celles qui se vont laver dans les bains publics, et qui prostituent aux yeux lasdFs des corps consacrés â la pudeyr P car lorsqu'elles s'exposent ainsi nues â la vue des hommes, ne fomeuteot-elles pas les passions déahoanèiast n'allument-elles pu les

désirs de ceux qui les regardent? Cest i eut j dites-vous, à voir à quel dessein ils viennent Ift, pour moi je ne songe qu'à me laver et à me tafraîchir. Mais é^est une mauvaise défense qua cela , et qui n'excuse pas vôtre crime et toÊn effinonterie. Un bain de cette sorte ne voua nettoie paS) mais vous salit encore davantafe. Voua ne regardez personne inpudiqueitoelit) I la bonne heure, mais l'on vous regarde iflipiidiquement. Vos yeux ne sont point souillés d'tti plaisir infâme, ibais le plaisir que vous domM aux autres vous souille vous-même. Dn bain vous faites un spectade , et l'on ne voit poiM sur le théâtre dé choses plue dés honnêtes l)ne celles que vous y feites voir. Toute honte en est bannie ; l'on y quitte la pudeur avee les habiti, et des membres vierges deviennent en praiË aux regards impudiques. Gomment donc poëvei-vous être modeste et retenue parmi lés hommes , après avoir eu la hardiesse de YMS dépouiller devant eux ; c'est pour cela que TÉ^ glise pleure si souvent ses vierges, et qu'elle gémit de leurs actions inRimes et détèaûbltk G'est ainsi que la fleur de la virginité aê oerd^ et que la gloire de la continence est pronfiCé et déshonoi*ée. Cest ainsi que l'ennemi se glinè artificieusement , et que tandis que lea vietgea veulent se parer et aller où il leur platt, ^IM cessent d'être vierges et sont corrompues par Ma infamies secrètes. G'est ainsi qu'elles aont vtavei avant que d'être mariées; qu'elles aonillehtli couche, non d'un mari, mais de Jésua-Ghriit, et que les siippliees qu'elles souffriront wnnà proportionnés aux récompenses qu'elles aiiralett reçues.

Écoutez-moi donc, vierges, eotnme Un bn père qui vous donne des avis salutairea, et qlil ne cherche que votre intérêt. Soyez telles nué Dieu qui vous a créées vous a feitea ; soyei teuis que sa main vous a formées. N'altérez point Hê traits et les linéamens de votre visage* Ne peécez point vos oreilles. Ne portez point et colliers, ni de bracelets, ni de chaînes d^. Mê teignez point vos cheveux; et faltea qoe vos yeux soient dignes de voir Dieu. Baignèa-vodl avec celles de votre sexe. Évitez les aasembMSI pernicieuses des noces , et ces festins lasdfe it dangereux. Puisque vous êtes vierges et ne aeirvez que Dieu seul, méprisez les vains omemens des habits ; surmontez les attraits de l'or, voos

DE LA CONDUITE PRESCRItE AUX VIERGES.

qui turmontez la chair et le inonde. Car ne se- | nit-ce pas une honte qu'étant victorieuse des CBMfniê les plus forts, vous fussiez vaincue par tas |rtiis fsiMes P < La voie qui mène à la vie est éIrMte',» et le chemin qui conduit à la gloirt cal màè et difficile. CTest par ce chemin que mar- . dtant tes martyrs , les vierges , et tous les justes. Éfiict les diemins larges et spncieux , ils sont plUai d'appas et voluptés mortelles. Le diable y flatte pcNir tromper, y cajole pour perdre, y car- TfSSK9T l^onner le coup de la mort. Les martyrs recueillent cent, et vous soixante pour un^. Gommedonclesmartyrs ne pensent plusâ la chair ni ao siècle, et ne combattent pas fiaiiblenient et lâchement, parce qu'ils combattent de puissans ennemis; que vôtre couraf^e approche du leur, paîsqae vôtre récompense n'en est pas éloignée. On ne peut monter bien haut sans peine , et ToQ n^MlUùpt pas la cime des montagnes sans bçancoup de travail et de sueur; que sera-ce donc poar monter au ciel? Et néanmoins si vous eopsidérez la récompense, le travail est infininenl an-dessous; car Notre-Seigneur promet llmmort^lité, la vie étemelle, et le royaume à W|i qui pereévèrent. Demeurez donc fermes (|aBS votr^ état, puisque c'est un état qui demenrery toiûours. Voulez-vous savoir de quels ma|ix lacontinence est exempte et les avantages qn'eile posai^e?aJe multiplierai, ijit Dieu à la femme, vos peines et vos souffrances : vous eniapterez ayec douleur et serez soumi.se à vôtre mari, et il aura empire sur vous 3. » Vous n'êtes poipC sujettes à cet arrêt, et vous n'appréhendez point les (iouleurs et les gémissemeos des femmes. Vous n'avez point un mari pour maître , mais Jésus-Christ même qui est votre Seigneur et votre tè(e, et avec qui vous partagez vos bî^ns et vos maux. Noire-Seigneur dit dans PËvangile : « Les enfans de ce siècle engendrent et sont engendrés; mais ceux qui mériteront d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des n^orts ne se marieix)nt point, car ils ne pourront plus mourir, d'autant qu'ils deviendront égaux aux anges; comme étant enfans de la r^urrection S » Vous avez dêjù commencé d'être ce que nous serons un jour. Vous possédez dès ce mpnde la gloire de la résurrection , et vous passez par le siècle sans vous souiller de la

« Maub., 7, 14. — • /«rf., 23, 8.

* Genè»e , 3, 16. — « Luc . 20, S4.

corruption du siècle. Lorsque vous demeurez chastes et vierges , vous êtes égales aux anges de Dieu ; tâchez seulement de conserver entière votre virginité , et d'achever avec constance ce que vous avez commencé avec courage. Ne recherchez point lesornemens des habits, inais des mœurs. Gomtemplez Dieu et le ciel; et après avoir porté vos yeux si haut , ne les abaissez pas pour regarde^ la terre. La première ordonnance de Dieu a été d'engendrer et multiplier, mais la seconde exhorte à la çonMpençeS t/)rsque le monde venant d*ê(re créé était désert, il fallait se marier pour le peupler; mais maintenant qu1l est peuplé , ceux qui peuvent garder la continence se font eunuques pour gagner le royaume des cieux 2. Notre-Seigneur ne le commande pas, mais y exhorte; et ce n*est pas une nécessité qu'il nous impose, puisqu'il laisse cela à notre lifaierté. Mais comme il dit qu'il y a pin* sieurs demeures dans la maison de son Père, il nous montre les meilleures , et ce sont celles-là où vous voulez aller ; car vous ne retranches les désirs de la chair qu'aân d'obtenir dans le eiel une gloire plus grande. Tous ceux qui ref^îvent la grâce du baptême s'y déponilleoi da vieil homme, et renouvelés par le Saint-Esprit y prennent une seconde naissance plus pure que la première. Mais l'on peut dire que vons y renoncez plus véritablement et plus saintement que les autres , puisque tous les désirs de la chair spnt morts dans vous , et qu'il n'y est demeuré que ceux de l'esprit et de la vertu pour vous élever à la gloire. Le saint apôtre que Notre-Seigneur a nommé un vaisseau d'élection et qu'il a envoyé publier sa parole, dit : « Le premier homme a été tiré de la terre , et le second est descendu du ciel. Ceux qui sont terrestres ressemblent â Thoipme terrestre , el ceux qui sont célestes sont semblables aussi à rhomme céleste. Gomme donc nous avens porté Timage de celui quia été prisde la terre, portons aussi l'image de celui qui a son origine dans le ciel^. x> La virginité portecette image; lachastelé la porte; la sainteté et la vérité la portent ; et enèn ceux-là la portent qui se souviennent des commandemens de Dieu , et qui ont sa crainte devant les yeux, qui sont justes, religieux^ fermes en la foi, humbles, doux, patieos, oba.-

' Genèse , 1, 28. -* > Mattb., 19, 22. -^ f Ger., iê, iT.

SAINT CYPRIEN

ritab1e$,et qui conservent Tunion et la paix avec leurs frères. Ce sont là des chosesque vous devez aimer et accomplir, vierges saintes, qui , ne vous occupant que de Dieu et de Jésus-Christ, marchez devant les autres comme la plus grande et la meilleure part du troupeau , et les menez au Seigneur à qui vous vous êtes consacrées. Vous donc, comme les plus âgées, servez de maltresses aux plus jeunes; et vous qui êtes plus jeunes,

assistez vos anciennes , et donnez exemple à vos pareilles. Animez -vous Tune Tautre par des exhortations mutuelles , et qull y ait entre vous une émulation de vertu et de bonnes ceavres pour arriver à la gloire. Prenez courage, persévérez jusqu'à la fin, et fournissez heureusement votre carrière. Tout ce que je vous demande c'est que vous vous souveniez de nous lorsque vous aurez reçu la récompense de la virginité.

DE L'ORAISON DOMINICALE

Les préceptes de TÉvangile , mes très-chers frères , ne sont autre chose que des enseigne* mens divins, les fondemens de noire espérance, les appuis de la foi, la nourriture du cœur, des guides pour nous conduire, des secours pour nous sauver; car tandis qu'ils instruisent sur la terre les esprits dociles des fidèles, ils les mènent au royaume des cieux. Dieu a voulu que les prophètes ses serviteurs dissent plusieurs choses de sa part, et qu'on les écoutât : mais combien plus grandes sont celles que son Fils même dit : que la parole de Dieu qui a parlé dans les prophètes nous fait entendre de sa propre bouche, ne commandant plus qu'on prépare la voie pour le recevoir quand il viendra, mais venant lui-même et nous la montrant, afin qu'après avoir langui si longtemps dans les ténèbres de la mort , éclairés de la lumière de la grâce, nous marchions sous sa conduite dans le chemin de la vie ! Or entre les divins enseignemens qu'il a donnés à son peuple pour son salut, il lui a aussi donné une forme de prière , et luimême nous a instruits de ce que nous lui devons demander. Celui qui nous a donné la vie nous a aussi appris à prier, par cette même bonté par laquelle il nous a comblés de tant d'autres biens, afin que nous servant de la prière du Fils pour parler au Père, le Père nous accorde plus aisément ce que nous lui demanderons. Il avait prédit que le temps approchait i, que les

* Jean, 4, 23.

vrais adorateurs adoreraient le Père'en esprit et en vérité, et il a accompli sa promesse; car après avoir reçu l'Esprit et la vérité par la sanctification de .sa grâce, nous l'adorons aussi vraiment et spirituellement par la prière qu'il nous a laissée. En effet, peut-il y avoir une prière plus spirituelle que celle qui nous a été donnée par celui-là même qui nous a donné le Saint-Esprit ? et peut-on adresser au Père une prière plus véritable que celle qui est sortie delà propre bouche du Fils qui est la vérité mème^ Ce n'est donc pas seulement une ignorance , mais une faute de prier autrement qu'il nous Ta enseigné, puisqu'il reproche aux Juifs dans l'Êvangile de rejeter le commandement de Dieu pour établir leur tradition^. Prions donc, mes très-chers frères, comme notre maître et notre Dieu nous l'a appris. Cest une belle et agréable prière que celle que nous adressons à Dieu comme venant de lui ; que celle qui frape ses oreilles par des paroles que Jésus-Christ luimême a formées. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils quand nous le prions; que celui qui habite dans notre cœur soit lui-même sur nos lèvres; et puisque c'est lui qui intercède auprès du Père pour nos péchés^, lorsque nous prions pour en obtenir le pardon . servons-nous des paroles de notre intercesseur^. Car puisqu'il nous asssure que le Père nous accordera tout ce

«Jean, 14, 6. — «Marc, 7,8.

*Jean,2, 1. - «/Wcf., 16,2

DE L'ORAISON DOMINICALE

4tr

que nous lui demanderons en son nom, combien ^ nous raccordera-t-il encore plutôt si nous ne le loi demandons pas seulement en son nom, mais par ses paroles mêmes >? Au reste quand nous pnona, que ce soit avec beaucoup de respect et de retenue. Songeons que nous sommes en la présence de Dieu, et que nous lui devons plaire ansai bien par notre contenance que par le ton de notre voix. Ce serait une espèce d'impudence de crier extrêmement baut en priant , mais il le fSml fidre modestement. Aussi Notre-Seigneur nous commande de prier en secret et en des lieoi retirés comme dans une chambre^ , parce que cela convient mieux à la ibi , et que nous devons savoir que Dieu est présent par tout , qu'il noua entend et nous voit tous , et qu'il remplit de sa majesté les lieux les plus cachés, saivinC ce qui est écrit : «Je suis un Dieu prodie et non un Dieu éloigné. Quelque caché qn^on bomme puisse être, pensez-vous que je ne le voie pas? Ne remplis-je pas le ciel et la terre '?»Et ailleurs :« Les yeux de Dieu contemplent par tout les bons et les méciians^.» Ainsi lorsque nous nous assemblons pour célébrer les divins sacrifices avec l'évêque , souvenons-nous d*êCre retenus , et de ne pas faire un bruit confus de voix tumultueuses, au lieu d'adresser modestement nos prières à Dieu. Car il n'écoute pas la voix, tnais le coeur ; et il n'est pas besoin de réveiller par des clameurs celui qui voit les pensées des hommes, comme l'Écriture nous le témoigne : a Pourquoi , dit Jésus-Christ, pensezvous du mal dans vos cœurs^?» Et en un autre endroit : c Toutes les Églises sauront que c'est moi qui sonde les reins et lescœurs^. » Aussi nous voyons, au premier livre des rois, qu'Anne qui était la figure de TÉglise en usa ainsi; et qu'elle ne priait pas Dieud*une voix haute et éclatante, mais tout bas et modestement dans le secret de son ccrar. Sa prière était cachée, mais sa foi était visible. Elle priait non de la bouche, mais du cœur, parce qu*elie savait bien que Dieu entend ceux qui le prient de la sorte. Aussi obt i nt-elle ce qu'elle demandait, parce qu'elle le demandait avec foi. L'Êcrituresainteen rend témoignage : « Elle parlait, dit-elle, dans son conir, et elle remuait les lèvres, maison n'entendait pointée qu'elle disait, et Dieu l'exauça 7.» Nous lisons aussi dans les

* Jean, 18, 23.- • Mallh., 6. 6.-» Jér., 23, 23.- * Ppot., lô>3. - »Luc, 63,22, -•Apoc,2, 23. - M. Rols,l,23.

psaumes : « Parlez en vous-mêmes et sur votre lit, et soyez touchés de regret ^ » Le Saint-Esprit nous enseigne la même chose par le prophète Jérémie lorsqu'il dit : a II vous faut adorer Dieu en esprit'. » Or quand nous adorons Dieu, mes trés-chers frères , ii faut nous souvenir de quelle manière le publicain priait dans le temple. Il ne levait pas impudemment les yeux et les mains au ciel, mais frappant sa poitrine et se reconnaissant coupable, il implorait la miséricorde de Dieu. Il n'imita pas le pharisien qui avait de la complaisance en lui-même ; mais sans se confier de son salut en son innocence , parce qu*il n'y a personne d'innocent devant Dieu, il confessa humblement ses péchés ; et Dieu qui pardonne toujours aux humbles, l'exauça. C'est ce que Notre -Seigneur déclare lui-même dans son Évangile : « Deux hommes montèrent au temple pour y adorer Dieu, dont l'un était pharisien et l'autre publicain'. Le pharisien se tenant debout priait ainsi en lui-même : Mon Dieu , je vous rends grâces de ce que je ne ressemble pas aux autres liommes qui sont injustes, voleurs, et adultères comme ce publicain-ci. Je jeune deux fois la semaine, et je donne la dlme de tout ce que je possède. Le publicain au contraire, se tenant bien loin, n'osait pas seulement lever les yeux au ciel, mais frappait sa poitrine, disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis pécheur. Je vous déclare , dit le Fils de Dieu , que celuici s'en retourna chez soi plus justifié que l'autre; parce que quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé. »

Apr^ avoir appris, mes très-chers firères, comment nous nous devons approcher de loraison, apprenons maintenant du même maître ce que nous y devons demander : «Vous prierez ainsi, dit-il : Notre père qui êtes dans les cieux , que votre nom soit sanctifié, que votre royaume arrive , que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ; donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien, et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent, et ne souffrez pas que nous succombions à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-ii ^.i> H feut considérer premièrement que le docteur de la paix et le maître de l'unité ne veut pas , quand on prie , qu'on prie seulement

I Pi. 4, 6. — • Bar., 6, 5.— » Luc , 18, 10.— * Matlh., 6, 9.

SAINT CYPRIEN

pour 90Î. Car nous ne disons pas : « Mon père qui éttè dans les eieui , » ni : « Donnez^moi au* joiiril'httt mon pain;» et ainsi du resic. Notre prière est une prière publique et eonmune, M quand nous prions, ee n>sl pas peur un seul j laaia pour tout le peuple^ parce <|ue tout ie peuf^ie Mêle ne fiMiM qu'un corps. Le Ditii de la i^ et le matire de la concorde qui nous a si ftnrt reeouiniandé l'union , a voulu qu'un seni priât pour tous , de même qu'il nous a tous portés en lui seul. Les trois enfons de Babyloné pratiquèrent cette feçon de prier dans la fionr^ naise ^ et y gardèrent celte imion d'esprit. C'est ee que i'tcriture sainte témoigne ; et en mèmt tempe qu'elle nous rapporte ce que ces satnts e&l fait f die nous donne un e&emple de pe qoa nous devons faire pour devenir sembiaUea I eioL «Alors, dit l'Ëcrilnre , tons trois comme d'une même booehe diantaient ah hjrmne et bé« nisaaieiit le Seigneur i.i lis priaient comme d'une même hoBche , quoique Jésus-Obrist ftiil bomme ne leur eût pas encore appris à prier; et parce que leur prière était simple ^ spirituelle j et animée d'un esprit de paix , die fut très* afificaoe, et mérita de leur faire obtenir de Dieu ce qu'ils demandaient. Cest ainsi que nous voyons que les apètres et les disciples prièrent après l'ascension de Notre-Seigneur. cils persévéraient tous unanimement dans la prièfe , dK rÉeriturc , avec les Femmes , et avec Marié ^ mère de Jétns et ses frères >.» Ce qui montre qudte était la ftarveur et l'union de leurs prières. Aussi « Dieu qui foit babiter dans una même maisan ceux qui sont bien unis ensemble^, n ne refoit dans ses demeures étemdies que ceux dont la prière est animée d*ui même esprit. Mais que de mystères contient l'oraison dominicale , mes trèsHiiers frères ! qu'ils sont grands et féconds en vertu quoique courts en paroles I ear nous ne ponvons rien demander à Dieu dans naa prières qui ne soit compris en abrégé dans cette prière céleate.

cPriei ainsi, dk Notre-Sdgneur : Notre père qot êtes dans les deux ^. » L'homme nouveau rené dans le baptême et rendu à son Diea^ rappelle d abord son père ^ parce qu'il est déjl son antet. c II est vénn chex soi , dit saint Jeah, et les siens ne l'ont point reçu; mais il a donnée

« Daniel, 3,51. — • Act., 1, 14. — » Psaume 67, 6.

* Nartli., 0, 9.

tous ceux qui l'ont reçu et qui croient en son nom le pouvoir de devenir enfens de Dieu ^ » Gdtti donc qui , par sa M en Dieu , est devenu son fils doit commencer par lui en rendre grâce , en professant publiquement et qu'il est et l'appelant son père. Et en disant qu'il est cdans les deuils il témoigne, par des premlèi^ perdes qu'il profère après sa naissance divine , qu'il a renoncé i son père diarhél ^ et qu'il né eonnalt plus d'autre père que cdui qui est dans les cieox. CTest de cette sorte qu'il justifie cette parole de l'Écriture : cGeux qui disent ft leur père et à leur mère : Je ne vous connais point ; et à leurs enfahs : Je ne sais qui vous êtes; gardent vos préceptes et \bs ordonnances ^. » Notre-Seignear aussi nons défend dans l'Évangile d'appeler personne notre père sur la terre, comme h'ajrant qu*un père qui est au deP. Et il répondit à ee disdple qui lui disait que son père était mort : t Laissez les morts ensevdir leurs morts ^^ s pour nous apprendre que lé père des iMdes est toujours vivant. Mais nous ne l'appelons pas seulement le père qui est dans les deux , nous lijoutons : « Notre père, » c'est-àdire le père de tous ceux qui croient , de cenx qui sanctifiés par lui et renouvelés par la naissance spirituelle du baptême commencent à devenir ses eobns. Cette parde eist un arrêt oontra les Juifs, qui n'ont pas seulement méprisé, mais Ait crudiement mourir le Christ , qui leur avait été annoncé j^r les prophètes , et qui lenr a été envoyé avant tous les autres * ear ils ne peuvent plus nommer Dieu leur père , puisque Notre-Seignéhr les à confondus quand il leur a dit : a Cest le diable qui est votre père, et vous he demander qu'à Faire ce qu'il aime ; car il a été homicide dès le commeneemeht , et il n'est pdnt demeuré dans la vérité, parce que la vérité n'est point en lui ^. n Et Dieu indigné crie ipar le prophète Isale : «J'ai engendré des enfiins; Je lésai agrahdis^ et ils m'ont mé^ prisé. Un bœuf eOnnatt celui à qui il appartient; uh âne eonnalt l'étable de son maître , et Israël de m'a point connu ; mon (peuple ne sait qui jie suis. Malheur i cette nation criminelle , è ee peuple chai^ de péchés. C'est une race corrompue; ce sont des énhw scélérats. Vous

«Jean, 1,11. — *Deul.» 3,9.

•llaUli,2S,19. — «/Mif.^a, 22. ^ *Jesii, S, 44.

DE L*0RA1S0N DOMINICALE

avei abandonné le Seigneur et irrité le saint dlffiCI^» .Cestdonc un reproche que nous leor fiiisoiis, nous autres chrétiens, quand en priant noos appelons Dieu «notre père,i parce qa'H a oommenoé d*ètre à nous et cessé d'être aoi Juifii qui Tont abandonné , et qu'un peuple pédienr ne peut pas porter la qualité d*eniant de Dien , mais bien ceux qui ont reçu le pardon de leurs péchés et la promesse d'une éternité ; c^est ce que Notre -Seiçnenr loididare dans rËvangile : tTout pédieur est cadara du péché. Or Tesclave ne demeure pas tooûoars en la maison; c'est le fils qui y de- BMort UNQOors^.i Mais considères nn peu corn* bin Notre-Seigneur est bon de vouloir que Musappelions Dieut notre père», et qoeoomme il eaC son fils , nous noos disions ses enfans. Gertainement œ nom est si grand, que noua n^anrkns jamais osé l'appeler ainsi, si lui-même ae BOUS l'eût permis. C'est pourquoi, mes trèsdicrs frères, nous devons songer, quand nous appelons Dieu notre père , qu'il faut nous comporter comme des enfans de Dieu , afin que comme nous nous réjouissons de ravoir poor pire, il ait so|et de se réjouir de noas avoir pour ses enians. Vivons donc comme doivent vivre les temples de Dieu , afin qu'il paraisse que Dien habite en nous. Que nos actions ne démentent point l'Esprit que nous avons reçu , et puisque nous avons commencé d'être tout célestes et tout spirituels, ne pensons qu'aux choses célestes et spirituelles. Car Dieu dit : «Je glorifierai ceux qui me glorifient , et je mépriserai ceux qui me méprisent ^ ;» et le bienheureux apôtre en Tune de ses épltres: « Vous n êtes pas i vous, dit-il, car vous avez été achetés bien ehet*; glorifiez et portez Dieu en votre corps ^ j> Noos disons ensuite: «Que votre nom soit sanctifié. i>Ge n'est pas que nous souhaitions que Dieu soit sanctifié par nos prières, mais c'est que nous lui demandons que son nom soit sanctifié en nousj car par qui Dieu pourrait-il être sanctifié, puisque c'est lui qui sanctifie toutes choses? Mais comme il dit : «Soyez saints parce que je suis saint ^, » nous le prions de nous fiiire la grftce de consacrer la sainteté que nous avons reçue au baptême, et nous lui demandons cela tous les jours; car nous avons tous les jours

« Uaïe, 1, 2.— • Jean, 8, 35. — » 1. Roi8, 2, 30. M. Cor.,6,19.-»Lévit.,28,7.

besoin d'être sanctifiés et purifiés de nos péchés^ parce que nous péchons tous les jours. Or l'ar pôtre nous apprend quelle est cette sanaification que Dieu nous donne par sa bonté, lorsqu'il dit : «Ni les fornicateurs , ni les idoLktrts , si les adultères, ni les efKminéSi ni les sodomitaii ni les voleurs, ni les fourbes, ni les ivrognes^ ni les médisans, ni ceux qui ravissent le bien d'autmi, n^auront point de part an royawne de Dieu. Vous avez été autrefois eomme cela, mais vous avez été lavés ; vous avez été justifiée; voua avez été sanctifiés au nom de Notre-Seigaew Jéstts-Ghrist et par l'esprit de notre Dieu ^. a CTest cette sanctification que nous demandons qui demeure en nous; et parce que Notre-Srigneur et notre juge défend de pécher désormais à celui qu'il a guéri et sanctifié «de peur qull ne lui arrive pis^;aiiou8le prions sana cesse jour et nuit qu'il daigne {»ar sa bonté conserve! en nous hi sainteté et la vie qu*il noos a communiquée par sa grAce.

11 y a après : «Que votre royaume arrive.! Nous demandons à Dieu son nqr^ume dans le même sens que nous lui avons demandé la sanctification de son nom; car quaiui est-œ que Dieu ne règne point, ou quand commence eà lui ce qui a toqjours été etne cesse jamais d'étrtP Nous donandons donc l'avènement du royaume que Dieu nous a promis, et qui nous est acqub par le sang et les souffrances de Jésus>Ghrist ; afin qu'au lieu que nous étions les esclaves du siède, nous régnions avec Jésus-Christ régnant» comme lui-même nous le promet quand il dit : «Venez, vous que mon père a bénis; recevez te rojraume qui vous a été préparé dès le commencement du monde 3. a L'on peut dire aussi, nua très^hers frères , que le royaume de Dieu <f est Jésus-Christ lui-même , que nous désirons tous les jours qu'il vienne, et dont nous soohaitona que l'avènement arrive bientôt Car comme U est notre résurrection, parce que nous ressuscitons en lui, l'on peut dire de même qu'il est le royaume de Dieu parce que nous régnerons en lui. Or nous avons raison de demander le royaume de Dieu , c'est-à-dire un royaume céleste , car il y a aussi un royaume terrestre. Mais celui qui a renoncé au siècle est au-dessoa de tous ses honneurs et de ses royaumes. Ce

H. Gor., 6, 0. — > Jean , 5, 14. — * Mattb., M , ai

SAINT CYPRIEN

qui feit qu'une personne qui se consacre à Dieu | tout ce qui est au monde n'est que convoitise

et à Jésus-Christ ne désire point les royaumes de la terre, mais celui du cieL Mais il est besoin de prier sans cesse pour n'être point exclu de ce royaume, comme les Juifs à qui il avait écé premièrement promis, suivant cette parole si claire de Notre-^igneur : « Plusieurs viendront d^Ôrient et d'Occident, et s'assiéront avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des deux , et les enfans du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures où il n'y aura que pleurs et grincemens de dents ^«> Cela nous fait voir que les Juifs étaient enfans du royaume tant qu'ils ont été enfans de Dieu ; mais aussitôt qu'ils ont cessé de l'avoir pour père, ils ont cessé d'avoir part au royaume ; et c'est pourquoi nous autres chrétiens qui appelons Dieu notre père, nous lui demandons aussi qu'il nous fasse bientôt entrer dans son royaume.

Nous ajoutons : «Que votre volonté soit fai(e en la terre comme au ciel ; » non pas afin que Dieu fasse ce qu'il veut, mais afin que nousmêmes puissions faire ce qu'il lui platt; car qui peut empêcher Dieu de&ire ce qu'il veut ? Mais parce que le diable s'efforce de nous empêcher d'être parfaitement soumis à Dieu en toutes choses, nous demandons que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous. Or pour cela nous avons besoin de celte même volonté de Dieu , c'est-àdire de son secours et de sa protection , parce que personne n'est fiwt par ses propres forces, mais par la bonté et la miséricorde de Dieu. Lui-même nous fait bien connaître cette faiblesse de l'homme dont il s'était revêtu, lorsqu'il dit : « Mon père , si cela se peut , que je ne boive point ce calice *. » Mais pour apprendre aussi à ses disciples à ne pas foire leur volonté, mais celle de Dieu, il ajoute : «Néanmoins que ce que je veux ne se fasse pas, mais ce que vous voulez.» Cest ce qui lui fait dire ailleurs : «Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m^a envoyé >. 9 Que si le fils a fait ainsi la volonté de son père , combien |plus le serviteur doit-il faire celle de son maître? Saint Jean nous y exliorte dans l'une de ses Ëpttres : «N'aimez point le monde, dit-il , ni les choses du monde; celui qui aime le monde n'aime point Dieu , car

• JilaUb.,7, 11. - • Ibid,, 16,39. — • Jean, 6, 38.

de la chair, ou convoitise des yeux, ou aAibition, ce qui ne vient point de Dieu, mais du monde. Or le monde passera avec toutes ses coDVoitiaea^ au lieu que celui qui fait la volonté de DieB demeure éternellement, comme Dieu iiièiiie:^* Si nous voulons demeurer éternellement, il bM que nous fassions la volonté de Dieu qai est éternel. Or la volonté de Dieu,c*e8t ce qqe Jésus-Christ a fait et enseigné : c>sl rbomilHèt. la fermeté dans la foi, la retenue, la justice, lit miséricorde , la bonne conduite ; cest de oe tort à personne et de souffrir le tort qa*do lait , conserver la paix avec ses frères, aimer Dieu de tout son cœur, l'aimer comme sôd père et le craindre comme son Dieu, ne rien pcOtm à Jésus-Christ comme il ne vous a rien prélibré, s'unir inséparablement â lui, embrasser sa cpofx avec courage et avec confiance, et quaiid il V^^ de son honneur, être constans, hardiy gdnéftui et prêts à souffrir la mort. C'est là vouloir étit cohéritier de Jésus-Christ ; c'est sàoRsplir Ifi commandemens de Dieu et la volonté ép pCre^ Or nous demandons que la volonté de DÏea soft faite en la terre comme au ciel , parce qiie de l'un et de l'autre dépend la consommation de notre salut; car comme nous avons un corps qui a été pris de la terre, et une âme qiii tine son origine du ciel , nous sommes terre et del tout ensemble ; et nous prions Dieu que sa volonté s'accomplisse en l'un et en l'autre , c'està-dire, en notre corps et en notre esprit; car il y a une guerre continuelle entre la diair et l'esprit, de sorte que nous ne faisons pasoe qoe nous voulons, l'esprit se portant vers les choses du ciel et la chair vers celles d'ici-bas; c'est pour cela que nous demandons instamment à Dieu qu'il lui plaise d'accorder ces deux parties qui nous composent, afin que l'àme, qui a été Ttfgknérée par lui , puisse être sauvée. Cest œ qw Vapùtre saint Paul déclare expressément : cLa chair, dit-il , convoite contre l'esprit, et l'esprit convoite contre la chair, car ces deux choses sont opposées l'une à lautre, si bien que tous ne faites pas ce que vous voulez. Or il est aisé de connaître les œuvres de la chair, comme l'adultère, la fornication, l'impureté, fai déhanche, l'idolâtrie , les empoisonnemens, les homicides,

'1. Jean, 2, 15.

DE LORAISOIS DOMINICALE.

les haines, les disputes , les jalousies, les aninosités , les querelles , les partialités , les divi- ^ooè V les hérésies, les envies, les ivn^eries , les excès de bouche, et autres choses semblables, touchant lesquelles je vous ai déjà dit et vous le dis encore , que ceux qui les font ne. posséderont pohit le royaume de Dieu. Les fruits de retint au contraire sont la charité , la joie , la paix, le courage, la bonté, la foi, la douceur, la lempérviee , la chasteté ^» Cest pourquoi nous demandons à Dieu tous les jours, ou plutôt à tons les mooiens, que sa volonté s*accomplisse à notre é|j;ard au ciel et en la terre , parce que la volonté de Dieu est que les choses terrestres le cèdent aux célestes, et que les divines et spirituelles l'emportent. On peut encore donner an autre sens à ces paroles, qui est que: comme Notre-Seigneur nous ordonne d'aimer nos enemis mêmes et de prier pour ceux qui nous persécutent, nous demandons pour ceux qui ne sont que terre , et n*ont pas encore commencé d^ètre célestes, que la volonté de Dieu soit accomplie en eux^ comme Jésus-Christ Fa accomplie en conservant et réparant Tbomme^ ; car puisque Motre-Seigneur n'appelle plus terre ses disciples, mais «le sel de la terre ^»Let que Tapôtre dit que « le premier homme vient de la Ume eC le s(;cond du ciel^» c'est avec raison qne devant ressembler à notre père c qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchans , et pleuvoir sur les justes et sur les ii^ustes ^,» nous le prions pour le salut de tous les hommes; afin que, comme sa volonté a été accomplie daus le ciel, c'est-à-dire en nous par notre foi pour nous faire devenir célestes, elle le soit aussi en la terre, c'est-à-dire dans les infidèles, en sorte que ceux qui sont encore terrestres; par leur première naissance, commencent à être célestes lorsqu'ils en recevront une seconde par Teau et par l'esprit.

Après cela nous disons : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. »Cela se peut entendre ou spirituellement ou à la lettre, et l'un et lautre de ces deux sens peut être utile. Car le pain de vie c'est Jésus-Christ, et ce pain là n'est pas pour tous , mais nous appartient; et comme nous disons « notre père,» parce que Dieu n'est le père que de ceux qui le connaissent et qui

• Galates , 5, 17. — • Matth., 5, 44. — • Ibid,, 6, 13. < 1. Coi ., 15 , 47. - ^ Nailb , 5, 15. ,

croient en lui ; ainsi nous disons «notre pain,» parce que Jésus-Christ est notre pain, de nous qui touchons son corps. Or nous demandons que ce pain nous soit donné tous les jours , de peur que nous qui sommes incorporés .en Jésus- Christ , et qui recevons tous les jours Teucharistie comme un aliment salutaire, ne soyions séparés du corps de Jésus- Christ, étant empêchés par quelque péché considérable de participer au pain céleste. C'est ce que Noire- Seigneur nous foit entendre dans son Ëvangile : «Je suis , dit-il, le pain de vie qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de mon pain , il vivra éternellement. Or^le pain que je donnerai c'est la chair pour la vie de ce monde ^ » Lors donc qu'il dit que celui qui mangera de son I pain vivra éternellement ; comme il est manifeste que ceux-là sont vivans qui touchent son corps et ont droit de recevoir l'eucharistie , il est bien à craindre au contraire que celui qui en est privé et séparé par là du corps de Jésus- Christ , ne soit aussi fort éloigné du salut et de la vie , suivant cette menace de Noire-Seigneur : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous ^.v C'est donc pour cela que nous demandons qu'on nous donne.tous les jours notre pain , c'est:Â-dire Jésus-Christ ; ^n quç comme nous demeurons et vivons en lui , ppos. ne soyons jamais séparés de son corps et ;d^ sa grâce. Ùaa peut encore entendre ces paroles de cette sorte , qu'après avoir renoncé au monde par la foi , à ses pompes et à ses richesses , nous demandons plus que la nourriture nécessaire pour vivre, selon cet enseignement de Notre- Seigneur : «Celui qui ne renonce point à tout ce qu'il a ne saurait être mon disciple ^ » Celui donc qui suivant les avertissemensde son maître a commencé d'être son disciple en renonçant à toutes choses, ne doit plus demander que la nourriture qu'il lui faut pour chaque jour sans étendre plus loin ses désirs, comme Notre -Seigneur nous l'ordonne encore quand il dit : «Ne vous mettez point en peine du lendemain, car le lendemain se mettra en peine pour lui-même. A chaque jour suffit son mal ^. » C'est donc avec raison qu'un disciple de Jésus-Christ ne demande que la nourriture dont il a besoin jcha-

« Jeao , 6,51. - • /M., 6, 64. — • Luc, 14, 33.

SAINT CYPRIEN-

que jour, pahquHI loi est défendu de penser m kodemain. Et en effet il y aurait quelque ctiose de répugnant à souhaiter, de demeurer longtemps an monde, et cependant à demander que le rojraume de Dieu arrivât bientôt C'est aussi ce que le bienheureux apôtre nous enseîgne pour fortifier notre foi et notre espérance : t Noos n'avons rien apporté, dit-il , en ce monde, et nous n*en saurions non plus rien emporter. Pourvu donc que nous ayions le vivre et le vêlement, soyons contens. Car ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans les filets du diable, et sont possédés d*une qnmtité de mauvais désirs qui précipitent les hommes dans la mort et la damnation. Car Ta- Turlce est la radne de tous maux , si bien que quelques-uns s'y étant laissés aller ont Mi naufrage dans la fÛ , et se sont engagés en une infinité de mallieurs < i. Par là Tapôtre nous apprend que les richesses ne sont pas seulement méprisables, mais dangereuses, parée qu'elles cnforment la racine de plusieurs maux qui nous fiattent et nous trompent sous une i^nsse apparence. De là vient que Notre-^gneur reprend dans l'Évangile ce ridie insensé qui ne songeait qu'à amasser du bien, et qui se réjouissait de Tabondanee de sa récoite : cFou que tues, lui dU-B^ Ton te redemandera cette nuit ton âme; fft ponr qui sera tout ce que tu as amassée» €el insensé qui devait mourir la nuit même se réjouissait de son opulence, et lui qui était prêt de laisser la Tie ne pensait qu'à amasser abondamment de quoi vivre. Notre -Seigneur, mi contraire , nous enseigne que pour être parfait, il Aiut Tendre tous ses biens et les distribuer aux pauvres , afin d'acquérir un trésor dans le ciel '. Û dit que celui-là le peut suivre et imiter sa passion glorieuse , qui se dégage de l'embarras des afbires temporelles , et envoie ses biens à Dieu devant lui pour les suivre après lui-même. Afin donc que nous nous puissions élever à os degré de perfection, prions comme Motre-Seigneur nous l'a enseigné , et apprenons par nos prières quels nous devons être; car le Juste ne saurait manquer de la nourriture qui lui est nécessaire chaque jour, puisqu'il est écrit : «Le Seigneur ne laissera point mourir le juste de Mm <;» et ailleurs : «Je suisbien vieux, mais

« I. Tnu., 6. 7. - • Luc, 12, 10. — » Natdi., 1U, 21. 4 Pro?., 10, ô.

je n'ai point encore vu le juste aiMudonné, o ses enftns demander leur pain ^; i et Jésus-Chris dit : «Ne vous inquiétez point , disant : Où trou verons-nous à boire et à manger, et de quo nous vêtir? car les gentils se mettent aussi « peine de tout cela. Mais votre père sait vos be soins. Cherches donc premièrement le royaum* de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vou seront données >. » li promet que toutes chose seront données à ceux qui cherchent le royaume et la justice de Dieu. Car tout étant à Dieu , riei ne peut manquer-à celui qui possède Dieu pourvu qu'il ne manque pas lui-même à Dieu Cest ainsi que Daniel, enfermé par ordre di roi dans b fosse aux lions, y fat nourri miracu leusement, et ne reçut aucun déplaisir de ce bêtes farouches et affîamées'. C'est ainsi que l< prophète Élie, s'enfayant pour éviter la perse cution, fut nourri dans le désert par des cor beaux ^ : étranges exemples de la malice et de L cruauté humaine, que des lions épargnent le hommes et des oiseaux les nourrissent, et qu des hommes maltraitent et persécutent de hommes!

Ensuite nous prions pour nos péchés, et di aons : « Remettez-nous nos dettes , comme nou les remettons à ceux qui nous doivent. » Apre avoir demandé notre nourriture , nous deman dons le pardon de nos offenses , afin que eeu: que Dieu nourrit vivent en Dieu , et n'aient pa seulement «oin de la vie présente, mais de la vi< étemelie , à laquelle on ne peut arriver que pa le pardon de ses pédiés. Notre -Seigneur le nomme ici des € dettes, ^ comme il fait encor ailleurs dans son Évangile quand il dit : «Je von ai remis toute votre dette, parce que vous m'ei avez prié ^. » Or, tandis que Notre-Seigneur nou ordonne de prier pour nos péchés , il nous aver tît que nous sommes pécheurs ; et combien ce avertissement nous est-il utile et même néees saire pour nous faire rentrer en nous-mêmes De crainte donc que quelqu'un n'eAt de la eom plaisance en soi-même comme s'il était inno cent , au lieu qu'il n'y a personne qui le soit , e qu'en s'élevant il ne tombât de plus haut, Ho ire-Seigneur nous apprend que nous pédiM tous les joeffs , en nous uommandant et prie Ims les jours pour nos péèhCs. G^ UÉ qfHHÉAl

> P». ae, M. - • Maub., 6, st. ^ ' llMMit, Ni M

I * 111. Rois, 17, s. ^« iiMih., ta, ai ^ ' *>' : '

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