LIVRE IV
U£ LA VRilE SAGKSSE VT UK L\ VRAIK RELIGION.
I. Quand je considère, empereur Constantin, Fétat (l(^s premiers temps, et que je vois que la folie d'un siècle a répandu de si épaisses ténèbres 8ar rcsprit des hommes qui ont vécu dans lessiè-
cles suivans, qu'ils se sont oublié.sf ux-mèmes ]««• qu'à chercher sur la terre Tobjet de leur cuîtt' t\ de leur l)onheur, au heu de le chercher dnn% ! ciel.jenen conçois pas moins d'indijynalionqi:*' d'étonnement : ce monstrueux déré^^lemtni : chan}réleurfélicitéendis(]^râce,lorsqueabanili>'nant Dieu, l'auteur de toutes les créatures. îN n commencé h adorer les ouvraj^csde leurs mainv Kn se détournant du souverain bien, sous j)!c texte qu'il ne peut être vu, touché ni compris, et en s eloi|;nant de la pratique des vertus pM' lesquelles ils le pouvaient po.sséder, ils ont recherché des dieux corruptibles et fra{];iles. et. n'ayant soin que des choses qui peuvent servir:i parer, à nourrir cl à réjouir le corps, ils .sontombés dans une mort éternelle. Leur supersiiticm a été accompa^^néc d'injustice et d'impiété: Ciir ayant tourné leur esprit aussi bien qoeirur visaj^e vers la terre au lieu de les tourner vers le ciel, ils se sont attachés à des rdîgioiu et h des biens qui n'ont rien que de terrestre. Cef^t de là que sont venues les querelle^ et les guerres, la mauvaise foi, et tous les crimes qoeia mauvaise foi traîne après elle. Les hommes cmt méprisé les biens éternels et incorruptibles, ])Our jouir des biens temporels et périssables, et on: préféré le mal présçnt au bien à venir. VoiU comment, après avoir joui delà lumière, ils ont été eovcloppés de ténèbres, et ce qui est plus étonnant, voilà comment ils ont commencéâsefaireappelrr saij^es aussitôt qu'ils on t pcrdo la 8agesse.Personnr ne s'attribuait ce nom au temps auquel lootle monde le méritait. Plût â Dieu que, mainieiHii: qu'il est si rare, au lieu qu^aulrefoîs 11 était k commun, ceux qui le prennent sussent ceqili signifie ! ils pourraient peut-être, par lenr «• prit, par leur autorité et par leurs cooseib,rriirer le peuple des erreurs et des vices oAlK enga^^é. Mais ils sont tous fort éloignés de ta sa{;esse. et la vanité avec laquelle ils en pronetf le nom ne montre que trop qu^ils n^n ont pi l'effet. Avant néanmoins que la philo80|ti( commune dont on parle tant fût inventée. c& dit qu'il y a eu sept hommes qni, pour awr recherché les premiers les secrets de la ortorr. ont mérité d'être appelés sages. Ob ! lenaDxfh reux siècle où il ne s'est trouvé que sept hvmes ! car nul n'est homme sM n>st sage. Si lov les autres ont été fous, ces sept-là n*ont pti Af sages, parce que pour Fétre en effet, fl ne kM
trc selon le jugement des fous. Tant s'en qu'ils aient été sages, que, dans les siècles ns, où les sciences ont fait de notables rès et où elles ont été cultivées par d'excelesprils, la vérité na pu être découverte! is le temps de ces sept sages, les Grecs ont d'un désir incroyable d'apprendre , et au léanmoins de s'attribuer le nom superbe de .,ils se sont contentés de celui d'amateurs de ^esse. Ainsi ils ont couronné la folie et Tordes autres, et ont reconnu en même temps propre ignorance; car toutes les fois qu'ils rouvéde rol)scurité dans les questions qu'ils lient, et qu'ils ont vu que la nature se coucomme d'un voile pour les empêcher de pér ses secrets, ils ont avoué franchement I ne voyaient rien ; en quoi ils ont sans doute )lus sages , en reconnaissant leur peu de Tes et de sufi^sance, que ceux qui se sont ladés eux-mêmes de l'être.
Si les premiers qui ont pris le nom de sages »nt pasété en effet, ctsi lesseconds qui n'ont : fait difficulté d'avouer qu'ils ne l'étaient le l'étaient pas en effet, il s'ensuit nécessairequ'ilfaut chercher ailleurs la sagesse. D'où que tant d'excellens esprits qui l'ont cheravec tant de soin, durant tant de siècles , ne put trouver, si ce n'est qu'ils l'ont cherchée des limites où elle se renferme? Ils ont fait s voyajjes pour découvrir le pays où elle t retirée ; elle est cependant quelque part , îst évident que Dieu , par un ordre incomînsible , a caché ce trésor sous l'apparence folie. Je me suis souvent étonné de ce que Dgore et Platon , qui sont allés jusqu'en )(e et en Perse pour apprendre les cérémoet les mystères de la religion de ces payslus lesquels ils se doutaient que la sagesse cachée , ne sont pas allés dans la Judée qui plus proche d'eux et où ils pouvaient unijent trouver la sagesse. Je me persuade 5 en furent détournés par la divine provie, de peur qu'ils ne connussent la vérité , } que la justice de Dieu et la véritable relidevaient encore alors être cachées aux étran- Dieu avait résolu d'envoyer dans les dertemps un grand maître, qui ôtât la véritéà la n ingrate et perfide des Juifs pour la révé- IX aux autres. C'est ce que je me propose de voir dans ce livre-ci , après néanmoins que
j'aurai montré la liaison directe qu'il y a entre la religion et la sagesse.
III. Le culte des dieux n'est nullement conforme à la sagesse , comme je l'ai fait voir dans le premier livre, non-seulement parce qu'il abaisse au-dessous des créatures les plus terrestres l'homme , qui est descendu du ciel , mais aussi parce qu'il ne contient aucunes maximes qui servent à la réforme des mœurs et à la conduite de la vie; et qu'au lieu de se rapporter à la connaissance de la vérité , il ne se termine qu'a un ministère purement extérieur. Il n'appartient point à la véritable religion, parce qu'il ne donne aucun précepte de vertu et de justice, et ne nous rend point meilleurs. La philosophie ne nous conduisant pas à la religion, n'a garde de contenir la sagesse. Dieu, qui gouverne le monde et qui comble continuellement les hommes de ses bienfaits, veut qu'ils lui en rendent des actions de grâces: aussi n'y a-t-il ni piété, ni sagesse sans reconnaissance. La philosophie et la religion sont séparées parmi les païens; ceux qui font profession de s'adonner à l'étude de la sagesse ne s'ingèrent point du service des dieux , et ceux qui sont employés au ministère des temples n'entreprennent point d'enseigner la sagesse. Il paraît par là (lu'ils nont point de vraie sagesse ni de vraie religion. Voilà pourquoi leur philosophie n'a pu comprendre la vérité, et pourquoi leur religion n'a pu rendre raison de son culte, parce qu'il n'en a en effet aucune. Quand la sagesse et la religion sont unies, elles sont toutes deux véritables. Notre religion doit être éclairée; parce que nous sommes obligés de connaître ce que nous adorons ; mais notre connaissance doit aussi être agissante,c'esl-à-dire qu'elle nous doit faire pratiquer le bien que nous connaissons. Mais où est-ce que la sagesse et la religion sont unies, si ce nest où Ion n'adore qu un Dieu, et où les prêtres qui lui offrent des sacrifices enseignent la sagesse ?
Que personne ne doute de la vérité de ce que je dis, sous prétexte qu'il se peut faire, et qu'il est même peut-être arrivé , que les philosophes ont été prêtres des dieux. Alors la philosophie a été oisive durant rexercicc de la religion , et la religion est demeurée niucilc pendant que la philosophie a parlé. Cette religion-là est en effet ' muette, non-seulement parce que les idoles j qu elle révère le sont, mais aussi parce que tout
f;on exercice consiste dans les mains et non dans la lanjîue ni dans le cœur comme celui de la nôtre. La sagesse est parmi nous dans la religion, et la relifçiondans la sagesse: elles ne se séparent point. Être sage n'est autre chose que de rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Pour ce qui est du culte de plusieurs dieux, il est contraire à la nature, comme il est aisé de le prouver par cet argument. Dans les prières que rhomme fait à Dieu, il rappelle père, et il en doit user ainsi non-seulement par honneur, mais par raison, parce que Dieu est supérieur à Thomme, et qu'il lui donne la vie et les alimens qui la conservent. C'est donc pour cela que Jupiter, Saturne, Janus, Bacchuset les autres, sont appelés pères par ceux qui les prient, ce dont Lucile se moque dans rassemblée des dieux , comme d'une extravagance qui rendrait les dieux les pères communs de tous les hommes et tous les hommes les enfans communs de tous les dieux. Que s'il est contre la nature qu'un homme ait plusieurs pères, il est contre la nature et contre la piété qu'il adore plusieurs dieux ; il ne doit adorer que celui qu'il peut appeler véritablement son père et son seigneur. Dieu est père parce qu'il répand sur nous les biens en abondance ; il est seigneur parce qu'il a un pouvoir absolu de nous châtier. Tout père est seigneur par le droit civil ; il ne pourrait élever ses enfans s'il n'avait sur eux un pouvoir absolu. C'est pour cela qu'on appelle père de famille ceux mêmes qui n'ont point d'enfans. I^e nom de père s'étend jusqu'aux esclaves, et le nom de famille s'étend jusqu'aux enfans. Le même homme est le père de ses esclaves et le seigneur de ses enfans; il affranchit son fils de sa puissance aussi bien que ses esclaves, et un esclave affranchi prend le nom de son patron, de la même manière qu'un fils prend le nom de son père. On l'appelle père de famille pour marquer le double pouvoir qu'il a entre les mains, et pour l'avertir d'user quelquefois de l'indulgence d'un père, et quelquefois aussi de la rigueur d'un maître. L'esclave est comme le fils de son maître, et le maître est comme le père de son esclave. Comme par Tordre de la nature on ne peut avoir qu'un père, on ne peut aussi avoir qu'un maître. Que ferait un serviteur qui aurait plusieurs maîtres, desquels il recevrait en même temps des commandemens différens? Le culte de plusiems dieux est donc également
contraire à la raison et à ta natare, piâsqoe ki dieux doivent être appelés et nos pères et m» seigneurs, et qu'il est impossible que nous a ayons plusieurs. L'homnae ne peut arriver i la connaissance de la vérité, quand il a l'esprit pU' tagé et qu'il obéit à plusieurs pères et i plosieurs maîtres. Une religion qui n'a point de demeure stable et certaine ne peut subsister. Le culte qui nous soumet à plusieurs dieux ne peut être véritable, non plus que le mariage qui Ijerait une femme à plusieurs hommes. Ce ne serait pas une femme légitime, ce serait ou une adultère ou une prostituée qui n'aurait ni pudeur, m chasteté, ni fidélité , ni vertu. Ainsi la rel^ qui sert plusieurs dieux est une impudique e( une infâme, qui n'a point de fidélité et qui ne leur rend point d'honneur certain ni solide. IV. Ce que je viens de dire fait voir tort dan rement , si je ne me trompe , oomUeD h SMgate et la religion sont étroitement unies. Lis«geiie regarde les enfans et exige d'eoxderimoiir.Li religion regarde les serviteurs et exige d'eu de la crainte. Les premiers doivent avoir de rainoor pour leur père, et les seconds de la crainte pour leur maître. Nous devons de ta crainte et de l'amour à Dieu, parce qu^il est tout ensemble cl notre maître et notre père. Ce qui rend la sa* gesse et la religion inséparables, €*est qus ia sagesse fait connaître Dieu et qoe la rdqpon k fait honorer. La sagesse préoUe, parce qu'il taH connaître Dieu avant que de loi pouvoir rendre l'honneur qui lui est dû. La sagtesse et ta religioa ne sont qu'une même chose , bien qu^dles praissent différentes : l'une consiste dans ta naissance et l'autre dans Taction. Ce sont< deux ruisseaux qui procèdent de Dieu d'une même source, et qui ne peuvent être #* parés de lui sans être en même temps Jmfalifi Les hommes qui ont le malheur d*ètre sépflA de lui par leur ignorance , n*ont ni sagesse , ■ piélé. Les philosophes qui adorent plmiNn dieux sont semblables à des enfans abdiqaésqa n'aiment plus leur père, et à ces esctavts hgitifs qui ne servent plus leur maître. Hâi comme ces enfans qui ont été abdiqués n'oil plus de part à la succession et que les admi qui se sont échappés ne sont pas assurés pov cela de l'impunité , ainsi ces philosophes nW point de part h Timmortalité^qui est en eflvCk souverain bien qu'ils recherchent et ta
que Dieu donne à ses enfons dans son royaume, et ne seront point exempts du châtiment éterael dont il punit Tinâdélité et Tinsolence de ceux qui refusent de lui rendre le service et le culte qu'ils lui doivent Ceux qui ont adoré plusieurs dieux, et ceux même qui ont fait profession de sagesse , n*ont connu Dieu ni en qualité de père, ni en qualité de mattre; les uns ont cru qu'il ne fallait rien adorer; les autres ont suivi la religion du peuple. Ceux qui ont reconnu Funité de Dieu, comme Platon qui a déclaré qu*il n'y a qu'un Dieu qui a fait le monde, et comme GicéroD qui a dit que Dieu a produit Thomme d'une manière particulière, ne lui ont pas rendu le culte qu'ils lui devaient comme à leur père et comme à leur mattre. Non-seulement la pluralité des dieux fait voir, comme je l'ai déjà dit, qu'ils ne peuvent être ni nos pères, ni nos maîtres, mais la raison en peut convaincre avec une entière évidence, parce qu'il ne paraît point que les dieux aient fait l'homme, ni qu'ils aient été avant le temps auquel il a été fait. Il est certain qu'il y avait des hommes sur la terre avant que Vulcain^ que Bacchus, qu'Apollon et que Jupiter fussent nés. On n'a pas même la coutume d'attribuer ni à Saturne, ni à CkBlus son père, la formation de l'homme. Que si nul de ceux que l'on adore n'a formé l'homme, nul ne peut être appelé ni son père, ni son Dieu. U n'est donc point permis de révérer ceux qui n'ont pu faire l'homme, qui n'a pu être fait que par un seul, et il ne faut révérer que celui qui a précédé Jupiter et Saturne, et qui est avant le ciel et la terre. U n'y a que celui-là qui ait pu faire l'homme. Il n'y a que lui qui doive être appelé son père et son maître ; il n'y a que lui qui le gouverne avec un droit absolu de vie et de mort. Quiconque ne l'adore pas est un esclave insensé, qui ne connaît pas son maître et qui s'est échappé d'entre ses mains, ou un fils impie qui fuit en la présence de son père.
V. Il est temps de traiter de la religion et de la sagesse, après avoir montré, comme j'ai fait, qu'elles ne peuvent se séparer. Je n'ignore pas combien il est difficile de parler des choses du ciel. Il faut néanmoins entreprendre d'éclaircir la vérité, afin que ceux qui la méprisent et qui la rejettent , parce qu'elle leur paraît pleine de folie, soient délivrés de l'erreur et évitent le danger où ils sont de périr. Mais, avant que de par* 1
1er de Dieu et de ses ouvrages , je suis obligé de dire quelque chose des prophètes, dont je ne puis me dispenser de rapporter ici les témoignages, comme je m'en suis dispensé dans les livres précédens. Quiconque désire s'instruire delà vérité doit non-seulement s'efforcer de pénétrer le sens de leurs paroles, mais encore examiner avec soin le temps qu'ils ont vécu , pour savoir ce qu'ils ont prédit et combien d'années se sont écoulées depuis leurs prédictions jusqu'à l'accomplissement qui les a suivies. Il n'y a pas grande difficulté à distinguer les temps de la sorte, parce que chaque prophète a marqué le règne sous lequel il a été inspiré par l'esprit de Dieu. On a outre cela entre les mains une quantité de livres, de chroniques qui commencent au temps de Moïse, qui a vécu près de neuf cents ans avant la guerre de Troie. 11 gouverna durant quarante années le peuple Juif et eut pour successeur Josué, qui le gouverna vingt autres années. Ce peuple fut ensuite sous la conduite de juges pendant trois cents soixante-dix ans. Ils changèrent après cela la forme de leur gouvernement et obéirent à des rois. Ils vécurent de la sorte Tespace de quatre cent soixante ans, jusqu'au règne de Sédéchias, sous lequel ils furent emmenés captifs à Babylone où ils demeurèrent soixante-dix ans, jusqu'à ce que Gyrus , qui régnait parmi les Perses au même temps que Tarquin le Superbe régnait parmi les Romains, daigna les rétablir dans leur pays. Ainsi il est aisé de trouver dans les histoires des Juifs, des Grecs el des Romains la suite des temps , et de marquer précisément celui de chaque prophète. 11 est constant que Zacharie , le dernier de tous, a écrit ses prophéties au huitième mois de la seconde année du règne de Darius ; et partant, les prophètes sont plus anciens que tous les auteurs grecs. Je dis tout ceci à dessein de foire cnsorleque ceuxqui, ne sachant point l'origine de notre religion, ont la témérité de mépriser TÉcriture sainte, comme si elle était fort nouvelle, reviennent de leur égarement. Je ne doute point que quiconque prendra la peine de faire un calcul exact des temps ne reconnaisse la vérité et ne renonce à l'erreur.
VI. Avant que Dieu commençât à travailler au merveilleux ouvrage de l'univers, il cMigendra un esprit saint, incorruptible et irrépréhensible^
qu 11 appela son fils. Bien qu'il ait créé depuis quantité d'autres esprits, que nous appelons des an[;es , il n'a donné le nom de Dieu qu'à ce preuiicr-né, qui lui est éjçal en jïrandeur et en puissance. Non-seulement les prophètes s'accordent à publier que Dieu a un fils qui possède un pouvoir infini , mais ïrisméj^^iste et les sibylles l(* lémoijjnenî. Voici comment Trisméjçiste en parle dans un livre qui a pour titre: Discours parfait. « Le Seijîncur et le Créateur de Tunivrrs, rjue nous avons coutume d appeler Dieu, a faii \\\\ Dieu visible et sensible. Quand je ra|)prlle visible et sensible, je nai pas Tinlenlion d(» faire croire (juil tombe sous les sens, je veux sriiU nient marquer que c'est de lui que procède le seiitiuierit et rinteîlijçence. Dieu la produit le pr,Muier comme son Fils unique; il Ta fiiit paraître connue le plus |;rand de tous les biens, et la aimé connue sa chère production. «La sibylle Erythrée l'appelle le chef et le (jénéral des hommes, le conducteur et le j^ar-lien des fidèles. Une autre sibylle ensei|ijne qu'il n'y a rien de si nécessaire (juede le connaître comme Dieu, et connue Fils naturel et léjjilime de Dieu. C'est le même Fils de Dieu qui, parlant par la bouche deSalomon, le plus sa{;c de tous les rois, et rempli du Saint-lisprit, a rendu de lui-même ce lémoij^nage : « Le Seijjneur m'a possédé au comniencementde ses voies; avant qu il créât aucune chose, j'étais dès lors. J'ai été établi dès l'étericrnité et dès le commencement, avant que la terre fût créée; lesabunes n étaient pointencore, lorscjue jetais déjà conçu; les fontaines n'étaient point encore sorties de la terre; la pesante masse des monta[înes n'était pas encore formée; j'étais enfanté avant les collines. II n*av;:it pas encorr créé la terre, ni affermi le monde snr ses pôles. Lorsqu'il préparait les cienx , j'étais présent ; lorsqu'il environnait les a! îines de leurs bornes, et qu'il leur prescrivait une loi inviolablt;; lorsqu'il affermissait lair aude.ssiis de la terre , et qu'il dispensait dans leur éi|iiiiibre les eaux des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer dans ses limites, qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne passassent point leurs bornes; lorsqu'il posait les fondemens de la terre, j'étais avec lui, et je ré(jlais loîiles choses. Jetais chaque jour dans les déliées, me jouant s;nis cesse devant lui, me jouant riuns le monde. »/rrisméi;iste l'a appelé ^ou^rier,
LA OTAN CE.
et la sibylle l'a appelé le conseiller de Dieu, parce qu'il a re^çu une si grande sa(;esse et une si grande puissance de son père, qu'il .s'est servi et de son conseil et de ses mains quand il a voulu faire le monde.
VU. Quelqu'un demandera peut-être en ce: endroit le nom de ce fils , si puissant et si chéri de Dieu, qui non-seulement est avant le mondr. mais qui l'a créé par sa force infinie , et en ii rangé les parties en ordre par sa sagesse. I^ première leçon que nous devons apprendre n cet égard , est que son nom n est connu que & lui et de Dieu son père, et qu'il ne l'esi puinî des anges qui sont dans le ciel , et qu'il ne moh point déclaré , selon que l'Écriture le témoigur. que lesdes.seins de Dieu n'aient été entièrement accomplis. Trismégiste assure que ce nom-là dc peut être prononcé par la bouche d'un homme: voici ses paroles : «La volonté de ce bien divin est le principe dc ce principe; c est eiie qui a produit un Dieu dont le nom ne peut être prononcé (Kir la bouche d'un homme.» Et, un peu après, il ajoute ce qui suit : « On ne saurait expliquer , ô mon fils ! la sagesse de Dieu ; son nom est au-dessus de toutes les paroles des homuie>. Mais quoique le nom que le père lui a donnc dès le commencement ne soit point connu, il cl a néanmoins un autre parmi les anges, et uc autre parmi les hommes. Il a parmi les homme le nom dc Jésus ; celui de Christ n'est pas un nom propre, c'est une marque de puissance tf dc royauté , et c'est ainsi que les Juifs appcllnt leurs rois. Je crois devoir Texpliquer, à causf de ceux qui le corrompent par ignorance . et qui, en changeant une lettre, disent Ghrest ac lieu de Christ. Les Juifs avaient reçu ordre de faire un baume pour sacrer ceux qui étaieaî élevés h la dignité soit sacerdotale , soit royak. Ce sacre était autrefois parmi eux one marqse de la souveraine puissance, comme la pour|KT en est une aujourd'hui parmi les Bomaios. Le anciens Grecs se servaient du verbe xpûoSu.poar signifier l'onction du sacre, comme leurs descrndans se sont servis depuis de celui d^àxij^iolcuHDmère en rend témoignage, en exprimant da» ses poésies la manière' dont celte cérémeoic s'observait. C'est pour cela que nous appdoosk Fils de Dieu Christ, c'est-à-dire oint, et en hébits Messie. On trouve TiUip.{AEvc; dans quelques livres grecs mal traduits de l'hébrçu. De quelque mot
liNSTlTUTlONS DIVINES. — LIVRE IV.
que Ton se serve, il est certain que Von ne désigne poinl qiril soit roi de la terre, parce que le temps de prendre possession de ce royaume- là n'est pas encore arrivé; mais on marque qu'il est roi d'un royaume céleste et éternel, dont je parlerai dans le dernier livre de cet ouvrage. Maintenant je dirai quelque chose de sa première naissance. VIU. Nous déclarons d'abord qu il a deux naissances, lune spirituelle et Taulre corporelle. Cest pour cela que le prophète Jérémie a dit ces paroles : «Je vous connaissais avant que de vous avoir formé dans mon sein;» et ces autres: tfll était heureux avant que d'être né.» Il est certain que ni les unes ni les autres ne peuvent convenir à d'autre qu'à Jésus-Christ qui, étant Fils de Dieu dès le commencement, a reçu dans le temps une seconde naissance selon la chair. La confusion que plusieurs ont faite de ces deux naissances les a extrêmement embarrassés, bien qu ils eussent été instruits de nus mystères. Je les distin{];uerai si clairement que personne ne pourra plus s'y tromper. Quiconque entend nommer le Fils de Dieu , ne doit pas s'imaginer qu'il l'ait en|;endré avec une femme à la manière de.s animaux. Dieu étant seul ne pouvait se joiniirc à personne, et étant tout-puissant il n'avait besoin ni de compagnie ni de secours pour produire un fils. Croirons-nous avec Orphée qu'il était tout ensemble et mâle et femelle, et que s'il n'avait eu les deux sexes il n'aurait pu engendrer son semblable? Trismégiste semble avoir été dansée même sentiment, quand il a appelé Dieu père et mère de soimême. Si cela était véritable, les prophètes n'auraient pas mauquéde l'appeler mère, comme ils n'ont pas manqué de l'appeler père. Comment est-ce donc qu'il a engendré son fils- 11 faut avouer d'abord que les œuvres de Dieu ne peuvent être ni comprises ni expliquées. L'Écriture nous enseigne pourtant que le Fils de Dieu est son verbe, et que les anges sont son esprit et son souffle. Le Verbe est un souffle mêlé avec (les paroles qui signifient quelque chose. Mais p:u'ce que le souffle sort du nez, et que la parole sort de la bouche, il y a grande différence entre le Fils de Dieu et les anges. Les anges sont sortis de Dieu comme un souffle sans qu'il ait prononcé aucune parole, parce qu'ils n'étaient destinés qu'à Texécutionde sesordres etnonàla publication de sa doctrine. Mais le fils est sorti
de la bouche de son père, et comme un souffle, parce qu'il est pur esprit, et comme une parole, parce qu'il devait faire entendre aux hommes les volontés de Dieu, et leur révéler les mystères. Cest pour cela qu'on l'appelle et parole et verbr; c'est un souffle mêlé de voix que Dieu a conçu non dans son sein, mais dans son esprit, ci qu'il a poussé de sa bouche tout rempli et lout aninu'; de la grandeur et de la majesté de s;i sagesse et de sa puissance. H a aussi fait, romme je l'ai dit, les anges de son souffle. Le souffle des hommes se dissipe en un moment, parce que les hommes sont sujets à la mort ; mais le souffle de Dieu subsiste et conserve la vie et le sentiment, parce ({ue Dieu est immortel et qu'il donne le sentiment et la vie. Bien que nos paroles se dissipent et se perdent en l'air lorsque nous les prononçons, elles se conservent néanmoins par l'écriture quand nous les attachons à des caractères sensibles. 11 y a beaucoup plus de sujet de croire que la parole de Dieu demeure éternellement, et qu'elle conserve toujours le sentiment et la force qu'elle a reçue de lui, comme un ruisseau reçoit son eau de sa source. Que si quelqu'un s'étonne qu'un Dieu ait engendré un Dieu, en poussant son souffle et en prononçant sa parole, il cessera de s'étonner quand il aura lu les livres des prophètes. Peut-être que plusieurs personnes qui n'ont jamais rien lu de TÉcriture ne laissent pas de savoir que David et Salomon son fils ont été deux puissans rois , qui ont joint à la souveraine puissance le don de la prophétie. Le dernier a vécu cent quarante ans avant la ruine de la ville de Troie. David son père dit dans le psaume trentedeuxième ce qui suit : « Les cieux ont été formés pâi sa parole, et toute leur beauté par le souffle de sa bouche. » Et dans le psaume quarante-quatrième, il dit : «Mon cœur, dans l'ardeur vjuil ressent, prononce une bonne parole; et c'est pour la gloire du Roi que je compose ce cantique. » 11 témoigne par ces paroles que les œuvres de Dieu ne sont connues à nul autre qu'à son fils, qui est son verbe et qui régnera éternellement. Salomon déclare que le verbe a travaillé à la création du monde quand il dit : «Je suis sorti avant toute créature de la bouche du Très- Haut. J'ai fait lever dans le ciel une lumière qui luit toujours. J'ai enveloppé la terre d'un nuage J'ai habité dans les lieux hauts, et j'ai
mis mon Irône sur une colonne de nuée, «Saint Jean révanjïéliste en parle aussi en ces termes; « Au commencement était le Verbe , et le Verbe éiait en Dieu. Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui.»
IX. Les Grecs rappellent xo-^o; et ce termelà est plus propre que celui de parole ou de verbe dont nous nous servons, parce qu'il signifie non-seulement la parole, mais aussi la raison. Or le Fils de Dieu est la raison et la sagesse de son père, aussi bien que sa parole. Cette parole divine n'a pas été lout à fait inconnue aux philosophes. Zenon dit qu'elle a créé l'univers et rangé en ordre les parties qui le composent. Il l'appelle destinée , nécessité de Dieu , et esprit de Jupiter. Mais il ne faut point faire de difficulté sur les termes, puisque le sens est conforme à la vérité. Ce qu'il appelle Tesprit de Jupiter, c'est l'esprit de Dieu. Trismégiste qui a découvert , je ne sais comment, presque toutes les vérités, a décrit en plusieurs endroits la force et la mayesté du Verbe, comme il paraît par le passage que j'ai cité, où il déclare que c'est une parole qui ne peut être expliquée par la bouche des hommes. J*ai parlé le plus brièvement et le mieux qu'il m'a été possible de la première naissance du Fils de Dieu. Je parlerai maintenant un peu plus au long de la seconde, touchant laquelle de notables difficultés existent, et je tâcherai de porter la lumière devant ceux qui cherchent la vérité.
X. 11 n'est permis à personne d'ignorer le décret que Dieu a porté dès le commencement, d'envoyer vers la fin des siècles son verbe sur la terre, afin qu il y élevât un temple, et qu'il y enseignât la justice, et de l'envoyer non avec la force et avec le pouvoir d'un ange, mais sous la figure d'un homme, et dans un corps mortel, afin qu'après qu'il aurait publié sa doctrine, fl fût livré aux impies, il souffrit la mort, il en triomphât, et que par sa ressurrection il donnât l'espérance de l'immortalité aux hommes dont il avait pris la nature. Pour faire connaître à tout le monde cet ordre merveilleux des desseins de Dieu, je montrerai que tout ce qui a été accompli par Jésus-Christ avait été prédit par les prophètes. Que personne n'ajoute foi à mes paroles, qu'après que j'aurai prouvé, d'une manière invmciblc y que les prophètes avaient
LACTANCE
prédit que le Fils de Dieu naîtrait comne m , homme, qu'il ferait des miracles, qu'il établi» ! rait le culte de son père sur toute la teire, qaH serait crucifié, et qu'il ressusciterait trois jours après. Quand j*aurai prouvé toutes ces choses par les livres de ceux-là rnènaes qui ont oatnp leur propre Dieu couvert d^un corps mortel, ne sera-t-il pas évident que la véritable sagesse ne se trouve que dans la religion que nous pratiquonsP Je suis obUgé d'expliquer id ce mystèrr, ■ et de le reprendre dès son origine. Nos ancêtrfs. les chefs des Hébreux, étant pressés de la famine et d'une disette de vivres allèrent en Egypte pour y acheter du blé, et y gémirent longtemps sous le joug d'une insupportable servitude, jusqu'à ce que Dieu, ayant pitié de leur misèt, les en délivra après trois cent trente aos parle ministère de Moïse, dont il se servit encan pour leur donner la loi. Dieu fit éclater dios cette délivrance sa majesté et sa grandeur, en envoyant un ange qui sépara la mer et fit passer le peuple à travers , de sorte que Von miuvait dire alors,plus véritablement que le poite a*adit en une autre occasion, que :
Les eanx s'étaient élevfet cl étaient montagne.
Le roi d'Egypte ayant eu la témérité de les pousuivre, fut enseveli avec son armée soos les flou qui avaient repris leur place. Les Héiireuz vi* rent dans le désert des miracles Art surprenam Moïse, frappant une roche avec sa b^ucllev ci fit sortir une source d*eau qui désaltéra tout k peuple : Dieu fit pleuvmr une maone miraoh leuse qui le rassasia ; et pour le traiter avec ptai de délicatesse et plus de magnifiocDce, il loi ovoya sur les ailes des vents des cailks joaqse dans son camp. Mais, au Heu de reoGimaitreffi bienfaits et de lui en rendre de trfes-hmUo actions de grâce, dès qu'ils furent dâivrés de la captivité , de la soif et de la faim, ils slriNidonnèrent à la débauche, et tombèrent diaski superstitions et dans les impiétés des égyptiens. Pendant que Moïse était sur la rnoolagae où il demeura quarante jours, ils élevêrmth tète du veau qu'ils appellirent Apis, pour la porter devant eux. Dieu punit très-rigonrenscoeot leur impiété et leur ingratitude, et les asspjctlit à l'observation de la loi qu'il loir dodna pvk ministère de Moïse. LorsquUls se furent étabb dans une partie déserte de la Syrie , Os qail-
tèicnt le nom dllêbrcux pour prendre celui de JuiF^, du nom de Judas Tun de leurs chefs. Ils furent d'abord {gouvernés par des juges, qui ne changeaient pas chaque année comme les consuls de Rome , mais qui exerçaient cette fonction leur vie durant. Le peuple tomba plusieurs fois dans Fidolâtrie durant ces temps-là , et fut réduit sous la puissance de ses ennemis, jusqu'à ce qu'ayant conçu un sérieux repentir de ses crimes, Dieu eut la bonté de le remettre en liberté. Lorsque ensuite ils furent commandés par les rois, ils s'attirèrent des guerres», et ils furent vaincus et menés captif à Babylone, où ils souffrirent tous les mauvais traitemens que méritait leur impiété, jusqu'à ce que Gyrus, étant monté sur le trône de Perse, daigna les rétablir. Ils furent après cela gouvernés par des téirarques jusqu'à Hérode, qui vécut au temps du règne de Tibère , en la quinzième année duquel les Juifs crucifièrent Jésus-Christ sous le consulat des deux Geminius, le vingtdeuxième jour du mois de mars. Voilà Tordre des temps, tel que TÉcriture sainte le décrit. Maintenant, pour découvrir le fondement de notre religion, je dirai le sujet pour lequel le Fils de Dieu est descendu sur la terre.
XI. Pendant que les Juifs méprisaient les commandemens de Dieu et qu'ils violaient sa loi en se prosternant devant les idoles des étrangers, il choisissait d'excellens hommes dont il animait le zèle et dont il remuait la langue, pour faire qails reprochassent à ce peuple son ingratitude, qu'ils l'exhortassent à fexpier par une sérieuse pénitence, et qu'ils le menaçassent que, s'il n'apaisait promptement sa colère, il changerait son testament , c'esl-à-dire qu'il donnerait la succccssion de la vie immortelle et bienheureuse à une autre nation plus fidèle qu'il assemblerait d'entre les païens. Les Juifs ne se contentèrent pas de mépriser les avertissemens des prophètes, ils s'offensèrent de la généreuse liberté avec !ac](icllcils reprenaient leurs crimes, etinventèrent rJe nouveaux supplices pour les faire mourir, fomuïe les livres sacrés le témoignent. « Je vous ai envoyé les prophètes mes serviteurs, dit t)icu par la bouche du prophète Jérémie, je vous les ai envoyés avant le jour, et vous ne les avez pas écoulés. Vous bouchiez vos oreilles , lorsque le vous disais : que chacun de vous se convertisse CD quittant ses mauvaises voies et en renonçant
à ses inclinations corrompues, el vous Imbilen^z dans cet te terre que je vous ai donnée à vous el à vos pères jusqu'à la fin des siècles. Ne courez pas après des dieux étrangers , et ne m'excitez pas, par le culte que vous rendez à l'ouvrage de vos mains , à vous châtier et à vous perdre. » [.e prophète Esdras, qui a vécu au temps de Gyrus, qui permît aux Juifs de retourner en leur pays, parle de cette sorte: ails se sont éloignés de vous; ils ont rejeté votre loi et tué vos prophètes qui les conjuraient de revenir à vous.» Ëlie s'écrie dans le troisième livre des Rois : a Je suis transporté du zèle du Seigneur tout-puissant , parce que les enfans d'Israël vous ont abandonné, qu'ils ont abattu vos autels, et qu'ils ont fait mourir vos prophètes, tellement que je suis demeuré seul , et qu'ils me cherchent encore pour me mettre à mort.» Dieu, ayant réprouvé les Juifs en punition de ces impiétés, et ayant cessé de leur envoyer des prophètes, a fait descendre du ciel son premier-né , son fidèle conseiller, qui a travaillé à la création de l'univers, afin qu'il portât la religion aux nations, qu'il fit connaître Dieu à ceux qui ne le connaissaient point , et qu'il leur enseignât la justice que le peuple ingrat et perfide des Juifs avait rejetée. Dieu les avait avertis auparavant qu'il les traiterait avec cette rigueur, et le prophète Ma* lachie l'avait marqué très-clairement par ces paroles : «Vous ne m'èles point agréables, dit le Seigneur, et je ne recevrai point de sacrifice de vos mains ; mon nom sera glorifié parmi les nations depuis l'orient jusqu'à l'occident. » Le prophète David dit encore dans le psaume seizième: «Vous m'établirez comme chef des nations ; le peuple que je ne connaissais pas me servira.» Isale dit: «Je viens pour recueilUr toutes leursœuvres et toutes leurs pensées, et pour les assembler avec tous les peuples de quelque pays et de quelque langue qu'ils puissent être, ils comparaîtront tous devant moi et ils verront ma gloire. Dieu ayant donc résolu d'envoyer sur la terre celui qui devait tracer le plan de son temple, ne voulut pas l'envoyer environné de puissance et de gloire, afin que le peuple qui, par son ingratitude, s'était éloigné de son Seigneur et de son Dieu, tombât dans Terreur, et portât le châtiment qu'il méritait. Les prophètes avaient prédit beaucoup auparavant que cela devait arriver.
LACÏANCE.
Isaïe, qui fut scié et mis h mort par les Juife, en parie de cette sorte : «Cieux, écoutez, et toi, terre , prête loreille , car c'est le Seigneur qui a parlé. J'ai nourri des enfans, et je les ai élevés; et après cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît celui ù qui il est, et Tàne Tétable de son maître; mais Israël ne m'a point connu, et mon peuple a été sans entendement. « Jérémie en parle dans le même sens : «La tourterelle, dit-il , sait sou temps, rhirondelle et les passereaux de la campagne observent les saisons ; mais mon peuple n'a point connu le jugement du Seigneur. Comment dites-vous : Nous sommes sages, et la loi du Seigneur est avec nous? C'est en vain que Ton a pris de fciusses mesures. Les docteurs de la loi ont été confondus; les sages ont tremblé et ont été trompés, parce qu'ils ont rejelé la parole du Seigneur.» Dieu, ayant donc résolu, comme je l'ai dit, d'envoyer aux hommes le docteur de la vertu , ordonna qu'il cftt une naissance temporelle, et qu'il devînt semblable à riiomme à qui il devait servir de compagnon, de chef et de maître. Comme il a néanmoins une bonté et une clémence infinies , il l'envoya à ceux-mèmes qui le haïssaient pour ne leur pas ôter la voie du salut, mais pour leur laisser la liberté de suivre Dieu, et pour leur donner une récompense éternelle, au cas qu'ils le suivissent, comme plusieurs le suivirent en effet , et pour faire en sorte que ceux qui s'éloigneraient de lui n'encourussent que par leur faute un châtiment étemel. 11 voulut qu'il naquît parmi eux , et de leur nation, de peur que s'il avait été étranger ils n'eussent trouvé dans leur loi une excuse raisonnable de ne l'avoir point reçu, et afin aussi qu'il n'y eût aucun peuple sur la terre qui ne pût espérer de parvenir à l'immortalité. Xll. L'esprit de Dieu étant descendu du ciel , choisit une vierge dans le sein de laquelle il se répandit; elle conçut aussitôt sans avoir jamais connu aucun homme. Que personne ne s étonne de ce que nous disons qu'une vierge est devenue enceinte par l'opération de l'esprit de Dieu, à qui tout ce qu'il veut faire est aisé, puisque quelques animaux ont la coutume de concevoir de l'air ou du vent. Cela pourrait néanmoins paraître incroyable, s'il n'eût été prédit longtemps auparavant par les prophètes. Salomon dit dans le dix-neuvième cantique : «Le sein de
est devenue mère par une grande misérii Le prophète Isaïe dit : a C'est pourquoi gncur vous donnera un signe ; une vier> cevra, et elle enfantera un fils qui sera Emmanuel.» Que peut-on dire de plu:
Les Juifs, qui ne Font point voulu recor ont lu ces prophéties. Si quelqu'un s'i que nous les avons faites à plaisir, qu'il demande , et qu'il consulte leurs livres a point de si fort témoignage pour éu vérité que celui que l'on tire de ses pro[ nemis.'ll n'a jamais été appelé Emmanu Jésus , qui signifie salutait^ ou sauveu qu il est venu sauver tous les peuples, i phète a seulement eu Tintention de m par ce terme d'Emnaanuel , que Dieu prendre un corps et converser a vecles hc car Emmanuel signifie : Dieu est avecooi puis en effet que Dieu était né df une v les hommes devaient reconnaître qu'il avec eux , qu'il vivait sur la terre et da^ chair mortelle: c'est sur ce sujet quel dit : a La vérité germera de la terre. » Dii qui la vérité est renfermée, a tiré un cur[ terre pour montrer le chemin du sal hommes qui sont sur la terre. Isaïe en |: ces termes: «Ils ont irrité sa colère; i\s fligé l'Esprit saint; il est devenu leur ei et il les a lui-même détruits. U s'est se des siècles anciens , et a suscité le past son troupeau.» Il déclare en un autre < quel est ce pasteur, en disant: «Qeux, c d'en haut votre rosée , et que les nuées descendre le juste comme une pluie; terre s ouvre et qu'elle germe le Sauvi que la justice naisse en même temps ; le Seigneur qui l'ai créé.» Le sauveur, c sus , comme je l'ai déjà dît. Eje même pi a [)arié dans un autre endroit de cette m a Un petit enfant nous est né, et un fils été donné ; il portera sur son épaule la i de sa principauté , et il sera appelé Fa grand conseil. U a été envoyé par soi pour révéler à toutes les nations qui soi le ciel le mystère et l'unité d'an Dieu, q celé au peuple perfide et ingrat qui s'esl si souvent criminel. » Daniel a prédit c chose de semblable: «J'avais, dit-il, i sîon durant la nuit, et je voyais sur les
la Vierge a reçu la fécondité et le fruit; la Vierge J du ciel comme le Fils de Thumme qui
çait, et il arriva jusqu'à l'ancien des jours. Ceux qui étaient présens le lui présentèrent; et Thonneur , le royaume et Tempirc lui furent donnes; et tous les peuples, toutes les langues et toutes les tribus le suivirent. Sa puissance sera élcrnelle et ne passera point; son règne n aura point de fin. » Gomment est-ce que les Juifs avouent qu'il y aura un oint ou seigneur, et comment est-ce qu'ils espèrent qu'il viendra , puisqu'ils ont refusé de le reconnaître pour Messie, sous prétexte qu'il éîait né d'une femme? Dieu, ayant résolu que le Messie descendrait deux fois sur la terre, une fois pour annoncer son nom aux nations, et une autre fois pour les {gouverner avec une autorité absolue , pourquoi croient-ils le second avènement, et ne croient-ils pas le premier? Le prophète a marqué les deux avénemens en peu de paroles, quand il a dit : «Qu'il s'avancerait sur les nuées non comme le Fils de Dieu, mais comme le Fils de l'homme. « Il a dit qu il devait prendre sur la terre la forme et la condition d'un homme , afin d'ensei{^ner la justice aux hommes, pour subir la mort, descendre aux enfers, les ouvrir, ressusciter, s'élever au-dessus des nues, et retourner à son père. Quand le prophète a dit qu'il est parvenu jusqu'à l'ancien des jours, et qu'il lui a été offert , il a entendu par l'ancien des jours , Dieu qui est seul avant tous les siècles, et qui sera éternellement. Le prophète David déclare expressément dans le psaume cent neuvième '.qu'après que le Christ aura souffert la mort et qu'il sera ressuscité, il montera à son père. Voici ses paroles: a Le Seigneur a dit à mon seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j aie réduit vos ennemis à être foulés sous vos pieds. » David, qui était roi, aurait-il pu appeler son seigneur un autre que le Christ et que leFils de Dieu,qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ? Isaîe en parle encore plus clairement : « Voici, dit-il, ce que dit le Seigneur au seigneur qui est mon Christ, que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ouvrir devant lui tontes les portes sans qu'aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous, j'humilierai les grands de la terre, je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de fer, je vous donnerai les trésors cachés et les richesses secrètes et inconnues, afin que vous
sachiez que je suis le Seigneur, le Dieu d^braêl qui vous ai appelé par votre nom. Enfin Thonneur et l'empire lui ont été donnés en vue de la puissance et de la félicité que Dieu a fait paraître sur la terre, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront; son pouvoir ne passera point et son règne n'aura point de fin. » Ces paroles peuvent être entendues de deux manières : l'une est que Jésus-Christ possède un grand pouvoir dès ce temps-ci , puisque tous les peuples révèrent son nom , reconnaissent sa grandeur, suivent sa doctrine y et imitent sa vertu. Il jouit déjà de l'honneur et de Tempire, puisque toutes les tribus obéissent à ses commandemens. L'autre manière d'expliquer ces paroles est de dire qu'il possédera véritablement l'empire de l'univers, lorsqu'il viendra une seconde fois environné de gloire et de majesté pour réduire tous les peuples à son obéissance, pour juger tous les hommes et pour ressusciter tous les justes. Toute sorte de mal étant alors 6té de dessus la terre , on verra un siècle d'or, comme disent les poètes, c'est-à-dire uq temps où la justice et la paix régneront. J'expliquerai tontes ces choses plus au long dans le dernier livre de cet ouvrage où je parlerai du second avènement du Messie ; mais j'achèverai maintenant ce que j'avais commencé à dire touchant le premier. XllI. Lorsque l'unique Dieu et le commun père des hommes eut résolu de leur révéler la véritable piété, il fit descendre du ciel le Docteur de la justice, et par son ministère donna une nouvelle loi à des observateurs nouveaux. U ne la donna pas par un homme, comme il avait fait la première fois, mais par son Fils qu'il fit naître sur la terre comme un homme, afin qu'il fût tout à fait semblable à lui. Dieu le père est le principe et l'origine de toutes choses; il n'a point été produit, et Trismégistea eu raison de dire qu'il était sans père et sans mère. Il a fallu que son fils pour lui être semblable eût deux naissances , et qu'il fût en quelque sorte et sans père et sans mère, lia été sans mère dans sa première naissance, qui est une naissance toute spirituelle qu'il a tirée de son père seul. 11 a été sans père dans la seconde, qui est une naissance corporelle qu'il a tirée d'une vierge; ainsi il a réuni en sa personne la nature divine et la nature humaine pour rendre cette dernière imnjortelle. Il a été fait Fils de Dieu par Fespril et
çait, et il arriva jusqu'à l'ancien des jours. Ceux qui étaient présens le lui présentèrent; et Thonneur , le royaume et Fempire lui furent donnés; et tous les peuples, toutes les langues et toutes les tribus le suivirent. Sa puissance scraélcrnellc et ne passera point; son règne n aura point de fin. » Gomment est-ce que les Juifs avouent qu'il y aura un oint ou seigneur, et comment est-ce qu'ils espèrent qu*ii viendra , puisqu'ils ont refusé de le reconnaître pour ftlessie,sous prétexte qu'il était né d'une femme? Dieu, ayant résolu que le Messie descendrait deux fois sur la terre , une fois pour annoncer son nom aux nations, et une autre fois pour les (;ouverner avec une autorité absolue , pourquoi croient-ils le second avènement, et ne croient-ils pas le premier? Le prophète a marqué les deux avénemens en peu de paroles, quand il a dit : «Qu'il s'avancerait sur les nuées non comme le Fils de Dieu, mais comme le Fils de l'homme. « 11 a dit qu'il devait prendre sur la terre la forme et la condition d'un homme , afin d'ensei^çner la justice aux hommes, pour subir la mort, descendre aux enfers, les ouvrir, ressusciter, s'élever au-dessus des nues, et retourner à son père. Quand le prophète a dit qu'il est parvenu jusqu'à l'ancien des jours, et qu'il lui a été offert , il a entendu par l'ancien des jours , Dieu qui est seul avant tous les siècles, et qui sera élemellemeut. I^ prophète David déclare expressément dans le psaume cent neuvième : qu'après que le Christ aura souffert la mort et qu'il sera ressuscité, il montera à son père. Voici ses paroles: «Le Seigneur a dit à mon seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à être foulés sous vos pieds. » David, qui était roi, aurait-il pu appeler son seigneur un autre que le Christ et que le Fils de Dieu,quiest le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ? Isaie en parle encore plus clairement : «Voici, dit-il, ce que dit le Sei[|;neur au seigneur qui est mon Christ, que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ouvrir devant lui tontes les portes sans qu'aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous, j'humilierai les grands de la terre, je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de fer, je vous donnerai les trésors cachés et les richesses secrètes et inconnues, afin que vous
sachiez que je suis le Seigneur, le Dieu d'braèl qui vous ai appelé par votre nom. Enfin l'honneur et l'empire lui ont été donnés en vue de la puissance et de la félicité que Dieu a fait paraître sur la terre, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront; son pouvoir ne passera point et son règne n'aura point de fin. » Ces paroles peuvent être entendues de deux manières : Tune est que Jésus-Christ possède un grand pouvoir dès ce temps-ci, puisque tous les peuples révèrent son nom , reconnaissent sa gran« deur , suivent sa doctrine , et imitent sa vertu. 11 jouit déjà de l'honneur et de l'empire, puisque toutes les tribus obéissent à ses commandemens. L'autre manière d'expliquer ces paroles est de dire qu'il possédera véritablement l'empire de l'univers, lorsqu'il viendra une seconde fois environné de gloire et de majesté pour réduire tous les peuples à son obéissance , pour juger tous les hommes et pour ressusciter tous les justes. Toute sorte de mal étant alors 6té de dessus la terre, on verra un siècle d'or, comme disent les poètes, c'est-à-dire uq temps où la justice et la paix régneront. J'expliquerai tontes ces choses plus au long dans le dernier livre de cet ouvrage où je parlerai du second avènement du Messie ; mais j'achèverai maintenant ce que j'avais commencé à dire touchant le premier. XllI. Lorsque l'unique Dieu et le commun père des hommes eut résolu de leur révéler la véritable piété, il fit descendre du ciel le Docteur de la justice, et par son ministère donna une nouvelle loi à des observateurs nouveaux. 11 ne la donna pas par un homme, comme il avait fait la première fois, mais par son Fils qu'il fit naître sur la terre comme un homme, afin qu'il fût tout à fait semblable à lui. Dieu le père est le principe et l'origine de toutes choses; il n'a point été produit, et Trismégistea eu raison de dire qu'il était sans père et sans mère. Il a fallu que son fils pour lui être semblable eût deux naissances , et qu'il fût en quelque sorte et sans père et sans mère. Ha été sans mère dans sa première naissance, qui est une naissance toute spirituelle qu'il a tir^ de son père seul. Il a été sans père dans la seconde, qui est une naissance corporelle qu'il a tirée d'une vierge; ainsi il a réuni en sa personne la nature divine et la nature humaine pour rendre cette dernière imnjortelle. Il a été fait Fils de Dieu par l'esprit et
LACTANCE
fils de l'homme par la chair , et ainsi il est Dieu et homme tout ensemble. La puissance de Dieu a paru dans les miracles qu'il a opérés , et la faiblesse de l'homme dans la mort qu'il a soufferte. Je dirai les raisons pour lesquelles il s'y est soumis; mais il faut citer auparavant ici les témoignantes des prophètes qui nous assurent qu'il était Dieu et homme tout ensemble. Voici les paroles par lesquelles Isaie proteste qu'il était Dieu. «L'Éjj^'pte avec tous ses travaux, l'Ethiopie avec son trafic, et Saba avec ses hommes d'une haute taille, tous ces peuples passeront vers vous , 6 Israël ; ils seront à vous, ils marcheront après vous, ils viendront les fers aux mains, ils se prosterneront devant vous , et il n'y aura point d'autre Dieu que le vôtre. Vous êtes vraiment le Dieu caché , le Dieu d'Israël et le Sauveur. » Jérémie en parle de celle sorte: « Celui-ci est votre Dieu, et il n'y en a point d'autre que lui, qui a trouve toute prudence, et Ta donnée à Jacob son fils, et ù Israël son bien-aimé. Il a depuis paru sur la terre et a conversé avec les hommes. » Voici encore ce que David en dit dans le psaume quarante-quatrième: a Votre trône, ô Dieu, sera un trône éternel , et le sceptre de votre empire sera un sceptre d'équité et de justice. Vous aimerez la justice et haïrez l'iniquité; c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu vous oindra d'une huile de joie, en une manière plus cxcellente que tous ceux qui participeront à votre gloire.» Par le mot d'onction, il désigne son nom de Christ. Le prophète Jérémie déclare qu'il est homme , quand il dit : a 11 est homme, et qui est-ce qui Ta connu?» Isaïe dit: «Dieu leur enw.vvik un homme et les sauvera, et il les guérira en les jugeant.» Moïse dit dans le livre des iNombres: (iUne étoile se lèvera de Jacob, et un homme sortira d'Israël. » Quelqu'un ayant consulté Apollon de Milet, et lui ayant demandé si Jésus-Christ était Dieu ou homme, il répondit de cette sorte: «Il était sujet à la mort selon sa nature d'homme, mais il faisait des miracles par sa puissance divine. » Il fut arrêté par le commandement des princes et des juges des Juifs, condamné et exécuté à mort. 11 dit la vérité dans les premières paroles; mais dans la suite, il trompe par une subtilité celui qui le consultait et qui ne savait rien du mystèrede la vérilO. 11 bcmble uitT qu'il soit Dieu;
mais puisqu'il confesse que selon la chair il est sujet à la mort , comme nous le disons aussi, pour parler conséquemment, il doit reconnaître avec nous que selon l'esprit il est Dieu ; car qu'était-il besoin de parler de la chair? C'était assez de dire qu'il était sujet à la mort ; nais étant pressé par la vérité, il n'a pu s'empêcher de déclarer la chose telle qu'elle est , non pins qu'il n'a pu se dispenser d'avouer qu'il était sage. Que dites-vous à cela, Apollon? S'il est sage, sa doctrine est la sagesse et ses disciples sont les sages ; et il n'y a point d'autre sagesse que sa doctrine, ni d'autres sages que ses disciples. Pourquoi nous prend-on d'ordinaire pour des imprudens et pour des insensés, nouj qui suivons un maitrc qui , par le propre avea des dieux est fort sage?Quand il dit qu'il a h>i des actions miraculeuses , par lesquelles sa divinité a éclaté, il semble être d'accord avec nous; mais à l'heure même il se reprend et retourne à ses ruses diaboliques. U semblerait s*être trahi lui-même et les autres dieux , s*il n'avait altéré, par le mélange de diverses faussetés, ce que la véritéavait tiré, malgré lui, de sa bouche. U dit qu'il a fait des œuvres merveilleuses; mais qu'au lieu de les fiiire par la puissance de Dieu , il les a faites par magîe. Faut-il s'étonner qu'Apollon ait iait croire ce mensonge à ceux qui ignoraient la vérité , puisque les Juifs qui adoraient le vrai Dieu ont été pré- 1 venus de la même erreur ? Ils ont vu ces miracles de leurs propres yeux , et n'ont pu Groirt que celui à qui ils les voyaient iaire était DieD. David, dont ils lisent plus souvent les prophéties que celles des autres, les condamne pour ce sujet, par ces paroles du psaume vingt-septitae: a Rendez-leur ce qu'ils méritent , puisqu'ils se reconnaissent point les ouvrages du Seigneur.* David et les autres prophètes ont prédit quek Messie descendrait , selon la chair, de k maim de David ; voici le témoignage qu'en rend Isiîe: «En ce jour-là le rejeton de Jessé sera eipoif comme un étendard devant tous les peuples; la nations viendront lui offrir leurs pritres, et m sépulcre sera glorieux. » Il dit dans un autre endroit : a U sortira un rejeton de la tige ée Jessé , et une fleur naîtra de sa racine , et For prit du Seigneur se reposera sur lui , l'espritde sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil c( de force , ^e^prit de science et de pieté, et 1
sera rempli de Tesprit de la crainte da Seigneur. 9 Jessé fut le père de David , et c'est de sa tige qu'il a été prédit que la fleur sortirait. Cest de cette même fleur que la sibylle a dit , qu'une fleur pure fleurira. Il est rapporté dans le second livre des Rois que Nathan fut envoyé à David, au temps auquel ce prince méditait de faire bâtir un temple. Dieu dit à Nathan: a Va, et dis à David mon serviteur : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant: Vous ne me bâtirez point une maison pour demeurer, mais lorsque vos jours auront été accomplis , et que vous vous serez endormi avec vos pères, je vous susciterai un fils après vous , et je préparerai son royaume ; il élèvera une maison en mon nom ; et j'élèverai son royaume. Je serai son père, et il sera mon fils, et il aura la foi , lui et sa maison , durant tous les siècles. » Gomme les Juifs n entendaient pas ce passage^Salomon , fils de David , a élevé un temple en Thonneur de Dieu, et fondé une ville qu'il a appelée Jérusalem, de son nom. Gela a été cause que les Juifis ont cru que ces prophéties avaient été accomplies en sa personne. Gependant Salomon a succédé à David son père, au lieu que celui dont les prophètes ont parlé ne devait naître que depuis que David serait endormi avec ses pères ; de plus, le règne de Salomon n'a duré que quarante ans. Salomon n'a jamais été appelé le fils de Dieu , il n'a été appelé que le fils de David. La maison que Salomon a fait bâtir n'a pas eu la foi comme l'Église, qui est le véritable temple de Dieu , qui est bâti non sur la terre avec des pierres, mais dans le cœur par la foi. Le temple de Salomon a été ruiné parce qu'il avait été bâti par la main des hommes. Enfin , Dieu a parlé de cette sorte des ouvrages de son fils dans le psaume cent vmgt-sept : a Si le Seigneur n'édifie lui-même une maison, en vain travaillent ceux qui s'efforcent de l'édifier; si le Seigneur ne garde lui-même une ville, c'est en vainque veille celui qui la garde.»
XIV. 11 parait, par le témoignage de ces prophètes, que Jésus-Gbrist devait naître, selon la chair, de la race de David; qu'il devait élever en l'honneur de Dieu un temple éternel, qui est l'église, et qu'il devait y assembler toutes les nations pour y faire profession de la véritable religion. C'est la maison fidèle et le temple éternel, où celui qui ne sacrifiera pas ne remportera ja-
mais le prix de l'immortalité. Jésus-Christ doit nécessairement être le prêtre de ce temple éter-
I nel dont il a été l'architecte. On ne peut obtenir l'entrée de ce temple, ni être admis â la vue de Dieu que par lui, comme David l'enseigne par ces paroles du psaume 109 : a Je vous ai engendré dans mon sein avant l'aurore. Le Seigneur a juré , et son serment demeurera immuable , que vous serez le prêtre éternel selon Tordre et l'exemple de Melchisédech. dU a été écrit dans le premier livre des Rois : a Je susciterai pour moi un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon âme. Je lui établirai une maison stable , et il marchera toujours devant mon Christ. nZacharie a désigné clairement celui â qui Dieu promet un sacerdoce éternel; car voici comme il le nomme : « Le Seigneur, ditil , m'a montré Jésus le grand prêtre, qui était debout en présence de l'ange du Seigneur, et le diable était debout à la droite, à dessein de s'opposer à lui; et le Seigneur dit au diable : que le Seigneur, qui a choisi Jérusalem, vous commande. Et â Theure même le tison fut jeté hors du feu , et Jésus était vêtu d'un habit fort sale , et il était debout en présence de l'ange; et l'âme dit en sa présence à ceux qui étaient autour de lui: Otez-lui ses vêtemens sales, et revêtez-le d'une tunique qui lui tombe jusque sur les talons, et mettez-lui sur la tête une tiare éclatante. Et â l'heure même on le revêtit d'un habit, et on lui mit sur la tête une tiare éclatante. Et l'ange du Seigneur était debout , et disait â Jésus avec solennité : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Si vous marchez dans mes voies, et que vous gardiez mes préceptes , vous jugerez ma maison, et je vous donnerai ceux qui se convertiront d'entre ceux qui sont ici debout. Écoutez ceci, ô Jésus ! grand prêtre, d Qui ne croira que les Juifs avaient perdu l'esprit , quand , après avoir lu et entendu ces paroles , ils attentèrent â la vie du Sauveur? On compte près de cinq cents ans depuis le temps où vivait Zacharie, jusqu'à la quinzième année de l'empire de Tibère, en laquelle Jésus fut crucifié. Ce prophète était dans la fleur de son âge au temps de Darius et d'Alexandre, qui vécurent peu de temps après queTarquin le Superbe eut été chassé de Rome. Les Juifs se sont trompés eu expliquant ces passages, ou de Jésus fils de Navé,
j Sauveur de Moïse, ou de Jésus prêtre fils de José-
lit que pour chasser les maladies il ne se serrait que de sa voix. Il ne faut pas s*étonner de :e qu'il faisait des merveilles par sa parole , )uîsqu'il était la parole de Dieu , soutenue par me force toute-puissante. Mais ce n'était pas issez qu'il eût rendu la force aux paralytiques it la santé aux malades , il fallait qu il rendit encore la vie aux morts. Quand les Juifs voyaient outes ces merveilles , ils les attribuaient à la missance du démon, bien qu'il y. eût dans leurs ivres des prophéties par lesquelles ces circontances étaient marquées, lis avaient ces livres- & entre les mains ; ils les lisaient continuelleoent, et surtout ces paroles d'isaîe : a Fortifiez es mains languissantes et soutenez les genoux remblans. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : ^renez courage , ne craignez point ; voici votre )ieu qui vient vous venger, et rendre aux bomnes ce quMls méritent. Dieu viendra lui-même, Il il vous sauvera : alors les yeux des aveugles rerront le jour , et les oreilles des sourds set)nt ouvertes. Le boiteux bondira comme le «rf , et la langue des muets sera déliée, parce |ue des sources d'eau sortiront de terre dans le 'ésert , et que des torrens couleront dans la sotude.D La sibylle a renfermé la même prédicon dans les paroles qui suivent :
Xips morts sortiront du tombeau, les boiteux marcheront un pas ferme et assuré, les sourds entendront la ?oix des Ltres hommes et entreroot en conversation avec eux, les eugles verront le jour et la lumière, et les muets reprenont l'usafi^ de la langue.
Ck)mme le nombre et la grandeur de ses iracles attiraient autour de lui une foule croyable de personnes qui imploraient son crours , il monta un jour sur une montagne à ïssein d'y adorer, et, après y être demeuré ois jours durant lesquels le peuple qui l'avait ivi était pressé par la faim , il appela ses dispies et leur demanda quelles provisions et a elles vivres ils avaient. Quand ils lui eurent t: qu'ils n'avaient que cinq pains et deux poisns , il commanda qu'on les lui apportât et m e l'on rangeât le peuple par troupes, dont châtie fut de cinquante personnes , et qu'on les : asseoir. Pendant que ses disciples exécutaient 6K ordres, il rompit les pains et les poissons par orceaux qui croissaient et se multipliaient entre s mains. Cinq millehommes en furent rassasiés, il se trouva encore des restes pour remplir
douze corbeilles. Que peut-on faire et que poilon jamais dire de si surprenant? La sibylle avait parlé de cette merveilleuse multiplication, quand elle avait dit qu'avec cinq pains et deux poissons il apaiserait la faim dont cinq mille personnes seraient pressées dans le désert, et que les restes seraient encore si abondans, qu'ils rempliraient douze corbeilles, et suffiraient au besoin d'une nombreuse multitude. Je voudrais bien que Ton medttcequ'auraitpufaireen cette occasion Tart magique dont on sait que tous les effets se terminent à tromper les sens et à éblouir les yeux? En se retirant un jour sur une montagne pour y faire la prière selon sa coutume, il commanda à ses disciples de prendre une barque et d'aller devant lui. Ils partirent sur le soir , et eurent le vent contraire. Gomme ils étaient environ au milieu du détroit qu'ils voulaient traverser , il marcha à pied sur les eaux , et non de la manière que les poètes feignent qu'Orion marcha sur la mer, ayant une partie du corps caché sous les flots et l'autre dehors. 11 s'endormit ensuite dans le vaisseau ; et une tempête s'étant élevée durant son sommeil et ayant épouvanté ceux qui étaient avec lui , il s'éveilla , commanda aux vents et aux flots de s'apaiser, et rétablit le calme. On dira peut-être que l'Écriture en impose, quand elle témoigne que la mer, les vents , les maladies , la mort et le tombeau obéissaient à sa voix. Mais que dira-t-on de ce que la sibylle a rendu le même témoignage i son avantage P Celle dont nous avons ci-dessns parlé a prédit clairement qu'il adresserait sa parole aux vents, et que les vents lui obéiraient et arrêteraient leur violence; qu'il abaisserait l'orgueil des vagues , et qu'après les avoir rendues aussi unies qu'un marbre poli , il marcherait dessus avec les pieds de la foi. Une autre a assuré qu'il marcherait sur les eaux , qu'il rendrait la santé aux malades , la vie aux morts, et qu'il rassasierait ceux qui seraient pressés de la faim. Quelques-uns ne sachant que répondre à des témoignages si formels , ont recours à une défaite, qui consiste à dire que ces vers-là n'ont pas été composés par les sibylles, mais qu'ils ont été faits à plaisir par quelques-uns de notre religion. Mais quiconque aura lu dcéron , Varron et les autres anciens qui étaient morts avant que le Sauveur naquit , et qui ont parlé et de la sibylle Erythrée et des autres
dont nous avons rapporté quelques passages , ne se persuadera jamais que ce soient des ouvrages supposés. Je ne doute pas néanmoins que ces poésies-là n'aient été prises pour des rêveries dans les premiers temps où personne ne les entendait. Elles ne contenaient que des miracles fort extraordinaires, sans marquer ni leur auteur , ni la manière , ni le temps auquel ils devaient être faits. Enfin , la sibylle Erythrée a prédit d'elle-même que plusieurs croiraient qu'elle avait perdu Tesprit, et qu'elle n'avançait que des impostures.
Je ne doute point» dit -elle, que ceux qui verront met prédictions ne m'accusent d'avoir dtfsscln d*cn imposer et de triompher; mais ceux qui en verrout l'accomplissement, reconnaîtront que j'ai reçu, par l'inspiration de Dieu, la connaissance des choses les plus secrètes.
Ce sont des mystères qui , après avoir été cachés durant plusieurs siècles, n'ont été enfin révélés qu'au temps de la vie et de la mort du Sauveur ; de même que les prédictions des prophètes; qui ont été lues par les Juifs Tespace de |)lus de quinze cents ans, n'ont pourtant été entendues que depuis que notre maître les a expliquées par ses paroles et par ses actions. 11 est vrai que les prophètes l'annonçaient; mais ce qu'ils disaient ne pouvait être entendu avant qu'il eût été accompli.
XVI. Je crois devoir parler maintenant de la passion du Sauveur, qu'on nous reproche, comme si ce nous était une chose fort honteuse de révérer un homme qui a souffert le dernier supplice. Je montrerai au contraire qu*il Ta souffert pour d'importantes raisons , et que ses souffrances contiennent des preuves convaincantes de sa sa{];esse et de sa puissance, et de la vérité de la doctrine qu'il a enseignée. S'il avait été heureux durant toute sa vie, nul homme sage ne l'aurait reconnu pour un Dieu et ne lui aurait rendu les honneurs divins. Ce qui est fort opposé à la pratique de ceux qui, n'ayant aucune teinture de la véritable rehgion, admirent les richesses et la puissance,et révèrent la mémoire de ceux qui leur ont fait du bien; au Ueu que tout ce qu'il y a de gens éclairés et habiles ne daignent pas seulement estimer leurs personnes durant leur vie. 11 n'y a rien, en effet, qui mérite nos respects, parce qu'il n'y a rien qui soit digne du ciel. Il n'y a que la vertu et la justice, que nous devions considérer comme un bien stable
et solide, qui ne peut nous être ni donné ni 6ié par personne. Le Sauveur est descendu sur la terre avec cette vertu et cette justice dont jr parle. Il a lui-même la justice et la vertu, et il est venu pour les enseigner aux hommes. Il se^ excellemment acquitté de cette fonction, et a prêché et pratiqué la vertu d'une manière qui l'a rendu digne d'être adoré comme un Dieu par les peuples de Tunivers. Gomme la sainteté d^ sa doctrine et l'éclat de ses miracles attiraien: autour de lui une foule incroyable de personnes de toute condition, les principaux de< Juifs et des prêtres, émus de colère de ce qui! leur reprochait leurs crimes, dévorés de jalousie de ce que le peuple les méprisait et les abandonnait pour le suivre, aveuglés par rignoraïuv qui avait effacé de leur mémoire les comm:iDdémens de la loiet les prédictions des prophète^, s'assemblèrent contre lui et formèrent Je dessein impie de lui faire souffrir la mort Dnvld ayant prévu par la lumière de Tesprit de Dieu l'énormité de cet attentat, s*écrie dès le commencement de ses psaumes : a Heureux est rhonime qui ne se laisse point aller aux conseils des wéchans. » Salomon a décrit le même conseil dans le livre de la Sagesse. Voici ses paroles : « Faisoii« tomber le juste dans nos pi^es, parce qu*il dou< est incommode, qu'il est contraire à notre manière de vivre, qu'il nous reproche les violaliofi de la loi, et qu'il nous déshonore en décriant la fautes de notre conduite. » Il assure qu'il a ti science de Dieu et qu'il s^appelle le FilsdeDieE. Il est devenu le censeur de nos pensées ménr; sa seule vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est point semblabk à celle des autres, et qu'il suit une conduite toute diffémip. t nous considère comme des gens qui ne s'ocru* peut que de niaiseries ; il s'abstient de noirr manière de vivre comme d*une chose impure: :1 préfère ce que les justes attendent à la mort, et se glorifie d'avoir Dieu pour père. Votons donc si ses paroles sont véritables. Eprouvons ce qui lui arrivera, et nous verrons quelle scn sa fin ; car s'il est véritablement Fils de Dieu Dieu prendra sa défense et le délivrera des malDi de ses ennemis. Interrogeons-le parles oatrags et par les tourmens, afin que nxms reoonoii^ sions quelle est sa douceur, et que nous fassioDi l'épreuve de sa patience. Gondamnoas-k i h mort la plus infïme, car Dieu prendra soin de
lui, si ses paroles sont véritables. Ils ont eu ces pensées, et ils se sont éfç^irés , parce que leur propre malice les a aveuglés, et qu'ils ont ignoré les secrets de Dieu. Salomon n'a-t-il pas fait une aussi fidèle description de ce conseil tenu par les impies contre Dieu , que s'il y eût assisté ? Cependant mille et dix ans se sont écoulés depuis le temps où Salomon a faitcette prophétie, jusqu'à celui où Ton en a vu l'accomplissement. Je n'invente rien, je n'ajoute rien. Les Juifs qui ont commis cet attentat avaient entre les mains le livre où la prédiction est contenue. Ceux-là mêmes contre qui elle a été faite la lisaient. Leurs successeurs, qui portent leur nom et qui imitent leur crime, ont chaque jour le même livre entre les mains, et répètent la condamnation prononcée contre eux par la bouche des prophètes, sans y faire jamais d'attention , ce qui est un des plus terribles effets de la condamnation même. Les Juifs se portèrent donc à faire mourir Jésus-Christ en haine de la liberté avec laquelle il leur reprochait leurs crimes, et de dépit d*ètre méprisés et abandonnés par le peuple. 11 est vrai que l'état de bassesse où il paraissait leur donna la hardiesse de commettre cet attentat; car quand ils lisaient d'un côté que le fils de Dieu devait descendre du ciel environné d'éclat et de gloire et plein de puissance et de majesté , et que de l'autre ils ne voyaient rien dans Jésus- Christ qui ne fût bas, sale et difforme, ils ne pouvaient se persuader qu'il fût le Messie. Ils ne savaient pas que les prophètes avaient prédit qu'il devait venir deux fois : que la première, il paraîtrait dans l'obscurité et dans la faiblesse de la chair, et la seconde, dans l'éclat et dans la force de la divinité. David parle de ce premier avènement dans le psaume soixante-onzième. <x 11 descendra, dit-il, comme la pluie tombe sur la toison, et comme Veau du ciel qui arrose la terre ; car comme la pluie tombe sur la toison sans faire de bruit, ainsi le Sauveur est descendu sans bruit et sans être aperçu de personne, lorsqu'il est venu enseigner la justice et la paix.a Le prophète isaîe en parle aussi de cette sorte: a Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche. Il est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirait l'œil, etnous Tavons méconnu. Il nousa paru
un objet de mépris, le dernier des hommes , un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché, il paraissait méprisable, et nous ne Pavons point reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié ; et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes : chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie ; et Dieu l'a chaîné lui seul de l'iniquité de nous tous. » La sibylle a décrit d'une manière fort semblable l'état où le Sauveur devait paraître.
l\ sera dans la difrormité et dans IMofamie , maii il ne binera pat de goutenir encore alors l'espérance de œuz qui seront dans raflUclion.
La bassesse de cet état ayant mis sur les yeux des Juifîs comme un bandeau qui les empêchait de reconnaître leur Dieu, ils ont condamné à la mort celui qui était venu pour leur apporter la vie.
XVII. La colère et la jalousie dont les Juifs étaient animés contre le Sauveur leur firent chercher des prétextes pour le mettre à mort avec quelque apparence de justice , et le plus spécieux qu'ils trouvèrent fut de l'accuser de violer la loi donnée par Moïse , c'est-à-dire de travailler le jour du sabbat , en guérissant des malades, d'abolir la circoncision, et de permettre de manger de la chair de porc. C'était dans l'observation et dans l'abstinence de ces choses que consistait principalement la religion des Juifs. Ceux du peuple qui n'avaient pas suivi Jésus-Christ furent excités par les Juifs à le condamner comme un impie et comme un transgresseur de la loi, bien qu'il ne fit rien que de conforme à la volonté de Dieu et aux prédictions des prophètes. Michée avait prédit la publication d'une loi nouvelle, a La loi, avait-il dit, sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem , et elle jugera plusieurs peuples. » La loi de Moïse a été donnée sur la montagne d'Oreb et non surcellede Sion, et la sibylle a prédit qu'elle serait abolie par le Fils de Dieu, en disant qu'après que tout ce qu'elle avait expliqué auraîtétéaccompli,alors
la loi serait abolie. Moïse même, dont les Juifs défendent la loi avec une opiniâtreté si aveu^^lc qu elle les porte jusqu'à méconnaître Dieu, avait prédit que Dieu enverrait un grand prophète, qui serait au-dessus de la loi et qui cnseifjnerait la volonté de Dieu aux hommes. Voici ce qu'il en a laissé par écrit dans le Deuléronome: « ï.e Seigneur m'a dit ; Je leur susciterai un prophète d'entre leurs frères, comme je vous ai suscité ; je mettrai ma parole dans sa bouche. Il leur dira ce que je lui aurai commandé , et quiconque n'aura pas écouté ce que ce prophète aura dit en mon nom sera châtié. » Voilà comment le Seigneur a déclaré, par le ministère du législateur ancien, qu'il enverrait son Fils comme une loi vivante pour abolir l'ancienne, et pour en donner une qui serait éternelle. Isaïe a prédit en ces termes que la circoncision serait abolie : « Voici ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda qui habitent dans Jérusalem : Rappelez parmi vous la nouveauté et ne semez point sur des épines ; circoncisez-vous au Seigneur votre Dieu, et circoncisez le prépuce de votre cœur, de peur que ma colère ne s'allume comme un feu, et (]ue personne ne la puisse éteindre. » Moïse dit aussi :«Dans les derniers jours le Seigneur fera la circoncision de votre cœur, afin que vous l'aimiez, î) Jésus Navé, successeur de Moïse, a parlé de cette manière du même sujet : «Le Seigneur a dit à Jésus : Faites des couteaux de pierre fort Iranchans, asseyez- vous et circoncisez une seconde fois les cnfans d'Israël.» Il a dit qu'il y aurait une seconde circoncision ; mais il n'a pas dit que ce serait une circoncision de la chair, comme la première que les Juifs observent encore aujourd'hui , parce que ce devait être une circoncision du cœur et de l'esprit. Le Sauveur qui l'a apportée est le véritable Jésus ; car le prophète n'a pas dit :« Le Seigneur m'a dit,» mais: a il a dit à Jésus, » pour montrer qu'il parlait non de lui-même, mais de Jésus-Christ dont il n'était que la figure. Moïse, qui connaissait l'avenir par In lumière de la prophétie, ordonna quau lieu qu'il changeât son nomd'Ausês en celui de Jésus, athi ({u'ayant été choisi pour aller àAmalechqui avaitattaquélesenfansdlsraël, illc vainquît par la force du nom de celui dont il était la figure, et mit le peuple en possession de la terre qui lui avait été promise. Il fut aussi chosi pour succéder à Moïse afin de faire voir que la loi que don-
nerait Jésus, dont il portait le nom et dont il était la figure, succéderait à celle que Moïse avait donnée. La circoncision de la chair n'avait pas été ordonnée sans raison. Dieu aurait pu créer l'homme sans prépuce, s'il l'avait jugé à propos. Il l'a créé avec un prépuce, afin (;ue la circcmcision qui en serait faite fût la figured'un;: seconde circoncision par laquelle le cœur est découvert. La partie qui est retranchée par In circoncision, est une partie qui es^i honteuse et qui a du rapport avec le cœur. La cérémonie par laquelle on le retranche nous apprend que nous devons avoir le cœur découvert , et ne caclirr rien de honteux dans les replis de nos consciences. Voilà la circoncision du cœur qui a été prédite par les prophètes, transférée par le Sauveur du corps à l'àme, et qui durera toujours; car ayant eu la bonté de vouloir procurer notre salut, il nous a proposé cette seconde circoncision comme une pénitence , afin que si nous découvrons notre cœur par une confession sincère de nos péchés et que nous apaisions la colère de Dieu par une rigoureuse satisfaction, nous obtenions le pardon que n'obtiennent point lesdésobéissans et les rebelles, qui cachent leurs crimes comme s'ils pouvaient tromper celui qui regarde non le visage comme font les hommes, mais le cœur. La défense de manger de la chair de porc tendait à la même fin. Le prîocipal dessein que Dieu a eu quand il Ta Faite,a été de faire entendre qu'il se faut abstenir du péché et se préserver de toute sorte d'ordures. Le porc est un animal immonde, qui ne regarde jamais le ciel et qui est toujours attaché h la terre pour y chercher de quoi se remplir. Il ne peut rendre aucun service, comme font d*autres animaux qui portent l'homme, ou qui traînent des chariots, ou qui labourent la terre, ou qui fournissent du lait, ou des matières pour faire des étoffes et des habits, ou qui gardent les maisons. Quand Dieu a déftîndu d'imiter la vie de ces animaux,qn'on ne nourrit que pour les tuer, il a défiendu de rechercher les plaisirs du corps, de peur de devenir incapable de faire le bien et d'encourir ainsi la mort.Iladéfendu de seplonger dans la débauche, comme le porc se vautre dans la boue, et d*adorer des statues qui ne sont que de terre et de limon. C'est en effet se salir de boue que de révérer des dieux qui ne sont que de la boue. Les autres commandemens de la loi judaïque
ont, aussi bien que eelui-ci, un sens eacbé qui se rapporte à Tobservation de la justice, et qui, sous une figure grossière et sensible, cache des biens spirituels et éternels.
XVIII. Les Juifs irrités de la fidélité avec laquelle Jésus-Christ observait ce que Dieu lui avait ordonné et ce qu'il avait prédit longtemps auparavant par sesprophètes, et nesachant rien des mystères qui étaient contenus dans rÉcriture, s'assemblèrent à dessein de condamner leur Dieu. Bien qu'il n'ignorât rien de ce qui lui devait arriver, qu'il eût souvent déclaré qu'il était nécessaire qu'il souffrit et qu'il fût mis à mort pour le salut de plusieurs, il se retira néanmoins avec ses disciples , non pour éviter ce qu'il était obligé d'endurer, mais pour montrer la conduite que nous devons tenir, lorsqu'il s'élève quelques persécutions contre nous, et pour nous apprendre à ne pas l'attirer par notre imprudence. Il prédit aussi qu'il serait trahi par un de ses disciples. Judas se laissa en effet gagner par argent, et le livra aux Juifs. Us se saisirent de lui et le menèrent devant Ponce-Pilate, gouverneur de Syrie. Ils l'accusèrent d'avoir dit qu'il était Fils de Dieu et roi des Juifs. Us Taccusèrent encore d'avoir dit : « Si vous abattez ce temple qui n'a été bâti qu'en quarante-six ans , je le rebâtirai en trois jours, sans mains d'hommes,» marquant par là la mort que les Juifs lui feraient bientôt souffrir et sa résurrection qui arriverait trois jours après. Il était en effet le véritable temple de Dieu.
Les Juifs s'élevèrent néanmoins à cette parole, comme si c'eût été un blasphème. Quand Pilate eut écouté l'accusation, et qu'il eut vu que Jésus ne répondait rien pour sa justification , il prononça qu'il ne trouvait aucune raison de le condamner; mais ses très-injustes accusateurs s'écrièrent confusément avec le peuple qu'ils avaient soulevé, et demandèrent qu'il fût crucifié. Pilate se rendit alors à leurs clameurs et aux sollicitations d*Hérode le tétrarque, qui appréhendait d'être chassé de son royaume. H ne jugea point néanmoins le Sauveur; mais il le mit entre les mains des Juifs, afin qu'ils le jugeassent selon leur loi. Us le fustigèrent et lui firent cent affronts ; ils le revêtirent d'une robe de pourpre , le couronnèrent d'une couronne d épines, le saluèrent par raillerie en qualité de roi, lui donnèrent du fiel
I à manger et du vinaigre à boire; ils lui crachèrent au visage, lui donnèrent des soufflets; tirèrent sa tunique et son manteau au sort, pour décider la contestation ({u'ils avaient eue à ce sujet, n ne parla non plus durant ces mauvais traitemens que s'il eût été muet. Us le crucifièrent après cela entre deux criminels qui avaient été condamnés à mort pour vol. Où trouveraije des paroles pour déplorer un si funeste malheur et pour me plaindre d'un si cruel attentat.^ Je n'ai pas ici à faire la description du supplice de Gavius Gonsanus, où Cicéron employa autrefois toutes les forces de son éloquence et de son esprit, déclamant avec une véhémence tout extraordinaire, et criant que c'était un crime atroce d'avoir crucifié un citoyen romain contre toutes sortes de lois. Quoique ce Gonsanus fût innocent et qu'il n'eut point mérité ce supplice, il était pourtant sujet à la mort , et il n'y fut condamné que par un scélérat qui ne savait rien de la manière dont on doit rendre la justice. Mais que dirai-je de l'indif^nité du supplice, que des gens attachés par leur loi an culte de Dieu firent souffrir à un Dieu? Qui aurait une assez grande abondance de pensées et de paroles pour déplorer, autant qu'elle le mérite, une mort qui a été pleurée par toute la nature et par les élémens les plus inscnsi blés? Gependant les circonstances principales de cette mort avaient été marquées dans les livres des prophètes et dans les vers des sibylles. Voici ce qui est écrit dans les prophéties d'Isa ie : «Le Seigneur mon Dieu m'a souvent ouvert l'oreille, et je ne lui ai point contredit ; je ne me suis point retiré en arrière. J'ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient le poil et la barbe; je n'ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d'injures et de crachats. » David en parle de la sorte dans le psaume trente-quatre : « Les hommes vils se sont assemblés contre moi sans que j'en susse le sujet. Us m'ont déchiré et n'ont point cessé de médire de moi. Us ont frémi des dents contre moi avec des hypocrites qui font les bouffons dans les festins.» La sibylle a pré dit la même chose :
Dieii tombera , dit - elle , entre les mafns des injustes cl des infidèles. Ils lui donneront des soufflets avec leurs mains impies, et lui cracheront au visaRO avec leurs bouches exécrable 4Is <)<k*hargeront les coups de leur fureur sur ses épaulrc saintes et innocentes.
Isaïe a prédit le silence qu'il a gardéjusqu'àla mort : « Il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger. Il demeurera dans le silence comme un agneau est muet devant celui qui le tond. » La même sibylle Tavait aussi prédit par ces paroles :
Pondant qu'on lai donnera des souffieU, il gardera le silence, de sorte que personne n'entendra la moindre parole de sa bouche. H sera couronné d'une couronne d'épines.
David parle , dans le psaume soixante-douze , de ce que les Juifs lui présentèrent à boire et à manger avant de rattacher à la croix : a Ils m'ont donné pour mets du fiel très-amer, et lorsque j'ai eu soif ils m'ont donné du vinaigre à boire.» L^a sibylle avait dit :
Ils lui prépareront des repas désafi^réables ront du fiel à mander et du vinaigre à boire.
lui donne-
Une autre sibylle a reproché aux Juifs leur ingratitude et leur cruauté en ces termes :
Nation folle et insensée, tu ne reconnais pas le Dieu que tu dois adorer. Au contraire, tu lui mets sur la léte une couronne d'épines, et tu lui présentes ramertume du fiel.
Plusieurs prophètes avaient prédit que les Juifs se saisiraient de leur Dieu et le mettraient à mort. Voici ce qu'il y a dans Esdras. Esdras a dit au peuple : a Cette pAquc est notre salut et notre refuge. Scmgez bien que nous devons rhumilicr par le bois, et après cela nous espérerons en hii, afin que ce lieu-ci ne soit point abandonné pour toujours. Voilà ce que dit le Seigneur Dieu des vertus; si vous ne le croyez et que vous n'écouliez sa parole, vous serez exposés à la risée des nations. » 11 parait par ce passage que les Juifs n'ont aucune espérance de salut , à moins qu'ils ne se lavent du sang dont ils se sont souillés, et qu'ils n'invoquent celui-là même auquel ils ont renoncé. Isaïe explique leur attentat en ces termes : « Il est mort au milieu des douleurs, ayant été condamné des juges. Qui racontera sa génération ? Car il a été retranché de la terre des vivans. Je Tai frappé à cause des crimes de mon peuple, et il donnera les impies pour le prix de sa sépulture , et les riches pour la récompense de sa mort, parce qu'il n'a point commis d'iniquités , et que le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Mais le Seigneur Ta voulu briser dans son infirmité. S'il livre son âme pour le péché, il verra sa race durer longtemps , et la volonlt' de
Dieu s'exécutera heureusement par sa conduîtf . i Voici ce que David en dit dans le psaume quatre-vingt-treize : «Ils ont conspiré contre la vie du juste, ils ont condamné le sang innocent; mais le Seigneur a été ma forteresse : mon Dieu a été le rocher où j'ai mis ma confiance. » Jérémie en parle aussi de cette sorte : a Révélez-moi la vérité, Seigneur, et je la saurai. Alors j'ai va leurs pensées. J'ai été mené au sacrifice comme un agneau sans tache. Ils ont formé de mauvais desseins contre moi. et ont dit : Venez mettons du boisdans son pain, et effaçons sa vie de dessus la terre, et que Ton perde la mémoire de son nom. » Le bois signifie sa croix et le pain signifie son cor|)s, parce qu'il est l'aliment et la vif de ceux qui croient au corps qu'il a porté, et i la croix à laquelle il a été attaché. Mais il a parlé encore plus clairement dans le Deutéronome , de cette croix et de cette mort, a Votre vie, dit-il, sera comme suspendue devant vos yeai; vous appréhenderez le jour et la nuit , et ne serez point assuré de votre vie. » 11 a encore dit ceci dans le liyre des Nombres : a Le Seigneur n'est point attaché à la croix comme un homme, et ne souffrira point de menaces comme un fib de l'homme.» Zacharieaditaussi : alU me regarderont , moi qu'ils ont percé.» David a exprimé la même chose par ces paroles du psaume vingtun : f(IIs ont percé mes mains et mes pieds. Oo pourrait compter mes os. Us ont pris plaisir i me considérer. Us ont partagé mes vètemens, et ils ont jeté au sort à qui aurait ma robe.» II est certain que David ne parlait pas de soi-méiDe parce qu'il était roi, et qu'il n*a jamais souffert ces mauvais traitemens. L*esprit de Dieu parUc par sa bouche, au siget de ce Dieu qui devait souffrir ces traitemens mille cinquante ansaprès. Ceux qui ont fait ce calcul ont en effet trouvé œ nombre-là depuis le r^e de Darius juaqo'aa temps auquel le Sauveur a été crudflé. &I00DOO, fils de David, fit bâtir la ville de JémsaleD, et prédit qu'elle serait détruite en punition du crinie des Juifs qui crucifieraient le Sauveur : « Que si vous vous détournez de moi, dit le Seigneur. rt que vous ne gardiez pas ma vérité, je chasserai Israël de la terre que je loi ai donnée, et je mitt^ rai la maison que je lui ai édifiée en mon doo. Israël sera ruiné et couvert d'opprobres,et cette nia ison sera déserte, et quiconque passera auprès dira avec élonuemeiit : Pourquoi le Srjgocar
a-t-il fiaiit ce mauvais traitement à cette terreetà cette maison? Et on lui répondra : C'est par ce qu'ils ont abandonné le Seigneur leur Dieu, qu'ils ont persécuté leur roi très-chéri de Dieu, et qu'ils l'ont tourmenté d'une manière très humiliante. Voilà pourquoi Dieu leur a envoyé ces raaux-Ià. »
XIX. Que peut-on dire après cela des Juifs, si ce n'est qu'ils ont été aveuglés et transportés d'une folie incurable qui les empêchait d'entendre ces prophéties qu'ils lisaient tous les jours, et d'éviter le crime qu'ils ont commis? Le Sauveur étant donc attaché à la croix cria à haute voix et rendit Tesprit. A l'heure même la terre fut ébranlée par un tremblement , le voile du temple qui séparait les deux tabernacles fut rompu, le soleil s'éclipsa, et la terre fut couverte de ténèbres depuis six heures jusqn*à neuf. Le prophète .Amosa rendu témoignage de toutes ces choses, c Voici ce qui arrivera en ce jour-là , dit le Seigneur : le soleil se couchera en plein midi, et le jour disparaîtra, et je changerai vos fttes en deuil et vos cantiques en lamentations.» Le prophète Jérémie eu rend un semblable témoignage : «Celle qui enfante, dit-il, a été épou- ^vantée et saisie de tristesse et de déplaisir. Le soleil s'est couché pour elle au milieu du jour; elle a été chargée de honte et de malédictions.Je ferai passer le reste de ses enfans par le tranchant de l'épée de leurs ennemis. » La sibylle avertit que le voile du temple sera rompu depuis le haut jusqu'au bas, et que, pendant trois heures, Tair sera couvert d'obscurité et de ténèbres. Les Juifs ne purent reconnaître leur crime par tant de prodiges qui paraissaient au ciel et sur la terre. Gomme le Sauveur avait prédit qu'il ressusciterait trois jours après sa mort , ils appréhendèrent que ses disciples n'enlevassent son corps et ne fissent croire qu'il était ressuscité, et qu'ainsi ils n'excitassent un plus grand trouble parmi le peuple qu'auparavant; et pour l'empêcher, ils le détachèrent de la croix et le mirent dans un tombeau qu'ils firent garder par des soldats. Cependant le troisième jour, avant le lever du soleil, la terre ayant été ébranlée, le tombeau ouvert, les gardes épouvantés, le Seigneur en sortit sain et entier,et alla chercher ses disciples en Galilée. On ne trouva dans le sépulcre que les linceuls où le corps avait été enseveli. Or les prophètes avaient prédit qu'il
ne demeurerait pas dans le tombeau et qu'il res' susciterait le troisième jour. Voici ce que David en dit dans le psaume quinzième : «Vous ne laissèrent point une âme dans les enfers, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption. » Et dans le psaume troisième il dit encore ces paroles : a Je me suis couché et me suis endormi, je me suis levé parce que le Seigneur m'a soutenu. » Osée , le premier des douze prophètes, a rendu ce témoignage de la résurrection du Sauveur : «Celui-ci est mon fils; il ne résistera point dans l'affliction de ses enfans. Je le retirerai d'entre les mains de la mort. Maintenant , 6 mort , où est ton jugement ? où est ton aiguillon?» Et dans un autre endroit , il dit : «Et deux jours après, il nous vivifiera dans le troisième jour, d C'est pour cela que la sibylle a dit qu'après trois jours de sommeil il mettrait des bornes à la mort.
l\ demeurera endormi pendant trois jouri du sommeil de la mort; mais après ce temps, il se réveillera et sortira du sein des ténèbres pour jouir de la lumière, et se fera le premier et le chef des ressuscites.
Le Sauveur nous a acquis la vie par la victoire qu'il a remportée sur la mort ; nous ne saurions espérer obtenir l'immortalité qu'en croyant eu lui et en nous chargeant de sa croix.
XX. Le Sauveur étant donc allé en Galilée, car il ne voulut pas se montrer aux Juifs de peur de les attirer à la pénitence et de les guérir de leur impiété , il assembla ses disciples et letu* expliqua TÉcriture qu'ils n avaient pu entendre avant sa passion, parce qu elle parlait de cette passion même. Voilà pourquoi Moïse et les autres prophètes ont donné le nom de Testament à la loi que les Juifs avaient reçue ; car le testament n'est confirmé que par la mort du testateur ; il demeure scellé et secret , et on ne sait point ce qu'il contient jusqu'à ce que cette mort soit arrivée. Avant la mort deJésus-Cbrist, le Testament ne pouvait être ouvert; c'està-dire que le mystère de Dieu ne pouvait être révélé. Toute l'Écriture se divise en deux Testamens : l'Ancien contient la loi et les prophètes, et tout ce qui a précédé la naissance et la passion du Sauveur; le Nouveau contient ce qui a été écrit depuis sa résurrection. Les Juif^ se servent du premier et nous du second. Ce ne sont pas cependant deuxTestamens différens, parce que le dernier n'est que raccomplissemcut et
Voxécution de Tautre. Ils ont tous deui été faits par ic même testateur, qui est mort pour nous ei (jui nous a laissés héritiers de son royaume doiii il a privé les Juifs, selon le témoi^age que Jérémie en rend en ces termes: a Voilà que le temps arrive , dit le Seigneur, auquel je ferai un nouveau testament pour la maison dlsraël et pour la maison de Juda; ce ne sera pas le même que je fis en faveur de leurs pères, lorsque je les pris par la main pour les tirer de rÉf,ypte, parce qu'ils n'ont pas persévéré dans mou testament; et c'est pour cela que je les ai né[^ligés, dit le Seigneur.» Et dans un autre endroit, il dit ce qui suit: a J'ai abandonné ma maison; j'ai partagé ma succession et Tai mise enire les mains de mes ennemis. Mon héritage est devenu à mon égard comme un lion dans une forêt ; il a levé la voix contre moi , et pour cela je Tai en aversion.» Il entend par son héritage qu'il a en aversion, non le royaume du ciel , mais ses héritiers qui ont été ingrats et impies envers lui. «Mon héritage , dit-il , est deverui à mon é[;ard comme un lion.» C'est-àdire, je suis devenu la proie et la pâture de mes héi-itiers qui m'ont tué comme on immole une bète.o 11 a élevé sa voix contre moi. »C'est-à-dire , nus héritiers ont prononcé contre moi un arrêt de n)()rt ; ils m'ont condamné à être crucifié. Onant à ce qu'il avait dit auparavant a Qu'il ferait un nouveau testament pour la maison de Juda,» c'était à dessein de marquer que l'Ancien Testament qui avait été donné par Moïse n'était pas parfait, au lieu que celui qui devait être donné par Jésus-Christ le serait. « Par la maison d'Israël et de Juda,» il n'entend pas les Juifs qu'il avait rejetés, mais il nous entend nous autres qu'il avait assemblés d'entre les nations et adoptés en la place des Juifs, comme la sibylle le témoigne quand elle assure que la nation juive est une nation heureuse, qui descend du ciel, et qui est chère à Dieu sur toutes les autres. Isaïe nous apprend quelle est cette nation, quand il met ces paroles dans la bouche de Dieu le père: «Je suis le Seigneur qui vous ai appelé dans la justice, qui vous ai pris par la main et vous ai conservé, qui vous ai établi pour être le réconciliateur du peuple et la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveuj'Jes, pour tirer des fers ceux qui étaient cnchaiués , et pour faire sortir de prison ceux
LACTANCE
qui étaient assis dans les ténèbres. » Nous étiocs assis comme des aveugles dans les ténèbres, et enfermés dans la prison de notre propre fulie avant que nous eussions été instruits par celc: qui nous a adoptés par son testament, qui a brisé nos fers, qui nous a éclairés de la lumière d;: la sagesse, et mis en possession de son royaume.
XXI. Après que le Sauveur eut ordonné i ses disciples de publier son Évangile, il s'élevi au ciel et fut environné d'une nuée , quarante jours après qu'il eut souffert la mort , comme Daniel l'avait prédit par ces paroles : ail vient comme le Fils de l'homme sur les nuées et arrive jusqu'à l'Ancien des jours.» Ses discipieN s'étant répandus aussitôt dans les provioces, y fondèrent des églises et firent des miracles incroyables en son nom et par la puissance qu il leur en avait donnée , afin que la vérité de leur prédication fût confirmée par leurs œa\res. Avant que de monter au ciel il leur prédit tout ce qui devait arriver; et Pierre et Paul le publièrent à Rome, et ce qu'ils publièrent a été conservé par écrit. Parmi les autres merveilles qu'ils découvrirent aux Romains, ils leur déclarèrent que Dieu enverrait bientôt un de leurs empereurs qui entrerait i main armée sur les terres des Juifs , qui raserait leur ville et assiégerait la capitale ; qu'ils seraient pressés de U faim et de la soif, et réduits à se mander les uns les autres; qu'ils tCMnbenient entre le» mains de leurs ennemis ; qu'ils verraient prostituer leurs femmes , violer leurs filles , écraser leurs enfans , mettre leur pays à feu et à sauf;, et qu'enfin ils en seraient arrachés eux-mêmes en punition de l'attentat qu'ils avaient oommb contre le bien-aimé fils de Dieu. La prédictioc de Pierre et de Paul Fut accomplie après leur mort; et quelque temps après que Néron la leoi eut fait souffrir, Vespasien extermina la mtioo des Juifs, avec toutes les circonstances que ces saints apôtres avaient marquées.
XXII. J'ai établi fort solidement, si je ne me trompe , tout ce qui parait inoroyable ei éloigné de la vérité à ceux qui ne sont pas instruits de la doctrine du ciel. Il ne reste plosqs'i répondre aux argumensde ceux qui , poor vouloir avoir trop de subtilité, n*ont point de M. et de les convaincre par eux-mêmes qne to mystères ont dû être accomplis de la matàtt dont j'ai prouvé qu'ils Tout été eo efiReL Bku
que ce soit assez , devant des juges équitables , de produire des témoignages sans apporter de raisons , ou d'apporter des raisons sans produire de témoignages, nous ne séparerons point , en cette occasion , ces deux moyens de soutenir la vérité, et ainsi nous ôterons à ceux qui usent mal de leur esprit tout prétexte ou de ne la pas reconnaître ou de la combattre. Ils disent qu'une nature immortelle, telle qu'est celle de Dieu , n'a jamais pu souffrir de diminution, ni se dégrader en quelque sorte ellemême ; qu'il était indigne de la majesté d'un Dieu de se faire homme et de se charger d'un corps pour devenir sujet aux souffrances , aux douleurs et à la mort , puisqu'il lui était aisé de paraître sans prendre toutes ces faiblesses et d'enseigner la justice avec toute Taulorilé que la manifestation de sa grandeur lui aurait donnée; que personne n'aurait osé violer des commandemens qui auraient été soutenus par une puissance infinie. « Pourquoi donc, ajoutent-ils, n'est-il pas venu entouré de tout l'éclat de sa gloire? Pourquoi s'est-il rendu méprisable par la bassesse et par la faiblesse dont il s est couvert? Pourquoi a-t-il souffert tous les outrages que des hommes mortels lui ont voulu faire? Pourquoi ne les a-t-il pas ou évités par sa providence, ou repoussés par sa force? Pourquoi n'a-l-il pas découvert sa majesté, au moins au temps de sa mort? Et pourquoi a-t-il été meqé devant des juges comme un homme qui n'est pas le plus fort, condamné comme un coupable, exécuté comme un mortel?» Je répondrai si exactement à ces objections et les ruinerai de telle sorte, que personne ne pourra plus demeurer dans Terreur. Tout es ces choses ont été faites par des raisons si merveilleuses que quiconque les aura une fois comprises, non-seulement cessera de s'étonner que Dieu ait voulu subir les tourmens que les hommes lui ont fait souffrir, mais avouera qu'il n'aurait pu être reconnu pour Dieu s'il ne les eût soufferts.
XXin.Je voudrais bien que l'on me dit si ceux qui donnent des préceptes aux autres pour la conduite de leur vie et de leurs mœurs, sont obligés de les observer eux-mêmes. S'ils ne les observent pas , les voilà absolument abolis ; car si ces préceptes sont utiles et qu'ils puissent servir à régler notre conduite, celui qui les donne ne 6c doit pas distiugucrdcs autres, en tenant une
manière de vivre différente de celle qu'il enseigne; autrement il démentira sa doctrine par ses actions, et perdra toute sorte de créance. Tout le monde est jaloux de sa liberté; il n y a personne qui aime qu'on lui commande, ni qu'on lui impose la nécessité d'obéir. Il y aura donc sans doute quelqu'un qui dira au législateur : « Je ne saurais exécuter ce que vous nie commandez, parce qu'en effet cela est impossible. Vous me défendez de me mettre en colère, de souhaiter de devenir riche, d*étre touché du plaisir, de fuir l'occasion de souffrir, et d'appréhender la mort; ce que vous me défendez de faire est si conforme à la nature, que tous les animaux s'y portent par l'instinct qu'elle leur a donné. Que si vous prétendez que cette inclination puisse être surmontée , convainquezm'en par votre exemple. Tant que vous ne ferez rien de ce que vous ordonnerez, j'aurai droit de soutenir que c'est une manière d'agir trop impérieuse, que de vouloir donner à des hommes libres des lois de l'observation desquelles vous vous dispensez. Apprenez ce que vous voulez enseigner aux autres , et réformezvous avant que d'entreprendre de les réformer. » Qui peut douter que celte réponse ne soit fort juste et fort raisonnable? Ne la pourrait-on pas faire à un législateur qui n'observerait rien de ce qu'il commande , et ne pourrait-on pas se moquer de lui, comme il semble qu'il aurait voulu se moquer des autres? Enfin comment ôteraitil à des esprits désobéissant et rebelles le prétexte de mépriser ses lois, si ce n'est en faisant voir par ses propres actions qu'il n'est pas irapossible de les observer. C'est pour cela que les préceptes des philosophes sont si généralement méprisés. On aime mieux des exemples que des paroles. Aussi est il aisé de parler, au lieu qu'il est malaisé d'agir. Plût à Dieu qu'il y eut autant de personnes capables de bien agir, qu'il y en a de capables de bien parler! Quiconque ne fait rien de ce qu'il ordonne ne peut trouver aucune créance. Si c'est un homme, on le méprise comme un esprit léger ; si c'est un Dieu , on lui apportera l'excuse ordinaire tirée de la fragilité humaine. Il faut donc confirmer les paroles par des actions, ce que les philosophes ne sauraient faire. Ils succombent aux passions qu'ils disent qu'il faut surmonter; ils n'inspirent à personne la vertu qu'ils enseignent mal , et ils
faible que la mienne. « Celui qui voulait ensei- | l^ncT la justice, a dû ûter cette excuse, par la- j quelle les hommes prétendaient que, quand ils , faisaient mal , c^était plutôt par nécessité que par leur faute. Il faut que, pour être un docteur parfait, son disciple n'ait rien à lui reprocher, et que s'il lui objecte que ce qu'il commande est impossible, il lui puisse répondre :» Gela n'est pas impossible puisque je Taccomplis. a S*il lui dit : (c Je suis revêtu d'un corps auquel le péché semble propre et comme naturel ;» qu'il lui réponde : (1 Je suis aussi revêtu d'un corps semblable, et cependant le péché ne domine point en moi.» S'il lui dit : «Il ne m'est pas aisé de mépriser les richesses, parce que Ton ne saurait se nourrir à moins que d'avoir du bien ; » qu'il réponde : a J'ai un corps à nourrir, et je combats pourtant contre les désirs des biens de la terre. » S'il dit : a Je suis trop faible pour supporter la douleur et la mort pour l'intérêt de la justice;» qu'il lui réponde : a La mort et la douleur ont le même pouvoir sur moi que sur vous, et cependant je les surmonte pour vous apprendre à les surmonter. Si je me contentais de commander, vous auriez quelque prétexte de désobéir; mais puisque je marche le premier, vous ne sauriez vous dispenser de me suivre. » Ainsi l'homme n a plus d'excuse. Il est obligé d'avouer que s'il est injuste, c'est par sa faute, et qu1l n'est pas moins coupable d'avoir méprisé les exemples que d'avoir violé les lois, il parait, par tout ce que je viens de dire, combien un docteur mortel qui peut servir de modèle est meilleur qu'un immortel qui n'en peut servir, et qui, étant exempt de toute sorte (le maux, ne saurait enseigner la patience avec laquelle on les souffre. Je ne prétends pas parlà préférer Thomme à Dieu; je prétends seulement montrer deux choses: Tune, qu'un homme ne saurait être docteur parfait, s' il n'est aussi Dieu et s'il n'a une autorité divine pour se faire obéir; l'autre, que Dieu ne le saurait être non plus, s'il ne se revêt d'un corps, afin d'obliger les hommes par son exemple à l'observation de ses lois. Il est donc clair que celui qui veut enseigner la justice doit avoir un corps, et que sans cela jamais sa doctrine ne pourrait s'établir solidement parmi les hommes. Ce corps , tout faible qu'il est , le rend capable de pratiquer les vertus qu'il coaa^illc,
en Tassujetlissant à la douleur et à la mort, ou lui fournit la matière de la patience et des autres vertus, dont il ne saurait persuader la pratique autrement qu'en faisant voir par ses aetions qu'elle n'est pas impassible.
XXV. Que les hommes tâchent donc de comprendre la raison que Dieu a eue, en envoyant son ambassadeur sur la terre pour y enseigner la justice : de vouloir qu'il fdi revêtu d'un corps passible, et qu'il souffrît en effet les tourmens et la mort. Au temps où il n'y avait point de justice sur la terre , il y a envoyé un docteur, afin qu'il fût comme une loi vivante qui élevât un temple nouveau, et qui, par ses paroles et par ses actions, établit un culte véritable. Néanmoins, afin que les hommes fussent assurés qu^il avait été envoyé de Dieu , il ne fallait pas qu'il naquit comme les autres et par la voie de la génération ordinaire. Il était né sans père , afin que Ton sût que , bien qu'il eût pris une humanité, il ne laissait pas d'être Dieu; il avait Dieu pour père; et comme Dieu lui avait donné sans mère la naissance spirituelle, la Vierge lui avait donné, sans père , la naissance corporelle. Il était Dieu et homme, médiateur entre l'homme et Dieu, pour conduire l'homme à une vie immortelle. S'il n'avait été que Dieu , il n'aurait pu donner des exemples ; s'il n'avait été qu'homme , il n'aurait point eu l'autorité nécessaire pour obliger les désobéissans à l'observation de ses lois. L'homme est composé de corps et d'âme. Cette dernière ne peut mériter l'immortalité que par de bonnes actions. Cependant elle est attachée à un corps terrestre qui l'entraîne par son poids vers la mort. Un esprit dégagé du corps n'aurait pu conduire l'homme à la vie éternelle, parce que le corps retient l'esprit et l'empêche de suivre Dieu. Le corps est faible et sujet au péché , et le péché est la proie de la mort. Le médiateur est venu ; c'est-à-dire que Dieu s'est revêtu d'un corps, afin que le corps le pût sui* vre, et que ceux qui prendraient empire sur leur corps fussent délivrés de la mort. Il a pris un corps pour dompter les désirs du corps, et pour faire voir que ceux qui pèchent, pèchent par un effet de leur volonté , et sans aucune nécesssité. Nous avons un combat continuel à livrer au corps, qui presse l'ûmepar une infinité de mauvais dObirs.cl qui, romi)écliant de re^
ramcrtume durant tout le cours de cette vie à ceux qui auraient le courage de soutenir la vérité. Ses souffrances , qui d'elles-mêmes étaient fâclieuses et amères, nous représentaient les peines et les afHictiops auxquelles la vertu est exposée sur la terre. Ce mets et ce breuvage mis dans la bouche de notre mattre, nous apprennent combien ceux qui défendent la vérité doivent supporter de misères ; car la vérité est odieuse à ceux qui vivent dans les plaisirs. La couronne d'épines qui fut mise sur sa tète , signifie qu'il assemblerait autour de soi un peuple innocent qu'il avait choisi parmi des coupables. On appelle couronne une assemblée de peuple qui est disposé en rond. Avant que nous connussions Dieu, nous n'étions que des épines, c'est-à-dire des injustes et des coupables. Nous étions éloignés de toutes sortes de bonnes œuvres et capables seulement de faire le mal. Nous avons été cueillis sur les buissons et sur les ronces, et mis sur la tète de notre Dieu , c'est-à-dire que nous sommes assemblés autour de lui, que nous Técoutons comme notre mattre, que nous le respectons comme notre roi. Pour ce qui est de la croix, elle renferme une puissance admirable que je tâcherai d'expliquer. Dieu ayant résolu de délivrer les hommes de la servitude du péché sous laquelle ils gémissaient , envoya sur la terre un excellent docteur pour leur enseigner la route et pour leur montrer le chemin de la justice par où ils pourraient arriver à la vie étemelle. Il se revêtit d'un corps pour pouvoir donner à rhomme l'exemple des vertus qu'il lui voulait enseigner. Il s'acquitta, dans le cours de sa vie, de tous les devoirs de la justice ; mais pour enseigner aux hommes la patience dans la douleur et le mépris de la mort qui consomme la perfection et la vertu , il voulut bien tomber entre les mains d'une nation impie, bien qu'il lui fût aisé ou de les éviter par la connaissance qu'il avait de l'avenir, ou d'en échapper par la force qu'il avait de faire des miracles. Il souffrit les coups, les tourmens, la couronne d'épines, afin que l'homme, suivant son exemple, triomphât de la mort et des tourmens qui Fenvironnent. Dieu le père a eu d'importantes raisons pour choisir principalement ce genre do mort. Quelqu'un dira peut-être : «S'il était Dieu et s'il voulait mourir, que ne mourait-il d'un
genre de mort qui fût plus honorable? Pourquoi est-il mort d'un supplice aussi infâme qu'est celui de la croix, et si indigne d'un homme libre, quand même il serait criminel? d C'est qu'étant venu dans un état de faiblesse et de bassesse, pour secourir les hommes qui n'avaient rien que de faible et de bas , et pour leur faire voir qu'il n'y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut , il choisit le genre de mort que Ion faisait souffrir aux personnes les plus viles et les pi us méprisables. II eut encore une autre raison, qui fut : de conserver son corps entier, parce que trois jours après il Je devait tirer du tombeau. Personne ne doit ignorer qu'il avait prédit, bien avant sa passion, qu'il avait le pouvoir de rendre son esprit et de le reprendre quand il lui plairait. Quand il eut rendu l'esprit sur la croix, les bourreaux ne crurent pas qu'il fût nécessaire de lui casser les os, comme ils avaient accoutumé de les casser aux autres crucifiés , mais ils se contentèrent de lui percer le côté. Ainsi, son corps fut détaché entier de la croix, et enfermé dans le tombeau, afin qu'il fût plus disposé à ressusciter. Il y a encore une autre raison pour laquelle il a préféré la croix aux autres supplices : c'est qu'elle le devait élever, et comme l'exposer à la vue de toutes les nations. Ceux qui sont attachés à une croix sont vus de tout le monde. Le Sauveur y a été attaché pour marquer qu'il serait un jour si fort élevé et dans un état si éclatant que les peuples les plus éloignés viendraient en foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en a point aussi de si reculé ni de si barbare qu'il ne sache quelle a été sa passion, et quelle est la gloire dont il jouit. Il étendit les mains sur la croix et embrassa en quelque sorte tout le monde, pour montrer qu'une multitude prodigieuse, dans laquelle il se trouverait des peuples de toutes sortes de langues et de toutes sortes de tribus, viendrait d'Orient et d'Occident s'assembler sous ses bras et recevoir son signe au front. On a une figure de cette merveille dans une cérémonie que les Juif^ pratiquent encore aujourd'hui, quand ils marquent le seuil de leur porte avec le sang de l'agneau. Quand Dieu voulut frapper de mort les Égyptiens et préserver les Hébreux de ce fléau, il leur conunanda dimmoler un agneau sans tache et de faire une n)ar(|ne sur le seuil de leurs portos avec son sa;i|;.
LA OTAN CE.
Ainsi tous les premiers nés des Égyptiens furent lues en une nuit sans que les enfans des hébreux soui'frissent aucun mal. Ce n'est pas que le sang d'une bète eût la force de les sauver; mais c est que Fagneau que les Juifs immolèrent alors était la figure de Jésus-Christ, qui est Tagneau sans tîkhe, innocent, juste et saint, qui, ayant été immolé par les Juifs, sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang, c'est-à-dire le signe de la croix sur laquelle il Ta répandu. Le front est comme le seuil de l'homme. Le bois marqué avec du sang est une image de la croix. Le sacrifice de Tagneau est appelé pàquc, c'est-à-dire passion. Quand il a été célébré de la manière que Dieu Tavait ordonné par le ministère de Moïse , il a servi à préserver les enfans des Hébreux de la mort du corps, mais il a été une figure de la force qu'aurait le sacrifice de Jésus-Christ pour sauver tout son peuple. J'expliquerai dans le dernier livre de cet ouvrage de quelle façon seront préservés ceux qui auront sur la partie la plus haute et la plus apparente de leur corps le signe du sang d'un Dieu.
XXVll. Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient dès quon les conjure au nom de Jésus-Christ, savent quelle est la force de ce signe. Comme le Seigneur chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison et le bon sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par le nom de leur maître, et par le signe de la passion. La preuve en est fort aisée, car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur. C'est de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois , et qui , par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes , ont souvent dissipé les démons par la force du signe (fu'ils avaient sur le front, et empêché qu'ils ne fhbcul paraître dans les entrailles dch viciiiucb aucun piOùajic de l'avenir. I^cî* a«i(jnreb.
excités par les démons dont ils étaient les ministres, se plaignirent qu'il y avait des profanes qui troublaient les sacrifices, et excitèrent une si furieuse colère dans le cœur de leurs princfs, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu , et commirent des sacrilèges, qui ont depuis été suivis de rigoureux chàtimens. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion , qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur qui n'ose ni combattre ni même paraître, est fausse. Ils disent que c'est par haine et non par craiote que les dieux se retirent en notre présence. Od n'a de la haine que pour ceux qui nuisent oA qui peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaicDi de la haine pour les chrétiens, ils aunûentei une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis sorJèchamp. Ils ne pourraient s*approdier de ceux sur le front desquels ils voient le sona de Dtcu, ni leur faire de mal, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et ponroeU ils les persécutent par la main des hommes. Si ces hommes-là confessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté b victoire ; car il faut nécessairement qn*ane religion qui découvre les ruses des démons , qni repousse leur violence, qui les dompte par da armes spirituelles, soit la rdigioo véritable; s'ils le nient , il sera aisé de les eonfbiidre pir les témoignages des poètes et des philosophes. S'ils avouent qu'il y a des démons, et que ces démons sont de mécbans esprits, il ftnt qaUf mettent quelque différence entre les déanoicl leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc qadk est cette différence, afin que nous sariihms qndi sont ceux que nous devons hàir et oeox qw nov devons adorer ; s'ils ont quelque habitude ailR eux, ou s'ils n'en ont pas et qu^Os soient chmmis. S'ils ont des liaisons, comment ki disDffnerons-nous, pour éviter de rendre an on les respects que nous n^avons intentîoQ de mdre qu'aux autres ? Si au lien d'avoir qodqsc liaison entre eux, ils n*ont que de rinmiitîécl de la haine , d'où vient que les démons tfapf*hendent point les dieux , et que les dieux M mettent point les démons en fuite ? S*il se traon quelqu'un qui, étant agité par les démons, ait perdu lusage de la raison, menons-le au tciaple de Jupiter dont la grandeur est égale i la IhkA