SAINT C
Judée s'enfuient sur les noontagnes ; que celui i qui est sur son toit ne descende point pour em- | porter quelque chose de sa maison, et que celui qui est à la campagne ne retourne point quérir ses habits. Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ce temps-là. Priez Dieu que votre fuite n'arrive point Thivcr ni le jour du sabbat. Car raffliclion sera alors si extrême qu'il n'y en a point eu de même depuis le commencement du monde , et qu'il n'y en aura jamais de semblable. Et si ces jours-là n avaient été abrégés , personne ne serait sauvé ; mais ils senmt abrégés en faveur des élus. Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici , ou il est là , ne le croyez point; car il s'élèvera de faux Christs etdefauxprophétesqui feront de grands miracles et des prodiges surprenans, jusqu'à séduire s'il était possible les élus mêmes. Prenez y donc garde , je vous en avertis auparavant. Si donc on vous dit : Le voici dans le désert , n'y allez point : Le voici dans la maison , ne le croyez point. Car comme un éclair paraît tout d'un coup d'orient en occident , ainsi sera Tavénement du Fils de Tliomme. Partout où sera le corps mort les aigles s'y assembleront. Mais aussitôt après ces jours d'affliction le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel , et les vertus des cieux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel , et tous les peuples de la terre se lamenteront et verront le Fils de l'homme venir au milieu des nuées environné de gloire et de majesté. Et il enverra ses anges avec une trompette et grand bruit, qui rassembleront ses élus des quatre coins du monde , et d'une extrémité du ciel à l'autre ^ » De plus , les clioses qui arrivent maintenant aux chrétiens ne les doivent point surprendre , ni leur sembler nouvelles , puisque les gens de bien et ceux qui tâchent de plaire à Dieu par la pureté et l'innocence de leurs mœurs marchent toujours par le sentier étroit et difficile des peines et des afflictions. C'est ainsi que dès la naissance du monde , le juste Abel fut tué par son frère , Jacob obligé de s'enfuir, Joseph vendu , David persécuté par SaQl , et Ëlie par Achab à cause qu'il soutenait courageusement l'honneur de Dieu. J<e grand-prëtreZacharie fut tué aussi au
^Mallb., 24,4.
YPRIEN.
milieu du temple près de l'autel , et immolé comme une victime au lieu même où il ofTniit des victimes à Dieu. Enfin combien de martyrs, dont on célèbre la mémoire, et qui sont autant d'exemples illustres de foi et de courage? liCs (rois enfans de Dabylone, Ananias , Azarias et Misaél , tous trois de même âge , tous Iroîs extrêmement unis , tous trois pleins de foi et de courage, plus forts que les flammes et les (ourmens dont on les menaçait, crient qu'ils ne servent que Dieu seul , qu'ils ne connaissent que lui , qu'ils n'adorent que lui. « Roi , dîsenl-'ih à Nabuchodonosor, nous n'atvons rien à vous dire là-dessus ; car le Dieu que nous servons nom peut aisément retirer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de vos mains, ftlais quand il ne le ferait pas , sachez que nous ne servirom point vos dieux , ni n'adorerons la stafse (Tor que vous avez fait dresser ^ » Et Daniel, consacre à Dieu et rempli du Saint-Esprit, s*écrie de même : a Je n'adore que le Seigneur mon DicQ qui a créé le ciel et la terre ^. «Tobie aussi amservant toujours un cœur libre et généreai aa milieu de sa captivité, confesse Dieu hautement et publie sa grandeur et sa puissance : a Je le confesse , dit-il , dans le pays où je sois captif, et ie prêche sonpouvoir à une nation penrerseet méchante 3. » Que dirai-jedes sept MresJIfacbabées , pareils en courage aussi bien qa'eo oa»sance, et accomplissant le nombre des sept comme la figure de la perfection? Ils sont sept frères unis dans la gloire d'un même martyre , comme les sept premiers jours auxquels Dica a créé le monde , qui contiennent les sept mOie ans ; comme les sept esprits bienheureux qui se tiennent toujours en la présence de Dieu; comme les sept lampes dans le tabemade de ftidlse , comme les sept chandeliers d^orde PApocatypse ; comme les sept colonnes de Salomon sur lesquelles la sagesse a élevé une maison ; comme les sept enfans du premier des rois dont la fbimie stérile accoucha ; comme les sept femmes dm Isaïe , qui ne prennent qu^un mari et qui en veulent porter le nom ; comme les sept Ëgiisn auxquelles écrit saint Paul, et les sept anxqufDei Notre-Seigneur s'adresse dans l'Apocalypse amii bien qu'à leurs anges. A ces sept enfiins génértoi se joint leur mère qui en était la source et Ton-
* Daniel , 3, 6. - • /&«*., 14, 4. - • Tobie, 13^ 7.
EXHORTATION AU MARTYRE
ginc , laquelle a ensuite enfanté sept Églises , comme celle qui a été premièrement et uniquement fondée sur la pierre par la parole même de Jésus-Christ. Et ce n'est pàs sans mystère que ces sept enfans n*ont que leur mère pour compagne de leurs souffrances , et non pas leur père. Car cela nous apprend que les martyrs n'ont point d*autre père que Dieu même, suivant cet avertissement queNotre-Seigneur nous donne dans rËvangile : « N'appelez personne sur la terre voire père , car vous n'avez qu'un père qui est au ciel ^ » Mais quelle a été la gloire de leur coufessiou , et la grandeur de leur foi et de leur générosité ! Le roi Anliochus, ce tyran, ou plutôt cet Antéchrist, voulant les obliger à souiller leur bouche en mangeant de la chair de pourceau , les fît battre cruellement de verges. Mais comme il vit que cela ne servait de rien, il commanda qu'on mît le feu sous des chaudières, et quand elles furent toutes rouges y fit jeter le premierdes Macbabées qui avait parlé le plus hardiment, après lui avoir fait couper la langue ^. Ce qui fut d'autant plus glorieux au mar(}T, qu'il était raisonnable qu'une langue qui avait confessé le nom de Dieu fût envoyée la première à Dieu. U inventa encore de plus cruels supplices contre le second ; car avant que de le tourmenter dans SCS autres membres, il lui fit arracher la peau de la tète avec les cheveux. En quoi il fit paraître qu'il en voulait à Dieu même ^ puisque Jésus-Christ étant la tète de Thomme et Dieu la tète de Jésus-Christ , il persécutait Dieu et Jésus-Christ dans la tète du martyr qu'il faisait écorcher. Mais lui, se confiant en ses souffrances et plein de l'espérance de la résurrection future, s'écria : «Malheureux que tu es! tu nous ôtes la vie présente ; mais le maître du inonde nous ressuscitera pour la vie éternelle suivant l'ordre immuable de ses lois 3. a On demanda la langue au troisième pour la couper, et il la donna aussitôt , ayant d^à appris de son frère à mépriser ce supplice. Il présenta les mains avec une pareille constance , heureux d'imiter par là Notre-Seigneur qui étendit les siennes sur la croix. Le quatrième méprisant les lourmens avec un semblable courage, pour rabattre l'orgueil du roi, lui dit : a II vaut mieux que les hommes nous fassent mourir , et mettre notre
confiance en Dieu qui nous doit ressusciter pour la vie étemelle; car pour toi tu ne ressusciteras point pour la vie ^ » Le cinquième ne foulant pas seulement aux pieds les divers supplices dont on le tourmentait , mais prévoyant encore par l'esprit de Dieu ce qui devait arriver, prédit au roi qu'il verrait bientôt les effets de sa colère et de sa vengeance : « Parce que vous êtes puissant parmi les hommes , dîi-il , quoique vous soyez mortel comme eux , vous luîtes ce que vous voulez. Mais ne pensez pas pour cela que Dieu nous ait abandonnés. Attendez un peu , et vous verrez les terribles fléaux qu'il va envoyer sur vous et sur votre race 2. » Quelle consolation pour ce martyr et quel soulagement au milieu de ses supplices , de ne pas tant songer aux maux qu'il souffrait qu'à ceux que devait bientôt souffrir son bourreau ! Le sixième ne mérite pas seulement d'être loué pour son courage , mais encore pour son humilité ; car il ne fit point vanité de ses souffrances et de la gloire de sa confession , mais attribua à ses péchés la persécution du roi , et à la justice de Dieu la vengeance qui la devait suivre. Il fit voir que les véritables martyrs sont modestes , et bien qu'ils espèrent que Dieu les vengera , ils ne s'enorgueillissent jamais de leur martyre, a Ne vous y trompez pas, lui dit-il , nous sommes cause de ce que nous endurons , parce que nous avons péché contre notre Dieu ; mais ne vous imaginez pas pourtant que cet attentat que vous commettez contre sa majesté demeure impuni '. » Leur admirable mère de même , sans être ébranlée ni par la faiblesse de son sexe ni par la perte de tant d'enfans , les regarda mourir d'un visage assuré, et considéra leurs supplices non comme des peines , mais comme un honneur. Si bien qu'on peut bien dire que cette constance qu'elle témoigna à voir ainsi ses enfans tourmentés fut une espèce de martyre qui égala en quelque sorte le leur. Mais son courage n'en demeura pas là ; car après la mort de ces six frères, comme il en restait encore un plus jeune , le roi lui promettant des richesses et des honneurs pour tâcher de le fléchir et se consoler au moins par la victoire d'un seul de la honte qu'il avait d'avoir été vaincu par les autres , et voulant engager sa mère à l'y exhorter , elle l'exhorta en effet
< Matth., 2 5, 9. - > U. Nachab , 7. - « /bid.f 7« 9.
» H.Machab..7,l4.-MI.Machal).,7,16.-»/6fVf., 7,18.
SAIiNT CYPRIRN.
mais comme une mère de martyrs, comme une mère qui se souvenait de la loi de son Dieu , comme une mère qui n* aimait pas ses cnfans mollement , mais d^une affection mâle et généreuse. Car elle Texhorta à confesser le nom de Dieu , et à ne se point séparer de ses frères dans la gloire de leur martyre , ne s'estimant véritablement leur mère qu'en tant qu*cUe les avait engendrés pour Dieu. L'armant donc et le fortifiant, et l'enfantant plus heureusement que la première fois : « Mou fils , lui dit-elle, ayez pitié de moi qui vous ai porté neuf mois dans mon ventre , qui vous ai nourri et allaité pendant trois ans , et vous ai conduit à l'âge où vous êtes. Je vous prie , mon fils , regardez le ciel et la terre et tout ce quMIs contiennent, et considérez que Dieu les a créés de rien aussi bien que les hommes. Ne craignez donc point ce bourreau , mais rendez-vous digne de vos frères et souffrez généreusement la mort , afin que j'aie la joie de vous voir avec eui^ » Cette mère mérite de grandes louanges d'avoir ainsi encouragé son fils à la vertu ; mais elle en mérite encore de plus grandes de ne s^étre point prévalue de la gloire de six martyrs , ni cru que les prières de ses autres enfans pussent servir à celui-ci s'il venait à renoncer à sa religion, et de lui avoir persuadé plutôt de souffrir avec eux afin de se trouver avec eux au jour du jugement. Enfin cette généreuse mère meurt aussi avec ses enfans; car il n'était pas à propos que celle qui avait engendré tant de martyrs ne prit point de part à l'honneur de leurs triomphes , et qu'elle ne suivît pas ceux qu'elle avait envoyés devant elle à Dieu. Mais afin que personne ne trompe et ne se laisse tromper par des billets ou par quelque autre artifice de cette sorte, il ne faut pas passer sous silence Éléazar', qui comme les ministres du prince lui eussent offert de lui apporter des viandes dont il lui était permis de manger, pour faire croire qu'il avait mangé de celles ofÂsrtes aux idoles selon le commandement du roi, ne voulut point consentir à cette supercherie , et dit qu'il était indigne de son âge et de sa noblesse d'user d'une feinte comme celle - là qui scandaliserait les autres et les induirait à erreur, s'imaginant qu'Éléazar, à l'âge de quatre-vingt dix ans, aurait
^ 11. BUch4b., 7, 27. - • ihid., 6, 21 .
trahi lâchement la loi de son Dieu pour suivre des coutumes étrangères, et que le peu de temps qui lui restait à vivre n'était pas si oonsidérabie qu'il voulût , pour le ménager, offenser Dieu et s'exposer â des supplices étemels. Après donc avoir été longtemps cruellement tourmeofé, sur le point de rendre l'âme au milieu des fwet$ et des tortures, il dit en soupirant : « Se^g^neur, dont la science est sainte et admirable, vous savez que, me pouvant garantir de \a mort , je souffre d'horribles douleurs dans mon corps , mais que mon esprit les souffre avec joie parce que j'ai votre crainte ^ » Merveilleuse foi ! d'avoir plutôt songé à Dieu qui le devait juger, qu'au roi Antiochus qui le tourmentait ; et d'avoir compris qu'il ne lui eût de rien servi pour son salut de tromper les hommes, puisque Dieu qui est le juge de notre coosoeoee et qui est le seul à craindre ne peut èlre trompé ni moqué. Si donc nous nous sommes véritablement donnés â Dieu, si nous marcboos nr les anciennes et saintes traces des justes , ne faisons point difficulté de passer par les mfanes épreuves et les mêmes souffrances , nous estimant heureux de nous rencontrer en un tcopi où la foi et la vertu sont si florissantes , qn'oa ne peut plus compter comme autrefois k nonibit de ceux qui signalent leur valeur par le miriyre suivant ce témoignage de rApocaljpseu Après cela je vis une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation , de Umte tribu , de tout peuple et de tonte langne , qui étaient debout devant l'agneau. Ils avaient dei robes blanches avec des pafmes en leors nainiv et chantaient â haute voix ; Grftœs soient mdues â notre Dieu qui est assis snr le trône ctà l'agneau qui nous ont sauvés. Alors nn des fidlards s'adressant â moi, me dit : Qui sont ceaici qui sont vêtus de robes Uandies , et d'Aï sont-ils venus ? Je lui r^iondis : Sdgnenr, vosi le savez. Et il me dit : Ce sont ceoi qui sat passé par de grandes afflictions, et qui ont hié et blanchi leurs robes dans le sang de ragnsn. Cest pourqum ils sont devant le trôoe de Dics et le servent jour et nuit dans son temple ^. > Que personne donc ne croie quil soit diflide d'être martyr, puisque le nomîire des nnrtjn est innombrable.
* H. Machab., 6, 30 - » Apoc., 7» 0.
EXIIORTATlOiN AU MAUTYUK.
XII. Le Saint-Esprit le déclare par Salomon lors(|u'il dit : « Quoiqu'ils soient tourmentés devant les hommes , ils ne laissent pas d'ôtre remplis de Tespérance de Timmortalité. Pour quelques légères peines ils recevront de grandes ri^compenscs, parce que Dieu les a éprouvés et trouvés dignes de lui. Il les a éprouvés comme for dans la fournaise, et reçus comme un holocauste, et il songera à eux quand le temps sera venu, lis jugeront les nations et domineront sur les peuples , et le Seigneur régnera éternellement en eux^» Le même Salomon décrit la vengeance qui sera faite de ceux qui nous persécutent et leur repentir, en ces termes : a Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur, et dans Tétonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur: Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes, nous pensions que leur vie fût une folie, et que leur fin dût être sans honneur, et maintenant les voilà parmi les enfans de Dieu, et au nombre des saints. C'est donc ainsi que nous nous sommes égarés du chemin de la vérité. La lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie d'iniquité et de perdition. Nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil, et quel avantage relironsnous de cette vaine montre de nos richesses ? Toutes CCS choses ont passé comme une ombre^.» Au psaume cent-quinzième, il est parlé aussi de la récompense du martyre : «La mort des saints du Seigneur, dit David , lui est précieuse^;» et au psaume cent vingt-cinquième de la peine du combat, et de la joie de la récompense : «Ceux qui sèment avec larmes , recueilleront avec joie, lis pleuraient quand ils jetaient leur semence sur terre; mais ils viendront avec allégresse chargés de leurs gerbes^. » Et au psaume cent dix-huitième : a Heureux ceux dont les mœurs sont pures, et qui se conduisent selon la loi de Dieu. Heureux ceux qui
» S;iîîc:so,3, î. — 2 fbitL, 5, 1.
imitent ses souFFrancps et qui le cherchent «le tout leur ca'ur^ » Dans l'fivangilc aussi, Nofre- Seigneur, qui nous vengera et nous récompensera, dit : « Heureux ceux qui auront souffert persécution pour la justice, car le royaume du ciel est à eux^. s Et encore : t Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous haïront, vous sépareront, vous chasseront, et vous décrieront comme des méchans à cause du Fils de l'homme. R^ouissez-vous alors et soyez bien aises, car une grande récompense vous attend au ciel 3.» Et en un autre endroit : «Celui qui perdra la vie pour Tamour de moi, la sauvera^. » Et Dieu ne promet pas seulement des récompenses à ceux qui souffrent le martyre, mais aussi à ceux qui conservent une foi pure et entière. Car tout chrétien qui abandonnera tout ce qu'il possède pour suivre Jésus-Christ sera mis au rang des martyrs , suivant cette parole : a Personne ne quitera sa maison , ou sa terre, ou son père et sa mère, ou ses frères, ou sa femme , ou ses enfans pour le royaume de Dieu , qu'il n'en reçoive sept fois autant dès ce monde et en l'autre la vie étemelle^» Il est dit la même chose dans l'Apocalypse. «Je vis, dit-ll , les âmes -de ceux qui avaient été mis à mort pour le nom de Jésus , et pour la parole de Dieu;» et il ajoute : «Et qui n'avaient point adoré la bête ni son image, ni reçu son caractère sur leur front ou dans leur main, et qui devaient vivre et régner avec Jésus-Chrisl^. » 11 dit que non-seulement ceux qui ont souffert de la mort vivront et régneront avec Jésus-Christ , mais aussi tous ceux qui , demeurant fermes dans leur foi et conservant toujours la crainte de Dieu, n'adoreront point l'image de la bête, ni n'obéiront à ses édits détestables et sacrilèges. Que la récompense doive être plus grande que les souffrances, saint Paul le montre, lui qui fut ravi jusqu'au troisième ciel où il ouït des paroles ineffables , qui se glorifie d'avoir vu le Seigneur Jésus par la lumière de la foi, et qui est d'autant plus croyable qu'il parle de ce qu'il a appris et de ce qu'il a vu. « Les souffrances de cette vie, dit-il, «n'ont pohit de proportion avec la gloire qui sera un jour découverte en nous'. i^Qui ne travaillerait donc de tout son pou-
» Pr 118 l.-«M»Iili.,5, 10. — = lue, fi, 22.
UV
SAINT CYPRIEN
voir pour arriver !k une gloire si éclatante, pour devenir l*aini de Dieu , pour se téjouir avec Jésus-Christ au sortir de cette vie, pour passer des .supplices d*ici-bas aux récompenses célestes? S'il est glorieux aux soldats du siècle, après avoir vaincu rennemi. de retourner triomphans en leur patrie ; quel plus grand honneur n'est-ce point de retourner dans le paradis après avoir surmonté le diable, et de reporter des trophées dans un lieu d*où Adam avait é(é chassé pour son crime , après avoir terrassé celui qui Fen avait chassé? d'offrir à Dieu une foi incorruptible, une vertu sans tache , un zèle plein de vigueur? de raccompagner lorsqu'il viendra tirer vengeance de ses ennemis? d'être à côté de lui lorsqu'il s'assiéra sur son trône pour juger le monde? d'être fait le cohéritier de Jésus-Christ? d'être rendu égal aux anges? d'enirer en partage du royaume des cieux avec les patriarches, les apôtres, et les prophètes? Y a-t-il quelque persécution assez grande , quelques tourmens assez terribles pour renverser un cœur qui est plein de ces pensées? Une âme demeure inébranlable à toutes les terreurs du diable et aux menaces du monde quand elle est appuyée sur ces fondemens , et sur la base solide et immo-
bile de la foi. Dans la persécution , il est vrai , les yeux des martyrs sont fermés pour la terre, mais ils sont ouverts pour le ciel. L'Antéchrist les menace, mais Jésus-Christ les protège. On leur donne la mort , mais cette mort est suirie de l'immortalité. On leur ôte le monde , mais le paradis leur est rendu. On les prive de h vie temporelle, mais ils recouvrent la vieéremclle. Quelle joie de sortir d'ici au mlfièu des gènes et des tortures qui sont le gage le plus assuré de notre espérance, de fermer en un moment les yeux aux hommes et au monde, et de les ouvrir aussitôt pour voir Dieu et Jésus-Christ! Quel bonheur d*ètre retiré si promptement de celte vie , pour être mis ù l'heure même dans le royaume des cieux ! Voilà de quoi nous nous devons entretenir l'esprit. Voilà ce qu'il faut méditer nuit et jour. Si la persécution trouve un soldat de Jésus-Christ disposé de la sorte, un arar ainsi armé pour le combat ne sera jamais vaiDcn ; et si Dieu le tire du monde auparavant, one foi si bien préparée pour le martyre ne demeurera pas sans récompense; car Dieu, qui est un juge équitable, n'a point égard au temps. Durant la persécution il couronne le courage ; et durant la paix , la vertu et la bonne volonté.
k BÉMÉTRIANUS'.
11 y a longtemps que ]c vous entends vomir des jjlasphèmcs contre le Dieu véritable et unique; mais je vous avais toujours dédaigné jusqu'ici , parce que je jugeais plus à propos de vous laisser dans votre erreur que d aigrir par mes discours un homme furieux et emporté; ce que je ne faisais pas sans être fondé sur une autorité divine, puisqu'il est écrit: a Ne dites rien à un fou , de peur qu'il ne se moque de ce que vous lui direz 3. » Et encore : «Ne répondez point aux folies d'un fou, de crainte que vous ne lui ressembliez'. » Notre-Seigneur de même
* On ne sait si ce Déméfrianus ^(ail le proconsul iV\frique ou Tun des jiffsesou conseillers de la ville deCailbaG^ ou tout simplement un sophj&ie cêlèbic alors.
• i»ror., 23, 9. -' IbiJ., 20, 4.
nous commande de garder poar noos les Tériléf que nous connaissons, et de ne les pis cxpofff à être foulées aux pieds des chiens et despotf* ceaux : « Ne donnez point, dit-il, les dioi0 saintes aux chiens, et ne jetez point vos perics devant les pourceaux , de peur qu 'ils ne les finlent aux pieds, et qu'ils ne se jettent sur to« et ne vous déchirent <• sEt vérltablenienl,eoinv je voyais que vous me veniez voir souvent, ptatt pour contredire que pour apprendre, et q* vous ne faisiez que criailler au lien de D^éfiôf ter doucement , il me semblait qn 11 n*f ni aucune apparence de raison de disputer codff vous, parce qu'il est plus aisé de sormoniffk
> Mallh., 7, 7. G.
A DÉMËTRIANUS.
i»ruit des va{;ues émues qued'arrèler les saillies de votre ra{;e,etquc cesl perdre sa peine de présenter la lumière à un aveugle, de parler à un sourd, et d'instruire une bote. G est ee qui m'avait obligé à (j^rder le silence jusqu*à celte heure pour lâdier de vaincre votre opiniâtreté par ma patience, voyant que vous étiez trop indocile pour être instruit, trop impie pour céder aux raisons de la religion, et trop furieux pour vous apaiser par la douceur. Mais puisque vous passez maintenant plus avant , et que vous dites qu'on nous accuse d'être cause des guerres , des pestes et des famines, il ne se faut plus taire désormais, de peur qu^on ne l'attribue plutôt à faiblesse qu*à retenue, et que tandis que nous méprisons de répondre aux crimes qu'on nous impute, il ne semble que nous en demeurions d'accord. Je vais donc vous répondre à vous et aux autres,que vous avez peut-être animés contre nous par vos médisances, et qui ne laisseront pas pourtant, comme je l'espère, d'entendre raison, puisqu'il y a bien de Papparence que ceux à qui le mensonge a donné de mauvaises impressions de nous , en jugeront équitablement quand ils sauront la vérité.
Vous dites donc que c'est nous qui sommes cause de tous les malheurs qui affligent maintenant les hommes, parce que nous n adorons pas vos dieux. Mais puisque vous êtes si ignorans des choses divines , il vous faut apprendre premièrement que le monde est déjA sur son déclin, et qu*il n'a plus les mêmes forces ni la même vigueur qu'il avait autrefois. Il n'est pas besoin pour le prouver de rapporter des autorités de la sainte Écriture; le monde lui-même le dit , et témoigne assez par la décadence de toutes choses qu'il approche de sa fin. Il ne tombe plus tant de pluies en hiver pour nourrir les semences ; le soleil n'est plus si chaud en été pour mûrir les fruits ; le printemps n'est plus si agréable, ni l'automne si fécond. Les carrières de marbre, comme si elles étaient lasses, n'en fournissent plus tant, et les mines d'or et d'argent sont épuisées. Les terres demeurent incultes, 1^ mers sans pilotes, les armées sans soldats. Il n'y a plus d'innocence au barreau , de justice 'parmi les juges, d'union entre les amis, d'in- 'dustric dans les arts, de discipline dans 1rs mo'urs. Croyez- vous qu'une chose qui est sur sou déclin puisse être aubbi vi[;uurcubO ([ii clic
était d'abord ? II faut de nécessité que tout ce qui tend vers sa fin dépérisse. Ainsi le soleil proche de son coucliant jette des rayons plus languissans. Ainsi la lune sortant de son plein, perd tous les jours quelque chose de sa lumière; et un arbre qui d'abord était fertile et verdoyant, lorsqu'il est vieux devient sec et difforme. Une fontaine de même, qui du commencement faisait couler ses eaux en abondance , tarit enfin par le cours des années, et fournit à I>eine un fîlct d'eau. C'est une loi de Dieu et de la nature que tout ce qui commence prenne fin, et qu'après qu'une chose est arrivée jusqu'à certain point de force et de grandeur, elle déchoie et s'affaiblisse, et ensuite se détruise. Quand donc vous imputez aux chrétiens que, dans la vieillesse du monde, toutes choses empirent, c'est comme si les vieillards s avisaient de leur imputer les incommodités de la vieillesse, et de dire que c>st eux qui sont cause qu'ils n'entendent plus si clair, qu'ils n'ont plus si bonne vue, qu'ils ne sont plus si agiles, ni si robustes , ni si sains, et qu'au lieu que l'on vivait autrefois huit et neuf cents ans, à peine s'en trouve-t-il maintenant qui aillent jusqu'à cent. Nous voyons des enfans qui scmt déjà tout blancs. Leurs cheveux périssent avant qu'ils soient venus , et ils ne finissent pas, mais commencent par la vieillesse. C*est ainsi que toutes choses maintenant du point de leur naissance se précipitent à leur mort , et se ressentent de Taffaiblissement général du monde.
Pour ce qui est des guerres, des stérilités, et dés maladies qui sont plus fréquentes à celte heure qu'autrefois , sachez qu'il a été prédit que dans les derniers temps les maux se multiplieront , et qu'à rapproche du jour du jugement la colère de Dieu s'allumera de plus en plus contre les hommes, et leur enverra de plus terribles fléaux. Ces choses n'arrivent pas, comme vous le publiez faussement , parce que nous n'adorons pas Tosdieux, mais parce que vous vous n'adorez pas le vrai Dieu ; car comme il est l'arbitre du monde , et qu'il ne s'y fiait rien que par son ordre ou par sa permission, lorsqu'il arrive des choses qui témoignent qu'il est en colère, ce n'est pas pour nous qui le servons qu'elles arrivent , mais pour vous punir di» vos trinios. CVsl parce que vous ne le clicrcliez i.i no le crai;;nc/, et (|!îe vous ne quille/. jK^inl nu- vaincs bUiKYslilions |K;ur
SAIiNT CYIMUEN.
embrasser la véritable relijçion , et pour faire que, comme c'c$t Tunique Dieu de tous, tous aussi le servent et Fadorent. Écoutez-le luimême comme il parle et nous instruit : «Vous adorerez, dit-il, le Seijçneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul*.» Et encore: «Vous n'aurez point d'autres dieux que moi 2.» Et en un autre endroit -.«N'allez point après des dieux étranffers pour les servir et les adorer, et ne m'obligez point par vos crimes à vous perdre'. » Un prophète de même rempli du Saint-Esprit annonce la colère de Dieu par ces paroles : «Voici ce que dit le Seigneur et le Dieu toutpuissant : Parce que ma maison est déserte, et que chacun de vous se hâte d'aller en sa maison, le ciel ne versera plus ses pluies , et la terre ne produira plus ses fruits, et je ravagerai la terre, le blé, le vin, Thuile, les hommes et les bètes, et tous leurs travaux^.» Un autre prophète dit encore la même chose : « Je ferai pleuvoir sur une ville et ne ferai pas pleuvoir sur Fautre. La pluie tombera d'un côté , et le côté où elle ne tombera pas séchera. Deux ou trois villes viendront dans une même ville pour l)oire, et ils ne se pourront désaltérer; et après cela vous ne vous convertirez pas à moi, dit le Seigneur^?» Vous voyez que ï)ieu se met en colère et menace, parce que vous ne vous convertissez pas à lui; et au milieu de votre opiniâtreté et du mépris que vous faites de lui, vous vous étonnez et vous vous plaignez des sécheresses et des stérilités, de ce que la grêle ravage la vigne, de ce que les orages ruinent la moisson , de ce que les fontaines tarissent , la peste corrompt Fair, les maladies tuent les hommes , pendant que ce sont vos péchés qui attirent toutes ces vengeances du ciel , et que Dieu est d'autant plus irrité qu'il voit que vous ne profitez pas de ces châtimens. Car le même Dieu déclare dans l'Écriture sainte que ces malheurs arrivent ou pour corriger les opiniâtre$<ou pour les punir. «C'est en vain, dit-il, que j'ai frappé vos enfiins, ils ne se sont pas corrigés ^» Et le prophète lui répond : «Vous les avez frappés, et ils ne l'ont pas senti ; vous les avez affligés, et ils n'ont pas voulu rentrer dans leur devoir?.» Dieu châtie, et on ne le craint point ; il frappe de ses fléaux.
« Dcut.,ri, 13.- ' JbU., 5, 3.
• Kxod., 10.3.
* Jérémic,25,6.
•Jà^niie 2,30
et l'on ne se met point en peine de l'apaiser. Que serait-ce donc s'il ne punissait point les hommes .^Combien l'impunité augmenterait-elle encore leur insolence? Vous vous plaignez de ce que l'air est malsain, de ce que le ciel ne donne point de pluies, de ce que la terre est infertile, en un mot de ce que les élémens ne vous servent pas pour vos besoins et pour vos plaisirs. Mais je vous demande, vous qui voulez que toutes choses vous servent, servez- vous Dieu? lui obéissez-vous , afin que toutes c\\oscs vous obéissent? Vous exigez toutes sortes de services de votre esclave, et quoique vous soyez homme comme lui, que vous naissiez de même, que vous deviez mourir de même, que vous ne difPériez d'avec lui ni pour l'àme , ni pour le corps, cependant s'il ne fait tout ce que vous lui commandez, s'il ne vous est entièrement assujetti , vous lui donnez des coups de bàtoiiou les étrivières, vous lui faites souffrir la fiiim et la soif, le chargez de chaînes, le ineiln en prison ; et, misérable que vous êtes , tandis que vous faites si bien valoir votre qualité de naitre sur un homme, vous ne reconnaissez pas le maître et le Seigneur de tous les hommes. Ccst donc justement que Dieu les frappe de plusieurs plaies. Mais comme ils ne s'en servent pas poor se convertir à lui, des cachots étemels tt des flammes qui ne s'éteignent point les allendent en l'autre monde, sans qu'an écoule leun prières ni leurs gémissemens, comme î\s n'oot point écoulé Dieu ici-bas lorsqu'il faisait éclater son indignation contre eux. « Enfons dlsraèl, dit-il par un prophète, écoutez ce que dit k Seigneur : car voici qu'il va juger les babitaB de la terre, parce qu'il n'y a plus sur la terre ni miséricorde , ni justice, ni connaissance de Dica; mais aliomination , mensonge, roenrtrcSy taigandages, adultères, incestes. Cest poan|H la terre sera désolée avec tous ses babitaïf avec les bêtes de la campagne, avec les aerpcai, | avec les oiseaux; et les poissons mêmes de h I mer mourront. Et que personne ne pode fc temps à prêcher les hommes*. » Dieu témoipB qu'il est indigné de ce que les hommes ne koanaissent point ; et les hommes ne aemettcntpoii en peine de le connaître et de le cralndre.lik* marque tous leurs crimes en particulier cl kl en reprend ; et ils ne songent point i s*cn cor*
« Oaée, 4, 2.
A DÉiMÉTRlAMJS.
i*î{j;er. Nous voyons ses prédiclions s^accomplir (ous les jours; et personne n*y Fait attention pour en devenir plus sage. Les maux nous accablent de telle sorte qu'à peine nous laissent-ils le temps de respirer ; et cependant nous avons le loisir d'être méchans, et nous nous amusons à condamner les autres au lieu de nous condamner nous-mêmes. Vous vous mettez en colère de ce que Dieu se met en colère contre vous, comme si en vivant mal vous méritiez qu'on vous fit du bien, comme si tout ce qui vous arrive n'était pas encore moindre que vos péchés. Vousqui entreprenez de juger les autres, jugez-vous enfin vous-même, rentrez en votre (Oiiscience; ou plutôt, puisque vous n'avez [>oint' de pudeur, et que vous Faites vanité de mal faire, reconnaissez au moins en vous ce que 'oiii le monde y voit. Vous êtes orgueilleux, avare, colère, joueur, sujet au vin, envieux, iii){)ur, cruel; et vous vous étonnez que Dieu augmente ses châtimens tandis que les crimes augmentent tous les jours. Vous vous plaignez de la guerre; comme si la paix même n'était pas pire que la guerre, comme si la violence et la tyrannie des personnes puissantes n'était pas plus à craindre que toute la puissance des barbares. Vous vous plaignez de la stérilité et de la famine; comme si les sécheresses la causaient : davantage que les impôts et les brigandages. Vous vous plaignez que le ciel est fermé; tandis que vos greniers demeurent fermés. Vous vous ^ plaignez de ce que la terre produit moins de fruits; et vous ne faites point part aux pauvres ^ de ceux qu'elle produit. Vous murmurez de la , peste; et la peste a découvert ou accru les ^ crimes; car l'on ne secourt point ceux qui en sont atteints, et on les pille quand ils sont morts. On est timide pour les assister, et hardi pour les voler. On appréhende de les approcher quand ils se meurent, et on enlève leurs dé- * pouilles après leur mort ; comme si l'on ne les ^ avait abandonnés durant leur maladie que de ^ peur qu'ils n'en réchappassent. Tous ces mal- ^ beurs ne sont pas capables de retenir les hom- ^ mes dans leur devoir, et au milieu de tant de ^ morts personne ne pense qu'il est mortel. L'on ^ s*empare hautement et impunément du bien ^ d^autrui, sans crainte, sans honte, comme si c'était une chose toute permise, et que ce fût Jaire une perte que d'y manciuer. Les voleurs
ne volent qu'avec quelque sorte de retenue ; ils choisissent les bois et les lieux détournés, et les ténèbres couvrent au moins leurs crimes. Mais l'avarice exerce publiquement ses rapines, et assurée par sa propre audace étale en plein jour et à la plus grande lumière sa convoitise insatiable. De là viennent les faussaires, les empoisonneurs et les assassins dont la ville est pleine , et de qui la hardiesse est encore augmentée par l'impunité. Et il ne se faut pas étonner que l'on ne punisse point les crimes, il n'y a que des criminels. On ne craint ni accusateurs ni juges , parce que les uns sont complices, et que l'on corrompt les autres. Aussi un prophète animé de l'esprit de Dieu témoigne que ce sont les péchés des hommes qui empêchent que Dieu n'arrête le cours de leurs malheurs , quoiqu'il ne manque point de puissance pour les arrêter. «Est-ce que la main de Dieu, dit-il , n'est pas assez puissante pour vous sauver, ou s'il est sourd, qu'il ne vous entend point? Mais c'est que vos péchés y mettent obstacle, c'est vos crimes qui sont cause qu'il détourne sa face, et qu'il n'a point compassion de vous>.» Que chacun pense donc à ses péchés et aux plaies de sa conscience, et il cessera de se plaindre de Dieu ou de nous, quand il reconnaîtra qu'il souffre ce qu'il mérite.
Mais que dirai-je du principal sujet de notre différend, de ce que vous nous maltraitez quoiqu'innocens , de ce que pour faiire injure à Dieu vous opprimez ses serviteurs ? Ce vous est peu d'être remplis d'une infinité de vices détestables , de renverser la véritable religion par vos fausses superstitions , de ne point chercher ni craindre Dieu ; il faut encore que vous persécutiez injustement ceux qui le servent et qui lui sont consacrés. Il ne vous suffit pas de ne le point adorer, si vous ne faites la guerre à ceux qui l'adorent. Vous approuvez les honneurs qu'on rend à de vaines idoles faites de la main des hommes , et même à des monstres ; il n'y a que ceux qu'on rend à Dieu qui vous déplaisent. Vos temples regorgent de tous côtés de la fumée de vos sacrifices ; Dieu seul n'a point d'autels , ou ils sont cachés. Vous révérez des crocodiles, des cynocéphales, des pierres, des serpens; et il n'y a que Dieu qui ne soit
Hsaje,60, 1.
SAINT CYPRIRN.
point révéré sur la terre, ou qu'on ne révère ^as impunément. Vous privez de leurs maisons et de leurs biens des liommes justes et innoccns , des amis de Dieu ; vous les chargez de chaînes ; vous les mettez en prison, les exposez aux bètes , les faites périr par le fer ou par le feu , et non contents de la durée ordinaire des supplices, vous leur faites souffrir de lon[^s tourmens, et par une cruauté ingénieuse en inventez même de nouveaux. La barbarie peut-elle aller plus loin? Si c'est un crime d'être chrétien, pourquoi ne faites-vous pas mourir tout d'un coup celui qui avoue qu'il en est coupable; et si ce n'est pas un crime, pourquoi tourmentez-vous un innocent? Si appréhendant d'être puni, je cachais ma rehgion, et voulais faire croire que j'ai toujours adoré vos dieux, c'est alors que vous me devriez tourmenter, afin de m'obliger à confesser mon crime, comme vous faites à l'égard de tous les autres criminels que vous mettez à la question pour tirer la vérité de leur bouche. Mais puisque je confesse que je suis chrétien , et que je le déclare hautement , pourquoi donner la torture à un honnne qui avoue ce qu'on lui demande, et qui ne se cache pas pour mal parler de vos dieux, mais qui s'en moque devant tout le monde et à la face des juges et des magistrats? car tout cela doit encore augmenter mon crime et votre haine de voir que je me confesse chrétien en présence de tout le peuple, et que je vousconrondspubliquemcnt,vousel vos dieux. Pourquoi attaquez-vous la chair qui est faible? Combattez contre l'esprit , renversez notre foi , surmontez-nous par la raison si vous le pouvez. Ou si vos dieux sont véritablement tels, et qu'ils aient quelque pouvoir, qu'ils se vengent euxmêmes, qu'ils se défendent eux-mêmes. Autrement, quel bien peuvent-ils faire à ceux qui les servent , puisqu'ils ne sauraient se venger de ceux qui ne les servent pas? Vous êtes même plus puissant qu'eux, puisque vous les vengez, ce qu'ils ne peuvent faire. Et si cela est,«e n'est pas vous qui les devez honorer, c'est à eux à vous honorer et à vous craindre. Vous les vengez de même que vous les gardez, et les enfermez de peur qu'ils ne se perdent. Ayez honte d'adorer ceux que vous défendez ; ayez honte d'attendre la protection de ceux qui ont besoin de la vôtre. Oh I si vousjes vouliez voir et
entendre lorsque nous les conjurons par noi exorcismes et cpie nous les chassons des corps des possédés; lorsque, tourmentés par la puissance de Dieu et par des fouets inviMbles. ils confessent en pleurant et en gémissant le jugement à venir! Venez, et soyez vous-même fi^ moins de ce que nous disons ; et puisque vous dites que ce sont là vos dieux, croyer au moin^ à vos dieux. Ou si vous n*en voulei croire que vous-même, celui qui maintenant vous ubsêile et vous aveugle parlera au dedans de vous et vous l'ouïrez. Vous verrez que ceux que vous priez nous prient , et que ceux que vous adorez nous craignent. Vous verrez trembler devant nous conmie de misérables esclaves ceux que vous regardez comme vas maîtres. Au niolas pourrez-vous reconnaître votre erreur quand vous verrez et entendrez vos dieux décliivreuxmêmes ce qu'ils sont , sans que votre prince les puisse empêcher de découvrir leurs foarbes et leurs prestiges. Quelle est donc celte Uditié ou plutôt cette folie de ne vouloir pas sortir des ténèbres pour venir à la lumière ? d'aimer mieux demeurer engagé dans la mort éternelle, que de vivre dans l'espérance d'une Immortalité bienheureuse? de ne point appréhender un Dieu qui menace et qui dît : « Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu*au Scî^neiir sera exterminé ^» Et encore : «Us ont adoré ceui qu'ont fait leurs mains, ils se sont courbés et humiliés devant eux, je ne leur pardonneni point ce crime ^?9 Pourquoi vous prosternezvous devant de fausses divinités? Pourquoi voos humiiiez-vous devant de vaines statues qui u | sont que de la terre ? Dieu vous a créés droits* et au lieu que les autres animaux sont ooortà contre terre , vous avez le visage élevé vers if ciel. C'est là que vous devez porter vos regard^: c'est là qu'il vous faut chercher le vrai Dieu. S vous voulez vous garantir de l'enfieTy oontcDplez les choses hautes et célestes. Ptooniooi vous précipiterez- vous dans la mort avec le x^ peut que vous adorez? Pourquoi vouslaîsifl- V0U6 envelopper dans une même ruine avecb diable? Conservez les a\'anta{;es de votre ni^ sance. Demeurez tels que Dieu voua a fuls;<< puisque la statue de votre corps est droitr ^ élevée, élevez aussi votre esprit. Afin depos*
«Exed, ]2,aO. -.siMSe,2,8
A DÉMETRUNDS.
voir connaUre Dieu, connaissez-vous vousmême auparavant. Laissez les idoles que l'erreur humaine a inventées. Convertissez-vous à Dieu qui secourt tous ceux qui implorent son assistance. Croyez en Jésus-Christ que le Père a envoyé au monde pour nous donner la vie et nous racheter. Cessez de persécuter ses serviteurs qui sont sous sa protection. Car c'est pour cela que nous ne résistons point quand nous sommes pris, et qu'encore que nous soyons en {^rand nombre , nous ne nous défendons point contre vos violences. L'assurance que nous avons que Dieu nous vengera nous rend patlcns. C'est ce qui fait que des innocens cèdent à des criminels et se soumettent à tout ce quils leur font souffrir , parce que nous sommes certains que nos souffrances ne demeureront pas impunies, et que plus elles sont grandes et injustes , plus ta vengeance sera juste et terrible; ce qui est si vrai , que jamais Ton ne persécute les chrétiens que le ciel ne donne aussitôt des marques de son courroux ; car, pour ne rien dire de ce qui s'est passé du temps de nos pères, et des punitions arrivées coup sur coup en laveur des serviteurs de Dieu , sa protection ne vient-elle pas de paraître visiblement à leur égard dans la chute des rois et dans la défaite d*armées si nombreuses et si puissantes? Et que personne ne s'imagine que ces événcmens soient un effet du hasard et de la fortune; car il y a long-temps que l'Écriture a dit: «La vengeance m'appartient, et je ferai justice, dit le Seigneur K )>Et ailleurs :«Ne dites point : Je me vengerai de mon ennemi, mais attendez que le Seigneur vienne à votre secours 3. b Ce qui fait voir clairement que ce n^est pas nous qui sommes cause de tous ces fléaux de la colère de Dieu , sinon en tant qu'il les envoie pour nous venger.
Et il ne sert de rien de dire qu'ils tombent aussi sur nous ; car ceux-là ressentent les calamités du monde qui mettent toujte leur joie et leur gloire dans le monde. Ceux-là s'affligent des maux qui leur arrivent sur la terre , qui ne peuvent espérer d'avoir part aux biens du ciel , et dont tous les plaisirs sont bornés à cette vie courte et misérable. Mais pour ceux qui sont assurés des biens à venir , ils ne se mettent
» Dewt., 32, 35. — • Prov., 20 , 22.
pas en peine des maux présens. Nous ne sommes abattus par aucune adversité , ni par les malheurs publics ni par les disgrâces particulières ; et vivans plutôt par l'esprit que par la chair, nous surmontons les faiblesses du corps par la vigueur de l'âme ; car nous savons que les mêmes choses qui vous font dé la peine et vous tourmentent , ne sont que pour nous éprouver et nous fortifier. Comment pouvezvous croire que les accidens contraires nous touchent comme vous, puisque vous voyez que nous les portons tout autrement que vous? L'on n'entend parmi vous que plaintes et murmures, et vous êtes chagrins et impatiens : au lieu que nous conservons une patience forte et religieuse , toujours humble , toujours reconnaissante envers Dieu. Mous voyons d*un visage égal la bonne et la mauvaise fortune ; et sans perdre jamais le calme de l'esprit , nous demeurons inébranlables aux tempêtes du monde, et attendons en repos le temps de l'accomplissement des promesses divines; car tant que nous soDomes en ce corps, il faut bien que nous soyons sujets à la condition des corps, et il fondrait sortir du siècle et quitter les hommes pour n'avoir plus rien de commun avec les hommes. Nous sommes en une même maison , bons etméchans; tout ce qui arrive dan^ cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent; jusqu'à ce que par la fin du monde il se fasse une séparation , et que les uns soient condamnés à une mort éternelle , et les autres récompensés par une immortalité bienheureuse. 11 ne faut donc pas que vous vous imaginiez que notre condition soit pareille à la vôtre, sous ombre qu'étant encore en ce monde et revêtus d'une chair mortelle, nous sommes sujets comme vous aux incommodités qui accompagnent cet état ; car comme les maux ne sont tels qu'à Fégard de ceux qui s'en affligent , il est manifeste que nous n'avons point de part à vos maux, puisque nous ne nous en affligeons point. Noire foi et noire espérance nous soutient et nous relève au milieu des ruines du monde , et notre vertu demeure toiyours im« mobile, constante , gaie et assurée de son Dieu. C'est ce que le Saint-Esprit témoigne quand le prophète dit ; a Le figuier n'apportera point de
SAINT CYPRIKN.
point révéré sur la terre , ou qu'on ne révère ^as impunément. Vous privez de leurs maisons et de leurs biens des liommes justes et înnocens , des amis de Dieu ; vous les chargez de chaînes; vous les mettez en prison, les exposez aux bètes , les faites périr par le fer ou par le feu , et non contents de la durée ordinaire des supplices, vous leur faites souffrir de lon[];s tourmens, et par une cruauté ingénieuse en inventez même de nouveaux. La barbarie peut-elle aller plus loin? Si c'est un crime d^ètre chrétien, pourquoi ne faites-vous pas mourir tout d'un coup celui qui avoue qu'il en est coupable; et si ce n'est pas uu crime, pourquoi tourmentez-vous un innocent? Si appréhendant d^étre puni, je cachais ma religion, et voulais faire croire que j'ai toujours adoré vos dieux, c'est alors que vous me devriez tourmenter, afin de m'obliger à confesser mon crime, comme vous faites à l'égard de tous les autres criminels que vous mettez à la question pour tirer la vérité de leur bouche. Mais puisque je confesse que je suis chrétien , et que je le déclare hautement , pourquoi donner la torture à un homme qui avoue ce qu'on lui demande, et qui ne se cache pas pour mal parler de vos dieux, mais qui s'en moque devant tout le monde et à la face des juges et des magistrats? car tout cela doit encore augmenter mon crime et votre haine de voir que je me confesse chrétien en présence de tout le peuple, et que je vousconPondspubliqucmentfVOuset vos dieux. Pourquoi attaquez-vous la chair qui est faible.^ Combattez contre l'esprit, renversez notre foi, surmontez-nous par la raison si vous le pouvez. Ou si vos dieux sont véritablement tels, et qu'ils aient quelque pouvoir , qu'ils se vengent euxmêmes , qu'ils se défendent eux-mêmes. Autrement, quel bien peuvent-ils faire à ceux qui les servent , puisqu'ils ne sauraient se venger de ceux qui ne les servent pas? Vous êtes même plus puissant qu'eux, puisque vous les vengez , ce qu'ils ne peuvent faire. Et si cela est,«c n'est pas vous qui les devez honorer, c*est à eux h vous honorer et à vous craindre. Vous les vengez de même que vous les gardez, et les enfermez de peur qu'ils ne se perdent. Ayez honte d'adorer ceux que vous défendez ; ayez honte d'attendre la protection de ceux qui ont l)esoin de la vôtre. Oli I si vous.les vouliez voir et
entendre lorsque nous les conjurons par noi exorcismes et que nous les chassons des corps des possédés; lorsque, tourmentés par la puissance de Dieu et par des fouets invisibles ^ ils confessent en pleurant et en gémissant le jugement à venir! Venez, et soyez vous-même (i'*moins de ce que nous disons ; et puisque vous dites que ce sont là vos dieux, croycr au moins à vos dieux. Ou si vous n'en voulez croire que vous-même, celui qui maintenant vousobsède et vous aveugle parlera au dedans de vous et vous l'ouïrez. Vous verrez que ceux que vous priez nous prient , et que ceux que vous adorez nous craignent. Vous verrez trembler devant nous conmie de misérables esclaves ceux que vous regardez comme vas maîtres. Au moias pourrez-vous reconnaître votre erreur quand vous verrez et entendrez vos dieux dédarfreux* mêmes ce qu'ils sont , sans que votre présence les puisse empêcher de découvrir leurs fourbes et leurs prestiges. Quelle est donc cette lâcheté ou plutôt cette folie de ne vouloir pas wrtir des ténèbres pour venir à la lumière? d'aimer mieux demeurer engagé dans la mort éternelle, que de vivre dans l'espérance d'une immortalité bienheureuse? de ne point appréhender un Dieu qui menace et qui dit :« Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu^an Se/^enr sera exterminé L» Et encore : «Us ont adoré ceux quonl fait leurs mains, ils se sont courbés et humiliés devant eux, je ne leur pardonnerai point ce crime ^?p Pourquoi vous prostemczvous devant de fausses divinités ? Pourquoi vous humiliez-vous devant de vaines statues qui ne sont que de la terre ? Dieu vous a eréés droits, et au lieu que les autres animaux sont ooorbês contre terre , vous avez le visage élevé vers le ciel. Cest là que vous devez porter vos regard^; c'est là qu'il vous faut chercher le vrai Dieu. Si | vous voulez vous garantir de l'enfer, eonteo' plez les choses hautes et célestes. Péurqooi vous précipiterez- vous dans la mort avec k serpent que vous adorez? Pourquoi vonslaisfo- V0U6 envelopper dans une même ruine avec k diable? Conservez les a\'antage8 de voCre ui^ sance. Demeurez tels que Dieu vous a hits; et puisque la statue de votre corps est droite cl élevée, élevez aussi votre esprit. Afio depoo-
«Excd J2,aa -.siiaSe,2,8
A DÉMETRUNDS.
voir connaître Dieu, connaissez-vous vousmême auparavant. Laissez les idoles que l'erreur humaine a inventées. Convertissez-vous à Dieu qui secourt tous ceux qui implorent son assistance. Croyez en Jésus-Christ que le Père a envoyé au monde pour nous donner la vie et nous racheter. Cessez de persécuter ses serviteurs qui sont sous sa protection. Car c*est pour cela que nous ne résistons point quand nous sommes pris, et qu'encore que nous soyons en {^rand nombre , nous ne nous défendons point contre vos violences. L'assurance que nous avons que Dieu nous vengera nous rend patiens. C'est ce qui fait que des innocens cèdent à des criminels et se soumettent à tout ce quils leur font souffrir, parce que nous sommes certains que nos souffrances ne demeureront pas impunies, et que plus elles sont grandes et injustes , plus la vengeance sera juste et terrible; ce qui est si vrai , que jamais Ton ne persécute les chrétiens que le ciel ne donne aussitôt des marques de son courroux ; car, pour ne rien dire de ce qui s'est passé du temps de nos pères, et des punitions arrivées coup sur coup en laveur des serviteurs de Dieu , sa protection ne vient-elle pas de paraître visiblement à leur égard dans la chute des rois et dans la défaite d*armées si nombreuses et si puissantes? Et que personne ne s'imagine que ces événemens soient un effet du hasard et de la fortune; car il y a long-temps que i'Ëcriture a dit : « La vengeance m'appartient, et je ferai justice, dit le Seigneur K »Et ailleurs :aNe dites point : Je me vengerai de mon ennemi, mais attendez que le Seigneur vienne à votre secours 3. » Ce qui fait voir clairement que ce n'est pas nous qui sonunes cause de tous ces fléaux de la colère de Dieu , sinon en tant qu'il les envoie pour nous venger.
El il ne sert de rien de dire qu'ils tombent aussi sur nous ; car ceux-là ressentent les calamités du monde qui mettent toujte leur joie et leur gloire dans le monde. Ceux-là s'affligent des maux qui leur arrivent sur la terre , qui ne peuvent espérer d'avoir part aux biens du ciel , et dont tous les plaisirs sont bornés à cette vie courte et misérable. Mais pour ceux qui sont assurés des biens à venir , ils ne se mettent
» Dc«t., 32, 35. — • l»roy., 20 , 22.
pas en peine des maux présens. Nous ne sommes abattus par aucune adversité , ni par les malheurs publics ni par les disgrâces particulières ; et vivans plutôt par l'esprit que par la chair, nous surmontons les faiblesses du corps par la vigueur de l'âme ; car nous savons que les mêmes choses qui vous font dé la peine et vous tourmentent , ne sont que pour nous éprouver et nous fortifier. Comment pouvezvous croire que les accidens contraires nous touchent comme vous , puisque vous voyez que nous les portons tout autrement que vous? L'on n'entend parmi vous que plaintes et murmures, et vous êtes chagrins et impatiens : au lieu que nous conservons une patience forte et religieuse, toujours humble, toujours reconnaissante envers Dieu. Nous voyons d'un visage égal la bonne et la mauvaise fortune; et sans perdre jamais le calme de l'esprit , nous demeurons inébranlables aux tempêtes du monde, et attendons en repos le temps de l'accomplissement des promesses divines; car tant que nous sommes en ce corps, il faut bien que nous soyons sujets à la condition des corps, et il faudrait sortir du siècle et quitter les hommes pour n'avoir plus rien de commun avec les hommes. Nous sommes en une même maison , bons et méchans ; tout ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent; jusqu'à ce que par la fin du monde il se fasse une séparation , et que les uns soient condamnés à une mort éternelle , et les autres récompensés par une immortalité bienheureuse. Il ne faut donc pas que vous vous imaginiez que notre condition soit pareille à la vôtre, sous ombre qu'étant encore en ce monde et revêtus d'une chair mortelle, nous sommes sujets comme vous aux incommodités qui accompagnent cet état ; car comme les maux ne sont tels qu'à Fégard de ceux qui s'en affligent, il est manifeste que nous n avons point de part à vos maux, puisque nous ne nous en affligeons point. Notre foi et notre espérance nous soutient et nous relève au milieu des ruines du monde , et notre vertu demeure toiyours im« mobile, constante , gaie et assurée de son Dieu. C'est ce que le Saint-Esprit témoigne quand le prophète dit : «Le figuier n'apportera point de
SAINT CYPRIRN.
point révéré sur la lerrc, ou qu'on ne révère ^as impunément, ^'ou$ privez de leurs maisons et de leurs biens des liommes justes et innocens , des amis de Dieu ; vous les chargez de chaînes ; vous les mettez en prison, les exposez aux bètes , les faites périr par le fer ou par le feu, et non contents de la durée ordinaire des supplices, vous leur faites souffrir de longs (ourmens, et par une cruauté ingénieuse en inventez même de nouveaux. La barbarie peut-elle aller plus loin? Si c'est un crime d'être chrétien, pourquoi ne faites-vous pas mourir tout d'un coup celui qui avoue qu'il en est coupable; et si ce n'est pas un crime, pourquoi tourmentez-vous un innocent? Si appréhendant d'être puni, je cachais ma rehgion, et voulais faire croire que j'ai toujours adoré vos dieux, c'est alors que vous me devriez tourmenter, afin de m'obligcr à confesser mon crime, comme vous faites à l'égard de tous les autres criminels que vous mettez à la question pour tirer la vérité de leur bouche. Mais puisque je confesse que je suis chrétien , et que je le déclare hautement , pourquoi donner la torture à un homme qui avoue ce qu'on lui demande, et qui ne se cache pas pour mal parler de vos dieux , mais qui s'en moque devant tout le monde et à la face des juges et des magistrats:^ car tout cela doit encore augmenter mon crime et votre haine de voir que je me confesse chrétien en présence de tout le peuple, et que je vous confonds publiquement,vouset vos dieux. Pourquoi attaquez-vous la chair qui est faible? Combattez contre l'esprit, renversez notre foi, surmontez-nous par la raison si vous le pouvez. Ou si vos dieux sont véritablement tels, et qu'ils aient quelque pouvoir, qu'ils se vengent euxmêmes , qu'ils se défendent eux-mêmes. Autrement, quel bien peuvent-ils faire à ceux qui les servent , puisqu'ils ne sauraient se venger de ceux qui ne les servent pas.^ Vous êtes même plus puissant qu'eux, puisque vous les vengez , ce qu'ils ne peuvent faire. Et si cela est,«e n'est pas vous qui les devez honorer, c'est à eux h vous honorer et à vous craindre. Vous les vengez de même que vous les gardez, et les enfermez de peur qu'ils ne se perdent. Ayez honte d'adorer ceux que vous défendez ; ayez honte d'attendre la protection de ceux qui ont besoin de la v6tre. Oh ! si vous.les vouliez voir et
entendre lorsque nous les conjurons par noi exorcismes et cpic nous les chassons des corps des possédés; lorsque, tourmentés par la puissance de Dieu et par des fouets invisibles, ils confessent en pleurant et en gémissant le jugement à venir! Venez, et soyez vous-même tvmoins de ce que nous disons ; et puisque vous dites que ce sont là vos dieux, croyer au moins à vos dieux. Ou si vous n'en voulez croire que vous-même, celui qui maintenant vousubsèile et vous aveugle parlera au dedans de vous et vous rouirez. Vous verrez que ceux que vous priez nous prient , et que ceux que vous adorez nous craignent. Vous verrez trembler devant nous comme de misérables esclaves ceux que vous regardez comme vas maîtres. Au moins pourrez-vous reconnaître votre erreur quand vous verrez et entendrez vos dieux dédarereuxmêmes ce qu'ils sont , sans que votre présence les puisse empêcher de découvrir leurs fourbes et leurs prestiges. Quelle est donc cette lâchclé ou plutôt cette folie de ne vouloir pas sortir des ténèbres pour venir à la lumière? d'aimer mieux demeurer engagé dans la mort étemelle, que de vivre dans l'espérance d'une immortalité bienheureuse? de ne point aiqpréhender un Dieu qui menace et qui dit : «Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu'au Sci^eur sera exterminé ^» Ht encore : ails ont adoré ceux qu'ont fait leurs mains, ils se sont courbés et humiliés devant eux, je ne leur pardonnerai point ce crime ^?p Pourquoi vous prosternezvous devant de fausses divinités ? Pourquoi tous humih'ez-vous devant de vaines stataes qui ne sont que de la terre ? Dieu vous a eréés droit», et au lieu que les autres animaux sont ooorto contre terre , vous avez le visage élevé vers le ciel. C'est là que vous devez porter vos r^rds c'est là qu'il vous faut chercher le vrai Dieu. Si vous voulez vous garantir de Tenfer, contemplez les choses hautes et célestes. Pborqooi vous précipiterez- vous dans la mort avec k serpent que vous adorez? Pourquoi vous laissavous envelopper dans une môme ruine avec le diable? Conservez les a^'antages de votre nai^ sance. Demeurez tels que Dieu vous a fûts; et î puisque la statue de votre corps est ditriled I élevée, élevez aussi votre esprit. Afin de pou-
'Excd J2,2a -.«1iaSe,2,8
A DÉMETRUNDS.
voir connaître Dieu, connaissez-vous vousmême auparavant. Laissez les idoles que l'erreur humaine a inventées. Convertissez-vous à Dieu qui secourt tous ceux qui implorent son assistance. Croyez en Jésus-Christ que le Père a envoyé au monde pour nous donner la vie et nous racheter. Cessez de persécuter ses serviteurs qui sont sous sa protection. Car c'est pour cela que nous ne résistons point quand nous sommes pris, et qu'encore que nous soyons en {];rand nombre , nous ne nous défendons point contre vos violences. L'assurance que nous avons que Dieu nous vengera nous rend patiens. C'est ce qui fait que des innocens cèdent à des criminels et se soumettent à tout ce qu*il$ leur font souffrir, parce que nous sommes certains que nos souffirances ne demeureront pas impunies, et que plus elles sont fprandes et injustes , plus la vengeance sera juste et terrible; ce qui est si vrai , que jamais Ton ne persécute les chrétiens que le ciel ne donne aussitôt des marques de son courroux ; car, pour ne rien dire de ce qui s'est passé du temps de nos pères, et des punitions arrivées coup sur coup en laveur des serviteurs de Dieu , sa protection ne vient-elle pas de paraître visiblement à leur égard dans la chute des rois et dans la défaite d*armées si nombreuses et si puissantes? Et que personne ne s'imagine que ces événemens soient un effet du hasard et de la fortune ; car il y a long-temps que TËcriture a dit : « La vengeance m'appartient, et je ferai justice, dit le Seigneur K^EX ailleurs :« Ne dites point : Je me vengerai de mon ennemi, mais attendez que le Seigneur vienne à votre secours 3. » Ce qui fait voir clairement que ce n'est pas nous qui sommes cause de tous ces fléaux de la colère de Dieu , sinon en tant qu'il les envoie pour nous venger.
Et il ne sert de rien de dire qu'ils tombent aussi sur nous ; car ceux-là ressentent les calamités du monde qui mettent toute leur joie et leur gloire dans le monde. Ceux-là s'affligent des maux qui leur arrivent sur la terre , qui ne peuvent espérer d'avoir part aux biens du ciel , et dont tous les plaisirs sont bornés à cette vie courte et misérable. Mais pour ceux qui sont assurés des biens à venir , ils ne se mettent
« Dewt., 32, 35. — • Frov., 20 , 22.
pas en peine des maux présens. Nous ne sommes abattus par aucune adversité, ni par les malheurs publics ni par les disgrâces particulières ; et vivans plutôt par Fesprit que par la chair, nous surmontons les faiblesses du corps par la vigueur de Tàme ; car nous savons que les mêmes choses qui vous font dé la peine et vous tourmentent , ne sont que pour nous éprouver et nous fbrtiRer. Comment pouvezvous croire que les accidens contraires nous touchent comme vous, puisque vous voyez que nous les portons tout autrement que vous? L'on n'entend parmi vous que plaintes et murmures, et vous êtes chagrins et impatiens : au lieu que nous conservons une patience forte et religieuse , toujours humble , toujours reconnaissante envers Dieu. Nous voyons d'un visage égal la bonne et la mauvaise fortune; et sans perdre jamais le calme de l'esprit , nous demeurons inébranlables aux tempêtes du monde, et attendons en repos le temps de l'accomplissement des promesses divines; car tant que nous soDomes en ce corps, il faut bien que nous soyons sujets à la condition des corps, et il fondrait sortir du siècle et quitter les hommes pour n'avoir plus rien de commun avec les hommes. Nous sommes en une même maison , bons et méchans ; tout ce qui arrive dan^ cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que par la fin du monde il se fasse une séparation , et que les uns soient condamnés à une mort éternelle , et les autres récompensés par une immortalité bienheureuse. Il ne faut donc pas que vous vous imaginiez que notre condition soit pareille à la vôtre, sous ombre qu'étant encore en ce monde et revêtus d'une chair mortelle, nous sommes sujets comme vous aux incommodités qui accompagnent cet état ; car comme les maux ne sont tels qu'à Tégard de ceux qui s'en affligent , il est manifeste que nous n avons point de part à vos maux, puisque nous ne nous en affligeons point. Notre foi et notre espérance nous soutient et nous relève au milieu des ruines du monde , et notre vertu demeure toujours im« mobile, constante , gaie et assurée de son Dieu. C'est ce que le Saint-Esprit témoigne quand le prophète dit : a Le figuier n'apportera point de
SAINT CVPRIEN.
fi(yucs , ni la vigne de raisin. Les oliviers seront slériles, et la campaf;ne ne produira point de blés. Les brebis mourront faute de fourrage , et Ton ne trouvera plus de bœufs dans les élablés. Mais moi je me réjouirai au Seigneur , je mclirai mon contentement en mon Sauveur et en mon Dieu ^» Il dit qu'un serviteur de Dieu appuyé sur la fbi et sur l'espérance n'est point ébranlé par tous les malheurs qui arrivent au monde. Que la vigne trompe Taltente du vigneron, que les oliviers soient infertiles, que les blés meurent de sécheresse , qu'est-ce que cela fait à des chrétiens que toutes sortes de délices et de biens attendent dans le paradis? Ils se réjouissent toujours en leur Dieu ; et quand ils jettent les yeux sur les récompenses à venir, il n'y a point d'adversités qu'ils ne supportent avec courage; car comme après avoir été régénérés par une seconde naissance, nous ne vivons plus pour le monde , mais pour Dieu seul, nous ne recevrons aussi l'accomplissement de ses promesses que quand nous s(M'ons arrivés à lui ; ce qui n'empêche pas pourtant que nous ne le priions sans cesse pour le repos de l'état et pour les biens de la terre, et que nous ne lui demandions nuit et jour pour vous toutes sortes de prospérités. Que personne donc ne se fonde sur ce que la condition de cette vie rend les maux temporels communs entre nos ennemis et nous , pour croire que ce n'est pas vous qui en êtes cause; puisqu'il y a longtemps que Dieu même et les prophètes ont prédit que sa colère tomberait sur les médians, et que nous ne manquerions pas à la vérité d'être persécutés, mais que Dieu ferait bientôt éclater sa vengeance contre nos persécuteurs. Mais ce qu'il fait ici-bas en notre faveur est bien peu de chose , et n'est que pour donner cependant aux hommes quelques marques de sa colère. Mais il y a le jour du jugement qui les attend , et dont TÉcriture parle ainsi : « Jetez des cris et des hurlemens , car le jour du Seigneur approche , et Dieu va faire le dégât. Voici venir le jour du Seigneur , ce jour sans pardon et sans miséricorde où il ravagera toute la lerreet en exterminera les p)écheurs 2. » Kt encore : a Voici le jour du Seigneur qui vient, allumé comme une fournaise ardente; et tous
» Aïw., 3, 17. — Msaïe, 13, r, ei a
les étrangers et les médians seront comme de la paille qu'il consumera, dit le Seigneur ^• Dieu prédit que les étrangers seront brûlés, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de la race divine , et qui n'ont pas été régénérés spirituellement ni faits enfans de Dieu : car en un autre endroit il déclare qu'il n'y aura de sauvé.s que ceux qui ont reçu une seconde naissance et ont été marqués du signe de Jésus-Ciirist, lorsqu'en envoyant ses anges pour détruire le monde et exterminer le genre humain, il leur dit p\ein de colère : «Allez, tuez et n'épargnez personne. N'ayez pitié ni des jeunes ni des vieux, et faites mourir femmes, filles et petits-enfans, afin de les perdre sans ressource ; mais ne touchez à pas un de ceux qui sont marqués du signe ^. * Or quel est ce signe, et en quelle partie du corps est-il imprimé ? Dieu le montre auparavant quand il dit ; i<I^assez par le milieu de Jérusalem , et vous imprimerez un signe sur le front de ceux qui gémissent et s'affligent des crimes qui se commettent parmi eux ^. » Le même Dieu témoigne encore que ce signe appartient à la passion et au sang de Jésus-Christ, et que quiconque s'en trouvera marqué sera sauvé , lorsqu'il dit : «Le sang mis sur vos maisons vous servira de signe, et j'y prendrai garde et vous sauverai; et vous serez à couvert de /a plaie dont je frapperai l'Égyple^.i Ce qui a précédé en figure dans l'agneau pascal s'est accompli depuis selon la vérité en lésus-Christ. Et comme alors le peuple juif ne put être garanti de la plaie dont TÉgypte Fut frappée, que par le sang et le signe de rajpieau, ainsi, quand le monde sera désolé au jour du jugement, il n'y aura que ceux qui seront trouvés marqués du sang et du signe de Jésus-Glirist qui seront sauvés.
Pensez donc à vous sauver tandis qu'il est encore temps ; et puisque la fin du monde approche, craignez Dieu et vous convertissez h lui. Ne vous flattez point de cette vaine et in* solente domination que vous usurpez en ce monde sur des gens de bien et des hommes doux et paisibles; l'ivraie et les mauvaises herbes dominent aussi dans les champs ao milieu des blés les plus fertHes. Ne dites plus
» Malarh., 4, 1. — * F.zéch., 9, 5. - » Ibid., 9, 4.
J « Kxode, (2, 13.
A DIÏMÉTRIANUS.
que les malheurs qui arrivent au inonde vien- | Dieu et au nombre des saints. Cest donc ainsi
nent de ce que nous n^adorons point vos dieux ; ce sont des effets de la juste colère de Dieu qui se veut faire reconnaître par ses vengeances, parce qu'on ne le connaît point par ses bienfaits. Gliercbez-le enfin quoique tard, puisqu'il y a longtemps qu'il vous y exhorte par son prophète: a Cherchez Dieu, dit-il, et votre àme vivra U ; et que Jésus-Christ venant au monde a dit : «La vie éternelle est qu'ils vous reconnaissent pour le seul Dieu véritable, et qu'ils connaissent Jésus-Christ que vous avez envoyé^.» Croyez en celui qui ne trompe point; croyez en celui qui a prédit que toutes ces choses arriveraient; croyez en celui qui donnera la vie éternelle pour récompense à ceux qui croiront, et qui punira les incrédules de supplices éternels. Quelle gloire pour la foi, et quelles peines pour l'incrédulité quand le jour du jugement viendra ! Quelle joie pour les uns, et quelle tristesse pour les autres! car il n'y aura plus de retour. Un feu brûlant et dévorant tourmentera pour jamais ceux qui y seront condamnés, sans qu'ils puissent espérer ni trêve ni fin de leurs lourmens. Les âmes seront conservées avec leurs corps pour souffrir des douleurs infinies. Nous contemplerons éternellement dans leurs supplices ceux qui nous ont contemplés ici quelque temps dans les tortures; et pour un court plaisir que la cruauté de nos persécuteurs a pris à repattre ses yeux de spectacles inhumains, ils seront exposés à un spectacle éternel de peines et de misères. C'est ce que témoigne l'Écriture lorsqu'elle dit : a Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les dévore ne s'éteindra point, et ils seront exposés eu cet état aux yeux de tout le monde 3. » Et encore : « Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur; et dans Tétonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur : Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes , nous pensions que leur vie fût une folie, et que leur fin dût être sans honneur. Et maintenant les voilà parmi les enfans de
que nous nous sommes égarés du chemin de la vérité; la lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de Tiniquité et de la perdition ; nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et nous avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil, et quel avantage retirons-nous de toute cette vaine parade de nos richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre ^ i Mais leur repentir sera alors inutile, leurs plaintes vaines, et leurs prières sans effet; et ceux qui n'ont pas voulu croire pour obtenir la vie éternelle, croiront enfin. -mais trop tard, quand ils se verront condamnés à des supplices éternels. Songez donc à votre sûreté et à votre salut, tandis que vous le pouvez encore faire. Nous vous offrons pour cela nos services et nos conseils; et puisqu'il ne nous est permis de haïr personne , et que nous en sommes d'autant plus agréables à Dieu que nous ne nous ressentons point des iujures qu'on nous fait, nous vous exhortons , pendant que vous êtes encore en ce monde, de satisfaire à Dieu, et de sortir de cette nuit profonde de votre superstition pour entrer dans la pure et éclatante lumière de la religion véritable. Nous ne vous envions point vos avantages, et nous ne vous cachons point les bienfaits de Dieu. Nous payons votre haine d'amitié et de bienveillance, et pour les tourmens que vous nous faites souffrir, nous vous montrons le chemin du salut. Croyez et vivez; et au lieu de nous persécuter dans le temps, réjouissez-vous avec nous dans l éternité. Après cette vie il n'y a plus lieu à la pénitence, et la satisfaction est inutile. C'est ici que le paradis se perd ou s'acquiert. C'est ici que l'on mérite le salut par la foi et par le culte du vrai Dieu. Que l'âge ni les péchés n'empêchent personne de se convertir. Tant qu'on est en ce monde, il est toujours temps de faire pénitence. La porte de la miséricorde divine est toujours ouverte, et donne une entrée libre et facile à tous ceux qui cherchent la vérité. Quand vous seriez sur le point de mourir, si vous priez pour vos péchés et que vous imploriez la bonté du Dieu unique et véritable en le confessant et en croyant en lui , vous
« Amos G. - * Jean, 17, 3. — » Isaie, 24.
Sa6eitse,6, 1.
SAliST CVPRIEN.
fi(jucs , ni la vigne de raisin. Les oliviers seront sitViles , et la campaf^ne ne produira point de blés. Les brebis mourront faute de fourrage , et Ton ne trouvera plus de bœufs dans les étabies. Mais moi je me réjouirai au Seigneur , je melirai mon contentement en mon Sauveur et en mon Dieu ^n 11 dit qu'un serviteur de Dieu appuyé sur la fbi et sur Tespérance n'est point ébranlé par tous les malheurs qui arrivent au monde. Que la vigne trompe l'attente du vigneron, que les oliviers soient infertiles, que les blés meurent de sécheresse , qu'est-ce que cela fait à des chrétiens que toutes sortes de délices et de biens attendent dans le paradis? Ils se réjouissent toujours en leur Dieu ; et quand ils jettent les yeux sur les récompenses à venir, il n'y a point d'adversités qu'ils ne supportent avec courage; car comme après avoir été régénérés par une seconde naissance, nous ne vivons plus pour le monde , mais fiour D.eu seul, nous ne recevrons aussi l'accomplissement de ses promesses que quand nous serons arrivés à lui ; ce qui n'empêche pas pourtant que nous ne le priions sans cesse pour le repos de l'état et pour les biens de la terre, et que nous ne lui demandions nuit et jour pour vous toutes sortes de prospérités. Que personne donc ne se fonde sur ce que la condition de cette vie rend les maux temporels communs entre nos ennemis et nous , pour croire que ce n'est pas vous qui en êtes cause ; puisqu'il y a longtemps que Dieu même et les prophètes ont prédit que sa colère tomberait sur les médians, et que nous ne manquerions pas à la vérité d'être persécutés , mais que Dieu ferait ))icntôt éclater sa vengeance contre nos persécuteurs. Mais ce qu'il fuit ici-bas en notre faveur est bien peu de chose , et n'est que pour donner cependant aux hommes quelques mar* ques de sa colère. Mais il y a le jour du juge^ ment qui les attend , et dont l'Écriture parle ainsi : « Jetez des cris et des hurlemens , car le jour du Seigneur approche , et Dieu va faire le dégAt. Voici venir le jour du Seigneur , ce jour sans pardon et sans miséricorde où il ravagera toute la terre et en exterminera les pécheurs 2.» Et encore : « Voici le jour du Seigneur qui vient, allumé comme une fournaise ardente; et tous
»AI)a.,3, 17. — ' ïsaïe,13,Cfl9.
les étrangers et les médians seront comme de la paille qu'il consumera, dit le Seigneur i.b Dieu prédit que les étrangers seront brûlés, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de la race divine , et qui n'ont pas été régénérés spirituellement ni faits enfans de Dieu : car en un autre endroit il déclare qu'il n'y aura de sauves que ceux qui ont reçu une seconde naissance et ont été marqués du signe de Jésus-Cbnsf, lorsqu'cn envoyant ses anges pour détruire le monde et exterminer le genre humain, il leur dit p\em de colère : «Allez, tuez et n'épargnez personne. N'ayez pitié ni des jeunes ni des vieux, et faites mourir femmes, filles et petits-enfans, afin de les perdre sans ressource ; mais ne touchez à pas un de ceux qui sont marqués du signe ^.> Or quel est ce signe , et en quelle partie du corps est-il imprimé? Dieu le montre auparavant quand il dit ; 4 Passez par le milieu de JAvsalem , et vous imprimerez un sifjne sur le front de ceux qui gémissent et s'afHîjj^ent des crimes qui se commettent parmi eux 3. » Le même Diea témoigne encore que ce signe appartient à la passion et au sang de Jésus-Christ, et que quiconque s'en trouvera marqué sera sauvé , lorsqu'il dit : «Le sang mis sur vos maisons vous servira de signe, et j'y prendrai garde et vous sauverai; et vous serez â couvert de la plaie dont je frapperai l'Ëgyple^.* Ce qui 2 précédé en figure dans l'agneau pascal s'est accompli depuis selon la vérité en J^os-Christ. Et comme alors le peuple juif ne pal être garanti de la plaie dont l'Egypte Fut frappée, que par le sang et le signe de Tagneau, ainsi, quand le monde sera désolé au jour du jugement, il n*y aura que ceux qui seront trouvés marqua du sang et du signe de Jésus-Christ qui serai sauvés.
Pensez donc à vous sauver tandis qu*il est encore temps; et puisque la fin da roonde approche, craignez Dieu et vous convertissez i lui. Ne vous flattez point de cette vaine et insolente domination que vous usurpez en ce monde sur des gens de bien et des homaKS doux et paisibles; l'ivraie et les inauvaitts herbes dominent aussi dans les champs ao milieu des blés les plus ierCHes. Ne dites pins
» Malach.. 4, 1. - • Ezédi., 9, 6. - » /««!., 9, 4.
I « Kxode, 12, 13.
A DKMÉTRIANUS.
que les malheurs qui arrivent au inonde vien- | Dieu et au nombre des saints. Cest donc ainsi
nent de ce que nous n'adorons point vos dieux; ce sont des effets de la juste colère de Dieu qui se veut faire reconnaître par ses vengeances, parce qu'on ne le connaît point par ses bienfaits. Glierchez-le enfin quoique tard, puisqu'il y a longtemps qu'il vous y exhorte par son pro« phète: a Cherchez Dieu, dit-il, et votre àme vivra ^ » ; et que Jésus-Christ venant au monde a dit : «La vie éternelle est qu'ils vous reconnaissent pour le seul Dieu véritable, et qu'ils connaissent Jésus-Christ que vous avez envoyé^.» Croyez en celui qui ne trompe point; croyez en celui qui a prédit que toutes ces choses arriveraient; croyez en celui qui donnera la vie éternelle pour récompense à ceux qui croiront, et qui punira les incrédules de supplices éternels. Quelle gloire pour la foi, et quelles peines pour Tincrédulité quand le jour du jugement viendra ! Quelle joie pour les uns, et quelle tristesse pour les autres ! car il n'y aura plus de retour. Uu feu brûlant et dévorant tourmentera pour jamais ceux qui y seront condamnés, sans qu'ils puissent espérer ni trêve ni fin de leurs tourmens. Les âmes seront conservées avec leurs corps pour souffrir des douleurs infinies. Nous contemplerons éternellement dans leurs supplices ceux qui nous ont contemplés ici quelque temps dans les tortures; et pour un court plaisir que la cruauté de nos persécuteurs a pris à repaître ses yeux de spectacles inhumains, ils seront exposés à un spectacle éternel de peines et de misères. C'est ce que témoigne l'Écriture lorsqu'elle dit : a Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les dévore ne s'éteindra point, et ils seront exposés eu cet état aux yeux (le tout le monde ^. » Et encore : « Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur; et dans létonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur : Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes , nous pensions que leur vie fût une folie, et que leur fin dût être sans honneur. Et maintenant les voilà parmi les enfans de
que nous nous sommes égarés da chemin de la vérité; la lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition ; nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et nous avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil, et quel avantage retirons-nous de toute cette vaine parade de nos richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre ^ i Mais leur repentir sera alors inutile, leurs plaintes vaines, et leurs prières sans effet; et ceux qui n'ont pas voulu croire pour obtenir la vie éternelle, croiront enfin, -mais trop tard, quand ils se verront condamnés à des supplices ' éternels. Songez donc à votre sûreté et à votre salut, tandis que vous le pouvez encore faire. Nous vous offrons pour cela nos services et nos conseils; et puisqu'il ne nous est permis de haïr personne , et que nous en sommes d'autant plus agréables à Dieu que nous ne nous ressentons point des iujures qu'on nous fait, nous vous exhortons , pendant que vous êtes encore en ce monde, de satisfaire à Dieu, et de sortir de cette nuit profonde de votre superstition pour entrer dans la pure et éclatante lumière de la religion véritable. Nous ne vous envions point vos avantages, et nous ne vous cachons point les bienfaits de Dieu. Nous payons votre haine d'amitié et de bienveillance, et pour les tourmens que vous nous faites souffrir, nous vous montrons le chemin du salut. Croyez et vivez; et au lieu de nous persécuter dans le temps, réjouissez-vous avec nous dans réteruilé. Après cette vie il n'y a plus lieu à la pénitence, et la satisfaction est inutile. C'est ici que le paradis se perd ou s'acquiert. C'est ici que l'on mérite le salut par la foi et par le culte du vrai Dieu. Que l'âge ni les péchés n'empêchent personne de se convertir. Tant qu'on est en ce monde, il est toujours temps de faire pénitence. La porte de la miséricorde divine est toujours ouverte, et donne une entrée libre cl facile à tous ceux qui cherchent la vérité. Quand vous seriez sur le point de mourir, si vous priez pour vos péchés et que vous imploriez la bonté du Dieu unique et véritable en le confessant et en croyant en lui , vous
» Amos G. — * Jean, 17, 3. — » Isaîe, 24.
Sa6eRSC,6, 1.
SAINT CYPRIEN
obtiendrez de lui le pardon de vos crimes et passerez de la mort à Timmortalilé. C'est à Jésus- Glirist que nous sommes redevables de cette (;ràce; c'est lui qui Ta obtenue en domptant la mort par le tropbée delà croix, en rachetant celui qui croit parle prix de son sanfy, en réconciliant riîomme avec Dieu son Père , et lui communiquant la vie par !a renaissance céleste. Suivonsle (ous, s*il est possible, et recevons son sacrement et son si{;nc : c'est lui qui nous ouvre le dicmin de la vie; c'est lui qui nous fait rentrer dans le paradis; c'est lui qui nous conduit au royaume des cieux. Nous vivrons éternellement
avec lui , si nous sommes Faits enfîins de Dieu par son moyen. Nous nous réjouirons éternellement avec lui si nous sommes rachetés par son s^uQ. Si nous sommes chrétiens, nous aurons part h la gloire de Jésus-Christ, nous serons bienheureux par la possession de Dieu même, et comblés d'une joie infinie nous lui rendrons des {grâces et des actes de reconnaissance immortelle : car comment ne serfons-nous pas pleins de joie et de reconnaissance, nous qui étant auparavant sujets à la mort , nous trouverons assurés de l'immortalité P
DE Li VANITÉ DES IDOLES'
Oue les dieux que le peuple adore ne soient pas (les dieux, cela paraîtra clairement si l'on considère d'où cette superstition a pris son orijjine; car l'on verra qu'elle ne vient que de ce qu'autrefois il y a eu des rois dont la mémoire a été honorée après leur mort par leurs sujets. Knsuiie on leur cri|];ca des temples et des statues pour en conserver le souvenir. I^uis on leur oftVit des sacrifices, et Ton institua des fôles en leur honneur; si bien que ce que les premiers avijient inventé pour se consoler, les autres le firent passer en reliijion. Ainsi Mélicerte et rcncothoé s'élant précipités dans la mer devinrent les dieux de cet élément. Castor et Pollux alin de vivre meurent tour à tour. Esculape l)()ur devenir dieu est frappé d'un coup de foudre. Hercule est brûlé sur le mont OEta pour consumer dans le feu tout ce qu'il a de terrestre. Apollon est bouvier d'Admète. Neptune se loue à Laomédon pour bAtir les murs de Troie, et est assez malheureux pour n'être pas payé de ses journées. On voit encore en Crète une caverne ofi Jupiter se relirait, et l'on y montre son sépulcre. Saturne s'enfuit pour ne point tomber entre ses mains, et se
* f*a première partie de ce traité parait ôlre iiiii((iicmenl un abrcj;é de VOctru'iux de Miiiiiciiis Félix ; la deuxième partie est prise mot pour mol dcTcrluUien.
retira en Italie , qui de là fut appelle Laliam, comme qui dirait les cachettes, parce qu'il s y était caché. 11 y porta le premier rinventîondcs lettres et de la monnaie, d'où vient qu'on appelle encore aujourd'hui l'épargne : le trésor de Saturne ; et il s'adonna à Fagricultorey ce qui fait qu'on le représente sous la figure d'un vieillard qui tient une faux à la main. Peoclaot qu'il fut en Italie, il se retira cliezJanoiqiiiadcNmé le nom au Janicule et au mois de Janvier. On le peint avec deux visages, parce qn'il aenible re- (]^arder en même temps Tannée qui oommcnoe et celle qui finit. Pour les Maures, ils adorent leurs rois sans contredit, et ne s'en cachent poiot. G est ce qui cause la diversité des religioos, parce que chaque nation adore cenx que leois p(;res ont adorés. Alexandre le Grand, dans dd discours assez lon{]f qu'il adresse à sa mire, lui mande qu'il a fait découvrir par force à un prêtre ce mystère des dieux. Et véritaUement, s'il est né autrefois des dieux , pourquoi n'en nait-il pas encore aujourd'hui? Cest peut-être que Jupiter est trop âgé, ou que Junon n'est plus capahie d'avoir des enfans. Gommrot croyez-vous que ces dîeax-là puissent qodqoe chose pour les Romains , qui n'ont rien po contre eux pour la défense de leurs peuples? Car pour les dieux des Romains, nous uvou quels ils étaient d'abord. Romulus qui fat M