‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 46 sur 110 · EGLISE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

EGLISE CATHOLIQUE

j peuvent-ils s'assembler au nom de Jésus-Chrisr, lorsqu'il est certain qu'ils sont séparés de Jésus- Christ et de son Évangile ? car ce n'est pas nous qui nous sommes éloignés d'eux, mais c'est eux qui se sont éloignés de nous ; et tandis que faisant des assemblées à part ils ont formé le schisme et rhérésie,il8 ont abandonné la source et l'origine de la vérité. Or Notre-Seigneur parle de son Église et parle à ceux qui y sont, quand il dit que, s'ils s'entendent bien , et si, selon qu'il leur a commandé, ils prient avec union de coeurs, dans ce cas , quoiqu'ils ne soient que deux ou trois, ils pourront obtenir de la majesté de Dieu ce qu'ils demanderont, a Partout, dit-il , où il y en aura deux ou trois assemblés en mon nom , je suis avec eux. » C'est-à-dire avec ceux qui sont simples et paisibles, avec ceux qui craignent Dieu et qui gardent ses commandemens ; quand ils ne seraient que deux ou trois de cette sorte, il dit qu'il sera avec eux. C'est ainsi qu'il fut avec les trois enfans de Babylone dans la fournaise ardente^; et parce qu'ils étaient simples et bien unis , il envoya un vent frais pour détourner les flammes qui les environnaient C*est ainsi et pour la même raison qu'il se trouva avec les deux apôtres ^ qui étaient prisonniers, et qu'après avoir lui-même ouvert les portes de la prison , il les remit dans la place publique pour continuer à prêcher au peuple la parole qu'ils leur avaient d^à fidèlement annoncée. Lors donc qu'il dit : «Où il y en aura deux ou trois assemblés en mon nom, je suis avec eux,» il n'a pas voulu diviser l'Église, puisque c'est lui qui l'a formée et établie; mais rcprocliant aux perfides leur discorde et recommandant la paix aux fidèles , il fait voir qu'il est plutôt avec deux ou trois qui prient unanimement ensemble, qu'avec plusieurs qui sont désunis ; et que la prière de peu de personnes bien d'accord a plus de pouvoir que celle d'une multitude discordante. C'est pour cela que, nous donnant des rè|;Ies pour prier, il dit : «Lorsque vous vous présenterez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un , pardonnez-lui , afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos péchés 3. » Il rappelle de même de l'autel celui qui y était venu pour sacrifier étant mai avec quelqu'un, et il lui commande.de s'aa'or-

« Daniel, 3. - • Acies , 6. - • Blarc, 11, 2A.

SAINT CYPKIEN.

dcr premièrement avec son frère, et puis d'offrir son présent à Dieu avec un esprit de paix>. G est ainsi que Dieu ne regarda point les présens de Gain , parce que celui-là ne pouvait pas être en bonne intelligence avec Dieu , qui ne Tétait pas avec son frère à cause de sa jalousie ^. Quelle paix donc se promettent de la part de Dieu ceux qui n'ont point de paix avec leurs frères? Quels sacrifices peuvent célébrer ceux qui ont de la jalousie contre les évèques? Groieut-ils que Jésus-Ghrist soit avec eux lorsqu'ils sont ensemble, n'étant ensemble que hors de TÉglise? Quand ils souffriraient la mort pour la confession de son nom , tout leur sang n'est pas capable d'effaéer cette faute. Le schisme est un crime si énorme que la mort même ne le saurait expier. Celui-là ne peut être martyr qui n'est point dans r£glise; celui-là ne peut arriver au royaume, qui abandonne celle qui doit régner. Jésus-Christ nous a donné la paix , il nous a commandé d^êire bien unis, il nous a ordonné de conserver inviolables les liens de la charité; celui-là donc ne peut être martyr qui ne garde pas la charité fraternelle; c'est ce que l'apôtre saint Paul témoigne , lorsqu'il dit : «Quand j'aurais assez de foi pour transporter les montagnes , si je n'ai point la charité, je ne suis rien. Quand je donnerais tout mon bien aux pauvres et que je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité , tout cela m'est inutile. La charité est généreuse, la charité est douce , la charité n'est point jalouse, ni indiscrète, ni orgueilleuse, ni colère, ni maligne; elle aime tout le monde, elle croit tout , espère tout , supporte tout ; enfîn la charité ne sera jamais détruite 3. » La charité , dit-il , ne sera jamais détruite , car elle subsistera toujours dans le paradis; elle demeurera éternellement , parce que les fidèles seront éternellement unis ensemble. La discorde n'a point de lieu dans le royaume des cieux. Celui qui par une division criminelle a violé l'amour de Jésus- Christ n'aura point de part aux récompenses de Jésus-Christ , qui a dit : «Voici le commandement que je vous donne, de vous aimer l'un l'autre comme je vous ai aimés ^.d Celui qui n'a point la charité , n'a point Dieu avec lui.Êcoutez ce que dit le bienheureux apôtre saint Jean : «Dieu est amour, et celui qui demeure dans

«MaUh, 5, 23. -'Genèse, 4,5.

•Cor.,18,2.-«Jeao,15,12.

l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure ec lui ^n Us ne peuvent pas demeurer avec Dieu, parce qu'ils n'ont pas voulu demeurer en paix dans l'Eglise. Ils ont beau être exposés au feu et aux bêtes, ce ne sera pas la couronne de leur foi , mais la peine de leur perfidie ; ce ne sera pas une mort glorieuse, mais un désespoir. Uq homme de la sorte peut être tué , mais il ne peut pas être couronné. Il se dit chrétien, comme souvent le diable se dit le Christ, selon le témoignage de Notre-Seigneur même : «Plusieurs viendront en mon nom et diront : Cest moi qui suis le Christ, et ils en tromperont beaucoup^.» Comme donc le diable n'est pas Jésus -Christ, quoiqu'il se couvre Faussement de son nom, celui-là de même ne doit pas passer pour chrétien, qui ne demeure pas dans la vérité de l'Évangile et de la foi. Prophétiser, chasser les démons, faire de (j^nds miracles, tout cela est admirable ; et néanmoins avec tout cela l'on n'entre point dans le royaume des cieux , si l'on ne marche dans le droit chemin. C'est ce que Notre-Seigneur déclare quand il dit : «Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur , Seigneur , n'avons-nous pas prophétisé en votre nom? n'avons-nous pas chassé les démons en votre nom? n^avons-noos pas bit de grands miracles en votre nom? Mais je feur répondrai : Je ne vous ai jamais oonnus. Retirez-vous de moi ministresd*îDiquité'.»11bii( vivre dans la justice , si nous ▼oalons que notte juge nous soit favorable; il fout obtir I Efn, si nous prétendons qu'il nous réoonipcnK. Notre-Seigneur, dans rÉvangile,voalantabri^ le chemin de notre espérance et de notre Ai : 0 Le Seigneur votre Dieu , dit-il , est m seul Dieu *, Vous aimerez le Sdgnenr foCre DieB de tout votre cœur, de toute votre Ame et de toutes vos forces. » Voilà le premier oommaiement. Et voici le second qui lai est aemlMie: j « Vous aimerez votre prodiain même. Toute la loi et les prophète tent à ces deux commandemens^. » Il a en même temps Tunité et l'ainoor , et il a fermé tous les prophètes et toute la loi commandemens. Mais quelle unité ou pi amour garde celui qui , transporté d*nne -^ séditieuse, divise l'Église , renverse h M,

* Jean, 4, 16. -« Marc, 12,6. — »

♦ »Urc, 12, 29. - » Mattb., 12, 40.

lfaUli^7,2I

DE L'UNITE DE L'EGLISE CATHOLIQUE

trouble la paix , détruit la charité , profane les sacremens?

il y a longtemps, mes très-chers frères, que ce mai est éclos, mais maintenant il prend un nouvel accroissement^ et de nouvelles ibrces, parce que cela doit arriver ainsi sur la fin du monde, selon que le Saint-Esprit nous en avertit par Tapôlre : «Dans te derniers jours , dit-il ^, les temps seront fâcheux ; car il y aura des hommes amoureux d'eux-mêmes, superbes, glorieux, avares, blasphémateurs, d^béissans à leurs parens, ingrats, impies, dénaturés, sans foi, calomniateurs, intempérans, inhumains, ennemis des gens de bien, traîtres, insolens, altiers, aimant mieux leurs plaisirs que Dieu , pieux en apparence , mais qui ruineront Tesprit de piété. De ce nombre sont ceux qui s'introduisent dans les maisons, et qui traînent après eux des femmes chargées de péchés et possédées de diverses passions , qui apprennent toujours et ne parviennent jamais à la connaissance de la vérité. Et comme Jaunes et Mambrès résistèrent à Moïse ^, eux de même résistent à la vérité. Ce sont des hommes qui ont Tesprit corrompu et une foi dépravée. Mais ils ne feront pas grand progrès; car leur folie sera connue de tout le monde, comme le fut alors celle de ces magiciens. » Tout cela s^accomplit aijyourd'hui , et nous éprouvons maintenant que les hommes et les temps sont tels qu'ils doivent être à la fin du monde. La rage de Tennemi croissant tous les jours, les hommes sont plus aisés à surprendre; ils sont plus superbes, plus envieux, plus aveuglés de leurs passions, plus impies, plus arrogans, plus querelleurs , plus colères. Que néanmoins la perfidie des autres ne nous ébranle point; mais plutôt qu'elle fortifie notre foi , puisque c'est Taccomplissement des prophéties. Gomme quelques-uns commencent à être tels parce qu'il a été prédit ainsi; que les autres aussi se donnent de garde d'eux , puisque cela a été prédit de même , et que Notre-Seigneur a dit : « Prenez garde "k vous, vous voyez que je vous ai loat prédit ^. » Évitez, je vous prie , ces sortes de personnes, et fuyez leur entretien comme ■ne chose mortelle et contagieuse, suivant celte parole de rÉcrilurc : cvRcmparez vos oreil-

» 11. Tiui., 3, 1. -. « Jixoile, 7,-^ S. Marc, 11, 23.

les d'épines , et n'écoutez joint une méchante langue 1;b et encore : a Les mauvais entreliens corrompent les bonnes mœurs 3. » Notre-Seigneur nous avertit de fuir ces sortes de personnes: «Ge sont des aveugles, dit-il, qui conduisent des aveugles. Or, si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans la fosse^. » Il faut fuir un homme qui est séparé de TÉglise quel qu'il soit. Car «un homme comme cela est perverti; il commet un grand péché et se condamne lui-même ^.i Celui-là croit-il être avec Jésus-Christ, qui s'élève contre les prêtres de Jésus-Christ , qui se sépare dit clergé et du peuple ? Il prend les armes conlre l'Église; il combat la disposition de Dieu même. C'est un ennemi de l'autel et du sacrifice de Jésus-Christ. Gest un traître, un impie, un serviteur désobéissant, un fils dénaturé, un faux frère , qui, méprisant les évêqu/» et abandonnant les prêtres de Dieu, ose élever un autre autel , faire une autre prière, profaner la vérité de la victime du Seigneur par des faux sacrifices. Mais il ne sait pas que quiconque va contit ce que Dieu a ordonné, reçoit le châtiment de son audace. C'est ainsi que Goré , Dathan et Abiron, qui voulurent usurper sur Moïse et sur Aaron le pouvoir de sacrifier, portèrent sur-le-champ la peine de cet attentat^; car la terre s'étant ouverte à leurs pieds les engloutit tout vivans.Et la colère de Dieu irrité ne tomba pas seulement sur les auteurs de la sédition, mais un feu sortant de l'autel en consuma deux cent cinquante autres qui avaient été complices de leur fureur et de leur témérité. Par où TÉcriture nous fait voir que c'est s'attaquer ù Dieu même que de vouloir détruire ce qu'il a ordonné. C'est ainsi que le roi Ozias mettant la main sur l'encensoir, et voulant sacrifier de force contre la loi de Dieu sans avoir égard à la résistance du prêtre Azarias , fut frappé de lèpre sur le front, qui est la partie du visage où sont marqués ceux qui reçoivent la grâce de Dieu^. Les enfans d'Aaron de même qui mirent un feu étranger sur l'autel, tombèrent morts sur la place en la présence du Seigneur irrité '. Or ceux-là les imitent qui, méprisant la tradition divine, courent après

• Ecclé»., 28, 28. - ' I. Cor., 15, 33. — - S. Malih, lô.

* Tit., 3, n. - ^ rSonibrcK, 10. - * Paralip., 2(?. VJ. ^ L(J>iiiquc, 10.

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des doclrinos nouvelles el introduisent des tradilioashumaines. C'est eux que Notrc-Seigneur reprend dans son Ëvan[];ile quand il dit : «Vous rejetez les commandemens de Dieu pour établir vos traditions ^ > Ce crime-là est pire que celui de ceux qui sont tombés pendant la per- .séculion; et néanmoins ilssontmisen pénitence, et ils lAclicnt d'apaiser la colère de Dieu par une pleine satisFaction. Ceux-ci demandent à rentrer dans TÉglise, et ceux-lA se révoltent contre TËglise. Ceux-ci se peuvent excuser sur la violence qu'on leur a faite, et le crime de ceux-là est tout volontaire. Celui qui est tombé n a fait tort quà lui-même, au lieu que celui qui a fait un schisme ou une hérésie en a surpris plusieurs en les entraînant avec lui. Ici il n'y va que de la perte dune seule Ame, et là plusieurs courent fortune de se perdre. L*un reconnaît au moins sa faute, la pleure, en a regret; et l'autre, fier dans son péché et s'y complaisant, sépare les enfans de la mère , débauche au pasteur ses brebis , et renverse les sacremens divins. Celui ([ui est tombé n'a péché qu'une seule fois, et l'autre pèche tous les jours. Enfin un apostat souffrant enfuitc le martyre peut entrer dans le paradis ; au lieu qu'un schismatiquc qui est tué hors de l'Éylise, ne peut avoir part aux récompenses de rK{;lise. Kt que personne, mes Irès-chers frères, ne s'étonne d'en voir parmi les confesseurs mêmes qui s'enfïap,ent dans le schisme; car la confession du nom de Jésus-Christ ne nous met pas à couvert des embûches du diable, et ne nous assure pas contre tous les dan|;ers auxquels nous sommes exposés pendant cette vie. Autrement les confesseurs ne tomberaient jamais dans l'adultère et dans les autres crimes où nous en voyons avec douleur tomber quelques-uns. Un confesseur, quel qu'il soit , n'est pas plus grand ni plus vertueux que Salomon , ni plus chéri de Dieu. Cependant nous voyons qu'après avoir marché lonjîlemps dans la voie du Seigneur, et obtenu de lui un infinité de grâces, il abandonna celle voie et perdit toutes les prAces qu'il avait reçues. «Dieu, dit l'Écriture, suscita Satan c(mire Salomon 2, c'est pourquoi il est écrit: c Gardez bien ce que vous avez, afin que personne ne prenne votre couroime 3. » Car Dieu

ne dirait pas que la couronne de justice peut èlre ôtée, el il ne menacerait pas de ce malheur, si ce n'était une suite nécessaire de perdre la couronne quand on a perdu la justice. La confession du nom de Jésus- Christ est le commeocement de la gloire, mais n'en est pas le couronnement ; et puisqu'il est écrit «qu'il n'y aura de sauvé que celui qui persévérera jusqu'à la fin ^ , » tout ce qui précède la fin est unde(pré pour arriver au salut , mais n'est pas le salut. C'est un confesseur; mais le danger est plus grand après la confession , parce que Tenneoii est plus irrité. C'est un confcssenir; il se doit donc tenir plus attaché à l'Évangile; puisque c'est |)ar l'Ëvangilc que Notre-Seignear loi a donné la gloire qu'il possède ; car le Seigneur dit : «Celui à qui l'on donne beaucoup , 00 loi redemandera beaucoup^,» et Ton exige plus de reconnaissance de celui qui reçoit pins dlM»neur. Que personne ne se serve de l'eieople d'un confesseur pour se perdre ; que persooM n'apprenne de lui à être injuste, insolent, perfide. C'est un confesseur ; qu'il soit donclunriUe, doux et retenu , afin que celui qui porte le de confesseur de Jésus-Christ, imite Christ qu'il confesse. Car puisqu'^il dit : «Geloi qui s'élève sera humilié, et celui qui sluuniiie sera élevé^; » et que lui-même n'a Àé élevé p» son Père que parce qu'étant la paroia, It verfti et la sagesse de Dieu le Père, il «toi hwiiiié sur la terre ; puisqu'il nous a reawiiniHai expressément l'humilité dans sa M, d que aoa Rr ne lui a donné un nom si eudknt qu^cn licompense de son humilité, il aimer TorgueiM? Cest ua sus-Christ; mais c'est pourvu, que daaa|p il ne donne point sujet de blasphéuMala

* & Marc, 7, 8. - » Ml. Rois, M. - ' Apw , 3

jestc de Jésus-Christ. Qu'une

confessé Jésus-C<lirist ne soit point

ni querelleuse, ni séditieuse ; eC

proféré des paroles gl

lance point de venin contre

les prêtres de Dieu. Mais si, aprèaavoir

Jésus- Christ , un confesseur tombe eu ii

crimes détestables , s'il flétrit la gloM#S

confession par le dérèglement de aa im^ sVtf

souille d ordure et de corruption ;

si abandonnant l'Église oiï il a été

• s. Miilili.. fO, 22 — « S. Luc, 12,48.— s/6ûf., AU ' * Le iiuiii dt Ji'iUi. rhilipi:*e, 2, U.

DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE

et rompant le lien de Tunité il trahit lâchement la foi qu*il a professée d'abord, il ne se peut point vanter de sa confession comme s'il était destiné pour la gloire, puisque cela ne servira qu'à accroître seschàtimens; car Notre-Seif;ncur choisit Judas pour Tun de ses apôtres, et toutefois Judas le trahit ensuite. Mais comme les autres apôtres ne perdirent pas leur foi et leur fermeté pour avoir été abandonnés par ce traître, Tinfidélité de quelques confesseurs ne détruit pas la sainteté et la dignité de tous. Le bienheureux apôtre dit dans son épltrc aux Romains : « Si quelques-uns d'eux n'ont pas cru, est-ce que leur infidélité anéantira l'effet des promesses de Dieu ? Non sans doute ; car Dieu est véritable, comme touthommeest menteur ^ » La plus grande et la meilleure partie des confesseurs demeure ferme dans sa foi et dans la vérité de la loi du Seigneur, et ceux qui se souviennent qu'ils ont reçu la grâce dans l'Église par la miséricorde de Dieu , ne rompent point la |)aix de l'Ëglise. Leur fidélité même est d'autant plus louable qu'étant unis par une même confession avec ceux qui se sont retirés de l'Église, ils ne les ont pas imités dans leur perfidie. Éclairés de la pure et véritable lumière de l'Evangile, ils sont aussi zélés pour conserver la paix de Jésus-Christ, qu'ils ont été généreux pour maintenir sa gloire. Je souhaite véritablement , mes très chers-ft'ères , qu'aucun des fidèles, s'il se peut, ne périsse, et que l'Église, cette bonne mère, ait la joie d'enfermer tous ses cnfans bien unis dans son sein. Je le souhaite et vous y exhorte de tout mon cœur. Mais néanmoins si mes conseils salutaires ne sont pas capables de ramener dans la voie du salut quelques auteurs du schisme qui demeurent dans une obstination aveugle et furieuse, que les autres au moins qui se sont laissé surprendre par leur simplicité se retirent du piège où ils sont tombés, qu'ils sortent de leur erreur , et qu'ils rentrent dans le droit chemin. Voici ce que dit saint Paul sur ce si^et : «Nous vous commandons au nom de notre Seigneur Jésus- Christ de vous séparer de tous les frères qui se comportent mal et qui ne suivent pas ce que nous leur avons enseigné *-. » Et ailleurs : «Que personne ne vous surprenne par de vains dis-

" hom., 3, 3. - « n. Tbcss.. 3, (i.

cours ; car c'est cela qui attire la colère de Dieu sur les opiniâtres ^ N'ayez donc point de commerceaveceux.Dll se faut éloigner des pécheurs, ou plutôt il les faut fuir , de peur que si Ton se joint à eux et qu on marche avec eux dans la voie de Terreur, on ne devienne complice de leur crime. Il n y a qu'un Dieu, qu'un Jésus- Christ, qu'une Église, qu'une foi et qu'un peuple fidèle uni en un même corps par le lien indissoluble de la concorde. L'unité ne peut pas être divisée, et un corps ne subsiste plus quand il est démembré et mis en pièces. Quiconque se sépare du tronc ne peut plus avoir de vie , et perd le fondement du salut. Le Saint-Esprit nous dit dans les psaumes : « Voulez- vous vivre longtemps et heureusement , empochez voire langue de médire , et vos lèvres de mentir. Détournez-vous du mal et faites le bien; cherchez la paix et travaillez à l'avoir-.» Un enfant de paix doit chercher la paix et travailler à la maintenir, et il faut que celui qui connaît et aime le lien de la charité s'abstienne de tous les discours qui sont capables de Taltérer. Notre-Seigneur étant proche de sa passion, parmi ses autres cnscignemens divins et salutaires nous a laissé celui-ci : «Je vous laisse la paix , dit-il , je vous donne ma paix ^. » Voilî\ l'héritage que Jésus-Christ nous a laissé. Il nous a promis la jouissance de toute sorte de biens pourvu que nous conservions la paix. Si donc nous sommes les héritiers de Jésus-Christ, demeurons dans la paix de Jésus-Christ. Si nous sommes les enfans de Dieu , soyons doux et paisibles.» Bienheureux, dit-il Jes pacifiques, car ils seront appelés enfans de Dieu ^. » Il faut que les enfans de Dieu soient pacifiques, il faut qu'ils soient doux , simples, unis. Cette union fleurissait parmi les fidèles du temps des apôtres, et Ton voyait entre eux une charité admirable. L'Écriture sainte le témoigne quand elle dit : «Toute la multitude de ceux qui croyaient n'agissait que par une même Ame et un même esprit^;» et encore: «Ils persévéraient tous unanimement dans l'oraison avec les femmes, et avec Marie mère de Jésus-Christ et SCS frères ^. » C'est aussi pour cela que leurs prières étaient si efficaces, et qu'ils pouvaient s'assurer d obtenir de Dieu tout ce qu'ils dc-

» Fphrs., 5,(». - INainnps .r>, 1L> - ^ S. ,Ioaii, t1. 17. « S. INIallU., .5; 'J. -- =^ A'.l'^s, 1 , jJ. " Jhid., 1, tl

SAIM CYPRIEN.

mandaient. Mais maintenant cette union est autant diminuée parmi nous que les bonnes œuvres qui en sont la suite. Alors ils vendaient leurs maisons et leurs héritages , et en donnaient le prix aux apôtres pour le distribuer aux pauvres , afin de s'acquérir un trésor dans le ciel. Mais maintenant nous ne donnons pas seulement la dime de notre revenu , et au lieu que Notre-Seigneur nous commande de vendre notre bien, nous achetons au contraire et Taugmentons. C'est ainsi que la vigueur de la foi sVst éteinte en nous ; c'est ainsi que la force des fidèles est languissante. Voilà pourquoi Notre- Seigneur, envisageant le temps où nous sommes, disait : «Lorsque le Fils de Thomme viendra, pensez- vous qu'il trouve de la foi sur la terre ^ ? » Nous voyons Taccomplissement de celte parole. Il n'y a plus de crainte de Dieu, plus de justice, plus de charité, plus de bonnes œuvres, plus de foi. Personne ne pense aux choses à venir. Personne ne considère le jour du Seigneur, le jour de la colère de Dieu , les supplices préparés pour les incrédules, les tourmens éternels qui a( tendent les perfides. Si nous avions de la foi , nous aurions aussi de la crainte; mais parce que nous ne croyons rien, nous ne craignons rien non plus. Que si nous craignions

quelque chose, nous nous en donnerions de garde, et l'éviterions aussi par conséquent. Animons-nous donc autant que nous pouvons, mes très-chers frères, et sortant de Tassoupissement de notre ancienne paresse, veillons à observer les préceptes de Notre -« Seigneur. Soyons tels qu'il nous commande d'être, quand il dit -.«Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées; et soyez comme des serviteurs qui attendent que leur maître reloitrne de la noce , afin que lorsqu'il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux les serviteurs que le maître à son arrivée trouvera veillans ^» Il faut que nous soyons cmts , de crainte que, lorsque le jour de combat viendra, il ne nous surprenne embarrassés. Que noire lumière éclate dans nos bonnes oeuvres, aiio qu'elle nous conduise de la nuit du «ède à la clarté éternelle. Tenons-nous toujours sur nos gardes dans l'attente de Favénement imprévu de Notre-Seigneur, afin que lorsqu'il frappera à la porte, notre foi veille, et reçoive le prix de sa vigilance. Si nous gardons fidèlement ces avis salutaires, le diable ne nous surprendra jamais endormis, mais comme des serviteurs soigneux et vigilans, nous régnerons éternellement avec Jésus-Christ.

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DE CEUX QO SONT TOMBÉS

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