SOT
tîus Félix ^ croît que Ton nomma Saturne fils du Ciel et de la Terre, parce que s*étant réfugié en Italie, après avoir été chassé de ses états, il parut tout d'un coup , ainsi qu'un homme (onnbé du ciel ; et que , comme d'ailleurs on ignorait quelle était sa naissance et d'où il tirait son origine, on l'appela enfant de la Terre, L'une et l'autre de ces manières de parler qui ont cours parmi le peuple , peuvent bien avoir donné lieu à cette fable. Cependant, quelqu'ingénieuse que soit cette pensée, je ne pense pas qu'elle soit fondée en vérité; il y a plus d'apparence de croire que Saturne étant un prince puissant ait voulu conserver , et comme consacrer la mémoire de ceux auxquels il devait la vie, en leur donnant, après leur mort, les noms de Ciel et de Terre, quoiqu'ils aient été connus sous d'autres noms. Et c'est ainsi que nous voyons des montagnes et des fleuves changer de nom , et recevoir celui de quelques personnes illustres : car il ne faut pas s'imaginer que lorsque les poètes ont donné une postérité à Inachus et à Atlas, ils aient eu dessein de nous faire croire qu'un fleuve et une montagne aient pu mettre des enfans au monde. Ils ont seulement voulu nous faire entendre qu'un prince grec et qu'un roi d'Afrique ont donné leur nom à un fleuve et à une montagne. Gela était fort en usage parmi les anciens , et surtout parmi les Grecs. Les difTérens noms que porte la mer qui mouille les côtes de la Grèce, elle les a reçus des différentes personnes qui y ont péri. Egée, Icare et Hellé, ont donné les leurs à la mer Egée, à la mer Icarienne, et à l'Hellespont. C'est ainsi que le mont Aven tin reçut le sien d'Aventinus, qui a son tombeau sur cette montagne de Rome , et le fameux fleuve du Tibre de Tibérinus qui s'y noya. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'on ait donné au Ciel et à la Terre le nom de ceux qui avaient mis au monde de puissans princes. Il est donc claire que Saturne n'était pas fils du Ciel , mais d'un homme qui s'appelait Uranus, c'est-à-dire, Ciel; cette vérité est confirmée par le témoignage de Trismégiste, qui, après avoir dit qu'il y a en fort peu d'hommes solidement savans, compte Uranus, Saturne et Mercure, ses
* Dans son apologie pour la religion chrétienne, intitulée Odaviwi, que Ton trouve dnns ce volume.
parens parmi ceux qui l'ont été. Voilà de quelle manière cet écrivain a traduit cette histoire , parce qu'il n'en savait pas la vérité. U a raisonné de la manière qui lui a convenu. Je dirai comment , et par qui le ciel fut nommé de la sorte, car œ ne fut pas par Saturne , mais par Jupiter qu'il le fut.
Voici ce qu'en dit Ënnius dans son Histoire sacrée. «Jupiter, dit-il, alla sur une montagne extrêmement élevée, d'où ayant jeté la vue de tous côtés, et s'étant mis à considérer le pays d'alentour , il y érigea un autel qu'il consacra par un sacrifice solennel. Puis , levant les yeux vers cette vaste étendue qui est au-dessus de l'air, et que jusque alors on avait nommé l'Éther ^ , il lui donna le nom de Ciel 3 de celui de son aïeul , et il acheva ensuite le sacrifice en laissant consumer toute la victime ; mais ce n'est pas le seul sacrifice que Jupiter ait offert. Nous lisons dans César que ce fils de Saturne, marchant contre les Titans, et étant sur le point de quitter llle de Naxos où il avait mouillé l'ancre, il sacrifia sur le rivage; qu'un aigle vint fondre à ses pieds, et qu'en ayant tiré un heureux présage pour la victoire, après qu'il l'eut remportée, il prit par reconnaissance une aigle pour symbole. L'histoire sacrée que nous avons alléguée plus d'une fois, témoigne aussi qu'un aigle se posa sur sa tète , et sembla par cette action lui promettre l'empire. »
XII. Les secrets des poètes ne nous sont plus cachés; nous avons pénétré dans leurs plus sacrés mystères, la véritable naissance de Saturne nous est enfin connue. Examinons maintenant si ses vertus méritent que nous lui donnions rang parmi les dieux. On commence son éloge par la justice. Il fut juste, dit-on, en voilà d'abord assez pour lui faire perdre sa divinité; et ce mot, il fut, l'en dégrade entièrement. Mais il ne fot pas même juste , comme on le publie si hautement , et il commit la plus horrible de toutes les injustices , soit envers ses enfans qu'il fit mourir, soit envers son père qu'il mit hors d'état de lui donner des frères. J'avoue que les stoïciens lui ont' rendu un bon office , et qu'ils ont donné à cette action barbare et impie un sens qui lui fait perdre une partie de l'horreur
^ C'est la plus haute région de l'air. * Ou d'Uranus.
LACTANCE
que nous en avions conçue ^ Ils veulent donc, selon la remarque de Gicéron dans ses livres de la Nature des Dieux , que le père de Saturne, cet eunuque infortuné, ne soit autre chose que la sphère du feu , qui, ne produisant rien , n'a pas besoin des mêmes organes que la nature a donné au sexe le plus noble pour multiplier son c;3pèce. Gela se pourrait peut-être dire de Vesta 3, si son sexe pouvait souffrir cette application ) car on dit que cette déesse est toujours demeurée vierge , parce que étant la déesse du feu, elle représente un élément dont la stérilité est la marque de Textrème pureté 3.
XIII. Si donc cette explication est trop recherchée, si elle n'a rien de naturel ni de solide, que resle-t-il? sinon de croire sans façon qu'un homme a bien pu commettrece crime envers un autre homme; à moins qu'on ne dise que Saturne, tout dieu qu'il était , ne laissait pas de craindre que son père ne lui donnât un frère qui vint mal à propos partager avec lui une sua^ession qu'il regardait comme devant lui appartenir un jour tout entière. Mais il devait bien plutôt faire cette opération sur lui-même, et avoir la prévoyance de ne pas donner la vie à un fils ^ qui devait lui ôter la couronne.Il est vrai qu'ayant appris d^un oracle que ce fils le chasserait de sesËtats, il prit la précaution de dévorer ( comme disent les fables ), ou plutôt de faire mourir ( comme raconte l'histoire), tous les mâles, que sa femme Rhéa, qui était aussi sa sœur, lui donnait tous les ans. A la vérité Ennius nous apprend, dans son Histoire sacrée, que, dans ces premiers temps, les hommes, dont les mœurs étaient encore rudes et sauvages, se nourrissaient de chair humaine : mais que les premières lois que donne Jupiter, lorsqu'il fut le maître, et qu'il s'appliqua â poliret â civiliser les peuples, que ces premières lois, dis-je, défendirent sous de rigoureuses peines ces horribles repas.Quoiqu'il en soit, queSaturne ait tué ses enfans, ou qu'il les ait mangés, on ne voit pas par quel endroit il a pu mériter le nom de juste. Mais enfin Rhéa, ayant mis Jupiter au monde , elle eut assez d'adresse ou de bonheur pour le soustraire à la cruauté de son mari, et
- Les stoïciens réduisaient toutes les fables à un sens <m nioral ou en rapport avec les phénomènes naturels.
' La déesse du feu. — ^ Jupiter.
* Ici vient une espèce de dissertation sur Topération faite à Saturne.
pour l'envoyer en Grèlc, où elle le fit nourrir secrètement. Mais je ne puis m^ennpècher d*ac* cuser ici Saturne d'imprudence et de sottise : en fut-il jamais une pareille à celle qu'il fit paraître en cette rencontre. Il est dans le ciel, et il ne voit pas ce qui se passe sur la terre : il est Dieu, et il se laisse vilainement tromper par les Goryhantes ^ Enfin, ce sage vieillard, ce puissant prince, ce politique raffiné, se vo/t en un îostant dépouillé de tout par un jeune homme sam force et sans expérience : le voilà réduit à fuir et à chercher chez tous les peuples de la terre, un asile qu'il ne peut rencontrer qu'en Italie, oà il trouva en Janus, comme le raconle Ovide dans ses Fastes, un ami généreux, qui, pour honorer un tel hôte, fit frapper exprès des monnaies, oâ l'on voit d'un côté Janus avec deux visages, et de l'autre un navire qui représente celai sortequel Saturne avait abordé en Italie.
Ainsi poètes et historiens, anciens et modernes. Grecs et Latins 3, tous sont d'aoond en ce point, que le fils d'Uranus et le père de Japilcr ne furent jamais qu'un honune. Et qui senk assez crédule pourcroire que celui-I& est un dieo, qui, se voyant chassé de diez lui, cherche sa sûreté dans la fuite, et se dérobe comme il peut à la violence et à la cruauté d*un usurpateur. O^ phée, qui vivait peu de temps aprèsSatumCydit nettement que ce fut lui qui fonda le premier royaume de la terre et qui fîit père du grand roi 3. Virgile le fait aussi r^^ner sur la terre et lui donne un règne tout d'or. Ennius, & la vérité, fiiit régner Uranus son père avant lui, mais il est facile d'accorder ces auteurs en disant quUr^ nus a jeté les premiers fondemens dans lapoissance souveraine, et que Saturne, ayant amaiK de grands trésors, s'en servit pour rétablir pin solidement, et qu'il prit le nom de roi que iob père n'avait osé prendre.
XIV. Mais afin que Tonne nous accuse pas de n'employer, pour combattre la Fausse rdigion, que le témoignage des poètes, qui peut-être n'ont pas un caractère assez grave pour serrir de témoins dans un procès de celle importance, nous voulons bien ne rien avancer qui ne toit pris d'auteurs irréprochables. Voici donc comme Ennius, qui peut passer pour tel, parie de Siturne et de sa famille d'après Évehmere, dont il
* Ceux qui avaient M>in d'élever Jupiler. i * Diodore, ^épos, CaMint, Varroo. — • JupUer.
INSTITUTlOiNS DIVINES. — LIVRE I.
a traduit Thistoire :« Après cela (disent ces deux historiens) Saturne épousa Rhéaou Opssa sœur; il avait un frère atné nommé Titan, qui aspirait à la royauté; mais la mère de ces deui princes , et Gérés leur sœur, avaient beaucoup plus de penchant pour Saturne ^ et lui conseillaient de ne point partager le royaume avec son frère : cela vint à la connaissance de Titan ; mais il le dissimula, et consentit en apparence que Saturne régnât seul. Cependant, comme il avait Tesprit plus subtil quelenouveau monarque,il rengagea à signer un traité par lequel Saturne s'obligeait à lui livrer de bonne foi tous les mâles qui lui naîtraient. L'intention de Titan était de faire passer le royaume dans sa maison après la mort de Saturne. On commença donc à exécuter le traité par la mort du premier fils de ce roi. Mais la reine sa femme ayant mis au monde un fils et une fille,on montra la fille qui fut nommée Junon,et pour le fils, qui fut le fameux Jupiter, on Tenleva secrètement, et on alla le cacbcr dans la solitude du mont Ida >. La même chose arriva à la naissance de Neptune et à celle de Plulon et de Glauca; Glauca fut apportée à Saturne; mais Neptune et Pluton furent sauvés par la même adresse que Tavait été Jupiter. »
C'est ainsi que les Annales sacrées^ rapportent sa naissance et celle de ses frères ; et elles continuent de cette sorte à nous instruire de ce qui s'est passé de plus considérable dans cette famille. « Titan s'étant aperçu qu'on s'était joué de lui, et ayant appris que Saturne avait trois fils, malgré la précaution qu'il avait prise de ne lui en point laisser, obligea ses enfans, qu'on nommait Titans comme leur père, à se joindre à lui, et avec leur secours il enferma Saturne et sa femme dans une tour, et les y fit soigneusement garder.» La vérité de cet événement nous est confirmée parlasibylleËrythréenne,etpeut en même temps justifier Jupiter d'avoir, par une horrible impiété, mis lui-même son père dans les fers. Ce fut son oncle Titan'qui commit ce crime, pour se venger de ce que Saturne avait contre sa parole laissé la vie à ses enfans. Jupiter, ayant appris que ce perfide retenait prisonnier le roi son père, leva aussitôtiine arméedans rUe de Grêle, vint fondre sur Titan et sur ses
* Dans rtle de Crète ou Candie.
^ De l'iiiëiorieo £Yebmère.
fils, les défit , et délivra son père. Mais Saturne ayant trop facilement ^outé foi à un oracle qui l'assurait que son fils avait dessdnde le renverser du trône, où sa main venait de le rétablir, il chercha l'occasion de le faire mourir ; ce qui étant venu à laconnaissance de Jupiter,il prévint son père , s'empara du royaume , et en chassa celui qui le voulait perdre. Saturne, ayant longtemps combattu contre la mauvaise fortune, fut enfin contraint de lui céder, et foyant de ville en ville et de contrée en contrée, il aborda enfin en Italie, comme nous l'avons déjà dit, où à peine put-il trouver un endroit pour se mettre à couvert de l'orage, et pour ne pas tomber entre les mains des meurtriers que son fils envoyait de tous côtés pour lui ôter la vie.
XV. Si Ton demande présentement comment Saturne et ses enfans n'étant que des hommes ont été honorés comme des dieux, il est facile de répondre à cela : que s'il est vrai , comme on le suppose, qu'avant Uranus et Saturne la royauté était inconnue aux hommes , qui n'étant encore qu'en petit nombre , vivaient à l'aventure et ne reconnaissaient d'autres lois que celles de l'instinct, qui seul gouvernait alors, il ne faut pns douter que les premiers qui reçurent de ces peuples grossiers le nom et le pouvoir de souverain, n'en reçussent en même temps des honneurs extraordinaires, jusqu'à êtreappelés dieux par leurs nouveaux sujets : soit pour quelque vertu apparente qui était en eux (n'étant pas difficile d'en imposer à des esprits si peu écIairés),soit que la flatterie commençât dès lors à corrompre les puissances par des louanges outrées , soit enfin que les sujets se fussent laissé corrompre euxmêmes par les bienfaits de leurs souverains. D'ailleurs, considérant combien ils étaient redevables aux soins que leurs premiers rois avaient pris de les rassembler dans des villes , de les avoir civilisés, d'avoir changé leur vie toute brute et agreste en des mœurs polies et honnêtes, et ne les trouvant plus sur la terre, ils s'avisèrent, pour soulager leur douleur et réparer en quelque sorte leur perte, de les faire revivre dans leurs portraits; et poussant encore plus loin leur amour et leur reconnaissance, il se mirent à honorer leur mémoire d'un culte religieux ; peutêtre aussi dans le dessein d'exciter par lu leurs successeurs dans leurs Étals à devenir aussi les ^-^iocrs de leurs vertus. C'est ce quc.Gicéron
LACTANCE
que nous en avions conçue ^ Ils veulent donc, selon la remarque de Gicéron dans ses livres de la Nature des Dieux , que le père de Saturne, cet eunuque infortuné, ne soit autre chose que la sphère du feu , qui, ne produisant rien , n'a pas besoin des mêmes organes que la nature a donné au sexe le plus noble pour multiplier son c;3pèce. Gela se pourrait peut-être dire de Vesta 3, si son sexe pouvait souffrir cette application ) car on dit que cette déesse est toujours demeurée vierge, parce que étant la déesse du feu, elle représente un élément dont la stérilité est la marque de Textrème pureté 3.
XIII. Si donc cette explication est trop recherchée, si elle n'a rien de naturel ni de solide, que resie-t-il? sinon de croire sans façon qu*un homme a bien pu commettrece crime envers un autre homme; à moins qu'on ne dise que Saturne, tout dieu qu'il était , ne laissait pas de craindre que son père ne lui donnât un frère qui vint mal à propos partager avec lui une succession qu'il regardait comme devant lui appartenir un jour tout entière. Mais il devait bien plutôt faire cette opération sur lui-même, et avoir la prévoyance de ne pas donner la vie à un fils ^ qui devait lui ôter la couronne.Il est vrai qu'ayant appris d'un oracle que ce fils le chasserait de sesÉtats, il prit la précaution de dévorer (comme disent les fables ), ou plutôt de faire mourir ( comme raconte l'histoire), tous les mâles, que sa femme Rhéa, qui était aussi sa sœur, lui donnait tous les ans. Â la vérité Ennius nous apprend, dans son Histoire sacrée, que, dans ces premiers temps, les hommes, dont les mœurs étaient encore rudes et sauvages, se nourrissaient de chair humaine : mais que les premières lois que donne Jupiter, lorsqu'il fut le maître, et qu'il s'appliqua h poliret à civiliser les peuples, que ces premières lois, dis-je , défendirent sous de rigoureuses peines ces horribles repas.Quoi qu'il en soit, que Saturne ait tué ses enfans, ou qu'il les ait mangés, on ne voit pas par quel endroit il a pu mériter le nom de juste. Mais enfin Rhéa, ayant mis Jupiter au monde, elle eut assez d'adresse ou de bonheur pour le soustraire à la cruauté de son mari, et
- Les stoïciens réduisaient toutes les failles à un sent <m moral ou en rapport avec les phénomènes naturels.
• La déesse du feu. — * Jupiter.
* Ici vient une espèce de dissertation sur l'opération faite â Saturne.
pour l'envoyer en Grètc, où elle le fit nourrir secrètement. Mais je ne puis m^mpècher d'ac* cuser ici Saturne d'imprudence et de sottise : en fut-il jamais une pareille à celle qu'il fit paraître en cette rencontre. Il est dans le ciel, et il ne voit pas ce qui se passe sur la terre : il est Dieu, et il se laisse vilainement tromper par les Goryhautes ^ Enfin, ce sage vieillard, ce puissant prince, ce politique raffiné, se vo/t en un instant dépouillé de tout par un jeune homme .sans force et sans expérience : le voilà réduit à fuir et à chercher chez tous les peuples de la terre, un asile qu'il ne peut rencontrer qu'en Italie, oà il trouva en Janus, comme le raconte Ovide dans ses Fastes, un ami {j^énéreux, qui, pour honorer un tel hôte, fit frapper exprès des monnaies, oâ l'on voit d'un côté Janus avec deux visages, et de l'autre un navire qui représente celui sur hquel Saturne avait abordé en Italie.
Ainsi poètes et historiens, anciens et modernes. Grecs et Latins 2, tous sont d^aoond en ce point, que le fils d'Uranus et le père de Japilcr ne furent jamais qu'un homme. Et qui sertit assez crédule pourcroire que celui-là est un dieo, qui, se voyant chassé de diez lui, dierche sa sûreté dans la fuite, et se dérobe comme il peut à la violence et à la cruauté d'un usurpateur. Orphée, qui vivait peu de temps aprèsSatnnie, dit nettement que ce fut lui qui fonda le premier royaume de la terre et qui fîit père du grand roi 3. Virgile le fait aussi régoer sur h terre et lui donne un règne tout d'or. Enmos,&1a vérité, fait régner Uranus son père avant lui, mais 11 est facile d'accorder ces auteurs endisant qu'Ur^ nus a jeté les premiers fondemens dans la puissance souveraine, et que Satume, ayant amaiK de grands trésors, s'en servit pour rétablir pin solidement, et qu'il prit le nom de roi qoe loa père n'avait osé prendre.
XIV. Mais afin que Tonne nous accuse pas de n'employer, pour combattre la fausse rdigion, que le témoignage des poCtes, qui peut-Are n'ont pas un caractère assez grave pour serrtf de témoins dans un procès de cette importance, nous voulons bien ne rien avancer qui ne soit prisd'auteurs irréprochables. Voici donc comme Ennius, qui peut passer pour tel, parle de Siturne et de sa famille d'après Évehmere, dont il
* Oux qui avaient Min d'élever Jupiler. 1 * Diodorc, IN'épos, Cassius, Varron. — * Jupiter.
INSTlTUTIOiNS DIVINES. — LIVRE I.
a traduit Thistoire :« Après cela (disent ces deux historiens) Saturne épousa Rhéaou Opssa sœur; il avait un frère atné nommé Titan, qui aspirait à la royauté; mais la mère de ces deux princes , et Gérés leur sœur, avaient beaucoup plus de penchant pour Saturne^ et lui conseillaient de ne point partager le royaume avec son frère : cela vint à la connaissance de Titan ; mais il le dissimula, et consentit en apparence que Saturne régnât seul. Cependant, comme il avait Tesprit plus subtil quelenouveau monarque,il l'engagea à signer un traité par lequel Saturne s'obligeait à lui livrer de bonne foi tous les mâles qui lui naîtraient. LHntention de Titan était de faire passer le royaume dans sa maison après la mort de Saturne. On conunença donc à exécuter le traité par la mort du premier fils de ce roi. Mais la reine sa femme ayant rois au monde un fils et une fille,on montra la fille qui fut nommée Junon, et pour le fils, qui fut le fameux Jupiter, on Tenleva secrètement, et on alla le caçber dans la solitude du mont Ida M^a même chose arriva à la naissance de Neptune et à celle de Plulon et de Giauca; Glauca fut apportée à Saturne; mais Neptune et Pluton furent sauvés par la même adresse que Tavait été Jupiter. »
C'est ainsi que les Annales sacrées^ rapportent sa naissance et celle de ses frères ; et elles continuent de cette sorte à nous instruire de ce qui s'est passé de plus considérable dans cette famille. « Titan s'élant aperçu qu'on s'était joué de lui, et ayant appris que Saturne avait trois fils, malgré la précaution qu'il avait prise de ne lui en point laisser, obligea ses enfans, qu'on nommait Titans comme leur père, à se joindre à lui, et avec leur secours il enferma Saturne et sa femme dans une tour, et les y fit soigneusement garder.» La vérité de cet événement nous est confirmée parla sibylle Ërythréenne, et peut en même temps justifier Jupiter d'avoir, par une horrible impiété, mis lui-même son père dans les fers. Ce fut son oncle Titan qui conunit ce crime, pour se venger de ce que Saturne avait contre sa parole laissé la vie à ses enfans. Jupiter, ayant appris que ce perfide retenait prisonnier le roi son père, leva aussitôt une armée dans rtle de Crète, vint fondre sur Titan et sur ses
* Dans nie de Crète ou Candie.
^ De l'iii^torieD Ëvebmère.
fils, les défit , et délivra son père. Mais Saturne ayant trop facilement ^outé foi à un oracle qui rassurait que son fils avait dessein de le renverser du trône, où sa main venait de le rétablir, il chercha l'occasion de le faire mourir ; ce qui étant venu à la connaissance de Jupiter, il prévint son père , s'empara du royaume , et en chassa celui qui le voulait perdre. Saturne, ayant longtemps combattu contre la mauvaise fortune, fut enfin contraint de lui céder, et fuyant de ville ai ville et de contrée en contrée, il aborda enfin en Italie, comme nous Pavons déjà dit, où à peine put-il trouver un endroit pour se metire à couvert de Forage, et pour ne pas tomber entre les mains des meurtriers que son fils envoyait de tous côtés pour lui ôter la vie.
XV. Si Ton demande présentement conunent Saturne et ses enfans n'étant que des hommes ont été honorés comme des dieux, il est facile de répondre à cela : que s'il est vrai , comme on le suppose, qu'avant Uranus et Saturne la royauté était inconnue aux hommes , qui n'étant encore qu'en petit nombre , vivaient à l'aventure et ne reconnaissaient d autres lois que celles de l'instinct, qui seul gouvernait alors, il ne faut pas douter que les premiers qui reçurent de ces peuples grossiers le nom et le pouvoir de souverain, n'en reçussent en même temps des honneurs extraordinaires, jusqu'à êtreappelés dieux par leurs nouveauxsujets : soit pour quelque vertu apparente qui était en eux (n'étant pas difficile d'en imposer à des esprits si peu éclairés),soit que la flatterie commençât dès lors à corrompre les puissances par des louanges outrées , soit enfin que les sigets se fussent laissé corrompre euxmêmes par les bienfaits de leurs souverains. D'ailleurs, considérant combien ilsétaient redevables aux soins que leurs premiers rois avaient pris de les rassembler dans des villes , de les avoir civilisés, d'avoir changé leur vie toute brute et agreste en des mœurs polies et honnêtes, et ne les trouvant plus sur la terre, ils s'avisèrent, pour soulager leur douleur et réparer en quelque sorte leur perte, de les faire revivre dans leurs portraits; et poussant encore plus loin leur amour et leur reconnaissance, il se mirent à honorer leur mémoire d'un culte religieux ; peutêtre aussi dans le dessein d'exciter par là leurs successeurs dans leurs États à devenir aussi les ;--^Kjçrs de leurs vertus. C'est ce que. Ciccroa
LACTANCE
que nous en avions conçue ^ Ils veulent donc, selon la remarque de Gicéron dans ses livres de la Nature des Dieux, que le père de Saturne, cet eunuque infortuné, ne soit autre chose que la sphère du feu , qui, ne produisant rien , n'a pas besoin des mêmes organes que la nature a donné au sexe le plus noble pour multiplier son ei^pèce. Gela se pourrait peut-être dire de Vesta 3, si son sexe pouvait souffrir cette application ) car on dit que cette déesse est toujours demeurée vierge, parce que étant la déesse du feu, elle représente un élément dont la stérilité est la marque de rextrême pureté 3.
XIII. Si donc cette explication est trop recherchée, si elle n'a rien de naturel ni de solide, que resle-t-il? sinon de croire sans façon qu'un homme a bien pu commettrece crime envers un autre homme; à moins qu'on ne dise que Saturne, tout dieu qu'il était , ne laissait pas de craindre que son père ne lui donnât un frère qui vint mal à propos partager avec lui une sua^ession qu^il regardait comme devant lui appartenir un jour tout entière. Mais il devait bien plutôt faire cette opération sur lui-même, et avoir la prévoyance de ne pas donner la vieù un fils ^ qui devait lui ôter la couronne.Il est vrai qu'ayant appris d'un oracle que ce fils le chasserait de sesËtats, il prit la précaution de dévorer (comme disent les fables ), ou plutôt de faire mourir ( comme raconte l'histoire), tous les mâles, que sa femme Rhéa, qui était aussi sa sœur, lui donnait tous les ans. A la vérité Ennius nous apprend, dans son Ilistoiresacrée, que, dans ces premiers temps, les hommes, dont les mœurs étaient encore rudes et sauvages, se nourrissaient de chair humaine : mais que les premières lois que donne Jupiter, lorsqu'il fut le maître, et qu'il s'appliqua à polir et â civiliser les peuples, que ces premières lois, dis-je, défendirent sous de rigoureuses peines ceshorribles repas.Quoiqull en soit, queSatume ait tué ses enfans, ou qu'il les ait mangés, on ne voit pas par quel endroit il a pu mériter le nom de juste. Mais enfin Rhéa, ayant mis Jupiter au monde, elle eut assez d'adresse ou de bonheur pour le soustraire à la cruauté de son mari, et
• Les stoïciens réduisaient toutes les fables à un sens ou moral ou en rapport avec les phénomènes naturels.
• La déesse du feu. — ° Jupiter.
• Ici vient une espèce de dissertation sur l'opération fuite à Saturne.
pour l'envoyer en Grètc, où elle le fit nourrir secrètement. Mais je ne puis m^empêcher d*ac* cuser ici Saturne d'imprudence et de sottise : en fut-il jamais une pareille à celle qu'il fit paraître en cette rencontre. Il est dans le ciel, et il ne voit pas ce qui se passe sur la terre : il est Dieu, et il se laisse vilainement tromper par les Gorybantes^ Enfin, ce sage vieillard, ce puissant prince, ce politique raffiné, se voit en un instant dépouillé de tout par un jeune homme sans force et sans expérience : le voilà réduit à fîiir et à chercher chez tous les peuples de la terre, un asile qu'il ne peut rencontrer qu>n Italie, où il trouva en Janus, comme le raconteOvîde dans ses Fastes, un ami généreux, qui, pour honorer un tel hôte, fit frapper exprès des monnaies, où l'on voit d'un côté Janus avec deux visages, et de l'autre un navire qui représente celui sur lequel Saturne avait abordé en Italie.
Ainsi poètes et historiens, anciens et modernes, Grecs et Latins 2, tous sont d'acavd en oe point, que le fils d'Uranus et le père de Jupiter ne furent jamais qu'un honmie. Et qui serait assez crédulepourcroire que celui-là est un dien, qui, se voyant chassé de diez lui, dierche sa sftreté dans la fuite, et se dérobe comme il peut à la violence et à la cruauté d*ua usurpateur. 0^ phée, qui vivait peu de temps après Saturne, dit nettement que ce fut lui qui fboda le premier royaume de la terre et qui fut pért du grand roi 3. Virgile le fait aussi régner sur la terre et lui donne un règne tout d*or. Ennius, à la vérité, fait régner Uranus son père avant lui, mais il est facile d'accorder ces auteurs endisant quTranus a jeté les premiers fbnderoeris dans lapais* sance souveraine, et que Saturne, ayant amassé de grands trésors, s'en servit pour FétaUir ploi solidement, et qu'il prit le nom de roi que sob père n'avait osé prendre.
XIV. Mais afin que Tonne nous accuse pas de n'employer, pour combattre la Fausse rdigioo, que le témoignage des poètes, qui peut-être n'ont pas un caractère assez grave pour servir de témoins dans un procès de cette importance, nous voulons bien ne rien avancer qui ne soit pris d'auteurs irréprochables. Voici doncconmie Ennius, qui peut passer pour tel, parie de Siturne et de sa famille d'après Évehmere, dont il
^ Ceux qui avaient soin d*élever Jupiter.
* niodore, ISépoK, CaMius, Varron. — * Jnpiirr.
a traduit Thistoire -.«Après cela (disent ces deux historiens) Saturne épousa Rhéaou Opssa sœur; îl avait un frère atné nommé Titan, qui aspirait à la royauté; mais la mère de ces deux princes , et Gérés leur sœur, avaient beaucoup plus de penchant pour Saturne^ et lui conseillaient de ne point partager le royaume avec son frère : cela vint à la connaissance de Titan ; mais il le dissimula, et consentit en apparence que Saturne régnât seul. Cependant, comme il avait Tesprit plus subtil quele nouveau monarque,il l'engagea à signer un traité par lequel Saturne s'obligeait à lui livrer de bonne foi tous les mâles qui lui naîtraient. L'intention de Titan était de faire passer le royaume dans sa maison après la mort de Saturne. On conunença donc à exécuter le traité par la mort du premier fils de ce roi. Mais la reine sa femme ayant mis au monde un fils et une fille,on montra la fille qui fut nommée Junon, et pour le fils, qui fut le fameux Jupiter, on Tenleva secrètement, et on alla le cacher dans la solitude du mont Ida ^La même chose arriva à la naissance de Neptune et à celle de Plulon et de Glauca; Glauca fut apportée à Saturne; mais Neptune et Pluton furent sauvés par la même adresse que Tavait été Jupiter.»
G*est ainsi que les Annales sacrées^ rapportent sa naissance et celle de ses frères ; et elles continuent de cette sorte à nous instruire de ce qui s'est passé de plus considérable dans cette famille. « Titan s'étant aperçu qu'on s'était joué de lui, et ayant appris que Saturne avait trois fils, malgré la précaution qu'il avait prise de ne lui en point laisser, obligea ses enfans, qu'on nommait Titans comme leur père, à se joindre à lui, et avec leur secours il enferma Saturne et sa femme dans une tour, et les y fit soigneusement garder.» La vérité de cet événement nous est confirmée par la sibylle Ërythréenne, et peut en même temps justifier Jupiter d'avoir, par une horrible impiété, mis lui-même son père dans les fers. Ce fut son oncle Titan'qui conunit ce crime, pour se venger de ce que Saturne avait contre sa parole laissé la vie à ses enfans. Jupiter, ayant appris que ce perfide retenait prisonnier le roi son père, leva aussitôt une armée dans rtle de Crète, vint fondre sur Titan et sur ses
* Dans nie de Crète ou Candie.
^ De l'iii^toriea Ëvehioëre.
fils, les défit , et délivra son père. Biais Saturne ayant trop facilement ^outé foi à un oracle qui rassurait que son fils avait dessein de le renverser du trône, où sa main venait de le rétablir, il chercha l'occasion de le faire mourir ; ce qui étant venu à la connaissance de Jupiter,il prévint son père , s'empara du royaume , et en chassa celui qui le voulait perdre. Saturne, ayant longtemps combattu contre la mauvaise fortune, fut enfin contraint de lui céder, et fuyant de ville en ville et de contrée en contrée, il aborda enfin en Italie, comme nous Pavons déjà dit, où à peine put-il trouver un endroit pour se metire à couvert de l'orage, et pour ne pas tomber entre les mains des meurtriers que son fils envoyait de tous côtés pour lui ôter la vie.
XV. Si Ton demande présentement comment Saturne et ses enfans n'étant que des hommes ont été honorés comme des dieux, il estfi&cile de répondre à cela : que s'il est vrai , comme on le suppose, qu'avant Uranus et Saturne la royauté était inconnue aux hommes , qui n'étant encore qu'en petit nombre , vivaient à l'aventure et ne reconnaissaient d autres lois que celles de l'instinct, qui seul gouvernait alors, il ne faut pas douter que les premiers qui reçurent de ces peuples grossiers le nom et le pouvoir de souverain, n'en reçussent en même temps des honneurs extraordinaires, jusqu'à ètreappelés dieux par leurs nouveauxsujets : soit pour quelque vertu apparente qui était en eux (n'étant pas difficile d'en imposer à des esprits si peu éclairés),soit que la flatterie commençât dès lors à corrompre les puissances par des louanges outrées , soit enfin que les sujets se fussent laissé corrompre euxmêmes par les bienfaits de leurs souverains. D'ailleurs, considérant combien ilsétaient redevables aux soins que leurs premiers rois avaient pris de les rassembler dans des villes , de les avoir civilisés, d'avoir changé leur vie toute brute et agreste en des mœurs polies et honnêtes, et ne les trouvant plus sur la terre, ils s'avisèrent, pour soulager leur douleur et réparer en quelque sorte leur perte, de les faire revivre dans leurs portraits; et poussant encore plus loin leur amour et leur reconnaissance, il se mirent à honorer leur mémoire d'un culte religieux ; peutêtre aussi dans le dessein d'exciter par là leurs successeurs dans leurs États à devenir aussi les ;^-^Kiçrs de leurs vertus. C'est ce que. Cicéroa
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eiprime à peu près dans les mêmes termes u C'a élé, dit-il, en quelque façon un usage reçu de tout temps parmi les hommes, de mettre au nombre des dieux, du moins par les mouvemeas d'une volonté reconnaissante, ou à l'aide d'une |répulation vertueuse, les grands personnages qui par leurs bienfaits ont su gagner le cœur des peuples. • C'est à ce charme des bienfaits qu'un Hercule, qu'uu Castor, qu'un Pollux son frère, qu'un Esculape, que tant d'autres, doivent leur divinité. C'est ce qui a fait cliez les Romains tant d'apotliéoses, et tant de consécrations chez les peuples d'Afrique. Ainsi s'établirent peu à peu les diverses religions. Le culte passa des fils aux neveux, et des neveux à la postérité la plus éloignée.
Il y en avait qui par la grandeur de leurs exploits avaient rendu leur nom si célèbre , qu'ils étaient adorés comme dieux du premier ordre par toutes les nations du monde.MaJs ceux dont les vertus moins éclatantes n'avaient eu pour témoins que leurs citoyens, et avaient été renfermées dans l'enceinte d'une ville, ou tout au plus daas les limites d'une province, étaient reconnus pour les dieux d'une province ou d'une ville , et quelquefois d'une nation tout entière. Telle fut Isis parmi les Ëgyptieos,le dieu Faune chez les Latins , et Quirinus dans Kome. C'est encore ce qui mit Atliènes sous la protectiou de Minerve, Samus sous celle de Junon , et Pathos sous celle de Vénus; c'est ce qui établit le culte particulier de Vulcain à Lemnos, de Bacxhus à IVaxos et d'Apollon à Delphes. Ainsi, à mesure que cet esprit de reconnaissance se répandait avec la politesse sur la terre.lenombredesdieux augmeutait dans le ciel. Mais ce qui contribua beaucoup à l'établissement de cette erreur fut h piété ou superstitieuse ou intéressée des successi^urs de ces nouvelles divinités. Cars'imaginant qu'il leur serait gliK-ieui d'avoir un dieu pour \)brc ou pour aïeul, ils furent les premiers à mettre de ces dieux dans leur famille, et ils ordonnèrent ensuite aux peuples qui dépendaient d'eux d'adorer ces idoles de leur vanité. Virgile sera notre garant de ce que nous venons d'avancer. Lorsque après la mort d'Âncl)ise,Énée son fils le mit au nombre des dieux , ee prince troycn dit H ceux qui l'accompagnaient:
Mais il ne lui donne pas seulement l'immar talilé, et il n'en fait pas un dieu oisif, et qui De soit bon à rien; pour lui a ttirerde la considération, illui donne un pouvoir absolu sur les ventt'. Jupiter reçut les mêmes honneurs divins dt quatre dieux subalternes ', qui i leur tour st les firent rendre avec usure par les pauvres mortels.
Les poètes vinrent ensuite, qui, parmi les égaremens de la poésie , mêlèrent des louanges excessives qui mettaient de plain-picd leurt héros dans le del. En cela, semblables à ces infâmes flaiteursquinerougissent point de donner un encens impur aux crimes des priocts. Le mal vint d'abord du côté de la Grèce. Celte ulioD naturellement légère, et qui sait joindre à cette légèreté un grande facilité à parler et 1 écrire, ût élever, si j'ose m'esprimeraio», une infinité de nuages remplis de fictinoi et de mensonges qui obscurcirent la vérité. Ce fut donc les Grecs qui les premiers instituèrent des fêles et des sacrifices à ces dieux de leur tvpo, et firent ensuite passer chez les autres peupla ce culte sacrilège. C'est cette institution vaine tt ridicule qui anime contre eux le zèle de la sibylle et qui lui fait adresser lia GrAce ces paroles:
0 avcogle Grècv, podiqiwi m Irt prinro ? Que le icrt d'oRrir 1 ■ourii* tea pitfMiu et icitoatffrApfHnlivic tn 4l^s mriHce.iwtoat c|ua dB vMdm Uoln.Qiii l'it»
> Bwrto fBHMtbIn fl
Cicéron, qui n'est pas seulement OD oralea parfait, mais encore un excellent philoao|dK, puisqu'il est le seul qui s'est confcviDë en loata choses aux sentimensde Platon, Ctoéran, disjt; dans le discours qu'il a composé pour se osesoler lui-même de la mort de s« fille, ne M point de difficulté d'avouer que les dîeiix i|k Rome adorait n'avaient été que des bomom. Et ce témoignage est d'autant plus importani. qu'il est rendu par un bomme revtlii de la dignité d'augure, et qui ooofiesse ingennaol qu'il les adore avec le peuple. Et certes, en bob apprenant que, pour donna- qudqoe noligsment à sa douleur, il a résolu de oiHisicKrn*
' Poscamas ventos. (Virgile.)
■ Pau , BtxcbM , Apothm M Hcrcon.
ma{];c de sa fille de la même manière que celles des premiers dieux furent consacrées, il nous apprend la mort de ces dieux, le motif de leur consécration , et forigine du culte qu'on leur rend. « Lors donc, ajoute-t-il, que nous voyons cette multitude de dieux de Tun et de Tautre sexe, et que nous rencontrons à chaque pas, soit dans les villes, soit à la campa^j^ne, les temples que la relifjion leur a élevés, reconnaissons du moins que nous devons à leurs soins officieux, à leur prudence consommée, et à l'excellence de leur esprit, lessag;es lois qui nous gouvernent, et rextrêmc politesse qui nous distingue des peuples barbares. Que s'il fut jamais quelque créature digne des honneursdivins, sans doute c'est l'admirable personne dont je pleure la perte; et si on les a accordés à la postérité de Cadmus, ou à celle d'Amphion et de Tmdarc, qui peut te les refuser, ô ma fille! Reçois-les donc de moi, et attends-les de toute la terre, après qu'avec la permission des dieux immortels, j'aurai consacré ta mémoire , et que je t'aurai donné parmi eux une place , que la bonté de ton cœur et les lumières divines de ton esprit t'ont si bien méritée. » Quelqu'un dira peut-être que l'excès de la douleur faisait écrire à Gicéron tant d'extravagances; mais si Ion considère que tout ce discours^ est rempli d*une doctrine sublime , d'exemples choisis, et de toutes les sortes d'omemens que fournit l'éloquence, on changera de sentiment , et on demeurera d'accord que ce n'est point l'ouvrage d'un esprit accablé de tristesse et que le chagrin affaiblit , mais d'un homme qui parle de sens rassis , et qui fait paraître partout une fermeté et une constance digne d'un grand philosophe. Et je ne saurais m'imaginer qu'il y ait pu mettre tant de variété, une abondance si fleurie, et des orne mens si recherchés, si la raison, ses amis et le temps n'eussent adouci sa douleur, et n'eussent rendu son affliction moins vive et moins sensible.
Mais ce qui doit nous convaincre qu'il parle ici de sang-froid et avec réflexion, c'est que partout ailleurs il tient le même langage, dans ses livres de la République, dans celui de la Gloire, et particulièrement dans celui des Lois.