‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 76 sur 110 · LAC · texte numérisé non relu

LAC

d« remMes. QuelquÊS^ma n'ont iname bimte de leurs crimes, et ne ànetàusA ucan prétate pour les couvrir.— Le si^e Fera qiidv>èf<Mt» dit le même Séaëque , pour venir à boiit d'une entreprise importante, des duaet qu'il n'ipproaie pas. U ne renonce pa< ponr celi va Mona mœurs , mais il s'accoeunoden m teoqii. Enfin il emploiera pour foire Ma affiùrea la mfanes moYcas que les antres emploient poor jouir de leur^ plaisirs ou ponr aofnâir de ta ivoire. ■ U ajoute un peu afrts oe qui mit: c 1< nge ftn les mêmes diotes que ftmt les ignonns ^ les débaucbés, mais il ne les fera pis de ta ntme manière ni avec U même intention. »U importe peu i quelle iotaitioa on bsm ce ^11 n'dU pas permis de foire. On voit les actions, mais on ne voit pas riotention. Arittippe, tbel des Gyréoéens, tAcbait de justifier rhabitude criminelle qu'il avait avec ta fameuse Lab, eu disant qu'il y avait grande diiférenee entre lui et le* autres amans de Lais, parce qu'il ta possédait, au lieu que les autres étaient possédés par «Ile. Oh! l'eicellente sagesse et di^e d'être imitéel U fout lui mettre vos enfans entre la maina, ai vous désirez qu'ils soient bien devés. Ce pbÙosophe disait qu'il j avait cette différence entre lui et les autres débauchés, qu'au Uni que tas autres dissipaient leur bien, il se divertissait tans foire aucune dépense. Lata était sans donte fort habile en son oÀier, de se servir ainsi dW philosophe, d<mt ranlorité et l'exempta attiraient chez elle une foule incnqraUe de jeunes §ea». Qu'importe donc k quel dessein il foéquenlit cette célèbre courtisane, puisque le penpte et ses rivaux voyaient qn'il était plus eoRompn que nul autre. 11 ne se omtenu pas de viTre dans cet horritde déixwdement; il en fit des leçons publiques et enseigna cette doctrine tn* fâme et détestable qui était sortie non du ctMv d'un philosophe, mais du sein d'ooe fonme p«-due : que te souverain bien oonsitle danata jouissance des ptaisirs. Que dirai-je dw <yniques, qni avaiôit aocontomé de caresser lewt fiemmes devant tout le moodeP Us ont jnstemeat mérité qu'on lenr domiAt , comme oo fait, le nom des animaux dont ils imitent l'impudence. Tout ce que je viens de dire foit vnir clairement, si je ne me tnmpe, qn'il n'y a point de vertu à apprendre dans l'école des philosopbes, puisque ceux qni donneatles plu o-

NUlMiWfeta'M

en an nn aOKdn réi«#.^|iii du han

nrel, qui pwtt lat^tm * -ie» WHipiÉii

nrti aWw dsi ymww jil^inwtpstat

I BweafintliMtBe^pÉhirtaHw^iH-

ti ta wm, fla eMSMmt tmm km ik

escBaCértates < fcitij^iniia U

iqri ûtmum oWwèipnXfcn^rtBe : vaine on CaoM. €tainn»«ft MiBM de

• wMFdki «itosi ^Mm^ bsHM artapoltcedsiialliiml — ilHHiÉii s.etqnly riiJHl HlKiil.tiM jilfci le phiWêoptaie; «Rm lipi«»<*Mi

I ra dus nae pnttqMCHillH^MlMkM-

I I tiooa, bien loin ée émmmmi^Mâ D dbnoer des préceptes, qui sont ponr Hop-

: plus mal ob&ervi's par ceux qoi lo don-

ie par les autres. Ces philosophes itU&t

Is des vérilables devoirs, il est dair

la ne sont engagés dans leur profeniw

I Ksein d'y acquérir de la fadiilé de par-

et le suivre le barreau. Or ceux qui se cun-

t de parler saus faire ce qu'ils disent,

0 le poids i leurs paroles. Qui voudrait ob-

les prâcepteN les plus «alutaires, larsiiue qoi les font ensei(tnent eui-mémeii, par xmple, à ne les pas oteerrer? C'est une brt louable que de donner de txitu pré- ; mais ceux qui les donnent tans les qIhjj sont des imposteurs. Il n'y a rien de ^ n igamni de si injuste que d'avoir ta v lèvres, et de ue l'avoir pas dans le o X< eci fait voir clairement que ta plupart de IS ni se sont adonnés i l'élude de ta phila- , au lieu de chercher i s'y inslntlre sal»!a 11, n'ont point eu d'autre dessria i I ndredu plaisir. Cicéronle témoigne ^

1 foies. «Bien que leurs discoors et I nces renFerment dessemeoces b

de science et de vertu, J'api

at que quand on les comparera avî

< Jictions et avec leurs mœurs, on ne jo([e

I I n'ont été qu'un agrt^ble diveriMAC-

:.])11 ne le devait point avancer avec uainle

m a ;réserve^ mai» il n'a osé publier ta vérité

. n..* Ih nhilnumh.. qq gg p|aigainci|t

de ce qu^il aurait révélé leurs mystères, et de ce qu'il aurait appris à tout le peuple qu'ils ne disputent point à dessein d'enseigner la vérité, mais à dessein de se divertir durant leur loisir, et que ne pratiquant aucune vertu , bien qu'ils conseillent aux autres de les pratiquer toutes, ils ne doivent être considérés que comme de vains parleurs. Le peu d'utilitéqueleursrafsonnemens ont eu pour la conduite delà vie humaine,a été cause que personne n'a suivi leurs conseils durant plusieurs siècles et que dans la pratique ils s'en sont éloi{]^és d'eux-mêmes. H faut donc renoncer à une philosophie dont Tétude n'a ni rèf];le ni fin, et s'adonner de bonne heure à la sagesse. On ne nous a point promis une autre vie où nous puissions jouir de la sagesse que nous aurons acquise en cette vie. Cest en celle-ci qu'il faut et acquérir la sagesse et jouir d'elle. Il faut la trouver et l'embrasser de bonne heure, pour ne perdre aucune partie d'une vie qui peut ânirà chaque moment. Hortensius discourant contre la philosophie dans un dialogue de Cicéron, se trouve embarrassé d'une subtile objection quj lui était faite sur ce qu'il s'appliquait à Tétudc de la philosophie, bien qu'il soutint qu'il ne s'y faut point appliquer. Cette objection ne nous touche point, nous qui rejetons la philosophie comme une invention de l'esprit humain, et qui ne maintenons quela sagesse, qui est un présent de Dieu. Quand Hortensius rejetait la philosophie sans apporter rien de meilleur, on l'accusait, avec quelque fondement, de rejeter la sagesse, et il était d'autant plus aisé de le convaincre, qu'jl est constant que rhomme a été créé non pour être insensé, mais pour être sage. Hortensius s'est encore servi d'un autre argument extrêmement fort, pour prouver qu'il y a une grande différence entre la philosophie et la sagesse, qui est de faire voir l'origine et le principe de la philosophie, a Quand est-ce, dit-il, que les philosophes ont commencé à paraître? Je pense que Thaïes a été le premier. Il n'y a pas fort longtemps qu'il

vivait : auparavant où était caché l'amour de la vérité dont les anciens brûlaient?» Lucrèce

dit : que les secrets de la nature ont été découverts depuis peu , et qu'il est le premier qui se soit rendu capable de les expliquer en latin. Sénèque a employé depuis la même preuve. «Il n'y a pas mille ans, dit-il , que l'on connaît la

source d'où la sagesse est venue. « Les hommes ont donc vécu durant plusieurs siècles sans aucun usage de la raison. Perse semble faire allusion à cette pensée, quand il dit en raillant : que la sagesse a été apportée à Rome avec le poivre et les palmes. Si cette sagesse est conforme à la nature, elle est aussi ancienne que lui; si elle n'y est pas conforme , il ne la saurait recevoir. Or il est certain qu'il Ta reçue ; elle était donc dès le temps où il a été créé, et dès lecom< mencement, auquel il n'y avait point de philosophie, ce qui fait voir que la philosophie et la sagesse ne sont pas une même chose.Les païens, qui n'avaient rien lu des saintes Écritures, et qui ne savaient rien de la manière dont la sagesse s'est obscurcie, ont cru qu'il n'y en avait jamais eu parmi les hommes, et ont eu recours à la philosophie pour lever les voiles dont la vérité leur paraissait couverte; et c'est à cette occupation qu'ils ont donné le nom de sagesse.

XVIL Après avoir parlé de la philosophie avec toute la brièveté qu'il m'a été possible , je me tourne maintenant du côté des philosophes, à dessein, non de les vaincre, parce qu'ils sont déjà vaincus et hors de combat, mais de les poursuivre après leur défaite. La secte d'Ëpicure a toujours été plus célèbre que les autres; ce n'est pas qu'elle approche de plus près de la vérité , mais c'est qu'elle attire plus de monde par le nom de la volupté. Gomme elle sait qu'il n'y a personne qui ne se porte naturellement au mal , il n'y a aussi personne dont elle n'étudie et ne flatte la mauvaise inclination. Elle exempte les paresseux de l'étude, les avares des libéralités qui se font au peuple, les timides des fonctions publiques, les lâches de l'exercice des armes : elle assure aux impies que les dieux ne se mettent en peine de rien ; elle permet à ceux qui sont attachés à leur intérêt de ne donner jamais rien à personne, et leur enseigne que le sage ne fait rien que pour soi-même ; elle loue la solitude en présence de ceux qui fuient la compagnie. Si elle trouve un auditeur qui soit d'humeur à épargner, elle lui enseigne à ne vivre que de pain et d'eau. Elle raconte les avantages du célibat à ceux qui ont aversion de leurs femmes; elle représente les avantages de l'orbite à ceux qui ont de méchans enfans , et elle dit à ceux qui ont de méchans pères que le

573 LAGTANGE.

Uen de It pventé n'est pu tm lim doit U (aille fiiire snnd état; elle prtdie mi impstieiis et aux délicats, que la doalear eat le louvenia de tout les maux; ans fermes et an généreia, que le tagt peut être benreox ao miUeo des tourmens;dlecoDse3leA cenxqoiontderaiDbition et qui aspirent aux dignités de faire leur cour aux princes, et permet k ceux qui aont trop fins pour en souffrir les rel»ts, de s'éloiguer de la cour. VoîU comment cet bonuiie rusé s'est tourné de tous cAtés pour contenter tout le monde, et s'est anssi poi accordé «Tec lui-même que ceux au goAt desqttdt 3 tAdialt de s'accommoder s^accordaient entre eux. Examinons un peu de plus prte l'orif^ne de sa secte et de ses opinions. U avùt remarqué que les gens de bien sont pour Fordinaire les plus malbeurens en (x monde; qu'ils; sonEHreot la bonté et l'incommodité de la panvreté, l'enl, la perte des personnes qui leur étaient les plus cbbret ; que les mécbans an contraire y croissent de jour eujonr en crédit et en pouvnr; que innocence n'y trouve point de sûreté, an Uni que les crimes y régnent avec insdence; que la mort enlève toute sortede personnesians distinction de condition, d'Age ni de mœurs; qu'elle prend les uns dans le berceau , et qu'elle laisse parnofr les autres jusqu'à une extrtaie vidllesse; qu'die arrête les uns dans la fieur et les autres dans la force de leur ^; que les plus considéraMei par leur vertu sont le plus suivent vaincus et tués dans les combats. Hais rien ne le touchait fà ton que de voir que les personnes de la plus grande piété étaient toiùours plus mal traitées que les autres, et que ceux (pii obligeaient le culte des dieux ne souffraient aocon doounage, ou n'en souFliraient que delïirtl^ers;qneles temples mêmes ne sont pas re^tectés par la foudre :G'est lesiùet de la plainte qoeUlcriee bit par ces paroles :

Pour peu qu'il ett entrevn la vérité, B n'anralt jamais dit qoe Dieu renverse son palais; car il ne le renverse que psrce que ce n'est pas te sien. Le Capitole, qnl est le principal si^ge de la reli^on romaine, a été plnslears (Us brûlé par le feu du cid. Qcéraii a nv^ le jnge-

! it portaient sort»

1 q d I : le feu du ciel n'a-

reduit en cendres ces temples que pour hirt

■lue lesdieui en demandaient de plusou-

ues et de plus superbes. Dans 1rs livm

UE i consulat, il a parlé de ce sujet ù peu prti

e même sens que Lucrèce, quand il a dit:

ipiter avait jeté du baut du ciel le feuior

le US itole. Ceux qui ont entrepris de relever et

t I ï qui avait été tant de fois abattu par l'or-

:< ciel, ont été non-seulement assez aveugla

p ne pas reconnaître la grandeur de Dieu,

Oicore assez impies pour s'opposer npinil-

ment à ses volontés. Les réSeiions (juc disait

E 'C sur l'injustice qui lui paraissait dans

cette conduite (car l'aveuglement où il é(ail

Yt -chait d'en juger autrement), lui i>enuudt-

ri u'it n'y avait point de providence. Quand

il en ut persuadé, il commcn(;a iï le publier et

à s'en ;ager en des erreurs qu'il est très-diffiole

de nêler; car s'il n'y a point de |»Yind«i)ce,

( sut le monde a-t-il ét*^ fait dAus unsibd

01 et dans une si juste harmonie? 'llnyï

d'ordre, répond-il, dans le monde; Its

qui le composent sont hors de leurplKc,

dy a beaucoup de choses â réduire, n Si j'avû

: r de réfuter cette réponse, je ferais wk

lien loin d'être la réponse d'un bomne

:, elle ne saurait être que d'un homme qui

a : lerdu l'usage de la raison. Déplus s'il n'y

■ t de providence, d'où vient la Mrwrtun

Sveilleuse des animaui et les aMges si di^

1 de leurs parties ?<■ La providence, répliqnt

■e, n'a pris aucun .'«oio de fermer cescorpi,

membres ne sont estimés à aucun usage;

I reiix n'ont point été fail« pour voir , oi ki

spourouir, ni la langue pourparkr.B

ds pour marcher: tous ces ui^anes éiaîal

rant qu'ils fussent propres à aucun dem

. uS'il n'y a point de providence, d'od noil

; pluies arrosent la terre, et qo'eUakt

nnl 'oduireunesi merveilleuse abondance dt

I sorte de fruits? fCes frults-li oatiteK

mêmes, répond Ëpicurc, ils ne sont pool

ifaveurdes animaux, et la ih^vtdenoe w

OI aucune part â leur production. DCoouBtf

a st-ce que naissent toutes les cbous qn

«nt dans le monde?» Elles ne naisMtt

dit £picure, par l'ordre delà Provideacri

atomes qui volent dans Pair. » D*oû vient qne nous ne voyons et nous ne sentons rien de ces atomes?» Cest cpi*ils sont imperceptibles, qu'ils n'ont ni couleur, ni chaleur, ni odeur, ni saveur, et que leur petitesse est si extrême qu'ils ne sont susceptibles d'aucune division. » Voilà les extravagances et les rêveries où le réduit la né« cessité de parler conséquemment à un faux principe; car enfin d'où viennent ces atomes et où sont-ils? Gomment personne n'y a-t*il jamais pensé que Leudppe ? de qui les avait reçus Démocrite, qui les a laissés àÉpicurecomme une succession d'erreur et d'égarement ? Si ce sont des corps solides, comme on nous en assure, ils doivent tomber sous les sens et être visibles ? S'ils sont tous de même nature, comment produisent-ils des chosessi différentes? Cestfdit-on, qu'ils se mêlent de différentes manières, et forment par ce mélange tous les corps de la nature, de la même sorte que les lettres, qui ne sont pas en grand nombre, font par leur assemblage un nombre innombrable de mots. Les lettres ont différentes figures; les atomes ont aussi des figures fort différentes , disent les épicuriens ; il y en a qui sont rudes, et d'autres qui sont polis; il y en a qui sont en forme de petits crochets. Ils peuvent donc être coupés et divisés : s'ils sont polis , ils coulent et ne sauraient se joindre les uns aux autres; il faut qu'ils soient faits en fbrme de crochets , qu'ils s'attachent ensemble comme les cbalncms d'une chaîne. Mais s'ils sont a petits qu'ils ne puissent être coupés ni divisés, ils n'ont ni crochets ni angles. S'ils en ont, ils peuvent être coupés et divisés. Je demande encore par quel mouvement ils [s'unissent pour former un corps naturel? S'ilsn'ont point de sentiment, ils ne peuvent se joindre avec la justesse qui est nécessaire pour composer ces sortes d'ouvrages. Il n'y a que la raison qui puisse rien faire d'aussi raisonnable que cela, et je pourrais apporter un grand nombre d'autres argumens pour réfuter cette extravagance , si je n'avais bâte d'achever cette matière. Voilà cependant quel était cet Ëpicure qui, au jugement de Lucrèce,

ITi pat moins sarpaiié les antres bommes en esprit, qae le soleil surpasse les molodres astres en lumières.

J'avoue que je ne saurais m^empêcher de rire quand je lis ces paroles de ce pofite,

car il ne les a pas dites de Socrate ni de Platon, qui sont respectés comme les princes des philosophes , mais d'un homme qui a eu en pleine santé des rêveries plus extravagantes que n'en ait jamais eu auctm malade. Ce poète ridicule a écrasé un rat en le voulant parer comme un lion. Le même Ëpicure tâche de nous délivrer de la crainte de la mort par ce raisonnement. Tandis que nous sommes, la mort n'est point, elle n'est que quand nous ne sommes plus ; elle ne nous regarde donc en aucune manière : il y a un moment auquel nous ne sommes plus et auquel la mort n'est pas encore , le moment auquel nous cessons et auquel la mort commence, et c'est ce moment-là qui nous rend misérables ! Ce n'est pas sans siqet que l'on a dit que la mort n'est pas un mal, mais que le passage qui mène à la mort en est un. On craint de languir de maladie, d'être consumé par la fièvre, d'être percé par le fer, d'être déchiré par les dents des bêtes, d'être réduit en cendres, non parce que ces choses causent la mort , mais parce qu'elles causent une grande douleur. Il ne suivrait pas de là que ce serait un mal de mourir, il s'ensuivrait que ce serait un mal de sentir de la douleur : «C'est aussi le plus grand de tous les maux , dit Ëpicure. » Gomment donc ne craindrais-je pas la mort, puisque la douleur qui la précède et qui la cause est un mal ? Mais il n'y a rien que de faux dans le raisonnement de ce philosophe , parce que les âmes sont immortelles.» Au contraire, elles sont mortelles, répond Ëpicure, et tout ce qui commence avec le corps, finit aussi avec lui.» J'ai déjà promis de traiter amplement ce sujet dans le dernier livre de cet ouvrage où je réfuterai , par autorité et par raison, l'erreur de Démocrite et de Dicéarque.

Peut-être que ces philosophes se promettaient par cette opinion l'impunitS dans leurs crimes ; car ils permettaient les plus infâmes voluptés, et soutenaient que Tbomme n'était né que pour en jouir. Peut-on s'abstenir des crimes , quand on est une ibis persuadé de ce sentiment? «Si Fàme doit périr, dit-on, recherchons les richesses pour goûter ensuite les plaisirs les plus doux et les plus agréables. Si nous ne pouvons acquérir du bien par des moyens légitimes, volons-en par adresse ou par violence. S'il n'y a point de Dieu qui veille sur nos actions, nous

reconpeiuer u venu, aidn w ■vau mie mn grande folie de fiire le bien qne de iabttwit da mal. GoùlMi* Ica plBiiin,paiiqivdai|ipea de tempa noua ne aeniH plai. Ne Uiiawa échapper mcu >mr u «bov maaocBt sans non divertir, de peur de perdre le Un^ de la vie, Goaune noH pcrdnas bientftt U vie ellemême ■ BiCD qa'Ëpîcure ne due pas ceci en propres termes, il le dit daosle fbod, quand il assure que le sage n'agit qne pour im et qu'il rappwte tout à son intérêt. Quiconque sera infecté de ces abominables sentimena* ne fera îaoM» ancon bien , parce que le bien qoe l'on fait tourne au profit des aiUres, et ne s'abstiendra d'aucun mal , parce que le mal est anivi de quelqoeavanlafi^ Uncwaaireoa mcbefdevolâors qui voudrait les eiborter à pdler, leur poiimit- U dire antre chue que ce que dit Kpicnis : que les diem ne ae soucient de rien; qnita agot in- ■ensibles à U coUre; qu'ils ne faut grtoe A iieraonae; que l'ime meart avec le corps; qn'il n'y a point de peines aprto cette vie; qne la roinpû est le souTenûn bteo ; qoe iJiBcnn diHt veiltcr & ses inlârèu sans procurer te bien public; que l'on ne doit aimer les antres que par rapport h toi-même; qu'un homme de cœur ne doit craindre ui la doulairni la mort, et que si on le brfilait tout vif cl cpi'on bil Rt aoafirir les plus cruels tourmens, il déviait dire qu'il ne a'oi aoucie point ? U y a , sans don te, gnud a^iet de croire qne ces seulimens, qui conviesMBt pv» ftilemeat i de» volenrs et i des brigaid», tout des MMMimcnadVn hamme safte I

puK, wi III» que wne «a wm n Taair. Anan d'entre emt qjp ip (pV

mortelle, se eussent été assurés d'catr^ dM» k cj Cairyrippe, Zenon et plaaiennftBtrei de la sorte. Empédode se jeta d fond d'une caveme e et parce qu'il ne p avait été élevé au ri avaU afEeclé dorant toute i* vk dli nîté des stoïciens, se Uul Ini-nitM Démocrite fttt dans u nffn aea& laissa pas de se procurer Is mort; c sans donte li phn nédiMUe actîoi jamais faire. Car si HKWicfdB est c'est un bomidde de Mtwr Rs-n est d'autant plus éBonnn qw Wea s' lechitimcat Koos se dwptpafau now-m«mes,decclte fft,«q%|(pqa

ittOMbv qne «lui qd i^M-. t vi retire. Que al l'on noM«^fî)îp«.|M Ule&tf tontMc«TenpiJ|lm<lM,d raooe 91e notre mort M «M«|M ii qae boob anroM m frvMMpipiwL, h venger. Ainsi esitftiHipnHiivytQ le plw sage de» iBiMlaMPt ifKdv On dit que M énflm,mii/i)^.m^.

ia8li«ddsi>sle«i^.|piMMP*««

srs

donne rimmortalité, à qui il la donne, de queUe manière, et en récompense de quelles actions, et qu'il Teût enseigné aux autres, bien loin de porter ni Gléombrote ni CSaton à se procurer volontairement la mort , il leur aurait appris à conserver leur vie et à garder la justice. Il me semble que le motif qui poussa Gaton à se tuer, ne fut pas tant d'éviter de tomber entre les mains de César, que de réduire en pratique les maiimes des stoïciens, et de rendre son nom célèbre par une action extraordinaire. Quand il serait demeuré en vie, je ne vois pas quel mal il lui en serait arrivé. César était clément de son naturel, et durant la plus grande chaleur de la guerre civile , il ne souhaitait rien avec tant de passion que de faire croire, en conservant Cicéron et Gaton, les deux meilleurs citoyens de la république, qu'il Faimait sincèrement et qu'il ne cherchait que Foccasion de la servir. Mais retournons à ceux qui louent la mort comme un grand bien. Vous vous plaignez de la vie, comme si vous en aviez jamais joui et comme si vous aviez jamais su la raison pour laquelle vous avez été mis au monde. Le véritable et le père commun de tous les hommes ne peut-il pas vous répondre avec raison en ces termes qui se lisent dans Térence :

SI Tt Tie TOUS dépfott , apprenei prtimièiaBeiit oe qv c'est qnetavif , et tooi fèrei ewaili œ qui tuiu plaira.

Vous VOUS fâchez de ce que vous y souffrez beaucoup de mal, comme si vous méritiez aucun bien, vous qui ne connaissez pas votre père, votre maître et votre roi , vous qui ne voyez rien en plein jour, et qui êtes enveloppé des ténèbres épaisses de Tignorance; ce qui a fait dire à quelques-uns: que les hommes n'ont été mis sur la terre que pour y souffrir les supplices dus à leurs crimes. Je ne vois rien que l'on puisse jamais avancer de plu$ extravagant que cela. Quel crime avons-nous pu commettre avant que d être ? Si ce n'est que nous voulions ajouter foi à l'imprudence avec laquelle cet impertinent vieillard a osé dire qu'il avait vécu dans un autre corps, et qu'il avait été Euphorbe. Je me persuade qu'étant de basse naissance , il a voulu se glisser dans une famille qui avait été rendue illustre par les vers d'Homère. Que Pythagore a éié heureux d'avoir si bonne mémoire, et que nuub sommes malheureux de favoir si mauvaise,

que nous ne nous souvenons point de ce que nous avons été ! G^est peut-être par mégarde ou par faveur qu'il s'est seul exempté de boire de l'eau du fleuve de Lethé. Ce vieux fou a inventé des fables semblables à celles que les vieilles content aux enfiins. Que s'il avait eu bonne opinion de ceux à qui il parlait, et qu'il les eût pris pour des hommes fort raisonnables, il n'aurait jamais osé leur imposer avec une si horrible impudence. Mais enfin la vanité mérite d'être raillée. Que dirons-nous de Gicéron, qui, après avoir écrit au commencement de la GonsolcUion : que les hommes ont été mis au monde pour y porter la peine due à leurs crimes , l'a encore répété, comme pour reprendre ceux qui ne croiraient pas que la vie de l'homme est toute remplie de misères? il avait eu raison d'avouer dès le commencement qu'il était plongé dans l'erreur et dans une misérable ignorance de la vérité.

XIX. Ceux qui disputent sur le sujet de la mort ne sachant rien de la vérité, raisonnent de cette sorte : s'il n'y a rien après la mort, et pas même de sentiment , la mort n'est point un mal; que si l'âme vit après la mort du corps, la mort est un bien , et elle est suivie de l'immortalité. Gicéron a expliqué ce sentiment en ces termes :« Nous devons nous réjouir de ce que rétat où nous met la mort est plus heureux, ou au moins aussi heureux que celui de la vie présente. Car si l'àme conserve le sentiment après la perte du corps, elle mène une vie semblable à celle des dieux : si au contraire elle n'a point de sentiment, elle est exempte de mal.» Il a cru raisonner fort subtilement , et que le dilemme qu'il proposait était fort juste. Cependant il ne contient rien que de faux ; car l'Écriture sainte nous enseigne que l'âme est immortelle, et qu'elle reçoit une récompense ou une punition étemelle , n'étant pas juste que les crimes qui ont été heureux sur la terre demeurent impunis, ni que les vertus qui ont é(é persécutées soient privées de la couronne qu'elles méritent. Cette vérité est si constante , que Gicéron a reconnu dans le livre de la Consolation que les bons et les méchans n'habiteront pas le même lieu en l'autre monde. « Ces hommes, si éminens en sagesse, dit-il, n'ont pas été persuadés que le chemin du ciel fût ouvert à tout le monde. Ils ont enseîané au contraire que ceux qui

LACTANCK.

seraient souillés de crimes seraient plongés dans un bourbeux limon et couverts d'épaisses ténèbres; au lieu que ceux qui auraient conservé leur pureté, qui auraient évité la corruption, et qui se seraient adonnés aux sciences et aux arts, s'élèveraient par un vol léger jusqu'au sein des dieux. » H est certain que ce dernier sentiment ne se peut accorder avec le dilemme qu'il avait proposé auparavant; car il supposait que toutes les âmes sont immortelles de la même manière, et il ne mettait aucune différence entre Aristide et Phalaris , entre Gaton et Gatilina. Nul ne peut s'apercevoir de la contradiction de ces sentimens, s'il n'est pleinement instruit de la vérité. S'il se trouvait donc quelqu'un qui nous demandât si la mort est un bien ou un mal, nous lui répondrions : que la qualité de la mort dépend de celle de la vie. Gomme la vie est un bien quand elle se conforme à la vertu , et un mal quand elle est pleine de crimes, on doit faire le môme jugement de la mort qui suit Tune et l'autre. La mort qui termine une vie qui a été employée au service de Dieu est un bien, parce que ce n'est qu un passage à Timmortalité; celle qui termine une vie criminelle est un mal , parce qu*elle commence un supplice qui n'a point de fin. Il est donc clair que ceuxlà se trompent, qui souhaitent la mort comme un bien, ou qui évitent la vie comme un mal ; et qu'ils n'ont pas assez d*équité pour peser dans une juste balance les biens et les maux qui leur arrivent. Après avoir joui de toute sorte de plaisirs, ils souhaitent la mort dès qu'il leur survient la moindre disgrâce, et la moindre adversité leur fait oublier toute leur prospérité passée. Ils soutiennent qu il n y a que du mal à souffrir dans le monde; et c*est de là qu'est venue l'extravagante opinion de ceux qui prétendent que ce que nous prenons pour la vie est une mort, et que ce que nous prenons pour la mort est une vie; et que le premier et le plus grand avantage que nous aurions pu avoir aurait été de n être jamais venus au monde , et le second d'en être sortis aussitôt que nous y sommes venus. On Tattribue à Silène pour lui donner quelque poids. Voici comment en parle Gcéron, dans le livre de la Consolation. «Le plw( grand avantage, dit-iU qui nous pût arriver était de ne point naître et de ne |K>int tomber dans It» écueib de cette vie. Le second était de

mourir promptement,et d'échapper à la violence de la fortune comme à un funeste enabraseroent. Les ornemens qu'il a recherchés pour embellir cette pensée font voir qu'elle lui a paru véritable. Je lui demanderai volontiers: à qui c*est oa avantage que de ne point nattre, puisque avant que de nattre, il n'y a aucun sentiment? (Test le sentiment qui fait trouver ou de Tavanta/je ou du désavantage en quoi que ce soit. Je lui demanderai encore : pourquoi il compare la vie à un embrasement et à un écueil? Dépendait-il de nous de la recevoir? Est-ice de la fortune et non de Dieu que nous Pavons reçue? EnfiD^ quel rap|)ort peut-elle avoir avec un embrasement ? Platon disait quelque diose de semblable , quand il rendait grâce à la nature de ce qu'elle l'avait fait nattre raisonnable plutôt que bète, homme plutôt que femme j Grte platùt que barbare, et enfin de ce qu'elle Tanut itoda citoyen d'Athènes et contemporain de Socrate. On ne saurait dire jusqu'où va régarcment d'un esprit qui s*est une fois éloigné de la vérité. Pour moi je soutiens qu'il n'y eut jamais rien de si extravagant que cette parole de Platon. S'il était né ou barbare ou femme ou âne, il n'aurait pas été Platon. Il ajoutait peut-être foi aux rêveries de Pythagore, qui défèndaiC de manger de la chair des animaux, et qui cnirignaic que les âmes pussent dans des oorpa de diverses espèces , ce qui n'est ni ntamire ni posriUe. Gela n'est point nécessaire, parce que celui qui a créé les âmes peut en créer de nouvelles à mesure que de nouveaux corps se forment Ceb nest pas non plus possible, et nne âme raisoonable ne saurait changer de natnre, et tendre en bas comme l'eau. Ce célèbre philosophe f*cst imagmé que l'âme qui animait son corps poovait passer dans celui d'une bète , et qD*y conservant l'intelligence et la raison, die s^ posrrait plaindre d'être si indignement toute. N'aurait-il pas mieux fait de dire qaH resMr* ciait la nature de ce qull avait de Tesprit , de b docilité pour apprendre , on bien pour se ftirr instruire ? Car quel avantage était-œ d*êcre oê dans Athènes plutôt que dans nne antre ^sSk^ N*y a-t-il pas eu dans d'autres villes des hoooo qui ont excellé en esprit et en sdence , et dort un seul a surpassé tous les Athéniens en méritt? Combien y a-t-il en dTAthéniens ma temps de Socrate qui n'ont été qoe des ^gnonns ce des

Insensés ! Le lieu de la naissance ne contribue en rien à la sagesse. Le temps n'y contribue pas davantage, et il n'y avait pas sujet de se vanter d'être venu dans celui de Socrate. Ce philosophe donnait-îl de l'esprit à ceux qui n'en avaient point? Platon avait-il oublié qu'Âlcibîade et Gritias ont été des plus fidèles disciples de Socrate, et que cependant l'un a déclaré la guerre ù sa patrie, et l'autre a opprimé la liberté de ses concitoyens ?

XX. Voyons maintenant ce qu'il y avait dans Socrate de si rare et de si extraordinaire, qu'un homme sage eût si:get de se tenir fort obligé à la nature de ce qu'elle l'avait fait naître en son temps. J'avoue qu'il a été plus sage que ceux qui ont entrepris de pénétrer par la lumière de leur esprit les secrets de la nature, il n'y avait pas moins d'impiété que d'imprudence dans la curiasité avec laquelle ils avaient sondé l'abime impénétrable de la Providence. Oa sait qu'à Rome ou ailleurs il y a des mystères où il est défendu aux hommes d'assister. Ils s'en abstiennent trës-reiigieusement ; et si quelqu'un y jette les yeux par imprudence ou par hasard , on le punit, et on recommence la célébration du mystère. Que faut-il faire de ceux qui veulent apprendre ce qu'il ne leur est pas permis de savoir? Ceux qui entreprennent de découvrir les secrets de la nature et qui profanent le temple de l'univers par l'impiété de leurs disputes, sont sans doute plus coupables que ceux qui entrent daus les templesde Vesta delà Bonne Déesse ou de Gérés. Ges temples-là , qui sont fermés aux hommes, ont été bâtis par des hommes. Gependant ces philosophes, bien loin d'être condamnés comme des impies quand ils cherchent, par une présomptueuse curiosité, ce qu'il y a de plus caché dans les ouvrages de Dieu, se mettent en crédit, et font admirer leur esprit et leur éloquence. Us seraient peut-être excusables si leur travail leur apportait quelque fruit. Mais ils sont aussi malheureux dans le succès, qu'ils ont été téméraires dans l'entreprise. Us ne trouvent point la vérité ; et quand ils l'auraient trouvée, ils ne la pourraient défendre. Quand, par hasard, ils la découvrent, ils souffrent qu'elle soit combattue par les autres. Gar personne ne descend du ciel pour terminer leurs différends et pour juger quelle est la plus véritable de leurs opinions. C'est pourquoi personne ne saurait

nier que leur occupation ne soit value, ridicule et inepte. Socrate a été fijrt prudent de s'abstenir de ces questions inutiles; mais j ai peur qu'il ne l'ait été qu'en ce point-là seulement. En d'autres, il a ressemblé aux autres philosophes, et bien loin de mériter des louanges, il n'a mérité que du blâme. Parmi ce qu'il a jamais dit de plus remarquable, je choisirai un mot qui a eu une approbation générale. « Ge qui est au-dessus de nous, a-t-il dit, ne nous regarde point. » Gouchons-nous donc sur la terre, et marchons sur les mains qui nous ont été données pour faire de si merveilleux ouvrages. Ne songeons ni au ciel que nous devrions toujours regarder, ni à la lumière qui nous éclaire. S'il a cru ne devoir agiter aucune question touchant la nature du ciel, il n'a pas mieux connu ce qui était sous ses pieds. Est-ce qu'il s'est mal expliqué? U n'y a point d'apparence. Il est probable qu'il a cru qu'il ne faut pas suivre la religion du peuple. Mais il n'a osé le publier , de peur de soulever tout le monde. Gar qui ne sait que l'univers, qui a été créé par une sagesse si merveilleuse, est gouverné par une providence? On voit que rien ne peut subsister que par les soins d'une intelligence ; une maison qui n'est ni habitée ni entretenue, tombe en ruines; un vaisseau qui n'est pas conduit par un bon pilote, flotte au gré des vents ; un corps qui n a plus d'àme, se corrompt et se réduit en cendres: pourrait-on s'imaginer qu'une si vaste machine pût avoir été faite et se conserver d'elle-même? Si Socrate s'était contenté de combattre la religion reçue par le peuple, bien loin d'y trouver à redire, je me louerais d'avoir trouvé quelque chose de meilleur. Mais il jurait par un chien et par une oie. Oh! l'impertinent, l'insensé et le désespéré, comme dit Zenon l'épicurien, s'il a eu intention de se railler de la religion! mais l'extravagant et l'insensé, s'U a pris sérieusement un vilain animal pour un dieu! Pourra-t-on reprendre les superstitions des Égyptiens depuis que Socrate les a autorisées dans Athènes par son approbation et par son suffrage? Peut-oa s'imaginer une prière plus ridicule que celle qu'il fit à ses amis avant de mourir, de sacrifier à Esculape un coq qu'il lui aurait promis? H appréhendait sans doute d'être accusé par Esculape devant Rhadamante d'avoir manqué d accomplir son vœu. S'il était mort de maladie

LACTANCE

j'iinrais cru qu'il on aurait eu Tcsprit altaibli. Mais puisqu'il a fai(, et qu'il a dit en pleine sanîé ce (pie je rapporte , ce serait une folie de se ])(rsuader qu'il ait jamais élê Fort sa[];e. >'oiIà cependant ce pcrsonua[je,au tempsduquel Platon se lenait fort heureux d'être venu au monde.

XX!. Voyons ce que Platon a appris de Socralc, f|ui avait renoncé à la physi(iue pour s'adonner tout entier ù la morale. Je ne doute point qu'il n'ait fort bien traité des devoirs de la vie, et qu'il n'ait donné ù ses disciples de fort bons préceptes de vertu et de justice; Platon lui aura s.ms doute ouï dire que la justice consiste dans ré{;alité, et (|u'il n'y a aucune différence entre les hommes par le droit de leur naissance. «Pour être parfaitement éijaux, dit-il, comme la juslice le désire, ils ne pus? èdent rien en particulier.» S'il ne parle en cet endroit que de l'arj^ent, cela se peut en quelque sorte tolérer. Il me serait pourtant aisé de faire voir que cela n'est ni juste ni faisable; mais supposant (jue cela est faisable, et (pie tous les homnics auront assez de sajyesse pour mépriser l'argent et pour se mettre audessus de Tintérêt, suivons, pour voir jusqu'où sera la communauté qu'il veut introduire. Elle irajussqu'au mariage. Plusieurs hommes .s'a.ssembleront comme des chiens aiiiour d'une femme. Le plus fort en jouira, ou s'ils sont sages, et modérés comme des philosophes, ils attendront leur rang selon la police des lieux de débauche.Oh! la merveilleuse justice de PlaUm! ofi est donc la continence? où est la fidélité des mariages? Sans elle il n'y a plus d'écjuilé ni de justice. Le même Platon a dit que les Élats seraient heureux lorsqu'ils seraient (jouvernés par des philosophes, et lorsque ceux qui les gouverneraient .s'adonneraient à l'élude de la philosophie. Il fallait donner un royaume ù un homme si juste et si équitable, qui avait ùté le l ien à quelques-uns pour le donner à d'autres, et (pii avait entrepris de prostituer toutes les feumies, ce que jamais aucun roi ni aucun tyran n'avait fait. Quelle raison a-t-il apportée pour f.nre recevoir un si infâme projet ? a Les citoyens, a-!-il dit, vivront dans une plus parfaite intelligence, et seront unis ensenible par le lien d'une plus élroite amitié, quand h's hommes hvvoul maris de foutes les femmes el |jère:; de tous le:; enfans. » ( )uelle élran?' e confus ion I lue .1; iiié <jui n'a [Mtinl d'nhjit eeiljiii p-jnt (iîo

être fort grande? Comment un homme el une femme s'aimeront-ils s'ils ifonl point été lonf,temps ensemble et s'ils ne se .sont point gard^î une fidélité réciproque? Quelle vertu se pr:* trouver avec la licence effrén/c de .se divertir vùdifféremment comme l'on veut? Si les enfiMi-. sont communs, qui les pourra aimer, ne sacliant pas s'il en est le père, ou ayant au moins sujtt d'en douter? Comment un enfant honorera-t-i; son père qu'il ne connaît pas? Il prendra un étranger pour son père, et son pfcre pour un étranger. De plus , les femmes peuvent être communes, mais les enfans ne le sauraient être. La nature s'oppose à l'établissement de cette estravagaiitr communauté. Il ne reste plus aucun prétexte de la maintenir, si ce n'est celui d'une parfufLe intelligence. Ue.st certain qu'il n*y a point de pins grand sujet de différends et de querelles, que l'inclination que plusieurs hommes ont pour u/ie femme. Si Platon n'a pu écouter la raison , il a pu voir les exemples, et des bêtes quiscbaVleut, et des hommes qui livrent souvent desanglaDlcs guerres pour ce sujet.

XXII. Celte communauté n'était autre cha^c qu'une confusion monstrueuse de débauches et d'adultères, qui ne pouvait être réparée que par la vertu. Platon n'avait garde de trauver la bonne intelligence qu'il cherchait, parce qu'il ne s'apercevait pas qu'elle ne procède que de la justice, qui réside non dans les choses extérieures, ni même dans le corps, mais dans le cœur. Quiconque veut établir une parfaite if^aUté entre le»' hommes, doit leur ùter non leurs femmes ni leurs richesses, mais leur orgueil et leur arrogance. Quand les riches seront dépouillés deTinjusticc et de l'insolence , il n'y aura plus aucune diffi^ rence entre eux et les pauvres, et ils seront tous égaux par une disposition d'esprit, que la seule religion ])eut donner. Platon a rainé la justice. dans le temps même qu'il se flattait de Tavuir trouvée, parce qu'il n'a pas reconna qae la véritable communauté œnsiste non à posséder en commun des choses péris.sables , mais à D*avoir qu'un esprit et qu'un cœur. La justice est lanière desautn s vertus; elle ne saurait subsister quand on les a ù! ées toutes. Or, Pla ton les a toutes ûtèe>. Il a ùté la frug.'ilité, parce qu'il n*y a point defrugaliiélorsque personne n'a rienquiluisoit propre. Il a ôié l'abstinence, parce que l'on ne s abstient qie du bien a autrui, el qu'il n'y a plus dcbiiu

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE lll.

d'autnii quand tout est commun. Il aôté la continence et la chasteté, vertus qui sont de trèsf^rand U8a{^e et qui font le principal ornement des deux sexes.Il a ô(é la pudeur et la modestie, en permettant comme honnêtes et légitimes des actions qui avaient toujours paru infâmes et criminelles; ainsi envoûtant donner la vertu à tout le monde, il Ta ôtée à tout le monde. Là propriété et le domaine renferment la matière des vices et des vertus, au lieu que la communauté de biens donne la licence de s'abandonner à toutes sortes de crimes. Les hommes qui ont plusieurs femmes ne peuvent passer que pour des débauchés et pour des perdus, l^es femmes qui ont plusieurs maris ne sont pas des adultères parce qu'elles n'ont jamais contracté de maria^^e, mais ce sont des prostituées. lia donc réduit la vie des hommes à la condition de celle des bètes les plus basses et les plus méprisables ; car les oiseaux s'accouplent avec quelque sorte de fidélité. Le mâle et la femelle ont leur nid qu'ils {j^ardent en commun , où ils élèvent leurs petits ; Ils les aiment parce qu'ils sont assurés qu ils sont àeux.et ils enchâssent les autres. Cet lioninie sa^e a choisi pour modèle ce qu'il y avait de plus extrava[];ant, de plus contraire à la nature et à la coutume. Ayant vu que les mvlles et les femelles n ont point de fonctions séparées parmi les bêtes, il a jugé que les hommes et les femmes n'en devaient point avoir, et que les femmes devaient manier les armes , entrer dans les conseils, exercer les charges, posséder la souveraine puissance. H fallait quil mit entre les mains des hommes le fil et la laine, et qu'il les obligeât à porter les enfans entre leurs bras. Je m'étonne qu'il ne se soit pas aperçu que ces projets-là ne pouvaient être réduits en pratique, et qu'il n'y a jamais eu de nation qui se soit avisé de se conduire par une police si extravagante.

XXllI. Après que les plus célèbres philosophes ont été convaincus de soutenir des opinions vaines et ridicules, que doit-on attendre des autres qui sont beaucoup au-dessous d'eux, et qui ne s'imaginent jamais être arrivés à un si haut point de sagesse, que quand ils se vantent de mépriser les richesses? C'est sans doute une grande force d'esprit. Mais voyons où elle se termine. Ils renoncent à la succession de leurs pèies, comme si c'était un mal de la posséder.

I Ils se précipitent dans la mer durant le calme, de peur de faire naufrage pendant la tempête. Leur force ne vient que de la crainte, au lieu de venir du courage. Us ressemblent à ceux qui se tuent, pour n'être pas tués par l'ennemi, et qui ne trouvent point d'autre moyen d'éviter la mort que de se la procurer. En pensant faire estimer leur libéralité , ils perdent leur bien sans honneur et sans mérite. On loue Démocrite d'avoir abandonné ses terres: je le louerais plutôt s'il les avait données. Il n'y a point de sagesse à faire une action, qui deviendrait inutile ou même mauvaise si elle était faite par tout le monde. Supposons néanmoins que cette négligence puisse être excusée, que dirons-nous de celui qui, ayant vendu son bien, en jeta le prix dans la mer? Je doute qu'il fût sage, a Allez, ditil, au fond de la mer, malheureuse cupidité; je vous perdrai de peur que vous ne me perdiez moi-même. » Si vous méprisez si fort votre bien, faites-en un bon usage et l'employez au soula gement des i)auvres. Ce que vous voulez perdre peut servir à empêcher que plusieurs ne meurent de faim , de soif ou de nudité. Imitez au moins l'extravagance et la fureur de Tuditanus. Jetez votre argent au peuple, c'est un moyen de vous en délivrer et de ne le pas perdre. Qui pourrait approuver l'égalité que Zenon a prétendu mettre entre les péchés.^ Ne disons rien de cette ineptie dont tout le monde s'est toujours moqué. Pour le convaincre d'erreur et de folie, c'est assez de dire qu'il a mis la compassion au nombre des vices et des maladies. Il nous ùte de la sorte une affection d'où dépendent les principaux devoirs de la vie. L'homme étant né plus faible que les animaux, que la Providence a munis et armés contre les injures de l'air et des saisons et contre les violences qui leur peuvent venir de dehors, il n'a pour toute défense que la tendresse et l'humanité avec laquelle nous nous secourons les uns les autres. Si l'homme entrait en fureur à la vue d'un autre homme, comme font les bêtes farouches, il n'y aurait plus de société, plus de villes , plus de sûreté: nous serions exposés à la rage des bêtes, et nous n'exercerions pas moins de cruautés les uns contre les autres que les bêtes mêmes. Les autres philosophes n'ont point été moins extravagans.Quel jugement peut-on faire de celui qui a dit que la neige était noire? Il

fallait qu il dit ensuite que la poix était blanche. C'est celui-là même qui disait qu'il était né pour ref^arder le ciel et le soleil, et qui ne voyait rien sur la terre en plein midi. Xénophane fut assez simple pour croire ce que les mathématiciens lui disaient : que la lune était vin^j^t et une fois plus }rrande que la terre. 11 ajouta que dans le creux de la lune il y a une terre habitée comme la nôtre. Les hommes de cette terre-là ont donc aussi une autre lune qui les éclaire durant la nuit ; et peut-être que le globe que nous habitons est la lune d'une autre terre. Sénëque témoij^ne que, parmi les stoïciens, il s'est trouvé un philosophe qui doutait s'il donnerait des hommes au soleil. Quelle raison avait-il de douter, puisqu'il ne pouvait rien perdre en les donnant? Mais il appréhendait peut-être de les exposer au péril d'être brûlés, et il ne voulait pas être la cause d'un si funeste incendie.

XXIV. Ceux qui tiennent qu'il y a des antipodes, tiennent-ils un sentiment raisonnable? Y a-t-il quelqu'un assez extravagant pour se persuader qu'il y ait des hommes qui aient les pieds en haut et la tête en bas; que tout ce qui est couché en ce pays-ci , soit suspendu en celuilà ; que les herbes et les arbres y croissent en descendant, et que la pluie et la grêle y tombent en montant? Faut-il s'étonner que Ton ait mis les jardins suspendus de Babylone au nombre des merveilles de la nature, puisque les philosophes suspendent aussi des mers, des villes et des montagnes? Cherchons la source de cette erreur, et nous trouverons sans doute qu'elle procède de la même cause que les autres. Quand les philosophes, trompés par l'ombre de la vraisemblance, ont une fois admis un faux principe, il faut qu'ils admettent aussi les conséquences qui s'en tirent. Us tombent de fausseté en fausseté; ils embrassent indiscrètement la première, et au lieu d'examiner la seconde qui se présente, ils la soutiennent par toute sorte de moyens, au lieu de juger de la première par la seconde. Gomment donc se sont-ils engagés à soutenir qu'il y a des antipodes? En observant le mouvement et le cours des astres , ils ont remarqué que le soleil et la lune se couchent toi:gours du même côté et se lèvent toujours de même. Mais ne pouvant découvrir Tordre de leur marche, ni deviner comment ils passaient de TCkrcident ^ rOrient, ils se sont imaginé que le ciel était

LA OTAN CE.

rond , tel que sa vaste étendue le fait paraître; que le monde même était rond comme une boule, que le ciel tournait continuellement, et qu'en toa^ nant il ramenait le soleil et les astres de IX)ccîdeDt à l'Orient. C'est ce qui les a portés à faire dn globesd'airain, sur lesquels ils ont gravédes figures monstrueuses auxquelles ils ont donné le non d'astres. Le ciel étant rond, il fallait que h terre, qui est renfermée dans son étendue, fût aussi ronde. Que si elle est ronde, elle regarde le ciel de tous côtés de la même manière, et lui oppose de tous côtés des mers, des plaines et des montagnes. Il suit encore de là qu'il n'y a aucune partie qui ne soit habitée. VoiÛ comment la rondeur que Ton a attribuée au del a donné occasion d'inventer les antipodes. Quand Toa demande à ceux qui défendent ces opinjons monstrueuses, comment il se peut faire qne ce qui est sur là terre ne tombe pas versfe def, ils répondent : que c'est parce que les onpf pesaos tendent toujours vers le milieu coeune ki rayons d'une roue, et que les corps légers, oomme les nuées, la fumée, le feu, s'élèvent en Tair J'avoue que je ne sais ce que je dois dire de ces personnes qui demeurent opinifttres dans leurs erreurs, et qui soutiennent leurs txînmgaoca, si ce n'est que quand ils disputent, ib n'ont point d'autre dessein que de se diveilfr oo de faire paraître leur esprit D me aenît aisé de prouver, par des ai^mens inrbidbleB, qa*il est impossible que le ciel soit au-dessoos de la terre. Mais je suis obligé de finir ce livre-ci, oe qne je ne saurais faire pourtant sansy qontcr auparavant quelques matières de grande impor tance. Comme on ne peut réfkiter les entnrs de tous les philosophes, je me contenterai d'aï avoir représenté queUpies-unes par IraqueBcson jugera des autres.

XXV. Il ne me reste plus qjafk dire ^pé^ chose de la philosophie en génénl «naC et finir ce livre. Le grand imitateur de PkMs écrit : que la philosophie n'était pas conmaKCt qu'il n'y avait que les savans qui pnsacnt y »pirer. La philosophie est donc *»»***"flff» de h sagesse, qui doit être commone i toiia mes. Ces philosoi^ies se rendent propre ai I qui est donné indifféremment à tout le et ils sont animés d'une si ™*"gnp qu'ils voudraient pouvoir bander on les yeux aux autres, de peur qu'ils ne

jt& priver de la sagesse n'est nen moins idre en eux une lumière divine. La nature e étant capable de sagesse , toutes sortes sonnes, les paysans, les artisans, les i, les enfons et les vieillards , enfin tous pies, de quelque langue et de quelque ne ce soitja devraient apprendre. Le t que l'on fait de la philosophie, bien consiste le plus souvent qu'à porter une barbe et un manteau, est une preuve icante que la philosophie n'est ni la ni le moyen de Tacquérir. Cette vérité connue par les stoïciens qui ordonnaient imes et aux esclaves de s'adonner à la phie , par Épicure qui exhortait les plus is à Fétude, par Platon qui avait jeté n esprit le plan d'une ville qui n'aurait iposée que de sages. Leur projet était lable; mais il est demeuré sans exé- II est aussi fort difficile de parvenir à la sance de la philosophie. D iàut premièapprendre à lire pour pouvoir voir les parce qu'on ne saurait recevoir de vive e si prodigieuse variété de préceptes, ni erver la mémoire. U faut donner ensuite ip de temps à la grammaire pour ap- ; à parler. 11 n'est pas permis d'ignorer irique , parce que sans elle on ne saurait IV ses pensées avec élégance. Ija géola musique et l'astrologie sont nécescause de l'étroite liaison qu'elles ont philosophie. Or tous ces arts ne peuvent )ris ni par les filles, qui sont obligées ndre durant leur jeunesse quantité de nécessaires pour l'usage de la maison, 2S esclaves , qui sont employés à servir temps qu'il ^udrait donner à l'étude, ^s pauvres, par les artisans et les gens npagnc qui travaillent tout le jour pour leur vie. Voilà pourquoi Cicéron a dit : philosophie fuit la multitude. Si Épicure îs plus ignorans dans son école , comur fcra-t-il entendre ce qu'il enseigne t les principes, et qui est si difficile et si qu'à peine peut-il être compris par les biles ? Que peut faire un esprit qui n'a teinture des lettres dans une matière e d'elle-même, et qui a été encore emc par la malice des philosophes qui l'ont ;t défîuisée par l'artifice des orateurs

qui en ont parlé? Enfin les philosophes n ont jamais enseigné la philosophie qu'à une seule femme, savoir à Thémiste, et à un seul esclave, savoir à Phédon, qui, comme il servait mal son maître, fiit acheté et instruit par Gébès.On met aussi de ce nombre-là Platon et Diogène , bien qu'ils fussent nés libres et qu'ils eussent été pris. On dit que Platon fut racheté de huit sesterces par Anicéris. Sénèque lui dit des injures d'avoir mis à si bas prix un si excellent philosophe. Mais il me semble qu'il y a de la fureur à se fâcher contre un homme de ce qu'il n'a pas prodigué son bien mal à propos. Il devait donner une aussi grande quantité d'or que celle que Priam donna pour le corps d'Hee* tor, ou compter plus de pièces d'argent qu il n'en demandait. Entre tous les étrangers ils n'ont enseigné la philosophie qu'à Ânacharsis, Scythe de nature, qui ne l'aurait jamais pu apprendre s'il n'avait su auparavant la langue grecque et la grammaire.

XXVI. La doctrine du ciel qui contient la véritable sagesse fait toute seule ce que les philosophes ont jugé qu'il fallait faire, bien qu'ils ne le pussent faire, et qu'ilscrussentqu'il ne pouvait être fait par les autres. Gomment ceux qui ne sont persuadés de rien pourraient-ils persuader quelque chose ? Gomment ceux qui obéissent à leurs passions, qui confessent qu'elles ont plus de force que leur raison, pourraient-ils réprimer celles des autres, modérer l'ardeur de leurs désirs et apaiser les mouvemens de leur colère? L'expérience fait voir au contraire la grandeur du pouvoir que les commandemens de Dieu, qui sont simples et véritables, exercent sur l'esprit des hommes. Donnez-m'en un qui soit sujet à la colère et accoutumé à de grands emportemens, je le rendrai aussi doux qu^un mouton dès que je lui aurai dit quelques paroles du Sauveur. Donnez-m'en un qui soit avare et insatiable , je le rendrai libéral , et je lui ferai donner son ar gent à pleines mains. Donnez-m'en un qui soit délicat, et qui n'appréhende rien tant que la douleur et la mort, je lui ferai mépriser les tourmens, les feux, et le taureau de Phalaris. Donnez-m'en un qui soit débauché, je le rendrai sobre et tempérant. Donnez-m'en un qui soit cruel et qui aime à répandre le san(]^, je changerai toute sa fureur en humanité. Knfin donnez-m'en un qui soit injuste, déréfjlc et

compense qui $oitdi{|^e d'elle. Ceux qui ne désiiTiii pas cette immortalilé ne sont pas dans la vérilable rcll[;ion , qui tend à la vie éternelle comme A sa fin. Us ne connaissent ni la valeur de la vertu ni la récompense qu'elle mérite. Ils ne rejprdent pas le ciel quoiqu'ils croient le rcfjarder quand ils y cherchent ce qu'ils ny sauraient trouver, parce qu'il ny a point d'autre raison de regarder le ciel que pour embrasser la rrli|;i()n qui en est venue, ou pour espérer l'imniorialiié qui nous est promise. Quiconque songe siTieusement au service qu'il doit à Dieu, et à Timmortaiité qu'il espère, regarde le ciel par les yeux de resprit,bien qu'il ne le regarde peutêtre pas par les yeux du corps. Ceux qui n'embrassent pas la religion qui est, comme je l'ai dit, descendue du ciel, demeurent attachés à la terre. Ceux qui croient que Tàme meurt avec le corps, rampent sur la terre de la même sorte , et ne voient rien au delà du corps qui n'est lui-même qu'un amas de terre. II ne sert de rien à l'homme d'avoir la taille droite et de regarder le ciel, s'il ne songe à Dieu et s'il n'a une ferme espérance de possc^der la vie éternelle.

XXVIII. L'uni(|ue devoir auquel toute notre vie se doit rapporter,est de connaître le Dieu qui nous a mis au monde et de le servir. Les philosophes ne sont jamais parvenus à la sagesse, parce qu'ils se sont éloignés de celte fin pour laquelle ils avaient été créés. 11 est vrai qu'ils ont cherché la sagesse; mais loin de la trouver, ils sont tombés en des erreurs très-grossières. Ils ont aboli toute sorte de religion, lorsque, trompés par une fausse image de vertu , ils ont tâché de délivrer les esprits de crainte. Ils ont couvert ce renversement de religion du spécieux nom de Nature. Car comme ils ne savaient pas que Dieu a fait le monde ni aucun autre ouvrage, ils en ont attribué la production à la Nature, ce qui est la même chose que s'ils avaient dit que toutes choses sont nées d'elles-mêmes; en quoi il est certain qu'ils ont fait voir une extrême imprudence; car la Nature n'est rien d'elle-même, si on la sépare de la providence et de la puissance divine. Que si par le nom de Nature ils n'entendent que Dieu , quel étrîuige renversement de langage? que si par le mot de Nature ils entendent ou la manière et la nécessité de la naissance, ou les conditions auxquelles nous venons au monde , ils n'entendent rien de sen-

sible ni de palpable , et il n'y a en effet que la providence de Dieu qui préside à la naissance de toutes choses. Que s'ils dcmnent le nom de Nature au ciel et à la terre , la Nature sera l'ouvrage de Dieu , et non pas Dieu même. Us sont tombés dans une erreur semblable touchant la Fortune ; car ne sachant d'oCi leur venaient ni les biens ni les maux, ils ont inventé une déesse qui se joue du sort des hommes. Us se vantent d'être tous les jours aux mains avec elle , bien qu'ils ne sachent qui les a engagés dans ce combat, ni quel est le sujet de leur différend. Tous ceux qui ont entrepris de consoler ceux qui étaient affligés de la perte de leurs proches ont fait de sanglantes invectives contre la Fortune, et jamais ils n'ont relevé le mérite de la venu, qu'ils ne la lui aient opposé comme la plus irréconciliable ennemie. Cicéron publie qu'il a toujours combattu la Fortune, qu'il l'a vaincue lorsqu'il a ruiné les entreprises des ennemis, et qu'il n'a pas été vaincu lorsqu'il a été chassé de sa maison et de son pays. Mais il avoue lâchement qu'il en a été vaincu, lorsqu'il a perdu sa chère fille. «Je me rends, dit-il, et je pose les armes.» Y a-t-il rien de si misérable qu'un homme qui se soumet de la sorte : il avoue que c'est une folie, mais il soutient en même temps que tout le monde n'est pas sage. Pourquoi donc en prendon le nom? Pourquoi cherche-t-on des termes si magnifiques pour exprimer le mépris des grandeurs du monde? Pourquoi affecte-t-on un habit diflïrent de celui des autres? Enfin pourquoi donne-t-on ces préceptes de sagesse, si jamais personne n'a été sage ? On ne doit pas tâcher de nous rendre odieux,80usprétexte que nous nions que les philosophes soient parvenus à la sagesse puisqu'ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils ne savent rien. Quand ils se trouvent embarrassés, et qu'ils ne peuvent rendre raison des matières qu'ils traitent, ils s'écrient comme des furieux, qu'ils sont des ignorans et des aveugles. Anaxagore déclare que toute la nature est couverte de ténèbres. Empédocle se plaint que la voie du sens est étroite, comme si pour penser il avait besoin d'un chemin fort large, d'uaxhar superbe, et d'un équipage magnifique. Dcmocrite dit que la vérité est cachée au fond d'im puits; mais il le dit avec la même impertinence avec laquelle il dit tout le reste. Elle n'est pas au fond d'un puits où il avait pu descendre ou

iM

i.ACTANCE.

se jeter; mais die est sur le sommet d'une montagne , ou plutôt elle est dans le ciel. Pourquoi ne disait-il pas qu'elle était en haut au lieu de dire quelle était en bas, si ce n'est qu'il avait Irsprii aux pieds au lieu de l'avoir au cœur ou à ]n lélc? Les philosophes ont été si éloignés de Il ouver la vérité, qu'ils n'ont pu reconnaître par la slructure et par la disposion de leur corps le lieu oîi il fallait l'aller chercher. Le désespoir et la tyrannie ont arraché cette confession de la houche de Socrate : qu'il ne savait qu'une chose, qui est qu'il ne savait rien. C'est de là qu'est venue la secte et la discipline des académiciens , si toutefois on peut donner le nom de discipline à une secte où Ton fait profession de ne rien enseigner et de ne rien apprendre. Ceux mêmes qui ont prétendu savoir (quelque chose n'ont pu soutenir ce qu'ils croyaient savoir. L'ignorance où ils ont été de tout ce qui regarde Dieu, les a engagés dans une si merveilleuse diversité d'opinions, et dans une si étrange incertitude, qu'il est difficile de discerner ce qu'ils admettent et ce qu'ils approuvent. Qu'est-il donc besoin d'atia(|ucr ces hommes qui se détruisent d'eux- «iiêmes. cAristote, dit Cicéron, a accusé les anciens philosophes de folie et de présomption, pour avoir cru que par leur esprit ils avaient porté la philosophie à sa perfection;» et il a ajouté: « ((u'il reconnaispait pourtant qu'elle avait fait depuis de grands progrtscn peu de temps, et qu'il prévoyait qu'elle serait bientôt à un point ofi il n'y aurait rien à désirer. «Quand ce tempslà est-il arrivé, et comment est-ce que la philosophie a été portée à sa perfection.^ Aristole a eu raison de se moquer de l'extravagance aveclac]uelle les anciens s'étaient imaginé avoir découvert par leur esprit le plus haut point de la sagesse ; mais il n'a pas eu beaucoup de prudence quand il a cru , ou que les anciens avaient commencé une si importante entreprise, ou que leurs successeurs Tavaient heureusement continuée, ou qu'enfin ceux qui viendraient auraient la gloire de l'achever. Or il est certain que jamais on ne trouve ce que l'on ne cherche pas comme il faut.

XXIX. Achevons ce que nous avons commencé. La fortune n'est rien, et il ne faut pas s'imaginer qu'elle ait aucun sentiment. Ce n'est (|u'nn accident soudain et (|n'un événement imprévu; ;i)ais les philosoiilirs, de peur de man-

quer une seule fois de se tromper, ont affecté de faire paraître de la sagesse en un sujet où il uj a que de la folie, en chann^ant le sexe de h Fortune et disant qu'elle était un dieu, au lien que le peuple la prend pour une déesse. Ils appellent quelquefois dieu la Nature, et quelquefois ils l'appellent Fortune, «à cause, dît Cicéron, qu'il fait contre notre opinion beaucoup de choses dont nous ignorons les causes. » Si les philosophes ignorent les causes pour lesquelles une chose est faite , ils ignorent aussi celui qui Ta faite. Le même Cicéron, parlant delà Fortune dans un ouvrage fort sérieux où il donne éti préceptes à son fils pour la conduite de la vie, dit : «cQue la Fortune a un grand pouvoir; que quand elle nous est favorable, nous venons heureusement à bout de nos desseins, et que quaod elle nous est contraire, nous avons le déplaisir de voir que rien ne nous réussit. » La première réflexion que je fais sur ces parolei, eit que Cicéron, qui tient que Ton ne peut rien savoir, les a avancées de la même sorte quesH en eût été assuré et que tout le monde Teût été avec lui. Je remarque ensuite que lui , qui liche pour l'ordiuaire d'observer les vérités les plus daires, prend , pour une vérité claire , une propositioo qui lui devait sembler fort obscure, eC qui par raltra absolument fausse à tout homme sage. a Qui est-ce, dit-il, qui ne sait pas?» CVsC moi qui ne sais pas. Qu'il m'enseigne, $11 peut, quel est ce pouvoir de la Fortune, quel est ce vent qui seconde ou qui renverse nos detieins? Cest une chose honteuse à un homme d'esprit dTavanoer ce qu'il ne saurait prouver en cas que quelqu'un le nie. Enfin, ce que j'apprends dans Qoéfon, est qu'après avoir écrit en tant d^endroits qu'il bot suspendre son jugement , et que c^est une fiolie de le porter sur des choses dont on n*est pis parfaitement informé, il lùoute légèrement créance aux opinions du peuple, eC rcoonult avec les ignorans une Fortune qui distribue le bien et le mal aux hommes. On a mis une coree d'abondance et un gouvernail proche de son image, pour marquer quelle répand les richesses et qu'elle dispose desaffiaires.

Cette opinion est Âvorisée par Virgile, quand il appelle la Fortune « toute puissante, »et par m œlèhre historien, quand il écrit, « quelle exerce nue domination absolue sur toutes choses. » Qnd ]K)i)voir restc-t*il donc aux autres dieux, et

pourquoi ne règne-t*elle pas et ne reçoit-elle pas nos hommages toute seuleP Si elle n*envoie que du mal , pourquoi la vénëre-t-on comme une déesse? Pourquoi envie-t-elle la prospérité à ceux qui lui offrent des sacrifices? Pourquoi estelle plus favorable aux méchans qu'aux gens de bien ? Pourquoi prend-elle plaisir à tendre des pièges, à tromper, à ruiner leç hommes, et :1 les jeter dans des tristesses mortelles? Qui lui a donné Tordre et le pouvoir de faire une guerre si cruelle aux hommes* et de disposer dç toutes choses par son caprice et sans aucune justice? Les philosophes devaient chercher Téclaircissement de ces questions, plutôt que d'accuser légèrement la Fortune , tout innocente qu'elle est; car, quand il y aurait en effet une Fortune, ils ne sauraient rendre aucune raison de la haine si implacable qu'ils lui attribuent contre les hommes. Ainsi les plaintes continuelles qu'ils font de son injustice, et les vains éloges dont ils relèvent leur propre vertu , ne sont que d'extravagantes rêveries, qui font voir la faiblesse et la légèreté dé leur esprit. Qu'ils n'aient donc point de jalousie de ce que Dieu a eu la bonté de nous révéler la vérité. Gomme nous savons qu'il n'y a point de Fortune, nous savons aussi qu'il y a un méchant esprit qui est l'ennemi déclaré de la justice, qui persécute les gens de bien , qui s'oppose à tous les desseins de Dieu par le motif d'une jalousie dont j'ai rapporté le sujet dans le second livre de cet ouvrage. Il dresse des pièges à tous les hommes; il embarrasse aisément dans les filets de l'erreur ceux qui ne connaissent point Dieu ; il les enveloppe de ténèbres; il les accable du poids de leur propre extravagance , afin qu'ils ne parviennent jamais à la connaissance qui renferme la sagesse et la vie éternelle; il use de ruse et d'adresse pour surprendre ceux qui connaissent Dieu , et pour les porter au péché par le plaisir; et quand ce moyen ne réussit pas , il a recours à la violence. Dieu a diffSré à dessein le châtiment que mérite son péché, afin qu'il exerce notre vertu , qui ne saurait devenir parfaite que par l'épreuve; car la vertu est la patience qui a supporté le mal sans être vaincue. Ainsi nous Vaurions point de vertu si nous n avions point l'ennemi. Gomme les philosophes ont senti la violence de celte puissance contraire et qu'ils ^n ont ignoré le nom , ils ont inventé celui de ;

Fortune, ce qui est fort extravagant , comme Juvénal a eu dessein de le marquer par ces paroles:

n 0*7 a point de diTinité tant 1t pmdeiioe ; mais à Véfguû de la Foilniie, Dout U reooooaiiioot pour une dteue, et ooainie telle nous la plaQoos dans le ciel.

Ce sont donc , comme Gicéron l'avoue , la folie, Terreur, l'ignorance et l'aveuglement qui ont inventé les noms de Nature et de Fortune : les philosophes n'avaient garde de connaître la vertu, puisqu'ils ne connaissaient pas l'ennemi contre lequel ils la devaient faire paraître. Si cette vertu est jointe à la sagesse , ou si c'est la sagesse même , comme ils le prétendent , ils ne savent en quoi elle consiste. Quiconque ne connaît pas son ennemi , ne saurait se préparer comme il faut à le combattre; il ne choisira pas des armes propres à remporter la victoire. Au lieu de poursuivre son ennemi , il ne poursuivra que son ombre. H sera inFailliblement vaincu , parce qu'il ne prévoit pas le coup qui le menace et qui le percera de part eu part.

XXX. J'ai fait voir, autant que mon peu de suffisance me Ta pu permettre , combien les philosophes se sont éloignés de la vérité. Je sais que j'ai omis beaucoup de choses ; mais aussi je n'avais pas entrepris de combattre toutes leurs erreurs: j'avais seulement été obligé de montrer , comme en passant , qu'un si grand nombre d'excellents esprits s'étaient misérablement consumés à la poursuite du mensonge, pour empêcher que ceux qui avaient reconnu qu'il n'y avait pas d^cspérance de trouver la vérité dans les religions païennes , ne l'allassent chercher parmi les sectes si différentes de ces sages de ranliquiié. 11 ne reste donc aucune espérance ni aucun salut que dans la doctrine que nous soutenons. Toute la sagesse consiste à connaître Dieu et à le servir. J'élève ma voix, autant qu'il m'est possible, pour déclarer et pour publier : que nous avons dans notre religion la vérité que les philo.sophes ont cherchée durant toute leur vie , et qu'ils n'ont jamais pu trouver parce qu'ils n'ont aucune religion , ou qu'ils n'en ont eu qu'une mauvaise. Éloignons-nous de ces maîtres qui ne font que nous troubler au lieu de nous instruire. Que pourraient - ils nous enseigner, eux qui noiit rien appris? Qui ce« malades pourraient - ila

j^iuTÎr? Oui ccsaveuf^lespourraîcnt-ils instruire? ( )[\c ccu\ qui désirent connnître la saj^esse se iv!uicn( en fouie à notre reli[]fion. Attendronsîîi'iîs que Socrate commence ù savoir quelque v\\'.):-,e , (;u'Anaxafïore trouve la lumière au milii 11 (les ténèl)res , que Démocrite tire la vérité (lu fond du puits où elle est cachée , qu'Empé- (locle élargisse les chemins des sens par où les oljjeis entrent dans TAme , enfin qu'Arcésilas et Carnéade voient et comprennent? Une voix du ciel nous déclare la vérité ; une lumière plus éclatante que le soleil nous la montre. Pourquoi sommes -nous assez injustes envers nousni(^mes , pour refuser la sajçesse que les philosojihes les plus célèbres de l'antiquité ont cherclH'e inutilement durant tout le temps de leur vie? Quiconque veut devenir sajje et heureux n'a (pi'à écouter la voix de Dieu , h apprendre la justice, à méditer le sujet pour lequel il a été mis au monde, h mépriser tout ce qu'il y a sur la terre, à faire profession du culte de Dieu, ))()in* parvenir un jour au souverain bien , dont la jouissance doit faire tout son bonheur. Il faut pour cela renoncer ù toutes les autres reliî^ions, rejeier tout ce que Ton dit pour leur défense», réfuter les erreurs de toutes les sectes des philosophes. La vérité s'élèvera sur les ruiner du mensonjje. Après avoir détruit les fausses religions , il est aisé d'établir la mMre par des exemples, par des ar|;umens et par des témoij;ii (îcs convaincans, et de faire voir que Textrava[;ance (|ue les philo.sophes nous attribuent ne se rencontre que parmi eux. Bien qu'en réfutant leurs erreurs et en faisant voir qu'ils ne p()ss{>dent point la véritable sa{>esse, j aie marqué asst»z clairement le lieu où elle réside, je me suis proposé de le prouver encore plus solidement dans tout le livre suivant.

Page 1