‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 81 sur 110 · I.ACTA^CE · texte numérisé non relu

I.ACTA^CE

ges, des honneurs, des richesses : y a-l-il quel- | qu'un, pour peu qu'il eût d'esprit, qui délibérât un moment pour résoudre en la place duquel il aimerait mieux ôtre ? »

Cet exemple représente si fidèlement les supplices que nous endurons pour l'intérêt de la justice, que quand Cicéron en aurait pu deviner les espèces et les manières différentes , il n'en aurait jamais apporté de plus juste. Nous souffrons tous ces traitemens par la malice de ceux qui sont dans l'erreur. Ce n'est pas une ville , c'est l'univers qui est prévenu de celte fausse opinion : qu'il fout persécuter les gens de bien commcdesimpies,les condamner et les exécuterii mort.CeFurius,quidisputait contre la juslice,dit qu'il n'y a personne qui ait assez peu d'esprit pour douter en la place duquel des deux il voudrait être, parce que le sajje dont il avait l'idée aurait mieux aimé avoir de la réputation sans vertu que de la vertu sans réputation. Dieu nous j^arde d'une si étrange extravagance que de préférer de la sorte le mensonge à la vérilé,et de faire plulôt dépendre notre vertu de la fausse opinion du peuple que du témoignage de notre conscience et du jugement de Dieu. Serait-il possible que nous fussions jamais si fort éblouis par l'éclat d'une vaine félicité, que nous ne préférassions pas l'innocence,avec tous les malheurs qui raccompagnent encette vie, à une fausse réputation de verlu,avec toutes les récompenses qu elle remporte ? «Que les rois gardentleurs royaumes, et les riches leurs richesses ,» comme dit Piaule. Que les prudens gardent leur prudence , et qu'ils nous laissent notre folie qui est une véritable sagesse, comme il parait par la jalousie que les païens ont contre nous. Il faut être fou pour porter envie h des fous. Les païens ne le sont pas jusqu'A ce pointlà. L'ardeur ou l'adresse avec lesquelles ils nous persécutent font bien voir qu'ils ne croient pas que nous ayons perdu Tesprit. Pourquoi exercent-ils de si horribles cruautés , si ce n'est qu'ils appréhendent que notre nombre n'augmente de jour en jour , et que leurs dieux ne soient abandonnés? Si ceux qui adorent lesdieux sont sages , et si nous autres qui ne les adorons point , ne sommes que des fous , quel sujet y a-t-il d'appréhender que les fous n'attirent les sages de leur côté ?

XIII. I^ nombre des chrétiens croît de jour en jour , et comme il n'est pas même diminué

par la fureur de la persécuUou, parce qu'encore que quelques-uns puissent tomber par faiblesse et sacrifier aux idoles , il n'y en a point qui puisse réellement abandonner Dieu et renoncer à la vérité ; y a-t-il quelqu'un assez stupide et assez aveugle pour douter de quel c6té est h sagesse ? 11 semble pourtant que les païens en doutent , puisqu'ils regardent comme des fous ceux qui , ayant le pouvoir de s^exempter des supplices , les subissent volontairement et n'appréhendent point la mort. Ils devraient plutôt reconnaître par cela même combien ils sont ugcs ; car il n'est pas possible qu'une mullitude si prodigieuse de personnes répandues par toute la terre conviennent ensemble de tenir une conduite qui serait remplie de folie. Car si ce n est que par la faiblesse du sexe que les femmes embrassent noire reli{;ion, que les feuinics appellent souvent une superstilkui de vieille , on ne peut pas dire la même cbose des hommes , et on est obligé d'avouer qu'ils od( de la force d'esprit. Si les jeunes gens sont imprudens et indiscrets , les vieillards «ont prudens et avisés. Si tous les habitana d'une ville s'égarent , les habitans des autres villes ne siûvent pas leur égarement ; si une province ou noe nation entilTc tombe dans l'erreur, les autres s'en aperroivent et s'en détournent. La parfaite intelligence avec laquelle ces personnes de ton! sexe , de tout âge et de tout pays , conspirent ensemble, depuis l'orient jusqu'à roccidnil,paor servir Dieu , pour souffrir les plus cruels tourmens avec une patience invincible, et pour mépriser la mort , devait faire juger aux païens qu'une manière d'agir si extraordinaire était fondée sur de solides raisons. Ils devaient reconnaître qu'une religion , qu'aucune perséoition ne peut détruire , a des fondemens inébranlables. Ils se vantent quelquefois de l*avDir akittue quand ils ont fait tomber un des nôtres dans l'idolâtrie ; mais en ce point ils ne déoouvrent pas moins leur îgooranoeque leur malice, parce que ceux qui ont été assez malbeurenx pour tomber, peuventse relever par la pénitence, et qu'il ne se trouve point de dirétien si peu attaché au service de Dieu . qu*il n*]r retourne avec plus de zèle que jamais dès qu'il en a le pouvoir, et qui ne fasse tout ce qu*il peut pour apaiser sa colère. Le souvenir de son péché el l'appréhension du châtiment qu'il mérile k

INSTITUTIONS PIVINES. — LIVRE V.

rendent plus retenu et plus attentif. Quand sa foi a été une fois rétablie par la pénitence , elle est plus forme qu'elle n'était avant sa chute. Quelle raison les païens ont-ils de croire que notre Dieu soit assez sévère et assez implacable pour ne vouloir jamais pardonner à ceux qui , par violence et par contrainte , ont sacrifié aux idoles, puisque, quand leurs dieux sont irrités, ils les apaisent par des odeurs, par des pré* sens et par des sacrifices ? Est-ce qu'ils s'imaginent qu'une conscience une fois souillée par leurs abominables sacrifices , se portera d'elle* même à Timpiété qu'elle n'a commise que quand elle a été vaincue par la force des tourmens ? S'acquitte-t-on volontiers d'un devoir auquel on a été poussé par les plus injurieux de tous les traitemens ? Y a-t-il quelqu'un qui puisse voir son corps couvert de cicatrices sans concevoir de l'indif^ation contre les idoles à l'occasion desquelles il les a reçues? Dès que Dieu a rendu la paix à l'Ëfylise , ceux qui s'étaient détournés de son service y retournent, et un nouveau peuple , attiré par Tadmiration et la constance des martyrs, y accourt en fouIe.Quand on voit qu'ils ne se lassent pas sitôt de souffrir que les bourreaux ne se lassent de les tourmenter , on reconnaît que la parfaite intelli{];cnce qui les unit pour soutenir la même foi , que la patience qui endure les tourmens et la générosité de ceux qui méprisent la mort, ne peuvent procéder que d*une protection toute particulière d'une puissance infinie. Les plus robustes d'entre les païens cèdent à la violence de la douleur quand on les exécute à mort pour leurs crimes; ils (]^missent et ils crient , parce qu'ils n'ont pas une patience qui leur soit inspirée du ciel. Au contraire il se trouve parmi nous des enfans et des femmes qui surmontent la rage des bourreaux sans dire une seule parole , et l'activité du fou sans pousser le moindre soupir. Que Rome se vante d'avoir porté Scévola et Régulus, dont le dernier aima mieux mourir que de vivre en servitude, et le premier se brûla la main pour frapper Tesprit de Tennerai qu'il avait voulu tuer, et obtint par ce châtiment volontaire la vie qu*il avait méritée de perdre : des personnes dont le sens semble n'avoir que l'infirmité on parlagc , d'autres dont V^<^ n'a rien que de faible , de tendre el de délicat, se laissent déchirer et brûler tout le corps, non par nécessite, parce qu'il ne

dépend que d'eus d'éviter ces traitemens , malt par un effet de leur liberté, parce qu'ils ont mit en Dieo leor confiance.

XIV. Cest parmi nous que se trouve la vérité et la vertu dont les philosophes n'ont tracé que de légères esquisses et d'imparfaites peintures, quand ilsont dit avec leur vanité ordinaire:qu'il n'y a rien de si digne de la constance et de la fermeté du sage que de ne changer jamais de sentiment par l'appréhension d'aucun supplice, et de mourir plutôt que de manquer à sa parole, que de s'éloigner de son devoir, que de faire une injustice. Peut-être voudra-t-on prétendre qu'Horace avait perdu le sens quand il mit l'homme juste dans une situation si ferme et si solide que :

Ni rardeor d*aiic populace muUnée, ni li prtenee d'un prince impérieux, ne le pourraient ébranler.

Il n'y a pourtant point de peinture si fidèle que la sienne, ni d'expressions si propres que celles qu'il a employées. Si on les applique à ceux qui sont prêts â subir les supplices de la plus terrible mort, plutôt que de trahir leur foi et de violer la justice. Ils ne redoutent ni la puissance des princes, ni les épées nues des gouverneurs quand il s'agit de défendre leur liberté. En effet, quel orgueil et quelle insolence n'est-ce pas que de prétendre m'empêcher de lever les yeux au ciel , que de m'obliger ou à révérer ce que je ne veux pas révérer, ou à ne pas révérer ce que je veux révérer ! Que nous restera-t-il si ce qui doit dépendre de notre volonté dépend de la passion d'autrui? Jamais per sonne n'emportera cela sur nous, pour peu que nous ayons de force, pour peu que nous soyons capables de mépriser la douleur. Que si nous conservons cette fermeté et cette constance, que les philosophes relèvent avec des louanges si extraordinaires, pourquoi nous accuse-t-on de folie ? Sénèque reproche à ces sortes do personnes le peu de soin qu'elles ont de parler conséquemment, et de prendre l'enflure du courage pour une singulière équité, lis prennent aussi pour un furieux celui qui méprise la mort, en quoi ils commettent une irès-grande injustice. Mais il s'en faut d'autant moins s'étonner que, ne connaissant pas Dieu, ils sont des sourds el des avcu^îlcs, comme la sibylle les appelle : ils ne voient et n'entendent riea

LACTANCE

des choses du ciel , et sont assez dépourvus de sens pour révérer et craindre une terre qu'il ont pétrie et à laquelle ils ont donné une figure.

XV. Ce n'est pas sans sujet que les païens prennent pour des insensés des hommes qui sont en effet fort sages, car bien qu'en cela ils se trompent, ils ne laissent pas d'avoir quelque sorte de fondement. Je tâcherai de découvrir ici la force de leur erreur, afin qu'ils s'en corrigent s*il leur est possible. La justice a quelque apparence de folie , comme il n'est que trop aisé de le prouver tant par l'autorité des hommes que par celle de Dieu même. Peut-être que je ne remporterai aucun avantage sur l'opiniâtreté de leurs esprits, si je ne leur fais voir par leurs propres auteurs que, pour être juste, ce que Ton ne peut être sans être aussi sage, il est nécessaire de paraître fou. Garnéades était un philosophe de la secte des académiciens; et, quiconque ne connaîtra pas la subtilité et la force de son esprit, pourra l'apprendre de Gicéron et de Lucilius, qui, introduisant Neptune qui traite une matière fort difficile, lui fait dire, «que quand Garnéades reviendrait de l'autre monde, il ne la pourrait éclaircir. Ge Garnéades donc, ayant été envoyé à Rome par les Athéniens ^ en qualité d'ambassadeur, fit un long discours pour la justice, en présence de Galba et de Gaton, les plus célèbres orateurs de leur siècle. Le jour suivant, il fit un discours contre la justice: en quoi il est clair qu'il ne se conduisait pas avec la gravité d'un philosophe qui ne doit pas changer légèrement de sentiment, mais qu'il s'exerçait comme un avocat qui parle tantôt pour une partie et tantôt pour l'autre^ ce qu'il faisait souvent à dessein de se rendre plus capable de réfuter ceux qui soutenaient des opinions différentes des siennes. Furius rapporte dans Gicéron les raisonnemens que Garnéades fit contre la justice, et je crois qu'il les rapporte à l'occasion de la forme du gouvernement et de la police dont il parlait, et qu'il ne croyait pas pouvoir subsister sans la justice. Garnéades ayant entrepris dans le premier discours de défendre la justice , réfuta ce qu'Aristote et Platon avaient avancé contre elle;

* H fut envoyé avec Diofîène le stoïcien, et CritolaUit le péripatélicien, pour obtenir du Kénatia rémiwiion d'une amende imposée par les Romains, à cause des dén^ts commis i Orope.

mats il ne le réfuta qu'à dessein d'encbérir encore sur eux , comme il le fit le jour soivioL Il était aisé d'abattre une justice qui n'était appuyée sur aucun fondement , et d'assurer que c'était en vain qu'on la cherchait et que l'on entreprenait d'expliquer ce que c'était , puisque en effet elle ne se trouvait pas sur la terre. lût à Dieu que ces grands bomnaes eussent eu autant de talent et de capadtë qu*ils avaient d*éb quence ou de courage, pour défendre ceut excellente vertu qui est fbndée sur la rdigioa et sur l'équité. Je me propose de la décrire ici a peu de paroles , à dessein de faire voir que lo philosophes ne l'ayant point connue, ils n'ont eu garde de la défendre. Bien qu'elle reoferoe toutes les vertus, il y en a néanmoins dm dont elle ne peut jamais être séparée : la piété et l'équité. D^autres vertus, comme la bonne M. la tempérance, la probité, l'innocence, i'/oté^ grité,se peuvent rencontrer en qoeiqflefper sonnes, soit par un effet de la boolé de leur naturel, soit par le soin que leurs parcns ont pris de les bien élever, bien que ces penonncs-U ne sachent pas ce que c'est que la justice. Les anciens Romains qui se vantaient d'avoir la justice. avaient peut-être ces vertus-là qui visonat d'elle et qui en peuvent être séparées. La piéié et l'équité sont comme les deux scnirs. La pnmière la produit et la seconde la renferme. Ij piété n'est autre cbose,sdon la pensée deTriimégiste, que la connaissance de Dieu. Celle connaissance consiste principalement dam k culte qu'on lui rend. Ainsi , quiconque n'est |iis instruit des maximes de la religion qui règle a culte, ne peut rien savoir de la justice. Plalms dit beaucoup de choses de Dieu, qu'il reconnaît pour auteur du monde, mais il n'a rien dit de la religion. Il n'avait eu de Dieu que des idcei fort imparfaites et semblables aux rèvcriei tf aux songes. Que si lui , ou quelque antre, mi entrepris la défense delà justice, il avait A renverser ce culte des dieux parce qa*il cttcntraire à la piété. Socrate fut mis en prisai pov l'avoir entrepris ; et le traitement qu'il refit alors fut un présage de celui qne recerraieBl les chrétiens qui feraient an jour profcuinnJf la véritable justice et du culte de Dien.

L*équité est l'autre partie de la joatioe. Je u parle pas ici de celle qui consiste à bien jofer, ce qui est fort louable dans les

quelles cette fractUm est coofiée. Je parle de celle qui consiste à s^égaler, en quelque sorte, avec les autres et qui est appelée par Cicéron équabilUé. Dieu qui est le père commun des hommes, les a faits égaux, les a mis sur la terre aux mêmes conditions , les a rendus capables de la sagesse, leur a promis Timmortalité, et n'en a privé aucun de ses faveurs célestes. 11 leur a communiqué Téquilé et la vertu, de la même sorte qu'il leur a accordé la jouissance de la lumière, de l'eau des fbntaines, des alimens, du repos et du sommeil, il n'en a fait aucun esclave ni aucun seigneur. Il est leur père commun et il les traite également comme ses enfans. Il n'en connaît pas de pauvres, si ce n'est ceux qui n'ont point de justice. Il n'en connaît point de riches, si ce n'est ceux qui sont remplis de vertus. 11 n'en voit point qui excelle au-dessus des autres, si ce n'est ceux qui se distinguent par l'innocence ou par la pureté de leurs mœurs. Il n'en tient aucun illustre , si ce ne sont ceux qui font une ample profusion de leurs biens pour le soulagement des misérables. Enfin il n'en tient aucun parfait , si ce ne sont ceux auxquels il ne manque aucune vertu.

Voilà pourquoi les Romains ni les Grecs n'ont pu conserver parmi eux la justice. Ils ont eu une trop grande variété de conditions et de rangs : des pauvres et des riches , des faibles et des puissans, des particuliers et des princes. Il n'y a point d*équité où il n'y a point d'^alité. ^inégalité exclut la justice, dont le principal devoir est de rendre égaux ceux qui ont reçu aux mêmes conditions la jouissance de celte vie.

XVI. En changeant ces deux principes de la justice , on ô(e toute sorte de vertu et de vérité, et on oblige la justice à retourner au ciel. Ainsi on ne trouve point parmi les philosophes ce véritable bien dont ils ne connaissent ni la cause ni les effets, et dont la beauté n'a été découverte qu'à ceux de notre religion. Quelqu'un me demandera peut-être, s'il n'y a pas parmi nous des pauvres et des riches, des serviteurs et des maîtres, et si nous ne mettons point de différence entre les hommes. Nous n'en mettons point, et nous nous appelons tous frères, parce que nous nous tenons tous égaux. Nous jugeons des hommes par ce qui regarde leur âme et

non par ce qui regarde leur eorpi; et ainsi, bien qu'il y ait entre eux quelque diversité à l'égard du corps, nous regardons ceux qui nous servent selon le corps comme nos frères selon l'esprit , selon lequel ils servent le même Dieu que nous. Les richesses ne rendent oonsidérables parmi nous que ceux à qui elles sont une occasion de faire de bonnes oeuvres. On n'est pas riche pour avoir du bien , si Ton ne rapporte son bien à des actions de vertu. Ceux qui semblent pauvres sont riches en effet, parce qu'ils n'ont besoin de rien et qu'ils ne désirent rien. Les serviteurs et les maîtres , les grands et les petits, sont égaux entre eux par leur modestie et par la disposition de cœur qui les éloigne de toute sorte de vanité. Il n'y a que Dieu au jugement de qui ils se distinguent par leur vertu et devant qui les plus justes sont aussi les plus élevés. Un homme de bien s'égale par modestie à ceux qui sont au-dessous de lui, et en s'égalant de la sorte il s^élève. Que si non content de s'égaler à ses inférieurs, il s'abaisse au-dessous d'eux, alors il acquiert un rang beaucoup plus éminent au jugement de Dieu même. Dans cette vie, où il n'y a que des biens fragiles et pensables, les hommes se préfèrent les uns aux autres, et disputent pour tenir le premier rang, ce qui est fort mal honnête, fbrt insolent, et fbrt éloigné de la modération d'un homme sage. Dans notre religion , qui est un état céleste et divin, on suit ua« conduite toute contraire; car comme la sagesse des hommes n'est qu'une folie devant Dieu , et que la folie des fidèles est une souveraine sagesse, ainsi ceux qui paraissent les plus élevés et les plus considérables devant les hommes sont les plus bas et les plus méprisables devant Dieu ; car sans dire que les biens et la terre que l'on estime si fort sont contraires à la vertu, et qu'ils diminuent la vigueur de Tesprit , quelle excellence et quelle grandeur y peut-on rencontrer, puisqu'il est certain qu'il ne dépend que de Dieu de réduire les rois à un état plus misérable que n'est celui du moindre de leurs sujets? C'est pour cela qu'entre plusieurs autits maximes, le Sauveur nous a donné celle-ci : tQuiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé ; » c'est-à-dire que quiconque prendra la dernière place parmi les hommes en obtiendra une des premières par le juge-

des choses du ciel , et sont assez dépourvus de sens pour révérer et craindre une terre qu'il ont pétrie et à laquelle ils ont donné une figure.

XV. Ce n'est pas sans sujet que les païens prennent pour des insensés des hommes qui sont en effet fort sages, car bien qu'en cela ils se trompent, ils ne laissent pas d*avoir quelque sorte de fondement. Je tâcherai de découvrir ici la force de leur erreur, afin qu'ils s'en corrigent s*i] leur est possible. La justice a quelque apparence de folie , comme il n'est que trop aisé de le prouver tant par l'autorité des hommes que par celle de Dieu même. Peut-être que je ne remporterai aucun avantage sur ropiniâtrelé de leurs esprits, si je ne leur fais voir par leurs propres auteurs que, pour être juste, ce que Ton ne peut être sans être aussi sage, il est nécessaire de paraître fou. Garnéades était un philosophe de la secte des académiciens; et, quiconque ne connaîtra pas la subtilité et la force de son esprit, pourra l'apprendre deCicéron et de Lucilius,qui, introduisant Neptune qui traite une matière fort difficile, lui fait dire, a que quand Garnéades reviendrait de l'autre monde, il ne la pourrait éclaircir. Ce Garnéades donc, ayant été envoyé à Rome par les Athéniens ^ en qualité d'ambassadeur, fit un long discours pour la justice, en présence de Galba et de Gaton , les plus célèbres orateurs de leur siècle. Le jour suivant, il fit un discours contre la justice: en quoi il est clair qu'il ne se conduisait pas avec la gravité d'un philosophe qui ne doit pas changer légèrement de sentiment, mais qu'il s'exerçait comme un avocat qui parle tantôt pour une partie et tantôt pour l'autre^ ce qu'il faisait souvent à dessein de se rendre plus capable de réfuter ceux qui soutenaient des opinions différentes des siennes. Furius rapporte dans Gicéron les raisonnemens que Garnéades fit contre la justice, et je crois qu'il les rapporte à l'occasion de la forme du gouvernement et de la police dont il parlait, et qu'il ne croyait pas pouvoir subsister sans la justice. Garnéades ayant entrepris dans le premier discours de défendre la justice , réfuta ce qu'Aristote et Platon avaient avancé contre elle;

* II fut envoyé a?ec Diof^ène le stoïcien, et CritolaUii le péripalélicien, pour obtenir du nénat la rémission d'une amende imposée par les Romains, à eause des dédits commis k Orope.

LÂCTANCE.

mais il ne le réfuta qu'à dessein d'enchérir encore sur eux , comme il le fit le jour suiviot Il était aisé d'abattre une justice qui n'était appuyée sur aucun fondenoent , et d'assurer qœ c'était en vain qu'on la cherchait et que l'on entreprenait d'expliquer ce que c'était , puisque en effet elle ne se trouvait pas sur la terre. Flût à Dieu que ces grands hommes eussent eu autant de talent et de capacité qu^ils avaient d'éb quence ou de courage, pour défendre ccue excellente vertu qui est fondée sur la retigicmet sur Téquité. Je me propose de la décrire id et peu de paroles, à dessein de faire voir qœlei philosophes ne l'ayant point connue, ilsn'oot eu garde de la défendre. Bien qu^elle renfenne toutes les vertus, il y en a néanmoins den dont elle ne peut jamais être séparée : la piéié et l'équité. D'autres vertus, comme la bonne fa la tempérance , la probité , Tinnocenoe, riotégrité,se peuvent rencontrer en quelques per sonnes, soit par un effet de la boolé de leur naturel, soit par le soin que leurs pvcoft ont pris de les bien élever, bien que ces personnes-U ne sachent pas ce que c'est que la justice. Les anciens Romains qui se vantaient d'avoir la joUicr. avaient peut-être ces vertus-là qui vieooeDt d'elle et qui en peuvent être séparées. La piété et l'équité sont comme les deux sœurs. La pr^ mière la produit et la seconde la renferme. I2 piété n'est autre chose, sdon la pensée deTriimégiste, que la connaissance de Diea Cetle connaissance consiste principalement dam k culte qu'on lui rend. Ainsi, quiconque n'est fH instruit des maximes de la religion qui règle a culte, ne peut rien savoir de la justice. PlaUiBi dit beaucoup de choses de Dieu, qu^il recooDiit pour auteur du monde, mais il n*a rien dit 4e la religion. 11 n'avait eu de Dieu que do ides fort imparfaites et semblables aux réverîa d aux songes. Que si lui, ou quelque antre, anit entrepris la défense delà justice, ilaoruldl renverser ce culte des dieux parce qn*il cit coatraire à la piété. Socrate fut mis ea prison pov l'avoir entrepris ; et le traitemeat qnH reftf alors fut un présage de celui que reoemieii les chrétiens qui feraient un jour profcMioB*' la véritable justice et du culte de Dien.

L'équité est l'autre partie de la justice. Je ae parle pas ici de celle qui consiste à bien j^ffi ce qui est fort louable dans les pcraoïmcs aai:

quelles cette foncticm est confiée. Je parle de celle qui consiste à s^égaler, eo quelque sorte, avec les autres et qui est appelée par Cicéron ëquabilUé. Dieu qui est le père commuD des hommes, les a faits ^aux, les a mis sur la terre aux mêmes conditions , les a rendus capables de la sagesse, leur a promis Timmortalité, et n'en a privé aucun de ses faveurs célestes. 11 leur a communiqué Téquilé et la vertu, de la même sorte qu'il leur a accordé la jouissance de la lumière, de l'eau des fbntaines, des alimens, du repos et du sommeil. Il n'en a fait aucun esclave ni aucun seigneur. Il est leur père commun et il les traite également comme ses enfans. Il n'en connaît pas de pauvres, si ce n'est ceux qui n'ont point de justice. Il n'en connaît point de riches, si ce n'est ceux qui sont remplis de vertus. Il n'en voit point qui excelle au-dessus des autres, si ce n'est ceux qui se distinguent par l'innocence ou par la pureté de leurs mœurs. Il n'en tient aucun illustre, si ce ne sont ceux qui font une ample profusion de leurs biens pour le soulagement des misérables. Enfin il n'en tient aucun parfait , si ce ne sont ceux auxquels il ne manque aucune vertu.

Voilà pourquoi les Romains ni les Grecs n'ont pu conserver parmi eux la justice. Ils ont eu une trop grande variété de conditions et de rangs : des pauvres et des riches , des faibles et des puissans, des particuliers et des princes. Il n'y a point d*équité où il n'y a point d'égalité. L'inégalité exclut la justice, dont le principal devoir est de rendre égaux ceux qui ont reçu aux mêmes conditions la jouissance de celte vie.

XVI. En changeant ces deux principes de la justice , on ô(e toute sorte de vertu et de vérité, et ou oblige la justice à retourner au ciel. Ainsi on ne trouve point parmi les philosophes ce véritable bien dont ils ne connaissent ni la cause ni les effets, et dont la beauté n'a été découverte qu'à ceux de notre religion. Quelqu'un me demandera peut-être, s'il n'y a pas parmi nous des pauvres et des riches, des serviteurs et des maîtres, et si nous ne mettons point de différence entre les hommes. Nous n'en mettons point , et nous nous appelons tous frères , parce que nous nous tenons tous égaux. Nous jugeons des hommes par ce qui regarde leur âme et

non par ce qui regarde leur eorpi; et ainsi, bien qu'il y ait entre eux quelque diversité à l'égard du corps, nous regardons ceux qui nous servent selon le corps comme nos frères selon l'esprit , selon lequel ils servent le même Dieu que nous. Les richesses ne rendent considérables parmi nous que ceux à qui elles sont une occasion de faire de bonnes oeuvres. On n'est pas riche pour avoir du bien , si l'on ne rapporte son bien à des actions de vertu. Ceux qui semblent pauvres sont riches en effet, parce qu'ils n'ont besoin de rien et qu'ils ne désirent rien. Les serviteurs et les maîtres , les grands et les petits, sont égaux entre eux par leur modestie et par la disposition de cœur qui les éloigne de toute sorte de vanité. Il n'y a que Dieu au jugement de qui ils se distinguent par leur vertu et devant qui les plus justes sont aussi les plus élevés. Un homme de bien s'égale par modestie à ceux qui sont au-dessous de lui, et en s'égalant de la sorte il s'élève. Que si non content de s'égaler à ses inférieurs, il s'abaisse au-dessous d'eux, alors il acquiert un rang beaucoup plus éminent au jugement de Dieu même. Dans cette vie, où il n'y a que des biens fragiles et périsables, les hommes se préfèrent les uns aux autres, et disputent pour tenir le premier rang , ce qui est fort mal honnête, fort insolent, et fort éloigné de la modération d'un homme sage. Dans notre religion , qui est un état céleste et divin, on suit ua« conduite toute contraire; car comme la sagesse des hommes n'est qu'une folie devant Dieu , et que la folie des fidèles est une souveraine sagesse, ainsi ceux qui paraissent les plus élevés et les plus considérables devant les hommes sont les plus bas et les plus méprisables devant Dieu ; car sans dire que les biens et la terre que l'on estime si fort sont contraires à la vertu, et qu'ils diminuent la vigueur de l'esprit , quelle excellence et quelle grandeur y peut-on rencontrer, puisqu'il est certain qu'il ne dépend que de Dieu de réduire les rois à un état plus misérable que n'est celui du moindre de leurs sujets? C'est pour cela qu'entre plusieurs autits maximes, le Sauveur nous a donné celle-ci : tQuiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé ; » c'est-à-dire que quiconque prendra la dernière place parmi les hommes en obtiendra une des premières par le juge-

des diOMs dn Gid , et loot uset déponmu de sens pour révérer et craindre une terre qu'il mit pétrie et & laqaeSe ils ont donné une figure-

XV. Ce n'est pu mus si^et que les palais prennent pour des insensés des boounes qui siHit en effet itort sages, car bien qu'en cda ils se trompent, ils ne Uissent pas d'avoir quelque sorte de fbndemeat. Je tAcfaerai de découvrir id la force de leur «reur, afin qu'ils s'en corrigent s'il leur est possible. U justice i qudque spf»rence de folie , comme il n'est que trop ailé de le prouver tant par l'autorité des hommes que par celle de DieuméoK. Peut-être que je ne remporterai aucun avantage sur l'opiaiatreté de leurs esprits, sije neleur iUs v<^par leorspri^ires auteurs que, pour être juste, oe que l'on ne peut être sans être aussi sage, Q est nécessaire de paraître fbu. Caméades éùit un pbilosc^be de la secte des académiciqw; et, quiconque ne connaîtra pas la subtilité et la force de son esprit, pourra l'apprendre deCicéron et de Liicilius,qni, introduisant Neptune qui traite une matière fort difficile, lui hit dire, «que quand Caniiades reviendrait de l'autre monde, il ne la pourrait éclaircir. Ce Gaméadea donc, ayant été envoyé k Bome par les Athéniens i en qualité d'ambassadeur, fit un long discours pour la justice, m présence de Galba et de Caloo, les plus céltiwts orateurade leur sitele. Le jour suivant, il fit no discours cwitre la justice; en quoi il est dair qu'il ne se conduiuit pas avec la gravité d'un philosophe qui ne doit pu dianger l^éremeit de sealiment, mais qu'il s'exerçait comme un avocat qui parle tantôt pour une partie et tantAt pour l'autre, ce qu'il ftisait souvent i dessein de se rendre plus capable de réfuta* ceux qui soutenaient des tenions diffiéreotes des siennes. Furius rapporte dans Cicéroo les raisonnemens que Caroéades fit antre la justice, et je crois qu'a les rappwte 1 l'occukn de la forme dn gouvonement et de la polioe dont il parlait, et qu'il ne croyait pu pouvoir subsister sans la justice. Garnéades ayant «trqtris dans le premier discours de déitedre la justice, réfiiu ce qu'Aristote et Platcm avaient avancé contre die;

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LACTANCE

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^ talent et de eapidtf qB*as «niMt M»

qu « on de courage, pOMT dMnA* cOfe

«te vertu qui eat fondée MT It rdigiaitt sur réquité. Je me propoee delndMnUM peu de paroles, i deasaln de fli^ TCfr qK ta pbtl lopbes ne rayant pntat eonne, lirfNl engirdedelidéfoidrc. BJeujipPifc iiitew

i les Tcrins, il y ca a ngjnBwlM dm

die ne peut jaroais être séparée : la piè^ et V- [uité. ri'aulres vertus, comme la boone foi, la tempéranct^, la probité, l'inaocence, IVni^ ité,>e peuvent rencoolrer en qudtjiuf per- ■ «, soit par un efï'et de la boaii de l«ir u d,soit i>ar le suiaqiu-tctirspireDsuutpm de I Men élever, bien (juc tes per!wnii«6-U ce

Dt pu ce que c'est que la justice, te» in-

Rotnainsqui sevanlaienl d'avuirlajotlKr.

avai it peut-être ces verl<is-)â qui vieanni d'i ! et qui en peuvent être séparées. La pH» et I' luilé sont comme les deus itpun. ta lumière la produit et la seconde; bi reofcrne. U

n'est autre chose, selon la pensrc deTn-

I tte, que la conuaissance de Dieo. Cou

] issance consiste priocipialciueni dan k

culte qu'on lui rend. Ainsi, quicuiH|ucn'c»Ip

instruit des inavimcs de la religjuo qui réglcR

culte, ne peut rien savoir de la justice. viuMi

: beaucoup de clioses de Dieu, qu'il recooiuii

inteur du monde, mais il n*a rien dildr religion. 11 n'avait eu de Uieu que de« idts lort ïmparfjjit-s et seiiibl-tbles aux rds-eris a aux songes. Que si lui , ou quelque aolrc, mi entrepris la dt^fcnsc de la justice, il aunit dl renverser ce culte des dieux parce qu'il eu tmtraire h la piété. Socrule fut mis en priMn pw l'avoir entrepris ; et le traitement qu'il r^ai < Ait un présage de a-lui que r«cevniM les I rétiene qui feraient un jour profesrioodt

[taUe justice et du culte de Ùien. L'équité est l'autre partie de U justice. Je ne

ceq I ]»

quelles cette fracticm est coofiée. Je parle de celle qui consiste à s^égaler, en quelque sorte, avec les autres et qui est appelée par Cicéron équabilité. Dieu qui est le père commun des hommes, les a faits ^aux, les a mis sur la terre aux mêmes conditions , les a rendus capables de la sagesse, leur a promis Timmortalité, et n'en a privé aucun de ses faveurs célestes. Il leur a communiqué Téquilé et la vertu, de la même sorte qu'il leur a accordé la jouissance de la lumière, de l'eau des fbntaines, des alimens, du repos et du sommeil. H n'en a fait aucun esclave ni aucun seigneur. Il est leur père commun et il les traite également comme ses enfans. 11 n'en connaît pas de pauvres, si ce n'est ceux qui n'ont point de justice. Il n'en connaît point de riches, si ce n'est ceux qui sont remplis de vertus. Il n'en voit point qui excelle au-dessus des autres, si ce n'est ceux qui se distinguent par l'innocence ou par la pureté de leurs mœurs. Il n'en tient aucun illustre , si ce ne sont ceux qui font une ample profusion de leurs biens pour le soulagement des misérables. Enfin il n'en tient aucun parfait , si ce ne sont ceux auxquels il ne manque aucune vertu.

Voilà pourquoi les Romains ni les Grecs n'ont pu conserver parmi eux la justice. Ils ont eu une trop grande variété de conditions et de rangs : des pauvres et des riches , des faibles et des puissans, des particuliers et des princes. Il n'y a point déquité où il n'y a point d'égalité. L'inégalité exclut la justice, dont le principal devoir est de rendre égaux ceux qui ont reçu aux mêmes conditions la jouissance de celte vie.

XVI. En changeant ces deux principes de la justice , on ô(e toute sorte de vertu et de vérité, et on oblige la justice à retourner au ciel. Ainsi on ne trouve point parmi les philosophes ce véritable bien dont ils ne connaissent ni la cause ni les effets, et dont la beauté n'a été découverte qu'à ceux de notre religion. Quelqu'un me demandera peut-être, s'il n'y a pas parmi nous des pauvres et des riches, des serviteurs et des maîtres, et si nous ne mettons point de différence entre les hommes. Nous n'en mettons point, et nous nous appelons tous frères, parce que nous nous tenons tous égaux. Nous jugeons des hommes par ce qui regarde leur âme et

I non par ce qui regarde leur eorpi; et ainsi, bien qu'il y ait entre eux quelque diversité à regard du corps, nous regardons ceux qui nous servent selon le corps comme nos frères selon l'esprit , selon lequel ils servent le même Diea que nous. Les richesses ne rendent considérables parmi nous que ceux à qui elles sont une occasion de faire de bonnes œuvres. On n'est pas riche pour avoir du bien , si l'on ne rapporte son bien à des actions de vertu. Ceux qui semblent pauvres sont riches en effet, parce qu'ils n'ont besoin de rien et qu'ils ne désirent rien. Les serviteurs et les maîtres , les grands et les petits, sont égaux entre eux par leur modestie et par là disposition de cœur qui les éloigne de toute sorte de vanité. Il n'y a que Dieu au jugement de qui ils se distinguent par leur vertu et devant qui les plus justes sont aussi les plus élevés. Un homme de bien s'égale par modestie à ceux qui sont au-dessous de lui, et en s'égalant de la sorte il s'élève. Que si non content de s'égaler à ses inférieurs, il s'abaisse au-dessous d'eux, alors il acquiert un rang beaucoup plus éminent au jugement de Dieu même. Dans cette vie, où il n'y a que des biens fragiles et périsables, les hommes se préfèrent les uns aux autres, et disputent pour tenir le premier rang, ce qui est fort mal honnête, fort insolent, et fort éloigné de la modération d'un homme sage. Dans notre religion , qui est un état céleste et divin, on suit ua« conduite toute contraire; car comme la sagesse des hommes n'est qu'une folie devant Dieu , et que la folie des fidèles est une souveraine sagesse, ainsi ceux qui paraissent les plus élevés et les plus considérables devant les hommes sont les plus bas et les plus méprisables devant Dieu ; car sans dire que les biens et la terre que l'on estime si fort sont contraires à la vertu, et qu'ils diminuent la vigueur de lesprit , quelle excellence et quelle grandeur y peut-on rencontrer, puisqu'il est certain qu'il ne dépend que de Dieu de réduire les rois à un état plus misérable que n'est celui du moindre de leurs sujets? C'est pour cela qu'entre plusieurs autits maximes, le Sauveur nous a donné celle-ci : t Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé;» c'est-à-dire que quiconque prendra la dernière place parmi les hommes en obtiendra une des premières par le juge-

634 LAÇTANCE.

' Wnt de Dieu. CettetaaiiBW x du rapport avec mue itarolp d'Euripide I

Ce qi]ipMM||0iiri)iiiiuitiu'Iatni«,MlfiUn4qfl^

. S^VII, Apr^ nvqv mplidiié lu laiiOB fam lif^ge^ç \($ \>iùi\pmAi» p'fl» pu Bi tBfnnv ,1a |pticeDi>d«M^il4»> jfl Nimudiii )eaqi« qae l'avais quitté. .Cvn*d«ny»Ot KOHiBB la*dt>Ie9ap des ar^fqçot dnpt teH'utm phîloaophes fe ferTaiç(i^ipoMr4^»Are UioBtin, mxf^it de le^ r46#( Sm iwoiuifnwt « rMuistit à p^u pri>4idir<tqi>i» letbaaiBWQnt hit des }fif difliërenteq «^po |a diy«nilé di loin intét«(8 etd^^tintiiwvr»; qa'ilA ks ont qudqaefoif cbaçvAeswIoR Ifli rwoontRa, et n'ont potat Vjoèervi le ^nnt D»fiwel;^iie le>bHliB«ctln |)£tas eUf»':«)^eH n'mâHOt sitov^MMat fliie pwiF Im biw. «t iqa*tiiul,ai U ny « poèit jdfi jns(iQ9, wv'tl y ep «, ca,B'fl« qn'ime Ml* , pvUqu'fili) «MM e«in da iw^ndies «o mw fUs^Dt prPCurcr U« avantaga dct «Mres- Ab «e primpe , il lirut nue eoui^D^ioe : (|ae II In PfHpainSi qm, étaient oiaitrei d'une dea pliu twiles partiel de TunivcM, et leaanp-vpeqdés qui joulssflieat d'oae paiwaiiut fbrtesniiddnfalei vo^leteat. ginlan.U jotiice fit mndmae qu'ils Bvueat iwii#, ila KFalaiit oUigdS'deiwtounur «uotMim de Jcof» pmniers faoAtleurs , et de Ungnir dant li'exlrteité de la pi«fttii- etjde. U aUèn. n daseendrit de on propoaitiowftôDéraka à d'antres {rimparliwl«)re8«et rationiuit deaelte «H-te: «flî oa bomiBé de bieQ a ua eadave qui loit aifit à a'éofaappctetà e'eDfiùr, eta me maiiDit bille eninMiTais lir, et qu'il D'y «it ^e loi qui eil ODonalsiaDce de oee déEuiti4i , le d4clarera-4-ll i œliti qsi veut aidielca u ouiaqn ou aop eedere , on ail les dlaMntalaraiP 6'il déclate qoe MM eadave •VnAiit aooTcet et qu'il y « danger de le podretUagira. qtIxMimedBblai deoeTOtH loir point ttKmper m aequAmiir ; nala il pasaere poarfiNidc (• mallmi en état de ne pAoTOir vendre, ou de ne vendre qu'à tH prli. 8*il neè deétguleenenl et qu'il supprime eea déhnle, H aara pmdait et fkn Uen aea affWreet mêla il •era aussi de tnauvelie M, et trampen celid a«ee qui ft traite. Que s'il se tronve un marchand qui lui montre de l'or à vendre, dans la croyanoêquc ce iTeat qw dn coitre, on de i Mite

l'ar(îent , dans ctp' »ïuc ce n'est qne

de n, â it pour acbeltrl

bon ti ircbé, ou s'il le déclarera pour kïkht ? C'est sans doule une fiilie d'acheter iV- 1 ce que l'on peut avoir A \vt» marclié. i II it de lii que quiconque est homme de bin ■( I, et quiconqUi" est sapp est ii)M\aiil. i I : il avouait que l'on peut tire «minu la pauvreté, il passait & d'nuire» hjpo- I ., par lesquelles il Semblerait queliiLM irder la justice sans se mçllrc i-n dangB perdre la vie. oLa justice, dlsaii-îl, nnu h n'ytienlcr jamais à la vie de qui qw n et a ne pas loucher luftme â son bien. Su|k qu'un homme de bien étant sur ma hn ge, et qu'un autre, moins fort que lui, s c "une planche pour se sauver ; la lui art>œta t-il poui- se mettre dessus en sa placf .et ttut ei) pleine miT ofi il n'a aucun It'moiD iaction?ll le fera, s'il est sa^.elwlne K pas, il sera contraint de périr S'il lime Ufeni munrir que défaire violence i un autre, rie la justice; mais il Fera une folie de t jucr sa vie pour épargner celle ffautroî. ut lomiiie de bien étant dans on combat inU '< l rti eu déroute, et qu'étant pourfuivi pir les ennemis il rencontre un blessé àdinal.lf Jeitera-l-il h bas pour monter en sa place, m ■Nen s'exposcra-t-il a être tué en le laissant ton- Itaaer sa roule." S'il prend le cîicval , il soi : et méchant; s'il ne le prend pas, il soi tt homme de bien.B ~ ' -V ;\ comment ce philuitophe, nyant eotrevl re distinction entre la justice Civile Kl naturelle, ruina l'un et l'autre; car' eiire d'accord que dans la juMice civile,, j;a de la sa{;eAsc, mais qu'il n'y a \toui{ Si ilK , et que dans la justice nalorelle il f a df :ds qu'il n'y 3 point de sa);esse. C(i ËT^ icns-là sont é(;alcmeni snbtih et dan^ reui. Cicôron n'y a pu répondre. URns, (|Wf BTift churi'.é de Ui défense de la juKtlci;, lesértth comme un écuell , et II semble qu'au tirq kj défendre ta justice naturelle que Furlus arsl e de folie , Il ne dËpF:ndit que la Justice ^ ' , |ue Furius avouait être conFnrme ft In rf' g> , bien qu'il soutint en même temps qu'di ' é contraire à Téquilé.

AVIll. J'ai fait voir, comme te sujet que j| < " "" '" '"istîcc a quelque a^ '

ijulK, Kquiti

pnrencc de folie, et que ceux qui croient que les clirêtiens sont fous, parce qu'ils leur voient faire ce (|uc Carnéades soutenait que Ton ne pouvait faire avec saf];essc , ont une opinion qui, bien que fausse, nest pas dépourvue de tout fondement. J'ai maintenant à découvrir une autre rôrité plus importante, et à expliquer la raison [loiir laquelle il a plu à Dieu de dérober la justice lux yeux des hommes, en la tenant comme enveloppée sous Tappareuce de la folie. Mais il *aij t auparavant que ]e réponde à Furius , parce ]uo Ix'lius ne lui a répondu que tr^s-faibleiient ; car bien qu'il fit profession de Tétude de a saf^esse, il n'avait {;arde de défendre solide* uent la véritable justice , puisqu'il ne savait rien les principes sur lesquels elle est fondée. Nous iiitres qui , |)ar la {jnke de Dieu , avons le bonjour de la connaître , nous nous acquitterons plus aisément de ce devoir. Platon et Aristotc >ont louables d'avoir souhaité de la défendre, :.t ils auraient réussi dans cette entreprise, <*\\s y avaient apporté une aussi profonde connaîssMncc des lettres saintes, que d'esprit , d elo* quence et de bonne intention ; mais comme leurs préceptes ne venaient |)as du ciel, ils n'en ont persuadé Tobservalion à personne, et leur travail na été suivi d'aucun fruit. Le nôtre doit avoir un tout autre résultat, puisque nous ne disons que ce que Dieu nous révèle. Tes philosophes se formaient l'idée d'une justice qui ne se trouvait point en effet, et en faisaient des descriptions à plaisir sans en pouvoir jamais œnfirmer la vérité par des exemples sensibles. Leurs auditeurs leur pouvaient répondre : que Tobservation de leurs préceptes était im|>ossible, et que jamais personne n'avait réduit leurs rè- {^les en pratique. On ne ])eut pas dire la même chose des nôtres, parce que nous les appuyons par des raisons évidentes et par des exemples coïivaincans. Carnéades a découvert quelque chose de la nature de la justice; mais il n'a pas pénétré assez avant pour reconnaître que ce n'esi pas une folie. Je crois |)Ourtaut avoir conçu la pensée quil a eue quand il a parlé de la .sorte; car il n'a jamais été persuadé qu'un honnne (]ui garde la justice ait perdu Tesprit. 11 voyait fort bien qu'il ne l'a pas perdu; mais ne pouvant comprendre la raison pour laquelle il semble qu'il Tait perdu , il a prétendu mon-

blir le principal dogme de sa secte, qui est : aque l'on ne peut rien savoir de certain.» Examinons donc s*il peut y avoir quelque union entre la justice et la folie. «11 faut qu'un homme de bien soit fou . dit Carnéades, si pour sauver sa vie, il fait difficulté de prendre le cheval d^un blessé , ou la planche d'un homme qui est tombé comme lui dans la mer.» Je ne puis demeurer d'accord qu'un véritable homme de bien se rencontre jamais dans les occasions où ce philosophe le met. II n'a point d'enneun's et ne désire rien du bien d'autrui. Il se contente de ce qui naît dans son pays et ne passe point la mer pour aller chercher des marcîiandises étrangères, il souhaite d'entretenir la paix avec tout le monde « et est fort éloigné de prendre les armes. Comment rechercherait-il les richesses (|ui viennent des pays éloignés, puisqu'il ne veut faire aucun gain sur la terre, et qu il ne veut avoir que ce qui lui est absolument nécessaire pour vivre ? Comment se plairait-il à répandre le sang, puisqu'il ne pense pas qu'il lui soit permis d'assister aux spectacles où on le répand? Supposons pourtant que, par une nécessité indispensable, il se trouve engagé ou dans un combat , ou dans nn vaisseau qui fait naufrage. Après avoir admis cette hypothèse, je vous demande , Furius , ou plutôt je vous demande, Carnéades, ()ui êtes l'anienr de ce raisonnement aintre la justice : si vous croyez qu elle soit si inutile, si faible, si fort dépourvue du secours du ciel (|uelle n'ait aucune force pour se défendre ? Ceux qui n'ont rien afipris des mystères, et qui rapportent tout à la \ ie présente, n'ont garde de savoir quel est le pouvoir de la justice. Lorsqu'ils parlent de la vertu, ils assurent qu'elle doit être recherchée par ellemême, bien qu'ils n'ignorent pas qu'elle est souvent accablée de disgrâces et de misères. Ils ne sauraient lui trouver de récom|)enschors tl'elle , parce qu'ils ne connaissent point les récompenses éternelles ({ui lui sont préparées dans une autre vie. Ainsi , considérant la vie présente comme le terme de toutes choses, ils réduisent la vertu à la folie , parce qu'ils lui font entreprendre en vain les plus grands desseins et supporter sans fruit les plus pénibles travaux. Je traiterai peut-être cette matière plus au long dans un autre lieu. Je continuerai maintenant à parler de la justice dtml le uîérile est si ex-

Irer par là combien la vérité est cachée, et éla- i traordinairc, que dès qu'elle lève les yeux au

LACTANCE

ciel, elle obtient de Dieu et qu'elle désire. Ho- | leur accorda la vie, et les pria de le recevoir es race a eu raison de dire , que Tinnocence n'a la société de leur amitié ; ce qu'il n'aurait >

besoin pour sa défense ni d'hommes ni d'armes. Voici à peu près la manière dont il exprime sa pensée ;

Quand une personne mène une vie irréprochable, et qu'elle Ti*a point commis de crime dont les autres la poissent accuser, ni que sa propre conscience condamne, elle n'a liesoin pour u di'feiise ni des traits des Marses, ni d'arcs et de flèches empoi- M)iin(k>s. Elle est à elle-même sa sûreté au milieu des périls, et il'aiipréhciidc rien, ni le long des «cneilt de la mer d'Afrique, ni pnH du Caucase, ni dans les pays arrosés par le fabuleux ll>Uaspc.

I^ protection du ciel ne saurait manquer à lin homme de bien, ni dans un combat, ni durant une tempèle. S'il se trouvait sur un vaisseau avec des parricides, Dieu pardonnerait aux coupables pour sauver l'innocent, ou le sauverait seul en châtiant les coupables. Mais enfin, admettons l'hypothèse de Garnéades tout entière , et voyons ce que fera un homme qui aimera véritablement la justice, quand il aura trouvé ou un blessé sur un cheval après un combat, ou un homme tombé dans la mer et qui se tient à une planche pour échapper au iiaufra|i;e. Je ne fais point de difficulté d'assurer : qu'il souffrira plutôt la mort que de la procurer à un autre, l^a justice, qui est un des plus solides avanta{;es que Thomme puisse posséder, ne deviendra pas pour cela une folie. H n'y a rien qui lui doive être si cher que Tinnocence , et il fait voir clairement que rien ne lui est plus cher qu'elle quand il aime mieux mourir que de la perdre, a Cest une folie, dites-vous, de prodiguer sa propre vie pour épargner celle d'un autre. 0 Ne dites-vous point aussi que c'est une folie de Texposer pour l'intérêt d'un ami ? Pourquoi louez-vous donc si fort ces deux disciples de Py thagore, dont l'un se mit comme en otage entre les mains d'un tyran, à condition que si celui en la place duquel il se mettait ne revenait pas dans un certain temps il serait exécuté à mort, et l'autre revint en même temps que Ton menait son ami et son répondant au supplice? Leur fidélité ne serait pas aussi estimée qu'elle l'est, s'ils eussent été fous, l'un en s'exposant à la mort pour son ami , et l'autre en venant se remettre entre les mains du tyran pour en délivrer celui qui lui avait servî de caution. I^ f,randeur de leur vertu surprit le tyran d'un tel clonnement que, renonçant à la cruauté, il

mais fait s'il ne les eût reooimus non pour des insensés ^ des ex(rava(>^ns, mais poar da hommes très-sages et trés-équitables. Si Toi demeure d'accord qu'il y a de la gloire à moorir pour conserver la fidélité que l'on a prooiK à ses amis , je ne conçois pas pourquoi il oy aurait point de gloire à mourir pour oootmtr sa propre innocence. Cest donc une eitnngance de nous accuser oonune d^un crime, de a que nous sommes prêts à aiourir pour les iMé* rets de Dieu , dans le temps que Ton donne do louanges extraordinaires à la fidélité Sm homme qui a été prêt à mourir pour on lott homme. Terminons cette dispute en praoral, par une raison invincible, que le mènie hoas ne peut être en même temps fou et juste,* sage et injuste. Celui qui est fou n'a ancn connaissance de la justice et ne fait rieo qiÊcé mal. U est entraîné comme un eidave par sa propres vices et n'a pas la force de lear résister. Le juste, au contraire, s^abstient de toote sM dépêché, ce qu'il ne saurait Mre laosavar une connaissance fort exacte du bien et à mal. Cette connaissance, qui Fait le discememol du bien et du mal , n'est autre chose que b » gesse. Ainsi il est impossible qu'un hoauDe jok soit fou, ni qu'un homme sage soit iiqa*; Cette vérité étant établie de la sorte, il citdÉ que celui qui ne prend pas le cheval d*Dn IM ou la planche d'un homme qui court risqneè faire naufrage n'est pas un fou, puisqu'il ne k peut faire sans commettre un pédié dont ■ homme sage se doit toi^ours abstenir. 4*1111 néanmoins qu'il est regardé comme un fiM|ff ceux qui ne savent pas en quoi consiste la lofe c'est pourquoi j'estime, qu'au lieu d*emplofer* longs raisonnemenspour décider cette queA il n'y a qu'à définir les termes. Être fioa, c*eitf tromper ou par des actions ou par des pavis, pour ne savoir pas ce qui est bien. Gelai-llfl*dl donc pas fou qui ne s'épargne pas iui-mtne,* peur de nuire à un autre, ce qu*il ne ponnt faire sans commettre un péché; car h nai nous enseigne qu^il n'est jamais permis de laR à personne. Les animaux étant dépoomtf de sagesse, sont portés, par un instiocC secret à la nature, à se conserver; ils nuisent aux ariia pour en tirer du profit^ et ne savent pv q*

c'est un mal qtie de noire. Mais rhomme, ayant la connaissance du bien et du mal y s*abstient de noire, quelque incommodité qu'il en souffre; et c*e8t pour cela que Ton a toujours mis entre les principales vertus Tinnooence qui l'empêche de nuire. Il est donc clair que celui qui s'acquitte exactement de ce devoir, qui distin(pie Thoomie des bè(cs , et qui aime mieux nKNirir que de nuire à qui que ce soit , possède la sagesse à nn degré trës-éminent. Quiconque, pour avoir de Tor à vil prix, ne détrompe pas un mardiand, et quiconque, en exposant un esdave ou une maison en vente, ne déclare pas que Tun est accoutumé à s'enfuir ou queVautre est mal saine, bien loin d'être sage , comme Caméades semble ravoir prétendu, n'est qu'un fourbe et un trompeur. Les bétes ont l'adresse de tromper aussi bien que les hommes, et cette adresse paraît en elles lorsqu'elles dressent des pièges à d'autres bétes pour les prendre et pour les dévorer, DU lorsqu'elles évitent les pièges qu'on leur a dressés. Mais il n'y a que l'homme qui soit capable de la sagesse. Elle consiste à connaître le bien et le mal, et à s'abstenir de toute action et de toute parole mauvaise. Jamais un homme sage ne cherche le gain, parce qu'il méprise les biens de la terre; il ne trompe jamais personne, parce qu'il se croit obligé, comme, par le droit de la nature, d'avertir ceux qui se trompent : en quoi il imite la bonté de Dieu.

XIX. La raison pour laquelle ces philosophes ont soutenu que c'est une folie d'aimer mieux mourir que de nuire à quelqu'un, est qu'ils ont été persuadés que la mort détruit entièrement rhomme. En effet, si la mort nous anéantit, il semble que c'est la dernière de toutes les imprudences de ne pas faire tout ce qui dépend de nous pour conserver longtemps cette vie et pour goûter tous les plaisirs qu'elle peut fournir. Ce que personne ne peut jamais faire sans s'éloigner extrêmement de la justice. Mais si cette vie est suivie d'une autre et plus longue et plus heureuse, comme les raisons des plus célèbres philosophes, les réponses des oracles et les prédictions des prophètes nous en assurent , on liomme sage sait mépriser celle-ci avec tous les avantages qui raccompagnent, et se consoler de leur perte, par l'espérance de l'immortalité dont elle est récompensée.

Lélius, que Giccron avait chargé de la défense

de la verto , parle de cette sorte dans on dialogue de ce célèbre orateur. «La vertu recherche la gloire et n'a point d'autre récompense. » Elle en a une qui est très-digne d'elle, Lélius; mais vous ne vous en pouviez douter, parce que vous n'aviez aucune teinture des lettres saintes. «Elle demande, continue-t-il , fort Imnnêtement et sans aucune importunité les louanges qu'elle désire.» Vous vous trompez fort si vous croyez qu'il y ait aocun honneur qui puisse dignement récompenser la vertu, vous , dis-je, qui avez parlé dans un autre endroit en ces termes : «Quelles richesses, quels royaumes, et quels empires pourriez-vous offrir à un homme qui est dans cette disposition ? Il sait que tous ces biens-là n'ont rien que d'humain et de temporel, au lieu que ceux qu'il possède sont divins et éternels.» Qui vous prendra jamais pour un homme sage, puisque vous ne vous accordez pas avec vous-même, et que vous ôtez à la vertu les avantages que vous lui aviez donnés ? C'est Tignorance de la vérité qui vous met de la sorte dans l'incertitude et dans le doute. Vous ajoutez ce qoi suit : « Mais la vertu ne sera-t-elle pas privée de sa récompense, ou par la puissance de ses ennemis, ou par la jalousie de ses euvieux, ou par l'ingratitude du peuple?» Que la vertu dont vous parlez est vaine! Quelle est faible, puisqu'elle peut être privée si aisément de sa récompense ! Puisque ses biens sont des biens qui lui viennent du ciel , et qu'elle reçoit de la main de Dieo , comment se trouve-t-il des hommes ou assez envieux , ou assez ingrats , ou assez puissans pour les lui ravir. «Elle a, ditesvous, de quoi se consoler et elle se maintient par sa bonté naturelle. » Quelle consolation at-elle quand elle est accusée de plusieurs crimes, et quelle beauté quand elle est flétrie comme une coupable? Lorsqu'elle est persécutée, comme dit Furius , qu'elle est tourmentée , dépouillée , chassée, chargée de chaînes, condamnée, lorsqu'on lui coupe les mains, qu'on lui crève les yeux, qu'on la brûle, et qu'on la fait mourir, perd-elle sa récompense, ou périt-elle ellemême. Nullement, elle reçoit sa récompense de la main de Dieu, et jouit d'une vie immortelle. H semble que saus cette récompense il n'y aurait rien de si inutile, ni de si extravagant que la vertu. Mais cette récompense-là même est une preuve de l'immortalité de Tâme. Dieu a

enet; car ii lenr stnipw<ioe «e ■'m patme ntrvragance nMdu ridlcnla 4t NaffrA) lei i^ l^icei et b nortméme, plaiiH qnlârjeqMnb gniaa d'enGeiwdaDa' le ftn^^qMidi prtflhw 4Ud« UD eitrtm* périt tevtedriitfufi J> ^csDè; CeM qn'its ne tneoi pucmnbiea c'est nn vlee émmie d'adorer qKlqoe ititre dune qœ Dlen qui a crté te ciel et la terre, qii a prodait l'homme, qui a fbmé son corps, et qoi lui a inspiré l8 vie. Qae si un eadive qai s'^Foit de la maism de son maître passe pour nn perfMe, et est jugé digne des fers, de laprlstni,' et d'autres plus grands topplicei; ai un fils qni aiMbdonne son père et qui merise sa commandemens, mérited'ècreprifédtsasiKcenaÉ comme un impie et un perda, ceUi qui refine i Dieu le culte et le serrlce qu'il Ini daît, D*est41 pas ÏQflniment plus eoapablCt puiaqn'il igAnse par le même crime et son nate< U aoâfbni Un niKre qui a adieKnnacltVeneleflaMnft que pour le service qu'il en attend. Un ptn n'a en son pouvoir ni le moiDeat de la encaptiint de son Us, ni celai de sanaisMace, nilacoBservatioo de sa vie; ce qui fttt t(rir qu'il est plutAt le minisbti dont IMeu e'cat eerri poar mettre ee fils au monde qu'il n'en est le véritable père. De qnel supplice est digne celai qnî Bbandonne ce père et ce matUre , sf ee n'est du fea élemel, qui a été préparé am aq^nMIflB et dont les prbphjns mcMcent !«■ tapietP

XX. Que les païens tliAieiit de teÉKeVofr la fjrandeœ- du crime qu'ils eomtnettent qwid ih

se tuent d'enX-tnl^niM . «a ivhilni» «n nMm an.t^

mrmrurni im m «apmninT iinni f ni hJmraMS) raifaBlt'^B— ga^e 1 et arirsac ilégH^enfeM^ée km fi oiiBiicDtilaiiiBiNBtda» imt «à pM ttnoe qu'il» MjoaMliilMal idloa eui-n*Mi; fMti Dhp ^ÊtWtn ée se bOmper tt de eiigtrfr te*n i ils entraltienC lfl(jauU)nmDeiit,c leur était mie grande ecnaolattoa ' onip^faBa de^leura «rrems. Ej | crueU e qu'ils flpnt dprouTCT a«x nen»

un autre tfftt de ta' ntet. îbmih aveugle. Us fïHit femblaoi d'nar lenr rendre de tKRH office! , etiek dans le droit cbenin; Bi«ts.qii^ m ploient-ila pour cet effet? t^or pari «oimaideiKatî Ueji'agiaaeBtqae pi ih les meoaceat 4** plwcraelBBmipI merveiUeui et l'rétrtBgcamielcaMH «ardent i Oku la fld«lil« qa'JU i patamt peur dea §em é» noMmia manvaiee conduite;, et ]m bovrea

niBdnitactdebwKn».lieiiiB««us4 parmi oem qui aant déehiria pw 1m tounaeuB contre IMta aorte 4e JmG manité, eu plnUt peiiin canL4|ai irins innocent avec noc bai!t)ariedi point d'aenqik eitre im voiqnn tel tes.ks ennimiekii^ilniriaiMMM ptesles plna CareUdM^-f sorte i nn mtmta ^^'

peur qoe si notre religion continuait à croître, comme elle croit de jour eu jour, ils ne fussent abandonnés avec leurs temples. Puisqu'ils ne sauraient remporter aucun avanla{j;e sur nous par la violence, et que nous nous fortifions à mesure qu'ils tâchent de nous affaiblir, qu'ils agissent par raison. Que les pontifes, grands et petits, les flamines, les augures, les rois, les sacrificateurs, les prêtres et les ministres de votre religion paraissent ; qu'ils nous exhortent à rendre un souverain culte à vos dieux ; qu'ils nous persuadent qu'il y en a plusieurs qui gouvernent le monde par leur providence, qu'ils nous découvrent rorî;pne de vos mystères, et qu ils nous appreur ncnt la manière dont ils ont é(é établis. Qu'ils nous expliquent les récompenses promises à ceux qui les gardent, et les chàiimens réservés à ceux qui les violent ; qu'ils nousdisent pourquoi les dieux veulent être honorés par les hommes, et à quoi leur servent nos devoirs puisqu'ils possèdent une souveraine félicité; qu'ils nous prouvent toutes ces choses, non par leur propre témoignage, qui n'est pas reccvable en cette matière , mais par une autorité divine, comme nous avons accoutumé de faire quand nous établissons les vérités de la religion chrétienne. U ne faut pas user de force puisque la religion doit être libre. Il faut employer les paroles plutôt que les coups, afin que ceux qui l'embrasseront Tembrassent volontairement. Qu'ils se servent de toute la subtilité de leur esprit; qu'ils proposent leurs raisonncmens : nous sommes prêts à les écouter. Mais tant qu'ils garderont le silence, nous ne leur sy^teroas aucune foi, comme nous n'avons aucune déférence pour eux , quand ils prétendront nous réduire par la violence des tourmens. Qu'ils nous imitent, et qu'ils apportent des preuves de tout jcc qu'ils soutiennent ; car nous n'usons point de caresses, comme ils nous en accusent, pour attirer à notre religion. Nous prouvons notre doctrine, et nous montrons les principes iuéi)ranlablessur lesquels elle est appuyée. Nous ne retenons personne malgré lui ; car ceux qui manquent de dévotion el de fidélité ne sont pas propres au service de Dieu. Cependant nul ne sort de notre communion, parce que nous y sommes tous retenus par la vérité. Que les païens en usent de la même sorte, s'ils ont quelque bonne opinion de la caubc qu'ils défendent ; qu'ils entrent eu confé-

rence avec nous, et ils se feront railler par les femmes et par les enfans de notre religion pour lesquels ils ont du mépris. En vérité, c'est une extravagance inconcevable de prendre pour des dieux des hommes de la mort des(]ucls ils n'oseraient disGonvenir, puisqu'ils ont lu dans l'histoire leur généalogie, leur vie, leur règne. leur mort, le lieu de leur sépulture, leur con.sécration et leur apothéose, et puisqu'ils jugmi fort bien qu'ayant été si^ets à la loi de la mort, ils n'ont pas été exempts de celle de U naissance; que s'ils avaient l'impudence de nier des faits si évidens, ils seraient aisément convaincus par leurs propres livres où l'on voit l'origine de leurs mystères. Qu'ils reconnaissent la différence qu'il y a entre la vérité et le mensonge, puisqu'avec toute leur éloquence ils ne sauraient s'en persuader; au lieu que des personnes grossières el ignorantes persuadent tout ce qu'il leur plaît de persuader, [>arce qu'elles n'avancent rien que de véritable. Pourquoi donc exercent-iis de si horribles cruautés , et découvrent-ils en même temps d'autant plus visiblement leur fbliequ'ils affectent plus de la cacher? U y a une extrême différence entre la cruauté et la piété. La vérité et la justice ne s'accordent point avec la dureté ni avec la violence. Ce n'est pas sans si;ùet qu'ils n'osent parler d'aucune matière de religion; c'est qu'ils ont peur d'être abandonnés par ceux de leur parti et d'être raillés par ceux du nôtre. Si les profanes^qui ont un jugement sain et droit savaient que les mystères ont été institués en l'honneur d'hommes morts , ils les condamneraient et en chercheraient de plus véritables. Voilà pourquoi des artificieux et des fourbes ont si fort recounnandé le silence dans la célébration des mystères , afin que le peuple ne sût jamais ce qu'il adore. Pourquoi n'^outcnl-ils point de foi à ce que nous disons, nous qui sommes parfaitement instruits de leur doctrine et de la nôtre , et pourquoi ont-ils de la jalousie de ce que nous avons préféré la vérité au mensonge? «C'est, disent-ils, qu'ils sont obligés de défendre des cérémonies que l'antiquité a consacrées par un long usage. bQuc leur égarement procède d'une disposition de cœur peu honnête! Ils jugent fort bien qu'il n'y a rien de si excellent que la religion, et qu elle mérite d'être défendue de toute l'étendue de notre pouvoir; mais comme ils se trompent dans le choix de la

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religion, ils se trompent aussi dans celui des moyens par lesquels ils la défendent. Il faut défendre la religion non en tuant les autres , mais en mourant pour elle; non par la rigueur des supplices, mais par la patience; non par des crimes , mais par la foi. La religion étant un bien , elle ne veut point être défendue par le mal. Si vous entreprenez de la défendre en répandant le sang, en exerçant des cruautés , et en commettant des crimes , bien loin de la détendre vous la violez. Il n'y a rien de si volontaire que la religion, et elle est entièrement détruite pour peu que la liberté de celui qui offre son sacrifice soit contrainte. Le meilleur moyen de défendre la religion est de mourir pour elle. On l'autorise de cette sorte devant les hommes, et en même temps on conserve à Dieu la fidélité qu'on lui a vouée. Lorsque ceux qui servent les rois de la terre ont signalé leur fidélité par un service important, et qu'ils survivent au danger , ils en sont plus estimés et plus chéris de leur prince; et s'ils meurent pour ses intérêts, ils acquièrent une réputation universelle. La foi que nous gardons A Dieu est suivie d'une récompense d'autant plus solide et plus éclatante, qu'elle dure non-seulement autant que la vie présente qui est fort courte , mais autant que la vie future qui est éternelle. Le culte que nous rendons à Dieu est comme une milice spirituelle qui nous oblige à lui garder une inviolable fidélité. Gomment Dieu aimerait-il l'homme qui radore,s'il u était aussi aimé de lui? Quand les païens offrent à leurs '.dieux des sacrifices , ils ne leur offrent rien qui soit intérieur, ni qui leur soit propre. Ils ne leur offrent pohit une âme pure, une soumission sincère, une crainte respectueuse. Quand ils ont achevé leur vaine cérémonie, ils laissent toute leur piété dans le temple et ils n'en remportent rien, comme ils n'y avaient rien apporté.

Voilà pourquoi toutes ces religions-là ne peuvent rendre l'homme vertueux, ni ferme et immuable dans la vertu. Il est aisé d'en retirer les hommes, parce qu'ils n'y apprennent rien qui les rende ou plus heureux, ou plus pieux, ou plus sages. En effet, en quoi consiste toute cette religion des dieux? quel est son pouvoir? quelles en sont les cérémonies ? quelle en est lorigine et le fondement ? quelle en est la fin et la récompense? que promet elle à l'homme

pour l'engager à entreprendre sa défense? Je n'y vois rien que des cérémonies extérieures, et qui se terminent au bout des doigts. Notre rtligion au contraire est ferme , stable et immuable, parce qu'elle enseigpie la justice, qu'elle est intérieure, qu'elle réside dans le cœur , et qu'elle sacrifie ce cœur même comme une victime. La religion païenne ne demande que le sang des bêtes, que la fumée et l'odeor de l'encens, que l'effusion de quelques liqueur», au Heu que la nôtre demande une bonne conscience, la pureté du cœur, et rinnocence de h vie. La religion païenne admet indifKremmoit toute sorte de personnes, des femmes adolténi, des prostituées à l'incontinence publique, do âmes perdues qui, ayant renoncé à Ui pudeur dès leur jeunesse, tendent dans un âge avancé drs pièges à celle des autres et leur ôtent la liontc qui les empêcherait de s^abandonner â b débauche; elle admet des gladiateurs et des vofeons, qui ne demandent rien aux dieux qae fa grâce de commettre des crimes. Que demandera un gladiateur si ce n*est de tuer? Que dcnnandera un usurier si ce n'est de tromper? Que demandera une courtisane , si ce n'est de se souiller d'abominations? Que demandera une adultère , si ce n'est la mort de son mari, oo que son infidélité demeure secrète? Que d^ mandera une femme qui corrompt et qui pmtitue les autres , si ce n'est de dépouiller et de ruiner un grand nombre de personnes? Qk demandera un voleur, si ce n'est d'emporter une grande quantité du bien d^autnii? Rinni nous on ne tolère pas le moindre péché. Si quelqu'un offre son sacrifice avec une conscience qn ne soit pas pure, il entend aussitôt des nirnarp terribles de la bouche de Dieu, qui voit Icsrqrf» les plus cachés du cœur, qui est l'ennemi irrécniciliable du péché et qui nous obliffe indispen» blement à la loi et aux bonnes œuvres. Voitt comment la mauvaise conscience ni les prières injustes n'ont point lieu dans nos assenbUei Mais les païens sont dans un si misérable amglement qu'ils ne peuvent reconnaître eonAici une religion, qui autorise les crimes les ptafisfàmes et qui reçoit des prières laites anc m conscience toute souillée, est maavaiae. b s'imaginent avoir oRert leurs sacrifiées ivR beaucoup de piélé quand ils ont levé kon muius, comme si toute Tean des flemcs deli

mer pouvait effecer les taches de leur cœur. Il faut laver la conscience et la purifier des mauvais désirs qui la souillent. Il faut effacer tous les crimes par Teau de la vérité et de la foi. Quiconque en aura nettoyé son àme sera fort pur, de quelque ordure dont son corps puisse être sali.

XXI. Les païens tombent dans la dernière Impiété par un déplorable aveuglement , pour ne pas savoir quel est Tobjct de notre culte et quelle est la manière de le rendre. Ils adorent leurs ennemis. Ils offrent des sacrifices à des voleurs et à des homicides en mettant Tencens sur Tautel abominable, lis y mettent aussi leurs propres âmes pour y être consumées. Ils entrent en colère de ce que les autres ne périssent pas par un aveuglement semblable au leur; car quel aveuglement plus grand que de ne pas voir le soleil? S'il y avait des dieux, auraient-ils besoin du secours des hommes pour châtier ceux qui mépriseraient leur puissance? Si ces dieux manquent de pouvoir pour se venger, pourquoi les païens détruisent-ils la créance de ces dieux mêmes par la confiance qu'ils ont en leur pouvoir ? Ils sont en cela plus irréligieux envers leurs dieux que ceux qui refusent absolument de le« reconnaître. Gicéron, parlant dans les livres des Lois j de la pureté avec laquelle on doit offrir les sacrifices, dit : «Apportez de la piété, et n'apportez pas de richesses; quiconque en usera autrement, sera châtié par la justice de Dieu même.» Cela est fort bien dit; car il n'est pas permis de douter du pouvoir d'un dieu, et on ne l'honore qu'autant que l'on est persuadéqu'il est puissant. G)mment vengerait- il les injures de ceux qui Tadorent s'il ne pouvait venger les siennes? Je demanderais volontiers aux païens à qui ils croient rendre un bon office quand ils usent de violence pour contraindre les chrétiens à sacrifier à leurs dieux. Est-ce aux chrétiens sur lesquels ils exercent cette violence? Le service que l'on rend à quelqu'un malgré lui ne lui est jamais agréable et ne passe point pour un bienfait; s'il a tort de le refuser, il faut l'instruire et le convaincre par la raison. Pourquoi les païens exercent-ils de si horribles cruautés sur des personnes dont ils ne désirent que le salut? Quelle étrange piété , d'estropier et de rendre inutiles ceux dont on prétend procurer les avantages! Que s'ils n'ont point d'autre in-

tention en cela que de relever la gloire de leurs dieux, ils ne prennent pas garde que le sacrifice doit être libre, et que celui que l'on ofire par contrainte , et pour éviter ou la prison ou d'autres mauvais traitemcns, n'est qu'une abomination et un sacrilège. S'il y avait des dieux qui voulussent être adorés de la sorte, ils mériteraient pour cela seul de ne l'être pas. Des dieux qui ne demanderaient que des gémissemens, des larmes et du sang, seraient dignes d'exécration et d'horreur. Pour nous, nous ne demandons point qu'aucun adore notre Dieu malgré lui, bien qu'il soit le Dieu de tous les hommes , tant de ceux qui le reconnaissent comme nous le faisons, que de ceux qui refusent de le reconnaître. Noos avons une entière confiance dans le pouvoir qu'il a de châtier ceux qui le méprisent et ceux qui outragent ses serviteurs. C'est pour cela que nous ne disons pas une parole pour nous défendre contre ceux qui nous font les plus fâcheux et les plus injustes de tous les traitemcns; nous mettons la vengeance entre les mains de Dieu. Ceux qui , pour s'attribuer la gloire d'être les défenseurs de leurs dieux, exercent des inhumanités brutales, tiennent une conduite bien différente de la nôtre. On peut conclure de ce raisonnement : que le culte des dieux est mauvais, puisque l'on n'y attire les hommes que par de mauvais moyens; au lieu que s'il était bon, il fournirait des moyens qui le seraient. S'il est mauvais, il n'est pas permis de le rendre. Mais ceux , dit-on, qui détruisent la religion méritent d'être châtiés. La détruisons-nous plutôt que les Égyptiens qui adorent la figure des plus vilains animaux , et d*autres objets que la pudeur ne permet pas de nommer? La détruisons-nous plutôt que les païens mêmes, qui se raillent publiquement des dieux qu'ils font profession d*adorer, et qui souffrent que les bouffons les exposent â la risée du peuple? On a sans doute un fort grand respect pour des dieux que l'on adore dans les temples , et dont on se moque sur les théâtres. Ceux qui commettent ces sacrilèges, bien loin d'en recevoir aucun châthnent , en remportent de l'honneur et des louanges. Détruisons-nous la religion, plutôt que quelques philosophes qui soutiennent qu'il n'y a point de dieux, que tout ce qui est au monde est né de soi-même , et qu'il n'arrive rien que par un effet du hasard? La détruisons-nous

plutôt que les épicariens, qui, bien qu'ils demeureat d'accord de l'existence des dieux , révoquent en doute leur providence , et soutiennent qu'ils ne se soucient de rien , et qu'ils ne sont ni contraires à ceux qui les outragent , ni favorables à ceux qui les adorent? Il est clair que ces sentimens tendent à abolir le culte de toute sorte de divinité. D'ailleurs , quand ces philosophes parlent contre la crainte, n'ont -ils pas dessein de persuader qu'il ne faut pas craindre les dieux. Us débitent cependant ces maximes avec liberté, et on les écoute avec plaisir.

XXII. La raison pour laquelle les païens entrent en fureur contre nous et nous tourmentent par toutes sortes de supplices, n'est pas que nous refusons d'adorer les dieux , car il y eu a plusieurs autres qui ne les adorent pas non plus que nous; mais c'est que nous disons la vérité, qui est toujours odieuse. Quel jugement pouvons-nous faire d'eux, si ce n'est que la rage qui les transporte leur ôte la connaissance de ce qu'ils font. Ce ne sont pas eux qui nous persécutent , parce qu'ils n'ont en effet aucun sujet d'être en colère contre nos personnes très-innocentes et qui ne leur ont jamais fait de mal; ce sont des esprits impurs qui les possèdent et qui les agitent , qui connaissent la vérité et qui la détestent. Pendant que le peuple de Dieu jouit de la paix, ils sont dans Finquiétude et dans la crainte ; dès qu'ils se sont emparés du corps de quelqu'un et qu'ils le tourmentent, ils sont exorcisés au nom de Dieu ; et aussitôt qu'ils Tentendent prononcer, ils sont saisis de frayeur et de tremblement. Us s'écrient alors qu'on les bat et qu'on les brûle. Us confessent ce qu'ils sont , pourquoi ils sont venus, la manière dont ils sont entrés dans le corps qu'ils possèdent , et enfin ils obéissent et se retirent. Les menaces dont les justes les épouvantent et les supplices dont ils les châtient, sont la cause de la haine qu'ils nous portent. Mais parce qu'ils n'ont pas le pouvoir de nous nuire eux-mêmes, ils nous suscitent de violentes persécutions, à dessein ou d'affeiblir notre foi par l'excès de la douleur, ou au moins de nous enlever du monde, afin qu'il n'y ait plus personne qui puisse réprimer leur malice. Je n'ignore pas l'objection que l'on me peut faire, et je sais bien que l'on me peut de-

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dant , dont la grandeur et la puissance n'ont point de bornes, permet que ceux qui sont attachés à son service souffrent de si rudes trait^ mens et pourquoi il ne les prend pas sous sa protection. On demandera peut-être encore d'où vient que ceux qui ne lui rendent aucun honneur sont dans la prospérité et dans Tabondance, et d'où vient qu'ils possèdent des richesses, des dignités, des sceptres et des couronnes, n faut rendre raison de cette conduite, et arracher jusqu'aux moindres semences d'une erreur qui corrompt la plupart des esprits. La forte impression que les biens du siècle , qui ne servent de rien à l'âme , font sur les hommes grossiers et charnels , leur persuade que la piété oe sert de rien, puisque ceux qui en font profosion sont dans la pauvreté et dans le mépris, an lieu que ceux qui adorent les idoles ont entre ks mains les richesses et la puissance. Ceux qui sont dans un si bas sentiment nesoiigent pas que l'âme est la principale partie de i'bomme; ils ne voient que le corps , qui , étant tendre et palpable , est aussi faible et sujet à la mort Lea richesses , les honneurs , les royaumes et la empires , qui excitent si fort Tadmiration et les désirs, ne sont destinés qu^à son usage « nescr vent qu'à entretenir ses plaisirs, et sont périisables comme lui; mais l'esprit, qui est seul toot l'homme , étant invisible, a aussi des tMem invisibles, qui sont les vertus, et il n^est pas mois stable , moins durable ni moins ëlernel que to vertus mêmes.

XXIII. Je serais trop long si je fiaisais id k dénombrement de toutes les vertus, pour bm»trer combien il est nécessaire que ceux qnidést* rent conserver la sagesse et la justice auiesi éloignés de l'amour des biens qui se reoooi' trent ordinairement entre les mains des impifl^ et qui , étant regardés par les ignorans conoe la récompense de là piété, leur persuadent qae le culte des dieux n'est pas moins légitime qae profitable ; je me contenterai d'apporter Feica* pie d'une seule vertu pour prouver ee qoe je prétends. La patience est une des plus OBondirables; elle est également louée des peuples cl des sa vans , des orateurs et des pJiJLwflphft. Q* si Ton ne peut nier que ce ne soit une cmllente vertu, on ne peut aussi nier que janai elle ne sera réduite et pratiquée par un houuM

mander pourquoi ce Dieu unique et îadépen- | sage et juste, à moins qu U ne soit sous lapai»-

K sance d*uD homme ii^uste : car le devoir de la ^- patience est de souffrir sans trouble le mal que t Ton nous fiait ou qui nous arrive. Cet homme '} sage et Juste doit être capable de la patience, s puisqu'il est capable de toutes les vertus; et I néanmoins ii ne la pourrait exercer s'il n'éprou- I vait quelque disgrâce : celui qui est toujours 13 dans la prospérité n'a aucune occasion d'exercer j la patience, et ainsi est privé dune excellente : vertu. Je dis qu'il n'exerce point la patience , [ parce qu'il ne soufFre aucun mal. II ne saurait non plus conserver l'innocence, qui est la vertu ; particulière du sage et du juste : bien loin de la I conserver, il la perd en désirant le biend'autrui, en Tenlevant avec violence, et en se portant avec une licence effrénée à toutes sortes dexcès, parce qu'il n'a aucune vertu qui le retienne et le modère. Il affecte d'exercer une domination iojurieuse sur des personnes libres, parce qu*il n'a pas la force de réprimer son ambition, et qu'il s^enfle d'orgueil au lieu de faire réflexion sur sa foiblesse. Les impies, qui ne connaissent point Dieu, sont souvent environnés d'honneur et de notoire : ces biens temporels et passagers , dont Tacquisition est souvent injuste et la jouissance criminelle, sont Tunique récompense qu'ils peuvent espérer. Le juste et le sage, sachant, , comme dit Lxlius , que tous ces biens-là sont humains et temporels , au lieu que les siens sont éternels et divins, il ne désire rien de ce qui appartient à un autre, de peur de lui faire injure, et ne recherche ni les dignités ni la puissance : il regarde tous les hommes comme ses frères et corame les enfans de Dieu , qui est leur père commun; il se contente du peu qu'il a, parce qu*il ne veut que ce qui lui est nécessaire pour passer cette vie qui est fort courte; il a même tant de charité qu il donne une partie de ce qu'il possède à ceux qui possèdent moins que lui ; il méprise les plaisirs défendus , parce qu'il garde la continence et qu'il dompte ses passions; il n'est point enflé d'orgueil, ne s'élève point insolemment au-dessus des autres ; mais les connaissant parfaitement, il est d'une humeur douce et traitable, et entretient la paix avec tout le nionde. Lhomme juste et l'homme sage ne faisant, comme je l'ai dit, tort à personne, ne désirant rien du bien d'autrui, ne défendant pas même le sien lorsqu'on le lui enlève avec violence, doit nécessairement tomber sous la

paissance des méchans et des impies , et souffrir les persécutions qu'ils lui voudront faire, afin que d'un côté ils comblent la mesure de leurs crimes, et que de l'autre il triomphe de leurs crimes par sa vertu.

Que si quelqu'un souhaite d'être plus particulièrement informé des raisons pour lesquelles Dieu permet que les méchans soient riches, puissans et heureux sur la terre, et que les gens de bien soient pauvres, faibles et malheureux , qu'il prenne entre ses mains un Uvre de Sénèque, dont le titre est : Pourquoi plusieurs mai/ieurs arrivent aux personnes de probité, bien quHymt une Providence? Ce philosophe a avancé dans cet ouvrage une grande quantité de propositions qui n'ont rien de l'ignorance du siècle et qui semblent plutôt venir de la sagesse de Dieu. «Dieu, dit-il, regarde les hommes comme ses enfans; il permet que les débauchés et les vicieux vivent dans le dérèglement et dans le désordre, parce qu'il ne juge pas qu'ils méritent qu'il les corrige et les réforme. Au contraire, il exerce la vertu des gens de bien par des travaux continuels, de peur que la jouissance des biens ne les corrompe. » C'est pourquoi personne ne doit s'étonner que Dieu châtie quelquefois nos crimes. Quand il semble nous traiter avec la plus grande sévérité, nous lui rendons de très-humbles actions de grâces de ce qu'au lieu de souffrir le débordement de notre corruption il la fasse avorter par le châtiment d'une justice pleine de bonté. Le soin qu'il prend de nous châtier est une preuve de la vigilance avec laquelle il veille sur notre conduite. 11 lui était aisé de nous combler de biens, connue il en combla autrefois les Juifs, et de nous mettre entre les mains et l'autorité et l'empire ; mais il a voulu nous laisser dans l'indépendance, de peur qu'une trop grande prospérité ne nous jetât dans le luxe et n'effaçât ses commandemens de notre mémoire, comme elle les effaça autrefois de celle des Juif^ qui sont nos pères, il garde ce sage tempérament, de nous procurer du repos quand nous observons ses préceptes , et de nous punir quand nous les violons. Il veut que ceux sous la puissance desquels ils nous a mis nous affligent , de peur que nous ne nous corrompions dans Toisiveté comme nos pères, pour avoir lieu de nous soutenir si^ lious sommes ébranlés, de nous relever si t:uuc>

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tombons, et de nous couronner si nous demeurons fermes et fidèles. Gomment un général d'armée éprourerait-il sea soldats, s'il n'avait pas d'ennemis h combattre? Il n'y a pont de général qui n'en ait malgré lui, parce qu'il est sujet à la mort et à la débite. Bien que Dieu ne puisse avoir feiuemis, H ne hisse pas d'en susciter qui prennoit les armes non contre loi, mais contre les soldats qui combattent tous ses enseignes, afin qu'en reWant leur courage et en éprouvant leur fidélité, il rénUîsse parmi eux la v^ear de la discipline.

Il y a une antre raison pour laqudle Dieu pennet les persécutions, qui est : qu'elles contribuent à l'accroissement de la foi et k la multiplication des cbrétiens. Il n'est pas mal aisé de montrer comment cela arrive. Il y a des personnes qui sont détournées du culte des dieux par la vue des cmaulés que Ton eierce omtre nous ; il y en a d'autres qui sont attirées i notre communionpar l'admiration de notreconstance et de notre fidélité. Quelques-ans se doutent que ce n'est pas sans nfison qu'un si grand nombre d'hommes soutiennent que le culte des dieux est criminel, et qu'ils aiment mieux mourir que d'en souiller leur cmiscieiice; d'antres sont touchés de la curiouté de savcnr quel est ce bien que les cbrétiens décident jusqu'au dernier soupir, pour lequel ils méprisent la vie et tout ce qu'elle a de pins cher, et soufiirent la mort avec ce qu'elle a de plus terrible, comme les douleurs les phis sensibles et les supplices les plus exquis. Ces considératimsJi tOat de fortes impressions sur les esprits; mais riea n'aug^ mente plus notre nombre qaequand le peuple entend dire aux martyrs au milieu des tourmens: qu^ils n'offrent point de sacrifices à des pierres taillées par la main des hommes, mais k un Dieu vivant qui est dans le ciel. Plosleors y font attentim, et recoonaissoit que c'est la jostice et la vérité. Il arrive sonvent qoe quand les païens raisMuient entre eux, et qu'ils recherchent la cause de la fermeté que les chrétieas font paraître, ils répètent toat ce qu'ils ont entendu dire de notre religion ; et.coomie parmi cela il y a quantité de bonnes choses, ils ne manquent pas de les approuva*. Lesduàtimens dont la justice divine punît nos persécuteurs ' portent un grand nombre de personnes k emhrassw notre religion. Ceux qui ont été délivrés

des uciuuuB i]*" 'c* puMcuaiieitt M crahnt oli'

gés par reconnaissance k Mre proHeanondeli

Hé dont ils ont reçn nu aeemm ai aihAÉ&

' s ces molîfîi dîFFérens attirent une f^noie

e de personnes au service de notre Dieo. XXIV. Dieu permet sans doute lespersto-

s qui sont «citées contre nous par lei aia is princes ; mais bien que ces injustes pa»

'urs qui déshonorent le nom de Dieu mes le: nioislres de sa colËre, ils D*éviteroDlpatlc

îment qu'ils mériteot ; ils seront pauu 1 1 t jugement , pour avoir abusé avec «cèi du ivoir qu'ils avaient reçu de lui, et pour sm

irisé son nom avec un orgueil sans eiemplc

Il menace de les chAtier bientôt , et de les ma-

ner de la terre comme des animaui <|ui a< I

que du mat. Mais bien qu'il ait accvuCum! |

de châtier et dans ce monde et dans l'auire la '

vi ences que l'on nous fait, il nelais»e païA|

i conimandcr d'attendre avec palieticc k | jour auquel il rendra à chacun seliHi ms nuvrcv <^ue les impies et les sacrilèges n'e^p^ent pi 1 <|ue ceux qu'ils écrasent ne seront jamais m- j f, ; les loups dévoraus qui déchirent des itml i Kentes ne s'exempteront pas du cbiUmoi | Vi ons ensorte seulement que les hommes a tn ivenC point de crimes en nosperSDi qu' Is n'y puissent persécuter que là justirc;* ' ]s de mériter que Dieu venge nos Injorat qu il récompense notre patience.

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