‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 49 sur 110 · SONT TOMBÉS · texte numérisé non relu

SONT TOMBÉS

deur du crime qu'on nous faisait commettre , et nous ne sommes coupables que parce que d'autres le sont. »

Mais ce qui est encore plus pitoyable, c'est qu'il n'y a point de prétexte pour excuser un^i grand crime. Car dira-t-on qu'il eût fallu abandonner sa patrie et perdre son bien? Mais ne perdrons-nous pas l'un et l'autre en mourant ? C'était Jésus-Christ qu il fallait craindre de perdre , et les demeures éternelles qu'il nous a promises. Le Saint-Esprit crie par la bouche du prophète : «Retirez- vous, sortez de là , ne touchez point à ce qui est impur , sortez de ce lieu, éloignez-vous-cn, vous qui portez les vases du Seigneur ^ Et aujourd'hui ceux qui sont les vases du Seigneur et le temple de Dieu , ne veulent pas sortir et se retirer de peur qu'on ne les oblige à toucher à des choses impures et à se souiller de viandes abominables. On entend encore ailleurs une voix du ciel qui avertit les serviteurs de Dieu de ce qu'ils doivent faire, et qui dit: «Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que vous ne preniez part à ses crimes , et que vous ne soyez frappé des mêmes plaies qu'elle ^.D Celui qui sort et se retire ne participe point au péché ; mais celui qui en est trouvé complice en porte aussi la peine. C'est pour cela que Notre-Seigneur a enseigné de s'enfuir durant la persécution, et ne l'a pas seulement enseigné, mais Ta fait lui-même. Car comme la couronne du martyre est une grâce de Dieu qu'on ne peut recevoir que quand le temps est venu , quiconque demeurant fidèle ;\ Jésus -Christ se retire, ne renie pas la foi, mais attend le temps; au lieu que celui qui ne s'étant pas retiré a renié Jésus-Christ , n'est demeuré que pour le renier. Ne dissimulons point la vérité, mes frères; ne cachons point la cause de nos maux. Un amour aveugle du bien en a perdu plusieurs, et ceux que leurs richesses tenaient comme enchaînés , n'ont pu être prêts pour se retirer. Ce sont les liens qui ont arrêté les efforts de leur courage, et qui les ont empêchés de prendre aucune résolution généreuse; de sorte qu'étant attachés aux choses de la terre, ils sont devenus la proie du serpent que Dieu a condamné à manger la terre ^. Aussi Notre- Scigneur qui, comme un bon maître, nous donne toujours les avcrlisssemens nécessaires

* Isaic, 52, U. - » Apoc., IS. - ' Uoèse, 3, 11

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pour notre conduite: a Si vous voulez, dit-il, vire parfait , allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et puis venez et suivez-moi ^ Si les riches faisaient ainsi, leurs richesses ne les perdraient pas; s'ils mettaient leur trésor dans le ciel , leurs biens ne seraient pas leurs ennentis domestiques, et leur cœur serait avec leur trésor. Le monde n'aurait point de prise sur eux pour les vaincre, et ils suivraient lcSei(];neur libres et dégagés comme les apôtres, et comme plusieurs du temps des apôtres et depuis , qui ayant abandonné leurs biens et leurs parens , se sont étroitement unis à Jésus-Christ. Mais comment ceux-là pourraient-ils suivre Jésus-Christ qui sont liés par leur bien? ou comment s'élèveraient-ils au ciel, étant retenus contre terre par le poids de leurs convoitises ? Us croient posséder leurs biens , et c*est leurs biens qui les possèdent, et ils ne sont pas les maîtres, mais les esclaves de leurs richesses. L'apôtre a marqué ce temps et ces personnes , lorsqu'il a dit : a Ceux qui voudront devenir riches tomberont dans la tentation et dans le piège, et en divers désirs inutiles et pernicieux qui précipitent les hommes dans la damnation et dans la mort ; car l'amour du bien est la racine de tous les maux ; et quelques-uns ayant été possédés de cette passion , ont fait naufrage dans la foi et se sont engagés en une infinité de malheurs ^. » Mais quelles sont les récompenses que Notre- Seigneur nous propose pour nous porter au mépris de nos biens ? Comment nous promet-il de nous dédommager des pertes si légères que nous ferons ici-bas? «Personne, dit-il, ne quittera sa maison ou sa terre, ou son père, ou sa mère , ou ses frères , ou ses enfans pour le royaume de Dieu, qu'il n'en reçoive sept fois autant en ce monde , et la vie éternelle en l'autre '^ » Puis donc que nous savons cela, et que nous ne saurions douter de la vérité des promesses de Notre-Seigneur, tant s'en faut que nous devions craindre cette perte , que nous la devons désirer au contraire, puisque le même Seigneur nous dit encore: «Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous persécuteront, vous sépareront, vous chasseront et vous maudiront conune des méchans à cause du Fils

» Mattb.,18,2f.— M.Tim.,C,9.^ = S. Marc. t0,29.

de l'homme. Réjouissez-vous en ce tempf^-li^ et soyez bien aises, car une grande récompense vous attend dans le ciel ^d — «Mais Ton nl^ naçait, direz-vous, de tourmenter horriblement ceux qui refusaient de sacrifier. » Celui-là se peut plaindre des tourmens qui a été vaincu par les tourmens, et celui qui a cédé à la douleur se peut excuser sur la douleur. Une personne de la sorte peut demander qu'on lui pardoone, et dire : « J'ai voulu combattre vaillamment ; et me souvenant du serment que j'avais prêté, je me suis armé de zèle et de foi ; mais la k)D($ueuT et la diversité des supplices m'ont vaincu. Mon esprit est demeuré ferme, et ma foi constante, et mon âme immobile a lutté longtemps contre la douleur. Mais lorsque la cruauté d'un juge barbare se redoublant , mon corps déjà lassé et affaibli a été encore déchiré par les fouets, meurtri de coups, étendu sur le chevalet, entamé par les ongles de fer, brûlé par les flammes, la chair m'a abandonné dans le combat , les sens ont été vaincus , et ce n'est pas l'esprit , mais le corps qui a succombé sous la douleur, i On peut pardonner plutôt à un homme qui se défend de la sorte , et son malheur est digne de compassion. C'est ainsi que Dieu a pardonné autrefois à Caslus et à ÉmiliuSi et qu*après avoir été vaincus au premier combat , il les rendit victorieux au second. D'abord ils cédèrent aux flammes ; mais ensuite les flammes leur cédèrent , et ils tirèrent du siyet de leur défaite, la matière de leur triomphe. Ce tfétait pas leurs larmes , mais leurs plaies qui priaient pour eux , et leur corps blessé et déchinS en cent endroits était une voix puissante qui demaodaic et arrachait leur grâce. Le sang qui coolaît de leurs entrailles à demi brûlées, ioteroédait bien autrement pour eux que tous les pleurs ^ qn'ib eussent pu répandre. Mais maintenant quelles plaies peuvent montrer ceux qui ont été vaincus ? quelles tortures de leurs membres? pnisqiie la foi n'est pas tombée après avoir oonibatta, mais que la perfidie a prévenu le combat ; pnisque la nécessité ne peut pas excuser le crioe qu'on a commis lorsqu'on Ta commis voiaotairement.

Je ne dis pas cela pour exagâw la hôte de nos frères, mais pour les porter davantage!

DE CEUX QUI SONT TOMBÉS

prier qu'on la leur pardonne et à en faire une ]m\e satisfaction. Car puisqu'il est écrit : a Ceux qui vous disent heureux vous trompent et vous égarent V» Celui qui flotte le pécheur lui donne matière de pécher, et au lieu d*arrèter ses crimes il les fomente. Mais celui qui reprend son frère et lui donne des conseils généreux lui ouvre la porte du salut. «Ceux que j*aime, dit le Seigneur, je les reprends et les châtie 2. » De même il fiiut qu'un prêtre de Dieu ne trompe pas les chrétiens par une complaisance pernicieuse , mais les guérisse par des remèdes salutaires. Un chirui^ien qui n'ose toucher et sonder une plaie est malhabile homme, et en augmente la pourriture et la corruption. Il la faut ouvrir, faire des incisions, couper les cliairs, et guérir le mal d'une manière plus forte. Le malade a beau se plaindre et crier lorsqu'il souffre, il remerciera le médecin quand il sera guéri. Car une nouvelle espèce de mal s'est éievée parmi nous, mes tr^hers frères ; et comme si la tempête de la persécution n'avait pas causé assez de désordres, pour comble de malheur une peste agréable et trompeuse s'est glissée parmi les fidèles sous le iioni spécieux de compassion et de miséricorde. Contre la vigueur de TËvangile, contre la loi de Dieu et de Jésus-Christ, il se trouve des gens assez téméraires pour accorder la paix et la communion à quelques personnes imprudentes. Inutile et fsiusse paix, pernicieuse à ceux qui la donnent, et infructueuse à ceux qui la reçoivent ! Ils ne donnent pas le temps aux malades de guérir par une satisfaction véritable et légitime. La pénitence est bannie du cœur des chrétiens, etjon leur h\t perdre le souvenir des crimes les plus énormes. On se contente de couvrir les plaies des mo^rans, et on dissimule des blessures profondes et mortelles. Au retour des autels du diable ils approchent du saint du Seigneur, les mains encore toutes souillées des sacrifices des idoles. Ayant à peine digéré les viandes offertes aux faux dieux , et leur bouche publiant encore leur crime par l'odeur funeste qui en sort , ils viennent enlever le corps du Sauveur malgré l'Écriture qui crie : «Qu'il nV ait que ceux qui sont purs qui mangent de la chair du sacrifice de salut qui est

> IsaîG. 3. 12. — * Apoe., 3, 19.

celui du Seigneur ; car quiconque ne mangera étant impur, périra du milieu du peuple ^» L^apôtre déclare encore : « Qu'on ne saurait boire le calice du Seigneur et le calice des démons , ni manger à la table du Seigneur et à la taUe des démons '. » Et il menace les rebelles et les opiniâtres, quand il dit : «Quiconque mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement , sera coupable de la profanation de son corps et de son sang. »

Au mépris de toutes ces paroles divines , on fait violence au corps et au sang de Jésus- Christ ; et ils rofPensent par lu davantage que . lorsqulls Tout renié. Avant que d'avoir expié et confessé publiquement leur crime, avant que leur conscience ait été purifiée par le sacrifice et rimposition des mains de Tévêque , avant qu'ils aient apaisé un Dieu irrité qui les menace , ils croient que la paix que quelques-uns se vantent faussement de leur donner est une véritable paix. Ce n'est pas une paix mais une guerre , et celui qui se sépare de l'Ëvangile , ne peut être joint à l'Église. Pourquoi appellentils bienfait une injure ? Pourquoi nomment-ils douceur une cruauté ? Pourquoi paraissent-ils communiquer avec ceux qui devraient pleurer et prier sans relâche, après leur avoir ravi les larmes de la pénitence ? Us sont â ces pécheurs ce qu'est la grêle aux fruits , une constellation maligne aux arbres , la peste aux troupeaux , et la tempête aux navires. Ils leur ôtent ce qui seul les pourrait consoler, l'espérance. Us coupent l'arbre par la racine. Us les empoisonnent par des paroles mortelles. Us brisent leur vais seau contre des écucils pour les empêcher d'arriver au port. Cette facilité ne donne pas la paix, mais la ravit ; ne remet pas dans la communion de l'Église, mais ferme la porte du salut. Cest là une nouvelle persécution ; c'est une nouvelle tentation dont Tennemi se sert pour achever de perdre ceux qui sont tombés , pour faire cesser leurs regrets, pour charmer leur douleur , pour leur faire perdre le souvenir de leur crime , pour arrêter leurs soupirs , pour sécher leurs larmes, et pour empêcher qu'après avoir cruellement offensé Dieu ils ne le fléchissent par une longue et pleine satisfaction. Cependant il est écrit : « Souvenez-vous d'où vous

« Wvit, 7, 20. - « I. Cor, 10, 21. - H. Cor, U , '27

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ôlts tombé et Faites pénitence ^ » Que personne ne se trompe. 11 n'y a que Jésus-Christ qui puisse Faire miséricorde ; celui-là seul peut pardonner les péchés qui a porté nos péchés, qui a soufFert pour nous , que Dieu a livré h là mort pour expier nos crimes. Un homme ne peut pas être plus f;rand que Dieu , et un serviteur ne peut [)as faire {jrâce ni remettre par compassion les plus {grands crimes qu'on â coitimis contre son maître, autrement ce serait ajouter uiie seconde f:(ute à la première, pour ne pas savoir que TÉcriture prononce malédiction contre celui qui met son espérance en l'homme^. C'est le Seigneur (pril faut prier; c'est le Seigneur qu'il Faut apaiser , lui qui a dit qu'il renoncera celui qui l'aura renoncé, et qui seul a reçu de son Père tout le pouvoir de juger. Nous croyons, ft la vérité , que les mérites des martyrs et les œuvres des justes peuvent beaucoup auprès du souverain juge , mais ce ne sera que pour le joiir du jugement , lorsque après la fin du monde les chrétiens comparaîtront devant le tribunal de Jésus-Christ. Mais si quelqu'un est si téméraire que de prévenir le temps et de croire pouvoir donner â tous la rémission des péchés contre le commandement de Notre-Seigneur, qu'il sache qu'il ne sert pas , mais qu'il nuit à ceiix qui sont tombés. C'est irriter Dieu que de ne lui pas obéir , et de croire , en abusant de son pouvoir par un mépris et une présomption insupportables, qu'il n'est point nécessaire de fléchir sa justice. Les ûincs des martyrs crient â haute voix sous l'aufcl de Dieu : « Jusques â quand , Seigneur, vous qui 6tes saint et véritable, difKrerezvous î\ nous rendre justice , et à venger notre sang sur ceux qui habitent sur la terre^?» Et on leur commande de se tenir en repos et de prendre patience! Et l'on croira que quelqu'un d'eux a assez de mérite pour remettre indifféremment les péchés à tout le monde contre l'autorité du souverain juge , ou qu'il peut défendre les autres avant que d'être vengé luimôme ! Les martyrs ordonnent - ils quelque chose? Si ce qu ils ordonnent est juste, s'il est légitime , si cela ne va point contre Dieu , ses ministres le doivent Faire. On leur accordera de bon cœur ce qu'ils demandent , si leurs demandes sont justes et modérées. Les martyrs ordon-

* Apoc., 2, 5. - « Jérémie, 17, 0. - » Apoc., C, 18.

nent-ils quelque chose? Mais ce qu'ils ordonnent n'est point écrit dans la loi de Dieu , il fout que nous sachions auparavant s'ils l'ont obtenu de Dieu , et puis nous le leur accorderons. Ou il ne Faut pas croire que Dieu accorde tout ce que les hommes promettent. Moïse pria pour les péchés du peuple , et cependant il n'en obtint pas le pardon, a Seigneur, dit-il ^ ce peuple a commis un grand crime , et ils se sent hits des dieux d'or, mais je vous supplie de leur pardonner ; sinon, efEacez-moi de votre livre, i Mais le Seigneur lui répondit : « J'efFacerai de mon livre celui qui aura péché contre moi ^ » Cet ami de Dieu , cet homme qui parlait souvent au Seigneur Face à Face , ne put obtenir ce qu'il demandait, ni apaiser la colère de Dieu irrité. Dieu loue et relève Jérémie lorsqu'il dit : c Je vous ai connu avant que de vous former dans le sein de votre mère , et vous ai sanctifié avant que vous en sortissiez , et je vous ai établi pour être mon prophète parmi les nations ^. » Cependant priant Dieu pour les péchés du peuple et le pressant de les lui pardonner : « Ne me pries plus pour ce peuple , lui dit Dieu « et n'intercédez plus pour eux ; car j'ai résolu de ne les point exaucer lorsqu'ils mlnvoqueront dans le temps de leur affliction ^. » Qu'y avait-il de plus jifsf e que Noé, qui Fut seul trouvé juste sur h ferre lorsqu'elle était couverte d'iniquIlésFQu'f avaitil de plus illustre que Daniel, de plus ferme dans la foi , de plus constant dans k martyre , de plus Favorisé de Dieu, qui le At vaincre tant de fois et survivre à ses victoires? Qui a été plus Fervent que Job dans les œuvres de diarUé, plus Fort dans les tentations, plus patient dans la douleur, plus humble , plus fidèle , pins craignant Dieu P Et néanmoins Dieu dit qu'y ne Icnr accorderait pas certaines dioses cpiand ib ka W demanderaient. Car le prophète Êiéctaiel priant pour les péchés du peuple , Dieu lui répondit : « La terre qui péchera contre moi, qiieUe qtfelle soit, et qui me sera infidèle, j*étendrai asa main dessus et la rendrai stérile ; j'y enverrai la famine et en exterminerai les hoBunea et lea bètes. Et quand il y aurait au milieu d'dic troia mes comme Noé, Daniel et Job, eu seuls sauves, et ils ne sauveront pas les autres i» Pour montrer que tout ce qu'on demande ne

«Exode, 32,31.- * Jéréttie, I^A- >/Mr.,/,» «£z^biel,H, 13.

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