DES FEMMES. A
qui craint mtmç la trop craniJe indnlgcnce àa niattrei'Tfl est le scnliment de l'apAlrc : uTout m'est permis , dii-il , niaU tout n'édiiîe pas '. > CoBibirn appréhcndïni-t-iin d'user dcseboj» qui sflut défendues, quand on se srra oceoulunié a craindre celles qui suât prrmises ?
SI. Mais enfin <]uelle raison avez-vous de paraître at pompeusement ornées, puisque vous êtes séparées de tes iuilres femmes qui n'ont besoin de cet attirai) que pour des motifs qui ne ^ous louchent point? Vous ne visitci pas les temples desscplils ; vous n'assistez pas i leurs spectacles ; vous ne célébrez pas les f6lcs des dieux. Cependant vuiU les sujets ordiuaircs pourquoi l'un éiale celte prodigieuse |miii1|ic dliabits: c'rtt pour se trouver aux assemblée*; c'est pour voir et pour être vues ; c'est pour faire parade d'une vaine gloire) c'est pour exposer en vente la pudicîié. Mais (wurvous, ^tles servantes du Seigneur, vous n'avei que des motifs «alutaircs pour sortir do chez vous ; il wiril alors ou de visiter 1rs malades, na d'a»ialcr au «aiiit sucriticc, ou d'enieadrc la parole de llieu. Or tuuie» c&s clioees sont des eicreiccs de reteuue et de modestie. Il n'y Faut ni tubilK cxiraordinaires, ni robes magnifiques ou traînantes. Que si la bienséance, l'amitié ou le devoir voue obligent de rendre visite aux dames païennes, pourquoi ne paraisscivuus pas munies de vos armes, d'autant |»lus que vous voulei suivre les chemins de la foi ? Par Ih vous moalrerei la différence essentielle entre les servante» de Dieu et les servantes du diable, ^'ou3 leur servirez d'exemple ; vous les édifierez. KnRa, comme parle l'agiAtre , Dieu sera « glorifié en votre cor)>H ' : « car s'il est f;lorifié pa r la pureté, il l'est aussi pa r des habits et des fflanitres honnêtes.
Jesaisce qu'objectent quelques-unes de vont). Nous appréhendons, disL^l-clles, que le nom de Dieu Dc soit bla phémé , si l'on nous voit renoncer à nus anciennes jiarurfs. Par celte r^e, il Faut que nous ne renoncions point aussi à nos anciens vices. Il faut que nous gardions les mfme.s msnrs, puisque nous voulons garder les mêmes dehors : et alors les nations ne blasphémeront point le nom de Dicn. \'ailà certes un f^rand blasphl'me, quand on dira de
' fj-, 3.
1 •!.<:»., 10.— 'niiifh t.
TKRTULLIEN-
fçies de TËvangile , si vous étalez sur le reste de votre extérieur un Faste vain et une mollesse indécente? Il est aisé de comprendre combien ce luxe est contraire à la pureté chrétienne, et fraie le chemin aux plus grands désordres. Gomment cela? En prostituant, pour ainsi dire, les grâces de la beauté par la mollesse des habits. Ce qui est si vrai que sans le secours de ce luxe on regarde un visage bien fait comme une beauté peu touchante, désagréable, dépourvue de ses charmes; comme une beauté qui a fait divorce avec les grâces. Au contraire si la beauté naturelle manque, on emploie le blanc et le rouge avec les autres secours de la vanité pour y suppléer. Enfin on voit que les personnes mêmes qui sont parvenues à un âge de tranquillité, et qui sont entrées dans le port de la modestie, sont encore souvent émues par la splendeur et la magnificence des ornemens, et troublées par les désirs violens qu'allume Téclat des habits, malgré la froideur de leur âge.
Rejetez donc, fidèles servantes de Jésus- Christ , rejetez courageusement ces embellissemens et ces parures, comme vous fuiriez ces hommes inPAmes qui font métier de vendre la pureté des vierges. Ou si vous êtes obligées d'avoir égard à votre naissance, à votre qualité, à votre dignité, paraissez avec une magnificence si modeste qu'elle ne fasse aucun tort à la véritable sagesse que vous ave? aquise par TËvangile. Du moins prenez garde que le prétexte de la nécessité ne vous fasse point franchir les bornes que la religion vous prescrit. Car comment pourrions-nous pratiquer rhumilité, dont nous faisons profession, si nous ne corrigeons cet usage immodéré des richesses et des ornemens qui ne servent qu'à entretenir la vaine gloire ? Or cette gloire ne nous convient point.
Ne nous est-il pas permis , me direz-vous , de nous servir de ce qui est notre bien ? Le voici : c'est Tapûtre qui nous avertit d'user de ce monde comme si nous n'en usions pas. « Car , dit-il , la figure de ce monde passe ^ » Et au même endroit, «que ceux qui font des ac- (fuisitions soient comme s'ils ne possédoient rien.» Pourquoi cela ? «parce que le temps est court *. » Si Tapôtre ordonne aux maris de re-
« Cor., 7. - • Ibid.
garder même leurs femmes comme s'ils n'en avoient point, à cause de la brièveté du temps , que faut-il penser de ces vains orneineDS dont nous parlons ? C'est par le même motif que plusieurs personnes s'obligent de garder une virginité perpétuelle , et que pour acquérir le royaume des cieux , ils se privent d'un plaisir dont l'usage pourrait leur être permis. Quelques autres s'interdisent l'usage de ce que Dieu lui-même a créé pour la nécessité , en s'absteiiant devin et de viande, quoique cet usage ne puisse causer ni péril ni remords; mais ils sont bien aises d'assujettir et d'immoler leur âme au Seigneur par cette mortification du corps.
Jusqu'ici vous avez assez usé de vos richesses et de vos agrémens : vous avez assez recodlli le fruit de vos qualités naturelles. 11 est temps de suivre des maximes plus salutaires. Noos sommes ce peuple chéri que Dieu a fait naître i la fin des siècles. 11 nous a destinés de toute éternité pour juger sainement de la valeur da temps, afin que, instruits par ses divines leçons, nous retranchions toutes les superfluit^ da siècle ^ Nous sommes spirituellement circoDcis à l'égard de toutes choses , soit par rapport i l'esprit, soit par rapport au corps ; car dians Ton et dans l'autre nous faisons profession de réliw* mer les maximes du monde.
X. Au reste, croyez-vous que ce soit Dian qui ait enseigné l'art de teindre les laines avce le suc de certaines plantes et avec rhiiile de certains poissons ? Peut-être oublia-t-il âuconi* mencement du monde de faire naître des brebis rouges ou bleues : c'est pour cela apparemment qu'il a découvert ensuite le secret ds colorer les étoffes, afin que, se trouvant trop minces et trop légères elles-mêmes, le seal prix en augmentât le poids. C'est apparemment Dien qui a produit ces ouvrages d'or où brillent tant de pierres précieuses ; c'est lui qui a percé le bas de vos oreilles, pour y attacher des perles magnifiques. Il a jugé si nécessaire de tourmenter son propre ouvrage, et de fatiguer des enfans malcontens de leur premier sort, que des cicatrices faites sur une chair née poar le travail on vtt pendre je ne sais quels grains dont les Parthes, peuples barbares se couvrent
» Philip., 8.
DE I.'OnNEMElVr DES FEMMES.
tV
presque edlifefemcnl le corps en forme de m\lien. C^-fieiidantceinfmcnrquiiiDnscDcliaDte est em|tloyé par certains pi'upln â lâirc tiei diatncscli)canicnoitcscuiiiiui!iious)'a|ipren(ifii de leurs bUtorieus. Taal il esl vrai qp'onesliiae ces choses, non partf qu'elles sont bnopo en soi, nuis t»urce qu'elles soDt rares.
O'ailleura, qui ep a fait la dfcouvcrie P Ce soni les au[!eK rebelles qui »nt f^it cunoaiireaia boniuics CVS prcHluctiooH lcrre»irc». Ensuite le travail et rindu&iric, joUit ft leur rareté , les ont rendues beswoup pit» précieuse par la folle psfinon de utîsFairc Iv Inie des femme». Maamoina, selon le téUKÛgange d'Ënacb, Die» a cuaduniui! â di» l^ii^bres (éternelles te» mauvais anffes , (Mtur avoir mqntré ees RiaiiJTCS daujtercuscs,je veux dire l'ur. l'ai'^citl, avec les ouvrafjcH qu'un un faîl , Cl pour avoir en^ietgoi! lurloui l'art de colorer le visage et tes Holkt, dsnl un s'Iiabille. Couimenl plairuoN-oiiuB à Dieu »i HOiis aimons les ()uvrai;es de ceux que «a iuïtice ih Hk ubMaéc de puitir éteraelkmenli' ' Km supptwons que Dieu ait donné luulcs ax cliO!>es, et qu'il les ait permises < ; supposons que |fl prupbèle UaU- n'ait Jamat» déclamé contre les rôties d'Oc a ri a te ; ifu'il n'ait ^amaiiî réprouvé Ita bague» d'or ; qu'il n'ait rien dit contre laui d'sutres vains orneowus. No devonsnious pas noua disiinffucr loujuurs de^ gentil-s , et ne pas nous prévaloir de ce qu'ils ont de précieuï P Souvenons-nous que nous n'avons d'autre roat- U« que le véritable Dieu qui nous a insiruits, et qui est Jaloux que kg» divins eDsci|;oeinens ne Goieut point viol^. PerNUaduns-ouus, eomme il est prudent et plus sfir de le laire , que dés le comnu'ni'emenl du monde ev divin ouvrier pourvut safEeœeni i tout , et qu'il disposa leileinent les métaut et les minéraus qu'ils servisseul d'éprente à la verlii de ses lidËles disciples, atin que la liberté qu'ils auroient d'en user aiigmealât leur mérite par le soin de s'en priver. Ne voit^n pas quelquefois qu'un sai;e père de fiimiile expose A dessein certains meubles pour éprouver la fidtSlil^ de ses do* meAu\ue»? Heureux s'ils donnent des marques de leur probiti! et de leur modération ! Mats combien plus lounblc e.it le .serviteur qui s'abstient entièrement de ce qui lui est offert, et
qui craint mtmc la trop grande indutsence du maître? Tel c*t le sentinient de l'apiHre : "Tout m'est prrniiK , dit-il . tuai» tout n'éditie pas ■. ■ Combien appi'élicnda'a-t-en d'user ductiinea qui sont déffflduw , quand on se sera accoutumé à craindre relies qui stmt perniises ?
XI. Mais enfin qudle raison avei-vous de paraître si pumpenscineul ornées , puisque vgns êtes siïparées de ce« autres femmes qui n'ont be-win de cet attirail que ponrdes nudifs qni nis vous loucUent point ■' Vous ne visitez pas les temples des Qcntilk ; vous n'assistez pas Ik leurs ftpeciaclcs ; vous ne célébrci pas les f^ies des dieux. Cependant voiU les sujets ordinairea pourquoi l'on étale cette prodigieuse imtOfm d'iiabits: c'est pour te trouver aux assemblées; c'est p<mr vuir et pour Jilre vues ; c'est pour faire parade d'une vaine ttloire; ce»t pour exposer en vente la puditiilé. Mais pour vous, fidèles servantes d» Seigneur, vous n'aveï que des motifs salutaires pour Mirtir de ihcz voo»; il s'agit alors ou de vîmIct Ifs malades, ou d'assister au saint sacriHce, ou d'entendre la parole de Dieu. Ur toutes ces choses sont des esercices de retenue et de modestie. U n'y fiiUt ni babils eitrsurdioaires, ni robes magniHqurs OH traînâmes, l^ne si la bieoM^ance . l'amitié ou le devoir vous obligent de rendre visite aux dames païennes, pourquoi ne paraisseivous pas munie» de vus armes, d'autant plus que vous voulez suivre les ebemins de la foi ? l'ar U vous montrerez la différence essentielle entre les servantes de Dieu el les servante* du diable- \'ous leur servirez d'exemple ; vous les éditiercx- t-^ntin, comme parle l'aixMre , Dieu sera u glorifié en votre corps ' : n car s'il est 6li>riflé par la pureté, il l'est auKsi par des habits et des manières honnêtes.
Je saisce qu'olijcctent quelques-unes de vous. Nous appréhendons, disent-elles, qoe le nom de Utcu ne suit bla pliémé, si l'ou nous voit renonm- à nos anciennes parures. Par cette rÈf]le, U faut ((ue nous ne renoncions point aussi i DUS anciens vices. Il faut que nous gardions (CS mêmes mœurs, puisque nousvotiloos garder les mêmes dehors : et alors les nations ne blasphémeront point le nom de Dieu. Voîli certes un grand blaspbtme, quand on dira de
l 'UCoTt».— 'Phltip,!-
TERTULLIEN
quelqu'une de vous : cette femme parait plus modeste depuis qu'elle est devenue chrétienne! Quoi ! devez-vous craindre de passer pour pins pauvres depuis que vous êtes devenues plus riches, ou de paraître plus négligées depuis que vous êtes devenues plus estimables P Un chrétien doit-il suivre les maximes des gentils, ou les maximes de Dieu P
XII. Ah ! plutôt craignons que nous ne donnions de l'autre côté un plus juste sujet de blasphème ; car quoi de plus scandaleux que de voir des femmes chrétiennes, qui portent le titre de sacrées gardiennes de la pureté , paraître ornées et embellies comme des courtisanes ? Quelle différence alors se trouve-t-il entre vous et ces malheureuses victimes de rimpureté ? La sévérité des lois les sépara autrefois des matrones , et leur défendait les ornemens des personnes de qualité; on voit aujourd'hui la licence du sifecle , qui devient tous les jours plus insolente , égaler ces misérables aux plus illustres dames , sans pouvoir distinguer les unes d'avec les autres. Aussi rÉcriturc sainte nous donne à entendre que les parures et le fard du visage marquent la prostitution du corps. Le Seigneur ayant appelé du nom de prostituée cette superbe cité, située sur sept collines,sur une grande étendue d'eaux, quel habit lui a-t-il donné conforme à ce nom ? «Elle est vêtue de pourpre et d'écarlate, toute brillante d'or et de pierreries ^» Ornemens maudits , sans quoi elle ne serait pas représentée comme une prostituée et une abominable *. Judas ayant aperçu Thamar assise sur le grand chemin avec un ornement et une parure extraordinaire, simagina d'abord, malgré le voile sous lequel elle cachait son visage, qu'elle était là pour exercer un trafic peu honnête : k la qualité de Thabit il reconnut à quel exercice elle était disposée à s*occuper. L'expérience lui apprit bientôt qu'il ne se trompait pas. Ce qui nous montre que nous devons travailler avec un soin particulier à ne donner dans notre extérieur aucune mauvaise opinion de notre vertu. Car que sert l'intégrité de l'àme si elle est violée et corrompue par les soupçons d'autrui? Pourquoi donné-je sujet aux autres de désirer criminellement ce que je déteste en moi-même P
• Apoc, 17. — • Gcn., 18
Pourquoi mes habits ne rendent-ils pas témoi* gnage de mes mœurs, afin d'ôter k Timpudence tout prétexte de souiller une ûme. Il est permis de paraître chaste , et il est défendu de paraître impudique.
Xm. Quelqu'une de vous me dira peat-^tre: peu m'importe d'avoir l'approbation des hommes , leur témoignage m'inquiète peu ; Diei seul est rinspecteur de mon cœur ; lui seul doit être mon juge. Supposons que cela soit ; mais souvenons-nous en même temps de ce que dit Tapôtre : «Que votre retenue paraisse aax yeux de tous les hommes ^ i> Pourquoi P PTest-ce p» afin que la malignité ne trouve rien à rediR dans notre conduite , et que notre bon exemple serve comme de reproche eux méchans P Qtd est encore le sens de ces paroles : « Que toi actions luisent devant les hommes ^ P » Pourquoi Jesus-Ghrist nous appelle- t-il la lumière et monde P pourquoi nous compare-t-il à une dlé bâtie sur une montagne P si ce n^est afin qat nous éclairions les hommes de ténèbres, et<|Qe nous nous élevions au-dessus des gens ptongii dans le vice. En efFèt , si vous cachez la lonrière sous le boisseau, on sera en droit de vous aonser d'une coupable négligence , puisque vous étouffez cette lumière.
Ce qui nous fait devenir les flambeaux Ai monde , ce sont nos bonnes œuvres. Or ees Oivres, quand elles sont pleines et véritabki, n'aiment point les ténèbres : elles venhnc $t montrer , et il convient qu'on les oodbmk tf qu'on les vole. Ce n*est donc pas asset poor n chrétien d'être chaste: il faut encore le panlire. Cette pureté doit être si abondante, pour oi^csprimerde la sorte, que du cœur elle te répaaée sur les habits, et que de l'intérieur elle ngtllisse sur la personne. Elle défendra ainsi Hatérieur de la place par des fbrtificatioDS di dehors , et conservera plus sûrement la fldélilé qu'elle doit à Dieu ; car enfin il fautabsoimaert renoncer à cette molle délicatesse, dont h douceur ne peut qu'énerver la vertu la phu généreuse.
Je ne sais, au reste, si des mains accoutomitt aux bracelets pourront soutenir la pesnaiav des chaînes. Je doute si des jambes tant de Mi
* Philip., 4.
• iMatlh., 5. — » Jbid,
CONTRE LES SPECTACLES
bandelettes de soie pourroDt supouleur des entraves. Je crains qu'âne irte d'émeraudes et de diamans ne aent sous le glaive dont nous sommes toute heure. C'est pourquoi , fidèles le Jesus-Christ, accoutumons-nous les plus pénibles, et nous ne les pas dans Toccasion. Renonçons aux aux agrémens, et nous ne les regretun jour. Tenons-nous continuelles à souffrir les plus rudes coups ; m que nous ayons de la peine à quittes biens de ce monde sont autant de arrêtent Tessor de notre espérance.
DUS ces ornemens de la terre si nous iller dans le del.
vous d'aimer cet or funeste où sont lur ainsi dire, les premiers crimes du ;rael i. Vous devez haïr ce qui perdit 1 leur faisant abandonner Dieu pour
adorer louxTage de leurs propres mains. D'ailleurs le temps des chréUens est toujours, et principalement aujourd'hui , un siècle de fer, et non un siècle d'or. On nous prépare les étoles du martyre : les anges semblent déjà nous les présenter. Paraissez donc, à la bonne heure, parées des ornemens et des grâces des apârtres. Que la simplicité et la pudeur fassent seules vos agrémens. Peignez vos yeux d'une humble modestie qui parte d'un intérieur bien réglé. Attachez la parole de Dieu à vos oreilles, et le joug de Jésus-Christ à votre cou. Soumetteivous à vos maris, et vous voilà assez parées. Occupez vos mains à filer, et retenez vos pieds dans l'enceinte de vos maisons : vous les rendrez ainsi plus ornés que s'ils étaient couverts d'or. Choisissez pour vos plus riches atours la joie de la sagesse, la sainteté, la pureté. Ornées et embellies de la sorte, vous aurez Dieu pour votre fidèle et étemel amant.
HITE CONTRE LES SPECTACLES
es serviteurs de Jésus-Christ, vous, nés , qui désirez d'être bientôt unis !e baptême, et vous, chrétiens, qui
confessé en participant à ses mysrenez par les règles de la foi , par les le la vérité et par les lois de la disciligation où vous êtes de renoncer au ( spectacles , de même qu aux folies Instruisez- vous, afin que vous ne pét, les uns par ignorance, les autres lUlation; caria force du plaisir est si pi'elle entraîne dans l'occasion les et porte les autres à trahir leur proence : double malheur qui n'arrive souvent. En effet, il se trouve des séduits agréablement par les fausses des païens, raisonnent ainsi : il n'y ils, rien d'opposé à la religion dans
que Von donne aux yeux et aux
oreilles, puisque Tàme n'en souffre aucune atteinte; Dieu n'est point offensé par un divertissement au milieu duquel l'homme conserve toujours la crainte et le respect qu'il doit à son divin maître. Illusion, mes frères , erreur dangereuse, très-contraire à la véritable religion et à la parfaite obéissance que nous devons à Dieu : c'est ce que j'ai principalement résolu de vous démontrer.
Il y en a qui pensent qu'un chrétien , c'est-àdire un homme qui doit se tenir toujours prêt à mourir, ne se prive des plaisirs que par poltronnerie. Comment cela.^ le voici, dit-on. Comme les chrétiens sont un peuple lâche et timide, ils cherchent à se fortifier contre les attaques de la mort. Afin de pouvoir plus aisé« ment mépriser la vie, ils rompent insensiblement les liens qui nous y attachent le plus; ils trouvent par conséquent moins d'embarras à la fin de leurs jours , et moins de peine à aban^ donner une chose qu'ils se sont déjà rendu«
TERTULLIEN
quelqu'une de vous : cette femme parait plus modeste depuis qu'elle est devenue chrétienne! Quoi ! devez-vous craindre de passer pour plus pauvres depuis que vous êtes devenues plus riches, ou de paraître plus négligées depuis que vous êtes devenues plus estimables P Un chrétien doit-il suivre les maximes des gentils, ou les maximes de Dieu P
XII. Ah ! plutôt craignons que nous ne donnions de Tautre côté un plus juste sujet de blasphème ; car quoi de plus scandaleux que de voir des femmes chrétiennes, qui portent le titre de sacrées gardiennes de la pureté , paraître ornées et embellies comme des courtisanes ? Quelle différence alors se trouve-t-il entre vous et ces malheureuses victimes de rimpureté ? La sévérité des lois les sépara autrefois des matrones, et leur défendait les ornemens des personnes de qualité; on voit aujourd'hui la licence du siècle , qui devient tous les jours plus insolente , égaler ces misérables aux plus illustres dames , sans pouvoir distinguer les unes d'avec les autres. Aussi rÉcriture sainte nous donne à entendre que les parures et le fard du visage marquent la prostitution du corps. Le Seigneur ayant appelé du nom de prostituée cette superbe cité, située sur sept collines,sur uuegrande étendue d'eaux, quel habit lui a-l-il donné conforme â ce nom ? «Elle est vêtue de pourpre et d'écarlate, toute brillante d'or et de pierreries ^» Ornemens maudits, sans quoi elle ne serait pas représentée comme une prostituée et une abominable *. Judas ayant aperçu Thamar assise sur le grand chemin avec un ornement et une parure extraordinaire, s'imagina d'abord, malgré le voile sous lequel elle cachait son visage, qu'elle était là pour exercer un trafic peu honnête : à la qualité de Thabit il reconnut à quel exercice elle était disposée à s'occuper. L'expérience lui apprit bientôt qu'il ne se trompait pas. Ce qui nous montre que nous devons travailler avec un soin particulier à ne donner dans notre extérieur aucune mauvaise opinion de notre vertu. Car que sert l'intégrité de l'Ame si elle est violée et corrompue par les soupçons d'autrui ? Pourquoi donné-je sujet aux autres de désirer criminellement ce que je déteste en moi-même P
• Apoc, 17. - • Gen., 18
Pourquoi mes habits ne rendent-ils pas témoi* gnage de mes mœurs, afin d'ôter k Timpudence tout prétexte de souiller une âme. Il est permis de paraître chaste , et il est défendu de paraître impudique.
Xm. Quelqu'une de vous me dira pent-^tre: peu m'importe d'avoir l'approbation des hommes , leur témoignage m'inquiète peu ; Diei seul est rinspecteur de mon cœur ; lui senl doit être mon juge. Supposons que cela soit ; mais souvenons-nous en même temps de ce que dit Tapôtre : «Que votre retenue paraisse anx yeux de tous les hommes ^ i> Pourquoi P PTest-ce p» afin que la malignité ne trouve rien à redÎR dans notre conduite , et que notre bon exemple serve comme de reproche eux méchans P Qtd est encore le sens de ces paroles : « Que toi actions luisent devant les hommes ^ P » Pourquoi Jesus-Ghrist nous appelle- t-il la lumière et monde P pourquoi nous compare-t-il à uoedlé bâtie sur une montagne P si ce n^est afin qat nous éclairions les hommes de ténèbres, et<|Qe nous nous élevions au-dessus des gens plongii dans le vice. En effet , si vous cachez la lumière sous le boisseau, on sera en droit de vous aociH ser d'une coupable négligence , puisque vous étouffez cette lumière.
Ce qui nous fait devenir les flambeaux Ai monde , ce sont nos bonnes œuvres. Or ees Oivres, quand elles sont pleines et véritabki, n'aiment point les ténèbres : elles venhnc m montrer , et il convient qu'on les oodbmk et qu'on les voie. Ce n*est donc pas asset poor n chrétien d'être chaste: il faut encore le panllre. Cette pureté doit être si abondante, pour ffl*aprimer de la sorte, que du cœur elle te répaaée sur les habits, et que de l'intérieur elle rqaillisse sur la personne. Elle défendra ainsi IIbtérieur de la place par des fortificatîoni di dehors , et conservera plus sûrement la fldflUé qu'elle doit à Dieu ; car enfin il fiiutabaolniMat renoncer à cette molle délicatesse, dont II douceur ne peut qu'énerver la vertu la phu généreuse.
Je ne sais, au reste, si des mains accoutomitt aux bracelets pourront soutenir la pesnaiav des chaînes. Je doute si des jambes tant de Mi
* Philip., 4.
• iMatth., 5. — » /bid.
CONTRE LES SPECTACLES
bandelettes de soie pourront supouleur des entraves. Je crains qu'une rte d'émeraudes et de diamans ne aent sous le glaive dont nous sommes toute heure. Cest pourquoi , fidèles le Jesus-Christ, accoutumons-nous les plus pénibles, et nous ne les pas dans l'occasion. Renonçons aux aui agrémens, et nous ne les regretun jour. Tenons-nous continuelles à souffrir les plus rudes coups ; ttk que nous ayons de la peine à quittes biens de ce monde sont autant de arrêtent Tessor de notre espérance. DUS ces omemens de la terre si nous îller dans le del.
vous d'aimer cet or funeste où sont mr ainsi dire, les premiers crimes du H*ael 1. Vous devez haïr ce qui perdit 1 leur faisant abandonner Dieu pour
adorer Touvrage de leurs propres mains. D'ailleurs le temps des chrétiens est toujours, et principalement aujourd'hui , un siècle de fer, et non un siècle d'or. On nous prépare les éioles du martyre : les anges semblent déjà nous les présenter. Paraissez donc, à la bonne heure, parées des omemens et des grâces des apdtres. Que la simplicité et la pudeur fassent seules vos agrémens. Peignez vos yeux d'une humble modestie qui parte d'un intérieur bien réglé. Attachez la parole de Dieu à vos oreilles , et le joug de Jésus-Christ à votre cou. Soumetteivous à vos maris, et vous voilà assez parées. Occupez vos mains à filer, et retenez vos pieds dans l'enceinte de vos maisons : vous les rendrez ainsi plus ornés que s'ils étaient couverts d'or. Choisissez pour vos plus riches atours la joie de la sagesse, la sainteté, la pureté. Ornées et embellies de la sorte , vous aurez Dieu pour 1 votre fidèle et étemel amant.
lllTE CONTRE LES SPECTACLES.
es serviteurs de Jésus-Christ, vous, nés, qui désirez d'être bientôt unis e baptême, et vous, chrétiens, qui confessé en participant A ses mysrenez par les règles de la foi , par les le la vérité et par les lois de la disciligation où vous êtes de renoncer au \ spectacles , de même qu aux folies Instruisez- vous, afin que vous ne pét, les uns par ignorance, les autres ulation; car la force du plaisir est si lu'elle entraîne dans l'occasion les et porte les autres à trahir leur proence : double malheur qui n'arrive souvent. En effet, il se trouve des séduits agréablement par les fausses des païens, raisonnent ainsi : il n'y ils, rien d'opposé à la religion dans que Ton donne aux yeux et aux
oreilles, puisque Tàme n'en souffre aucune atteinte; Dieu n'est point offensé par un divertissement au milieu duquel l'homme conserve toujours la crainte et le respect qu'il doit à son divin maître. Illusion, mes frères , erreur dangereuse, très-contraire à la véritable religion et à la parfaite obéissance que nous devons à Dieu : c'est ce que j'ai principalement résolu de vous démontrer.
Il y en a qui pensent qu'un chrétien , c'est-àdire un homme qui doit se tenir toujours prêt à mourir, ne se prive des plaisirs que par poltronnerie. Comment cela.^ le voici, dit-on. Comme les chrétiens sont un peuple lâche et timide , ils cherchent à se fortifier contre les attaques de la mort. Afin de pouvoir plus aisé« ment mépriser la vie, ils rompent insensiblement les liens qui nous y attachent le plus; ils trouvent par conséquent moins d'embarras à la fin de leurs jours , et moins de peine à ahan^ donner une chose qu'ils se sont déjà rendu«
comme inutile ; ils meurent ainsi avçc moins de regret. De là cette constance sloïque qu'ils font paraître dans les tourmens, et qui est plutôt Teffet d'une prévoyance humaine qu'une véritable soumission aux ordres du ciel. On a vu en effet que ceux d'entre les chrétiens qui se sont longtemps attachés à ces divertissemens ont témoigné une peine extrême à mourir pour Jésus - Christ. Supposons que cela soit, du moins une telle précaution n'a pas été inutile , puisqu'elle a produit cette admirable générosité qui les a élevés au-dessus de toutes les frayeurs de la mort.
II. Voici encore le frivole prétexte que font valoir une infinité de gens. Dieu , disent-ils , a créé tout ce qui est dans le monde et en a fait présent aux hommes (nous l'avouons nous-mêmes). Or toutes les créatures sont bonnes, puisque leur auteur est essentiellement bon. Il faut sans doute mettre dans ce rang tout ce qui sert aux spectacles; par exemple, le cirque, le lion, les forces du corps et lesagrémens de la voix. Ainsi Ton ne saurait regarder comme une chose contraire à la volonté de Dieu ce qui a été créé par lui-même. Par conséquent les serviteurs de Dieu ne doivent point fuir ce que leur maître ne hait pas. On ne peut donc soutenir que les amphithéâtres soient condanmés par le Seigneur, puisque c'est lui qui a fait les pierres, le ciment, le marbre, les colonnes. Enfin les jeux et les spectacles ne se passent qu'à la vue du ciel , qui est aussi l'ouvrage de Dieu. Ignorance humaine, combien fais- tu valoir tes vaines raisons, surtout lorsqu'il s'agit de la perte de quelque plaisir !
On trouve en effet mille gens qui s'éloignent de la religion chrétienne plutôt par la crainte d'être privés des divertissemens que par la crainte de perdre la vie; car quelque insensé que Ton soit, on a néanmoins assez de courage pour ne pas craindre la mort , parce qu on la regarde comme un tribut dû à la nature; mais pour le plaisir, Tattrait est si puissant que les plus sages n'en sont pas moins frappes que les fous, parce que le plaisir fait le plus doux charme de la vie pour les uns et pour les autres.
Personne ne nie (puisqu'on ne peut ignorer ce ((ue la seule lumière naturelle nous fait connaître . personne, clis-je, ne uic que Dieu ne
soit le créateur de toutes choses. On convient de même que toutes les créatures sont bonnes et qu'elles ont été données à f homme pour son service. Mais quand on ne peut connaître Dieu que par la lumière naturelle , et non par le flambeau de la foi ; quand on ne le regarde que de loin et non de près, on ne le connaît qu'imparfaitement. Ainsi on ignore le véritable usage qu'il veut que nous fassions des créatures; on ignore encore les desseins de cet implacable et invisible ennemi qui nous sollicite à user des présens de Dieu tout autrement que Dieu ne prétend. La raison de cette ignorance est qu'en ne connaissant Dieu qu''impa^fait^ ment on ne saurait distinguer sa volonté d'avec rintention de son adversaire. Il faut donc nonseulement considérer celui qui a fait toutes choses, mais savoir encore comment Tusageen est perverti. Par ce moyen on verra clairement quel est louvrage et quel usage on en doit faire. Il y a une très-grande différence enire ce qoi est corrompu et ce qui est pur et sain, parce qu'il y en a une très-grande entre Tauteur et le corrupteur.
Au reste tant de mauvaises choses, que les païens défend(*ni eux-mêmes rigoureusement, ne se font-elles pas par le moyen des créatures que Dieu a produites ? Vous voulez commettre un homicide , choisissez ou le fer , ou le poison , ou la magie. Mais le fer n'cst-il pas i*oiivrage de Dieu aussi bien que les herbes vénéneuses et les mauvais anges? Croyez -vois cependant que le Créateur ait produit ces aét tures pour faire périr les hommes ? ou plutôt n'a-t-il pas pronocé lui-même un arrêt de mort contre l'homicide, quand il a dit: «Voua ne tuerez point ?i » De même qu'est-ce qui a produit l'or, l'argent, le cuivre, l'ivoire, le bois et toutes les autres matières dont on se sert pour fabriquer les idoles ? Qui a formé ces métau, si ce n'est celui qui a créé aussi la terre ? O* pendant leur a-t-il donné l'être afin qu'on les adorût en sa place? Non certainement , puisque l'idolâtrie est le plus grand outrage que l'en puisse faire à Dieu. Nous ne prétendons donc pas que ce qui offense Dieu ne vienne poiet de Dieu; mais Tusage qu'on en fait pour Tofta' ser n'est plus l'ouvrage de Dieu.
» txod., lU
CONTRE LES SPECTACLES
L'tiomiBe hii-mAmc, «iiioir di- routa sortw (If crime», n*eet-il pas l'ouvrafic ci de (iIuï l'itiiutice de Dicn ? GcpciHliHl il a bNki^ de tua Mut et de mu curps pour w i-e)i>l(i>r ruairv mw t^n^icur. Il m ccriuiii que nous ii'^KUDt |«ilai rt^a In ymi pour alluiacr en mius les fait de Ih (xincupUoeocc, ni le» wrilli» paurt^Gua<«r de itMtivai» dûcouni , ni la iau(;ui' pour \t niédisancc , ni la boarbc pour \» gourinandÎM , ni l'i-slonuc puur la débaudic , ni les mains pour di!rut)cr, ni l(« pitxis |>our courir au crime. I)e tntmie noire inte n'a point <Hti uoiv au corps p<Hir Atre l'arsenal àa fraudes et de» injustice», Ihtiic, s'il est vrai que Dieu, ét^nl iDhnimcDl bun y dctesic ic mauvais luage qu'on tait de se^ créature», îi s'ensuit ^vidcnimiiiit qu'il n'a point crt^é pour de mauvaiH^ tins ce <|u'il coadatimc lui-inémc, puinquc les thDWsdonton Kc KCrl pour Faii-e le mal ne sont msuvaises que |>ai' le mauvais ta»çc qu'on va fait. Nous doue qui ea counaissaRt Dieu cuunaissuos aussi son rival , et qui avims appris h distini^uer le vrfaleur d'avec le corrupteur dc ia cri*(tture , aoos ne deviiRs être uulleuieat surpris du chunfiement qu'a Fait le démon dans le genre humain ; sacliant que ce mauvais aui^u a ru le pouvoir de faire lonitier d'alwrd de l'Otat d'iniluccace riioiuDic rrii A l'imaj^e de Dieu , nous ne devons |HHul<ioutrr qu'il n'ait pervertietriionime lai- otnte, et ce que l'bomoie a re^-u de snn Gr^lcor. Il a Hé iadigaé que le dtHURÎac mk le* creniures ait (lé douoi^ â riiommc, c'est prarqoui il a lacbé d'envahir ce duniaiae et de l'en sertir pour rendre l'houimc cuopuUe.
lll. Iu«lrui(s, comme nous devons l'être, de ces viriles, contre l'aveuglement et les favsws i^jinions des païens, eonsuUoos malnleiiaiit lès uritcles de notre religion ; car il se trouve quelquefois des Adèles, ou trop simples ou tmp difticullueui , qui veulent être convaincus par l'auiorité des Écritures )Kiur se résoudre à rcnoncer aiii «peclacles, ou qui doutent s'ils doivent absolument s'abstenir de ce que Diea ne leur a pas détendu en tetmes exprès. Il eit vr.ii que noitt ne trouvons point formeUcotent celle défense : Tous n'irex poinl au cirque, an iliéâire, BU «lade, h l'amphiihéfltre, comme nous Irouvonsexpressémentccfi paroles : nVous Dc turi'cz iHiinl , vous n'adorcre/ |ioini d'idole, V4Hitiu:dônibcri-i fuint^ vtHwacuHiuuGUi'ez
|MHnl d'aduHtre ■. ■ Miii non fO¥«D9 loHtaninient celle dffenic ÙH le cnnimcncrmcnl du prcTutcr pMomi! de David. ■IleDmtK. dil-îl, celui qsi n'est painl allé aut nnembUcs dv^ itnpia, qui ne s'ett point arrfté daiis la toic des pécheurs , et qui ne s'est point assis sur unetliaireempesiiïc '!■ Car Inen qu'en cet endroit le ptDphtte semble parler principalement de l'homme jime qui n'a voulu prendre suconc ' part au conieil Act' Juifs qui délilH'raienl de se mulcver contre leur divin Mslirc, on peut I néanmoins donner pluMcurs NtfiiificJltuns à l'Ëcriture «aime, surtout lurMpic le sens iKinl lirait conforme A cdui que la lettre prenUC d'abord.
Ainsi ces paroles de David peuvent iHv-bJra s'enlendre d'une défense s^iédale d'assittcr ans , speriacles. F.n ePfei , s'il a donné le nom d'as- I semblée i une (tefile mullitude de Juifii, i cm»- ] bien plus forte raison ne duit-on pas appeler de ce nom ces prttditpenses assembtéi^ de païens? A muins que les païens ne suieni au- Jourd'liui moins pécheurs et moins ennemis de Jésus-Ghiist quele^Jothmi- le furent autrefois. Le reste a le mOme rapport ; car dans les nmphitbéâircs il y a des vote» oii l'on se rieni |NniT assister aux spcciactes. On appelle iv>lfs ces amas de def^t-és qui sé|)arent le peuple des dicvatiers. I)e même on appelle diairm ces grands sJéyes nfi tes sénateurs s'éleirdeiit mollement dans l'orchestn. S'il eM doiK vrai de dire avec le pn^hélr : malheur S celui qui en- ! Ire dans quelque auteniblée que re NOit des îniliies,qui s'arr^le dans les diffi^ntes voies des pécheurs, et qui est assis dans la diaire de corruption ; suyous bien persuadés que ces paroles doivent s'enlendre dans un vern t^ém^rat , quoique elles puissent élre aussi interprétées dans un sens parliciilier; car souvent le dîsmiirs s'adi-essc tellement A des particuliers qu'il regai-de en même temps tout le monde. Ainsi lorsque Dieu fait des commandemens ou des défenses aux Israélites , il est certain qu'il (tarie aussi ù mus tes li(mimes^. I,ursqu'il menace de détruire l'ÉpîTiIc et l'hUbiopic, mm menaces s'étendent ft tonte sorte dcoaiions rebelles* : l'espèce renferme le gmre, et sous le nom de ces deux royaumes, il comprend tout
^lMi;l.-
■1^1.— 'Kxwl. ». -
TERTULLIEN
Tanivers. De même quand parlant des spectacles il les appelle du nom d'assemblée des impies , il passe du général au particulier.
IV. Mais afin qu'on ne s'imagine pas que je m'amuse ici à subtiliser, venons à la principale autorité qui nous défend les spectacles; elle est fondée sur notre baptême. Lorsque nous sommes entrés aux fonts baptismaux, nous avons fait profession de la foi chrétienne dans les termes qu'elle nous prescrit. Au même temps nous avons promis solennellement de renoncer à Satan , à ses pompes , à ses anges. Or y a-t-il quelque chose où le diable domine plus avec ses suppôts que dans l'idolâtrie? N'est-ce pas là comme le trône de l'esprit immonde et le siège de l'impiété ? Je le prouverai ailleurs plus au long. Si je montre donc ici que tout l'appareil des spectacles est fondé sur l'idolâtrie, ce sera un préjugé évident que dans le baptême nous avons renoncé aux spectacles, dont l'idolâtrie a fait une espèce de sacrifice à Satan et à ses anges. Voyons donc l'origine de chaque spectacle en particulier, comment ces jeux ont été introduits dans le monde. Examinons ensuite leurs titres, comment ils sont appelés. En troisième lieu, leur appareil et avec combien de superstitions ou les prépare. En quatrième lieu , leurs différentes circonstances , à qu'elles divinités ils ont été dédiés. Enfin, leur représentation et quels en ont été les instituteurs. Si quelqu'une de ces choses n'a point de rapport aux idoles, nous avouerons que cela ne regarde ni l'idolâtrie , ni l'abjuration que nous avons faite dans notre baptême.
V. Comme l'origine des jeux est obscure et inconnue à la plupart de nos frères, il ne faut point la chercher ailleurs que dans l'histoire des païens. Il y a plusieurs auteurs parmi eux qui ont écrit sur cette matière. Voici ce qu'ils en racontent. Ils disent,^ suivant le rapport de Timée, que les Lydiens sortis de l'Asie sous la conduitedeThyrrhénus, quiavait été contraint de céder le royaume à son frère Lydus, s'arrêtèrent dans la Toscane , et que là , parmi plusieurs autres cérémonies superstitieuses, ils instituèrent des spectacles sous un manteau de religion. Les Romains ensuite, ayant appelé chez eux quelques-uns de ces étrangers, empruntèrent et les cérémonies de ces jeux , et le temps où Ton devait les célébrer ; de sorte que
dans la suite on donna à ces spectacles le nom latin ludi, à cause des Lydiens de qui ils venaient. Il est vrai que Varron dérive ce terme du werbe ludere, jouer, c'est-à-dire badiner, se divertir , comme on disait autrefois les jeux luperciens , parce que la jeunesse les célébrait d'une manière folâtre , ce qui n'empêche pas que l'auteur n'attribue l'origine de ces jeux et de ces divertissemens à la célébration de quelque fête , à la dédicace de quelque temple , ou à quelque autre semblable motif de religion.
Mais pourquoi nous arrêter à une question de nom, lorsque tout parait idolâtrie dans la chose ? En effet, tous les jeux tirent leur nom de quelque dieu du paganisme. Ainsi tantôt on a appelé Ubériaux ceux qui étaient institués eo l'honneur de Uher ou Bacchus ; car c^est à ce faux dieu que les paysans les consacraient, eo reconnaissance de la libéralité qu'il leur avait faite en leur découvrant l'usage du vin. Tairtit on a appelé consuales ceux qui étaient dédiéi à Neptune, nommé autrement Consus. TanCAt on a nommé équiriens ceux que Romulus eoosacra à Mars. Quelques auteurs attribuent l'institution des jeux consuales au même Romulus, qui voulut désormais faire honorer Consus comme le dieu du conseil , pour hâ avoir inspiré le dessein d'enlever les Sabioes afin de les donner en mariage à ses soldats. Reau conseil , véritablement ! Ne passe-t-il jpts encore aujourd'hui parmi les Romains pour une chose juste et permise ? Je ne dis rien de ce qu'il est aux yeux de Dieu ; car ce qoi doit faire abhorrer ce conseil détestable , c^est qpiMI doit son commencement à une friponnerie, i une violence, à une brutalité, à un fratricide, à un fils de Mars. Il reste encore ai^oard^lui dans le Cirque , près des premières limites, on autel bâti sous terre et consacré au dieu CÎnisus, avec cette inscription: «Consus préside au conseil , Mars à la guerre , les Lares am assemblées.» Les prêtres publics y célfebreot des sacrifices le 7 de juillet, et le grand prêtre du mont Quirinal avec les vestales en offire te 21 du mois d'août. Quelque temps aprfes , le même Romulus institua des jeux en Thonnenr de Jupiter Férétrien sur le mont Tarpèlus, d'où ils furent appelés tarpéiens et capito* Uns, comme raconte Pison. Ensuite Noma Pompilius en institua d autres consacrés à Btes
CONTRE LES SPECTACLES
et à la Rouille; car la rouille a été érigée en déesse. Il se fit encore de semblables institutions par Tullus-Hostilius , par Ancus-Martîus et par les antres rois de Rome. Si Ton veut savoir à quelles idoles ces difFérens jeux furent consacrés, il faut lire Suétone et les autres historiens qui ont écrit avant lui. Mais en voilà assez sur Torigine idolâtre de ces jeux criminels et abominables.
VI. A ce témoignage de Tantiquité , ajoutons celui des siècles postérieurs , dans lequel nous découvrirons aussi clairement l'origine de nouveaux spectacles par les titres qu'on leur a donnés. On voit par ces titres à quelle idole et à quelle superstition ces jeux de différentes espèces ont été consacrés. Ceux qu'on appelle mégaliens, apollinaires, céréaux, ncptunaux, floréaux, laiiares, se célèbrent publiquement chaque année. Les autres moins fixés doivent leur origine ou à la naissance , ou au couronnement des rois, ou aux prospérités de la république , ou aux fêtes superstitieuses des villes municipales. Parmi ces jeux arbitraires , on peut compter encore ceux que les particuliers célèbrent en Vhouneur de leurs parons défunts, comme pour s'acquillcr d'un devoir de piété envers eux : coutume ancienne, car dès les premiers temps on divisa les jeux en sacrés et en funèbres. Les premiers furent institués en rhonneur des dieux du pays, et les autres en mémoire des défunts. Mais peu nous importe de savoir sous quel nom et sous quels titres ils ont été institués ; dès là qu'ils sont consacrés aux mêmes esprits auxquels nous avons renoncé dans le baptême, c'en est assez. Ainsi qu'on célèbre ces fêtes ou en l'honneur des dieux ou pour l'apothéose des défunts « c'est toujours la même chose, la même idolâtrie, et nous devons y renoncer également.
Vil. L'origine de ces différens jeux est donc Fa même ; leurs litres sont aussi les mêmes , comme provenant de la même cause; par conséquent leur spectacle est le fruit malheureux qu'une même idolâtrie a produit. H fînut avouer néanmoins que l'appareil des jeux du cirque a quelque chose de plus |)om|>eux , car c'est proprement à ces derniers que convient le nom de fwmpe. C'est ce qui parait par la prodigieuse quantité des simulacres, par le nombre infini des tableaux, par le superbe ali^rail des voiin-
res , des chariots, des brancards, des chaises, des couronnes qu'on y étale. Outre cela que de cérémonies , que de sacrifices précèdent , accompagnent, terminent ces jeux ; que de prêtres , que d'officiers sont en mouvement ! J'en prends à témoin les habitans de cette superbe ville, où les di;mons en foule semblent avoir établi leur demeure. Que si ces spectacles sont moins magnifiques dans les provinces , parce qu'on y a moias de secours, en quelque endroit cependant qu'on les célèbre , on n'en doit jamais oublier l'origine : c'est de là principalement qu'ils tirent leur malignité. Ainsi une branche ou un ruisseau conserve les mauvaises qualités du tronc ou de la source d'où ils viennent. Qu'il y ait donc de la magnificence ou non dans ces jeux , ils offensent toujours le Seigneur. Quelle que soit la pompe du cirque, quand il n'y auroit qu'un petit nombre de simulacres, c'est toujours une idolâtrie , n'y eûtil qu'une seule idole. Quand on n'y traînerait qu'un char, c'est néanmoins le char où Ton porte Jupiter. De quelque indigence, de quelque médiocre appareil qu'une idolâtrie soit accompagnée , elle n'est que trop manifeste par l'origine criminelle d'où elle vient.
VIII. Suivons le dessein que je me suis proposé ; venons maintenant aux lieux où Ion représente les spectacles. Le cirque est principajament consacré au Soleil. On y voit son temple bàii au milieu , et son image toute rayonnante sur le sommet du temple. Admirez cette disposition: ils ont cru, ces pieux idolâtres, qu*il ne fallait point placer sous l'obscurité d'un toit celui qu'ils voyaient briller tous les jours sur leurs têtes. Gomme ils assurent que Gircé la première institua des spectacles en l'honneur de son puissant père le Soleil , ils prétendent aussi qu'elle a donné son nom au cirque. Kn vérité cette fameuse magicienne n'a pas médiocrement fait réussir les affaires de ceux dont elle étoit la prêtresse, je veux dire des dénions et de leurs ministres. Considérez donc combien d'idolâtries on découvre par ce seul endroit : autant d'ornemens du cirque sont autant de temples profanes. Ici on voit des figures ovales; elles sont dédiées à Castor et Pollux par ceux qui croient follement que Jupiter transformé en cyîjnc fut pire de ces deux jumeaux , et qu'ils niuinircni d'un (vwW Là on trouve des dauphins,
TERTULLlEiX.
ils sont consacrés à Neptune. D*un autre côlé on Voit de {grosses colonnes , qui soutiennent On les statues sessiennes, ainsi appelées de la déesse qui préside aux semences , ou les messiennes , dites ainsi de celle qui préside aux moissons, ou les tiiteliennes , de celle qui préside à la tutelle des fruits. Devant ces colonnes paroisseùt trois autels consacrés h autant de dieux, c'est-à-dire aux grands, aux puissans et aux bons. L'opinion des gentils est, que ce sont les mêmes dieux qui sont venus de Samolhrace.
Le superbe et prodigieux obélisque est consacré (comme l'assure Hermalèle) ou plutôt prostitué au Soleil. Les caractères hiéroglyphiques, qui y sont gravés comme autant de mystères , témoignent assez que c'est une superstition des Égyptiens. Cette assemblée de 'démons aurait langui sans leur grand'mère ; c'est pourquoi elle y préside auprès de ce grand bassin qu'on nomme TEuripe. Consus, comme j'ai déjA dit , demeure caché sous terre proche des Termes. Ce n'est pas tout , les limites murlienncs tirent aussi leur^nom d'une îdole , car la déesse Murlia passe chez les gentils pour la déesse de l'amour. Aussi ces hommes religieux n'ont pas manqué de lui dresser un temple dans cet endroit. Voyez, ô fidèles disciples de Jésus-Christ, combien de noms infâmes ont rempli le cirque ! liOin de vous une religion à laquelle président tous les démons.
Puisque nous en sommes sur le sujet de ces lieux profanes, il est bon de répondre à une objection que font quelques-uns. Quoi , disentils, si Je vais au cirque hors du temps des spectacles , dois-je craindre que mon Ame y contracte quelques souillures? Les lieux considérés en eux-mêmes ne tirent point à conséquence; car un serviteur de Dieu peut aller sans aucun péril non-seulement aux endroits où l'on s'assemble i>our les spectacles, mais encore aux icmplesdcs gentils lorsqu'il y en a quelque raison, sans aucun rapport ni aux offices ni aux auircs propriétés de ces lieux. D'ailleurs, où pourroient demeurer les chrétiens ? les rues , les places , Ifes bains , les hôtelleries , nos maisons méihcs ne sont point sans quelque idole ; Snirfn fct ses anges ont occupé tout le monde. Cependant quoique nous demeurions dans le monde nous n'avons pa» pour cela qnidr Mit u:
on le quitte seulement lorsqu'on s'attache aux f maximes et aux plaisirs criminels du monde. Si j'entre dans le capitole ou dans le temple de Sérapis pour y faire des prières ou des sacriftces , alors je renonce à Dieu. Si je vais au cirque ou au théâtre à dessein d'assister aux spectacles, je trahis ma religion. Cenesout pas les lieux par eux-mêmes qui souillent notre âme, c'est ce qui se passe dans ces lieux et ce qui souille ces lieux mêmes, comme je viens de le montrer. Ce qui nous gâte sont les choses gâtées et corrompues. Je ne me suis arrêté à montrer à quelles divinités on a consacré ces lieux que pour mieux faire voir que les choses qui s'y passent appartiennent spécialement aux idoles à qui ces lieux ont été consacrés. Parlons maintenant de la manière dont on représente les jeux dans le cirque.
IK. L'usage des chevaux était simple dans k commencement : c'était pour faire voyage; rien ne rendait mauvais un usage univend. mais quand ou les employa pour les jeux , ce qui était un présent de Dieu devint un instrument du démon. C'est pourquoi ce nouvd usage est attribué â Castor et à Pollux, à qui Mercure donna des chevaux pour cet effet, comme nous l'apprenons de Stésichorc. Il y a d'autres semblables courses consacrées â Neptune, que les Grecs appellent d'un nom particulier, i-TTic;, le cavalier. Or ces jeux qui se font avec des chevaux attelés ne sont pas moins idolâtres que les autres ; car les chars â quatre chevaux sont dédiés au soleil , et ceux qui n^eo ont que deux sont consacrés à la lune. D'ûlleurs, ainsi que le dit le poëte:
Érichtbon le premier, par un cffùrt sublime, Osa plier au joug quatre coursiers fougueux. Kt , porlé sur un char, s^élancer avec eux K
Or cet Érichthon, fruit abominable des débauches de Vulcain et de Minerve, est un monstre démoniaque, ou plutôt un diable, et non un serpent. Ce Trochilus de Grèce, qui passe pour inventeur de chars , dédia son ' premier ouvrage à Junon. Enfin si c'est Romnlus qui a introduit cet usage chez les Romains, il doit sans doute être mis lui même au nombre
* Prinuis Erichlhonius curriis et qualluor ausus JiîPfïorc c(iiioR , rnpidi.sque roiis insisîcre victor.
.VinoiLE, Oiornj Iiv ill, v. lUcl 1II>)
CONTRE LKS SPECTACLES.
res idoles s'il est vrai qu'il esl le même lirinus. Tels ont été les inventeurs des quatre chevaux ; faut-il donc <>tre sure les combattans aient été d'abord cou- ^A livrées de ridolàtrie, si je puis m'exainsi? Au commencement ces livrées it que de deux couleurs; Tune blanche, t consacrée à Tbiver à cause de la blane la neig;e; l'autre couleur de feu , qui nsacrée à l'été à cause des rayons du )ans la suite, le plaisir et la superstition également augmentés , on changea la e de ces deux couleurs et on en ajouta itres. Le rouge fut consacré à Mars, et c aux zéphyrs ; le vert à la terre ou au ips , et Tazur au ciel , ou à la mer , ou à ne. Or comme toute l'idolâtrie est anasée de Dieu , il est certain qu'il conaussi ces profanes consécrations (|uc aux différens élémcns du monde, issons au théâtre, dont l'origine et les ont les mêmes que ceux du cirque, nous l'avons déjà montré en parlant des général. Ainsi l'appareil du théâtre ne presque point de celui du cirque. On se Tun et à raulre de ces deux spectacles r du temple où l'on a prodigué rcnceus adance et arrosé les autels du sang de rs victimes. On marche parmi le bruit is et des trompettes, pendant que deux > personnages, directeurs des funérailles sacrifices , je veux dire le designateur uspice, conduisent tout le cortège, ici ce que le théâtre a de particulier, et e distingue du cirque : voyons d'abord Q le lieu en est infâme, léâtrc est proprement le temple de Vé- *st ainsi que sous prétexte d honorer la ce lieu exécrable a été canonisé dans le Autrefois, s'il s'élevait quelque nouléâtre qui ne fût point consacré par une e solennelle, les censeurs le faisaient sou- )attre pour prévenir la corruption des , qu'ils prévoyaient devoir suivre infailnt des actions lascives qu'on y repré- Remarquez ici en passant combien les se condamnent eux-mêmes par leurs i arrêts, et combien ils décident en aveur par leur attention à conserver la r^uoi qu'il en soit Pompée le grand, dml
la grandeur ne céda qu'à celle de son théâtre , ayant fait bâtir le superbe édifirc qui était comme la citadelle de toutes les infamies , et craignant les justes reproches que ce monument attirerait un jour â sa mémoire, le métamorphosa en maison sacrée. Ainsi ayant invité publiquement tout le monde â cette dédicace , il ôta â cet édifice le nom de théâtre, et lui donna le nom de temple de Vénus , où nous avons ajouté, dit-il, quelques emplacemens pour les spectacles. De cette sorte il couvrit du titre de temple un ouvrage profane, et se mcKpia de la police sous un vain prétexte de religion. liC théâtre n'est pas seulement consacré â la déesse de famour , il Test encore au dieu du vin; car ces deux démons du liberlina{;e cl de rivrognerie sont si étroitement unis qu'ils semblent avoir conjuré ensemble contre la vertu : ainsi le palais de Vénus esl ausM riiùtel de Bacchus. En effet il y avait autrefois certains jeux du théâtre qu'on appelait proprement //bëriaux , non-seulement à cause qu'ils étaient consacrés à Bacchus, comme sont les dyonisiens chez les Grecs . mais encore parce que Bacchus en était rinstituleur. Du reste ces deux divinités exécrables ne président pas moins aux actions du théâtre (|u'an théâtre, soit qu'on ait égard â la turpitude dn geste ou aux autres mouvemens dissolus du corps : c'est ce qu'on remarque en particulier dans les acteurs de la comédie. Dans ce misérable métier, ils font gloire d'immoler en quelque faœn leur mollesse â Vénus et â Bacchus, les uns par des dissolutions horribles , les autres par des représentations lascives et brutales. Pour ce cpii regarde les vers, la musique, les flûtes, les violons, tout cela ressent les Apollon, les Muses, les Minerve , les Mercure. Disciples de Jésus-Christ , ne délesterez-vous pas des objets dont les auteurs doivent vous paraître si détestables ? Ajoutons un mot sur ce qui regarde les actions théâtrales, et la qualité de leurs instituteurs , dont le nom seul doit être en al>oniinalion. Nous savons que les noms de ces hommes morts ne sont rien, non plus que leurs simulacres; mais nous n'ignorons pas que ceux qui ont tâché de contrefaire la divinité sous des noms empruntés et sous des simulacres nouveaux ne sont autre chose que de nialins esprits, c'est-à-dire des démons, h'où il l'ar-t
TERTULLIEN
manifestement que les actions théâtrales dont nous parlons sont consacrées à Thonneur de ceux qui se sont couverts , pour ainsi dire, du nom de leurs inventeurs, et par conséquent que ces exercices sont idolâtres , puisque ceux qui en sont les auteurs passent pour des dieux. Je me trompe, je devrais avoir dit d'abord que ces exercices ont une origine bien plus ancienne. Ce sont les démons qui , prévoyant dès le commencement que le plaisir des spectacles serait un des moyens les plus efficaces pour introduire ridolàtrie, inspirèrent eux-mêmes aux hommes Tart des représentations théâtrales. En effet , ce qui devoit tourner à leur gloire ne pouvait venir que de leur inspiration, et pour enseigner cette funeste science au monde, ils ne devaient point employer d'autres hommes que ceux dans l'apothéose desquels ils trouvoient un honneur et un avantage singulier.
XI. Pour nous en tenir à Tordre que nous avons marqué, parlons maintenant du jeu des athlètes. Ils ont presque la même origine que les précédens, aussi les divise-t-on en sacrés et en funèbres, c'est-à-dire qu'ils sont dédiés ou aux dieux des nations ou aux défunts. De là leurs titres remplis d'idolâtrie; les jeux olympiques sont consacrés à Jupiter, comme les capitolins; les pylhiens à Apollon ; les néméens à Hercule ; les isthméens à Neptune; les autres, qui sont en (^rand nombre , se célèbrent à la mémoire des morts. Faut-il donc être surpris que l'appareil de ces jeux soit souillé des taches de l'idolâtrie ? Témoin les couronnes profanes dont on y récompense les vainqueurs; témoin les prêtres qui y président; témoin les ministres qui y sont députées du corps des magistrats ; témoin enfin le sang des taureaux qui y sont immolés. Telle est aussi la conformité qui se trouve entre le lieu où combattent les athlètes et le lieu du cirque ou du théâtre. Gomme dans celui-ci l'on voit des bandes de joueurs de flûtes , de violons ou d'autres instrumens dédiés aux Muses, à Apollon et à Minerve, de même dans celui-là paraissent les bandes martiales consacrées à Mars, parce qu'elles animent les combattans par le bruit des trompettes. Ainsi le stade ressemble parfaitement au cirque : outre que le stade peut encore être re(jardé comme le temple de cette idole, en rhouncur de laquelle les athlMcs célèbrent so-
lennellement leurs jeux. Enfin on sait que Cas* tor et Pollux , que Mercure et Hercule sont les auteurs des exercices de la lice.
XII. Il nous reste â parler du plus fameux et du plus agréable de tous les spectacles. On l'a d'abord appelé devoir, comme qui dirait office, parce qu'office et devoir signifient la même chose. Les anciens s'imaginaient que par cette sorte de spectacles ils rendaient leurs devoirs aux morts , surtout après qu'ils eurent modéré la barbarie de cette pratique par une cruauté moins barbare; car autrefois , comme Ton croyait que les âmes des défunts étaient soulagées par l'effusion du sang humain, od immolait sur leur tombeau de malheureux captifs, ou des esclaves mutins qu'on adietait exprès pour cela. Dans la suite, on jugeai propos de couvrir du voile de divertissement une inhumanité si atroce; c'est pourquoi on instruisait ces misérables à faire des armes, bien ou mal, cela était indifférent, pourvu qu'ils apprissent à s'entre-tuer. Instruits de b sorte, on les faisait venir au jour marqué poor les funérailles, afin qu'ils s'immolassent comme par divertissement sur le tombeau des défimts. | C'est ainsi qu'on consolait les morts par des ' meurtres. Voilà l'origine du devoir. Ce qwctacle, quelque temps après, devint d*wtiiit j plus agréable qu'il fut plus cruel; c^éUit peo que d'employer le fer pour faire entre-toeriks hommes, il fallut encore, pour reoflbre le divertissement plus complet , exposer ces hommes à la fureur des bêtes féroces. Les Yictimo qu'on immolait de la sorte étaient regirdécs f comme un sacrifice fait à fhonnenr des parav défunts. Or un pareil sacrifice est une yénVtble idolâtrie, puisque l'idolâtrie est une opta de culte que l'on rend aux morts; ces honoam funèbres et l'idolâtrie se rapportent également aux défunts; mais dans les tombeaux ctto statues des morts , il ne demeure autre dÉose que des démons ; on honore par conséquent les démons par ces pratiques.
Considérons maintenant les titres du jea des gladiateurs, dont nous venons de montrer l'origine. Quoique cette sorte de spectacle «1 passé de l'honneur des morts â rhonnenr des vivans, je veux dire à celui des questeufSi des magistrats, des pontifes et des prêtres, il finit avouer que si ces dignités ont du rapport i
CONTRE LES SPECTACLES
ridoli trie , comme elles y en ont effecii v emcn t, tout ce qui se pratique au nom de ces difjnités ioit être souillé ou corrompu , puisque la source 3n est gâtée. Nous devons dire la même chose de Tappareil qui accompagne ces jeux, la pourpre, iesécharpes, les bandelettes, l&s couronnes, les harangues, les discours, les festins ]u'on f%iitla veille, tout cela n'est que la pompe ïu diable. Que devons-nous donc juger de ce ieu horrible, plus exécrable que les parjures nème dont il retentit ; car Tamphithéâtre est M>nsacré à une plus grande multitude de devons que le Capitole même , qui est le temple le tous les démons. On trouve là autant d'es- )rit$ immondes qu'il y a d'acteurs ou de specateurs. Enfin , Mars et Diane président aux ieux exercices de Tamphilhéàtre, c'est-à-dire mx combats et à la chasse.
Xlfl. Je crois avoir montré en combien de -açons l'idolâtrie a souillé les spectacles. J'ai ^it voir que l'origine, que l'appareil , que les jtres, que les lieux , que les représentations en >ont idolâtres; d'où il est manifeste qu'après ivoir renoncé à l'idolâtrie , il ne nous est nullement permis d'assister à ce qui est inséparable le ridolàlrie. Non que les idoles soient quelque :hose, comme parle Tapôtre, mais c'est que les sacrifices qu'on offre aux idoles sont offerts lux démons qui habitent dans ces idoles , soit qu'elles représentent les morts ou ce qu*on appelle des dieux ^ Or, comme ces deux espèces i'idoles sont d'une même nature, d'autant que es morts et les dieux sont même chimère , nous 10US abstenons également de l'une et de l'aulre dolàtrie. Ainsi nous ne détestons pas moins les emples des dieux que les sépulcres des morts ; lous n'approchons point des autels de ceux-là , lous n'adorons point les images de ceux-ci; lousne faisons ni des sacrifices aux uns , ni des offrandes aux autres ; nous ne mangeons ni la }hair des victimes immolées aux premiers , ni es viandes offertes sur le tombeau des derniers, >arce que nous ne pouvons participer en même emps à la cène du Seigneur et à celle des dénons. Si nous nous faisons donc un scrupule le souiller notre bouche de ces viandes profales, à combien plus forte raison ne devonslous pas éloigner de tout spectacle consacre
« l. Cor., 8.
ou aux dieux ou aux morts les autres orprancK de nos sens , qui nous doivent être sans doulo plus précieux, je veux dire les yeux et \ch oreilles ; car ce qui entre par ces deux organes ne se dissout pas dans l'estomac , mais se digère dans l'àme même. Or il est hors de doute que la pureté de notre âme est beaucoup plus agréable à Dieu que la netteté de noire corps.
XIV. Quoique j'aie monlré jusqu'ici que l'idolâtrie règne dans toute sorte de jeux (ce qui devrait suffire pour nous les faire haïr), tâchons néanmoins d'appuyer encore par de nouvelles raisons le sujet qui est en question , ne fût-ce que pour répondre à quelques-uns qui se prévalent de ce qu*il ne parait point de loi positive qui nous défende d'assister aux spectacles, comme si ces spectacles n étaient pas interdits dès qu'on nous interdit toute convoitise du siècle ^ En effet, de même qu^il y a une convoitise des richesses , des honneurs, de la bonne chère , des voluptés charnelles, il y en a aussi une des plaisirs. Or, entre les autres espèces de plaisir on peut compter les spectacles. Les convoitises dont nous venons de parler, prises en général, renferment en soi les plaisirs; de même les plaisirs, entendus dans une signification générale, s'étendent aux spectacles. Du reste nous avons dcj;^ dit, en parlant des lieux où se donnent les spectacles , que ces lieux ne nous souillent pas par eux-mêmes, mais par les choses qui s*y passent ; parce que ces actions, étant infâmes de leur nature, font rejaillir leur infamie sur les spectateurs. Jn[;ez donc encore, mes frères, s'il est permis de prendre part à un divertissement où les marques de ridolAtrie sont tracées partout.
XV. Mais comme certains esprits ne se rendraient qu'avec peine à ces vérités , tâchons de les convaincre par d'autres raisons. Dieu nous commande de révérer et de conserver le Saint- Esprit en nous par notre tranquillité, notre douceur, notre modération , notre patience, parce qu'il est de sa nature un esprit tendre et doux 2; il nous défend au contraire de Tinquirtcr par nos fureurs , parnosemportemens, parnos colères, par nos chagrins. Or, comment nccor der tout cela avec les spectacles, qui tronlilciit, qui agitent si furieusement l'esprit.^ carpar-
« I. Joan., 2. — • Eph., 4.
TERTDLLIEN.
tout oA il y a du plaisir il y a de la passion , sans quoi le plaisir serait insipide; partout où il y a de la passion il y a de Témulation, sans quoi la passion serait désagréable. Or Témulation amène la fureur, Temportement, la colère, le chagrin et cent autres passions semblables, qui sont incompatibles avec les devoirs de notre religion. Je veux même qu'une personne assiste aux spectacles avec la gravité et la modestie qu'inspire ordinairement une dignité honorable, ou un âge avancé, ou un heureux naturel ; il est néanmoins bien difficile que rame ne ressente alors quelque agitation, quelque passion secrète. On n'assiste point à ces divertissemens sans quelque affection, et on n'éprouve point cette affection sans en ressentir les effets, qui excitent de nouveau la passion. D'un autre côté, s'il n'y a point d'affection il n'y a point de plaisir, et alors on devient coupable d'une triste inutilité, en se trouvant là où il n'y a rien à profiter. Or une action vaine et inutile ne convient point, ce me semble, aux chrétiens. Bien plus, un homme se condamne lui-même en se rangeant parmi ceux auxquels il ne veut point être semblable, et dont par conséquent il se déclare ennemi. Pour nous , il ne suffit pas que nous ne fassions point le mal, il faut encore que nous n'ayons aucun commerce avec ceux qui le font. Écoutons là-dessus le reproche que fait le prophète : « Si vous aperceviez, dit-il, un voleur, vous courriez avec lui^» Plût à Dieu que nous ne fussions pas même obligés de demeurer dans le monde avec ces gens-là ! cependant dans cette fâcheuse nécessité , nous devons en être séparés dans les choses mondaines. Le monde est à la vérité l'ouvrage de Dieu; mais les choses mondaines sont Touvrage du démon.
XVI. Lorsqu'on nous défend la fureur, on nous interdit donc aussi toute sorte de spectacles, surtout le cirque, où la fureur préside plus particulièrement. Voyez le peuple qui s'achemine tout hors de lui vers le lieu où le spectacle doit se donner; voyez-le, dis-je, tout agité, tout étourdi, tout troublé, dans l'incertitude où il est qui remportera la victoire. Le préteur tarde trop à venir. . . Chacun a les yeux continuellement attachés à l'urne... On
dirait que les spectateurs s'y remuent avec Ips sorts. . . On attend en suspens la déelaratiun du préteur... Chacun débite ses extravagances. Jugez de leur folie par la vanité de leurs discours : il a déjà, dit-on, envoyé la serviette; chacun dit à son voisin ce que son voisin a vu lui-même. Témoignage sensible de leur aveuglement : ils aperçoivent mal ce qu'ils pensent bien apercevoir ; ils s'imaginent que c'est une serviette , et c'est l'image du diable précipité du ciel dans l'enfer. De là on passe aux fureurs , aux animosités , aux discordes et à tout ce qui est sévèrement interdit aux disciples du Seigneur de la paix. De là tant d'imprécations, tant d'injures sans nulle équité, tant de suffrages sans égard à aucun mérite. Et quel profit peuvent espérer pour eux-mêmes des spectateurs qui ne sont pas à eux-mêmes? Ils s'attristent du malheur d'autrui , ils se réjouissent du bonheur d'autrui ; tout ce qu'ils désirent, tout ce qu'ils maudissent, ne les regarde point. Ainsi leur affection est vaine et leur haine est injuste. A la vérité , il est peatêtre plus permis d'aimer sans sujet que dehair injustement ; du moins Dieu nous défend de haïr, même avec raison, puisqu'il nous commande d'aimer nos ennemis ^ Il nous défend de maudire personne, même avec quelque si^et, puisqu'il nous ordonne de bénir ceux qui nous maudissent. Cependant, quoi de plus furieax que le cirque , où Ton n'épargne ni sénateurs ni citoyens. Si quelqu'un de ces empoiiemens qu'on y remarque est quelque part pennis aux chrétiens, il leur est aussi permis dans le drque; mais s'il leur est défendu partout, il Test aussi en cet endroit.
XVII. De même on nous commande de renoncer à toute sorte d'impureté ; on nous ferme donc le théâtre , qui est à proprement parler le consistoire privé de l'impudence, où Ton n'approuve que ce qui est désapprouvé partout ailleurs. Aussi le plus grand charme du théâtre consiste d'ordinaire dans le spectacle des plus grandes infamies. Ce sont ces infamies que représente ou un Toscan par ses gestes impudiques, on un comédien à l'aide des habits de femme, ou un pantomime par les indécences abominables à quoi il a accoutumé son corps dès
» Luc, e.
CONTRF LES SPECTACLES.
ince, afin d'en donner aux autres des Icien plus, ces misérables victimes de fim- §, qui ont prostitué leur corps au public, issent-elles pas aussi sur le théâtre d'auis misérables que, ne découvrant ailleurs pitude qu'aux hommes, ici elles la font ! aux yeux des autres femmes â qui aient eu soin de se cacher jusqu'alors, expose à la vue de tout le monde, aux tout âge, de toute dignité. De plus , un )ublic annonce ces courtisanes à ceux les connaissent déjà que trop. Voilà, la loge d'une telle; il faut donner tout . voir, elle a telle et telle qualité... ssons sous silence des infamies qui deêtre ensevelies sous les plus épaisses s, afin que le jour même n'en fût pas Cependant vous, sénateurs, vous, ma- , vous, citoyens romains, rougissez de t de confusion ! Du moins ces malhcuqui ont étouffé en elles toute pudeur, nt-elles en certain jour de montrer au les indécences de leurs gestes; du moins ent-elles une fois Tan. Au reste , si nous avoir en exécration toute sorte d'impulourquoi nous sera-t-il permis d'entenqu'on ne saurait dire sans crime?
t d'ailleurs que Dieu condamne toute terie et toute parole inutile K Pourlous serait-il permis de regarder ce )us est défendu de faire? Pourquoi les choses qui souillent Thomme par la ne le souilleraient-elles point par les : par les oreilles, les oreilles et les yeux )mme les avenues de notre âme? Il est ; que le cœur soit bien net lorsque l'ent est corrompue. Voilà donc le théâtre t dès là que l'impureté est condamnée.
11. Si vous dites que les actions théâtrales \ inventées pour apprendre la politesse ience du monde, je réponds que nous mépriser cette science mondaine, puisest une folie devant Dieu , et par conséque nous devons détester ces deux ( de spectacles, je veux dire la comédie agédie, où sont employés tous les atle cette maudite doctrine. Iji comédie ur ainsi parler, l'école de l'impureté ; la