AS
ctr je vous ai racheté et appelé par votre nom ; | TOUS èCcs à moi. Quand vous passeriez au milica de Feaa , je suis avec vous, Feau ne vous aboiergera point. Et quand vous passeriez an traTcrs do feu, la flamme ne vous brûlera point, pme que je suis le Seigneur votre Dieu, le saint dIvaCi, qui vous protégea » Notre-Seigneur pranielde même dans TËvangileque l'assistance de Dieo ne manquera point à ses serviteurs dans les persécutions. « Lorsqu'ils vous livreront , dit*il, ne vous mettez point en peine de ce que vous direz ; ce que vous devez dire vous sera doQné sur Fheure. Car ce n'est pas vous qui paita, mais c'est Tesprit de votre Père qui parie en vous '. » Et encore : « Souvenez-vous donc bien de ne point préméditer ce que vous direz pour votre défense; car je vous donnerai moHDéme une bouche et une sagesse à laquelle vos ennemis ne pourront résister^.» C'est ainsi que dans TExode Moïse hésitant et craignant d'aller trouver le peuple , Dieu lui dit : « Qui a donné une bouche à l'homme , ou qui a fait le muet et le sourd , le dairv'oyant et l'aveugle ? n'est-ce pas moi ? Allez donc , j'ouvrirai votre bouche , et vous apprendrai ce que vous devez dire *. » Et certainement il n'est pas malaisé à Dieu d'ouvrir la bouche d'un homme qui est à lui , et d'inspirer à ses confesseurs l'assurance de parler , lui qui au livre des Nombres fait même parler une ànesse contre le prophète Balaam. Que personne donc pendant la persécution ne pense aux efforts que fait le diable pour le vaincre, mais qu'il songe plutôt à Fassistance que Dieu lui donne ; et qu il ne se laisse point ébranler à la violence des hommes , mais qu'il se fortifie dans la foi par la vue de la protection divine, puisque celte protection sera plus grande à proportion que sa foi sera plus forte , et qu'il n*y a que notre incrédulité qui nous empêche de recevoir ce qu'un Dieu tout-puissant nous peut donner. ' XL Notre-Seigneur nous en avertit dans l'Évangile en ces termes : a Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait ù lui ; mais parce que vous n êtes pas du monde et que je vous en ai séparés , c'est pour cela que le
» haie, 43, 1. - « Mallb., 10, 19. - » Luc, 21, 14. * ExoUc,4, 11.
monde \'ous hait. Souvenez-vous de cette parole que je vous ai dite : que le serviteur n'est pas plus grand que le mattre. S'ils m'ont persécuté , ils vous persécuteront aussi ^ » Et encore : «Le temps viendra que quiœnque vous fera mourir croira faire service è Dieu. Mais ils vous traiteront de la sorte , parce qu'ils ne connaissent ni mon père ni moi. Or je vous dis ceci afin que lorsque ce temps-là sera venu « vous vous souveniez que je vous Tai dit ^. » Et : « En vérité , en vérité , je vous dis que \'ous pleurerez et vous affligerez , et que le monde se réjouira. Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie *. » Et encore : « Je vous ai dit ceci afin que vous trouviez la paix en moi , car vous aurez des afflictions dans le monde. Mais prenez courage, j'ai vaincu le monde \ » Et comme ses disciples lui demandaient les signes qui précéderaient son avènement et la fin du monde , il leur répondit: « Prenez garde que personne ne vous trompe ; car plusieurs viendront en mon nom , disant : Je suis le Christ ; et ils en surprendront beaucoup. Vous entendrez aussi parler de guerres et de tumultes; mais que cela ne vous trouble point, car il faut que cela arrive , et ce n'est pas encore la fin. On verra se soulever peuple contre peuple , et royaume contre royaume , et il y aura des pestes , des famines , et des tremblemens de terre en divers lieux. Et tout cela ne sera encore que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux magistrats pour être tourmentés , et on vous fera mourir ; et vous serez en haine à toutes les nations à cause de mon nom. Alors aussi plusieurs seront scandalisés, et se haïront et se trahiront l'un Fautre. Il s'élèvera un grand nombre de faux prophètes qui en séduiront plusieurs. Et parce que le crime sera fleurissant , la charité de bien des gens se refroidira. Mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin. Et cet Évangile qui annonce le royaume de Dieu sera prêché par toute la terre pour servir de témoignage à toutes les nations, et c'est alors que la fin doit arriver ^ Lors donc que vous verrez le désordre et l'abomination prédite par le prophète Daniel régner dans le lieu saint*, que celui qui lit ceci l'entende. Alors, que ceux qui seront dans la
« Jean, 15. 18. - « Ibid., 16, 2. - • /bid., 16, 20. * /but., 16, 35. - » Ma«h., 24, 4. ~ • Daniel , 9, 27,
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Judée s'enfuient sur les montagnes ; que celui { qui est sur son toit ne descende point pour emporter quelque chose de sa maison, et que celui qui est è li campagne ne retourne point quérir ses habits. Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ce temps-là. Priez Dieu que TOtre ftiite n'arrive point l'hiver ni le jour du sabbat. Car raffliclion sera alors si extrême qu*il n'y en a point eu de même depuis le commencement du monde , et qu'il n'y en aura ja« mais de semblable. Et si ces jours-là n'avaient été abrégés , personne ne serait sauvé ; mais ils seront abrégés en faveur des élus. Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici . ou il est là , ne le croyez point; car il s'élèvera de faux Christs etdef^ux prophètes qui feront de grands miracles et des prodiges surprenans, jusqu'à séduire s'il était possible les élus mêmes. Prenez y donc garde , je vous en avertis auparavant. Si done on vous dit : Le voici dans le désert . n'y allez point : Le voici dans la maison , ne le croyez point. Car comme un éclair paraît tout , d'un coup d'orient en occident , ainsi sera l'avénement du Fils de l'homme. Partout où sera le corps mort les aigles s'y assembleront. Mais aussitôt après ces jours d^affliction le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, ïeê étoiles tomberont du ciel , et les vertus des deux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel , et tons les peuples de la terre se lamenteront et verront le Fils de l'homme venir au milieu des nuées environné de gloire et de majesié. Et il enverra ses anges avec une trompette et grand bruit , qui rassembleront ses élus des quatre coins du monde , et d'une extrémité du ciel à l'autre ^ » De plus , les choses qui arrivent maintenant aux chrétiens ne les doivent point surprendre , ni leur sembler nouvelles , puisque les gens de bien et ceux qui tâchent de plaire à Dieu par la pureté et l'innocence de leurs m<£urs marchent toujours par le sentier étroit et difficile des peines et des afflictions. C*est ainsi que dès la naissance du monde, le juste Abel fut tué par son frère , Jacob obligé de s'enfuir, Joseph vendu , David persécuté par SaOl , et Ëlie par Achab à cause qu'il soutenait courageusement l'honneur de Dieu. lie grand-prêtre Zacharie fiit tué aussi au
« tUlU^ 24, 4.
milieu du temple près de l'autel , et immolé comme une victime au lieu même où il offrait des victimes à Dieu. Enfin combien de martyrs, dont on célèbre la mémoire, et qui sont autant d'exemples illustres de foi et de courage? Les trois enfans de Babylone , Ananias , Aiariis et Misaél , tous trois de même âge , tous trois extrêmement unis , tons trois pleins de foi et de courage, plus forts que les flammes et les l6Bfmens dont on les menaçait, crient quils neser* vent que Dieu seul , qu'ils ne connaissent qaé lui , qu'ils n'adorent que lui. « Roi , diseot-ih I Nabuchodonosor, nous n'avons rien à voua dire là-dessus ; car le Dieu que nous servons nous peut aisément retirer de la fournaise ardente ^ et il nous délivrera de vos mains. Mais qoand fl ne le ferait pas , sachez que nous ne servirons point vos dieux , ni n'adorerons la statue d*or que vous avez fait dresser ^ » Et Daniel, consacré à Dieu et rempli du Saint-Esprit , s'écrie de même : <r Je n'adore que le Seigneur mon Dten qui a créé le ciel et la terre ^. i>Tobie aussi eooservant toûjoch*é un ccrar libre et généreux aii i milieu de sa captivité, confesse Dieu hantement ' et publie sa grandeur et sa puissance : < le le *confesse , dit-il , dans lejpays où je sais cspÙÊj et je prêche son pouvoir à une nation penrerseet ' méchante*. » Que dirai-jedes sept frères Mâcha- bées , pareils en courage aussi bien qu'en naissance, et accomplissant le nombre des sept comme la figure de la perfection ? Us sont sejyt frères unis dans la gloire d'un même martyre , comme les sept premiers jours auxquels Dieo a créé le monde , qui contiennent les sept mille ans ; comme les sept esprits bienheureux qui âè tiennent toujours en la présence de Dieu; comme les sept lampes dans le tabernacle de Mollse , comme les sept chandeliers d'or de l'Apocalypse; comme les sept colonnes de Salomon sur lesquelles la sagesse a élevé nne maison ; comme les sept enfans du premier des rois dont la femme stérile accoucha ; comme les sept femmes dans Isaïe , qui ne prennent qu'un mari et qui €a veulent porter le nom ; comme les sept Églises auxquelles écrit saint Paul, et les sept auxquelles NotreSeigneur s'adresse dans l'Apocalypse aussi bien qu'à leurs anges. A ces sept enfans généreux se joint leur mère qui en était la source et l'ori-
» Daniel , 3, 6. - « /Md., 14, 4. - ' Tobie, 13^ 7.
EXHORTATION AU MARTYRE
AAt
giue , laquelle a ensuite enfanté sept Eglises , OMome celle qui a été premièrement et uniqueiïeal CoBdée sur la pierre par la parole même et Jéto^-Cbrist. Et ce o'est pas sans mystère qfiÊ cea sept enfaos n'ont que leur mère pour cnpaipie de leurs soufFrances , et non pas leur père« Car cela nous apprend que les martyrs B*MI point d'autre père qiie Dieu même , sui* ml cet avertissement queNotre-Seignenr nous donna dans TÉvangile : « N'appelez personne sur la terre votre père , car vous n'avez qu'un père qui est au ciel K » Mais quelle a été la gloire de leur confession , et la grandeur de leur foi et de leur générosité ! Le fin Antiocbus, ce tyran, on plot^ cet Antéchrist, voulant les obliger à eooiller leur bouche en mangeant de la chair de pourceau , les fit battre cruellement de verges. Mais comme il vit que cela ne servait de rien, il oomnianda qu'on mit le feu sous des chaudières, et quand elles furent toutes rouges y fit jeter lepremierdes Macbabées qui avait parlé le plus hardiment, après lui avoir fiiit couper la langue'. Ce qui fut d'autant plus glorieux au martyr, qu'il était raisonnable qu'une langue qui avait confessé le nom de Dieu fût envoyée la première à Dieu. Il inventa encore de plus cruels supplices contre le second ; car avant que de le tourmenter dans ses autres membres, il lui fit arra« cher la peau de la tête avec les cheveux. En quoi il fit paraître qu'il en voulait à Dieu même , puisque Jésus-Christ étant la tête de Thomme et Dieu la tète de Jésus-Christ , il persécutait Dieu et Jésus-Christ dans la tète du martyr quil faisait écorcher. Mais lui, se confiant en Ses souffrances et plein de l'espérance de la résurrection future, s'écria : «Malheureux que tu es! tu nous ôtes la vie présente ; mais le mattre du monde nous ressuscitera pour la vie éternelle suivant Tordre immuable de ses bis', d On demanda la langue au troisième pour la couper, et il la donna aussitôt , ayant déjà appris de son frère à mépriser ce supplice. Il présenta les mains avec une pareille constance , heureux d'imiter par là Notre-Seigneur qui étendit les siennes sur la croix. Le quatrième méprisant les tourmens avec un semblable courage, pour rabattre lorgueil du roi, lui dit : a 11 vaut mieux que les hommes nous fassent mourir , et mettre notre
« Malth.. i\ ô, 9. - » 11. Machnb , 7. - ^/hitt., T, 9.
confiance en Dieu qui nous doit ressusciter pour la vie éternelle; car ponr toi tu ne ressusciteras point pour la vie ^ » Le cinquième ne fbulant pas seulement aux pieds les divers supplices dont on le tourmentait , mais prévoyant encore par l'esprit de Dieu ce qui devait arriver, prédît au roi qu'il verrait blentdt les effets de sa colère et de sa vengeance : « Parce que vous êtes puissant parmi les hommes , dit-il , quoique voikS soyez mortel comme eux , vous fhites ce que vous voulez. Mais ne pensez pas pour cela que Dieu nous ait abandonnés. Attendez un peu , et Vous verrez les terribles fléaux qu'il va envoyer sur vous et sur votre race ^. » Quelle consolatioti pour ce martyr et quel sonlagement au milieu de ses supplices , de ne pas tant songer aux maux qu'il souffrait qu'à ceux que devait bientAt souffrir son bourreau ! Le sixiènie ne mérite pas seulement d'être loué pour son courage , mais encore pour son humilité ; car il ne fit poidt vanité de ses souffrances et de la gloire de éà confession , mais attribua d ses péchés la perdCeution du roi , et à la justice dé Dieu la vengeance qui la devait suivre. Il fit voir que lél véritables martyrs sont modestes , et bien qU'iM espèrent que Dieu les vengera , ils ne s'enoN gueillissent jamais de leur martyre. « Ne yùùê j trompez pas, lui dit-il , nous sommes cause àt ce que nous endurons , parce que tious avoftê péché contre notre Dieu ; mais ne vous imagiûe2 pas pourtant que cet attentat que vous commettez contre sa majesté demeure impuni *. » Letir admn*able mère de même , sans être ébranlée Uf par la faiblesse de son sexe ni par la perte de tant d'enfans , les regarda mourir d'un visage assuré, et considéra leurs supplices non comme des peines , mais comme un honneur. Si bien qu*on peut bien dire qoe cette constance qu'elle témoigna à voir ainsi ses enfans tourmentés fût une espèce de martyre qui égala en quelque sorte le leur. Mais son courage n'en demeutu pas là ; car après la mort de ces six frères, comitie il en restait encore un plus jeune , le roi loi promettant des richesses et des honneurs ponr tâcher de le fléchir et se consoler au moins par la victoire d'un seul de la honte qu'il avait d'avoir été vaincu par les autres , et voulant engagél* sa mère à l'y exhorter , elle l'exhorta en efffet
» lI.Marhab.,7,14.-* 11. Machab.,7,16.-»/&W., 7,1«.
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mais comme une mère de martyrs, comme une mère qui se souvenait de la loi de son Dieu , comme une mère qui n' aimait pas ses enfans mollement , mais d'une affection mâle et généreuse. Car elle Vexhorta à confesser le nom de Dieu , et à ne se point séparer de ses frères dans la gloire de leur martyre , ne s'estimant véritablement leur mère qu'en tant qu'elle les avait engendrés pour Dieu. L'armant donc et le fortifiant, et Tenfantant plus heureusement que la première fois : « Mon fils , lui dit-elle, ayez pitié de moi qui vous ai porté neuf mois dans mon ventre , qui vous ai nourri et allaité pendant trois ans , et vous ai conduit à l'âge où vous êtes. Je vous prie , mon fils , regardez le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent, et considérez que Dieu les a créés de rien au.ssi bien que les hommes. Ne craignez donc point ce bourreau , mais rendez-vous digne de vos frères et souffrez généreusement la mort , afin que j'aie la joie de vous voir avec eux^. » Cette mère mérite de grandes louanges d'avoir ainsi encouragé son fils à la vertu ; mais elle en mérite encore de plus grandes de ne s'être point prévalue de la gloire de six martyrs , ni cru que les prières de ses autres enfans pussent servir à celui-ci s'il venait à renoncer à sa religion, et de lui avoir persuadé plutôt de souffrir avec eux afin de se trouver avec eux au jour du jugememt. Enfin cette généreuse mère meurt aussi avec ses enfans; car il n'était pas à propos que celle qui avait engendré tant de martyrs ne prit point de part à l'honneur de leurs triomphes , et qu'elle ne suivit pas ceux qu'elle avait envoyés devant elle à Dieu. Mais afin que personne ne trompe et ne se laisse tromper par des billets ou par quelque autre artifice de cette sorte, il ne faut pas passer sous silence Éléazar^, qui comme les ministres du prince lui eussent offert de lui apporter des viandes dont il lui était permis de manger, pour faire croire qu'il avait mangé de celles offertes aux idoles selon le commandement du roi, ne voulut point consentir à cette supercherie , et dit qu'il était indigne de son âge et de sa noblesse d'user d'une feinte comme celle - là qui scandaliserait les autres et les induirait à erreur, s'imaginant qu'Éléazar, à l'âge de quatre-vingt dix ans, aurait
« IL Machab., 7, 27. - « Ibid,, 6, 21.
trahi lâchement la loi de son Dieu pour suivre des coutumes étrangères, et que le peu de temps qui lui restait à vivre n'était pas si considérible qu'il voulût , pour le ménager, offenser Dieu et s'exposer à des supplices éternels. Après donc avoir été longtemps cruellement tounnenfé, sur le point de rendre l'âme au milieu des fouets et des tortures, il dit en soupirant : « Seigneur, dont la science est sainte et admirable,^ vous savez que, me pouvant garantir de la mort, je souffre d'horribles douleurs dans mon corps „ mais que mon esprit les souffre avec joie que j'ai votre crainte ^ » Merveilleuse foi d'avoir plutôt songé à Dieu qui le devai juger, qu'au roi Antiochus qui le tourmea tait ; et d'avoir compris qu'il ne lui eût de ri servi pour son salut de tromper les hommes ,mpuisque Dieu qui est le juge de notre consciences et qui est le seul à craindre ne peut être trom ni moqué. Si donc nous nous sommes vérita blement donnés à Dieu, si nous marchons les anciennes et saintes traces des justes , n faisons point difficulté de passer par les mêmes épreuves et les mêmes souffrances , nous estimant heureux de nous rencontrer en un temps où la foi et la vertu sont si florissantes, qu'on ne peut plus compter comme autrefois le nombre de ceux qui signalent leur valeur par le martyre suivant ce témoignage de l'Apocalypse :c Après cela je vis une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation , de toute tribu , de tout peuple et de toute langue , qui étaient debout devant l'agneau. Ils avaient des robes blanches avec des palmes en leurs mains, et chantaient à haute voix : Grâces soient rendues à notre Dieu qui est assis sur le trône et à l'agneau qui nous ont sauvés. Aloris un des vieillards s'adressant à moi, me dit : Qui sont ceuxci qui sont vêtus de robes blanches , et d'où sont-ils venus ? Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont ceux qui ont passé par de grandes afflictions, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple K » Que personne donc ne croie qu'il soit difficile d'être martyr, puisque le nombre des martyrs est innombrable.
< U. Macbab., 6, 30. - * Apoc., 7,9.
EXHORTATION AU MARTYRE
XU. Le Saint-Esprit le déclare par Salomon lorsqu'il dit : « Quoiqu'ils soient tourmentés deviot les hommes , ik ne laissent pas d*ètre remplis de rcspérance de Fimmortalité. Pour quelques légères peiott ils recevront de grandes récompenses, parce que Dieu les a éprouvés et trouva dignes de lui. Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise, et reçus comme un holocausle, et il songera à eux quand le temps sera venu. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples , et le Seigneur régnera élemellement en euI^9 Le même Salomon décrit la vengeance qui sera faite de ceux qui nous per* lécotent et leur repentir, en ces termes : «Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les imt tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur, et dans Tétonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur: Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes, nous pensions que leur vie Ât une folie, et que leur fin dût être sans honneur, et maintenant les voilà parmi les enfans de Dieu, et au nombre des saints. C'est donc ainsi que nous nous sommes égarés du chemin de la vérité. La lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie d'iniquité et de perdition. Nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil , et quel avantage retironsnous de cette vaine montre de nos richesses ? Toutes ces choses ont passé comme une ombre^.o Au psaume cent-quinzième, il est parlé aussi de la récompense du martyre : «La mort des saints du Seigneur, dit David , lui est précieuse^;» et au psaume cent vingt-cinquième de la peine du combat, et de la joie de la récompense : «Ceux qui sèment avec larmes , recueilleront avec joie. Ils pleuraient quand ils jetaient leur semence sur terre ; mais ils viendront avec allégresse chargés de leurs gerbes^. » Et au psaume cent dix-huitième : a Heureux ceux dont les mœurs sont pures , et qui se conduisent selon la loi de Dieu. Heureux ceux qui
«Sage88c,3, 4. — •/6£rf,. 5,1.
»Pi., 115, 9. — * PMume 125, 4.
imitent ses souffrances et qui le cherchent de tout leur cœur^ » Dans l'Ëvangile aussi, Notre- Seigneur, qui nous vengera et nous récompensera, dit : « Heureux ceux qui auront souffert persécution pour la justice, car le royaume du ciel est à eux^. » Et encore : «Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous haïront, vous sépareront, vous chasseront, et vous décrieront comme des mécbans à cause du Fils de rhomme. Réjouissez-vous alors et soyez bien aises, car une grande récompense vous attend au ciel 3. » Et en un autre endroit : «Celui qui perdra la vie pour Tamour de moi , la sauvera^. » Et Dieu ne promet pas seulement des récompenses à ceux qui souffrent le martyre, mais aussi à ceux qui conservent une foi pure et entière. Car tout chrétien qui abandonnera tout ce qu'il possède pour suivre Jésus-Christ sera mis au rang des martyrs , suivant cette parole : «Personne ne quitera sa maison , ou sa terre, ou son père et sa mère, ou ses frères, ou sa femme , ou ses enfans pour le royaume de Dieu , qu'il n'en reçoive sept fois autant dès ce monde et en l'autre la vie étemelle ^9 II est dit la même chose dans l'Apocalypse. «Je vis, dit-il , les âmes de ceux qui avaient été mis à mort pour le nom de Jésus, et pour la parole de Dieu;» et il ajoute : «Et qui n'avaient point adoré la bête ni son image, ni reçu son caractère sur leur front ou dans leur main, çt qui devaient vivre et régner avec Jésus-Christ^. j> 11 dit que non-seulement ceux qui ont souffert de la mort vivront et régneront avec Jésus-Christ , mais aussi tous ceux qui , demeurant fermes dans leur foi et conservant toujours la crainte de Dieu , n'adoreront point l'image de la bête , ni n'obéiront à ses édits détestables et sacrilèges. Que la récompense doive être plus grande que les souffrances, saint Paul le montre, lui qui fut ravi jusqu'au troisième ciel où il ouït des paroles ineffables , qui se glorifie d'avoir vu le Seigneur Jésus par la lumière de la foi, et qui est d'autant plus croyable qu'il parle de ce qu'il a appris et de ce qu'il a vu. « Les souffrances de cette vie, dit-il, «n'ont point de proportion avec là gloire qui sera un jour découverte en nous^. 1) Qui ne travaillerait donc de tout son pou-
« P«. 118, 1. - • MaUh., 5, 10. — < Luc , 6, 22. * Ibid,, 9, 24. — « Ibid,, 18, 26. — • Apoc., 20, 4. ^ Rom., 8, 18.
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voir pour armer à une gloire si cclafante. j)our devenir Tami de Dieu , pour se réjouir avec Jésua-Gbrist au sorlir de celte vie, pour passer des supplices d*ici-bas aux récompenses célestes? S'il est glorieux aux soldats du siècle, après avoir vaincu rennemi, de retourner triompbans en leur patrie ; quel plus grand lionneur n'est-ce point de retourner dans le paradis après avoir surmonté le diable, et de reporter des trophées dans un lieu d*où Adam avait éié cliassé pour son crime , après avoir terrassé celui qui l'en avait chassé? d'offrir à Dieu une foi incorruptible, une vertu sans tache , un zèle plein de vigueur? de raccompagner lorsqu'il viendra tirer vengeance de ses ennemis? d'être à côté de lui lorsqu'il s'assiéra sur son trùne pour juger le monde? d'être fait le cohéritier de Jésus-Christ? d'être rendu égal aux anges? d'entrer en partage du royaume des deux avec les patriarches, les apôtres, et les prophètes? Y a-t-il quelque persécution assez grande , quelques tourmens assez terribles pour renverser un coeur qui est plein de ces pensées? Une àme demeure inébranlable à toutes les terreurs du diable et aux menaces du monde quand elle est appuyée sur ces fondemens , et sur la base solide et immo*
bile de la foi. Dans la persécution , il est les yeux des martyrs sont fermés pour la mais ils sont ouverts pour le ciel. L'Ante les menace, mais Jisus-Christ les protégi lenr donne la mort , mais cette mort est de l'immortalité. On leur ùte le monde . le paradis leur est rendu. On les prive de temporelle, mais ils recouvrent la vie éter Quelle joie de sortir d'ici au milieu des et des tortures qui sont le gage le plus assi notre espérance , de former en un momei yeux aux hommes et au monde, et de les < aussit^ pour voir Dieu et Jésus-Christ! Que heur d'être retiré si promptement de cetu pour être mis à l'heure même dans le roy des cieux I Voilà de quoi nous nous devoi tretenir l'esprit. Voilà ce qu'il faut médite et jour. Si la persécution trouve un soie Jésus-Christ disposé de la sorte, un cœur armé pour le combat ne sera jamais vainc si Dieu le tire du monde auparavant, ni si bien préparée pour le martyre ne deme pas sans récompense ; car Dieu, qui est un équitable, n'a point égard au temps. Dun persécution il couronne le courage ; et di la paix , la vertu et la bonne volonté.
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4 DÉMÉTRIANUS'.
Il 7 a longtemps que je vous entends vomir des Mtsphèmes contre le Dieu véritable et unique; nais je vous avais loujouni dédaigné jutqn'îd , parce que je jugeais plus à propos de vous laisser dans votre erreur que d'aîgrSr par mes discourt un honnue furieux et emporté; oe que je ne fnsais pas sans être fondé sur une autorité divine, poîaqull «st écrit : « Ne dites rieo à un fou , de peur quK ne se moque de ce que vous hri diresE^. » Et encore : a Ne répondez point aux folies d un fou, de crainte que vous ne M ressembliez'.)» Notre-Seignenr de nènie
^ On ne nit si ce Démétrianus était le proconsul d'Afrique on Van des jafies on canstiUlers de la ville de Ca^\ bafff, 0a tout simfileineiit ua sopbiiMe célèbre alors.
nous commande de garder pour nous les v< que nous connaissons, et de ne les pas ex] à être foulées aux pieds des chiens et des | ceaox : t Ne donnez point , dit-il , les cl saintes aux chiens, et ne jetez point vos p devant les pourceaux , de peur qu'ils ne les lent aux pieds, et qu'ils ne se jettent sur et ne vous déchirent '.©Et vérifaWenienf,co je voyaisque vous me veniez voir souvent, p pour contredire que pour apprendre , et vous ne faisiez que criatifer au lieu de m'< ter doucement , il me semblait qu'il n'y aucune apparence de raison de disputer c( vous , parce quH est plus aisé de surmonl
' Maflb., 7, 7, 6.
bruit des vagues émues que d'arrêter les saillies de votre rage, et que c'est perdre sa peioe depréseoter la iutniëre à uu aveugle , de parler à un aoardf et d'iostruire uae béte. C'est ce qui m'aviit obligé à garder le silence jusqu'à cette lieure pour tâcher de vaiocre votre opiniâtreté par ma patience, voyant que vous étiez trop indocile pour être instruit, trop impie pour céder aux raisons de la religion, et trop furieux pour vous apaiser par la douceur. Mais puisque vous passez maintenanC plus avant , et que vous dites qu'on nous accuse d'être cause des guerres , des pestes et des fomines, il ne se Faut plus taire désormais, de peur qu'on ne Fattribne plotAt à faiblesse qu'à retenue, et que tandis que nous méprisons de répondre aux crimes qu'on nous impute , il ne semble que nous en démettrions d'accord. Je vais donc vous répondre à vous et aux autres,que vous avez peut-être animés contre nous par vos médisances, et qui ne laisseront pas pourtant, comme je Tespêre, d'entendre raison, puisqu'il y a bien de l'apparence que ceux à qui le mensonge a donné de mauvaises impressions de nous , en jugeront éqnltablement quand ils sauront la vérité.
Vous dites donc que c'est nous qui sommes cause de tous les malheurs qui affligent maintenant les hommes, parce que nous n'adorons pas vos dieux. Mais puisque vous êtes si ignorans des choses divines , il vous faut apprendre premièrement que le monde est déjà sur son déclin, et qu'il n'a plus les mêmes forces ni la même vigueur qu'il avait autrefois. Il n'est pas besoin pour le prouver de rapporter des autorités de la sainte Écriture; le monde lui-même le dit , et témoigne assez par la décadence de toutes choses qu'il approche de sa fin. Il ne tombe plus tant de pluies en hiver pour nourrir les semences ; le soleil n'est plus si chaud en été pour mûrir les fruits ; le printemps n'est plus si agréable, ni l'automne si fécond. Les carrières de marbre, comme si elles étaient lasses, n'en fournissent plus tant, et les mines d'or et d'argent sont épuisées. Les terres demeurent incultes, les mers sans pilotes, les armées sans soldats. Il n'y a plus d'innocence au barreau , de justice parmi les juges, d'union entre les amis, d'industrie dans les arts, de discipline dais les mœurs. Croyez-vous qu'une chose qui est sur son déclin puisse être aussi vigoureuse qu'elle
était d*abord ? Il faut de nécessité que lotit ee qui tend vers sa fin dépérisse. Ainsi le soleil proche de son couchant jette des rayons plus languissans. Ainsi la lune sortant de son plein, perd tous les jours quelque chose de sa lumière; et un arbre qui d'abord était fertile et verdoyant, lorsqu'il est vieux devient sec et difforme. Une fontaine de même, qui du conunen* cement faisait couler ses eaux en abondance , tarit enfin par le cours des années, et fournit | peine un filet d'eau. C'est une loi de Dieu et de la nature que tout ce qui commence prenne fin, et qu'après qu^une chose est arrivée jusqu'à certain point de force et de grandeur, elle déchoie et s'affoiblisse , et ensuite se détruise^ Quand donc vous imputez aux chrétiens que, dans la vieillesse do monde, toutes choses empirent, c'est comme si les vieillards s'avisaient de leur imputer les faicommodilés de la vieillesse, et de dire que c'est eux qui sont cause qu'ils n'entendent plus si clair, qu'ils n'ont plus si bonne vue , qu'ils ne sont plus si agiles , ni si robustes , ni si sains, et qu*au lieu que l'on vivait autrefois huit et neuf cents ans, i peine s'en trouve-t-il maintenant qui aillent jusqu'à cent. Nous voyons des enfons qui sont dé|jà tout blancs. Leurs cheveux périssent avant qu'ils soient venus , et ils ne finissent pas, mais corn*» mencent par la vieillesse. Cest ainsi que toutes choses maintenant du point de leur naissance se précipitent à leur mort , et se ressentent de TafFaiblissement général du monde.
Pour ce qui est des guerres, des stérilités, et des maladies qui sont plus fréquentes à cette heure qu'autrefois , sachez qu'il a été prédit que dans les derniers temps les maux se multiplieront , et qu'à l'approche du jour du jugement |a colère de Dieu s'allumera de plus en plus contre les hommes , et leur enverra de plus terribles fléaux. Ces choses n'arrivent pas, comme vous le publiez faussement, parce que nous n'adorons pas vosdieux, mais parce que vous vous n'adorez pas le vrai Dieu; car comme il est Farbitre dy monde, et qu'il ne s'y fait rien que par soi^ ordre ou par sa permission, lorsqu'il arrive des choses qui témoignent qu'il est en colère, ce n'est pas pour nous qui le servons qu'elles arrivent , mais pour vous punir de vos crimes. C'est parce que vous ne le cherchez ni ne le craignez, et que vpus ne quittez point vos vaines superstitions pour
embrasser la véritable religion , et pour faire que, comme c*est Tunique Dieu de tous, tous aussi le servent et Tadorent. Écoutez-le luimême comme il parle et nous instruit : « Vous adorerez, dit-il, le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul ^» Et encore : «Vous n'aurez point d'autres dieux que moi 2.» Et en un autre endroit: «N'allez point après des dieux étrangers pour les servir et les adorer, et ne m'obligez point par vos crimes à vous perdre^. » Un prophète de même rempli du Saint-Esprit annonce la colère de Dieu par ces paroles : «Voici ce que dit le Seigneur et le Dieu toutpuissant : Parce que ma maison est déserte, et que chacun de vous se hâte d'aller en sa maison, le ciel ne versera plus ses pluies, et la terre ne produira plus ses fruits, et je ravagerai la terre, le blé, le vin, l'huile, les hommes et les bètes, et tous leurs travaux^.» Un autre prophète dit encore la même chose : « Je ferai pleuvoir sur une ville et ne ferai pas pleuvoir sur l'autre. La pluie tombera d'un côté , et le côté où elle ne tombera pas séchera. Deux ou trois villes viendront dans une même ville pour boire , et ils ne se pourront désaltérer ; et après cela vous ne vous convertirez pas à moi, dit le Seigneur^?» Vous voyez que Dieu se met en colère et menace, parce que vous ne vous convertissez pas à lui; et au milieu de votre opiniâtreté et du mépris que vous feites de lui, vous vous étonnez et vous vous plaignez des sécheresses et des stérilités, de ce que la grêle ravage la vigne, de ce que les orages ruinent la moisson, de ce que les fontaines tarissent , la peste corrompt Tair, les maladies tuent les hommes , pendant que ce sont vos péchés qui attirent toutes ces vengeances du ciel , et que Dieu est d'autant plus irrité qu'il voit que vous ne profitez pas de ces chàtimens. Car le même Dieu déclare dans r£erlture sainte que ces malheurs arrivent ou pour corriger les opiniâtres ou pour les punir. «C'est en vain, dit-il, que j'ai frappé vos enfans, ils ne se sont pas corrigés^.» Et le prophète lui répond : «Vous les avez frappés, et ils ne l'ont pas senti; vous les avez affligés, et ils n'ont pas voulu rentrer dans leur devoir?.» Dieu châtie, et on ne le craint point ; il frappe' de ses fléaux,
» Deut^e, 13. — « Exod., 10, 3. — » Jérémic, 25, 6. * ABgéc, M«2. — ' Amos, 4, 7. — • Jérémic, 2,30.
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et Ton ne se met point en peine de Tapaiser. Que serait-ce donc s'il ne punissait point les hommes? Combien l'impunité augmenterait-elle encore leur insolence? Vous vous plaignez de ce que l'air est malsain, de ce que le del ne donne point de pluies, de ce que la terre est infertile, ^ eu un mot de ce que les élémens ne vous ser- — vent pas pour vos besoins et pour vos plaisirs — Mais je vous demande, vous qui voulez que^ toutes choses vous servent, servez- vous Dîea?^ lui obéissez-vous , afin que toutes choses vous^ obéissent ? Vous eiigez toutes sortes de de votre esclave, et quoique vous soyi homme comme lui, que vous naissiez de même, ^ que vous deviez mourir de même, que vous ne ^ différiez d'avec lui ni pour l'âme, ni pour le^ corps, cependant s'il ne fait tout ce que vons^ lui commandez, s'il ne vous est entièrement ^
assujetti , vous lui donnez des coups de bàtooou les étrivières, vous lui faites souffrir la him et la soif, le chaînez de chaînes, le mettei en prison ; et, misérable que vous êtes , tandis que vous faites si bien valoir votre qualité de maître sur un homme, vous ne reconnaissez p» le maître et le Seigneur de tous les hommes. Cest donc justement que Dieu les frappe de plusieurs plaies. Mais comme ils ne s'en servent pas pour se convertir à lui, des cachots étemels et des flammes qui ne s'éteignent point les attendent en l'autre monde, sans qu'on écoute leurs prières ni leurs gémissemens , comme ils nVmt point écoulé Dieu ici-bas lorsqu'il faisait éclater son indignation contre eux. « Enfans d*Israèl , dit-il par un prophète , écoutez ce que dit le Seigneur : car voici qu'il va juger les habitans de la terre , parce qu'il n'y a plus sur la terre ni miséricorde , ni justice, ni connaissance de Dieo ; mais abomination, mensonge, meurtres, brigandages, adultères, incestes. C'est pourquoi la terre sera désolée avec tous ses habitans , avec les bêtes de la campagne, avec les serpens, avec les oiseaux; et les poissons mêmes de la mer mourront. Et que personne ne perde le temps à prêcher les hommes ^ » Dieu témoigne qu'il est indigné de ce que les hommes ne le connaissent point ; et les hommes ne se mettent point en peine de le connaître et de le craindre. Il leur marque tous leurs crimes en particulier et les en reprend ; et ils ne songent point à s'en cor*
< Osée, 4, 2.
wigtt. Nous voyons ses prédictions s'accomplir tOQi les joars; et personne n'y iait attention ^poor en devenir plus sage. Les maux noas acoUent de telle sorte qu'à peine nous laissent-ils le temps de respirer ; et cependant nous avons le loisir d'être mécbans , et nous nous amusons à eondamner les autres au lieu de nous condamner nous-mêmes. Vous vous mettez en colère de ce que Dieu se met en colère contre 1008 y comme si en vivant mal vous méritiez faVm vous fit du bien, comme si tout ce qui vous arrive n'était pas encore moindre que vos péchés-Vous qui entreprenez de juger les autres, jogez-voos enfin vous-même', rentrez en votre ooaacience; ou plutôt, puisque vous n'avez point de pudeur, et que vous faites vanité de mnl faire, reconnaissez au moins en vous ce que font le monde y voit. Vous êtes orgueilleux , avare, colère, joueur, sujet au vin, envieux, impur, cruel ; et vous vous étonnez que Dieu aogmente ses châtimens tandis que les crimes augmentent tous les jours. Vous vous plaignez de la guerre; comme si la paix même n'était pas pire que la guerre, comme si la violence et la tyrannie des personnes puissantes n'était pas plus i craindre que toute la puissance des barbares. Vous vous plaignez de la stérilité et de la femine; comme si les sécheresses la causaient davantage que les impôts et les brigandages. Vous vous plaignez que le ciel est fermé; tandis que vos greniers demeurent Fermés. Vous vous plaignez de ce que la terre produit moins de firuits; et vous ne Faites point part aux pauvres de ceux qu'elle produit. Vous murmurez de la peste; et la peste a découvert ou accru les crimes; car l'on ne secourt point ceux qui en sont atteints, et on les pille quand ils sont morts. On est timide pour les assister, et hardi ^pour les voler. On appréhende de les approcher quand ils se meurent, et on enlève leurs dépouilles après leur mort ; comme si Ton ne les avait abandonnés durant leur maladie que de peur qu^ils n'en réchappassent. Tous ces malheurs ne sont pas capables de retenir les hommes dans leur devoir, et au milieu de tant de morts personne ne pense qu'il est mortel. L'on s'empare hautement et impunément du bien d'autrui, sans crainte, sans honte, comme si c'était une chose toute permise, et que ce fût laire une perte que d'y manquer. Les voleurs
ne volent qu'avec quelque sorte de retenue; ils choisissent les bois et les lieux détournés, et les ténèbres couvrent au moins leurs crimes. Mais l'avarice exerce publiquement ses rapines, et assurée par sa propre audace étale en plein jour et à la plus grande lumière sa convoitise insatiable. De là viennent les fiaiussaires, les empoisonneurs et les assassins dont la ville est pleine , et de qui la hardiesse est encore augmentée par l'impunité. Et il ne se faut pas étonner que l'on ne punisse point les crimes, i 1 n'y a que des criminels. On ne craint ni accusateurs ni juges, parce que les uns sont complices, et que l'on corrompt les autres. Aussi un prophète animé de l'esprit de Dieu témoigne que ce sont les péchés des hommes qui empêchent que Dieu n'arrête le cours de leurs malheurs , quoiqu'il ne manque point de puissance pour les arrêter. « Est-ce que la main de Dieu , dit-il , n'est pas assez puissante pour vous sauver, ou s'il est sourd, qu'il ne vous entend point? Mais c'est que vos péchés y mettent obstacle , c'est vos crimes qui sont cause qu'il détourne sa fece, et qu'il n'a point compassion de vous*.» Que chacun pense donc à ses péchés et aux plaies de sa conscience, et il cessera de se plaindre de Dieu ou de nous, quand 11 reconnaîtra qu'il souffre ce qu'il mérite.
Mais que dirai-je du principal sujet de notre différend, de ce que vous nous maltraitez quoiqu'innocens , de ce que pour feire injure à Dieu vous opprimez ses serviteurs ? Ge vous est peu d'être remplis d'une infinité de vices détestables , de renverser la véritable religion par vos fausses superstitions , de ne point chercher ni craindre Dieu ; il faut encore que vous persécutiez injustement ceux qui le servent et qui lui sont consacrés. Il ne vous suffit pas de ne le point adorer, si vous ne faites la guerre à ceux qui l'adorent. Vqus approuvez les honneurs qu'on rend à de vaines idoles faîtes de la main des hommes , et même à des monstres ; il n'y a que ceux qu'on rend à Dieu qui vous déplaisent. Vos temples regorgent de tous côtés de b fumée de vos sacrifices ; Dieu seul n'a point d'autels , ou ils sont cachés. Vous révérez df^ crocodile , des cynocéphales , des pierres, des serpens ; et il n'y a que Dieu qui ne soit
Msaif,5e, 1.
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point révéré Bur la terre, ou qu'on ne révère pas impunément. Vous privez de leurs maisons et de leurs biens des hommes justes et innoeens , des amis de Dieu ; vous les chargez de ehatnes ; vous les mettez en prison, les exposez aux bètes , les faites périr par le fer ou par le feu , et non contents de la durée ordinaire des supplices, vous leur faites souffrir de lon{|;s tourmens, et par une cruauté ingénieuse en inventez même de nouveaux. La barbarie peut-elle aller plus loin? Si c'est un crime d'être chrétien, pourquoi ne faites-vous pas mourir tout d'un coup celui qui avoue qu'il en est coupable; et si ce n'est pas un crime, pourquoi tourmentez-vous un innocent? Si appréhendant d'être puni, je cachais ma religion, et voulais faire croire que j'ai toujours adoré vos dieux, c'est alors. que vous me devriez tourmenter, afin de m'obliger à confesser mon crime, comme vous faites à l'égard de tous les autres criminels que vous mettez à la question pour tirer la vérité de leur bouche. Mais puisque je confesse que je suis chrétien , et que je le déclare hautement , pourquoi donner la tortore à un homme qui avoue ce qu'on lui demande , et qui ne se cache pas pour mal parler de vos dieux , mais qui s'en moque devant tout le monde et à la fïce des juges et des magistrats? car tout cela doit encore augmenter mon crime et votre haine de voir que je me confesse chrétien en présence de tout le peuple , et que je vousconFbkids publiquement, vous et vos dieux. Pourquoi attaquez-vous la chair qui est faible ? Combattez contre l'esprit , renversez nqtre fol , ez-nous par la raison si vous le pouvez, u si vos dieux sont véritablement tels, et qu'ils ifent quelque pouvoir , qu'ils se vengent euxmêmes , qulls se défendent eux-mêmes. Autrement , quel bien petivent-ils faire à ceux qui les MTêiit y puisqu'ils ne sauraient se venger de ceux qtd ne les servent pas ? Vous êtes] même plus jpiaissant qu'eux, puisque vous les vengez , ce qu'ils ne peuvent f%iire. Et si cela est, ce n'est pâ^ vous qui les devez honorer , c'est S elix à vous honorer et à vous craihdre. Vous lès vertgèz de même que vous les gardez, et les e&fert^ de peur qu'ils be se perdent. Ayez honte d'adorer ceux que vous défendez ; ayet honte d'attendre la protection de ceux qui ont l^esoin de la vùtre. Oh ! si vous les \'Ouliez voir et
Miment ^^^Duslvoj
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entendre lorsque nous les conjurons par nos exorcismes et que nous les chassons des corps des possédés; lorsque, tourmentés par la puissance de Dieu et par des fouets invisibles , ils confessent en pleurant et en gémissant le jugement à venir! Venez, et soyez vous-même témoins de ce que nous disons; et puisque vous dites que ce sont là vos'dieux, croyez au moins à vos dieux. Ou si vous n'en voulez croire que vous-même, celui qui maintenant vonsobsède et vous aveugle parlera au dedans de vous et vous l'ouïrez. Vous verrez (juc ceux que vous priez nous prient , et que ceux que vous adoreî nous craignent. Vous verrez trembler devant nous comme de misérables esclaves ceui^ que vous regardez comme vos maîtres. Au moins pourrez-vous reconnaître votre erreur quand vous verrez et entendrez vos dieux déclarer euxmêmes ce qu'ils sont , sans que votre présence les puisse empêcher de découvrir leurs fourbes et leurs prestiges. Quelle est donc celte lâcheté ou plutôt cette folie de ne vouloir pas sortir des ténèbres pour venir à la lumière ? d'aimer mieux demeurer engagé dans la mort étemelle, que de vivre dans l'espérance d'une immortalité bienheureuse P de ne point appréhender un Dieu qui menace et qui dit : a Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu'au Seigneur sera exterminé ^» Et encore : «Ils ont adoré ceux qu'ont fait leurs mains , ils se sont courbés et humiliés devant eux , je ne leur pardonnerai point ce crime ^P» Pourquoi vous prosternezvous devant de fausses divinités ? Pourquoi vous humiliez-vous devant de vaines statues qui ne sont que de la terre ? Dieu vous a créés droits, et au lieu que les autres animaux sont courbés contre terre , vous avez le visage élevé vers le del. Cest là que vous devez porter vos regards; c'est là qull vous f%iut chercher le vrai Dieu. Si vous voulez vous garantir de l'enfer, contemplez les choses hautes et célestes. Pourquoi vous prédpîterez-vous dans la mort avec le serpent que vous adorez? Pourquoi vous laissezvous envelopper dans une même ruine avec le diable? Conservez les avantages [de votre naissance. Demeurez tels que Dieu vous a faits ; et puisque là statue de votre corps est droite et élevée, éleVez aussi votre esprit. Afin de pou-
^ KxiKi., 12, 20. - • iMïe, 2, 8.
voir eomiaUre Dieu, cooDaîasez-vous vousmême auptravant. Laissez le» idoles que Fer*reor humaine a iaveotées. Convertissez-vous à Dieu qui secourt lous ceux qui implorent son anialaiice. Croyez en Jésus-Glîrist que le Père a OQvoyé au monde pour nous donner la vie et noua racbeler. Cessez de persécuter ses serviteurs qui sont sous sa protection. Car c'est pour ceb que nous ne résistons point quand nous aoaimea pris, et qu'encore que nous soyons en grand nombre , nous ne nous défendons point contre vos violences. L'assurance que noiu avons que Dieu nous vengera nous rend ^tiena. C'est ce qui fait que des innocens cèdent à des criminels et se soumettent à tout ce €|uMia leur font souffrir , parce que nous sommes certains que nos souffrances ne demeureront pas impunies, et que plus elles sont grandes et iiQUStes , plus la vengeance sera juste et terrible; ce qui est si vrai , que jamais Ton ne persécute les chrétiens que le ciel ne donne aussitôt des marques de sou courroux ; car, pour ne rien dire de ce qui s'est passé du temps de nos pères, et des punitions arrivées coup sur coup en faveur des serviteurs de Dieu , sa protection ne vient-elle pas de paraître visiblement à leur égard dans la chute des rois et dans la défaite d'armées si nombreuses et si puissantes? Et que personne ne s'imagine que ces événemens soient un effet du hasard et de la fortune ; car il y a iong-temps que l'Écriture a dit : « La vengeance m'appartient, et je ferai justice, dit le Seigneur K »Et ailleurs : « Ne dites point : Je me vengerai de mon ennemi , mais attendez que le Seigneur vienne à voire secours ^. » Ce qui fait voir clairement que ce n'est pas nous qui sommes cause de tous ces fléaux de la colère de Dieu , sinon en tant qu'il les envoie pour nous venger.
Et il ne sert de rien de dire qu1ls tombent aussi sur nous ; car ceux-là ressentent les calamités du monde qui mettent toute leur joie et leur gloire dans le monde. Ceux-là s^afîHigent des maux qui leur arrivent sur la terre, qui ne peuvent espérer d'avoir part aux biens du ciel , et dont tous les plaisirs sont bornés à cette vie courte et misérable. Mais fiwnr ceux qui sont assures des biens à venir , ils ne se mettent
« Deul., 32, 35. — ' Prov., :0 , 22.
pas en peine des maux présens. Nous ne sommes abattus par aucune adversité , ni par les malheurs publics ni par les disgrâces particulières ; et vivans plutôt par l'esprit que par la chair, nous surmontons les faiblesses du corps par la vigueur de l'âme ; car nous savons que les mêmes choses qui vous font de la peine et vous tourmentent , ne sont que pour noua éprouver et nous fortifier. Comment pouvezvous croire que les accidens contraires noua touchent comme vous, puisque vous voyez que nous les portons tout autrement que vous? L'on n'entend parmi vous que plaintes et murmures, et vous êtes chagrins et impatiens : au lieu que nous conservons une patience forte et religieuse, toujours humble^ toiyours reconnaissante envers Dieu. Mous voyons d'un visage égal la bonne et la mauvaise fortune; et sans perdre jamais le calme de l'esprit, nous demeurons inébranlables aux tempêtes du monde, et attendons en repos le temps de l'accomplissement des promesses divines; car tant que nous sommes en œ corps, il faut bien que nous soyons sujets à la condition des corps, et il faudrait sortir du siècle et quitter les hommes pour n'avoir plus rien de oommun avec les hommes. Nous sommes en une même maison , bons et méchans ; tout ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent; jusqu'à ce que par la fin du monde il se fasse une séparation , et que les uns soient condamnés à une mort étemelle, et les autres récompentés par une immortalité bienheureuse. Il ne faut donc pas que vous vous imaginiez que notre condition soit pareille à la vdlri», sous ombre qu'étant encore en ce monde et revêtus d'une chair morteHe, nous sommes sujets comme vous aux incommodiiés qui aœompagneot cet étal; car comme les maux ne sont tels qu'à Tégard de ceux qui s'en affligent , il est manifeste q/tit nous n avons point de part â vos maux, puisque nous ne nous en affligoms point. Notre foi et noire espérance nous soutient et nous relève au milieu des ruines du monde , et notre vertu demeure Toujours îm« mobile, constante , gaie et assurée de soâ Dieu. C'est ce que le Saint-Esprit témoigne quand le prophète dit : «Le figuier n'apportera point do
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figties , ni la vigne de raisin. Les oliviers seront | stériles , et la campagne ne produira point de blés. Les brebis mourront feute de fourrage , et l'on ne trouvera plus de bœufs dans les é(ables. Mais moi je me réjouirai au Seigneur , je mettrai mon contentement en mon Sauveur et en mon Dieu ^.» Il dit qu'un serviteur de Dieu appuyé sur la foi et sur Tespérance n'est point éturanlé par tous les malheurs qui arrivent au monde. Que la vigne trompe l'attente du vigneron, que les oliviers soient infertiles, que les blés meurent de sécheresse , qu'est-ce que cela fait à des chrétiens que toutes sortes de délices et de biens attendent dans le paradis? Ils se r^ouissent toujours en leur Dieu ; et quand ils jettent les yeux sur les récompenses à venir, il n'y a point d'adversités qu'ils ne supportent avec courage; car comme après avoir été régénérés par une seconde naissance , nous ne vivons plus pour le monde , mais pour Dieu seul, nous ne recevrons aussi l'accomplissement de ses promesses que quand nous serons arrivés à lui ; ce qui n'empêche pas pourtant que nous ne le priions sans cesse pour le repos de l'état et pour les biens de la terre, et que nous ne lui demandions nuit et jour pour vous toutes sortes de prospérités. Que personne donc ne se fonde sur ce que la condition de cette vie rend les maux temporels communs entre nos ennemis et nous , pour croire que ce n'est pas vous qui en êtes cause ; puisqu'il y a longtemps que Dieu même et les prophètes ont prédit que sa colère tomberait sur les méchans, et que nous ne manquerions pas à la vérité d'être persécutés , mais que Dieu ferait bientôt éclater sa vengeance contre nos persécuteurs. Mais ce qu'il fiit ici-bas en notre faveur est bien peu de chose , et n'est qae pour donner cependant aux hommes quelques marques de sa colère. Mais il y a le jour du juge* ment qui les attend , et dont l'Écriture parle ainsi : « Jetez des cris et des hurlemens , car le jour du Seigneur approche , et Dieu va faire le dégât. Voici venir le jour du Seigneur , ce jour sans pardon et sans miséricorde où il ravagera toute la terre et en exterminera les pécheurs K » Et encore : « Voici le jour du Seigneur qui vient, allumé comme une fournaise ardente; et tous
•Ab«.,3, 17.-«|wîe,l3,6et9.
les étrangers et les méchans seront comme de la paille qu'il consumera , dit le Seigneur ' . » Dieu prédit que les étrangers seront brûlés , c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de la race divine, et qui n'ont pas été régénérés spirituellement ni faits enfans de Dieu : car en un autre endroit il déclare qu'il n'y aura de sauvés que ceux qui ont reçu une seconde naissance et ont été marqués du signe de Jésus-Christ, lorsqu'en envoyant ses anges pour détruire le monde et exterminer le genre humain, il leur dit plein de colère : «Allez, tuez et n'épargnez personne. N'ayez pitié ni des jeunes ni des vieux , et faites mourir femmes, filles et petits-enfans, afin de les perdre sans ressource ; mais ne touchez à pas un de ceux qui sont marqués du signe ^.» Or quel est ce signe , et en quelle partie du corps est-il imprimé? Dieu le montre auparavant quand il dit : «Passez par le milieu de Jérusalem , et vous imprimerez un signe sur le front de ceux qui gémissent et s'afHigent des crimes qui se commettent parmi eux ^. » Le même Dieu témoigne encore que ce signe appartient à la passion et au sang de Jésus-Christ, et que quiconque s'en trouvera marqué sera sauvé , lorsqu'il dit : «Le sang mis sur vos maisons vous servira de signe, et j'y prendrai garde et vous sauverai; et vous serez à couvert de la plaie dont je frapperai TÉgypIe <. » Ce qui a précédé en figure dans l'agneau pascal s'est accompli depuis selon la vérité en Jfeus-Cbrist. Et comme alors le peuple juif ne put être garanti de la plaie dont l'Egypte fut f^ppée, que par le sang et le signe de l'agneau, ainsi, quand le monde sera désolé au jour du jugement , il n'y aura que ceux qui seront trouvés marqués du sang et du signe de Jésus-Christ qui seront sauvés.
Pensez donc à vous sauver tandis qu'il est encore temps; et puisque la fin du monde approche, craignez Dieu et vous convertissez à lui. Ne vous flattez point de cette vaine et insolente domination que vous usurpez en ce monde sur des gens de bien et des hommes doux et paisibles; l'ivraie et les mauvaises herbes dominent aussi dans les champs au milieu des blés les plus fertiles. Ne dites plus
« Malach., 4, 1. - • E«éch., 9, 6. - • /M., 9, t «EiodeJ3, 13.
^ les ndbenrs qui arrivent au monde vien- | Hnt de œ que nous n'adorons point vos dieux ; te sont des effets de la juste colère de Dieu qui ie vent faire reconnaître par ses vengeances , Mne qo^OQ ne le connaît point par ses bienfaits. C2ierchei-le enfin quoique tard , puisqu'il y a ^angCemps qu'il vous y exhorte par son proplitte: «Gbercbez Dieu, dit-il, et votre âme ^Ifra ^» ; et que Jésus-Christ venant au monde a 4ft :cLa vie éternelle est qu'ils vous reconnais- ^vtpoar le seul Dieu véritable, et qu'ils con- ^iinent Jésus-Christ que vous avez envoyé^.]» ^Iroyezen celui qui ne trompe point; croyez en cdoi qui a prédit que toutes ces choses arriveraient ; croyez en celui qui donnera la vie éternelle pour récompense à ceux qui croiront , et qui punira les incrédules de supplices étemels. Qudle gloire pour la foi, et quelles peines pour rîDcrédulité quand le jour du jugement viendra I Quelle joie pour les uns, et quelle tristesse pour les autres ! car il n'y aura plus de retour. Un feu brûlant et dévorant tourmentera pour jamaif ceux qui y seront condamnés, sans qu'ils puissent espérer ni trêve ni fin de leurs tour- Qieitt. Les âmes seront conservées avec leurs oorpf pour soufFrir des douleurs infinies. Nous contemplerons éternellement dans leurs supplices ceux qui nous ont contemplés ici quelque temps dans les tortures ; et pour un court plaisir que la cruauté de nos persécuteurs a pris à repaître ses yeux de spectacles inhumains, ils seront exposés à un spectacle éternel de peines et de misères. C'est ce que témoigne l'Écriture kNrsqu'elledit : a Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les dévore ne s'éteindra point, et ils seront exposés en cet état aux yeux de tout le monde \ » Et encore : a Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaui. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur; et dans Tétonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur : Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que noua sommes, nous pensions que leur vie fût une folie, et que leur 6n dût être sans honneur. Et maintenant les voilà parmi les enians de
. > Ainos , 5, 6. — * Jean, 17, 3. — ' Isaîe, 31.
Dieu et au nombre des saints. Cest donc ainsi que nous nous sommes égarés du chemin de la vérité; la lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition ; nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et nous avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil , et quel avantage retirons-nous de toute cette vaine parade de nos richesses ? Toutes ces choses ont pas.sé comme une ombre ^ . » Mais leur repentir sera alors inutile, leurs plaintes vaines, et leurs prières sans effet; et ceux qui n'ont pas voulu croire pour obtenir la vie éternelle, croiront enfin, mais trop tard, quand ils se verront condamnés à des supplices étemels. Songez donc à votre sûreté et à votre salut, tandis que vous le pouvez encore faire. Nous vous offrons pour cela nos services et nos conseils; et puisqu'il ne nous est permis de haïr personne , et que nous en sommes d'autant plus agréables à Dieu que nous ne nous ressentons point des injures qu'on nous feit , nous vous exhortons, pendant que vous êtes encore en ce monde, de satisfaire à Dieu, et de sortir de cette nuit profonde de votre superstition pour entrer dans la pure et éclatante lumière de la religion véritable. Nous ne Vous envions point vos avantages, et nous ne vous cachons point les bienfaits de Dieu. Nous payons votre haine d^amitié et de bienveillance, et pour les tourmens que vous nous feltes souffrir, nous vous montrons le chemin du salut. Croyez et vivez; et au lieu de nous persécuter dans le temps, réjouissez-vous avec nous dans l'éternité. Après cette vie il n'y a plus lieu à la pénitence, et la satisfaction^est inutile. C*est ici que le paradis se perd ou s'acquiert. C'est ici que l'on mérite le salut par la foi et par le culte du vrai Dieu. Que l'âge ni les péchés n'empêchent personne de se convertir. Tant qu'on est en ce monde, il est toujours temps de faire pénitence. La porte de la miséricorde divine est toujours ouverte, et donne une entrée libre et facile à tous ceux qui cherchent-la vérité. Quand vous seriez sur le point de mourir, si vous priez pour vos péchés et que vous imploriez la bonté du Dieu unique et véritable en le confessant et en croyant en lui , vous
SAINT CYPRIEN
obtiendrez de lui le pardon de vos crimes et passerez de la mort à Timmortalité. (Test à Jésus- Christ que nous sommes redevables de celte grice; c'est lui qui la obtenue eu domptant la mort par le trophée delà croix, en rachetant celui qui croit parle prix de son san^, en réconciliant rtiomme avec Dieu son Père , et lui communiquant la vie par la renaissance céleste. Suivonsle tous, i*il est possible, et recevons son sacrement et son sifjne : c'est lui qui nous ouvre le chemin de la vie; c'est lui qui nous fait rentrer dans le paradis; c'est lui qui nous conduit au royaume des cieuz. Nous vivrons éternellement
avec lui , si nous sommes faits enfiins de Diea par son moyen. Nous nous réjouirons étemeik» ment avec lui si nous sommes rachetés par «m sang. Si nous sommes chrétiens, nous auront part à la gloire de Jésus-Christ , nous aerooi bienheureux par la possession de Dieu mène, et comblés d'une joie infinie nous lui reodron des grâces et des actes de reconnaissance immortelle : car comment ne serions-nous pis pleins de joie et de reconnaissance, nous qd étant auparavant sujets à la mort , nous trouierons assurés de Fimmortalité ?
DE LA VANITÉ DES mOLES '.
Que les dieux que le peuple adore ne soient pas des dieux , cela paraîtra clairement si Ton considère d'où cette superstition a pris son origine; oar Ton verra qu'elle ne vient que de ce qu'autrefois il y a eu des rois dont la mémoire a été honorée après leur mort par leurs siyets. Ensuite on leur érigea des temples et des statues pour en conserver le souvenir. Puis on leur offrit des sacrifices, et l'on institua des fêtes en leur honneur ; si bien que ce que les premiers avaient Inventé pour se consoler, les autres le firent passer en religion. Ainsi Mélicerte et Leucothoé s'étant précipités dans la mer devinrent les dieux de cet élément. Castor et Poilux afin de vivre meurent tour à tour. Esailape pour devenir dieu est frappé d'un coup de Ibudre. Hercule est brftié snr le mont OEta pour consumer dans le f^eu tout ce qu'il a de terrestre. Apollon est bouvier d'Admète. Neptune se loue à Laomédon pour bâtir les murs de Trofie, et est assez malheureux pour n'être pus payé de ses journées. On voit encore en Crète une caverne où Jupiter se retirait, et l'on y montre son sépulcre. Saturne s'enfuit pour ne point tomber entre ses mains, et se
* * La première partie de c*e ipaité parait élre uniquement un abrégé de VOclavius de Minucius Félix ; la deuxième parUe est prise mot pour mot deTerlaUien.
retira en Italie, qui de là fût appelle taitum, comme qui dirait les cachettes, parce qu^il s*y était caché. 11 y porta le premier l'invention dô lettres et de la monnaie , d'où vient qu^on appelle encore aujourd'hui l'épargne \ le trésor de Saturne; et il s'adonna k ragricoltore, ce qui foit qu'on le représente sous la figure d'un vieillard qui tient une fiaiux à la mafn. Pendant qu*il fut eu Italie, il se retira cliez Janos qui a donné le nom au Janicule et au mois de Janvier. On le peint avec deux visages, parce qu'il semble regarder en même temps Tannée qui eommèttee et celte qui finit. Pour les Maures, ils adorent leurs rois sans contredit, et ne s'en cachent point. Cest ce qui cause la diversité des religions , parce que chaque nation adore cenx que leurs pères ont adorés. Alexandre le Grand , dans un discours assez long qu'il adresse à sa mère, lui mande qu'il a fait découvrir par force à on prêtre ce mystère des dieux. Et véritablement, s'il est né autrefois des dieux , pourquoi n*en natt-il pas encore aujourd'hui ? C'est peut-êire que Jupiter est trop âgé, ou que Junon n*est plus capable d'avoir des enftns. Gomment croyez-vous que ces dieux-ià puissent quelque chose pour les Romains, qui n'ont rien fm contre eux pour la défense de leurs peuples P Car pour les dieux des Romains, nous savons quels ils étaient d'abord. Romulus qui fut fait