‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 79 sur 110 · DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

DE LA JUSTICE

I. Je ne doute point , Constantin , trfes-grand empereur , que si cet ouvrage que j'ai entrepris pour prouver Tunité de ce Dieu , qui a créé le monde et qui le gouverne, tombe entre les mains de certaines gens, qui n'ont que de fausses et absurdes idées de la religion, ils ne le prennent en aversion dès qu'ils en auront vu le titre et le commencement , qu'ils ne lejettent avec horreur, et qu'ils ne croient qu'en le touchant seulement, ils ont commis un crime des plus énormes. Je voudrais pourtant qu ils me fissent la grâce de ne le point condamner avant de l'avoir lu. Car, puis(|u'il n'est permis de condamner personne sans l'avoir entendu, et que Ion n'ôte pas même aux traîtres, aux empoisonneurs et aux sacrilèges la liberté de se défendre, il me semble que la demande que je fais : que ceux qui voudront juger de mon livre suspendent leur jugement jusqu'à ce qu'ils l'aient lu tout entier, n*a rien que d'honnéle et de juste. Mais je connais trop bien leur animosilé pour atlen-

dre d'eux qu'ils me rendent cette justice h ont peur d'être convaincus et dVtrc obliRé< li se rendre à la vérité; ils font du bruit |)ourr> point entendre nos raisons; ils ferment le> vr::: pour ne point voir la lumière. L'éloigon^r' qu'ils ont pour entrer en conférence esi u: aveu de leur faiblesse. Sachant bien qu'ils:pourraient remporter d'avantage par la t son, ils ont recours à la force. Us n*aj;isHr' point, comme a dit Ennius, avec la modé:tion de la sagesse; ils ne se conduisent q:' par violence. Ils ne veulent pas que notrr IInocence soit publiquement justifiée, \ar^ que, encore qu'ils en soient fort persuadés. i.< ont résolu de nous condamner comme si nous étions coupables. N'est-ce pas une injustice aussi visible, de condamner l'innocence sans l'entendre, que de la condamner après qatlie a été entendue et justifiée? Ils ne refiisent de nous entendre que parce que, s'ils nous avaient entendus, ils ne pourraieoC plus nous condamner. Us tourmentent les personnes consacrées au culte du vrai Dieu ; ils les chasseni de leur pays; ils les exécutent à mort. Quelquf envenimée que soit la haine dont ils sont animés contre eux, ils ne sauraient en donnrr aucune raison, parce qu'elle ne procède quf du renversement de leur esprit, de l'errecr qui les aveugle, de la fureur qui les transporte. Au lieu de revenir de leur égarement. ils ajoutent la cruauté à rignoraooe; ils persrcutent inhumainement des personnes dont I'bnique occupation est de servir IMeu; ils affligent les Ames innocentes, et ils tortornt leurs corps. J'entreprends maintenant de conférer avec ces gens-là , et de les convaincrf it la vérité, bien que je sache qu^ils sont pin disposés à répandre le sang des justes qo'i écouter leurs paroles. L'entreprise cst-rii« téméraire et la peine sera-t-elle inutile? m!' lement. Si je ne suis pas assez henrcui pou: les mettre dans le bon chemin, et pour h garantir de la mort vers laquelle ib se prr- 1 cipitent avec une impétuosité liicropble,j'af- ' fermirai au moins la foi chancelante de qoriques-uns d'entre nous, et principalcmenK de ceux qui ont une lég&re teinture des letbti Les orateurs et les pointes sont daDgcreai,a ce qu ils peuvent aisément surprendre les ^ddrans par la beauté de leurs discours et pv li

douceur de leurs vers. Ces discours et ces vers sont comme du miel qui couvrirait du poison. J'ai tâché de joindre la sagesse à la religicm, afin que ces arts-là ne nuisent point à ceux qui s adonnent à Tétude, et que les belles-lettres servent plutôt à la religion qu'elles ne lui nuisent, quand elles se trouvent en des personnes qui ont de la vertu et qui aiment la vérité. Quand mon travail serait inutile pour les autres, il ne le serait pas pour moi , parce qu'il me remplira du plaisir que donne la jouissance de la vérité, r{ui est la véritable nourriture de l'esprit. 11 ne faut pourtant désespérer de personne. Peut-être que tous ceux à qui nous parlerons ne seront pas sourds. Les esprits impurs n'auront pas plus de pouvoir que l'esprit saint. Létat. des affaires n'est pas si désespéré, qu'il ne se trouve encore des personnes d'assez bon goût pour embrasser la vérité et pour suivre le bon chemin quand on le leur aura montré. Il n'y a qu'à mettre sur les bords de la coupe un peu de miel de la sagesse céleste, de peur que les âmes délicates ne soient rebutt^es de l'amertume des remèdes. En effet, la principale raison pour laquelle les savans et les grands du monde n'ajoutent point de foi à l'Écriture, est que le style en est bas, et que les prophètes n'ont parlé que le langage du peuple. Leur simplicité est méprisée par ceux qui ne veulent rien voir ni rien entendre que d'élégant , et qui ne conservent dans leur cœur que ce qui y est entré avec plaisir par les oreilles, et que ce qui les a charmées par la douceur de son harmonie. Tout ce qui n'est pas enrichi des ornemens et des figures du discours leur paraît simple et méprisable. Ils s'imaginent qu'il n'y a que ce qui est agréable qui soit vrai, que ce qui peut donner du plaisir qui soit probable. Enfin , ils ne considèrent les choses que par la beauté , sans examiner si elles ont de la vérité. Ils n'ajoutent point de foi à nos mystères, parce qu'ils paraissent avec une simplicité éloignée de toute sorte de déguisement, et ils n'ont point d'estime pour ceux qui les leur expliquent, parce que ce sont des hommes qui n'ont aucune teinture des sciences profondes, ou qui n'en ont au plus qu'une fort légère. Il est vrai qu'il est fort rare d'en trouver qui soient éloquens, et la raison en est évidente. Léloquence est dévouée à la vanité et à la pompe du siècle. Elle affecte de plaire au peuple et de flatter ses plus mauvaises

inclinations. Elle entreprend quelque Fois de combattre la vérité, et de foire admirer dans ce combat le pouvoir qu'elle exerce sur les esprits. Elle recherche les richesses, les honneurs et les dignités; elle méprise notre religion, parce qu'elle n'y voit rien que de simple, et qu'elle n'y découvre rien qui approche du vain éclat au milieu duquel elle est bien aise de paraître. Voilà pourquoi la sagesse et la vérité manquent souvent de personnes capables de se charger de leur défense, et pourquoi ceux qui s'en chargent ne s'en acquittent qu'imparfaitement. Ceux dont j'ai quelque connaissance sont Minucius Félix , célèbre avocat, dont le livre, qui a pour titre Octavius, fait voir avec combien d'avantage il aurait pu soutenir la cause de la vérité, s'il y eût employé tout son temps et tout son esprit. Tertullien était fort habile en toutes sortes de sciences, mais son style avait peu d'élégance et beaucoup d'obscurité, ce qui a été cause qu'il n'a acquis qu'une médiocre réputation. Gyprien a été le plus illustre défenseur de la vérité : il s'était rendu fort célèbre dans la profession de l'éloquence, et avait fait une grande quantité d'ouvrages fort excellens en ce genre-là; il avait l'esprit abondant, agréable, et, ce qui est le plus à estimer, il lavait fort clair. Il est difficile de dire s'il avait ou une plus grande clarté dans les pensées ou une plus grande force dans les raisonnemens. 11 faut pourtant avouer que ses ouvrages n'ont plu que par la beauté de l'expression h ceux qui ne sont pas instruits de nos mystères, parce qu'il les a écrits d'une manière qui ne peut être entendue que des fidèles. Voilà pourquoi il a été méprisé et raillé par les savans d'entre les païens. J'en ai vu un qui avait quelque élégance , qui , changeant une lettre de son nom, l'appelait Goprien% comme s'il eût voulu lui reprocher d'avoir gâté la beauté de son esprit en s'appliquant à des siyets bas et méprisables. Que si avec toute son éloquence il a eu ce malheur, que peut-on attendre de ceux qui n'ont ni l'élégance du langage, ni la subtilité ou la force du raisonnement?

II. Le peu que l'on a trouvé d'hommes capables de réfuter fortement les erreurs dont les peuples étaient prévenus et de défendre solidement notre religion, a donné la hardiesse à

■ Qui slQfnifie bouffon. ,

quelques-uns d'écrire contre elle. Je ne parlerai point ici de ceux qui l'ont attaquée sans aucun succès dans les premiers temps. Lorsque j'enseif^nais la réihorique en Bilhynie, et que le temple de Dieu y fut aballu, il se trouva deux hommes qui insultèrent ù la vérité persécutée et (|ui le firent d'une manière où je ne sais s'il y avait plus de cruauté ou plus d'arrop;ancc. L'un d(\s deux* faisait profession d'enseigner la philosophie; mais sa vie n'avait rien de conforme à sa doctrine. Il louait la pauvreté et brûlait d'un désir insatiable des richesses. Il faisait des leçons de continence et de tempérance dans son école, et était si fort adonné au luxe qu'il y avait dans ses repas ordinaires une plus grande abondance de mets et une plus grande poHtesse qu'il n'y en a dans les festins des princes. Sa barbe et son manteau , c'est-;Vdire la qualité de philosophe, et ses grands biens, lui servaient comme d'un voile pour couvrir le déréglenjent de ses mœurs. La passion qu'il avait de s'enrichir lui faisait rechercher par de merveilleux artifices l'amitié des juges. Quand il avait acquis dans leur es[)rit le crédit que mérite la profession dont il était irès-indigne , il en abusait et pour vendre leurs suffrages à d'autres et pour usurper les terres de ses voisins, sans qu'ils pussent trouver aucun moyen de se garantir de ses violences. Cet homme, dont les mœurs démentaient les sentiinens , et dont les sentimens condamnaient les mœurs; cet homme qui s'accusait plus hautement et qui se condamnait plus rigoureusement que nul autre n'aurait pu le faire, publia trois livres contre la religion chrétienne dans le temps que le peuple fidèle était déchiré par tous les instrumens que la fureur des païens avait pu inventer. Il déclare dès le commencement qu'il désire s'acquitter du devoir de sa profession, qui est de retirer les hommes de leur égarement et de les rappeler au bon chemin, c'est-à-dire au culte des dieux qui gouvernent le monde par leur puissance, de peur que ces hommes ne servent de proie A Parti tice et à Tavarice de ceux qui les trompent; qu'il ne pouvait rien entreprendre de si digne d'un philosophe que de présenter la lumière de la sagesse A ceux qui sont dans les ténèbres de l'ignorance, afin non-

* Quelques sayaiift croient qu'il s'agit ici de Maximus et d'autres de Porphyre.

seulement qu'ils obéissent aux édits des princes, mais qu'ils évitent la rigueur des chrétiens. U découvre véritablement le motif qui Ta engagé à ce travail par les éloges extraordinaires par lesquels il relève le mérite des empereurs, et par les louanges qu'il leur donne d'avoir rétabli la religion parleurs soins et par leur piété et d'avoir aboli la superstition. Au reste, il a paru tout à fait inepte et ridicule, quand il a voulu combattre notre religion. Ceux d^cntre nous à qui la malheureuse condition de ce temps-lA ne permettait pas de déclarer le jugement qu'ils portaient de son ouvrage, s'en moquaient au fond de leur cœur, quand ils voyaient la profonde ignorance où il était, et la vanité qu*i! avait de promettre d'éclairer les autres, lui qui était dans un déplorable aveuglement; de les conduire, lui qui ne pouvait Paire un pas sans tomber; de les instruire, lui qui n'avait jamais rien appris de solide. Il n'y avait personne qui ne le blàiDàt d'avoir entrepris cet ouvra{]^ au temps auquel le feu de la persécution était allumé contre nous, et qui ne dit que c'était un philosophe qui s'accordait au temps et qui flattait les passions injustes des princes. U fut méprisé comme sa vanité le méritait , et bien loin de se faire aucun mérite de son travail, il n'en rapporta que du blâme.

L'autre^ traite le même sujet avec beaucoup plus d'aigreur. H était élevé à la dignité déjuge, avait fort contribué à exciter la persécution, et non content d'avoir armé les autres contre nous, il nous combattit par ses écrits. II composa deux livres, non contre les chrétiens, de peur que l'on ne crût qu'il les déchirait comme des ennemis; mais aux chrétiens, afin que Ton crût qall leur donnait de bons avis comme à des amis. Il tâcha de faire voir dans ces deux livres que TËcriture était toute remplie de faussetés, ce qui fait juger qu'il reconnaissait qu^elle lui était tout à fait contraire. Il en rapporte un si grand nombre de passages et des moins oonununs, et les examine de telle sorte , que ceux qui ne le connaissent pas, peuvent douter s'il n'avait point fait autrefois profession de notre rdigioo. Que s'il l'avait fait , l'éloquence de Démosthtae ne serait pas capable de l'excuser de l'impiélé

' Uiéroclës qui occupait alors la préCNtm d'Alexandrie.

avec laquelle il avait trahi la foi qa'il avait embrassée et les mystères à la participation desquels il avait été admis. Ce n'est peut-être que par hasard que les livres sacrés de TËcriture sont tonil)és entre ses mains; car de quelle étrange témérité serait-il coupable s'il eût osé pénétrer Ja profondeur de cette doctrine que personne ne lui avait expliquée? Kous devons louer Dieu de ce qu'il n'a rien appris par la lecture de ces divins ouvrafïes , et de ce qu'il n'a rien compris des maximes qu'ils contiennent. Ils sont aussi éloignés de renfermer la moindre contradiction, que cet auteur a été éloigné de suivre la vérité de notre foi. 11 a fait de violentes invectives contre Paul , contre Pierre et contre les autres disciples, et les a accusés d'avoir jeté les premiers la semence d'une doctrine remplie de faussetés et de mensonges. Il leur reproche pourtant qu'ils étaient grossiers et ignorans, et que quelques-uns d'entre eux ont vécu de la pèche, comme s'il eût été fâché qu'Aristophane ou Aristarque n'eussent pas été chargés du ministère de la parole divine.

III. Le reproche que l'on fait aux apôtres d'avoir été grossiers ou ignorans ne s'accorde pas avec le soupçon que Ton pourrait concevoir qu'ils eussent eu la volonté ou l'adresse de tromper. Pour imposer au peuple, il faut inventer une doctrine dont les conclusions aient quelque liaison avec les principes. Or c'est ce que des hommes grossiers et ignorans ne sauraient faire, puisque les plus subtils et les plus $avans des philosophes, comme Platon, Aristote, £picure, Zenon, ont avancé des contradictions, et n ont pas toujours été d'accord avec euxinêmes; c'est la nature de la fausseté de se démentir soi-même. La doctrine des apôtres se «soutient au contraire, parce quelle est établie 6ur des fondemens inébranlables et que les points qui la composent sont étroitement unis ensemble. Elle persuade , parce qu elle est appuyée sur des principes à Tévidence desquels nul esprit ne peut résister. Les apôtres n'ont eu |rarde d'inventer cette religion par intérêt, et il dessein de s'en servir comme d'un moyen de se procurer les commodités temporelles. Ils enseignaient et gardaient une manière de vie éloignée de toutes sortes de voluptés. Ils faisaient profession de mépriser tout ce que le monde estime et admire comme des biens. Non-

seulement ils ont souffert la mort pour la défense de la foi , mais ils ont prédit qu'ils la souffriraient, et que ceux qui survivraient à leur prédication seraient tourmentés avec toute sorte de cruauté.

L'auteur dont je viens de parler assure que le Sauveur ayant été chassé par les Juifs, assembla neuf cents hommes et se mit à leur tête pour commettre desbrigandages.Qui pourrait douter de la véri té d'une parole appuyée sur un si important témoignage? Il faut sans doute le croire, et Apollon lui a révélé cela durant son sommeil. On exéaUe souvent des voleurs à mort. Vous en avez vous-même condamné plusieurs. Y en a-t-il jamais eu quelqu'un qui, après sa mort, ait été mis au nombre , je ne dirai pas des dieux, mais des hommes ? Peut-être que vous avez cru que Jésus-Christ a été un voleur, parce que les païens ont mis Mars au nombre des dieux, bien qu'il ait été homicide? Ce qu'lis n'auraient pourtant jamais fait s'il avait été condamné à être crucifié par ordre de l'aréopage.

Quand dans la suite de son ouvrage il parle des miracles opérés par le Sauveur, il n'oserait nier que ce ne soient de vrais miracles ; mais il tâche d'en obscurcir l'éclat en les comparant h d'autres qu'il attribue à Apollonius, et qu'il prétend avoir été ou aussi grands que ceux du Sauveur, ou même plus grands. Je m'étonne qu'il n'ait rien dit d'Apulée, de qui l'on raconte des choses fort merveilleuses et fort surprenantes. Pourquoi , ô insensé que vous êtes , personne n'adore-t-il Apollonius comme un dieu , si ce n'est peut-être vous qui serez éternellement puni avec eux par la justice du Dieu véritable ! Si Jésus-Christ a fait ses miracles par le secours de lart magique, il y était sans doute moins habile qu'Apollonius , puisqu'il se laissa prendre et attacher à la croix; au lieu que l'autre ayant été arrêté et mené devant les juges sous le i*ê|;nc de Domitien qui avait dessein de châtier ses impostures, s'^happa d'entre les mains de ceux qui le gardaient, et disparut en un instant. 11 a peut-être voulu accuser Jésus-Christ d'orgueil pour s'être fait adorer comme un dieu, au lieu qu'Apollonius a été plus retenu, bien que, selon le sentiment de cet auteur, il ait fait de plus grands miracles que notre Sauveur. Je ne ferai point ici le parallèle des actions extraordinaires de l'un et de l'autre , parce que j'ai dit assez

Tamertume durant tout le cours de cette vie à ceux qui auraient le courage de soutenir la vérité. Ses souffrances , qui d'elles-mêmes étaient fâcheuses et amëres, nous représentaient les peines et les afflictions auxquelles la vertu est exposée sur la terre. Ce mets et ce breuvage mis dans la bouche de notre maîlre, nous apprennent combien ceux qui défendent la vérité doivent supporter de misères ; car la vérité est odieuse à ceux qui vivent dans les plaisirs. La couronne d'épines qui fut mise sur sa tète, signifie qu'il assemblerait autour de soi un peuple innocent qu'il avait choisi parmi des coupables. On appelle couronne une assemblée de peuple qui est disposé en rond. Avant que nous connussions Dieu, nous n'étions que des épines, c'est-à-dire des injustes et des coupables. Nous étions éloignés de toutes sortes de bonnes œuvres et capables seulement de faire le mal. Nous avons été cueillis sur les buissons et sur les ronces, et mis sur la tète de notre Dieu , c'est-à-dire que nous sommes assemblés autour de lui, que nous Fécoutons comme notre mattre, que nous le respectons comme notre roi. Pour ce qui est de la croix, elle renferme une puissance admirable que je tâcherai d'expliquer. Dieu ayant résolu de délivrer les hommes de la servitude du péché sous laquelle ils gémissaient , envoya sur la terre un excellent docteur pour leur enseigner la route et pour leur montrer le chemin de la justice par où ils pourraient arriver à la vie éternelle. Il se revêtit d'un corps pour pouvoir donner à l'homme l'exemple des vertus qu'il lui voulait enseigner. 11 s'acquitta, dans le cours de sa vie, de tous les devoirs de la justice ; mais pour enseigner aux hommes la patience dans la douleur et le mépris de la mort qui consomme la perfection et la vertu , il voulut bien tomber entre les mains d'une nation impie, bien qu'il lui fût aisé ou de les éviter par la connaissance qu'il avait de l'avenir, ou d'en échapper par la force qu'il avait de faire des miracles. Il souffrit les coups, les tourmcns, la couronne d'épines, afin que l'homme , suivant son exemple, triomphât de la mort et des tourmcns qui Tcnvironnent. Dieu le père a eu dimportanles raisons pour choisir principalement ce genre âc. mon . Quelqu'un dira peut-être : «S'il était Dieu et s'il voulait mourir , que ne mourait-il d'un

genre de mort qui fût plus honorable ? Pourquoi est-il mort d'un supplice aussi infâme qu'est celui de la croix, et si indigne d'un homme libre, quand même il serait criminel? » C'est qu'étant venu dans un état de faiblesse et de bassesse, pour secourir les hommes qui n'avaient rien que de faible et de bas , et pour leur fiiire voir qu'il n'y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut, il choisit le genre de mort que l'on faisait souffrir aux personnes les plus viles et les plusmeprisables.il eut encore une autre raison, qui fut: deconserver son corps entier, parce que trois jours après il Je devait tirer du tombeau. Personne ne doit ignorer qu'il avait prédit, bien avant sa passion, qu'il avait le pouvoir de rendre son esprit et de le reprendre quand il lui plairait. Quand il eut rendu l'esprit sur la croix, les bourreaux ne crurent pas qu'il fût nécessaire de lui casser les os, comme ils avaient accoutumé de les casser aux autres crucifiés , mais ils se contentèrent de lui percer le côté. Ainsi, son corps fut détaché entier de la croix, et enfermé dans le tombeau, afin qu'il fût plus disposé à ressusciter. Il y a encore une autre raison pour laquelle il a préfêré la croix aux autres supplices : c'est qu'elle le devait élever, et œmme l'exposer à la vue de toutes les nations. Ceux qui sont attachés â une croix sont vus de tout le monde. Le Sauveur y a été attaché pour marquer qu'il serait un jour si fort élevé et dans un état si éclatant que les peuples les plus éloignés viendraient en foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en a point aussi de si reculé ni de si barbare qu'il ne sache quelle a été sa passion, et quelle est la gloire dont il jouit. 11 étendit les mains sur la croix et embrassa en quelque sorte tout le monde, pour montrer qu'une multitude prodigieuse, dans laquelle il se trouverait des peuples de toutes sortes de langues et de toutes sortes de tribus, viendrait d'Orient et d'Occident s'assembler sous ses bras et recevoir son signe au front. On a une figure de cette merveille dans une cérémonie que les Juifs pratiquent encore aujourd'hui, quand ils marquent le seuil de leur porte avec le sang de l'agneau. Quand Dieu voulut frapper de mort les Égyptiens et préserver les Hébreux de ce fléau, il leur commanda dimnioier nii agneau sans tache et de faire une marque sur le seuil de leurs portos avec son <x\r;.

LACTAiNCE.

Ainsi tous les premiers nés des Égyptiens furent lues en une nuit sans que les enfans des hébreux souffrissent aucun mal. Ce n'est pas que le sang d'une bète eût la force de les sauver; mais c'est que Tagneau que les Juifs immolèrent alors était la figure de Jésus-Christ, qui est Fagneau sans lâche, innocent, juste et saint, qui, ayant été immolé par les Juifs, sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang, c'est-à-dire le signe de la croix sur laquelle il Ta répandu. Le front est comme le seuil de rhomme. Le bois marqué avec du sang est une image de la croix. Le sacrifice de Tagneau est appelé pàque, c est-à-dire passion. Quand il a été célébré de la manière que Dieu l'avait ordonné par le ministère de Moïse , il a servi à préserver les enfans des Hébreux de la mort du corps, mais il a été une figure de la force qu aurait le sacrifice de Jésus-Christ pour sauver tout son peuple. J'expliquerai dans le dernier livre de cet ouvrage de quelle façon seront préservés ceux qui auront sur la partie la plus haute et la plus apparente de leur corps le signe du sang d'un Dieu.

XXVU. Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient dès qu'on les conjure au nom de Jésus-Christ, savent quelle est la force de ce signe. Comme le Seigneur chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison et le bon sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par le nom de leur maître, et par le signe de la passion. La preuve en est fort aisée , car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur. C'est de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois , et qui , par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes , ont souvent dissipé les démons par la force du signe c|u'ils avaient sur le front , et empêché qu'ils iir fi^bcut paraître dans les entrailles des viciiuitb aucun prc&afîc de l'aveuir. liCî? angnrcb.

excités par les démons dont ils étaient les ministres, se plaignirent qu'il y avait des profanes qui troublaient les sacrifices, et excitèrent une si furieuse colère dans le cœur de leurs princes, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu , et commirent des sacrilèges, qui ont depuis été suivis de rigoureux chàtimens. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion , qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur quin'ose ni combattre ni même paraître, est fausse. Ils disent que c'est par haine et non par crainte que les dieux se retirent en notre présence. On n'a de la haine que pour ceux qui nuisent où qui peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaient de la haine pour les chrétiens , ib auraient eu une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis surJechamp. Us ne pourraient s'approdier dé ceux sur le front desquels ils voient le sceau de Dieu, ni leur faire de mal, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et pour cela ils les persécutent par la main des boômcs. Si ces hommes-là confiessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté la victoire; car il faut nécessairement qu^nne religion qui découvre les ruses des déin«His , qui repousse leur violence, qui les dompte par da armes spirituelles, soit la religion véritable; s'ils le nient , il sera aisé de les confondre p« les témoignages des po^&tes et des phflosophei. S'ils avouent qu'il y a des démons, et que ces démons sont de méchans esprits, il fiuit qa*ilf mettent quelque différence entre les démoostf leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc qoeOc est cette différence, afin que nous sachions qiieb sont ceux que nous devons haJr et ceux qœ mot devons adorer; s'ils ont quelque habitude entre eux, ou s'ils n'en ont pas et qu*ib soient commis. S'ils ont des liaisons, comment les diver nerons-nous, pour éviter de rendre anx ov les respects que nous n'avons intentioii de wt dre qu'aux autres ? Si au lieu d'avoir qoelqix liaison entre eux, ils n'ont que de rinimilié d de la haine, d'où vient que les démons n'appithendent point les dieux, et que les dieux ne mettent point les démons en fuite ? S'il se txaan quelqu'un qui , éUnt agité par les démons, ait perdu Tusage de la raison, menons-le au temple de Jupiter dout la grandeur est égale i la ixnCé,

ou plutôt , comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de Tnn on de l'autre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux, si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu'ils appréhendent Jésus-Christ et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les mêmes? Enfin, si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'aut re une prêtresse d'Apollon de Delphes, l'un et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence, et le possédé sera délivré du démon. Il est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte. Si vous ne nous en croyez pas, croyej^n Homère qui met Jupiter au rang des démons; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent tantôt démons et tantôt dieux; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans l'erreur, afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre les hommes, ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. Il n'y a rien de si aisé que de décou\Tir ces artifices et cette imposture. Il ny a pourcela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les âmes des enfers ; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain, Mercure, Apollon, et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres ; ils viendront, ils répondront , ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus- Christ, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. Il n'y a point de preuve plus certaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste n'en ait eu quelque connaissance, quand il a dit de

Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire , et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformes à ce que nos mystèresnoos en enseignent.

XXVIU. Ces vérités étant aussi incontestables que nous Tavons fait voir, l'unique espérance de l'homme consiste à renoncer à l'erreur , à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs , est de noas instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous rendrions nos hommages à Dieu qui nous y a mis; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion, il ne vient pas du verbe relegere comme Cicéron l'a prétendu dans les livres de la Pfature des dieux, oii il parle de cette sorte: «Ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et à offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfens leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deligere, celui d'intelligent du verbe intelligere.Tous ces mots sont sortis du verbe légère, comme de leur racine. Ainsi l'usage a voulu que l'on ait introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont l'un ne marque qu'un vice et l'autre exprime une vertu. »

Les choses mêmes dont Cicéron parle en cet endroitfontvoirclairementcombien cette étymologie et cette explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû; et ainsi il n'y a point de différence, ou il y en a peu.Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfans, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux fait de prier plusieurs fois. Si c'est bien fait de prier une heure, c'est encore mieux fait

LACTANCE

de prier tout le jour; si une victime apaise la colère des dieux et les rend favorables, plusieurs victimes les rendront encore plus favorables : des vœux redoublés plaisent plutôt qu'ils n'offensent ; bien loin de haïr les serviteurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enfans que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquens, et de louer ceux qui tiennent une conduite différente ? On peut encore proposer le même ar|]^ument de cette sorte : si c'est un crime d'employer tout le jour à faire des prières et à offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment; si c'est une superstition de demander souvent que vos enfans vous survivent, c'en est une de le demander rarement. I\lais pourquoi donnet-on le nom de relig^ieux à ceux (pii relisent et qui étudient ce qui concerne le culte des dieux? Ceux qui le relisent plusieurs fois en un seul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les autres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc la différence? La différence est: en ce que la re- Ii|]^ion a la vérité pour objet, au lieu que la superstition n a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion , bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la difPérence des choses qu'ils signifient. Le nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous tient comme liés à lui, et nous oblige à le servir comme notre maître et de lui obéir comme à notre père. Lucrèce l'a mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que leurs enfans leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu A leurs parens gardent leurs images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domesti(|ues. Ceux qui ont inventé de nouvelles cérémonies en riionneur des hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçusdans le ciel et admis an rang desdieux, ont été appelés superstitieux, au lieu que ceux

qui conservaient le culte qui avait été introduit par l'antiquité et autorisé par Tusafje public étaient appelés religieux ; c'est pour cela que Virgile a dit que

La Yainc superstition ne connaît point les anciens dieux.

Les plus anciens d'entre les dieux n*ayant éié consacrés que depuis leur mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il n^ a que nous, qui servons Tunique et le véritable Dieu, qui nous acquittons des devoirs de la religion et de la piété.

XXIX. Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit, d'oi]i vient que, n'adorant qu'un seul Dieu , nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et le fils. Cette difficalté a extrêmement embarrassé plusieurs personnes qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompoRS, en ce que nous confessons d'un côté que Dieu est éternel et de l'autre qu'il est mort. J'ai assez parlé de la mort du Sauveur; je dirai maintenant quelque chose de l'unité de Dieu. Quand nous disons que le père est Dieu et que leFils cslDieu, nous ne les séparons point, et nous n'admettons point deux dieux. Le père ne saurait être sans le fils, ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils , et le fils est le terme du père. Ils n'ont tous deux qu'une âme, qu*nn esprit et qu'une substance. Le père est comme une fontaine qui répand ses eaux avec abondance, le fils est comme un ruisseau qui en coule. Le père est comme le soleil, et le fils comme le rayon. Le fils est fidèle ù son père et est chéri de lui , et n'en peut non plus être séparé que k ruisseau de la source, que le rayon du soleil, que la voix de la bouche, que la main du corps. Le fils est appelé par les prophètes la main du père, sa forme, sa parole. Il ne peut donc éire séparé de lui, parce que c'est de la boucbe que sort la parole, et que c'est de la main que vient la force. On peut se servir encore d'un autre exemple, qui est plus familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père a dans sa maison et sous sa puissance un fils qu'il chérit uniquement, on ne reconnaît, selon la disposition du droit civil , qu'une maison et qu'un maître. Le monde est la maison de Dieu. Le père et le fils qui y habitent ne sont qu'un. Us sont Tua

dans Tautrc. Le p(rc esc dans le fils, parce que le fils obéit si fidèlement à la volonté du père, quil n'a jamais rien fait que ce qu1l lui a commandé. I^ fils est dans le père, parce qu*il est aimé de lui. Je vous prouve, par Pexempleque j'ai rappelé ci-dessus, que le père et le fils ne sont qu*un Dieu, quand il dit: « Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous prièrent avec soumission; et ils dirent : il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit encore en un autre endroit «Voici ce que dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son rédempteur le sei{;neur des années : Je suis le premier et le dernier, et il n'y a de Dieu que moi seul, d Après que ce prophète a proposé deux personnes, savoir: Dieu qu'il appelle roi, c'est-à-dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: «Je l'arracherai d'entre les mains de Fenfer;» il conclut au singulier, ail n'y a point d'autre Dieu que moi, » et ne conclut pas au pluriel en disant : «11 n'y a pomt d'autres dieux que nous,» parce qu'il n'est pas permis de faire cette différence ni cette réparation. Il n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui n'a point d'origine, qui est Torigine de toutes choses, et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de l'un, sont l'esprit et la volonté de l'autre ; ou plutôt le même esprit et la même volonté sont dans Tun et dans l'autre, et tous deux ensemble ' ne sont qu'un Dieu , parce que le père n'a rien qu'il ne communique à son fils , et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. Le père ne peut èlre adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, . n'adore ni l'un ni l'autre. Mais quiconque adore ■ le fils, adore aussi le père, parce que le fils est i l'ambassadeur du père, la porte du temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, l'en- - trce de la vie.

XXX. Comme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi le peuple de Dieu , il est à propos de décrire en peu de paroles le lieu où se trouve la vérité, afin que ceux qui désirent boire de Teau qui donne la vie éternelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lieu de la puiser dans des lacs où elle ne conserve point

sa pureté. Il faut savoir, avant toutes clitites, que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rompraient l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse rennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des chemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort éternelle. Les auteurs d'une si funeste division ont été des hommes qui , n'é« tant pas assez fermes dans leur foi , assez solides dans leur doctrine, assez prudents dans leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce; en ayant été exclus par d'autres qui en étaient plus dignes qu'eux , ils ont mieux aimé se retirer avec ceux de leur parti que de se soumettre à ceux qui leur avaient été préférés. D'autres n'étant pas assez instruits de la science de TËglise, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mépris, aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourmens les plus cruels et la mort la plus infâme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à l'excellence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu l'Écriture, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelquesuns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes l'avaient prédit , ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Église. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En effet , quand on les appelle phrygiens, novatiens, valentiniens, marcionites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier autrequecelui de chrétiens, on marque très-clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. 11 n'y a qu'une Église catholique qui conserve le vrai culte: c'est la

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source de la Vérité, le domicile de la foi, le temple de Dieu, où quiconque n'entrera pas, et d'où quiconque sortira sera privé de l'espérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans ropiniâtreté avec laquelle il soutient ses sentimens. 11 s'agit de la vie éternelle et du salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. 11 n'y a point cependant d'assemblée hérétique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être l'Église catholique. La véritable est celle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de l'âme, sont guéris. J*ai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter l'erreur ny tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant , après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.

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