L ur vertu et leur doctrine u'ont poinl de
ci , puiitqu'iU ne coDri«issvul pu thea ,
l'unique priociiie de louic doctrine A
de ( c vertu. Quiconque ae le connaUpiûit
estaveiti^le quoiqu'il voie, et svurd quoiqu'il
entende, el miicl quoiqu'il parle; mais db i|U'il
C8nuDenceniâlccoi]iiaIlre,ilcotoBiifocKf9aiUM
à voir, à entendre et A parler, tl (
alors A avoir une icte qui cet le »ié{]c dn m»,
et où A les yeui , les oreilles et la kuent
Celui-là voit , qui re^unali par Ica yeux de
I' il la véi-iiÉ^ , qui est Dii;u màne ; cdui-li
1, qui reçoit les Gomiuamli'Ricns de Dieu
au id de Sun Cttur; celut-lu parle, qui pubËc
uui' et ta majuHié de Dieu. Mani cefai
c ne connaît, ))uiiit Dieu t^t sau» doute no
rtloiiles les verluK qu'il £i-vît avoir se
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qi pe ^uime ne doit se gloriAer de ses vertiu
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pauvreté, le bannissement, la douleur et la mort, que le peuple prend pour des maux insupportables, pourquoi les philosophes assurent-ils qu^elIe ne doit être rcdicrchée que pour elle-même? Est-ce qu*au lieu de mener une vie tranquille et commode , ils prennent plaisir à souffrir des a{;itations et des traverses qui ne leur servent de rien ? Si les âmes sont sujettes â la mort , et si les vertus s'évanouissent en même temps que le corps se résout en pourriture, pourquoi refuserions-nous de jouir des biens que Dieu nous présente en cette vie , et pourquoi nous déclarerions-nous nous-mêmes méconnaissans de sa bonté ou indignes de sa faveur? Il est vrai que pour posséder ces biens-là, il faut commettre des crimes ;car quand on demeure dansles bornes de la vertu et de la justice, ou n'a que de la pauvreté. Ce n'est donc pas être sage que de se priver des biens dont les autres jouissent en cette vie, et préférer à ces biens-là les travaux, les tourniens et les misères, sans pouvoir espérer aucun autre avantage plus considérable. Que s'il faut embrasser la vertu par la raison que marquent ces philosophes, qui est que Thommeesl né pour rac(iuérir, il faut sans doute être consolé par Tespérance de quelque récompense au milieu des fatigues et des misères où engage la poursuite de la vertu. Elle ne passerait jamais pour un bien , si elle n'était suivie de quelque douceur qui tempérât son amertume. On peut dire de la même sorte que, si la privation des biens présens n était comme compensée par la jouissance de (luelques autres biens, il n'y aurait pas de prudence à s'en priver. Or il n'y en a point d'autres que ceux de la vie étemelle, comme je l'ai feit voir dans le troisième livre de cet ouvrage. Il n'y a que Dieu, qui nous a proposé la vertu, qui nous puisse donner cette vie étemelle en récompense. Notre principal devoir est donc de le connaître et de le servir; Tunique espérance de noire salut est fondée sur ce devoir : c'est le premier degré de la sagesse de savoir qui est noire vériiable père, de l'honorer et de lui obéir avec tout le soin et toute la soumission dont nous pouvons être capables.
X. Après avoir parlé des devoirs qui sont dus à Dieu , je dirai quelque chose de ceux qu'il faut rendre î\ riiomme, bien que ceux que l'on rend à riionimo rolournent en quelque sorte à Dieu, l'ul .l'ie l'homme est son image. Le premier
devoir de la justice nous attache à Dieu, et le second nous attache à l'homnu' : le prcuner s'a[h pelle religion et le second Iminanilé. Celle première vertu est propre et particulière aux justes etaux serviieurs de Dieu. Il n'a pus donné la sagesse aux bêtes, mais sulcmenl des armes pour leur défense. Au contraire; ayant fait naître l'homme nu et faible, il lui a donné la sagesse pour éviter les peines et pour se garantir des disgrâces; mais il lui a donné en même temps l'humanité pour aimer, pour secourir et pour défendre les autres hommes : c'est le lien de toute société, que nul ne peut rompre sans se rendre coupable d'un parricide. Nous sommes tous unis de parenté, puisque nous sommes tous descendus du premier homme que Dieu avait formé, et ainsi on ne peut sans crime haïr un homme, quand même il serait coupable. C'est pour cela que Dieu nous a défendu d'entretenir ni d'inimitié, ni de haine. De plus, nous sommes tous frères, puisque nos âmes ont été l'œuvre de Dieu. Cette union est plus étroite et plus sainte que celle du corps ; et Lucrèce ne s'est pas trompé quand il a dit que nous sommes tous originaires du ciel et tous descendus du même père. Il faut donc regarder comme des bêtes farouches ceux qui , s'étant dépouillés de tout sentiment d'humanité, volent les hommes, les tourmentent et les font mourir. Dieu veut que nous entretenions si religieusement cette union fraternelle, qu il nous défend de faire du mal à personne et nous commande de faire du bien à tout le monde. II explique ce que c'est que de faire du bien, en disant : que c'est assister nos frères dans le besoin et leur donner de quoi vivre quand ils sont dans la pauvreté. C'est pour cela que Dieu a ordonné que nous vécussions en société et que nous considérassions en chaque personne la nature qui nous est commune. Nous ne méritons pas d*être assistés si nous refusons d'assister les autres.
Les philosophes n ont laissé aucuns préceptes sur ce sujet , et ayant été éblouis par Téclat d'une fausse vertu, ils ont ôté à l'homme la miséricorde , et accru les maladies qu'ils promettaient de guérir. Bien qu'ils demeurent d'accord qu'il faut entretenir le lien de la société civile, ils le rompent par la rigueur inflexible qu'ils attribuent à la vertu.
Je réfnicrai en cet endroit Terreur de ceux
LACTANCE
qui croient quMI ne faut rien donner à personne. lis rap[)rochent plusieurs raisons par lesquelles ils disent que les hommes ont été obli(]^és de bâtir des villes. Ils assurent que ceux qui étaient nés de la terre vécurent dans les forêts sans entretenir aucune société, ni par le discours, ni par les lois; qu'ils n'avaient point d'autres lits que des herbes et des feuillages, d'autres maisons que des antres et des cavernes, et qu'étant exposés aux incursions des bêtes, ils servaient souvent de proie à leur crauté ; que ceux qui étaient échappés d'entre leurs dents, et qui avaient vu dévorer leurs proches,avaient imploré par gestes les secours des autres hommes, et ayant donné des noms à chaque chose, avaient inventé l'usage de la parole ; qu'ayant reconnu que, bien qu'ils fussent nés ensemble, ils n'étaient pas pour cela en sûreté contre la violence des bétes ; ils se fermèrent de murailles, afin que leur repos ne fût plus troublé durant la nuit. Que les esprits qui ont inventé ces bagatelles étaient faibles ! Que ceux qui les ont publiées et qui en ont voulu conserver la mémoire étaient imprudens ! Quand ils ont vu que les animaux avaient reçu de la nature Tinclination de s'assembler et de s'attaquer les uns les autres, d'éviter le péril, de se retirer dans des antres, ils se sont imaginé que les hommes avaient appris de leur exemple ce qu'ils devaient craindre et ce qu'ils devaient rechercher, et que jamais ils ne se seraient assemblés, ni n'auraient inventé l'usage de la parole, si quelquesuns d'entre eux n'avaient été mangés auparavant par les bétes.
D'autres ont soutenu que cette imagination csl extravagante, comme elle l'est en effet, et ont assuré que les hommes ne se sont point assemblés par le seul désir de s'opposer à la violence des bétes, mais par un sentiment qui les éloigne de la solitude et leur fait rechercher la compagnie.
Leur différend n'est pas fort grand : ils semblent s'accorder au fond, bien qu'ils n'apportent pas la même raison des premières assemblées des hommes. L'une et l'autre était possible; mais ni Tune ni l'autre n'est vraie. Les hommes ne sont pas nés de la terre, ni des dents d'un dragon, comme les poètes l'ont feint. Ije premier homme a été formé parles mains de Dieu, et la terre a été peuplée de ses descendans, de
la même sorte qu'elle Va été par les enfans de Noé depuis le déluge. Les hommes n'ont jamais été sur la terre sans avoir l'usage de la parole, comme chacun le reconnaîtra aisément pour peu qu'il ait de lumière. Supposons néanmoios qu'il y ait quelque vérité dans ces fiables, que d'impertinens vieillards ont inventées durant un trop grand loisir, et détruisons-les par les mêmes moyens par où ils s'efforcent de les éu- Slir. Si les hommes se sont assemblés pour se pouvoir secourir mutuellement , il ne leur faot point refuser le secours qu'on leur peut rendre. Ceux qui refusent l'assistance qu *ils peuvent rendre, se privent de celle qu'ils pourraient recevoir ; et il faut même qu'en reFusant d'assister les autres, ils se persuadent n'avoir besoin de personne. Quiconque se retranche ainsi delà société humaine ne peut plus vivre d'une autre manière que les bêtes. Ceux qui ne se veulent pas abaissera ce genre de vie, sont Mif,és d'entretenir la société, de rendre aux autres tous les secours qu'ils peuvent, et d^en attendre de semblables quand ils en auront besoiii.
Que si les hommes ne se sont assemblés que par un mouvement d'humanité et de tendresse, ils doivent se connaître et s'unir par ce mouvement; et certes si ceux qui étaient encore si grossiers et si ignorans qu'ils n'avaient anam usage de la parole, ont témoigné par leurs gestes l'inclination qu'ils avaient d'établir entre csx une communauté, ceux qui mènent une vie fort polie , et qui sont si fbrt accoutumés i h fréquentation des autres quMIs ne pourrûent souffrir la solitude, ne doivent-ils pas être encore plutôt dans ce sentiment ?
XI. 11 fout avoir des sentimens d*hnmanité,si nous voulons retenir le titre d'homme. Or qu'est-ce autre chose d'avoir des sentimens d'humanité , si ce n est d'aimer les hommes parce qu'ils ont la même nature que nous? Il n'y a rien de si contraire à la nature de rhomme que la dissension et la discorde. Cette parole de Gicéron est très- véritable, «qu'un homme qni suit les sentimens de la nature ne aaunit jamais nuire à un autre homme.» Si c'est im action contraire à la nature que de nuire à aa homme , ce sera une action conforme ft la nalare que de l'assister. Quiconque manque à ce devoir renonce à la qualité d'hom»». Je demanderais volontiers si ceux qui sout lent qu*iin I
sage ne doit point être touché de compassion, s'ils en voyaient un qui aurait des armes, et de qui un autre, qui aurait été enlevé par une bète forouche, implorerait le secours, il le devrait secourir ou Tabandonner. Ils ne sont pas assez impudens pour nier qu'il dût fiiire ce que rhumanilé demande en ces occasions. Si un homme était au milieu d'un incendie ou sous les ruines d'une maison , ou s'il était tombé dans Teau soit d'un fleuve ou de la mer, n'avoueront-ils pas que Thumanité oblige à le sec«)urir? Us ne seraient pas hommes s'ils ne l'avouaient ; car il n'y a personne qui ne puisse tomber en quelques-uns de ces dangers. Ils demeureront d'accord qu'un homme de cœur fera tout ce qu'il pourra pour sauver celui qu'il verra en danger de périr. Ceux qui n'oseraient disconvenir que l'humanité oblige à sauver ceux qui se rencontrent dans ces périls , ont-ils quelque raison pour prétendre que l'on n'est pas obligé de secourir ceux qui sont pressés de la faim ou de la soif, ceux qui n'ont point d'habits pour se couvrir durant la rigueur du froid. Bien qu'il y ait la même raison pour assister ceux qui tombent dans les hasards extraordinaires d'un embrasement ou d'un naufrage, que ceux qui sont dans la nécessité plus commune de la pauvreté, ils y mettent de la différence, parce qu'ils mesurent toutes choses par leur intérêt, et qu'ils espèrent que ceux qu'ils auront délivrés d'un danger leur en témoigneront de la reconnaissance; au lieu queles pauvres qu'ils auront assistés ne leur en témoigneront jamais , parce qu'ils périront bientôt de misère. G*e$t de ce sentiment que vient cette exécrable parole de Plante : « Que celui qui donne l'aumône à un pauvre lui rend un mauvais office ; car outre qu'il perd ce qu'il lui donne , en prolongeant sa vie il prolonge aussi sa misère.» On peut néanmoins excuser Plante d'avoir mis ces paroles dans la bouche d'une personne à qui elles convenaient. Mais peut-on excuser Gicéron d'avoir conseillé dans les livres des Offices de ne rien donner à personne? Voici comment il parle: «Les largesses que l'on fait de son propre bien en épuisent le fonds , et ainsi la libéralité se détruit en quelque sorte elle-même; car plus on l'a exercée , et moins on est en pouvoir de l'exercer. » Il ajoute un peu après : « Y a-t-il rien de si extravagant que dose mettre en étal de ne pouvoir faire long-
temps ce que Ton fait avec plaisir ? o Voilà comment ce professeur de la sagesse détourne les hommes des devoirs de l'humanité, et comment il les avertit d'avoir un plus grand soin de conserver leur bien , que d'observer la justice. Il a si bien reconnu lui-même que ce conseil est cruel et criminel , qu'il semble l'avoir rétracté en un autre endroit , où il s'explique de cette sorte : « Il t^ut pourtant donner quelquefois , et faire part de son bien à des personnes capables.» Qui sont les personnes capables, sinon celles qui peuvent reconnaître les bienfaits ? Si Gicéron vivait encore , je m'écrierais , en lui adressant la parole : Vous vous êtes égaré en cet endroit ; vous avez ôté la justice d'entre les hommes, quand vous avez réglé sur l'intérêt les devoirs de l'humanité et de la piété. Ge ne sont pas ceux qui peuvent témoigner de la reconnaissance qu'il faut assister ; ce sont principalement ceux qui n'en peuvent témoigner : car quand vous les aurez soulagés sans espérance d'aucune reconnaissance, vous vous serez alors acquitté des devoirs de la justice, de la piété et de l'humanité. Voilà en quoi consiste la véritable justice dont vous nous accusez de n'avoir pas seulement l'image. Vous dites en plusieurs endroits de vos ouvrages que la vertu n'agit pas par intérêt , et vous avouez dans le livre des Lois que la libéralité est gé* néreuse , et qu'elle ne demande point de récompense. « Il est certain, dites-vous en un endroit, que celui qui est libéral et bienfaisant ne cherche que la gloire de son action , et ne songe point au profit qu'il en peut tirer. » Pourquoi donc dites-vous en un autre endroit que vous n'obligerez que des personnes capables de le reconnaître ? N'est-ce pas que vous en voulez recevoir la récompense? Selon vos conseils, on laissera mourir un homme de faim et de froid , quand on verra qu'il ne sera jamais en état de reconnaître les secours qu'on lui aurait rendus. Un homme qui sera dans l'abondance et dans le luxe n'en soulagera pas un autre qui sera dans la dernière nécessité? Vous dites que la vertu n'attend point de récompense , et qu'elle mérite d'èlre recherchée pour elle-même. Jugez donc de la justice qui est la première et comme la mère de toutes les vertus, non par votre intérêt , mais par son propre prix , et mettez vos bienfaits entre les mains de ceux qui ne vous
peuvent jamais rien rendre. Pourquoi choisissezvous les personnes? Vous devez rej^ardcr comme des hommes tous ceux qui implorent votre secours dans la croyance que vous avez de Thumanité. Gardez la justice, et défaites-vous de l'ombre et de l'apparence. Donnez aux aveugles, aux boiteux, aux estropiés, à ceux qui sont dépourvus de secours et qui sont en danger de mourir si vous ne les assistez. S'ils sont inutiles aux hommes , ils ne sont pas inutiles à Dieu , puisqu'il leur laisse la jouissance de la vie. Faites ce que vous pourrez pour la conserver. Quiconque pouvant assister un homme qui est en danger de mourir ne l'assiste pas , est la cause de sa mort. Ceux qui ont renoncé aux sentimens de la nature , et qui ne savent pas quelle est la solide récompense des bonnes actions, perdent leur bien par l'appréhension de le perdre ; ils tombent dans l'inconvénient qu'ils veulent éviter , qui est qu'ils ne tirent aucun profit de ce qu'ils dépensent , ou qu'ils n'en tirent qu'un profit qui ne dure que fort peu de temps. Us refusent une légère aumône à un pauvre, et aiment mieux perdre l'humanité que la moindre partie de leur bien ; et en d'autres occasions , ils font des dépenses qui sont tout ensemble et immenses et inutiles. Que dirons-nous de ceux qui emploient à des jeux et à des combats des richesses qui suffiraient à nourrir les habitans d'une ville entière , si ce n'est que ce sont des furieux qui prodiguent leur bien sans que personne en tire aucun fruit? Il n'y a point de plaisirs qui soient de longue durée. Ceux qui se prennent par les yeux ou par les oreilles passent plus vite que les autres. Ceux qui en ont joui les oublient aussitôt, et ne se sentent point obligés à ceux qui ont fait de grandes dépenses pour les leur procurer. Us réussissent quelquefois si mal, qu'ils n'excitent que des plaintes; et quand ils réussissent, ils n'attendent qu'un applaudissement de peu de jours. Voilà comment des hommes vains dissipent leurs biens en de folles dépenses.
Ceux qui les emploient à des ouvrages plus solides et à élever de superbes édifices qui puissent conserver à la postérité la mémoire de leur nom, se conduisent-ils avec plus de sagesse? 11 est certain qu'ils ne font pas fort bien de cacher leurs trésors sous la terre. Il n'y a point de nionunions qui soient clernels. liCS louan[;e6
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ne servent de rien aux morts. Les plus magnifiques bàtimens peuvent être renversés par un tremblement de terre, ou consumés par un embrasement, ou ruinés par F irruption d'une armée, ou ruinés enfin par la suite des temps; car, comme dit l'orateur romain : «Il n^y aucun oavrage de la main des hommes que la longnenr du temps ne détruise. » U n'y a que la justice et la libéralité qui croissent de jour en jour. Ccm qui exercent la libéralité envers leurs concitoyens et leurs amis font mieux sans doute que ceux qui donnent des jeux et des combats au peuple, parce que ce quHls donnent n'est pas tout à fait perdu ; nuis ils ne donnent pas encore de la manière qu'il faut. Pour bieB donner , il faut donner à ceux qui sont dans la nécessité. Tout ce que l'on donne à des personnes qui n'en ont pas besoin, ou ce que Ton donne à des personnes qui le pourront rendre, est mai donné. Il n'e^t pas donné selon la jusUoe, puisque, quand on le retiendrait, €:lle n'en serait point blessée. L'unique devoir de la justice et de la libéralité est d'employer son bien à nourrir les pauvres qui smit dans on ettrteic besoin.
Xll. Voilà quelle est la parfaite jostioe qui entretient la société civile dont parient les philosophes. Le véritable usage des richesses est de les employer non pour son plaisir, mais poor la conservation de plusieurs personnes psr m motif d'équité, qui est une vertu qni dcmcarc toujours.G'est donc une maxime constante:qu*3 faut faire la charité sans intérèL U n*en EmK attendre la récompense que de Dieu; et quiconque l'attendrait d*un antre, fierait no tnficaa lieu de faire une charilé. U n'aurait oUigé posonne et n'aurait agi que pour son propie amntage. Ce n'est pas que celui qui ftit dn bka à un autre sans attendre rien de lui i^ wCjttoun aussi son propre avantage , puisqu'il ca rc(oît la récompense de Dieu. La miaérioorde doit lAlement entrer dans toutesIesactions.de notre vie , que Dieu nous couunande d'inviter à na festin ceux qui ne sauraient nous le rendit. Cs n'est pas qu'il nous défende de eoayecaer et de manger avec nos proches et avee nos anuit pourvu que nous lussions différence dea demies de la société et de ceux de Famitié. L'hospitalité est une vertu fort nécessaire, comme les philoi>ophcs en demeurent d'accord , mais ib
détouraent le cours que la justice lui donne pour rappliquer à leur profit. aTbéophraste, dit Gîccron , a donné à Fhospitalité les louanges qui lui sont dues, et il n'y a rien en effet de plus glorieux que de voir les maisons des persunues de condition ouvertes aux étrangers qui sont considérables ou par leur naissance ou par leur mérite.)) II s'est trompé ici de la même sorte qu'auparavant quand il a dit qu'il Faut Faire du bien à des personnes capables de le reconnaître. La maison d'un bomme sage et d'un homme juste doit être ouverte non à des personnes illustres et éminentes en dignité, mais aux plus pauvres et aux plus méprisables. Ces personnes illustres n*ont besoin de rien; leur propre grandeur leur suffit. Toutes les actions d'un homme juste doivent être des bien- Faiis. Or un bienfait périt quand il est rendu. Il ne nous est plus dû, dès que l'on nous en a payé le prix. La justice veut que les bienFaits soient entiers, et ils ne le sont jamais s'ils ne sont Faits à des personnes qui ne les peuvent reconnaître. Cicéron n'a considéré que l'intérêt, quand il a dit qu'il Fallait exercer Thospitalité envers des personnes illustres, et il na pas même dissimulé lavantage que Ton en retire. Il a marqué clairement que Ton peut acquérir une grande réputation parmi les étrangers , par le moyen des plus considérables avec lesquels on a contracté amitié. Si j'avais entrepris de le réfuter, il me serait fort aisé de Faire voir son inconsistance, et je n'emploierais pour cela que ses paroles. Il dit en un endroit que plus une personne rapporte ses actions à ses intérêts, et moins elle a de probité. Il avoue ailleurs qu'il n'est pas d'un bomme sincère et honnête de dissimuler ses sentimens, de cacher ses intentions, de Faire paraître par ses actions un autre dessein que celui qu il a dans le cœur, et que cela n'appartient qu'à un homme rusé, fourbe et trompeur. Gomment donc pourrait-il exempter de malice cette hospitalité exercée envers les plus illustres des étrangers avec tant d'ambition et tant de pompe? Vous allez aux portes de la ville pour inviter à loger chez vous les personnes de condition qui arrivent des pays étrangers , et vous n'y allez qu'à dessein d'acquérir, par leur moyen, du crédit et de la puissance parmi leurs concitoyens; et vous prétendez paraître juste, civil et libéral , bien que vous ne suiviez que
votre intérêt? Cependant Cicéron est tombé dans cet embarras non par imprudence , car il était moins sujet à ce défaut que nul autre, mais pour n'avoir rien su de la vérité; ce qui lui est d'autant plus pardonnable qu'il a déclaré qu'il ne prétendait pas donner les préceptes de la véritable justice, parce qu'il ne la connaissait pas, mais seulement d'une justice qui eût l'ombre et l'apparence de la véritable. Il faut donc excuser ce docteur d'ombre et d'apparence, et ne lui pas demander la vérité qu'il avoue qu'il ne connaît pas.
Un des plus importans devoirs de la justice est de mettre les prisonniers en liberté, comme Cicéron en est demeuré d'accord, a La libéralité, dit-il , de ceux qui retirent des prisonniers , qui payent leur rançon, et qui soulagent les pauvres , est fort utile à la république. »
Pour moi, je suis persuadé que la dépense que l'on fait pour mettre des prisonniers en liberté est beaucoup plus honnête et plus digne d'un homme grave que celle que l'on fait pour donner des jeux au peuple. Les principaux devoirs d'un homme de bien sont de nourrir les pauvres et de racheter les captifs; et ceux d'entre les méchans qui s'en acquittent, passent pour des hommes d'importance et remportent de grandes louanges , parce que l'on est surpris de voir qu'il assistent ces personnes qui semblaient abandonnées.
Celui qui fait du bien à des parens et à des amis ne mérite pas une grande louange, parce qu'il ne s'acquitte que d'un devoir auquel il est obligé par la loi de la nature et de l'amitié , et auquel il ne saurait manquer sans commettre une impiété détestable. En cela, il évite plutôt le blâme qu'il n'acquiert de la gloire. Mais celui qui fait du bien à un étranger et à un inconnu mérite une grande louange, parce qu'il pe le fait que par le principe de l'humanité. On fait le bien par pur motif de justice et de probité , lorsqu'il n'y a aucune nécessité de le faire. Cicéron n'a pas dû préférer la dépense que Ton fait pour racheter des prisonniers à celle que Ton fait pour donner des jeux au peuple; car cette préférence suppose une comparaison et un choix de l'une plutôt que de l'autre. Les largesses que l'on fait en faveur du peuple sont des largesses indiscrètes , et qui approchent fort de l'extravagance de ceux qui jettent leur bien
GGO
dans la mer. On ne peut pas même donner à ces larjycsses-là le nom de présent, parce qu'elles ne sont reçues que par ceux qui ne les méritent
pas.
C'est une autre grande action de justice de prendre la protection des veuves, des pupilles et des personnes qui n'ont aucun appui ; elle est recommandée par la loi de Dieu , et tous les bons juges s y portent comme par une inclination naturelle. Mais ces actions-là n'appartiennent proprement qu'à nous, à qui le commandement en a été fait. Les païens s'aperçoivent bien que c est une justice à laquelle la nature semble nous obliger que d'assister les faibles ; mais ils ne savent pas sur quoi cette justice est fondée, qui est : que Dieu , qui nous fait perpétuellement sentir les effets de sa clémence, commande de proléger et de défendre les veuves et les pupilles , a^n que ceux qui ont des femmes et des en fans n'appréhendent point de les abandonner, quand il est question de mourir pour la foi, et qu'ils souffrent constamment les plus cruels supplices, dans l'assurance que ces personnes, qui leur sont si chères, demeureront après leur mort entre les mains de la Providence qui pourvoiera à leurs besoins.
C'est encore une grande action de charité d'assister des malades qui sont sans secours : c est offrir à Dieu une victime vivante. Ceux qui auront employé leur bien dans le temps à un si saint usage , le retrouveront avec avantage dans l'éternité.
Le dernier et le plus grand devoir de la piété est d'ensevelir les pauvres et les étrangers. Les païens n'ont donné aucun précepte de ce devoir ; et ils n'avaient garde d'en donner, puisqu'ils ne suivaient point d'autre règle que l'intérêt. Bien qu'ils n'aient pas approché de la vérité, quand ils ont entrepris de traiter des autres devoirs , ils ne s'en sont pas si fort éloignés que quand ils ont traité de celui-ci , parce qu'ils ont clé retenus par je ne sais quelle apparence d'utilité qu'ils y ont sentie, au lieu qu'en ce dernier, ils n'en ont trouvé aucune. Il y a eu même des personnes qui ont soutenu que la sépulture est inutile, et que ce n'est pas un mal d'en èlrc privé; mais leur impiété est condamnée par le consentement de tous les |)euples qui suivent un usage contraire, et par la lui de Dieu qui Tauiorise. Ils ne disent pas
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aussi ouvertement qu'il faille négliger ce devoir ; ils se contentent de dire que, quand on y manque, on ne fuit pas un grand mal. Ainsi , ce n'est pas tant un conseil qu'ils donnent d*omeitre ce devoir, qu'une consolation lorsqu'il a été omis, pour montrer qu'un homme sage ne doit pas s'en affliger comme d'un fort grand malheur. Je n'examine pas ici ce qu'un homme sage doit supporter avec patience; j'examine ce quîl doit faire. Je n'agite pas ici cette question : si la coutume de donner la sépulture aux morts est utile. Quand elle serait inutile, comme les païens le croient, il ne faudrait pas laisser de i'o'bserver, parce qu'elle parait dviieet honnête. Dans la morale , on considère plus l'intentioD que l'action. 11 ne faut pas souffrir quefouvrage et l'image de Dieu serve de proie aux bètes farouches et aux oiseaux ; il faut le rendre à h terre, d'où il est sorti. Nous nous acquitteroos de ce devoir envers un inconnu ausri iMCo qu'envers nos proches, et nous ne devons le refuser à personne. Nous lui rendrons, par le sentiment d'une humanité générale, ce que nous rendrions à nos proches par le sentiment d'une amitié particulière. Si l'on ne rend pas ce devoir à un homme , parce qu'il n'a plos de lentiment , on le rend à Dieu , qui le reçoit comme un sacrifice très-agréable.
et Je n'aurais plus de bien, dira peat-ètre quelqu'un, si je voulais satisfaire à tous ces devoin; je dépenserais en un jour tout oe que j*ai, à j'entreprenais d'assister tous les pauvres, de vêtir tous les nus, de radieter tout les aptifi et d'ensevelir tous les morts. Ussiperais -je le fonds que mes ancêtres ont acquis avec beaucoup de peine , et me réduirais-je à implorer le secours de la compassion et de la charité des autres.^» Appréhendez-vous si fort la pauvreté^ que les philosophes relèvent par des lonaqgcs si extraordinaires, et qu*ils appellent on port où l'on est exempt des agitations que donnent les inquiétudes qui accompagnent lei richesses? Ignorez-vous la multitude des aoddeni et des hasards où la possession du bien voua opose? Vous serez assez heureux , si voua ca poam échapper sans perdre b vie. Vous maidiB chargé de dépouilles qui excitent Fciivle et Fiodignation de vos concitoyens. Que ne metlavous en sûreté un bien que vous êtes en danger de perdre , ou par la violence des voknrsi m
CGI
par rinjustîce d'une proscriplîon, ou par une irruption d*ennemis? Quelle difficulté iaitesvous de rendre éternel et immuable un bien qui n*e$t que temporel et passager ? Confiez à Dieu vos trésors, et ils ne seront ni consumés par la rouille, ni enlevés par Tinjustice des voleurs ou des tyrans. Ceux qui mettent leurs richesses entre les mains de Dieu ne sauraient jamais être pauvres. Si vous connaissez le prix de la justice, déFaites-vous du bagage qui vous charge et vous incommode, pour la suivre plus aisément. Délivrez-vous des chaînes dont la pesanteur vous accable, et courez à Dieu. Il y a de la grandeur de courage à fouler aux pieds les biens de la terre. Que si vous n*ètes pas encore capable de la perfection qui est nécessaire pour mettre vos trésors entre les mains de Dieu , et pour acquérir des biens solides par la perte des biens périssables, je vous délivrerai de cette crainte. Ces commandemens-là ne sont pas faits à vous seul ; ils sont faits à tous vos frères qui vous sont si étroitement unis, que vous ne composez tous ensemble qu'un seul corps. Si vous ne pouviez exécuter seul une si grande entreprise, contribuez-y en tout ce qui dépendra de votre pouvoir, et surpassez autant les autres en générosité que vous les surpassez en richesses. Ne vous imaginez pas que je vous conseille d'épuiser, ou même de diminuer notablement votre bien. Je vous exhorte seulement à faire un bon usage de ce que vous auriez employé à des dépenses inutiles. Rachetez des prisonniers avec ce que vous auriez mis à acheter des bètes. Nourrissez les pauvres de ce qui n'aurait servi qu'à nourrir des chiens et des chevaux. Consacrez à la sépulture des morts ce que vous perdriez à entretenir et équiper des gladiateurs. Quel gain y a-t-il à enrichir des scélérats et à leur faire apparendre des exercices qui n'ont rien que de criminel? Faites un sacrifice à Dieu de ce bien qui périrait entre vos mains, et vous en recevrez une récompense éternelle. Dieu a proposé un grand prix aux actions de miséricorde, quand il y a attaché la rémission des péchés. «Si vous écoutez, vous dit-il, les prières de celui qui vous demande des soulagemens , j'écouterai les vôtres. Si vous avez pitié de ceux qui sont dans Taffiiction , j'aurai pitié de vous quand vous y serez. Que si vous ne les regardez point, et que vous leur refusiez votre assistance, je vous
traiterai de la même sorte, et je vous jugerai selon la même loi. »
XIII. Lorsque quelqu'un implore votre secours , soyez persuadé que c'est une épreuve oft Dieu vous met pour voir si vous méritez qu'il exauce vos prières. Examinez l'état de votre conscience, et cherchez des remèdes convenables à ses maladies. Ne vous imaginez pas néanmoins que la force que l'aumône a d'effacer les péchés vous doive donner la licence de les commettre. L'aumône ne les efface que quand elle est accompagnée du regret de les avoir commis et de la résolution de n'en plus commettre de semblables. Dieu souhaite sincèrement de purifier les hommes de leurs péchés , et c'est pour cela qu'il leur ordonne de faire pénitence. Or faire pénitence est protester que Ton ne péchera plus à l'avenir. Dieu pardonne à ceux qui pèchent par indiscrétion, par imprudence et par ignorance. Il ne pardonne point à ceux qui pèchent avec connaissance. Ceux dont les péchés sont remis ne doivent pas se persuader que parce qu'ils n^ont point de taches à laver, ils sont dispensés des œuvres de miséricorde. Depuis qu'ils ont élé justifiés, ils sont plus étroitement obligés à l'exercice de la justice, et ils doivent conserver leur santé par la même manière de vivre par où ils l'ont rétablie. De plus, nul n'est exempt de pécher pendant qu'il est revêtu d'un corps mortel. Le péché assujettît par trois moyens la faiblesse humaine à son empire : par les actions , par les paroles et par les pensées. Ces trois moyens sont , selon un autre rapport , comme trois degrés par où la vertu monte à sa perfection. Le premier degré est de s'abstenir des mauvaises actions; le second de s'abstenir des mauvaises paroles, et le troisième de s'abstenir des mauvaises pensées. Celui qui est sur le premier degré est juste ; celui qui est sur le second est parfait, et celui qui est sur le troisième est semblable à Dieu. H faudrait avoir une vertu qui fût au-dessus de la nature pour ne donner jamais entrée dans son esprit à aucune action mauvaise, ni à aucune parole indiscrète. Les plus justes, qui ont pris un assez grand empire sur eux-mêmes pour s'abstenir de toutes mauvaises actions, n'en ont pas un assez grand pour s'abstenir de toutes mauvaises paroles, ou de toutes mauvaises pensées. Lt colère et l'impatience arrachent