‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 63 sur 110 · DE LA VANITE DES IDOLES · texte numérisé non relu

DE LA VANITE DES IDOLES

dieu sur un foux serment de Proculus; Pîcus, Tiberinus, Pilumnus, GoDSus,ce dieu de la fourberie que Romulus voulut qu'on adorât comme le dieu des conseils , après que par une perfidie honteuse il eut enlevé les Sabines. Tatius trouva une idole dans un cloaque, qu'il adora sous le nom de la déesse Gloacine. Hoslinus l)àtit un temple à la Crainte et à la Pâleur. Un autre consacra la Fièvre, et fit des divinités d*Acca et de Flore, ces deux fameuses courtisanes. Et pour montrer que les Romains inventent des noms qu'ils déifient, c'est qu'il y a parmi eux le dieu Fiduus qui sépare le corps de rame et le rend comme veuf. Mais comme un Dieu malencontreux, ils le mettent hors de la ville, et par là le condamnent plutôt qu'ils ne l'adorent. Ils ont aussi Scansus, Forculus, Limentînus, Gardea et Orbana. S^oilà les dieux de Rome. Pour les étrangers qu'ils adorent, c'est le Mars de Thrace, le Jupiter de Crète, la Junon d'Argos, ou de Samos ou de Carthage, la Diane taurique, la mère des dieux, avec les dieux d'Egypte qui sont plutôt des monstres que des divinités , et qui n'eussent pas manqué d'employer leur puissance, s'ils en eussent eu, à conserver les peuples qui les adoraient depuis tant de siècles. Les Romains adorent encore les Pénates vaincus, qu'Ënée, fugitif de Grèce, apporta en Italie; aussi bien que Vénus la chauve, qu'ils déshonorent davantage par là que ne fait Homère , en la réprésentant blessée. Pour les empires, c'est plutôt TeFFet du hasard que la récompense du mérite. Mais de plus, ne savons-nous pas que les Assy riens, les Mèdes, les Perses , les Grecs et les Egyptiens ont possédé l'empire du monde avant les Romains ? Et si Ton remonte même à leur origine , n'est-elle pas honteuse ? C'est une troupe de voleurs et de scélérats qui s'assemblent, et dont le nombre s'augmente par l'impunité. Leur roi Romulus monte sur le trône par un parricide. Ensuite ils pillent, saccagent, trompent. Pour peupler leur ville, ils ravissent des filles, violent les droits de l'hospitalité, et font la guerre à leurs beaux-pères. Cest ainsi qu'ils se servent d'un lien de paix pour rompre la paix. La première dignité parmi eux, c'est le consulat. L'origine en est à peu près semblable à celle de leur empire; car Rrutus l'acheta par le meurtre de ses cnfans , si bien

qu'on peut dire que cette dignité n'a tiré sa grandeur que de celle de son crime. Ce n'est donc pas la religion , ni les auspices , ni les augures qui ont porté l'empire romain où il est, mais la révolution des choses du monde. Car Régulus a observé les augures, et n'a pas laissé d'être pris. Mancinus les a gardés,. et a été contraint de se rendre et de souffrir des conditions infâmes. Les poussins de Paulus mangeaient fort bien à la bataille de Cannes, et cependant il y fut tué. César méprisa les au« gures et les auspices qui lui défendaient de passer en Afrique avant l'hiver, et ne laissa pas de naviguer heureusement et de vaincre. L'on dirait même que cela hâta sa victoire. Mais voici la raison de tous ces prestiges qui abusent le peuple. Il y a des esprits malins et vagabonds qui ont gâté toute la beauté de leur naissance par les souillures du monde. Ces misérables, après avoir perdu les avantages de leur nature et s'être plongés dans les vices, tâchent pour se consoler d'y précipiter les autres. Les poètes connaissent ces démons, et Socrate se vantait d'en avoir un qui le gouvernait à sa fantaisie. Ce sont eux qui opèrent ce que les magiciens font d'admirable, et qui donnent l'efficacité â leurs encbantemens. Cependant Hoslanès, le premier d'entre eux, dit qu'on ne peut voir la figure du vrai Dieu, et que les anges sont toujours auprès de son trône. Platon est du même sentiment, et dit qu'il n'y a qu'un Dieu, et que les autres esprits sont des anges ou des démons. Trismégistc de même parle d'un seul Dieu, et avoue qu'il est incompréhensible. Ces démons donc se cachent dans les statues et les images consacrées. Ils inspirent leurs prophètes, font mouvoir les entrailles des bêtes, gouver* nent le vol des oiseaux, président au sort, rendent des oracles embrouillés de plusieurs mensonges. En effet ils trompent et sont trompés comme ceux qui ne savent pas bien la vérité, et qui ne la veulent pas publier contre eux-mêmes. D'ailleurs ils troublent la vie et traversent notre sommeil et notre repos. Ils se glissent même dans les corps , forment les maladies, épouvantent l'âme, tordent les membres pour nous contraindre à les adorer, afin qu'après que, rassasiés de sang et de victimes, ils auront défait leurs charmes, on leur attribue la gloire de la guérison. Ainsi ils ne guérissent ceux qu'ilslour

SAINT CYPRIEN

mentent que parce qu'ils cessent de les tourmenter. Ils ne s'éludient qu'à détourner les iiommes du culte du vrai Dieu et à les porter à la superstition : et comme ils souffrent, ils ne demandent qu'à avoir des compa{];nons de leurs souffrances en les rendant complices de leurs crimes. Néanmoins, quand nous les conjurons par le Dieu vivant, ils sont obligés de sortir des corps. Vous les voyez, à notre voix et par Topérai ion d'une puissance secrète, témoigner qu'on les Qène et qu'on les brûle , pleurer, gémir, plier, et èlre forcés d'avouer ce qu'on leur demande en présence même de ceux qui les adorent. Et s'ils ne sortent incontinent, ils se retirent pour le moins peu à peu, selon que la foi du patient est grande ou la grâce du médecin. C'est ce qui fait qu'ils préviennent les esprits du peuple, afin qu'on nous haïsse avant que de nous connaître , de peur que si l'on nous connaissait, l'on ne nous imitât, ou du moins l'on ne nous condamnât pas.U ny a donc qu'un Seigneur et qu'un Dieu , parce qu'étant toutpuissant, il ne peut avoir de compagnon de sa puissance. Gela se peut même prouver par l'exemple des empires d'ici-bas. Où a-t-on vu deux rois sur un même trône vivre longtemps en bonne intelligence, et sans qu'il y eût bientôt du sang répandu ? C'est ainsi que la discorde se mit entre les deux frères de Thèbes, et qu'elle dura jusqu'après leur mort. C'est ainsi que Rémus et Romulus, qui avaient été ensemble dans le ventre de leur mère, ne purent vivre ensemble dans un même royaume. César et Pompée étaient alliés, et néanmoins ils ne se purent accorder pour la puissance. Et il ne se faut pas étonner que cela arrive parmi les hommes, puisqu'il semble que ce soit comme un consentement général de la nature. Les abeilles n'ont qu'un roi, les troupeaux n'ont qu un conducteur; à plus forte raison donc il n'y a qu'un maître de l'univers, qui a fait tout ce que vous voyez par sa parole, le gouverne par sa sagesse, l'entretient par sa vertu. Il ne se voit point, parce qu'il est au delà des sens. Il ne se peut comprendre, parce qu'il est au-dessus de l'entendement, et nous ne le comprenons jamais mieux qu'en l'appelant incompréhensible. Quel temple lui peut-on bâtir, puisque tout le monde ne le saurait comprendre? Nous qui logeons dari^ de grands palais, enfermerons-nous tant

de majesté dans un si petit espace? Il lui fiiuC dresser un temple dans notre esprit, et lui consacrer un autel dans notre cœur. Ne vous enquérez point de son nom; son nom est Dieu. On cherche des noms pour distinguer la multitude des choses, mais Dieu étant seul n'a pias besoin d'être distingué. Il est donc un et ré^ pandu partout. Le peuple le conltee même naturellement en plusieurs rencootres, lorsque l'âme se porte comme par instinct vers son principe et son auteur. Ainsi ron dit souvent : Mon Dieu ! Dieu voit tout ! s'il platt à Dieu! et autres choses semblables. Et c'est ce qui les rend encore plus coupables, de ne vouloir pas reconnaître celui qu'ils ne peuvent ignorer.

Quant à Jésus-Christ, pour montrer qu*il est et que c'est lui qui est l'auteur de notre salut, voici comme on y procède. Les Juift éCaîeot d'abord chéris de Dieu et grands observateurs de leur religion. De là vint que leur État fat florissant et leur peuple nombreux. Mais d^ puis, enorgueillis de la gloire de leurs ancétrei , ils méprisèrent les commandemens de Dieu, et perdirent la grâce qu'ils avaient reçue : ils portent eux-mêmes un témoignage vivant et publie des offenses qu'ils ont commises contre Dieu et de leur religion violée; car ils sont fàgfîilà et vagabonds, bannis de leur pajs et de leur État, sans habitation et sans retra&e. GIhC ce que Dieu avait prédit auparavant : Qoe rar k fin du monde il rassemblerait de t0M ka endroits de la terre des gens qui le aenrirncnt bien plus fidèlement que les Jniih, et qui feraient un meilleur usage de ses hvcars. I^ parole éternelle, le Fils de Diea dont Ions les prophètes ont parlé comme du maître du genre humain , a donc été envoyé au monde pour être l'arbitre et le dispensateur des gràees de Dica; c'est lui qui est sa vertu, sa raison, sa a^ene, et sa gloire. Il descend dans le sein d^one Vierge, et se revêt d'un corps par ropératioo du Saint-Esprit. Dieu s'unit à Thommei et par là cet homme devient notre Dieu, notre Qirist et notre médiateur, pour nous conduire en loi I son Père. Jésus-Christ a vooln être afin que l'homme pftt être ce qn^eat Christ. Les Juifs savaient bien aussi que Christ devait venir, car leurs prophètes ne Msaient autre chose que le leur annoiieer. Ifais comme ils ont parlé de ses deu avtoenieiis,

DE LA PESTE

Tan où il devait venir comme homme et Tanlre comme Dieu , ils n'ont pas connu le premier, parce qu'il était humble ; et ne croient que le second, parce qu'il sera glorieux. El ce qui les a empêchés de le connaître, c'est leurs péchés, ayant été tellement aveuglés de Topinion de leur propre sagesse, qu'ils n'ont pas vu la vie qui était présente devant leurs yeux. Ainsi quand Jésus-Christ, pour accomplir les prédictions des prophètes, chassait les démons des corps par la puissance de sa parole , guérissait les paralytiques, purifiait les lépreux , éclairait les aveugles, redressait les boiteux, ressuscitait les morts, en un mot obligeait les vents, la mer et les enfers à lui obéir, les Juifis, qui ne le prenaient que pour un homme, à cause de la chair dont ils le voyaient revêtu, croyaient que c'était par magie qu'il Faisait toutes ces inerveilles. Les plus considérables donc d'entre eux, c'est-à-dire ceux qu'il confondait par sa doctrine et par sa sagesse, transportés de fureur contre lui, le prirent et le livrèrent à Pilate, alors gouverneur de la Syrie, lui demandant avec clameurs qu'il le crucifiât. Lui-même avait prédit cela, aussi bien que tous les prophètes qui l'avaient précédé , ayant déclaré qu'il devait souffrir la mort pour la vaincre, et ressusciter ensuite afin de donner des preuves de sa majesté et de sa puissance. L'événement accomplit ces prédictions; car il fut crucifié, et prévenant les bourreaux rendit volontairement l'esprit , et

trois jours après il ressuscita. Ensuite il apparut à SCS disciples tel qu'il était auparavant, et se fit connaître à tous ceux qui le virent, ayant la même chair visible et palpable, et il demeura quarante jours sur la terre pour leur apprendre les préceptes de vie qu'ils devaient enseigner aux autres. Après il monta au ciel, environné d'une nuée, afin de présenter victorieux à son père l'homme qu'il a aimé, dont il s'est revêtu , et qu'il a délivré de la mort : et maintenant il doit venir du ciel pour punir le diable, et pour juger les hommes. Il commanda aussi à ses disciples d'aller par toute ia terre prêcher sa parole, ramener à la lumière ceux qui sont dans les ténèbres , et leur donner la connaissance de la vérité. Et afin de faire davantage éclater leur foi et la confession qu'ils font de son nom , il permet qu'ils soient éprouvés par les tortures, par les croix, et par diverses sortes de supplices; car leurs souffrances sont comme autant de témoins qui déposent pour la divinité de Jésus-Christ, qui ayant été donné aux hommes pour leur communiquer la vie, a voulu que le sacrifice de la leur fût une prédication encore plus forte et plus puissante que celle de leur voix. C'est donc lui que nous suivons, c'est lui qui est notre guide et l'auteur de la lumière et du salut , qui promet le ciel et la possession de son Père à ceux qui croiront en lui. Imitons-le donc, afin d'être un jour ce qu'il est.

DE LA PESTE

ÉCRIT TERS l'ànhée 2&3.

Quoiqu'il y en ait plusieurs parmi vous, mes très-cbers frères, qui ont tant de foi et de courage qu'ils ne sont point étonnés de la calamité présente, mais qui, étant fermes conune des rochers, soutiennent vigoureusement les efforts de cette tempête, et ne la considèrent que comme une épreuve de leur vertu; toutefois, comme j'en vois quelques-uns qui, par un manque de foi , ou par l'amour de la vie , ou par

la faiblesse de leur sexe , ou, ce qui est encore pis, par l'ignorance de la vérité, paraissent ébranlés, et ne se servent pas en cette rencontre de toute la force de leur esprit, j'ai cru que je ne devais rien oublier pour tâcher de les animer par les paroles et par les exemples de l'Écriture, afin que ceux qui ont déjà commencé d'appartenir à Dieu et à Jésus-Christ, se rendent dignes d'un si grand honneur; car un véritable

mentent que parce qu'ils cessent de les tourmenter. Ils ne s'étudient qu'à détourner les hommes du culte du vrai Dieu et à les porter à la superstition : et comme ils soufFrent, ils ne demandent qu'à avoir des compagnons de leurs souffrances en les rendant complices de leurs crimes. Néanmoins, quand nous les conjurons par le Dieu vivant, ils sont obligés de sortir des corps. Vous les voyez, à notre voix et par Topérat ion d'une puissance secrète, témoigner qu'on les gène et qu'on les brûle , pleurer, gémir, prier, et être forcés d'avouer ce qu'on leur demande en présence même de ceux qui les adorent. Et s'ils ne sortent incontinent, ils se reiirent pour le moins peu à peu, selon que la Foi du patient est grande ou la grâce du médecin. C'est ce qui fait qu'ils préviennent les esprits du peuple, afin qu'on nous haïsse avant que de nous connaître , de peur que si l'on nous connaissait, l'on ne nous imilût, ou du moins l'on ne nous condamnât pas. Il n'y a donc qu'un Seigneur et qu'un Dieu , parce qu'étant toutpuissant, il ne peut avoir de compagnon de sa puissance. Cela se peut même prouver par l'exemple des empires d'ici-bas. Où a-t-on vu deux rois sur un même trône vivre longtemps en bonne intelligence , et sans qu'il y eût bientôt du sang répandu? C'est ainsi que la discorde se mit entre les deux frères de Thèbes, et qu'elle dura jusqu'après leur mort. C'est ainsi que Rémus et Romulus, qui avaient été ensemble dans le ventre de leur mère, ne purent vivre ensemble dans un même royaume. César et Pompée étaient alliés, et néanmoins ils ne se purent accorder pour la puissance. Et il ne se faut pas étonner que cela arrive parmi les hommes, puisqu'il semble que ce soit comme un consentement général de la nature. Les abeilles n'ont qu'un roi, les troupeaux n'ont qu'un conducteur; à plus forte raison donc il n'y a qu'un maître de l'univers, qui a Fait tout ce que vous voyez par sa parole, le gouverne par sa sagesse, l'entretient par sa vertu. 11 ne se voit point, parce qu'il est au delà des sens. Il ne se peut comprendre, parce qu'il est au-dessus de l'entendement, et nous ne le comprenons jamais mieux qu'en l'appelant incompréhensible. Quel temple lui peut-on bâtir, puisque tout le monde ne le saurait comprendre? Nous qui logeons im^ de grands palais, enfermerons-nous tant

de majesté dans un si petit espace? Il lui faut dresser un temple dans notre esprit, el lui consacrer un autel dans notre cœur. Ne vous eoquérez point de son nom ; son nom est Dieu. On cherche des noms pour distinguer la multitude des choses , mais Dieu étant seul n*a pas besoin d'être distingué. Il est donc on et ré^ pandu partout. Le peuple le confesse même naturellement en plusieurs rencontres, lorsque l'âme se porte comme par instinct \ers son principe et son auteur. Ainsi Ton dit souvent: Mon Dieu! Dieu voit tout ! s'il platt à Dieu! et autres choses semblables. Et c'est ce qui les rend encore plus coupables, de ne vouloir pas reconnaître celui qu'ils ne peuvent ignorer.

Quant â Jésus-Christ , pour montrer qu*îl est et que c'est lui qui est Tauteur de notre salut, voici comme on y procède. Les Juifs étaleot d'abord chéris de Dieu et grands observateurs de leur religion. De là vint que leur État foi florissant et leur peuple nombreux. Bbis d^ puis, enorgueillis de la gloire de leurs ancêtres , ils méprisèrent les commandemens de Dieu, et perdirent la grâce qu'ils avaient reçue: ils portent eux-mêmes un témoignage vivant et polriic des offenses qu'ils ont commises contre Dieu et de leur religion violée; car ils sont 9agiUh et vagabonds, bannis de leur pays cC de leur État, sans habitation et sans retnittL Ccat ce que Dieu avait prédit auparavant : Qw mr la fin du monde il rassemblerait de tovi les endroits de la terre des gens qui le Éèrvirnent bien plus fidèlement que les JoUb, el qni feraient un meilleur usage de ses fliveiira. Lj parole éternelle, le Fils de Dieu dont Ions les prophètes ont parlé comme du maître dn genre humain , a donc été envoyé au monde pour être l'arbitre et le dispensateur des grâces de Dieu; c'est lui qui est sa vertu, sa raison, sa sagesse, et sa gloire. Il descend dans le sein d*uie Vierge, et se revêt d*un corps par ropdralion du Saint-Esprit. Dieu s'unit à Ilioinme, el par H cet homme devient notre DieU| notre Chrisi el notre médiateur, pour nous oondnire en lolà son Père. Jésu»<]lhrîst a vooln être afin que l'homme pût être ce qa*esl Christ. liCS Juifs savaient bien aussi que Christ devait venir, car leurs prophètes ne firisaient autre chose que le leur annobeer. liais comme ils ont parlé de ses deu

DE LA PESTE

Tan où il devait venir comme homme et l'autre comme Dieu , ils n'ont pas connu le premier, parce qu'il était humble ; et ne croient que le second , parce qu'il sera glorieux. Et ce qui les a empêchés de le connaître, c'est leurs péchés, ayant été tellement aveuglés de l'opinion de leur propre sagesse, qu'ils n'ont pas vu la vie qui était présente devant leurs yeux. Ainsi quand Jésus-Christ, pour accomplir les prédictions des prophètes, chassait les démons des corps par la puissance de sa parole , guérissait les paralytiques, purifiait les lépreux , éclairait les aveugles, redressait les boiteux, ressuscitait les morts, en un mot obligeait les vents, la mer et les enfers à lui obéir, les Juifis, qui ne le prenaient que pour un homme, à cause de la chair dont ils le voyaient revêtu, croyaient que c'était par magie qu'il Faisait toutes ces inerveilles. Les plus considérables donc d'entre eux, c'est-à-dire ceux qu'il confondait par sa doctrine et par sa sagesse, transportés de fureur contre lui, le prirent et le livrèrent à Pilate, alors gouverneur de la Syrie, lui demandant avec clameurs qu'il le crucifiât. Lui-même avait prédit cela, aussi bien que tous les prophètes qui l'avaient précédé , ayant déclaré qu'il devait souffrir la mort pour la vaincre, et ressusciter ensuite afin de donner des preuves de sa majesté et de sa puissance. L'événement accomplit ces prédictions; car il fut crucifié, et prévenant les bourreaux rendit volontairement l'esprit , et

trois jours après il ressuscita. Ensuite il apparut à ses disciples tel qu'il était auparavant, et se fit connaître à tous ceux qui le virent, ayant la même chair visible et palpable, et il demeura quarante jours sur la terre pour leur apprendre les préceptes de vie qu'ils devaient enseigner aux autres. Après il monta au ciel, environné d'une nuée, afin de présenter victorieux à son père l'homme qu'il a aimé, dont il s'est revêtu, et qu'il a délivré de la mort : et maintenant il doit venir du ciel pour punir le diable, et pour juger les hommes. Il commanda aussi à ses disciples d'aller par toute ia terre prêcher sa parole, ramener à la lumière ceux qui sont dans les ténèbres , et leur donner la connaissance de la vérité. Et afin de faire davantage éclater leur foi et la confession qu'ils font de son nom , il permet qu'ils soient éprouvés par les tortures, par les croix, et par diverses sortes de supplices; car leurs soufÎFrances sont comme autant de témoins qui déposent pour la divinité de Jésus-Christ, qui ayant été donné aux hommes pour leur communiquer la vie, a voulu que le sacrifice de la leur fût une prédication encore plus forte et plus puissante que celle de leur voix. C'est donc lui que nous suivons, c'est lui qui est notre guide et l'auteur de la lumière et du salut , qui promet le ciel et la possession de son Père à ceux qui croiront en lui. Imitons-le donc , afin d'être un jour ce qu il est.

DE LA PESTE

ÉCRIT TERS l'animée 263.

Quoiqu'il y en ait plusieurs parmi vous, mes très^bers frères, qui ont tant de foi et de courage qu'ils ne sont point étonnés de la calamité présente, mais qui, étant fermes comme des rochers, soutiennent vigoureusement les efforts de cette tempête, et ne la considèrent que comme une épreuve de leur vertu; toutefois, comme j'en vois quelques-uns qui, par un manque de foi , ou par l'amour de la vie , ou par

la faiblesse de leur sexe , ou, ce qui est encore pis, par l'ignorance de la vérité, paraissent ébranlés, et ne se servent pas en cette rencontre de toute la force de leur esprit, j'ai cru que je ne devais rien oublier pour tâcher de les animer par les paroles et par les exemples de l'Écriture, afin que ceux qui ont déjà commencé d'appartenir à Dieu et à Jésus-Christ, se rendent dignes d'un bi grand honneur; car un véritable

SAliNT CYPRIEN.

soldat de Jésus-Christ doit èlrc arme contre toute sorte d'accidcns, surtout Notrc-Scijjnrur nous en ayant avertis auparavant i)our nous y préparer. Car il a prédit qu'il y aurait partout des {'.uerrcs, des famines, des pestes et des Iremblemens de terre; et pour empêcher que nous ne fussions surpris et a])attus par tant de malheurs, il a eu soin de nous dire qu il en arriverait davantage dans les derniers temps. Ce qu'il a prédit s'accomplit maintenanl;et puisque nous voyons raccomplissement de ses menaces, cela nous doit assurer de celui de ses promesses. Car il a ditaussi : « Lorsque vous verrez toutes ces choses arriver , sachez que le royaume de Dieu est proche^.» Le royaume de Dieu approche, mes trl's-chcrs frères. Le monde va passer, et voici venir le temps de la joie, du salut, des récompenses, et de la possession du paradis que nous avions perdu. Les choses du ciel succèdent à celles de la terre, les grandes aux petites, les éternelles aux périssables. Qui peut donc s'abattre et s'affliger parmi tant de sujets de joie , si ce n'est celui qui n'a ni foi ni espérance ? Car il n'y a que celui qui ne veut pas aller ù Jésus- Christ qui puisse craindre la mort , et il n'y a que celui qui ne croit point régner avec Jésus- Christ qui ne veuille pas aller à Jésus-Christ. 11 est écrit que « le juste vit de la foi 2. » Si donc vous êtes justes , si vous vivez de la foi , si vous croyez véritablement en Dieu , pourquoi , devant être avec Jésus-Christ et étant assurés de ses promesses, ne vous réjouissez- vous pas de ce qu'il vous appelle à lui et vous délivre des embûches du diable? Siméon , cet homme juste et si plein de foi , qui observait si exactement les commandemens de Dieu , ayant eu révélation qu'il ne mourrait point qu'il n'eût vu le Christ, et voyant entrer dans le temple l'enfant Jésus avec sa mère , connut que c'était le Christ, et, tout joyeux de ce qu il allait bientôt mourir , le prit entre ses bras et dit en bénissant Dieu : «Seigneur , laissez maintenant aller en paix votre serviteur selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous avez envoyé'. » Par là il fait voir que les serviteurs de Dieu ne jouiront d'une tranquillité parfaite que lorsque étant délivrés des tempêtes et des agitations du monde, ils arriveront au port de

l'éternité, et passeront de la mort à une immortalité bienheureuse. Mais maintenant qu'y a-t-il autre chose dans ce monde qu*unc guerre continuelle avec le diable pour repousser ses attaques et nous garantir de ses embûches? Il nous faut tous les jours combattre ravarice, l'impudicitéja colère, l'ambition; et nousavonsb/en de la peine à être présens partout pour résister à un ennemi qui nous attaque de tous côtés. Avons-nous surmonté l'avarice? la volupté nous tente. A la volupté succède ramUlion^ ou la colère, ou lorgueil, ou la bonne chère, ou l'envie, ou la jalousie ; sans parler des violences qu'on nous fait pour nous obliger à renoncer à notre religion. Nous sommes tous les jours exposés à tous ces malheurs, et nous prendrons plaisir à demeurer ainsi parmi des épées nues , et nous ne souhaiterons pas d aller bientôt à Jésus-Christ. a En vérité, en vérité, je vous dis, dit le Seigneur, que vous pleurerez et vous vous affligerez , tandis que le monde se réjouira. Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. U Qui ne désire d*ètre exempt de tristesse > et ne se hâte d arrivera la joie ? Or le Sauveur déclare ensuite quand notre tristesse se changera en joie, lorsqu'il dit : c( Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira , sans que personne vous paisse ô(er votre joie^. r> Puis donc que notre joie ammte à voir Jésus-Christ , et quelle ne sanntt être véritable sans cela, quel aveugiemenl et quelle folie est-ce d'aimer les misères et les afflictioDS de ce monde, au lieu de nous bâter de posséder une joie qui ne pourra plus nous être ravie? La cause de cela , mes très-chers frères, c*est qu'on manque de foi , c'est que personne ne croît véritables les promesses de Dieu, qui est la Térilé même et dont toutes les paroles sont fienius et invariables pour ceux qui croient. Si on homme d'honneur vous promettait qodqae chose , vous le croiriez, et vous ne vous imagineriez pas qu'il voulût vous tromper; et mlinl^ nant que Dieu vous parle, tous ètessîliMriAik que d'hésiter sur ce qull vons dit II yooi l'immortalité et l'éternité au sortir de ce ! et vous en doutez. G*est ne connattre ftM Dieu du tout ; c'est offenser Jésos-Glârht qn est le maître et le Seigneur de ceux qui crakBl;

> Luc,2I,31. — » Rom., 5,17. - -Luc,2,2U. I «Jean, IC, 20. — • /Wc^., 16, 22.

DE LA PESTE

c'est n'avoir pas la foi dans la maison de la foi. Jésus-Christ, Fauteur de notre salut, nous apprend lui-même combien il nous est avantageux de sortir du monde , lorsque ses disciples s'affli{;eant de ce qu'il les devait bientôt quitter, il leur dit : «Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père; » pour nous montrer que, lorsque ceux que nous aimons sortent du monde, nous avons plus de sujet de nous réjouir que de nous affliger. C'était la pensée du bienheureux apôtre lorsqu'il dit : «C'est vivre pour moi que d'être avec Jésus-Christ, et la mort est un gain ';» considérant comme un grand avantage d'être dégagé des liens du si{.'cle, de n'être plus sujet aux passions de la chair, et d'être échappé des pièges du diable pour jouir avec Jésus-Christ d'une félicité élcrncne.

Mais quelques-uns s'étonnent de ce que la contagion attaque aussi bien les chrétiens que Icspaïetis, comme si un chrétien n'avait embrassé la foi que pour s'exempter du mal et vivre content ici-bas , et qu'il ne fallût pas au contraire qu'il souffrit en ce monde pour être heureux en l'autre.lls s'étonnent de ce que cette mortalité nous est commune avec le reste des hommes. Mais qu'y a-t-il an monde qui ne nous soit commun avec tous, tandis que nous sommes revêtus d'une chair qui est commune à tous ? Tant que nous sommes sur la terre nous sommes unis aux autres hommes par le corps , et n'en sommes séparés que par l'esprit. C'est pourquoi, jusqu'à ce que ce qu'il y a de corruptible et de mortel en nous devienne immortel et incorruptible, et que l'esprit nous conduise à Dieu, nous sommes sujets à toutes les mêmes incommodités que les autres. Ainsi nous avons part comme eux aux famines, aux irruptions des ennemis, aux maladies, et aux autres accidens de cette vie. Bien plus, si un chrétien connaît bien sa condition , il doit savoir qu'il lui faut plus souffrir ici que les autres ; parce qu'il a davantage à combattre contre le diable. C*est ce que nous enseigne l'Ëcriture quand elle dit : a Mon fils , lorsque vous entrez au service de Dieu , demeurez ferme dans la justice et dans sa crainte, et préparez- vous à la tentation;» et ensuite : «Portez humblement et patiemment les aftlctions; car ou éprouve lor et Fiu*gcnt

> iù:ci^ia8t., 2, 4.

dans le feu , et les humiliations éprouvent les hommes, et les rendent agréables à Dieu^» C'est ainsi que Job, après la perte de ses biens et la mort de ses enfans , couvert de plaies et de pourriture, ne fut pas vaincu, mais exercé, puisqu'au plus fort de ses souffrances il témoigna une patience religieuse quand il dit : a Je suis sorti tout nu du ventre de ma mère, et je retournerai tout nu en terre. Le Seigneur me l'a donné , le Seigneur me Ta ôté : il a lait ce qui lui a plu; que son nom soit béni^. » Et sa femme qui le voyait tant souffrir, le voulant porter à faire des plaintes contre Dieu et à le blasphémer : «Vous parlez, lui dit-il, comme une folle. Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en souffrirons-nous pas les maux^? » A quoi l'Écriture ajoute : « En tout cela, Job ne dit rien qui offensAt Dieu. wC'esl donc avec grande raison qu'il lui rend ce témoignage : « As-tu considéré mon serviteur Job.^ car il n'a point son semblable sur la terre , et c'est un homme en qui il n'y a rien à redire et un vrai serviteur de Dieu*. » Tobie de même ayant perdu la vue après tant d'actions éclatantes de vertu bénît Dieu, et cette affliction ne lui servit qu'à relever sa gloire. Et comme sa femme s'efforçait de l'ébranlër et lui disait : aOù sont maintenant vos bonnes œuvres? Vous voyez ce que vous souffrez^;» il ne se laissa point aller à la tentation , mais la grandeur de sa piété et de sa foi lui faisant supporter constamment son affliction, il demeura toujours ferme dans la crainte de Dieu , et mérita par ce moyen d'en recevoir plus de grâces et d'entendre ses louanges de la bouche d'un ange môme; car voici comme l'ange Raphaël lui parla: «11 est glorieux de publier les ouvrages de Dieu; car lorsque vous priiez avec Sara votre belle-fille , j'offrais vos oraisons à Dieu. Et parce que vous avez enseveli charitablement les morts , et n'avez point fait de difficulté de sortir de table et de quitter votre dîner pour en enterrer un J'ai été envoyé pour vous tenter : et Dieu m'envoie maintenant pour vous guérir avec Sara, votre belle- fille; car je suis Raphaël, l'un des sept bons anges qui sommes toujours prcsens devant le trône de Dieu^.ï) C'est cette patience que les justes ont toujours conservée; c'est la règle que Motre-

» Ktclésiasl., 4 c! 5. — ^ .lob, 1, 21. — » Jbid , 2, 10. * Jbid., 1, 8. — - ïob., 2, 22. — • Jbid., 12, 7 et 12.

SAINT CYPRIEN

soldat de .Îésus-Christ doit èlrc arme contre i toute sorte d'accidens, .surlout Notrc-Sci^jnoiir nous en ayant avertis auparavant i)()ur nous y préparer. Car il a prédit qu'il y aurait partout des guerres, des famines, des pestes et des Ireniblemens de terre; et pour empêcher que nous ne fussions surpris et abattus par tant de malheurs, il a eu soin de nous dire qu'il en arriverait davantage dans les derniers temps. Ce qu'il a prédit s'accomplit maintenant;et puisque nous voyons raccomplissement de ses menaces, cela nous doit assurer de celui de ses promesses. Car il a dilaussi : « Lorsque vous verrez toutes ces choses arriver , sachez que le royaume de Dieu est proche ^» Le royaume de Dieu approche, mes irès-chers frères. Le monde va passer, et voici venir le temps de la joie, du salut, des récompenses, et de la possession du paradis que nous avions perdu. Les choses du ciel succèdent à celles de la terre, les grandes aux petites, les éternelles aux périssables. Qui peut donc s'abattre et s'affliger parmi tant de sujets de joie , si ce n'est celui qui n'a ni foi ni espérance ? Car il n'y a que celui qui ne veut pas aller à Jésus- Christ qui puisse craindre la mort , et il n'y a que celui qui ne croit point régner avec Jésus- Christ qui ne veuille pas aller à Jésus-Christ. Il est écrit que a le juste vit delà foi^.» Si donc vous êtes justes , si vous vivez de la foi , si vous croyez véritablement en Dieu , pourquoi , devant être avec Jésus-Christ et étant assurés de ses promesses , ne vous réjouissez-vous pas de ce qu'il vous appelle à lui et vous délivre des embûches du diable? Siméon , cet homme juste et si plein de foi , qui observait si exactement les commandemens de Dieu , ayant eu révélation qu'il ne mourrait point qu'il n'eût vu le Christ, et voyant entrer dans le temple l'enfant Jésus avec sa mère , connut que c'était le Christ, et, tout joyeux de ce qu'il allait bientôt mourir, le prit entre ses bras et dit en bénissant Dieu : «Seigneur , laissez maintenant aller en paix votre serviteur selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous avez envoyé'. » Par là il fait voir que les serviteurs de Dieu ne jouiront d'une tranquillité parfaite que lorsque étant délivrés des tempêtes et des agitations du monde, ils arriveront au port de

> Luc , 21 ,31. - » Rom., 5, 17. - - Luc,2 , 29.

l'éternité, et passeront de la mort à une immortalité bienheureuse. Mais maintenant qu'y a-t-il autre chose dans ce monde qu'une guerre continuelle avec le diable pour repousser ses attaques et nous garantir de ses embûches? Il nous faut tous les jours combattre ravarice, Timpudicité, la colère, l'ambition; et nous avons b/en de la peine à être présens partout pour résister à un ennemi qui nous attaque de tous côtés. Avons-nous surmonté l'avarice? la rolupté nous tente. A la volupté succède l'ambilloQ^ ou la colère, ou l'orgueil, ou la bonne chère, ou l'envie, ou la jalousie ; sans parler des violences qu'on nous fait pour nous obliger à renoncer à notre religion. Nous sommes tous les jours cxpoiiés à tous ces malheurs, et nous prendrons plaisir à demeurer ainsi parmi des épées nues , et nous ne souhaiterons pas d'aller bientôt à Jésus-Christ. a En vérité, en vérité, je vous dis, dit le Seigneur, que vous pleurerez et vous vous affligerez, tandis que le monde se réjouira. Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera enjoie.'» Qui ne désire d*ètre exempt de tristesse, et ne se hâte d*arriveri la joie ? Or le Sauveur déclare ensuite quand notre tristesse se changera en joie, lorsqu'il dit : (( Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira , sans que personne vous paisse ôter votre ioie^.» Puis donc que notre joîecoBttBre à voir Jésus-Christ, et qu*elle ne Munit être véritable sans cela, quel aveugiemenl et quelle folie est-ce d^aimer les misères et lea ftflBktioos de ce monde, au lieu de nous bâter de poMéder une joie qui ne pourra plus nous être ravirf La cause de cela , mes très-chers frères, c'est qn*OD manque de foi , c'est que personne ne croit véritables les promesses de Dieu, qui est la vérilê même et dont toutes les paroles sont fienius et invariables pour ceux qui croient. Si m homme d'honneur vous promettait qudqae chose , vous le croiriez, et vous ne vous imagineriez pas qu'il voulût vous tromper; et mlinl^ nant que Dieu vous parle, vous êtes si 'inMdiile que d'hésiter sur ce qnll vous dit II vous l'immortalité et l'éteroité au sortir de ee et vous en doutez. G*est ne connatire fskt Dieu du tout ; c^est offenser Jésus-Ghrilt qn est le maître et le Seigneur de ceax qoi croioH;

«Jcaîi, IC, 20. — • yWi/., 16, 22.

DE LA PESTE

c'est n*avoir pas la foi dans la maison de la foi. i Jésus-Christ, fauteur de notre salut, nous apprend lui-même combien il nous est avantageux de sortir du monde , lorsque ses disciples s*aff1î(;eant de ce qu*il les devait bientôt quitter, il leur dit : «Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je mVn vais à mon Père; » pour nous montrer que, lorsque ceux que nous aimons sortent du monde, nous avons plus de sujet de nous réjouir que de nous affliger. C'était la pensée du bienheureux apôtre lorsqu'il dit : («C'est vivre pour moi que d'être avec Jésus-Christ, et la mort est un gain *; » considérant comme un grand avantage d'être dégagé des liens du sitcle, de n'être plus sujet aux passions de la chair , et d'être échappé des pièges du diable pour jouir avec Jésus-Ghrîst d'une félicité éternelle.

Mais quelques-uns s'étonnent de ce que la contagion attaque aussi bien les chrétiens que Icspaïrtis, comme si un chrétien n'avait embrassé la foi que pour s'exempter du mal et vivre content ici-bas , et qu'il ne fallût pas au contraire qu'il souffrit en ce monde pour être heureux en Tautrclls s'étonnent de ce que cette mortalité nous est commune avec le reste des hommes. Mais qu'y a-t-il au monde qui ne nous soit commun avec tous, tandis que nous sommes revêtus d'une chair qui est commune à tous? Tant que nous sommes sur la terre nous sommes unis aux autres hommes par le corps , et n'en sommes séparés que par l'esprit. Ccst pourquoi, jusqu'à ce que ce qu'il y a de corruptible et de mortel en nous devienne immortel et incorruptible, et que l'esprit nous conduise à Dieu, nous sommes sujets à toutes les mêmes incommodités que les autres. Ainsi nous avons part comme eux aux famines, aux irruptions des ennemis, aux maladies, et aux autres accidens de cette vie. Bien plus, si un chrétien connaît bien sa condition , il doit savoir qu'il lui faut plus souffrir ici que les autres; parce qu'il a davantage à combattre contre le diable. C'est ce que nous enseigne l'Écriture quand elle dit : «Mon fils, lorsque vous entrez au service de Dieu, demeurez ferme dans la justice et dans sa crainte, et préparez-vous à la tentation;» et ensuite: «Portez humblement et patiemment les afflctions; car ou éprouve l'or et Fiu*geut

> Ëcciéiiast, 2, 4.

dans le feu , et les humiliations éprouvent les hommes, et les rendent agréables à Dieu^» C'est ainsi que Job, après la perte de ses biens et la mort de ses enfans, couvert de plaies et de pourriture, ne fut pas vaincu, mais exercé, puisqu'au plus fort de ses souffrances il témoigna une patience religieuse quand il dit : d Je suis sorti tout nu du ventre de ma mère, et je retournerai tout nu en terre. Le Seigneur me l'a donné , le Seigneur me Ta ôté : il a lait ce qui lui a plu; que son nom soit béni^. » Et sa femme qui le voyait tant souffrir, le voulant porter à faire des plaintes contre Dieu et à le blasphémer : a Vous parlez, lui dit-il, comme une folle. Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en souffrirons-nous pas les maux^? » A quoi l'Écriture ajoute : « En tout cela, Job ne dit rien qui offensât Dieu. »C*est donc avec grande raison qu'il lui rend ce témoignage : « As-tu considéré mon serviteur Job.^ car il n'a point son semblable sur la terre , et c'est un homme en qui il n'y a rien à redire et un vrai sen'ileur de Dieu*. » Tobîe de même ayant perdu la vue afirès tant d'actions éclatantes de vertu bénit Dieu, et cette affliction ne lui servit qu'à relever sa gloire. Et comme sa femme s'efforçait de l'ébranlër et lui disait : a Où sont maintenant vos bonnes œuvres? Vous voyez ce que vous souffrez^;» il ne se laissa point aller à la tentation , mais la grandeur de sa piété et de sa foi lui faisant supporter constamment son affliction , il demeura toujours ferme dans la crainte de Dieu , et mérita par ce moyen d'en recevoir plus de grâces et d'entendre ses louanges de la bouche d'un ange même; car voici comme l'ange Raphaël lui parla: «Il est glorieux de publier les ouvrages de Dieu; car lorsque ^ous priiez avec Sara votre belle-fille , j'offrais vos oraisons à Dieu. Et parce que vous avez enseveli charitablement les morts, et n'avez point fait de difficulté de sortir de table et de quitter votre dîner pour en enterrer un J'ai été envoyé pour vous tenter : et Dieu m'envoie maintenant pour vous guérir avec Sara, votre belle-fille; car je suis Raphaël, l'un des sept bons anges qui sommes toujours prcsens devant le trône de Dieu *^.» C'est cette patience que les justes ont toujours conservée; c'est la règle que INotre-

» Fcticsiasr., 1 et 5. — =• .lob, 1, 21. — » Jbid , 2, 10.

* ma., 1, 8. — - Tob., 2 , 22. — • ma., 12, 7 et 12.

SAIM CYPiUKX.

Sci[încur a donnée à ses apùlres cl qu'ils ont aussi pratiquée très -exactement, de ne point murmurer dans fadversité, mais de souffrir avec coura^j^e et patience tous les maux de cette vie. C'a toujours été au contraire une pierre d*aclioppement pour les Juifs , qui ont presque sans cesse murmuré contre Dieu , comme Dieu même le témoigne au livre des Nombres, lorsqu'il dit : «Qu'ils cessent de murmurer contre moi, et ils ne mourront pas *.» Il ne Faut point murmurer dans Fadversîté, mes très -chers frères; mais souffrir patiemment tout ce qui arrive , puisqu'il est écrit que a le sacrifice a(jréable à Dieu est un esprit affligé et abattu, et qu'il ne méprise point un cœur contrit et humilié^. » Le Saint-Esprit dit aussi, dans le Deutéronome, par la bouche de Moïse : « Le Seigneur votre Dieu vous affligera et vous enverra la famine , et Ton connaîtra ce que vous avez dans le cœur, et si vous avez bien ou mal observé ses commandemens^; » et encore : «Le Seigneur votre Dieu vous tente, pour voir si vous laimez de tout votre cœur et de toute votre Ame*.» C'est ainsi qu'Abraham plut à Dieu, parce que pour lui plaire il ne craignit point de perdre son fils et de commettre un parricide ^. » Mais vous qui ne pouvez vous résoudre à perdre votre fils par la loi commune de cette mortalité, que Feriez- vous si Ton vous commandait de le faire mourir ? La foi et la crainte de Dieu vous doivent préparer contre toute sorte d'événemens. Avez-vous perdu votre bien, votre femme , vos cnfans , vos proches? Êtes- vous tourmenté de maladies longues et fâcheuses? Tout cela ne vous doit point être un sujet de scandale, mais une matière de triomphe; tout cela ne doit servir qu'à faire éclater davantage le courage d'un véritable chrétien à qui la certitude des biens à venir doit faire mépriser tous les maux présens. 11 ne peut y avoir de victoire sans combat , ni de couronne sans victoire. La tempête fait connaître un pilote, et la guerre un soldat. Il est aisé de se vanter quand il n'y a point de péril, mais c'est l'adversité qui met la vertu à l'épreuve. Un arbre profondément enraciné n'est point ébranlé par les secousses des vents : un vaisseau bien fait et bien construit est poussé par les flots, mais n'est point submergé; et

* Num., 17, 10. — « Psaume 50, 18.

• Dcut., 8, 2. - * ma , 13, 6. — s Gcnc«., 22.

quand on bat le blé dans la grange, le bon grain méprise le vent; il n'y a que la palIK* qui! emporte. Ainsi l'apôtre saint Paul, apK's plusieurs naufrages, après avoir été battu de verges, après avoir souffert une infinité de maux et de misères, n'appelle pas cela des peines, mais des exercices, et dit que cela n'a scni qu'à l'éprouver davantage : «On m'a donné, dit-il , un aiguillon de la cbair, on ange de Satan pour me souffleter, de cninle que je ne m'élevasse. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur de m'en délivrer; mais il m'a répondu : Ma grâce vous suffit; car la faiblesse perfectionne la vertu ^n Lors donc qu'il nous arrive quelque infirmité ou quelque disgrâce, c'est alors que notre vertu se perfectionne, c'est alors que notre foi est couronnée, pourvu que nous la conservions inviolable au milieu de ces épreuves , suivant celte parole de l'Écrilore: « La fournaise éprouve les vases du potier, et les afflictions éprouvent les justes. » Car il y a cette différence entre nous et ceus qui ne connaissent point Dieu , qu'ils se plaignent et murmurent dans l'adversité; au lien que nous, Ken loin de nous plaindre et d'en rien diminuer de notre courage et de notre foi , nous en tirons de nouvelles Forces. Ces grandes évacuations qui nous abattent, ces cruelles inflammatioDS de gorge qui nous altèrent, ces fréqneos fomissemens, ces yeux étincelans et pleins de feu , ces membres pourris qu'il Faut couper, œ venin froid de la maladie qui nous fait perdre Fusage des jambes, de Foule, ou de la me, tout eela ne sert qu'à exercer notre foi. Quelle srandeor de courage, de soutenir sans aTébranler tant de violentes attaques de la maladie et de b mon ! Quelle hauteur d'àme, de démener dcbonl aa milieu de ces ruines du genre humain , cl de n'être point abattu avec ceus qui ne meitrnt point leur espérance en Diea! Nooa deroos donc nous réjouir et embrasser une ai belle occasion de Faire paraître la fermeté de nocie t» et de recevoir des récompenses de la nnin de Jésus-Christ , après avoir marché vera loi p« Il voie étroite des peines et des soaffiranoea. Qae celui-là appréhende de mourir, qui n*ayantpoiat été régénéré par l'eau et par resprit,catdaliaé à des flammes éternelles. Que celui-là appé-

DE LA PESTE

hende de moarir, qui n'est point marqué du signe de la croix et de la passion de Jésos- Christ ; qai passera de cette première mort à une secmide , et à qui il est avantageux que ses supplices soient différés. Plusieurs de nous, dit-on, meurent de la peste; c'est que plusieurs de nous sont délivrés du siècle. Cette mortalité est une peste pour les Juif^ et pour les gentils, mais c'est une heureuse sortie de ce monde pour les serviteurs de Dieu. De ce que les gens de bien meurent indiffiéremment avec les mécbans , ce n'est pas à dire que leur mort soit pareille. Les gens de bien meurent pour être mis dans un lieu de rafiratchissement, et les méchans pour être tourmentés; les premiers pour être plutôt en sûreté, les autres pour être plutôt punis. Certes, mes très-cbers frères, nous sommes des ingrats , et nous ne comprenons pas assez les grâces que Dieu nous fait. Les vierges sortent de ce monde pendant la paix avec toute la gloire de leur virginité , sans appréhender les menaces et les brutalités des persécuteurs. Les enfans évitent les périls où les expose la faiblesse de leur âge , et vont recevoir le prix de leur innocence. Une dame délicate rachète par une prompte mort la cruauté des supplices et l'insolence des bourreaux. L'appréhension de la peste échauffe les tièdes, anime les faibles, excite les lâches, l^t revenir les déserteurs, et convertit les païens. Elle appelle au repos les anciens fidèles, et fortifie pour le combat les nouveaux baptisés ; car ceux qui se sont enrôlés dans la milice chrétienne dans un temps si fôcheux , n'ont garde de redouter le temps de la persécution. D*ailleurs, mes très-chers fir^res, quel bien n'est-ce pas pour nous puisque cette peste, qui parait si horrible , fait connaître la vertu de chacun et découvre les cœurs , fait voir si l'on est charitable, si l'on aime ses proches , si l'on a de la compassion pour ses valets, si un médecin assiste les malades, si l'on profite de la calamité présente pour être ou moins colère , ou moins avare , ou moins superbe , et si les riches qui voient mourir leurs héritiers en deviennent plus libéraux envers les pauvres? Mais n'est-ce pas encore un grand avantage pour nous que celte peste nous prépare au martyre, en nous apprenant à ne point craindre la mort ? Ce n'est donc pas un fléau pour nous , mais un exercice qui nous fait rem-

porter la gloire de la constance, et nous dispose à recevoir des couronnes.

Mais quelqu'un dira peut être : Ce qui m'afflige en cette rencontre , c'est que m'étant préparé à confesser le nom de Jésus-Christ et pleinement dévoué à souffrir pour lui, je me vois privé de mon martyre et prévenu par la mort. Je réponds premièrement que le martyre ne dépend pas de vous, mais que c'est une grAce de Dieu ; et que vous ne pouvez pas dire avoir perdu une chose, ne sachant pas si vous méritiez de la recevoir. De plus, Dieu sonde les cœurs et les désirs, et découvre les choses les plus cachées ; il voit votre disposition , la loue et l'approuve, et il vous récompensera de votre résolution et de votre courage. Lorsque Gain faisait son offrande à Dieu, avait-il déjà tué son frère? Non ; cependant Dieu le rejeta comme un parricide,parcequ'ilconnaissaitsamauvaiseintention. Comme donc Dieu prévit et condamna son dessein , qu(Hqu'il ne l'eût pas encore exécuté , de même il couronne dans ses serviteurs la volonté qu'ils ont d'endurer le martyre, bien qu'ils ne l'endurent pas en eflet. Car autre chose est de manquer au martyre, et autre chose que le martyre nous manque. Dieu vous juge tel qu'il vous trouve quand il vous appelle , comme il le témoigne lui-même lorsqu'il dit : «Toutes les Églises sauront que c'est moi qui sonde les reins et le cœur ^;> car Dieu ne demande pas notre sang, mais notre foi. Abraham, Isaac et Jacob ne forent point tués , et ils n'ont pas laissé de mériter par leur foi et par leur vertu d'être rois au rang des premiers patriarches , en sorte que tous ceux qui les imiteront auront place avec eux à, leur banquet ^. Il faut nous souvenir que nous ne devons pas faire notre volonté , mais celle de Dieu , ainsi que Notre-Seigneur nous a commandé de le dire tous les jours. Combien est-il donc déraisonnable de demander que la volonté de Dieu se fasse , et de ne lui par obéir sans contradiction, lorsqu'il nous veut tirer de ce monde? Nous nous roidissons, nous ftiisons résistance , et comme de mauvais serviteurs nous sommes conduits malgré nous en la présence de notre maître, ne quittant la vie qu'à regret, et parce qu1l le faut; et après cela nous prétendons que celui que nous allons ainsi

« Apoc, -i.îS. - "Mallli., 8, il.

SAINT CYIMUEX.

Seifçneur a donnée à ses apôlrcs et qu'ils ont aussi pratiquée très -exactement, de ne point murmurer dans l'adversité, mais de souffrir avec courafj^e et patience tous les maux de cette vie. C'a toujours été au contraire une pierre d*aclioppement pour les Juifs , qui ont presque sans cesse murmuré contre Dieu , comme Dieu même le témoigne au livre des Nombres, lorsqu'il dit : «Qu'ils cessent de murmurer contre moi, et ils ne mourront pas *. » Il ne Faut point murmurer dans l'adversité, mes très -chers frères; mais souffrir patiemment tout ce qui arrive , puisqu'il est écrit que a le sacrifice a(jréable à Dieu est un esprit affligé et abattu, et qu'il ne méprise point un cœur contrit et humilié^. » Le Saint-Esprit dit aussi, dans le Deutéronome , par la bouche de Moïse : « Le Seigneur votre Dieu vous affligera et vous enverra la famine , et Ton connaîtra ce que vous avez dans le cœur, et si vous avez bien ou mal observé ses commandemens^; » et encore : «Le Seigneur votre Dieu vous tente, pour voir si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre Ame 4.» C'est ainsi qu'Abraham plut à Dieu, parce que pour lui plaire il ne craignit point de perdre son fils et de commettre un parricide ^ » Mais vous qui ne pouvez vous résoudre à perdre votre fils par la loi commune de cette mortalité, que Feriez-vous si l'on vous commandait de le faire mourir ? La foi et la crainte de Dieu vous doivent préparer contre toute sorte d'événemens. Avcz-vous perdu votre bien, votre femme, vos cnfans , vos proches? Êtes- vous tourmenté de maladies longues et fâcheuses ?Tout cela ne vous doit point être un sujet de scandale, mais une matière de triomphe; tout cela ne doit servir qu'à Faire éclater davantage le courage d'un véritable chrétien à qui la certitude des biens à venir doit faire mépriser tous les maux présens. 11 ne peut y avoir de victoire sans combat , ni de couronne sans victoire. La tempête fait connaître un pilote, et la guerre un soldat. Il est aisé de se vanter quand il n'y a point de péril, mais c'est Tadversité qui met la vertu à Tépreuve. Un arbre profondément enraciné n'est point ébranlé par les secousses des vents : un vaisseau bien fait et bien construit est poussé par les flots, mais n*est point submergé; et

* Num., 17, 10. - « Psaume 50, 18.

• Deut., 8, 2. - * ma , 13, 3. — « Gcncs., 22.

quand on bal le blé dans la grange, le b«^n grain méprise le vent; il n'y a que la paille qu'il emporte. Ainsi l'apôtre saint Paul, après plusieurs naufrages, après avoir été battu de verges, après avoir souffert une infinité de maux et de misères, n'appelle pas cela des peines, mais des exercices, et dit que cela n'a .servi qu'à l'éprouver davantage : a On m'a donné, dit-il, un aiguillon de la chair, un ange de Satan pour me souffleter, de crainte que je ne m'élevasse. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur de m'en délivrer; mais il m'a répondu : Ma grâce vous sufflt; car la faiblesse perfectionne la vertu ^» Lors donc qu'il nous arrive quelque infirmité ou quelque disgrâce, c'est alors que notre vertu se perfiectionne, c'est alors que notre foi est couronnée, poun'u que nous la conservions inviolable au milieu de ces épreuves , suivant celte parole de l'Écrilnre: «La fournaise éprouve les vases du potier, et les afflictions éprouvent les justes. :» Car il y a cette diffîérence entre nous et ceux qui ne connaissent point Dieu , qu'ils se plaignent et murmurent dans l'adversité; au lieu que nous, bien loin de nous plaindre et d'en rien diminuer de notre courage et de notre foi , nous en tirons de nouvelles Forces. Ces grandes évacuations qui nous abattent, ces cruelles inflammations de gorge qui nous altèrent, ces fréqaem finissemens , ces yeux étincelans et pleÂn de feu , ces membres pourris qu'il fiiut couper, œ venin froid de la maladie qui nous fiiit perdre Fusage des jambes, de l'oule, ou de la me, tout cela ne sert qu'à exercer notre foi. Quelle grandear de courage, de soutenir sans sTébranlcr faut de violentes attaques de la maladie et de la mort ! Quelle hauteur d'âme, de demeurer ddioat au milieu de ces ruines du genrehnmain,etdc n'être point abattu avec ceux qui ne mettent point leur espérance en Dieu! Noua devons donc nous réjouir et embrasser une ai bdk occasion de Faire paraître la fermeté de notre foi et de recevoir des récompenses de la main de Jésus-Christ, après avcùr marché vers loi par II voie étroite des peines et des sonffranceib Qae celui-là appréhende de naourir, qui n*ayantpoHit été régénéré par l'eau et par resprit^estdoliné à des flammes ctcmcUes. Que cdid4à appi-

< li. Cor., '2, r.

DE LA PESTE

hende de mourir, qui n^est point marqué du signe de la croix et de la passion de Jésus- Christ ; qai passera de cette première mort à une seconde , et à qui il est avantageux que ses supplices soient différés. Plusieurs de nous, dit-on , meurent de la peste ; c'est que plusieurs de nous sont délivrés du siècle. Cette mortalité est une peste pour les Juifs et pour les gentils, mais c'est une heureuse sortie de ce monde pour les serviteurs de Dieu. De ce que les gens de bien meurent indiffiéremment avec les mécbans , ce n'est pas à dire que leur mort soit pareille. Les gens de bien meurent pour être mis dans un lieu de rafratchissement, et les méchans pour être tourmentés; les premiers pour être plutôt en sûreté , les autres pour être plutôt punis. Certes, mes très-cbers frères, nous sommes des ingrats , et nous ne comprenons pas assez les grâces que Dieu nous fait. Les vierges sortent de ce monde pendant la paix avec toute la gloire de leur virginité , sans appréhender les menaces et les brutalités des persécuteurs. Les enfans évitent les périls où les expose la Faiblesse de leur âge , et vont recevoir le prix de leur innocence. Une dame délicate rachète par une prompte mort la cruauté des supplices et l'insolence des bourreaux. L'apprébensim de la peste échauffe les tièdes, anime les bibles, excite les lâches, l^t revenir les déserteurs, et convertit les païens. Elle appelle au repos les anciens fidèles, et fortifie pour le combat les nouveaux baptisés ; car ceux qui se sont enrôlés dans la milice chrétienne dans un temps si fôcbeux, n'ont garde de redouter le temps de la persécution. D'ailleurs, mes très-chers frères, quel bien n'est-ce pas pour nous puisque cette peste, qui parait si horrible , fait connaître la vertu de chacun et découvre les coeurs , fait voir si l'on est charitable, si l'on aime ses proches , si Ton a de la compassion pour ses valets, si un médecin assiste les malades, si Ton profite de la calamité présente pour être ou moins colère , ou moins avare , ou moins superbe , et si les riches qui voient mourir leurs héritiers en deviennent plus libéraux envers les pauvres? Mais n'est-ce pas encore un grand avantage pour nous que cette peste nous prépare au martyre, en nous apprenant à ne point craindre la mort ? Ce n'est donc pas un fléau pour nous , mais un exercice qui nous fait rem-

porter la gloire de la constance, et nous dispose à recevoir des couronnes.

Mais quelqu'un dira peut être : Ce qui m'afflige en cette rencontre , c'est que m'étant préparé â confesser le nom de Jésus-Christ et pleinement dévoué à soufFrir pour lui, je me vois privé de mon martyre et prévenu par la mort. Je réponds premièrement que le martyre ne dépend pas de vous, mais que c'est une grAcc de Dieu ; et que vous ne pouvez pas dire avoir perdu une chose, ne sachant pas si vous méritiez de larecevoir. De plus, Dieu sonde les cœurs et les désirs, et découvre les choses les plus cachées ; il voit votre disposition , la loue et l'approuve, et il vous récompensera de votre résolution et de votre courage. Lorsque 6aïn faisait son offrande à Dieu, avait-il déjà tué son frère? Non ; cependant Dieu le rejeta comme un parricide,parce qu'il connaissait sa mauvaise intention. Comme donc Dieu prévit et condamna son dessein , qu(Hqu'il ne l'eût pas encore exécuté , de même il couronne dans ses serviteurs la volonté qu'ils ont d*endurer le martyre, bien qu'ils ne l'endurent pas en eflet. Car autre chose est de manquer au martyre, et autre chose que le martyre nous manque. Dieu vous juge tel qu'il vous trouve quand il vous appelle , comme il le témoigne lui-même lorsqu'il dit : «Toutes les Églises sauront que c'est moi qui sonde les reins et le cœur t ; > car Dieu ne demande pas notre sang, mais notre foi. Abraham, Isaac et Jacob ne forent point tués , et ils n'ont pas laissé de mériter par leur foi et par leur vertu d'être rois au rang des premiers patriarches , en sorte que tous ceux qui les imiteront auront place avec eux à, leur banquet K 11 faut nous souvenir que nous ne devons pas faire notre volonté , mais celle de Dieu , ainsi que Notre-Seigneur nous a commandé de le dire tous les jours. Combien est-il donc déraisonnable de demander que la volonté de Dieu se fasse , et de ne lui par obéir sans contradiction, lorsqu'il nous veut tirer de ce monde? Nous nous roidissons, nous fisiisons résistance , et comme de mauvais serviteurs nous sommes conduits malgré nous en la présence de notre matlre, ne quittant la vie qu'à regret, et parce quil le faut; et après cela nous prétendons que celui que nous allons ainsi

« Apoc.,2,23. - "Mailli., 8, il.

SAINT CYPRIEN

trouver par force , nous doive récompenser ? Pourquoi donc demander que le royaume des ritux arrive, si la captivité où nous sommes nous plait ; si nous aimons mieux servir ici au diable que régner avec Jésus- Christ? Mais pour faire voir plus clairement que Dieu qui prévoit l'avenir ne regarde en cette rencontre que le bien de ses serviteurs, c'est qu'un évèque de nos collt'gucs étant fort malade et demandant à Dieu ({u'il lui plût encore le laisser en ce monde, il se présente à lui un jeune homme, si plein de majesté et de lumière, qu'une personne seule qui allait quitter la vie pouvait avoir une vision aussi belle ; et il lui dit d'un ton qui témoignait assez son indignation : Vous appréhendez la persécution, et vous ne voulez pas néanmoins sortir de ce monde ; que voulez- vous que je fasse? C'est ainsi que Nolre-Scigneur voyant que nous craignons plutôt de souffrir, que nous ne nous soucions pas d'aller à lui , ne consent pas à nos désirs pour notre avantage. C'est donc tou l ensemble un reproche qu'il nousfait,et un avertissement qu'il nous a donné par la bouche de notre collègue qui se mourait ; car il ne lui dit pas cela pour lui, qui élait sur le point de sortir du monde, mais pour nous qui y devions encore demeurer, afin que voyant un évèque qui demandait sa guérison en èlre si sévèrement repris, nous apprissions ce qui nous est vraiment utile. Moimême qui suis le moindre de tous, combien de fois ai-je reçu ordre de la part de Dieu de prêcher ))ubliquemcnt , qu'il ne faut point pleurer nos fiùres que Dieu délivre du siècle et lire à lui , puisque nous ne les avons pas perdus, mais ({ii'ils s(mt seulement allés devant nous, et que lions ne les devons considérer que comme des I ( iTonnes qui sont allées en voyage ; qu'il ne fui pas nous habiller de noir ù cause d'eux, puisqu'ils ont déjà reçu des robes blanches , ni donner sujet aux païens de nous reprocher que nous pleurons, comme perdus et anéantis , ceux que nous disons être vivans avec Dieu, et que nous démentons nos paroles et nos sentimens par nos actions? En effet, c'est être des prévaricateurs de notre foi et de notre espérance ; c'est faire témoigner que notre vertu n'est qu'une apparence, puisque nous la détruisons en effet. Aussi l'apôtre saint Paul reprend et condanme ceux qui s'affligent de la mort de leurs proches, quand il dit :a Je suis bien aise de vous

avertir 1 , mes frères, touchant ceux qui dorment , de ne vous en pas attrister comme les autres hommes qui n'ont point d'espérance; car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, nous devons croire aussi que Dieu amènera avec Jésus ceux qui se sont endormis en lui. j> Il dit que ceux qui n'ont point d'espérance s'attristent de la mort de leurs amis. Ma/s nous qui vivons d'espérance, qui crojons en Dieu , qui sommes assurés que Jésus-Christ a souffert |)our nous et est ressu^ité,quî demeurons et ressuscitons en lui et par lui, pourquoi ne voulons-nous pas sortir du monde , ou pourquoi pleurons -nous comme perdus nos amis quand ils en sortent? Jésus-Christ luimême ne nous dit-il pas : a Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi est vivant, tout mort qu'il est. Quiconque croit en moi ne mourra jamais ^. D Si nous croyons en Jésus- Christ, ajoutons foi à ses promesses; et puisque nous ne devons point mourir , allons ffaiement trouver le Seigneur avec qui nous vivrons et régnerons éternellement. S'il Faut que noiis mourions auparavant, ce n'est que pour passer de la mort à l'immortalité, parce que nous dc saurions posséder la vie éternelle que nous ne quittions la temporelle. Ainsi ce n^est pas tant une sortie de ce monde qu'un pass^pe à l'autre, et la fin d'un voyage de pea dedvrte 40! ooos mettra dans un repos qui ne flnîn jaBUi». Qui ne se hâterait d'arriver à une meiUewre vie? Qui ne désirerait d'être bientôt transformé oomme Jésus Christ, et d'avoir part au gitoeaik cid. «Notre conversation 3, dit saint Paul, est dam le ciel, d'où nous attendons NotreMgnemr Jé^ sus-Christ , qui transformera notre oorps, Mt vil et abjet qu'il est, pour le rendre oonfane à son corps glorieux. » Notre-Seigaenr now promet aussi que nous serons tds, q^and, èrnin dant pour nous à son père qw noua ^vioas ci nous nous réunissions avec lui dans des doncares éternelles , il dit : «Mon père, je désire qae ceux que vous m*avei donnés aoieiit eu je serai , et qu'ils contemplent la glom qoe voai m'avez donnée avant la création da monde ^.i Celui qui doit aller demeurer avec Jésos-CfariU et entrer dans un palais de lumière, ne doit poiat

* I. Thcss., 1, 53. - * Jmii , 11, 25. » Philippe, 3, 20. - « Jean, 17, 21

DE LA PESTE

pleurer et s*aFBiger, il doit au conlraire se réjouir de son départ, assuré par la foi de la vérité des promesses de Notre-Seigneur. C'est ainsi qu'Enoch fut transporté hors de ce monde, parce qu'il se rendit agréable à Dieu : « Enoch , dit rÉcriture, Fut agréable à Dieu, et Ton ne le trouva plus, parce Dieu le transportai > C'est donc une marque que l'on platt à Dieu d*èlre enlevé de ce siècle corrompu. Le Saint-Esprit nous enseigne aussi par Salomon que ceux que Dieu aime sont plutôt délivrés de ce monde , de crainte que s'ils y demeuraient plus longtemps ils n'en fussent corrompus : «U fut ravi , dit-il, de peur que la malice ne le pervertit; car Dieu le chérissait : c'est pourquoi il se bâta de le tirer du milieu de l'iniquité 2. » C'est ainsi que dans les psaumes l'âme fidèle embrasée d'amour pour son Dieu se hftte d'aller à lui, et dit : «Que vos demeures sont ahnables, Dieu des vertus! Mon âme brûle d^entrer dans la maison du Seigneur 3. s II n'y a que ceux qui sont enchantés des plaisirs du monde qui veulent y demeurer longtemps. Mais puisque le monde hait les chrétiens, pourquoi vous qui êtes chrétien aimez-vous celui qui vous hait, et ne suivez-vous pas plutôt Jésus-iuhnst qui vous a rachetés et qui vous aime? L'apôtre saint Jean nous crie dans son épltre de ne point seconder les mouvemens de la chair et de n'aimer pomt le monde. «N'aimez point le monde, dit-il, m' les choses du monde. Celui qui aime le monde n'aûne point Dieu; car tout ce qui est au monde n*est que convoitise de la chair, ou convoitise des yeux , ou ambition , ce qui ne vient point de Dieu, mais du monde. Or le monde passera avec toutes ses convoitises; au lieu que celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement comme Dieu mëme^. > Cest pourquoi, mes très-chers frères, soyons toujours prêts à tout ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner de nous , et sans craindre la mcnrt ne pensons qu'à l'immortalité qui la suit. Confirmons notre foi par nos actions en ne pleurant point la mort de nos amis, et allant trouver le Seigneur avec allégresse quand il nous appellera à lui. Cest ce que doivent toijûours faire des serviteurs de Pieu, mais encore beaucoup plus maintenant que le monde est prêt à se détruire , et que tant

>Genèt.»5,24. -*SaGes8e,4, 11 et 14.

* Psaumes 83» 1. - * Jeao, 1, 15.

de malheurs l'accablent; car puisque la misère est déjà si grande, et que nous savons qu'il y en aura encore plus à l'avenir, ne devons-nous pas considérer comme un extrême avantage d'en être promplement déli\Tés? Si les murs de votre maison penchaient de vieillesse, si le comble tremblait au-dessus, et que tout le reste semblât menacer d'une ruine prochaine, ne vous hâteriez-vous pas d'en sortir au plus tôt? Si étant sur mer vous vous trouviez surpris d'une tempête furieuse et en danger de faire naufrage, ne îàcheriez-vous pas de gagner prompte.ment le port? Le monde est ébranlé de toutes parts et s'en va finir , et vous ne remerciez pas Dieu ni ne vous sçavez bon gré de ce qu'une mort un peu plus prompte vous met à couvert des plaies horribles qui le menacent? Nous devons considérer, mes très-chers frères, que nous avons renoncé au monde, et que nous n'y demeurons que comme des étrangers et des voyageiu*s. Embrassons donc le jour bienheureux qui assigne à chacun une demeure tranqu'ille, qui nous rétablit dans le paradis , qui nous donne entrée dans le royaume des cieux. Quel est l'étranger qui ne se hâte point de retourner en sa patrie? Quel est le passager qui ne désire un bon vent pour revoir plus tôt ses parens et ses amis? Notre patrie cest le paradis; nos parens sont les patriarches; pourquoi donc ne couronsnous point voir notre patrie et embrasser nos parens ? Grand nombre de nos amis , de nos frères, de nos enfans nous y attendent assurés de leur salut et encore en peine pour le nôtre. Quelle joie pour eux et pour nous de nous embrasser! Quel plaisir de jouir d'une vie éternelle sans être tourmenté de la crainte de la mort ! d'être toujours et souverainement bienheureux ! C'est là qu'est le chœur glorieux des apôtres , l'auguste assemblée des patriarches, la multitude innombrable des martyrs , la troupe triomphante des vierges, et la bande sacrée des personnes charitables qui ont soulagé les misères des pauvres et envoyé leurs trésors dans le ciel. Hàtons-nous de les aller trouver, mes très-chers frères, et souhaitons avec passion d'être bientôt avec eux, d'être bientôt avec Jésus-Christ. Que Notre-Seigneur voie dans notre cœur ces pensées et ces désirs , car plus nous désirerons de le voir , plus notre récompense fera grande.

SAINT CYPRIEN

trouver par force , nous doive récompenser ? Pourquoi donc demander que le royaume des ritux arrive, si la captivité où nous sommes lions platt ; si nous aimons mieux servir ici au diable que ré[]^ner avec Jésus- Christ? Mais pour faire voir plus clairement que Dieu qui prévoit l'avenir ne regarde en cette rencontre que le bien de ses serviteurs, c'est qu'un évèque de nos collègues étant fort malade et demandant à Dieu qu'il lui plût encore le laisser en ce monde, il se présente à lui un jeune homme, si plein de majesté et de lumière, qu'une personne seule qui allait quitter la vie pouvait avoir une vision aussi belle ; et il lui dit d'un ton qui témoignait assez son indignation : Vous appréhendez la persécution, et vous ne voulez pas néanmoins sortir de ce monde; que voulez- vous que je fasse? C'est ainsi que Nolre-Scigneur voyant que nous craignons plutôt de souffrir, que nous ne nous soucions pas d'aller à lui, neconsentpasà nos désirs pournotre avantage. C'estdonctoutcnsembleun reproche qu'il nousfait,et un avertissement qu'il nous a donné par la bouche de notre collègue qui se mourait ; car il ne lui dit pas cela pour lui, qui était sur le point de sortir du monde, mais pour nous qui y devions encore demeurer, afin que voyant un évéque qui demandait sa guérison en être si sévèrement repris, nous apprissions ce qui nous est vraiment utile. Moimême qui suis le moindre de tous, combien de fois ai-je reçu ordre de la part de Dieu de prêcher publiquement , qu'il ne faut point pleurer nos frères que Dieu délivre du siècle et tire à lui , puisque nous ne les avons pas perdus, mais qu'ils sont seulement allés devant nous, et que rons ne les devons considérer que comme drs I ( rronnes qui sont allées en voyage ; qu'il ne fui pas nous habiller de noir à cause d'eux, puisqu'ils ont déjà reçu des robes blanches , ni donner sujet aux païens de nous reprocher que nous pleurons, comme perdus et anéantis , ceux que nous disons être vivans avec Dieu , et que nous démentons nos paroles et nos sentimens par nos actions? En effet, c'est être des prévaricateurs de notre foi et de notre espérance ; c'est faire témoigner que notre vertu n'est qu'une apparence, puisque nous la détruisons en effet. Aussi Tapôlre saint Paul reprend et condamne ceux qui s'affligent de la mort de leurs proches, quand il dit : a Je suis bien aise de vous

avertir* , mes frères, touchant ceux qui dorment , de ne vous en pas attrister comme les autres hommes qui n'ont point d'espérance; car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, nous devons croire aussi que Dieu amènera avec Jésus ceux qui se sout endormis en lui. r> Il dit que ceux qui n'ont point d*espéranoe s'attristent de la mort de leurs amis. Mais nous qui vivons d'espérance, qui croyons en Dieu y qui sommes assurés que Jésus-Ghrist a souffert pour nous et est ressusiqi(é,qui demeurons et ressuscitons en lui et par lui, pourquoi ne voulons-nous pas sortir du monde , ou pourquoi pleurons -nous comme perdus nos amis quand ils en sortent? Jésus-Christ luimême ne nous dit-il pas : a Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi est vivant, tout mort qu'il est. Quiconque croit en moi ne mourra jamais ^. D Si nous croyons en Jésus- Christ, sgoutous foi à ses promesses; et puisque nous ne devons point mourir , allons ffaiement trouver le Seigneur avec qui nous vivrons et régnerons éternellement. SU faut que nous mourions auparavant, ce n'est que pour passer de la mort à l'immortalité, parce que nous ne saurions posséder la vie éternelle que nous ne quittions la temporelle. Ainsi ce n*est pas tant une sortie de ce monde qu'un pass^pe è Vautre, et la fin d'un voyage de pea dedvrteqoi nous mettra dans un repos qui ne flnîra janaîa^ Qui ne se hâterait d'arriver à une meiUcnre vie? Qui ne désirerait d'être bientôt tranafonné oonune Jésus Christ, et d'avoir part aux gitoeaik cid. «Notre conversation 3 y dit saint P^ol, est dam le ciel, d'où nous attendons Notrete'gnemr Jé^ sus-Christ , qui transformera notre oorpa, Mt vil et abjet qu'il est, pour le rendre oonfaneà son corps glorieux. » Notre-Seigaenr bom promet aussi que nous serons tds, quod, èrnin dant pour nous à son père qw noua viviooa ci nous nous r^ouissions avec lui dans dea doBCores éternelles , il dit : «Mou père, je désire qof ceux que vous m'avez donnés aoieiit eu je serai , et qu'ils contemplent la gloire que vov m'avez donnée avant la création du monde ^.i Celui qui doit aller demeurer avec Jésos-CfariU et entrer dans un palais de lumière, ne doit poiat

« l. Tlicss., 1, 53. - * jMn , 11, 25. 'Philippe, 3, 20. — « Jeaii, 17, 21

DE LA PESTE

pleurer et s*aFBiger, il doit au contraire se réjouir de son départ, assuré par la foi de la vérité des promesses de Notre-Seigneur. Cest ainsi qu'Enoch fut transporté hors de ce monde, parce qu'il se rendit agréable à Dieu : « Enoch , dit rÉcriture, fut agréable à Dieu, et Ton ne le trouva plus, parce Dieu le transportai > C'est donc une marque que Ton platt à Dieu d*è(re enlevé de ce siècle corrompu. Le Saint-Esprit nous enseigne aussi par Salomon que ceux que Dieu aime sont plulùt délivrés de ce monde, de crainte que s'ils y demeuraient plus longtemps ils n'en fussent corrompus : «U fut ravi, dit-il, de peur que la malice ne le pervertit; car Dieu le chérissait : c'est pourquoi il se bâta de le tirer du milieu de l'iniquité 2. » C'est ainsi que dans les psaumes l'âme fidèle embrasée d'amour pour son Dieu se hftte d'aller à lui, et dit : «Que vos demeures sont ahnables, Dieu des vertus! Mon âme brûle d'entrer dans la maison du Seigneur 3. s II n'y a que ceux qui sont enchantés des plaisirs du monde qui veulent y demeurer longtemps. Mais puisque le monde hait les chrétiens, pourquoi vous qui êtes chrétien aimez-vous celui qui vous hait, et ne suivez-vous pas plutôt Jésus-<]lhnst qui vous a rachetés et qui vous aime? L'apôtre saint Jean nous crie dans son épttre de ne point seconder les mouvemens de la chair et de n'aimer point le monde. «N'aimez point le monde, dit-il, m les choses du monde. Celui qui aime le monde n'aime point Dieu; car tout ce qui est au monde n'est que convoitise de la chair, ou convoitise des yeux, ou ambition, ce qui ne vient point de Dieu, mais du monde. Or le monde passera avec toutes ses convoitises; au lieu que celui qui foit la volonté de Dieu demeure éternellement commeDieu mème^. » Cest pourquoi, mes très-chers frères, soyons toiigours prêts à tout ce qu'il plaira à Dieu d'(H*donner de nous , et sans craindre la mort ne pensons qu'à l'immortalité qui la suit. Confirmons notre foi par nos actions en ne pleurant point la mort de nos amis , et allant trouver le Seigneur avec allégresse quand il nous appellera à lui. C'est ce que doivent toijûours faire des serviteurs de Dieu, mais encore beaucoup plus maintenant que le monde est prêt à se détruire , et que tant

>Uenèt.»5,24. — *SaGesse,4, 11 et 14.

* Psaumes 83» 1. - < Jeao, 1, 15.

de malheurs l'accablent; car puisque la misère est déjù si grande, et que nous savons qu'il y en aura encore plus à Tavenir, ne devons-nous pas considérer comme un extrême avantage d'en être promptement délivrés? Si les murs de votre maison penchaient de vieillesse, si le comble tremblait au-dessus, et que tout le reste semblât menacer d'une ruine prochaine, ne vous hâteriez-vous pas d*cn sortir au plus tôt? Si étant sur mer vous vous trouviez surpris d'une tempête furieuse et en danger de faire naufrage, ne ïàcheriez-vous pas de gagner prompte.ment le port? Le monde est ébranlé de toutes parts et s'en va finir , et vous ne remerciez pas Dieu ni ne vous sçavez bon gré de ce qu'une mort un peu plus prompte vous met à couvert des plaies horribles qui le menacent? Nous devons considérer, mes très-chers frères, que nous avons renoncé au monde, et que nous n'y demeurcms que comme des étrangers et des voyageurs. Embrassons donc le jour bienheureux qui assigne à chacun une demeure tranr|uUle, qui nous rétablit dans le paradis , qui nous donne entrée dans le royaume des cieux. Quel est l'étranger qui ne se hâte point de retourner en sa patrie? Quel est le passager qui ne désire un bon vent pour revoir plus tôt ses parens et ses amis? Notre patrie cest le paradis; nos parens sont les patriarches; pourquoi donc ne couronsnous point voir notre patrie et embrasser nos parens? Grand nombre de nos amis, de nos frères , de nos enfans nous y attendent assurés de leur salut et encore en peine pour le nôtre. Quelle joie pour eux et pour nous de nous embrasser! Quel plaisir de jouir d'une vie éternelle sans être tourmenté de la crainte de la mort! d'être toujours et souverainement bienheureux ! C'est là qu'est le chorar glorieux des apôtres , l'auguste assemblée des patriarches, la multitude innombrable des martyrs , la troupe triomphante des vierges, et la bande sacrée des personnes charitables qui ont soulagé les misères des pauvres et envoyé leurs trésors dans le ciel. Hâtons-nous de les aller trouver, mes tiès-chers frères, et souhaitons avec passion d'être bientôt avec eux, d*être bientôt avec Jésus-Christ. Que Notre-Seigneur voie dans notre cœur ces pensées et ces désirs , car plus nous désirerons de le voir , plus notre récompense sera grande.

Page 1