DE L'ORNEMENT DES FEMMES
mie difformité insupportable de toucher de près votre flo.
VII. Que sert à votre salut ce soin fatigant que vous prenez d'orner votre tète? Quoi, vous ne sauriez laisser vos cheveux en repos ! Tantôt vous les frisez, tantôt vous les défrisez ; untôt vous les rehaussez , tantôt vous les abaissez ; aujourd'hui vous les tressez , demain vous les laissez flotter avec une négligence affectée ; et quelquefois vous vous chargez d'un tas énorme de cheveux empruntés, que vous accommodez tantôt en forme de bonnet pour y emprisonner votre tète , tantôt en forme de pyramide pour montrer voire cou à découvert. Quelle prodigieuse bizarrerie de vouloir contrarier le commandement exprès du Seigneur ! Personne, dit Jésus-Christ , ne peut rien ajouter à sa taille ^ Et vous y voulez ^jouter quelque chose, en accumulant sur votre tète des loufFes de cheveux chargés d'omemens, comme le milieu d'un bouclier. Si vous ne rougissez pas du poids de ce fordeau, rougissez du moins de son indignité. Ne mettez pas sur une tète sanctifiée par le baptême les dépouilles de quelque misérable mort dans ses détmuches, ou de quelque scélérat condamné à expirer sur Téchafaud. Une tète libre doit bannir la servitude de toutes ces gênantes parures. En vain vous cherchez à paraître magnifiquement ornées; en vain vous employez les gens les plus habiles dans Fart d'accommoder les cheveux : Dieu veut que vous soyez voilées. Pourquoi? sans doute afin qu'on ne voie pas la tète de certaines femmes K
Plût à Dieu qu'au grand jour du triomphe des chrétiens il me Fût permis, tout misérable que je suis, d'élever ma tète jusqu'à votre fière hauteur, pour apercevoir si vous ressusciterez avec votre fard, avec votre vermillon, avec vos parfums, avec vos superbes chevelures , et si les anges vous présenteront à Jésus- Christ avec ces parures mondaines et ces embellissemens fastueux ! Il est hors de doute que si Dieu ne désapprouve pas aujourd'hui ce luxe, vous le retrouverez au jour du jugement dernier, et que vos corps brilleront de l'éclat des mêmes ornemens dont vous faites gloire de les parer en ce monde. Mais le corps et Tàme
«Matlb.C — » I. C«r., 11.
ressusciteront alors dépooillét de toute parure étrangère. Ce qui assurément ne ressuscitera pas avec l'ftme et avec le corps doit être réprouvé , parce qu'il ne vient point de Dieu. Rejetez donc dès maintenant ce que vous serez alors contraintes d'abhorrer : que le Seigneur vous voie aujourd'hui telles qu'il vous verra en ce dernier jour.
VIII. Il est aisé à un homme , me direz-vous, et surtout à un homme peu complaisant pour le sexe , de condamner dans les fommes ce qui peut les rendre agréables. Mais quoi! est-ce que je ne désapprouve pas aussi dans notre sexe certaines vanités peu conformes à la gravité de la religion? car les hommes n'ont pas moins de passion de plaire aux femmes que les femmes en ont de plaire aux hommes. Cest dans les uns et dans les autres un vice que la nature leur a donné. Ainsi les hommes ont aussi leurs industries pour embellir leur personne par des beautés étudiées. Ils aiment à se Faire raser, à arracher les poils de la barbe ; à Friser, à agencer industrieusement leurs cheveux ; à cacher les marques de leur vieillesse et le désagrément de leurs cheveux blancs ; à donner à leur corps un air de jeuness0 ; à se farder même comme les femmes; ù polir délicatement leur peau avec une poudre singulière; à consulter incessamment leur miroir, quelque appréhension qu'ils aient de le trouver trop fidèle : comme si la connaissance du vrai Dieu, qui nous interdit tout désir de plaire , en nous interdisant toute impureté, ne suffisait pas pour nous Faire rejeter ces choses comme inutiles et contraires à la pudeur ; car où Dieu réside, là se trouve aussi la pudeur avec cette sainte gravité qui raccompagne. Gomment donc forons-nous triompher la pureté sans ses armes , c'est-à-dire sans la modestie et la gravité? Mais aussi comment ferons-nous servir cette gravité à la pudeur, s'il ne se répand une honnête sévérité sur notre visage, sur nos habits, et sur toute notre personne?
IX. Ainsi devez- vous, par rapport même à votre habillement et à l'embarras de parures dont vous vous chargez , couper, retrancher, bannir ce luxe immodéré qui vous est superflu ; car que servira-t-il qu'on admire sur votre visage les marques d'un chrétien pieux . humble, simple, modeste, conformément aux re-
TKRTULLIEN-
fçks de TËvangile , si vous étalez sur le reste de votre extérieur un Faste vain et une mollesse indécente? Il est aisé de comprendre combien ce luxe est contraire à la pureté chrétienne, et fraie le chemin aux plus grands désordres. Gomment cela? En prostituant, pour ainsi dire, les grâces de la beauté par la mollesse des habits. Ce qui est si vrai que sans le secours de ce luxe on regarde un visage bien fait comme une beauté peu touchante, désagréable, dépourvue de ses charmes; comme une beauté qui a fait divorce avec les grâces. Au contraire si la beauté naturelle manque, on emploie le blanc et le rouge avec les autres secours de la vanité pour y suppléer. Enfin on voit que les personnes mêmes qui sont parvenues à un âge de tranquillité, et qui sont entrées dans le ])ort de la modestie, sont encore souvent émues par la splendeur et la magnificence des orne- . mens, et troublées par les désirs violens qu'allume Téclat des habits, malgré la froideur de leur âge.
Rejetez donc, fidèles servantes de Jésus- Christ, rejetez courageusement ces embellissemens et ces parures, comme vous Fuiriez ces hommes infâmes qui font métier de vendre la pureté des vierges. Ou si vous êtes obligées d'avoir égard â votre naissance, â votre qualité, à votre dignité, paraissez avec une magnificence si modeste qu'elle ne fasse aucun tort à la véritable sagesse que vous ave? aquise par TÉvangile. Du moins prenez garde que le prétexte de la nécessité ne vous fasse point franchir les bornes que la religion vous prescrit. Car comment pourrions-nous pratiquer rhumilité, dont nous faisons profession, si nous ne corrigeons cet usage immodéré des richesses et des ornemens qui ne servent qu'à entretenir la vaine gloire? Or cette gloire ne nous convient point.
Ne nous est-il pas permis , me direz-vous , de nous servir de ce qui est notre bien ? Le voici : c'est Tapûtre qui nous avertit d'user de ce monde comme si nous n'en usions pas. « Car , dit-il , la figure de ce monde passe ^ » Et au même endroit, «que ceux qui font des ac- <)iiisitions soient comme s'ils ne possédoient rien. » Pourquoi cela ? « parce que le temps est court ". » Si Tapôtre ordonne aux maris de re-
« Cor., 7. - • /Md.
garder même leurs femmes comme s'ils n'en avoient point, â cause de la brièveté du temps , que faut-il penser de ces vains ornemeDs dont nous parlons ? C'est par le même motif que plusieurs personnes s'obligent de garder une virginité perpétuelle , et que pour acquérir le royaume des cieux , ils se privent d'un plaisir dont l'usage pourrait leur être permis. Quelques autres s'interdisent l'usage de ce que Dieu lui-même a créé pour la nécessité , en s'absteiiant devin et de viande, quoique cet usage ne puisse causer ni péril ni remords; mais ils sont bien aises d'assujettir et d'immoler leur âme au Seigneur par cette mortification du corps.
Jusqu'ici vous avez assez usé de vos richesses et de vos agrémens : vous avez assez recaeilli le fruit de vos qualités naturelles. Il est temps de suivre des maximes plus salutaires. Noos sommes ce peuple chéri que Dieu a fait natlrei la fin des siècles. Il nous a destinés de toute éternité pour juger sainement de la valeur da temps, afin que, instruits par ses divines leçons, nous retranchions toutes les superfluit^ da siècle 1. Nous sommes spirituellement Girconcis à l'égard de toutes choses , soit par rapport i l'esprit, soit par rapport au corps ; car dans l'un et dans l'autre nous faisons profession de rékof* mer les maximes du monde.
X. Au reste, croyez- vous que ce soit Dian qui ait enseigné l'art de teindre les laines avec le suc de certaines plantes et avec rhuile de certains poissons ? Peut-être oublia-t-il âuconi* mencement du monde de faire naître des brebis rouges ou bleues : c'est pour cela apparemment qu'il a découvert ensuite le seereC de colorer les étoffes, afin que, se trouvant trop minces et trop légères elles-mêmes, le seul prix en augmentât le poids. C'est apparemment Dieo qui a produit ces ouvrages d'or où brillent tant de pierres précieuses ; c'est lui qui a percé le bas de vos oreilles, pour y attacher des perles magnifiques. Il a jugé si nécessaire de tourmenter son propre ouvrage , et de fatiguer des enfans malcontens de leur premier sort, que des cicatrices faites sur une chair née poar le travail on vtt pendre je ne sais quels grains dont les Parthes, peuples barbares se couvrent
» Philip., 8.