‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 78 sur 110 · CI · texte numérisé non relu

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ou plutôt , comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'ÂpoIlon : le prêtre de ïxm ou de l'autre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux^ si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu% appréhendent Jésus-Christ et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les mêmes? Enfin, si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'aut re une prêtresse d'Apollon de Delphes, Tun et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence, et le possédé sera délivré du démon. Il est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte. Si vous ne nous en croyez pas, croyez-en Homère qui met Jupiter au rang des démons ; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent tantôt démons et tantôt dieux; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans Terreur, afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre les hommes, ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. Il n'y a rien de si aisé que de découvrir ces artifices et cette imposture. Il ny a pourcela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les ûmes des enfers ; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain , Mercure, Apollon , et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres ; ils viendront, ils répondront, ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus- Christ, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. Il n'y a point de preuve plus certaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste n'en ait eu quelque connaissance, quand il a dit de

Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire , et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformes à ce que nos mystèresnons en enseignent.

XXVOL Ces vérités étant aussi incontestables que nous Tavons fait voir, Tunique espérance de Thomme consiste à renoncer à Terreur, à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs , est de nous instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous rendrions nos hommages à Dieu qui nous y a mis; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion. U ne vient pas du verbe relegere comme Cicéron Ta prétendu dans les livres de la Nature des dieux,où il parle de cette sorte: «Ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et i offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfans leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deligere, celui d'intelligent du verbe intelligere/ïùns ces mots sont sortis du verbe légère, comme de leur racine. Ainsi Tusage a voulu que Ton ait Introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont Tun ne marque qu'un vice et Tautre exprime une vertu. »

Les choses mêmes dont Cicéron parle en cet endroit font voir clairement combien cette éty mologie et celte explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû; et ainsi il n'y a point de différence, ou il y en a peu.Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfans, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux fait de prier plusieurs fois. Si c'est bien fait de prier une heure, c'est encore mieux fait

de prier tout le jour; si une victime apaise la colère des dieux et les rend fovorables, plusieurs victimes les rendront encore plus favorables : des vœux redoubl<3s plaisent plutôt qu'ils n'offensent ; bien loin de haïr les serviteurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enfans que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquens, et de louer ceux qui tiennent une conduite différente ? On peut encore proposer le même arf]^ument de cette sorte : si c'est un crime d'employer tout le jour à faire des prières et ù offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment; si c'est une superstition de demander souvent que vos enfans vous survivent, c'en est une de le demander rarement. Mais pourquoi donnet-on le nom de religieux h ceux qui relisent et qui étudient ce qui concerne le culte des dieux? Ceux qui le relisent plusieurs foisen un seul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les autres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc la différence? La différence est: en ce que la reli{];ion a la vérité pour objet, au lieu que la superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous Tadorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion , bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la différence des choses qu'ils signifient. Le nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous tient comme liés à lui, et nous oblige h le servir comme notre maître et de lui obéir comme à notre père. Lucrèce Fa mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que leurs enfans leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu à leurs parens gardent leurs images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domestiques. Ceux qui ont inventé de nouvelles cérémonies en riionneurdes hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans le ciel et admis an rang des dieux, ont été :ippelés superstitieux, au lieu que ceux

qui conservaient le culte qui avait été introduit par rantiquité et autorisé par l*usage pubii^étaient appelés religieux ; c^est pour cela quf Virgile a dit que

La yaine superstition ne connaît point les anciens diem.

Les plus anciens d'entre les dieux n'ayant rié consacrés que depuis leur mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il n'y a que nous, qui servons Tunique et le véritable Dieu, qui nous acquittons des devoirs de la religion et de la piété.

XXIX. Quelqu'un demandera peut- être fo cet endroit, d'où vient que, n^adorant qu'un seul Dieu , nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et le fils. Cette difficnlté a extrêmement embarrassé plusieurs personnes qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompoi», en ce que nous confessons d*un côté que Dieu est éternel et de Tautre qu'il est mort. J*ai assez parlé de la mort du Sauveur; je dirai maintenant quelque chose de l'unité de Dieu. Quand nous disons que le père est Dieu et que leFîls est Dieu, nous ne les séparons point, et nous n*admettoas point deux dieux. Le père ne saurait être sans le fils, ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils , et le fils est le terme du père. Ils n'ont tous deux qu'une âme, qu'on esprit et qu'une substance. Le père est comme une fontaine qui répand ses eaux avec abondance, le fils est comme un ruisseau qui en ooule. Le père est comme le soleil, et le fils comme le rayon. Le fils est fidèle h son père et est chéri de lui , et n'en peut non plus être séparé que le ruisseau de la source, que le rayon du soleil, que la voix de la bouche, que la main du corps. Le fils est appelé par les prophètes la main du père, sa forme, sa parole. U ne peut donc être sé[)aré de lui , parce que c'est de la bouche que sort la parole, et que c'est de la main que vient la force. On peut se servir encore d^un autre exemple, qui est plus Familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père a dans sa maison et sous sa puissance un fils qull chérit uniquement, on ne reconnaît, selon la disposition du droit civil, qu'une maison et qu*un maître. Le monde est la maison de Dieu. Le père et le fils qui y habitent ne sont qu'un. Ik sont Fim

dans Tautrc. Le p(rc esc dans le fils, parce que le fils obéit si fidèlement à la volonté du père, qu'il n'a jamais rien fait que ce qu'il lui a commandé. Le fils est dans le père, parce qu'il est aimé de lui. Je vous prouve, par l'exemple que j'iii rappelé ci-dessus, que le père et le fils ne sont qu'un Dieu , quand il dit: « Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous prièrent avec soumission ; et ils dirent : il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit encore en un autre endroit «Voici ce que dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son rédempteur le sei{;neur des années : Je suis le premier et le dernier , et il n'y a de Dieu que moi seul. » Après que ce prophète a proposé deux personnes, savoir : Dieu qu'il appelle roi, c'est-à-dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: «Je l'arracherai d'entre les mains de l'enfer;» il conclut au singulier. «Il n'y a point d'autre Dieu que moi, » et ne conclut pas au pluriel en disant : ail n'y a pomt d'autres dieux que nous,» parce qu'il n'est pas permis de faire cette différence ni cette réparation. Il n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui na point d'origine, qui est l'origine de toutes choses, et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de l'un, sont l'esprit et la volonté de l'autre ; ou plutôt le même esprit et la même volonté sont dans l'un et dans l'autre, et tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu , parce que le père n'a rien qu'il ne communique à son fils , et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. Le père ne peut être adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni l'autre. Mais quiconque adore le fils, adure aussi le père, parce que le fils est l'ambassadeur du père, la porte du temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, l'entrée de la vie.

XXX. Comme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi le peuple de Dieu , il est à propos de décrire en peu de paroles le lieu où se trouve la vérité, afin que ceux qui désirent boire de Teau qui donne la vie éternelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lieu de la puiser dans des lacs où elle ne conserve point

sa pureté. Il faut savoir, avant toutes chcftes, que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rompraient l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse fennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des chemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort éternelle. Les auteurs d'une si funeste division ont été des hommes qui , n'é* tant pas assez fermes dans leur foi , assez solides dans leur doctrine, assez prudents dans leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce ; en ayant été exclus par d'autres qui en étaient plus dignes qu'eux , ils ont mieux aimé se retirer avec ceux de leur parti que de se soumettre à ceux qui leur avaient été préférés. D'autres n'étant pas assez instruits de la science de TËglise, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mépris, aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourmens les plus cruels et la mort la plus infâme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à Texcellence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu rÉcrilure, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelquesuns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes l'avaient prédit , ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Église. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En effet , quand on les appelle phrygiens, novatiens, valentiniens, marcionites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier aulrequecelui de chrétiens, on marque très-clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. 11 n'y a qu'une Église catholique qui conserve le vrai culte: c'est la

LxVCTANCE.

source de la Vérité, le domicile de la foi, le temple de Dieu, où quiconque n'entrera pas, et d'où quiconque sortira sera privé de Tespérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans 1 opiniâtreté avec laquelle il soutient ses sentimens. Il s'agit de la vie éternelle et du salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. Il n'y a point cependant d'assemblée héi^tique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être l'Église catholique. La véritable est c(*lle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de Pâme, sont fj^éris. Jai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter Terreur n'y tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant , après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.

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