CC
aurait-on pu les soutenir? Ne dit-il pas qu'il faut soutenir par la patience ceux que leur faiblesse a fait faillir? Mais consoler et soutenir les faibles, ce n*est pas assurément leur dire de fuir. Quand il recommande de «ne pas donner lieu au mal,» il ne s'a^jfit pas d'ôter aux perséculcurs Toccasion de tourmenter ; il veul nous enseignera n'opposer que la païience à la colère. Et s'il parle de a racheter le temps parce que les jours sont mauvais ; » c'est par la sagesse et non par la fuite qu'il entend que nous mettions le temps ù profit. Celui qui nous ordonne de briller comme des enfans de la lumière, ne veux pas que nous nous cachions comme des enfans des ténèbres. Quand il nous ordonne de rester inébranlables, est-ce pour fuir ou pour combattre qu'il nous dit de ceindre nos reins? 11 parle aussi des armes que nous devons porter, ce qui serait fort inutile pour des fuyards, surtout «le bouclier pour parer les flèches de Satan.» K'est-ce pas nous avertir que nous devons soutenir le choc de son attaque? Jean nous ordonne de donner notre vie pour nos frères , à plus forte raison pour le Christ. Tout cela ne peut se faire en fuyant. Enfin se souvenant de son apocalypse pendant laquelle il avait entendu prononcer la sentence des pusillanimes, il prend sur lui de nous avertir que la peur ne sera pas admise comme une excuse, a 11 n'y a pas de crainte dans l'amour, l'amour exclut la crainte,» parce que la crainte aura pour supplice Tétaug de feu. Celui qui craint n'est point parfait dans l'amour de Dieu. Qui fuira la persécution, si ce n'est celui qui craint? or celui quicraini n'aime pas. Interrogez leSaint-Esprit, il ne vous exhortera pas à la fuite , mais au marlyre. Voici ses paroles : «11 est bon que vous soyez exposés aux regards des hommes , pour (|uc vous ne soyez point exposés aux regards de Dieu. Si vous êtes traînés devant les tribunaux , ne rougissez point de moi. Pourquoi rougiriez-vous quand vous semez la parole à la louange de Dieu ? Pendant que les hommes te regardent , le royaume de Dieu s'établit sur la terre. » Et dans un autre endroit : « Ne désirez pas, dit-il, de mourir dans vos lits, de fièvres aigués, ni de maladies de langueur; demandez plutôt à mourir, dans les tourmens pour la gloire de celui qui a souffert pour vous. »
TERTULLIEN
X. Mais on oublie toutes les exhortations de l'Esprit-Saint , et Ton aime mieux citer ce ver5 grec, que ce qui exprime tant de prudence suivant le monde :
Celui qui ftiit peut rcTenir eombatlre.
Pour se sauver encore , apparemment. Et quand sera-t-il vainqueur, celui qui est vaincu à chaque combat, puisqu'il est mis en fiiite? Il fournit à l'armée du Christ un excellent soldat , celui qui , après avoir été si bien arme par l'apùtre pour le jour de la persécution, abandonne le champ de bataille aussitôt qu'il entend sonner la trompette! Mais je répondrai aussi par un autre vers profane :
Mourir est-il donc ni terrible ?
Vainqueur ou vaincu, il faudra bien mourir. Si vous reniez votre foi au milieu des tourmens , vous aurez au moins la gloire d'avoir engagé le combat. J'aime mieux avoir à vous plaindre que d'avoir à rougir de vous. Il vaut mieux succomber pendant la bataille que de te sauver par la fuite. Tu crains un homme , 6 dirétien 1 toi que les^ anges devraient craindre, puisque tu dois les juger un jour ; toi que les démon» devraient craindre, puisque tu as puissance sur eui; loi , enfin , que l'univers devrait craindre , puisque c'est en toi que le monde doit être jugé. Tu «8 revêtu le Christ, tu as pris sur loi la nature du Christ; en fuyant lâchement le démon , lu déshonores le Christ qui est en toi; tu te rends au démon comme un transfuge ; et en désertant le camp du Christ , tu blâmes ceux qui ont quitté le démon pour venir au Seigneur. Un certain prophète voulut aussi fuir le Seigneur; il passa de Joppé à Tarsus , comme s*il voulait naettre la mer entre lui et la toute-puissance; mais Dieu le retrouva, je ne dirai pas sur la terre ou sur la mer, mais dans le ventre d'une bète dans lequel il était resté trois jours sans pouvoir mourir, parce que la mort ne put le soustraire à son Dieu. C'est un bien meilleur serviteur de Dieu, celui qui ne fuit point les menaces des ennemis de son maître, mais qui les méprise en mettant sa confiance en Dieu, le seul être qu'il craigne. «Le Seigneur est puissant, dit-il , IV nivers est à lui, en quelque lieu que je sois, je serai entre ses mains; que sa volonté se fasse, je ne fuirai point ; s'il veut que je périsse , qu'il
DE LA FUITE PENDANT LA PERSECUTION
r<ir(1()nnc; peu importe, pourvu que je sois pour lui un serviteur fidèle. J'aime mieux rendre Dieu responsable de ma mort en obéissant à sa volonté , que d'exciter sa colère en m*échappant selon la mienne. »
XI. Voilâ comme doit penser et agir tout serviteur de Dieu, même dans les petites occasions, afin de se fortifier pour les grandes s'il se présente plusieurs degrés de persécution. Mais quand les chefs, c'est-à-dire les diacres, les anciens et les évèques s enfuient , comment un laïque saura-t-il interpréter ce verset de TÉvnn[yile : «Fuyez de ville en ville?» Si les chefs se retirent , quel est le simple soldat qiii osera encourager ses compagnons à ne pas lâcher pied? Certes aie bon pasteur doit donner sa vie pour ses brebis.» Moïse, avant la révélation du Christ dont il était lui même la figure, disait au Seigneur : «Si vous voulez détruire ce peuple, déiruisez-moi avec lui.» Le Christ sanctionna ces paroles de Moïse , quand il dit : a [aï mauvais pasteur est celui qui à la vue du loup s'enfuit et laisse ses agneaux à sa dent.» Un tel berger doit être chassé de la métairie , ses gages et même son pécule doivent lui être enlevés pour payer le dommage que sa négligence a causé à sou maître. Car «à celui qui a, il sera donné; et à celui qui n'a rien, ce qu'il semble avoir lui sera enlevé. » Voici la menace de Zacharie : «Malheur au pasteur inutile qui abandonne le troupeau! l'épée sera sur son bras et sur son œil droit ; son bras séchera et son œil droit sera obscurci.» Ézéchiel et Jérémie font des menaces semblables, parce que non- seulement les mauvais pasteurs se repaissent du sang des troupeaux , mais ils dispersent les brebis et les abandonnent aux dents des loups. Or cela arrive surtout quand les pasteurs abandonnent TÉglise dans les temps de persécution. Si quelqu'un étudie les paroles de l'Esprit, il saura ce qu'il dit contre les pasteurs fugitifs. Or, s'il n'est pas permis aux gardiens du troupeau de s'enfuir à l'approche du loup , TEsprit- Salnt qui a appelé ceux qui agissent ainsi mauvais pasteurs, les a condamnés; et par conséquent les chef^ de l'Ëglisene doivent point fuir pendant la persécution.Mais si le troupeau avait lui-même le droit de se disperser, il ne serait pas raisonnable d'exiger que le pasteur restât seul puisqu'il n'aurait plus rien à défendre, après
que les brebis auraient renoncé à sa protection. Or il est ordonné au pasteur de rester, donc il est entendu que les brebis resteront aussi.
XII. Voilà , mon cher Fabius , ton problème résolu. Mais en me demandant s'il faut fuir la persécution , tu as oublié de faire une question qui accompagne ordinairement la tienne, à savoir : s'il n'est pas permis de fuir , peut-on au moins se racheter de la persécution avec de l'argent ? Puisque je t'ai suggéré cette demande, je dois y répondre. Non ; il ne faut ni fuir ni se racheter ; car de même que la fuite est une espèce de rachat qui ne coûte rien , le rachat est aussi une espèce de fuite au moyen de Targent. Cest la lâcheté qui inspire tous ces subtx^rfu(;cs. Éloigner l'objet de tes craintes en complant de l'or avec tes mains, ou en mesurant le chemin avec tes jambes, c'est toujours fuir. Il faut rester, c'est-à-dire résister et combattre. Quoi ! lu veux racheter avec de l'argent ce corps et cette âme que le Christ a rachetés avec son sang ! Combien tu es indigne des dispensations de Dieu qui pour toi n'a pas épargné son propre Fils, qui l'a laissé sur une croix chargé de nos souillures et de nos malédictions ! indigne de ce Fils lui-même qui fut conduit comme un agneau que l'on va tondre, qui courba son dos sous les flagellations , exposa sa vie aux soufflets et aux insultes , qui ne détourna pas sa face quand on lui cracha au visage, qui fut confondu avec les criminels et livré à la mort , et A la mort de la croix ! tout cela pour nous racheter de nos péchés. Le soleil a été éclipsé par I éclat de notre rédemption. Notre émancipation a étonné les enfers , et les cieux en ont été émus. «Les portes éternelles se sont levées pour laisser entrer le Roi de gloire , » le Seigneur des vertus qui venait de racheter Thonime de l'esclavage de la terre et même des enfers pour lui donner le droit de cité dans le royaume des cieux. Qui osera donc renchérir sur lui avec de Tor, et souiller ce qu'il a racheté au prix de son sang divin .^ Fuis, fuis plulùt que de t avilir ainsi , et de te racheter à vil prix quand le Christ t'a payé si cher. Le Seigneur a racheté Thomnie et Ta sauvé des anges qui ont la puissance du monde, des esprits de méchanceté , des ténèbres du siècle et de la mort éternelle: et toi tu vou* drais traiter avec un délateur, avec un soldat ou avec un juge inique, en lui glissant dans Fombrf
TERTrLI.IEN.
et sons la manche de ta robe quelques pièces d'argent pour la rançon de celui que le Clirist a aclielé et affranchi à la face du monde! Mais ce prix que tu donnes pour l'homme libre , tu IVslime donc au moins autant que le sang que le Christ a verse pour racheter Tliommc esclave? Ne sais-tu pas qu'en rachetant un chrétien h prix d'or, c est acheter le Christ qui est en lui ? C'est ])récisément le péché de Simon qui vint offrir aux apôtres d'acheter leSaint-Esprit. C'est pourquoi, celui qui en se rachetant , achète l'esprit du Christ qui est en lui, entendra ces terribles paroles : «Que ton argent périsse avec toi , puisque tu as pensé que la grAce de Dieu s'acquiert avec dé l'argent. » Le concussionnaire te dit : «Donne-moi de l'argent. — Pourquoi ? — Pour qu'il ne te livre pas aux juges. »0r, l)uisqu'il ne peut le vendre que ce que tu lui demandes pour ton argent , en le payant tu îie veux pas être livré en justice, tu refuses donc d'être mis en évidence; et en cela tu es déjà apostat, puisque tu refuses de paraître ce que tu es. «Mais, diras-tu, en avouant au délateur que je ne veux pas paraître en public, je lui avoue que je suis ce que je ne veux pas paraître, c'est-à-dire chrétien. — Je te conseille alors de te regarder comme un confesseur et même comme un martyr, puisque tu crois avoir confessé le Christ jusqu'à la fin. — Mais en me rar hef ant , je confesse le Christ. — Oui , devant un homme seulement , et cela pour t'exempter de la nécessité de l'avouer devant tout le monde. » Je te dis que tu es un renégat. C'est sortir de la voie du salut que de s'en échapper. Le refus du martyr est une apostasie. Un chrétien se sauve avec de l'argent; il se rachète du martyr avec desécus; il a des richesses pour lutter contre Dieu ; et Dieu n'avait que du sang à verser pour lui. Aussi a-t-il dit : «Heureux les pauvres, car le royaume du ciel est à eux,» car ils ne peuvent aussi payer qu'avec leur vie. Nous ne pouvons à la fois servir Dieu et Mammon , mais nous pouvons être rachetés par Dieu et par Mammon. Et qui sera plus disposé à servir Mammon , que celui que Mammon aura racheté ? Enfin de quel exemple peux-tu t'autoriser? Quand les apôtres, qui ont traversé tant de persécutions, se sont-ils rachetés avec de l'argent? Ils n'en manquaient pas cependant, puisque de zélés néophytes apportaient à leurs pieds le prix
de leurs terres , et que tant de riches chrétiens fournissaient à leurs besoins, et n'auraient pas manqué de leur en prêter ou de leur en donner. Avez- vous lu qu'Onésiphore, ou Aquila, ou Etienne leur aient jamais offert un pareil secours dans les temps de persécution? Le préteur Félix espérait que les disciples de Paul lui donneraient de l'argent pour le laisser partir ; il lui en glissa même quelques mots, mais ni Paul ni ses disciples ne lui offrirent une obole. Ces mêmes disciples qui le suppliaient avec leurs larmes de ne point se rendre à Jérusalem , où il avait été prédit qu'il souffrirait , finirent par dire : «Que la volonté de Dieu soit faite. » Quelle était cette volonté? Que Paul souffrît, et non qu'il se rachetât. Le Christ a donné sa vie pour nous; nous devons être toujours prêts à donner la nôtre pour lui; et non-seulement pour lui, mais encore pour notre prochain à cause de lui. Jean ne nous ordonne pas de payer pour nos frèr«s , mais de mourir pour eux. Que vous importe pourquoi. vous ne devez acheter ni racheter un chrétien? Ne vous suffit-il pas de savoir que telle est la volonté de Dieu? Voyez comment les finances des royaumes et des empires ont été établies par Dieu qui tient dans sa main le cœur des rois. Que de moyens variés de remplir les coffres publics ! Le cens, les impôts, les tributs, les douanes , etc. Voyez-vous que jamais TÊtat se soit créé une ressource du rachat des chrétiens? Et pourtant, quelles sommes énormes n'aurait-il pas pu lever sur nos innombrables frères qui ne se cachent point ! Rachetés par le sang du Christ , nous ne devons aucune capitation pour notre tête, car notre tète c'est le Christ , qui ne doit point être mis à prix. Ciomment les martyrs témoigneraient-ils de la gloire de Dieu , si nous pouvions acheter avec de l'argent la permission d'être chrétiens ? Marchander la foi , c'est pécher contre Dieu. Puisque César n'a pas imposé , et n'a pas pu imposer un tel tribut, et que l'Antéchrist qui nous menace a soif de notre sang et non de notre or, comment peut-on me citer ici le commandement : «Rendez à César ce qui appartient à César?» Un soldat ou un délateur veut m'arracher de l'argent; ce n'est pas pour César auquel même il désobéit, puisqu'il se laisse corrompre par l'or et fait échapper un chrétien qui est coupable selon la loi humaine. Cela est bien différent du tribut
DE LA FUITE PENDANT LA PERSÉCUTION
qui était alors dû à César par des tributaires, et que nous ne devons pas, nous qui sommes libres. Gomment d'ailleurs pourrai-je rendre à Dieu ce qui est à Dieu , à savoir sa monnaie et son imsiQt qui est empreinte sur Thomme chrétien ? Si je dois à César un tribut, ne dois-jc pas aussi à Dieu tout mon san(; pour celui que son Fils a versé pour moi? Si je dois à Dieu ma chair et mon sang , quand est venu le moment où il me les demande, n'est-ce pas vouloir le frustrer de ce qui lui est dû que de chercher à éviter le martyr? Observez -vous le précepte du Seigneur, en rendant à César ce qui est à César cl en refusant à Dieu ce qui est à Dieu ?
XllI. Je suis prêt à donner de Targcnt à quiconque m'en demande comme aumône , et non comme exaction. Mais ce n'est pas demander , c'est extorquer que de menacer du jugement si je refuse de payer. Il ne vient pas demander Taumône, celui qui cherche non à se faire plaindre , mais à se faire craindre. Je veux donc bien donner par charité, mais non par peur ; je donnerai à celui qui en recevant honore Dieu et le prie pour moi , et non à celui qui croit m'avoir rendu service en me volant mon argent, et qui remporte en disant : «C'est le rachat d'un criminel.» Je nourrirai même mon ennemi. Mais il y a des ennemis à d autres titres; car il n'est pas écrit que nous devions nourrir les traîtres, les persécuteurs et les concussionnaires. C'est en ne traitant point avec lui que j'aurai un jour le droit d'entasser des charbons allumés sur sa tète. Il est dit : «Si quelqu'un vous prend votre tunique, donnez-lui encore votre manteau.» Mais il est question de ceux qui veulent mon bien , non de ceux qui s'attaquent à ma foi. Je ne donnerai pas mon manteau à celui qui menacera de me livrer aux juges. Je lui reprendrai même ma tunique , si c'est par des menaces qu'il me la arrachée. Tous les commandemens du Seigneur doivent se comprendre dans leurs limites raisonnables; ils ne s'étendent pas à toutes les circonstances. Celui même qui a ordonné de donner à tous ceux qui demandent , n'a pas voulu donner un signe miraculeux de sa mission à ceux qui le demandaient. Si un fiévreux te demandait du vin , lui en donnerais-tu? Si un homme le demandait une épéc ou du poison pour se donner la mort, les lui donnerais-tu ? Il est dit : tFaiirtoi des amis de Mammun;» mais pour
comprendre ce texte, il faut lire la parabole du mauvais économe qui le précède. Elle était adressée au peuple juif qui avait fait un mauvais usage de la parole divine qui lui avait été confiée, et qui aurait dû, selon Nutre-Seigneur, se faire des amis parmi les hommes de Mammon , c'est-à-dire parmi les gentils, en leur pardonnant leurs offenses envers Dieu. De même que l'économe infidèle se retira , après sa disgrâce , chez les débiteurs de son maître, auxquels il avait remis une partie de leurs dettes; de même les Juif^ en se retirant chez nous autres gentils, auraient pu rentrer eil grâce auprès de Dieu. Mais quelque soit le vrai sens de cette parabole, vous ne pouvez croire assurément que les amis que vous fera votre argent parmi les concussionnaires, puissent jamais vous aider à rentrer en grâce auprès du Seigneur. IMais que la peur est éloquente, et qu'elle sait bien citer les Écritures à son avantage ! Ce serait peu assurément si un ou deux chrétiens se sauvaient ou plutôt se perdaient ainsi. Mais voilà qu'on veut lever des tributs sur toute l'Église en masse. Je ne sais si nous devons en rougir ou en gémir, les chrétiens sont maintenant inscrite sur les registres des soldats favoris et des espions , comme des objets de concussion , au milieu des ciibaretiers , des bouchers , des filous, des joueurs et des débauchés. Est-ce donc pour jouir tranquillement de leurs dignités, sous le vain prétexte de veiller sur le troupeau, que les apôtres ont légué leur pouvoir aux évêques ? Le Christ, retournant vers son Père, a-t-il recommandé à ses apôtres de f^ire aux soldats des présens pour eu obtenir la paix?
XIV. Mais comment nous rassembler? comment célébrer ensemble le jour dominical ? Comme faisaient les apôtres, qui comptaient sur leur foi et non sur leur argent. Si la fui peut transporter des montagnes, elle éloignera bien des soldats. Appuie-toi sur la sagesse et non sur l'or. Crois-tu que tu seras bien plus à Tabri des fureurs du peuple, quand tu auras corrompu quelques soldats mercenaires? Que ta sûreté »nc fonde sur la foi et sur la sagesse, et tu ne perdras pas ton argent. Enfni si vous ne pouvez vous rassembler pendant le jour, vous pouvez vous réunir ))endant la nuit ; la lumière (In Glu iNl dissipera les ténèbres. Si vous ne pouvez vons ren«!re en foule dans Icb églises, raj'î»' lcz-vou;i
TERTULLIEN
(pic Irois chrétiens rassemblés au nom du Seiî^nenr forment une Éjjlise. Plutôt que d'acheter ou de vendre vos é^çliscs, abstenez-vous d'y aller fKMidnnt un temps. Conservez au Christ Tépouse du Christ dans toute sa pureté ; et que personne n'en fasse un objet de marchandise. Tout cela , mon frère, te paraîtra dur et difficile; mais souviens-toi qu'il est écrit : a Que celui qui en veut , en prenne; «c'est-à-dire que celui qui n'en veut pas se retire; c'est à prendre ou à laisser. Celui qui ne veut pas souffrir, ne peut être le disciple de celui qui a souffert. Mais celui qui ne craint pas les souffrances sera rendu parfait dans
Famour de Dieu. « Car l'amour parfait exclut la crainte, » et c'est pour «cela qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. » Dieu ne cherche pas ceux qui veulent suivre la voie larf]^e, mais ceux qui sont prêts à marcher dans l'étroit sentie!' du salut. C'est pourquoi il faut recevoir le Saint-Esprit, source de sdence et de force. Ceux qui l'auront reçu ne penseront ni à fuir les persécutions, ni à s'en racheter; ils ont en eux celui qui répoudra par leur bouche quand ils seront interrogés, et qui les soutiendra dans les supplices et dans les tourmens.
DE L'IDOLATRIE
I. Le plus grand crime du genre humain , celui qui comprend tous les autres, et qui est la cause de sa condamnation, c*est l'idolâtrie. Car bien que chaque délit soit classé sous un nom différent, et soit condamné à part, tous les délits se trouvent confondus dans celui-là. Oubliez les noms des différentes actions coupables, examinez seulement les faits. Quiconque est idoKItre , est homicide. Vous me demandez qui il a tué? S'il fait quelque chose pour la gloire, ce n'est pas un ennemi qu'il immole, ce n'est pas un étranger, c est lui-même. aParquels moyens? — Par son erreur.— Par quels armes? — Par ses péchés contre Dieu. — Par combien de blessures?— Par autant de blessures qu'il commet d'actes d'idolâtrie. » Que celui-là nie que l'idolàtric soit homicide, qui ose nier qu'il ait perdu son àme. L'adultère et l'obscénité sont en lui , car celui qui sert les faux dieux , altère la vérité et toute altération est un adultère. Il est plongé dans l'obscénité , car qui peut sacrifier aux esprits immondes sans se souiller et se salir? C'est pourquoi les saintes Écritures condamnent toujours ridolàtrie en l'appelant obscène. Qui est coupable de vol? C'est celui qui dérobe le
bien d'un autre, ou qui ne lui rend pas ce qui lui est dfl. Assurément le vol est regardé comme un grand crime parmi les hommes.. Mais ridolàtrie fait à Dieu un vol, puîsqueile lui refuse les honneurs qui lui sont dus; et en les portant à d'autres, elle ajoute finsulte à la fraude. Si donc le vol aussi bien que l'obscénilé et l'adultère causent la mort, c'est assez pour que l'idolâtrie ne soit pas innocente du crime d'homicide. Après ces péchés si mortels, si pernicieux au salut , il y en a bien d'autres qae l'on désigne par différents noms, mais qui se retrouvent avec toutes leurs conditiobs dans l'idolâtrie. Elle comprend toutes les concupiscences du siècle , car où serait la dignité du paganisme sans le luxe et les vains omemens de son culte? Elle comprend les désirs impurs et l'ivresse , car les solennités ne font que servir de prétexte à la satisfaction des plus grossiers appétits. Elle comprend l'Injustice, car qu^at-il de plus injuste qu'une doctrine qui méconnaît le père de toute justice ? Elle comprend le mensonge , puisque toute sa doctrine est menteuse. Tous les délits sont offènsans envers Dieu ; or il n'est rien de ce qui offense Dieu qui
DE I/IDOLATRIE
ne puisse ôtrc atlribué aux démons et aux esprits immondes, qui sont représentes par les idoles. Donc , quiconque pèche , admet TidoiAlrie , puisquMl fait ce qui convient aux idolâtres.
H. Mais laissons à tous ces délits leurs dénominations et leurs attributions particulières, et examinons Fidolâtrie en elle-même. G*est déjà bien un grand crime contre Dieu, que cette source abondante de crimes qui se divise en tant de branches , qui se subdivise en tant de veines, que même quand on fait abstraction de ses principales conséquences , il lui reste encore une telle étendue que nous devons trembler de nous tromper sur les limites. Elle sait se cacher, se dissimuler de mille manières pour faire dévier les serviteurs de Dieu. lia plupart des hommes pensent queFon n'est idolâtre que si Ton va dans les temples pour y brûler de Tencens, y faire des sacrifices et des oblations, ou si Ton est prêtre ou sacrificateur. C'est comme si Ton pensait que l'adultère n'existe que dans les baisers , dans les embrassemens et dans Taccouplement charnel ; ou qu'il n'y a homicide que là où il y a effusion de sang;, et perpétration de meurtre. Mais nous savons quelle extension Dieu donne ù ces expressions, lorsqu'il appelle adultère quiconque s'abandonne à la concupiscence, quiconque se permet un refj^ard déslionnète ou un désir impudique; lorsqu'il dit que celui-là n'est point innocent d'homicide, qui maudit ou qui injurie son prochain , qui se met en colère, et qui manque de charité envers son frère. Aussi Jean nous dit «que celui qui hait son frère est homicide. » Autrement la malice du diable ne serait pas si profonde . et la science que le Seigneur nous a donnée pour lutter contre les ruses du démon ne serait pas si importante, si nous devions être juges seulement sur les délits que le monde lui-même condamne et punit. Comment notre justice surpassera-t-elle celle des scribes et pharisiens, si nous ne connaissons pas la grandeur du vice opposé à cette vertu qui est l'injustice.^ et puisque ridolâtrie est la source de toute injustice, il est important que nous nous prémunissions contre la grandeur et l'étendue de l'idolâtrie, que nous savons bien ne pas s'entendre seulement aux actes extérieurs.