‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 51 sur 110 · SONT TOMBÉS · texte numérisé non relu

SONT TOMBÉS

à cause de vos péchés qu'il a détourné sa face de dessus vous pour n'avoir point pitié de tous K » Pensons donc aux offenses que uotts anma commises contre Dieu , et repassant par notre mémoire nos actions et nos pensées , examinons soigneusement notre conscience. Remettonsnous devant les yeux que nous n'avons point marclié dans les voies du Seigneur ^ que nous avons rejeté la loi de Dieu , et n'avons jamais voulu garder ses avertissemeus salutaires. Quel jugement pouvez -vous faire d'un homme de cette sorte ? Quelle crainte de Dieu , quelle foi croyez-vous qu'ait pu avoir celui que la crainte de ses jugemens n'a pu corriger, que la persécution même n'a pu changer? Il marche la tète droite et levée , et pour être tombé il n'a pas fléchi. Cet esprit superbe et altier a été vaincu, mais il n'est pas humilié. Celui qui est couché par terre menace ceux qui sont debout , un malade menace les sains, et Timpie se met en colère contre les évèques de ce qu'on ne veut pas qu'il reçoive le corps du Seigneur en des mains encore toutes souillées, et qu'il boive son sang d'une bouche toute corrompue. Etrange fureur I Vous vous mettez en colère contre celui qui tâche de détourner de dessus vous la colère de Dieu; vous menacez celui qui implore pour vous la miséricorde du Seigneur, qui sent votre plaie que vous-même ne sentez pas . qui répand des larmes pour vous lorsque peut-être vous demeurez dur et insensible : n'est-ce pas augmenter votre crime et le porter à son comble? Et pensez-vous pouvoir apaiser Dieu , tandis que ses ministres ne vous sauraient apaiser vous-même? Écoutez plutôt ce que nous disons* Pourquoi fermez-vous les oreilles à nos avis salutaires , et les yeux au chemin de la pénilence que nous vous montrons ? Pourquoi votre esprit furieux et révolté rejette-t-il les remèdes que nous tirons de l'Écriture, et qui vous pourraient rendre la vie ? Que si quelques incrédules ajou< tent moins de foi aux choses à venir, qu'ils soient au moins épouvantés par celles qui nous frappent les yeux. Car ne voyons-nous pas tous les jours lescliàlimens terribles de ceux qui ont renié la foi, et ne pleurons-nous pas leur malheur ? Ils ne sont pas demeurés impunis même dès ce monde « quoique le jour de la punition ne soit

SAINT CYPRIEN

pas encore venu. Dieu en châtie quelques-uns dès cette heure , afin que les autres deviennent saj^es, et que le supplice de peu de personnes soit un exemple pour tous. L'un de ceux qui étaient volontairement montés au Capitole pour renier Jésus-Christ , devint muet aussitôt après ravoir renié. Sa lang^ue qui avait servi d'instrument à son crime fut le sujet de sa peine , et il ne s'en put plus servir pour demander à Dieu miséricorde. Une femme étant dans le bain (car il ne manquait plus que cela à son crime de se bai{;nrr , après avoir perdu la grAce du bain salutaire) devint possédée de l'esprit immonde , qui ra[];ita de telle sorte , qu'elle tomba , se coupa avec les dents la langue dont elle sY'tait servie pour manger des viandes détestables ou pour prononcer des paroles sacrilèges, et mourut quelque temps après dans les douleurs d'une colique effroyable. Mais écoutez une chose qui est arrivée en ma présence et dont je suis témoin. Un père et une mère s'enftiyant en hâte et eu désordre, laissèrent chez eux une petite fille qui était encore à la mamelle, et que sa nourrice porta aux magistrats, qui lui donnèrent du pain trempé dans du vin , le reste du sacrifice des apostats , parce qu'elle était encore trop petite pour manger de la viande. Quelque temps après sa nourrice la remit entre les mains de sa mère. Mais celte enfant ne put non plus déclarer ce qui s^était passé , comme elle ne l'avait pu comprendre ni empêcher; de sorte que sa mère n'en sachant rien l'apporta avec elle comme nous sacrifiions. Mais la petite fille se trouvant dans l'assemblée des saints , ne put supporter notre prière, et pleurant et se tourmentant comme si on lui eût donné la question , témoignait ce qui lui était arrivé par tous les signes qu'elle pouvait donner en un Age si tendre. Sîais quand les cérémonies furent achevées , et que le diacre lui présenta le calice à son tour, alors poussée d'un instinct que Dieu lui donna , elle se mit à tourner la tète , serrer les lèvres , et rejeter le calice. Le diacre néanmoins persista, et lui en fit boire de ft)rce ; mais aussitôt le cœur lui souleva et elle vomit. L'eucharistie ne put demeurer dans un corps et une bouche infectée. Le breuvage, sanclifié dans le sang du Seigneur, sortit des entrailles qui étaient souillées , tant la puissance et la majesté de Dieu est grande. Sa lumière découvrit ce qui était caclié dans les

ténèbres , et un crime secret ne put tromper nt ministre de Dieu. Voilà ce qui arriva à cette petite fille qui était encore trop jeune pour pouvoir déclarer le crime qu'on avait commis en elle. Mais une autre plus âgée qui avait commis le même crime , s*étant présentée pour recevoir l'eucharistie , ce ne fut pas pour elle une nourriture , mais une épée et un poison qui lui ôta la vie ; car le sang du Seigneur demeura entre son gosier et son estomac , si bien qu'il IV^ouffait. Et ainsi , opprimée par son crime et non par la persécution, après plusieurs tremblemens et convulsions , elle tomba morte sur la place. Le crime qu'elle avait dissimulé ne demeura pas longtemps caché ni impuni; et celle qui avait trompé les hommes sentit les effets de la vengeance de Dieu. Une autre femme ayant ouvert avec des mains impures Tannoire où elle avait mis le saint du Seigneur, il en sortit une flamme qui l'empêcha d'y toucher ; et un homme souillé du même crime ayant eu la hardiesse , après la célébration du sacrifice , d*en prendre sa part avec les autres, ne put man(;er ni manier le saint du Seigneur , et trouva quMl n'avait que de la cendre dans la main. Cet exemple bit voir que Notre-Seigneur se retire quand on le renonce , et que ce qu'on reçoit dn prècre est inutile pour le salut, lorsqu'on le reçoit indignement , puisque la grâce salutaire est chanf^ en cendres , la sainteté se retirant. Combien en voyons-nous tous les jours qui, ne faisant point pénitence de ce crime et ne le confessant point, sont possédés par les démons ? Combien y en a-t-il qui perdent l'esprit et deviennent fîirieax? Il n'est point besoin de rapporter en pirlicolier tous ces accidens funestes. La diversité des chAtimens qui se font de ce crime par tonte h terre , est aussi grande que le nombre des coupables. Que chacun considère non ce que les antres ont souffert , mais ce que lui-même mérite de souffrir, et qu'il ne se croie pas en sftreCé parce queson supplice est difFéré, mais qui! croie au contraire que la vengeance de Dieu est d'autant plus grande qu'elle vient plus tard; et que ceux qui â la vérité n'ont pas souillé laiif mains par des sacrifices détestables , mais qa ont souillé leur conscience par des billets , oe se flattent point comme s'ils n'avaient pas besoîi de faire pénitence. Cette protestation qu'on y a faite est d'un homme qui renonce au

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Dîsme. CTest la dédaratton cTun chrétien qui se désavoue pour ce qu'il est. C'est avoir commis un crime que de confesser qu'on l'a commis ; et puisqu'il est écrit a qu'on ne peut servir deux maîtres ^x> il n'a pas servi Dieu puisqu'il a servi un homme , puisqu'il a obéi à ses édits , puisqu'il a exécuté ses commandemens. Je veux que son crime paraisse moindre et moins honteux aux yeux des hommes , mais peut-il éviter le jugement de Dieu ? puisque le Saint-Esprit dit dans les psaumes : « Vos yeux ont vu ce qu'il y a d'imparfoit en moi , et tous les hommes seront écrits dans votre livre^. » Et encore , « L'homme voit le visage, mais Dieu voit le cœur ^. B Notre-Seigneur dit aussi : « Toutes les Églises sauront que je pénètre le fond des cœurs ^. » U découvre les choses ies plus cachées, et personne ne se saurait dérober à ses yeux. € Je suis , dit-il , un Dieu proche et non pas un Dieu éloigné. Pensez-vous que si un homme se cache dans un lieu obscur , je ne le verrai pas ? Ne remplisse pas le ciel et la terrée» 11 voit à nu le cœur et les desseins qui sont encore enfermés dans ses replis , et il ne nous jugera pas seulement sur nos actions , mais aussi sur nos paroles et sur nos pensées. Mais combien la foi et la crainte de ceux-là est-elle plus louable qui, bien qu'ils n'aient ni sacrifié ni donné des billets , néanmoins , parce qu'ils en ont eu la pensée, viennent s'en confesser simplement et avec douleur aux prêtres de Dieu , découvrent le secret de leur conscience , mettent leur esprit en repos, et cherchent un remède salutaire à leurs blessures quoique légères, parce qu'ils savent qu'il est écrit a qu'on ne se moque point deDieu^. » On ne peut se moquer de Dieu ni le tromper ; et j'ose dire même que celui-là est plus coupable , qui traitant Dieu comme un homme, penae que son crime demeurera impuni , parce qu'il ne l'a pas commis publiquement. Jésus-Christ dit : « Celui qui aura honte de moi , le Fils de rhomme aura honte de lui ^ ; » et Ton s'imagine être chrétien lorsqu'on craint ou qu'on a honte de paraître tel ! Comment celui-là peut-il être avec Jésus-Christ, qui craint ou rougit d'appartenir à Jésus-Christ ? Je veux qu'il soit moins coupable en ce qu'il ne s'est point présenté

«NaUhM9,21 « Apoc., 2, 23.

• Marc , 3, 38.

* Psaumes 118,115.

» JéréiBie, 23, 23. •

-> Rois, 16, 7.

• GaUt., 6, 7.

devant les idoles , en ce qu'il n'a point proi^né la sainteté de la foi aux yeux d'un peuple qui s'en moque , en ce qu'il n'a point souillé ses mains ni sa bouche par des sacrifices fonestes et des viandes criminelles. Cela peut rendre.saiautc moindre, mais cela ne le peut pas rendre innocent. Cela lui peut faire obtenir plus aisément le pardon de son crime , mais cela ne le peut pas exempter de crime. Qu'il ne cesse donc de faire pénitence et d'implorer la miséricorde de Dieu, de crainte que ce qui manque à la qualité de son crime ne soit suppléé par sa négligence à y satisfaire.

Que chacun donc , mes très-chers frères, confesse sa fente, pendant que celui qui a failli est encore au monde , pendant qu'on peut recevoir sa confession, pendant que sa satisfaction et la rémission qui lui est donnée par les prêtres peut être agréable à Dieu. Convertissons-nous à Dieu de tout notre cœur; et témoignant par un véritable regret que nous nous repentons sincèrement de notre crime, tâchons d'attirer sur nous sa miséricorde. Que l'âme s'humilie devant lui, qu'elle le satisfasse par une vive douleur, et qu'elle mette toute son espérance en sa bonté. Lui-même nous apprend comment nous le devons prier, lorsqu'il dit : «Retournez à moi de tout votre cœur par les jeûnes, par les larmes, et par les soupirs, et déchirez vos cœurs et non vos vêtemens ^ » Retournons donc à Dieu de tout notre cœur, et lâchons de l'apaiser par nos jeûnes, nos gémissemens et nos larmes , comme lui-même nous avertit de le faire. Peut-on croire que celui-là s'afflige de tout son cœur , et qu'il implore la clémence de Dieu par des jeûnes , des soupirs et des larmes , qui du jour qu'il a commis le crime n'a cessé de prendre le bain tous les jours , de se traiter tous les jours splendidement , de s'emplir de vin et de viande avec excès sans faire la moindre part de ses biens aux pauvres ? Comment celui-là pleure-t-il sa mort qui porte toujours de la gaieté sur son visage? Il csi écrit: «Vous ne couperez point votre barbc^; » et lui pince la sienne et se farde; et il tâche de plaire aux hommes, tandis qu'il déplaît à Dicti. Cette femme-là gémit-elle, qui peut bien songer à se vêtir superbement, et qui ne soufye point qu'elle a perdu Jésus -Christ dont elle était

Woei,X12.-*Lévit.,16.

SAINT CYPlUEN.

revêtue? qui se pare d'orncmcns précieux et de riches colliers , et qui ne pleure point la perte qu'elle a foite des orneniens célestes et divins? Vous avez beau vous vêtir d'étoffes de |)ourpre et de soie , vous êtes nue. Vous avez beau vous couvrir de perles et de diamans, sans les beautés de Jésus*Gbrist vous êtes laide. Vous qui peignez vos cheveux et vos sourcils, quittez au moins ces vanités pendant le temps de b douleur et des larmes. Si vous aviez perdu quelqu'un de vos amis , vous ne feriez que gémir et pleurer , vous changeriez d'habit , voua ne prendriez aucun soin de vousmême, la tristesse serait peinte sur votre visage, et enfin vous donneriez des marques de votre affliction. Vous avez perdu votre Ame , misérable que vous êtes , vous êtes morte spirituellement, vous portez voire tombeau, vous survivez à vous-même , et vous ne fondez pas en larmes , vous ne remplissez pas Tair de vos cris et de vos plaintes ! Ne devriez-vous pas vous caclier sinon par regret, au moins par honte ? Ge dernier crime est plus grand que le premier , de ne vouloir pas satisfaire pour son crime, de ne pas pleurer son péché. Ces illustres enfansde BabylonCi Ananias, Azarias et Misaêl , ne purent être empêchés par les flanunes d'une fournaise ardente de faire la confessÎQn de leurs fautes à Dieu ; et quoique leur conscience leur rendit un témoignage si avantageux , et que la crainte de Dieu et leur foi eût souvent mérité de recevoir de lui des grâces parliculières , ib ne laissèrent pas néanmoins de conserver ThumiUté , et de satisfaire à sa justice au milieu de leur triomphe même. «Azarias étant debout, dU l'Ecriture, priait et faisait une confession de ses feutes ^ Dieu avec ses compagnons au milieu de la fournaise K » Daniel de même , après avmr donné tant de preuves de sa foi et de son innocence, après tant de faveurs signalées qu'il avait reçues de Dieu, ne laissait pas de tâcher de se le rendre favorable par ses jeûnes, de se rouler dans la cendre , de lui ocfaifesser ses fautes avec un vif sentiment de douleur, et de dire : «Seigneur, qui êtes un Dieu puissant, fort et terrible, qui gardez votre alliance et biles miséricorde à ceux qui vous aiment et qui gardent vos

«Daniel, 3, 24.

commanderoens, nous avons péché , nous avons commis un grand crime, noos avons été des impies , nous avons violé et abandonné votre loi et vos ordimnances, nous n^avons point écouté les prapMtes vos serviteurs qui ont parlé en votre nom à nos rois, à toutes les nations, et à toute la terre. A vous, Seigneur, la gloire et la justice, et à nous la conftision ^t Des hommes doux, simples et iunooensont feit toutes ces choses pour fléchir la nuûesté de Dieu , et des criminels qui ont rmU leur Seigneur refusent de lui faire aatiibction ! Je vous prie, mes frères , suivez de meilleurs conseils, recevez les remèdes salutaires qu'on vous présente , joignez vos larmes et vos gémissemens aux nôtres. Nous vons prions que noos puissions prier Dieu pour vous, et nous nous adressons A vous avant que de nous adresser à lui pour vous-mêmes. Faites une ptoioe et entière pénitence, donnez des marques d'un omr vraiment touché, et ne soyes point émus de l'erreur ou de la stupidité de oen^ qui, étant coupables d'un si grand crime, sont si aveugles que de ne point voir ni pleurer leurs butes. Cet aveuglement est une plaie plus grande que la première dont Dieu les frappe dans son indignation, suivant cette parole: «Dm leur a donné un esprit d'assoupisseoMnC^» Bt eetle autre de saint P»ul : «Ils nVinl pas «fené h vérité qui les eût sauvés, c'ait jMsrqnei Dieu leur enverra un esprit i^mnat^ ate qnHa croient au mensonge, et que toasfeini qnln^Bnt point cru à ta vérité et qui se plalswil ëans finjustice soient coudanmés ^ » Gs qui ont une fausse eompiaisanc» panr mes, et qui sont dans raasonpksMaan l'erreur qui méprisent les eoamandnsns de Dieu , qui négligent les remèdes de qui ne veulent pas km péntone i 1 avant que de corametlre le crime, oyinliuti après l'avoir commis ; feiHcs devant lBi|r flarte, et orgueilleux après. Loraqa'fls ae diBwrieiH tenir debout ils sont tombés parlene; et ils se devraient coucher par terre mander miséricorde à Diea , ils se core debout. Ils se sont donné b paix A mêmes; et séduits par de vaines

*Damcl,9, 4. -* \ » TUett., 2, 10.

DE CEUX QUI SONT TOMBES

se joiijnent â des apostats, et prennent Terreur pour la vérité. Ilss'inaafpnent que lacommunioD est bonne avec ceux qui ne sont pas dans la comn^unioQ , el après n^avoir pas plutôt voulu croire DieM que les hooimea, ils croient plutôt les hommes que Dieu. Fuyez ces f][cns-là autant que vous pouvez. Prenez bien garde de n*avoir point de commerce avec eux. Leurs discours gagnent comme un chancre; leurs entretiens sont contagieux; et leurs paroles empuisonné&s sont plus mortelles que la persécution même. Âpr(^ la chute, il ne reste plus que la pénitence pour satisfaire à Dieu. Or ceux qui ôtent la pénitcpce ruinent la satisfaction; et ainsi il arrive que, tandis que quelques personnes sont assez téméraires pour promettre ou pour croire une fausse rémission, on ôte Tespérance de la véritable. Mais quant à vous, mes très-chers frères, qui avez encore la crainte de Dieu, et qui, bien que blessés de plaies mortelles, sentez voire mal et considérez vos péchés avec douleur, reconnaissez que vous avez commis un grand crime, et ouvrez les yeux de votre ca'ur pour en découvrir Ténormilé, sans désespérer de la miséricorde de Dieu, ni vouloir en exiger le pardon dés cette heure. Autant Dieu est bon comme père, autant il est terrible comme juge. Que nos larmes soient proportionnées à nos fautes. Une plaie profonde ne se peut guérir qu'avec beaucoup de soin et de temps, et il n'est pas juste que la pénitence soit moindre que le crime. Pensez-vous pouvoir sitôt fléchir le Seigneur après ravoir renié lâchement, après lui avoir préféré un peu de bien , après avoir violé son temple? Pensez -vous qu'il vous pardonnera aisément,après Tavoir désavoué pour votre Dieu? 11 but le prier sans relâche, passer les jours et les nuits à pleurer et à soupirer, coucher dans la cendre, se couvrir d'un cilice. Après avoir perdu Jésus-Christ, ce riche et précieux vêtement de Tâme , il ne faut plus désirer d'autres vètemens. Après avoir mangé des viandes du diable , il ne faut plus aimer que le jeune. Il faut s'occuper aux bonnes œuvres pour laver ses péchés, il feut faire beaucoup d'aumônes pour délivrer son âme de la mort. Donnons â Jésus- Christ ce que nous donnions auparavant à notre adversaire, et n'aimons ni ne gardons des richesses qui n'ont servi qu'à nous tromper et à nous vaiucTc. Regardons notre bien comme

notre ennemi, fùyons-Ic comme un larron, craignons-le comme une épée et le vendons. Qu'il ne nous serve que pour racheter noire crime. Faisons-en d'amples aumônes ; employonsle tout â guérir nos plaies; donnons-le à intérêt au Dieu qui nous doit juger. C'est ainsi que la foi a fleuri sous les npôlres. C est ainsi que les premiers chrétiens ont observé les préceptes de Jésus-Christ. Ils étaient cliaritablos, ils étaient libéraux, ils donnaient tout lear bien â disiribuer aux apôtres, et cependant ce n'était pas pour racheter de semblables crimes. Si vous priez de tout votre cœur, si vous êtes outré de douleur comme le devrait être un vrai pénitent, si vous tâchez d'obtenir de Dieu le pardon de votre faute, par une pratique contiuuclle de bonnes œuvres, il pourra avoir pitié de vous, lui qui vous a fait espérer sa miséricorde lorsqu'il a dit '.«Quand vous tournant vers moi , vous gémirez, alors vous serez siuivc, el vous connaîtrez où vous étiez^ » El encore : (Je ne veux pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il se ronvertisse et qu il vive -. » Et le propiièie Joël nous déclare la bonté de Dieu par des paroles que Dieu même adresse aux pécheurs : «Retournez, dit-il, au Seigneur notre Dieu, car il est doux, clément, patient, et extrêmement bon, et il révoque quelquefois les arrêts de sa justice ^. » Il peut faire grâce aux coupables et révoquer ses arrêts. 11 peut pardonner miséricordieusement â celui qui se repent, qui fait de bonnes œuvres, et qui le prie. Il peut avoir égard â ce que les martyrs demandent, et à ce que font les prêtres pour ces sortes de pénitens. Ou même, si quelqu'un le touche davantage par ses satisfactions, s'il apaise son indignation par l'ardeur de ses prières, il donnera de nouvelles armes, et des forces nouvelles pour ranimer sa foi. Ce soldat retourtieia au combat , rentrera dans la mêlée, provoquera l'ennemi, et le regret d'avoir été vaincu le rendra plus fort pour remporter la victoire. Celui qui salisfora ainsi au Seigneur, et qui, animé par la honte et le repentir, tirera de sa chute même, avec l'aide de Dieu, un nouveau sujet de courage et de foi , réjouira aul.int TËglise qu'il l'avait attristée, el ne méntera pas seulement le pardon , mais la couronne.

' tzcchid , 18. - => JOUI., Ô3. i 1 , 18, 62. ■ " Jwl.. 2 VJ

SAINT CYPIUEN.

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