‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 47 sur 110 · DANS L'ANNÉE · texte numérisé non relu

DANS L'ANNÉE

iLnfin , mes très-chers frères , la paix a été rendue à TÉglise, et ce qui paraissait naguère difficile aux incrédules et impossible aux apostats, Dieu Ta fait par sa puissance souveraine. Nous commençons à reprendre nos esprits , Torage est passé , et le calme a succédé à la tempête. Louons-en Dieu , et le remercions d'une laveur si signalée, quoique nous n'ayons cessé de célébrer ses louanges au plus fort de la persécution ; car l'ennemi n'est pas assez puissant

« b. Luc, 18, 8.

pour faire que ceux qui aiment le tout leur cœur comme nous , ne le looent d u le bénissent pas en tout temps. Ce jour tant désiré de tout le monde est venu , et aprls l0 horribles et affreuses ténèbres d'une kwpt nuit , Dieu a fait paraître les rayons ftnmHcs de sa bonté. Nous contemplons mainlciiantavtt plaisir ces confesseurs glorieux que leur M tf leur courage ont rendus illustres , et noos ^ saurions nous lasser de les embrasser. Void b

' 5. Luc, 12, '65.

DE CEUX QUI SONT TOMBÉS

troupe éclatante des soldats de Jésus-Christ qui ont rompu par leur Fermeté les plus violens efforts de la persécution , et qui étaient prêts à souffrir toutes les rigueurs de la prison et de la mort. Vous avez généreusement résisté au siècle, braves athlètes de Jésus-Christ. Vous avez donné à Dieu un spectacle magnifique , et un grand exemple à tous les chrétiens. Votre voix a fidèlement confessé Jésus-Christ, et ne $*est point démentie depuis qu^elle a une fois feit profession de croire en lui. Vos mains illustres, qui ne s'occupaient qu*à des œuvres saintes et divines, ont rejeté courageusement des sacrifices impies. Votre bouche sanctifiée par des mets célestes , après avoir reçu le corps et le sang du Seigneur, a eu horreur de se souiller de viandes offertes aux idoles. Votre tète n*a point été couverte de ce voile profane dont on couvrait les tètes captives de ceux qu'on obligeait à sacrifier aux fausses divinités. Un.firont consacré par le signe de la croix n'a pu souffbir la couronne du diable , et s'est réservé pour celle du Seigneur. Avec quels transports de joie l'Église votre mère ne vous reçoit-elle point maintenant dans son sein au retour du combat? Avec quel contentement et quelle allégresse ne vous ouvre-t-elle point ses portes , afin que vous entriez en troupe, chargés des dépouilles de l'ennemi terrassé! Les femmes mêmes ont part au triomphe des hommes , et elles ont vaincu le monde en vainquant leur sexe. Les vierges l'accompagnent aussi, ornées de rhonneur d'une double victoire ; avec les enfans qui ont surmonté par leur courage la faiblesse de leur âge. Après, vient la troupe de ceux qui sont demeurés debout , et qui vous suivent de près dans la gloire de votre triomphe. Ils ont la même fidélité que vous, et le même attachement à la foi. Appuyez sur les fondemens inébranlables des divins préceptes et des lois de l'Évangile, ils ont regardé sans effroi les bannissemens, la perte de leurs biens , et les supplices les plus cruels. On leur donnait du temps pour tâcher d'ébranler leur foi , mais celui qui a renoncé an siècle se moque de tous ces délais artificieux , et celui qui aspire à l'éternité ne s'arrête point au temps. Que personne , mes très- chers frères, ne diminue une gloire qu'ils ont si justement acquise, que personne ne rabaisse malicieusement leurs avantages.

Lorsque le temps porté par les édits pour renier la foi est expiré, quiconque dans ce temps n'a point renoncé Jésus-Christ , l'a confessé. Le premier degré d'honneur est de confesser Notre- Seigneur quand on est pris; et le second c'est de se retirer prudemment et se réserver pour ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner de nous. La première confession est publique; la seconde est particulière. Celui-là demeure victorieux des juges du monde ; et celui-ci, se contentant d'avoir Dieu pour juge, conserve sa conscience pure en ne trahissant point les sentimens de son cœur. L'un témoigne plus de courage, et l'autre plus de prudence. Le premier se trouve prêt lorsque son temps est venu , et le second est peut-être réservé pour un autre temps ; et de ce qu'il s'est retiré et qu'il a abandonné ses biens pour ne point renier Jésus-Christ, c'est une marque qu'il l'aurait confessé s'il avait été pris.

Mais parmi le triomphe des martyrs, la. gloire des confesseurs, et le courage de ceux qui sont demeurés formes , il y a une chose qui nous afflige sensiblement. C'est que la fureur de l'ennemi nous a arraché une partie de nos entrailles, et en a terrassé plusieurs d'entre-nous. Que ferai-je ici , mes très-chers frères? j'en suis extrêmement en peine. Que dirai-je, ou de quelle manière parlerai-je? Certes, il est plus besoin de larmes que de paroles pour exprimer notre douleur, pour pleurer nos blessures, pour déplorer la ruine d'un peuple autrefois si nombreux. Car qui serait si dur et si impitoyable, que de demeurer les yeux secs au milieu d'une si grande désolation , et de voir ses frères tombés d'une chute mortelle, sans faire retentir le ciel de ses cris? Je m'afflige avec vous , mes firères, je m'afflige avec vous ; et je ne me console point surcequeje suis demeuré moimême sain et entier, puisqu'un véritable pasteur ressent plus vivement les plaies de son troupeau que son troupeau lui-même. J'entre dans tous les sentimens de votre cœur, et je partage avec vous le poids de votre tristesse. Je gémis avec ceux qui gémissent, je pleure avec ceux qui pleurent , et il me semble que je suis coudié par terre avec ceux que l'ennemi a terrassés. Je suis percé des mêmes traits dont vous ave^ été percés, et Tépéc qui vous a blessés a passé au travers de mes entrailles. Ainsi je ne puis

pas dire que j'aie été à couvert de la violence de la persécution , puisque Taffection que j'ai pour mes frères fait que j'ai reçu le contre-coup de tous les coups qu'on leur a portés. Mais néanmoins , mes frères , il ne nous faut pas désespérer, et les ténèbres de la persécution ne nous doivent pas tellement couvrir les yeux , qu'il ne nous reste encore quelque lumière pour voir ce que Dieu nous commande. Si nous reconnaissons la cause de nos maux , nous en trouverons le remède. Notre-Seîgneur a voulu éprouver sa famille ; et parce qu'une longue paix avait corrompu la discipline , les chûtimens du ciel ont réveillé notre foi languissante et endormie. Et quoique nos péchés eussent mérité de plus grandes peines , Dieu qui est bon a tellement tempéré toutes choses , que tout ce qui est arrivé a paru plutôt une épreuve qu'une persécution. Tout le monde ne songeait ({u'à s'enrichir, et sans se souvenir de ce que les fidèles faisaient du temps des apôtres , et qu'ils devraient toujours faire, ils se portaient d'une ardeur insatiable à accroître leurs biens. Le zèle de la religion et la pureté delà foi étaient éteints dans les prêtres et dans les ministres de l'Église. Il n'y avait plus de charité ni de règlement de mœurs parmi les chrétiens. Les hommes se peignaient la barbe et les cheveux, et les femmes se fardaient, et Ton corrompait ainsi l'ouvrage de Dieu. On usait de fraudes et d'artifices, et l'on tâchait de se surprendre l'un l'autre. On se mariait avec les infidèles , et Ton prostituait aux païens les membres de Jésus-Christ. Non-seulement on jurait sans raison , mais on se parjurait. On méprisait insolemment les prélats; on s'entre-déchirait par des médisances, et l'on couvait l'un contre Tautre des haines mortelles et irréconciliables. Les évéques, qui doivent instruire les autres et leur montrer l'exemple, méprisaient l'administration des choses saintes pour se mêler des affaires séculières, et plusieurs, abandonnant leur chaire et leur peuple , couraient de province en province faire des trafics honteux. On n'assistait point les fidèles qui étaient pauvres , et cependant on voulait totyours amasser ; on enlevait des héritages par MnéCj et Von mettait son argent à usure. Ëtant td8 et coupables de si grands péchés , que ne méritions-nous point de souffrir, surtout après les avertissemens que Dieu nous donne

SAINT CYPRIEN

dans l'Ëcriturc, lorsqu'il dit : «S'ils abandonnent ma loi et ne marchent pas selon mes préceptes; s'ils profanent mes ordonnances et ne gardent pas mes commandemens , j'enverrai mes verges et mes fléaux sur eux pour les châtier <?» Ces choses nous ont été préditei il y a long-temps , mais nous, oubliant les commandemens qui nous ont été faits, et n'en tenant aucun compte, nous avons obligé la justice de Dieu à employer des remèdes plus forts pour nous guérir et pour éprouver notre foi. Encore, si nous nous fussions oonveriis à Dieu quoique tard, et que nous eussions souffert constamment seschâtimens et ses épreuves; mais aux premières menaces de rennemi , une grande partie de nos frères ont trahi leur foi , et sans attendre que l'effort de la persécution les renversât par terre, ils s'y sont jetés d'euxmêmes. Cependant qu'était-il arrivé de si extraordinaire et de si imprévu , pour violer ainsi légèrement le serment prêté à Jésus-Christ dans le baptême ? liCS prophètes et les apôtres, remplis du Saint-Esprit, n'ont-ils pas prédit toutes ces choses? N'ont-ils pas parlé des souffrances des justes et des persécutions des gen« tils.^ L'Écriture sainte, qui arme toiyours noire fbi et qui fortifie les serviteurs de Dieu par une voix puissante, ne dit-elle pas: «Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et ne servirez que lui seuP?» Ne dit-elle pasenoore^pour montrer la grandeur de la colère de Dieu , et nous avertir d'en redouter les effets : tlls ont adoré ceux que leurs mains ont Faits; ils se sont cou^ bés et prosternes devant eux; je ne leur pardonnerai point ce crime^?» Dieu dit enooreea un autre endroit : a Celui qui McrlBera \ d'autres dieux qu'au Seigneur sera mis à mort ^. i Et de même dans l'fivangile , Notre-Seigneor, qui a accompli par ses actions ce qull a enseigné par ses paroles, ne nous i-t-il pas avertis de tout ce qui se fait à cette heure , et qui se fera à l'avenir P N'a-t-il pas menacé de supplices éternels ceux qui le renierorit, et promis de grandes récompenses à ceux qui eoofesseront son nom? Mais, hélas t toutes ces ta structions se sont effacées de Tesprit de ipct ques-uns. Ils n'ont pas seulement attadu

> i'Muoiet 88, 30. •- * S. Mitk, 4, 10; DML^e, 11

Msaie, 2,8.-«Ezode,22,20.

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