‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 91 sur 110 · I.ACT · texte numérisé non relu

I.ACT

qui servent â fendre l'air et à voler. Ainsi les différentes espèces onl des parties différentes, qui ont aussi des usajjes drtlîfrens. Dieu, pour rendre la structure du corps plus terme et plus solide, a fait l'épine du dos de plusieurs os, dont les uns sont plus lonf;s et les autres plus courts, et cette épine ressemble en quelque sorte à la quille d'un vaisseau. Il ne l'a pas faite toute d'une pièce, de peur qu'elle n'empécliât le mouvement. Il a étendu et aplati de chaque côié les eûtes, qui, secourbdnt doucement, sont comme une f^rille qui couvre et qui défend les parties internes, qui sont tout ensemble et les plus délicates et les plus nobles. Au haut de l'épine, que nous avons comparée à la quille d'un vaisseau, il a placé la tète, qui préside el qui commande A tout le corps. Klle a été appelée delà sorte, selon le témoit;na{];e de Varron, dans une de -SOS lettres ù Cicéi'on, à cause qu'elle est le principedes ncr^ et du sentiment. Les membres que nous avons dit avoir éié destinés i marclier ou i voler ont des os qui ne sont ni trop lonf;s, de peur qu'ils ne pussent se mouvoir aussi promptcment qu'il serait nécessaire, ni trop courts, de peur qu'ils ne fussent trop délicats, mais d'une juste {grandeur et en petit nombre. II n'y en a que deux dans les hommes et quatre dans les biles. Les os n'ont point été faits massifs, de peur qu'ils ne fussent trop pesans et qu'ils rendissent la démarche trop tente, mais creux, et remplis d'une moelle qui donne de la vigueur it tout le corps. Leur grosseur n'est pas égale dans toute leur étendue. Elle est plus forte aux extrémités qu'aux autres endroits, et ces extrémités sont comme renforcées par les vertèbres, qui se lient aux ncri^ et qui rendent le mouvement plus aisé et plus libre. Elles sont couvertes de cartilages qui les empêchent d'être froissées et de sentir de la douleur lorsqu'elles se remuent. Dieu ne les a pas tous faits de la mf me sorte. 11 en a fait quelques-uns lont simples et ronds comme une boule aux jointures où les membres se devaient tourner de tous cAIés, par exemple aux épaules; et d'autres ronds d'un a>léelplatsde l'autre, aux jointures où les membres devaient seulement se courber, comme aux coudes, anx genoux et aux mains. Car, comme il est et biem^-aut et commode tout ensonblc que les bras, en commençant leur mouvement aux épaules, par où ils sont attachés au corps,

puissent se mouvoir d été et inutile et peut aussi de tous cOlés i n'aurait plus eu la dif a maintenant, et aura qui dans un élépliam tout à &it merveilleiu éclater la grandeur di riété de ses ouvrages, l'éléphant assez kmgv jusques A terre, et l'i fenses, qui, quand el raient empêchée d'y p entre ces deux déFen stance mdle et flexi prendre et retenir qn VI. Je ne saurais encore en cet endroit car c'est de lui que I veries dont il a remp trerqueles animaai de la Providence , ma eflïls du hasard, il s' commencement du n brable d'animaux 8' mais qu'ils n'avaient limens, ni y po'pétm ganes destinés à cet i ses atomes qui volei a exclu la divine pn malgré Ini-mème , il toutes les créatures cours à cette vaine et maux monstrueux i l'origine à une cause que toutes les créati été produites par un son, il en fônt ioF^ produite par na pri Aussi pCHir peu «pie I des animaux, od y rei Providence a pri* poi partiesquileg compt vers usages et posM tion parliculitre et espèce. Ed effi>t, ti n point un édifice qu'il plan, qu'il n'en ait | n'ait marqué les e pleins et ceux qui do

DE L'OUVRAGE DE DIEU

réglé quel doit èlre rinlervalle des colonnes , la chute des eaux et le reste, peut-on croire que Dieu se soit résolu de foire des animaux et de leur donner la vie sans leur avoir aussi donné des organes par lesquels ils la pussent conserver ?Épicure n a que trop reconnu lui-même les traces de la raison et de la sa}];esse divine dans la production des animaux; mais, pour parler couséquemment et pour soutenir le sentiment où il s'était engagé mal à propos, il en a ajouté un autre qui n'est ni moins faux, ni moins ridicule, il a dit que les yeux n'avaient point été faits pour voir ni les oreilles pour entendre, ni les pieds pour marcher; que toutes ces par^ ties-là avaient été ibrmées sans qu'elles eussent la fonction qu'elles ont maintenant, et qu elle ne leur a été attribuée que depuis. J appréhende de ne pouvoir réfuter ces extravagances sans en commettre de semblables ; mais je veux bien paraître un peu imprudent en détruisant ces impertinences, de peur que celui qui les a inventées ne s'imagine être fort subtil. Que prétendez-vous donc, Épicure, quand vous dites que les yeux n'ont point été faits pour voir ? Pourquoi donc est-ce qu'ils voient ? « Ils ont, dites-vous , été employés depuis à cet usage.» Us y étaient donc propres, et étaient fiiits pour cela, puisqu'ils ne peuvent faire autre cliose. On doit porter le même jugement de la fonction des autres membres, qui visiblement ont été destinés à cela même à quoi nous les employons. Direz-vous que les oiseaux n'ont point été faits pour voler, les poissons pour nager, les bêtes farouches pour vivre de proie, les hommes pour se conduire par la raison, et n'est-il pas évident que chaque espèce fait ce à quoi elle a été destinée? Mais il fout que ceux qui se sont une fois éloignés de la vérité s'^arent toujours de plus en plus. Car si la naissance de chaque chose, au lien d'être attribuée à la Providence, le doit être au concours fortuit des atomes, pourquoi ce concours-là n'a-t-il jamais formé d'animaux qui entendissent par le nez, qui flairassent par les yeux et qui vissent par les oreilles? S'il est vrai qu'il n'y a aucune manière imaginable dont ces petits corps ne se rangent et ne se placent, il faut que, se plaçant contre l'ordre naturel, ils fussent des membres et des corps monstrueux. Que si ces corps ne manquent point de naître selon des

lois réglées et constantes, c'est une preuve manifeste que c'est la raison et non le hasard qui préside à leur naissance. Mous réfuterons plus amplement Ëpicure dans un autre lieu. Maintenant continuons à parler de la Providence.

VII. Dieu a lié les os avec les nerfo afin que l'àme s'en pût servir sans peine et sans effort, comme d'une bride pour tourner le corps de tel cùté qui lui plairait. Il a couvert ces nerfs et ces os de chairs au travers desquelles il a répandu des veines, qui sont comme autant de ruisseaux qui portent le sang et la nourriture. Il a couvert les chairs mêmes de peaux, dont les unes sont unies, les autres sont couvertes de poils, de plumes ou d'écaillés. Ce qu'il y a de plus merveilleux dans ces ouvrages des mains de Dieu, c'est que bien qu'ils aient leurs membres dispo^ dans le même ordre , ils ne laissent pas d'avoir des figures toutes différentes. Tous les animaux ont la tête plus élevée que le reste du corps, ensuite le cou , au-dessous l'estomac, au bas le ventre, et après le ventre, les parties sexuelles, puis apr^ celles-là les cuisses , les jambes et les pieds. Ce ne sont pas seulement les membres qui gardent le même ordre dans le corps, les parties des membres le gardent aussi, les oreilles étant toujours dans un certain endroit , les yeux dans un autre , la bouche , les dents et la langue dans un autre. Cependant, il y a une diversité incroyable et presque infinie dans leurs figures et dans leurs traits. La beauté particulière que chaque espèce conserve dans sa différence, n'estelle pas encore une preuve très-évidente de la sagesse et de la puissance que Dieu a employées à les fiHrmer. Car , pour peu que l'on voulût y apporterduchangement, on verraitqu'il n'y aurait rien de si embarrassé, de si incommode ni de si difforme. Si on donnait une grosse tète à un éléphant, une petite à un chameau, des pieds et du poil à un serpent, on ruinerait leur nature. Dieu a eu encore soin de donner aux animaux à quatre pieds une queue, qui est comme une continuation de l'épine du dos , et qui leur sert ou à cacher les difformités ou à ménager la délicatesse de leurs parties naturelles, et à chasser les mouches et les autres insectes qui les incommodent. Sans cette partie, les animaux à quatre pieds seraient faibles et imparfaits. Mais dans l'homme, qui a de la raison et sa main , elle n'est pas plus né-

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cessaire que ne le serait la laine et la toison. Ainsi chaque espèce a éié formée d'une manière qui lui est propre, de sorte qu'elle n'aurait pu être faite autrement sans être aussi fort difforme. Il n'y aurait rien de si vilain qu'une bête à quatre pieds qui n'aurait point de poil ni de laine, ni qu'un homme qui en aurait. La nudité sert d'ornement à l'homme; et toutefois cet ornement-là ne convenait pas à la tète , car ce n'est point du tout une beauté ni une perfection que d'être chauve. C'est pourquoi Dieu y a mis des cheveux, qui sont l'ornement de la partie la plus élevée et la plus apparente de son ouvrage. Cette chevelure n'est point faite en rond ni en fi)rme de bonnet, de peur qu'il n'y eût quelque partie de la tète qui n'en fût point couverte; mais elle est comme répandue en certains endroits et comme rétrécie en d'autres, selon que la bienséance le désirait. Elle entoure en quelque sorte le visage, et est éparse des deux côtés le long des oreilles , et couvre tout le derrière de la tète. La barbe sert ù reconnaître la maturité de Tàge, la force du tempérament et la différence du sexe. Enfin il y a un ordre si merveilleux et si parfait dans la structure da corps de Thomme, que pour peu qu'il eût été fait autrement il y aurait eu du défaut.

Vlll. Je crois devoir faire une description de l'homme entier, et expliquer en particulierquelle est la figure et quel est Tusage de ses parties, tant de celles qui paraissent au dehors que de celles qui sont cachés au dedans. Comme Dieu le destinait seul au ciel , au lieu qu'il destinait les autres à la terre, il ne lui a donné que deux pieds et l'a formé droit et élevé, afin qu'il regardât le lieu de son origine. Pour les autres animaux, qui n'ont rien que de terrestre et de mortel , il les a abaissés vers la terre, afin qu'ils ne fissent rien autre chose que d'y chercher de quoi vivre. I^ taille et la stature de l'homme, ce visage élevé, montrent bien quelle est son origine et son principe. Cet esprit qui a quelque chose de céleste et de divin, et qui exerce une espèce d'empire, non-seulement sur son corps, maïs sur route la nature , est dans la tète comme dans une forteresse , d'où il considère tout l'univers. Ce palais del'dme est d'une figure ronde, qui est la plus parfaite. C'est là que ce feu divin est renfermé comme dans un globe et caché comme sous un cid. La partie la plus élevée est

couverte de cheveux, comme nous Tavonsdit, et l'antérieure, qui est le visage , est découverte, et en même temps ornée de parties dont les fonctions sont tout ensemble et les plus excellentes et les plus nécessaires. Les yeux sont dans des enfoncemens, d'où Vairon croit que vient le nom de front. Dieu a voulu qu*il n'y en eût ni plus ni moins que deux , qui est un nombre parfait. Il a voulu de la même sorte qu'il n'y eût ni plus ni moins que deux oreilles, en quoi la beauté s'accorde avec Tutilité. Car, si c'e^t un agréable symétrie , qu'il y en ait une de chaque côté, c'est aussi une notule comniodité pour entendre tous les sons, de quelque côte qu'ils viennent. Leur figure est tout à fiiit admirable , car Dieu n'a pas voulu que leurs ouvertures fussent droites el dégarnies de défense , ce qui aurait été et moins beau et moins commode, parce que les sons ne seraient pas si fiicilement entendus si l'air n'était arrêté et re tenu dans les cavités et dans les détours de l'oreille, de la même sorte que les liqueurs sont retenues et arrêtées dans les vases dont on se sert pour les verser dans d'autres dont rentrée est étroite. Dieu n'a pas voulu que les oreilles, qu'il destinait à recevoir les sons et les voix, fussent revêtues ni de peam lâches et pendantes, ce qui aurait lait une désagréable ligure , ni d'os durs et solides , œ qui n'aurait été d'aucun usage; mais il a voulu qu'dlea fcsKBt comme d'une constitution moyenne entre en deux-là, et qu'elles fassent suspendoea par os cartilage tendu et délicat, qui leur donnât de II forme et n'empèchftt point qu'on ne pÉl ks tourner. Comme leur unique fonetion est d'entendre les sons, aussi l'unique Ibnetion da yeux est de voir les couleurs et la lumière. La subtilité de leur structure est si qu'il est difficile de trouver des paroles pour rexpli(|uer. Les prunelles, q« sont de riches perles, sont couvertes par deliors de membranes claires et luisantes, ee qne la IVondence a ordonné de la sorte afln qne iea images des objets, s'y réfléchissant comme dans m miroir, passassent jusques au sens interne. Cest A travers ces membranes que le sens on rcspril découvre tout ce qui est au delHirs; car il ne faut pas se figurer que l'acte de la vision se Fasse par un concours des images qui soient envoyées par les (4>jets, ainsi que quelques plulo-

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sophes Tont prétendu. Il esC clair que Facte de la vision est un acte qai doit être exercé par la personne qui voit, et non par la chose qui est vue. Il ne faut pas non plus se figurer que Tacte de la vision se fasse par un épanchement de Tair, ni par une effusion de rayons, parce que, si cela se faisait de la sorte, la vue des objets serait beaucoup plus lente qu^eile ne Test, puisqu'elle ne se pourrait fiiîre avant que les rayons qui sortiraient des yeux ne fussent arrivés jusqu'aux objets. Mais comme nous découvrons en un moment tout ce qui est exposé à nos yeux, et que nous le voyons souvent sans y foire même aucune attenion , il est clair que c'est Tâme qui refjfarde par les yeux comme par une fenêtre et par un verre. Lucrèce se sert d'un argument fort ridicule pour réfuter cette opinion.

Si rame, dit il , voyait au U'aTers des yeux, elle verrait plu» dair quand ils leraiênt détacbét qa*ellc ne voit quand Ils deumircnten leur place, de la nuÉBie lorte qu'oa loK i^taidalr par une porte quaad elle est ouverte que quand elk^t fermée.

Il fallait que Locrëee , ou plutôt qn'Ëpicure, de qui il avait tiré toate sa doctrine, eût perdu les yeux et l'esprit poor ne pas s'apercevoir que des prunelles arrachées , des fibres rompues et d^outtantes de sang , de» excroissances decliair horribles â voû*, enfin des plaies et des cicatrices, ne seraient pas des organes fort propres à recevoir le jour. Il voulait peut» être rendre les yeux semblables aux oreilles et les creuser comme elles, afin qu'au travers de leurs cavités on vtt la lumière de la même sorte que l'on entend les sons au travers des cavités des oreilles. Il ne se peut rien penser qui fût, ni si difforme à voir, ni si inutile pour l'usage. Ck>mbien peu verrions-nous d'objets, si Fàme regardait du haut de la tête par les yeux comme par de petites fentes! Si quelqu'un voulait regarder par le trou d'une aiguille, il ne verrait pas un objet plus étendu que le trou même. Ainsi pour voir il fellait deux prunelles qui fussent rondos, afin que la vue s*étendttde toutes parts. C est donc par un eFfct merveilleux de la providence divine que nous avons deux yeux parfaitement semblables, qui, bien qu'ils ne puissent pus se tourner tout à fait en rond, ne laissent pas d'avoir un mouvement fort libre et fort aisé. Ces deux globes sont remplis d'une humeur claire et pure, au inilieu de lat{uellc sont ren-

fermées les prunelles, qui sont comme des étincelles de lomiêre. Cest par ces deux globes que rame voit, et ils conspirent admirablement ensemble pour n'exercer qu'une seule action.

IX. Je crois devoir confondre en cet endroit la vanité de ceux qui, pour faire accroire que les sens imposent , remarquent les rencontres particulières où les yeux se trompent. Ils observent entre autres choses que tout parait double à ceux qui sont transportés de colère et à ceux qui sont pris de vin. Mais la cause de cette méprise n'est que trop connue, car elle ne procède que de ce que nous avons deux yeux. Voici comment cela arrive. L'action de la vue se fait, comme je Kai d^à dit , par l'application de l'espri t, et l'âme voit par les deux yeux comme par deux fenêtres. De là vient que les objets sont quelquefois vus doubles non-seulement par ceux qui sont ou fous ou ivres, mais par ceux qui sont et sages et sobres. II ne fout pour cela que les regarder de trop près et au deçà de Tintervalle où faction des yeux se réunit en une. La même chose arrive quand l'àme se retire en elle et qu'elle demeure fortement appliquée à la méditation; car alors Taction des yeux se double et représente tels tous les objets. Dès que l'esprit se relâche de la méditation et qu'il s'applique à regarder, ce qui paraissait double devient unique, n ne faut donc pas trouver étrange que, lorsque Tâme est affaiblie par la violence du vin, elle ne puisse voir par les yeux non plus qu'elle ne peut marcher par les pieds, qui ne font que chanceler. Il n'y a pas plus de sujet de s'étonner que la fureur qui agite le cerveau empêche l'union des yeux. Gela est si vrai que quand les louches tombent ou en démence ou en ivresse, ils ne voient rien de double. Ainsi la raison pour laquelle les yeux se trompent quelquefois étant manifeste, il ne s'ensuit pas pour cela que tous les sens nous imposent; car quand ils sont sains et entiers , ils ne se trompent point, ou, s'ils se trompent, l'âme reconnaît leur erreur et ne s'y laisse pas surprendre.

X. Continuons à considérer et à admirer les ouvrages de Dieu. Ce sage et souverain créateur a couvert les yeux de paupières , de peur qu'ils ne fussent incommodés par les accidens qui peuvent arriver du dehors. Et c'est de là que Varron croit que vient le nom que les Latins leur ont donne. Pour celui de paupières, il vient

de palpitation, parce qu'elles sont dans un mouvement presque perpétuel. Elles sont comme palissadées de petits poils, et forment un rempart très-agréable. Leur mouvement , dont la vitesse est incroyable , bien loin d'empêcher la vue , la récrée. La membrane luisante doit être arrosée par une humeur , autrement la vue s'affaiblirait notablement. Quedirons-nous des sourcils , auxquels les poils qui les revêtent servent d'un grand ornement. Ils couvrent les yeux comme deux remparts et empêchent qu'aucune ordure ne tombe dessus. Le nez , sortant comme du milieu qui les sépare, les distingue et réhausse leur beauté. Les deux joues , qui s'étendent doucement, comme deux collines, contribuent aussi à leur sûreté, en parant les coups qui peuvent venir de dehors. Le haut du nez est dur et solide, et le bas est formé par un cartilage tendre et qui obéit à la main. Cette partie du visage , toute simple qu'elle est , a trois usages différens. L'un est de respirer , Tautre est de sentir les odeurs, et le dernier de donner passage aux humeurs qui descendent du cerveau. Quelque bas que semble cet usage , les deux conduits qui y sont destinés ont été foits par la main toute-puissante de Dieu dune structure si merveilleuse qu'ils n'ûtent rien de la beauté du visage. S'il n'y avait eu qu'un canal tout simple, il aurait eu sans doute quelque chose de difforme ; mais le milieu, qui en fait deux, apporte beaucoup de beauté. Ce nombre de deux, réuni de la sorte , est un nombre parfait. Quoique le corps soit unique, il ne pouvait être composé de parties qui conservassent la même unité ; il fallait qu'il en eût de pareilles au côté droit et au côté gauche. Les deux pieds ne sont pas seulement commodes pour agir , mais les uns et les antres de ces membres, outre ces fonctions d'utilité, ont une beauté toute singulière. La tête, qui est le principal ouvrage des mains de Dieu , semble être divisée de la même façon, puisqu'elle u deux oreilles, deux yeux et deux narines. Le corvouu, qui est le principe du sentiment, est divisé rn deux parties par une membrane. Le cœur, où Von croit que ré.^ide la sagesse, est unique, et a néanmoins deux ventricules,qui sont les sources du plus pur sang. Le monde de même comprend le ciel et la terre comme ses deux principales parties, ce <{ui n empêche point son unilé. Aini>i le corps, (pii est comme r.n abrégé du

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monde,a plusieurs partiesdoublcs, dont l'étroite union et la parfaite correspondance entretiennent l'unité du même corps. U est difficile d'exprimer combien la bouche, dont l'ouverture et la fente est faite entravers , apporte de commodit» et renferme d'agrémens. Ses deux fonctions principales sont de recevoir les alimens et d'articuler les paroles. La langue , qui est au dedans , et qui par son mouvement forme la voix , est l'interprète de Tàme. Elle ne la pourrait pourtant former si elle n'y était aidée par le palais, par les dents et par les lèvres. Les dents contribuent plus à former la voix que tout autre organe, comme il paraît dans les enfons , qui ne parlent point avant qu'elles leur soient venues , et dans les vieillards , qui ne font plus que b^pyer depuis qu'elles leur sont tombées. La langue n'a cet usage que dans Tbomme , et dans quelques oiseaux , dont le chant est fort agréal)le. Il y a une autre fonction à laquelle die sert, comme je l'ai dit, non-seulement dans rbomnie, mais aussi dans les animaux , qui est de ramasser la nourriture après qu'elle a été écrasée et brisée par les dents , et de la fiiire descendre dans Testomac. C'est pour cela que Varron croit que le mot de langue vient de ce quelle lie les alimens. Elle sert aussi aux animaux à boire; car en rétendant en forme de creux , ils reçoivent Teau dedans et la poussent vers leur pabis. La langue est couverte du palais comme d'une tortue , et entourée d*un rang de dente cdoibk d'une muraille qui la couvre. Les dents, dont l'aspect , bien loin d'être agréable , n*aarait rien eu que d'affreux  elles avaient été foules dmi, sont garnies de gencives , qui ont été ainsi appelées parce qu'il semble qu'elles engendrent les dents. Elles sont moore couvertes des Kvrrs, qui font un des plus grands omemensdu visage. Elles sont aussi plus dures que les antries os, et il était nécessaire qu'elles le Rusent , afin qn*clici pussent rompre et briser les alimena. U n'y a rien de si beau que Touverture des lèfres, dont celle d'en haut est séparée au milieu par «ne petite fosse, et celle d'en bas s^avamae doucement en dehors avec beaucoup de grioe. Pour ce qui est de la saveur, c'est une erreur de croire qu'elle se sent par le palais : cest par la langue qu'elle se sent, et non pas pourtant par la langue tout entière, mais seulement par les parties les pliis délicates, qui sï'tt'odciit aux deux cOièib

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Cette saveur qui se fait sentir ne diminue rien de la quantité de Tobjet d'où elle sort, de ce que Ton boit et de ce que Ton mange, comme l'odeur ne diminue rien non plus de la quantité des corps d'où elle s'élève pour aller Frapper l'odorat. Il y a dans le reste du visage des agrémens dont nul discours ne peut approcher. Le menton descend doucement du haut des joues, et se divise à la pointe par une Fente. Le cou est droit et étroit ; les épaules en descendent par une pente comme insensible , et étendent les bras , qui ont la force en partage. Les jointures des coudes ne sont pas moins belles que commodes. Que dirai-je des mains, de ces ministres de la raison et de la sagesse? L'ouvrier industrieux qui les a Faites en a comme creusé le dedans, afin qu'elles Fussent plus propres à retenir ce qu'elles auraient pris, et les a terminées par les doigts, dont on ne saurait dire si Ton doit plus admirer ou le service qu'ils rendent , ou l'ornement qu'ils apportent. Leur nombre , qui est un nombre entier et parFait , leur ordre, qui est bien séant et convenable , leurs jointures, qui sont justes et égales, leurs ongles, qui, en s'arrondissant , couvrent et Fortifient leurs extrémités, ont une beauté toute singulière. Pour ce qui est de leur usage, il ne se Fait que trop connaître en toutes sortes de manières. Le pouce est séparé des autres et se présente le premier comme leur maître et leur conducteur , et comme celui qui a la principale part dans tous les ouvrages. Le nom qu'on lui a donné en latin est un nom qui marque sa force. H n'a que deux jointures apparentes, au lieu que les autres doigts en ont trois. Mais il en a une cachée qui, l'unissant aux chairs de la main, Fait une beauté particulière. S'il en avait eu trois , il aurait eu quelque chose d'indécent et de difForme. Parlons maintenant de l'estomac, qui, étant large et droit. Forme un des plus beaux spectacles qui puisse être vu. Il semble qu'il n'y a que l'homme que Dieu a renversé de la sorte, et que les animaux ne se peuvent coucher sur le dos, mais seulement sur l'un des côtés, de sorte qu'ils soient toujours tournés vers la terre. C'est pour cela qu'ils ont l'estomac étroit et caché ^us leurs jambes, au lieu que celui de rhomme est large et exposé à la vue. H était à propos qu'il le Fût, puisqu'il est le siège de la raison. Le tetin, qui est un peu apparent, et qui est comme couronne d'un Fond un peu

obscur, apporte quelque sorte de beauté. Il sert aux Femmes à nourrir lesenFans , et ne sert aux hommes que pour parer l'estomac, et pour empêcher qu'il ne paraisse nu et diFfbrme. Le ventre est au-dessous et a dans son milieu le nombril, par où les enFans tirent leur nourriture pendant qu*ils sont enfermés dans le sein de leur mère.

XI. L'ordre de mon sujet m'oblige maintenant à parler des parties qui, ayant dû être cachées, ne sont point du tout recommandables par leur beauté, mais le sont extrêmement par leur usage , puisqu'elles doivent recevoir le suc qui se Forme de tout ce que l'on boit et de ce que l'on mange, et qui nourrit notre corps, de la même sorte que les pluies nourrissent la terre. La sage providence du créateur a placé l'estomac au milieu du corps, afin qu il reçût les alimens, qu'il les digérât et les distribuât à tous les membres. L'homme étant composé de corps et d'âme, l'estomac ne Fournit des alimens qu'au corps; car, pour ce qui est des besoins de l'âme. Dieu y a pourvu en Faisant le poumon d'une substance molle et raréfiée, propre à recevoir l'air et à le renvoyer. Il ne la pas fait d'une consistance aussi solide que l'estomac, de peur qu'il ne se remplit tout d'un coup d'air, ou qu'il ne se vidât tout d'un coup; mais il Ta Fait d'une nature spongieuse, afin qu'il s'en remplit et s'en vidât peu à peu , et que , par une respiration continuelle, il conservât la vie. Ainsi le poumon reçoit l'air pour en nourrir l'âme, comme l'estomac reçoit les viandes pour en nourrir le corps. Ily a deux canaux qui passent par le cou, dont l'un sort de l'estomac et monte à la bouche, et l'autre sort du poumon et monte au nez. II y a entre eux celte différence que, au lieu que celui qui porte les viandes delà bouche â l'estomac est toujours Fermé comme la bouche même, parce que les viandes retendent par leur poids et l'ouvrent quand il est besoin; l'autre est toujours ouvert, parce que l'air, qui y entre et qui en sort incessamment^ est tropdélié et trop subtil pour l'ouvrir. L'air entre et sort ainsi continuellement, parce que l'on ne saurait cesser un moment de respirer. Mais , de peur que l'air n'entrât avec une trop grande violence et qu'il ne portât la corruption, il est arrêté par une pellicule que Ton appelle le gavion. C'est pour la uiômc raison que les ouvertures du nez sont

îusscz étroites. Quelques-uns croient que le nom de nairs que les Lnlins leur ont donné vient de ce qu't lies sont destinées à aspirer ( nare ) sans cesse Tair et les odeurs. Il est vrai pourtant que ce canal ne se termine pas seulement au nez, niaisqu'il a aussi communication à la bouche par le tond du palais, et i\ Tendroit où le gavion s'élève dans le {ifosier. !.a raison en est évidente, car si le canal qui conduit l'air au poumon ne montait qu'au nez, comme celui qui conduit les viandes A l estomac ne monte qu'ù la Iwuche, nous n aurions pas fusaiyede la parole. 11 a fallu que la divine providence ouvrît parce canal un passafje a la voix , sans lequel la langue n'aurait pu la former ni Tarliculer ï)ar la diversité de ses mouvemens. Quand ce passage est bouché , on est réduitau silence, etc'cst uneerreur de croire qu'on puisse devenir muet par une autre cause. Les nuiets n^)nt point de fil qui leur tienne la langue attachée, connue le peuple se l'imagine, niais le passage par où l'air devrait se communl(|uer à la bouche, est fermé chez eux, ce qui cbl cause qu'ils ne poussent cet air-lA en dehors que par le nez, et en fiiisant un bruit qui a du raj>|)ort avec le mugissement. Ce passage est qnehpiefois bouché par un défaut de nature, et quelquefois par un accident de maladie, et ceux auxquels ce malheur arrive perdent l'ouïe aussi bien que la parole. Ce canal a encore un autre usage dans le bain, qui est de recevoir parla bouche un air fort échauffé que Ton ne saurait recevoir que par le nez. De plus, quand les conduits du nez sont bouchés par une pituite épaissie qui est tombée du cerveau, on respire par la bouche, sans quoi on serait en danger d'étouffer. Lorsque les viandes ont été digérées par la chaleur, elles se changent en un suc qui se répand dans tous les membres , et en répare la force et la vigueur. Les intestins, qui se replient sur eux-mêmes par tant de tours et de détours, sont un ouvrage digne d'admiration. Car, lorsque les viandes ont été digérées par l'estomac, leur suc passe par les intestins pour se distribuer ensuite dans toutes les parties. Mais parce que la sinuosité des intestins aurait pu le retenir, ce qui aurait été Irfcs-dangereux, ils sont frottés au dedans d'une humeur épaisse qui facilite le passa;;c A tout ce qu'ils contiennent. Je remurqiK YM riK orc ici inu* chose <ians la .<^tru( turc de |"j!!' 'y'vyA , i 'a |nc!k l.*iMi j |;(m;»vu uvcï' mu»*

LACTA^CE.

admirable sagesse. Cest que, encore que la vessie, qui n'est d'aucun usage dans les oiseaux, n'ait aucun canal par où elle communique avec les intestins, elle ne laisse pas de se remplir de l'eau qu'elle en tire. Il n'est pas malaisé de connaître comment cela se fait. Les intestins, qui reçoivent le suc des viandes quand il sort de l'estomac, sont plus larges el plus déliés que les autres. Ces mêmes intestins embrassent et enveloppent en quelque sorte la vessie, et lui envoient toute l'eau, dont elle se décharge par le conduit que la nature a destiné à cet effet, et cependant les matières plus grossières passent en bas et sortent du corps.

Xll. Puisque nous avons commencé à parler des parties internes du corps humain et que nous n'en devons omettre aucune , disons quelque chose de celle où les enfans commcnccot à se former. Je sais bien que la nature a pris un soin particulier de la cacher ; si elle Ta détournée des yeux, elle ne Ta {>as dérobée à I esprit. Les hommes ont deux canaux qui servent à |)orter la semence , et qui sont un peu au-dessus des vases où ils la portent. Le canal qui est au côté droit contient la semence qui fait les miles, et celui qui est au côté gauche contient celle qui fait les femelles. C*e$t pour cela que le o&té droit du corps a plus de force et est appelé mascaUn, et que le gauche en a moins et est appelé féminin. Quelques-uns croient que la semence vient de la moelle , et d'autres croient qu^elle vient de tout le corps, et qu'elle s'épaisnt dans la veioe qui la porte ; mais cela est fort obscur et fort difficile ù connaître. Le sein des femmes se divise de la même sorte en deux parties , qui se plient à peu prés comme les cornes d'un ûêlier. La partie qui est au côté droit est la partie masculine , et Tautre est la féminine. Pour œ qui est de la conception, voici de quelle roaDière Varron et Aristote croient qu'elle se Eut. Ils attribuent une semence aux flemmes aossi bien qu*aux hommes, la prennent pour la OMiae de la ressemblance que les enfans ont qudqneluis avec leurs mères , et tiennent que c'est par le mélange des deux que se lait la coneeption. Ils s'imaginent que le cœur est le premier formé, à cause qu'il est le principe de la vie et le siège de la sagesse , et que le reste du corps n*est achevé cprcn quarante joui*s. Cette conjecture est tirée de*) observations (pic lou a faites aux mauvaises

DE UOUVRAGE DE DIEU

couches, n est certain néanmoins que dans les oiseaux , ce sont les yeux qui sont formés les premiers, comme on Ta remarqué en voyant leurs œufs ; ce qui me persuade que c'est aussi la tèle qui est la première formée dans Phomme. Pour ce qui est de la ressemblance, voici comme ils Texpliquent. Ils disent que , lorsque les deux semences se mêlent et se joignent , si celle du père a le dessus , Tenfant , de quelque sexe qu'il soit , ressemble au père ; au contraire si la semence de la mère à le dessus , Tenfant lui ressemble. Or la semence qui a le dessus est la plus abondante, et est celle qui enveloppe Tautre en quelque sorte et renferme. De là vient souvent que Tenfant ne ressemble qu'à Tun des deux. Il arrive pourtant, quand les semences sont bien mêlées , ou qu'il ressemble à tous les deux , ou qu'il ne ressemble ni à Tun ni à l'antre. Aussi voyons-nous quelquefois que les couleurs des animaux se mêlent de telle façon dam leurs petits qu'ils ressemblent en quelque chose à chacun d'eux , ou qu'ils ne leur ressemblent point du tout. Qqant à ce qui est de la difi^ rence des sexes , je dirai ici ce que les philosophes enseigpient. Ils tiennent que , quand la semence de l'homme tombe du côté gauche , il se fait un enfant mâle , mais que cet enfant tient beaucoup de sa mère , en ce qu'il en a la blancheur , la beauté , la taille , la voie, le tonpérament , l'esprit, la délicatesse et la faiUesse. Quand la semence de la femme tombe du côté droit , il en vient une fille , mais elle a quelque ehose de viril plus que la bienséance ne semble le demander , comme la force , la grandeur démesurée , le teint brun , le visage revêtu de quelques poils, la voix mâle , la hardiesse et le courage. Mais si la semence de l'homme tombe au côté droit et celle de la femme au côté gauche , alors les enfans naissent selon l'intention de la nature , les filles ayant la beauté qui leur convient , et les fils la vigueur qui leur est propre. Au reste, on ne saurait assez admirer la prévoyance dont Dieu a usé en formant les deux sexes , afin que , étaut unis ensemble par le plaisir , ils conservassent le genre humain, malgré les efforts que la mort fait incessamment pour le détruire. Il a donné aux hommes la force en partage, afin que les femmes leur fussent soumises. Et c est pour cela qn*il a reçu le nom de vlr qu'il a en latin, qui c^t uû nom qui si-

gnifie la iaroe,oomme celui de la femme, muiier, venant de mollities, signifie la MMesse et la mdlesse. Lorsque la femme est près d'accoucher, son sein se remplit de lait pour la nourriture de son enfant. H était juste que cette créature, qui doit avoir un jour la sagesse en partage, tirât son premier aliment d'auprès du cœur , qui est le siège de la sagesse. Cet aliment est une humeur blanclie et épaisse qui soutient les enfans dans ce commencement de leur vie , ju^ qu*à ce qu'ils aient des dents et des forces qui les rendent capables d'une nourriture plus solide. Retournons cependant à notre siyet , et adievons d'expliquer ce qui en reste.

Xill. Je pourrais remarquer ce qu'il y a de merveilleux dans les parties qui servent à la production de l'Iiomme , si la pudeur ne m'empêchait d'en parler , et si la même modestie qui a tant de soin de les tenir cachées ne m'obligeait de les couvrir encore maintenant sous le voile du silence. Je me contenterai donc de détester le trime horrible que commettent les impies qui, pour faire un gain honteux, ou pour prendre on brutal divertissement , abusent de cet ouvrage admirable que les mains de Dieu n'ont formé que pour être l'instrument de la propagation du genre humain , et qui ne tirent d'une chose si sainte qu'un léger et stérile plaisir.

Il n'y a rien dans les autres parties du corps qui n'ait été fait avec raison et qui ne renferme sa beauté. Les chairs sur lesquelles on s'assied sont plus fermes qye les autres, parce qu'elles soutiennent toute la pesanteur du corps. Les cuisses, qui les portent , s'amincissent peu à peu et se terminent aux jambes, dont les jointures sont si commodes et pour s'asseoir et pour marclier. Les pieds ressemblent en quelque chose aux mains, et en quelque chose en sont différentes. Ils ne sont pas ronds comme ceux des animaux, mais longs et plats, afin que l'homme fût ferme dessus, et qu'il se tînt aisément debout. Ils ont des doigts en nombre égal à ceux des mains , mais c'est plutôt pour romement que pour l'usage , et c'est pour cela qu'ils sont courts et serrés. Le premier n'est pas si fort distingué des autres que le pouce l'est dans la main. Il ne laisse pas de les surpasser en grosseur et en force. Leur union sert à rendre la démarche plus ferme et plus assurée, car on ne saurait courir sans presser la terre avec les doigis

assez étroites. Quelques-uns croient que le nom de ncurs que les Latins leur ont donné vient de ce fin't lies sont destinées à aspirer ( tiare ) sans cesse Tair et les odeurs. Il est vrai pourtant que ce canal ne se termine pas seulement au nez, mais qu'il a aussi communication à la bouche par le fond du palais, et à Teudroit où le gavion s'élève dans le {ifosier. La raison en est évidente, car si le canal qui conduit Tair au poumon ne montait qu'au nez, comme celui qui conduit les viandesAl eslomacne montcqu'àlal)ouche,nous n'aurions pas rusajjede la parole. 11 a fallu que la divine providence ouvrît parce canal un passage a la voix, sans lequel la langue n'aurait pu la Ibrmer ni l'articuler par la diversité de ses mouvemens. Quand ce passage est bouché, on est réduitau silence, etc'est une erreur de croire qu'on puisse devenir muet [)ar une autre cause. Les muets n'ont point de fil qui leur tienne la langue attachée, conmie le peuple se l'imagine, mais le passage par où l'air devrait se communi«|uer à la bouche, est Fermé chez eux , ce qui cîïl cause qu'ils ne |M)ussent cet air-lA en dehors que par le nez, et en faisant un bruit <iui a du rapport avec le mugissement. Ce passage est quelquefois bouché par un défaut de nature, et quelquefois par un accident de maladie, et ceux auxquels ce malheur arrive perdent l'ouïe aussi bien que la parole. Ce canal a encore un autre usage dans le bain, qui est de recevoir parla bouche un air fort échauffé que Ton ne saurait recevoir que par le nez. De plus, quand les conclu i t s d u nez sont bouchés par une pitui te épaissie qui est tombée du cerveau, on respire par la bouche, sans quoi on serait en danger d'étouffer. Lorsque les viandes ont été digérées par la chaleur, elles se changent en un suc qui se répand dans tous les membres, et en répare la force et la vigueur. Les intestins, qui se replient sur eux-mêmes par tant de tours et de détours, sont un ouvrage digne d'admiration. Car, lorsque les viandes ont été digérées par l'estomac, leur suc passe par les intestins pour se distribuer ensuite dans toutes les parties, ftlais parce que la sinuosité des intestins aurait pu le retenir, ce <|ui aurait été très-dangereux, ils sont frottés au dedans d'une humeur épaisse qui facilite le passa{;e A tout ce (ju'ils contiennent. Je remarqu( rai eiKore ici une rl»o.se dans la .slru( turc de i.m1i.; .;im|i> . ;i la picllv l»M u j |;(m:i vu uve«" un*'

LACTANCE

admirable sagesse. Cest que, encore que U vessie, qui n'est d'aucun usage dans les oiseaux, n'ait aucun canal par où elle communique avec les intestins, elle ne laisse pas de se remplir de l'eau qu'elle en tire. H n'est pas malaisé de connaître comment cela se fait. Les intestins, qui reçoivent le suc des viandes quand U sort de l'estomac, sont plus larges et plus déliés que les autres. Ces mêmes intestins embrassent et enveloppent en quelque sorte la vessie, et lui envoient toute 1 eau, dont elle se décharge par le conduit que la nature a destiné à cet effet, et cependant les matières plus grossières passent en bas et sortent du corps.

XII. Puisque nous avons commencé à parler des parties internes du corps Jiumain et que nous n'en devons omettre aucune , disons quelque chose de celle où les enfans commencent ï se former. Je sais bien que la nature a pris un soin particulier de la cacher ; si elle Ta détournée des yeux, elle ne l'a {MS dérobée à l'esprit. Les hommes ont deux canaux qui servent ï porter la semence , et qui sont un peu au-dessus des vases où ils la portent. Le canal qui est au côté droit contient la semence qui fait les mAks, et celui qui est au côté gauche contient celle qui fait les femelles. C*est pourcela que le oètédroit du corps a plus de force et est appelé mascaUn, et que le gauche en a moins et est appelé féminio. Quelques-uns croient que la semence vient de la moelle , et d'autres croient qu^elle vient de tout le corps, et qu'elle s'épaissit dans U veioc qui la porte ; mais cela est fort obscur et fort difficile à connaître. Le sein des femmes se divise de la même sorte en deux parties , qui se plient à peu prés conune les cornes d'un lélier. La partie qui est au côté droit est U partie masculine , et Tautrc est la féminine. Pour ce qui est de la conception, voici de quelle manière Varron et Âristote croient qu'elle se bit. Ib attribuent une semence aux femmes a«ssi bica qu'aux hommes, la prennent pour la OMiac de la ressemblance que les enfans ont qppdquefuis avec leurs mères , et tiennent que c'est par le mélange des deux que se iàit la conception. Us s'imaginent que le cœur est le premier formé, à cause qu'il est le principe de la vie et le siège de la s<'igesse , et que le reste du corps n'est achevé c|u*cn quarante jours. Celte conjecture est fine dc.^ observations (pic Ton a faites aux qMOvaifiCS

DE L'OUVRAGE DE DIEU

couches, n est certain Déanmoins que dans les oiseaux , ce sont les yeux qui sont formés les premiers, comme on Fa remarqué en voyant leurs œufs ; ce qui me persuade que c'est aussi la tèle qui est la première formée dans Thomme. Pour ce qui est de la ressemblance, voici comme ils Texpliquent. Ils disent que , lorsque les deux semences se mêlent et se joignent , si celle du père a le dessus , Tenfant , de quelque sexe qu'il soit , ressemble au père ; au contraire si la semence de la mère à le dessus , Tenfant lui ressemble. Or la semence qui a le dessus est la plus abondante, et est celle qui enveloppe Tautre en quelque sorte et renferme. De là vient souvent que Tenfant ne ressemble qu'à Tun des deux. Il arrive pourtant, quand les semences sont bien mêlées , ou qu'il ressemble à tous les deux , ou qu'il ne ressemble ni à l'un ni à Pantre. Aussi voyons-nous quelquefois que les couleurs des animaux se mêlent de telle façon dam leurs petits qu'ils ressemblent en quelque chose à chacun d'eux , on qu'ils ne leur ressemblent point du tout Quant à ce qui est de la différence des sexes , je dirai ici ce que les philosophes enseigpient. lU tiennent que , quand la semence de l'homme tombe du côté gauche , il se fait un enfant mâle, mais que cet enfant tient beaucoup de sa mère , en ce qu*il en a la blancheur , la beauté , la taille , la voie, le tonpérament , l'esprit, la délicatesse et la faiUesse. Quand la semence de la femme tombe du côté droit , il en vient une fille , mais elle a quelque ehose de viril plus que la bienséance ne semble le demander , comme la force , la grandeur démesurée y le teint brun , le visage revêtu de quelques poils , la voix mâle , la hardiesse et le courage. Mais si la semence de l'homme tombe au côté droit et celle de la femme au côté gauche , alors les enfans naissent selon l'intention de la nature , les filles ayant la beauté qui leur convient , et les fils la vigueur qui leur est propre. Au reste, on ne saurait assez admirer la prévoyance dont Dieu a usé en formant les deux sexes , afin que , étant unis ensemble par le plaisir , ils conservassent le genre humain, malgré les efforts que la mort fait incessamment pour le détruire. Il a donné aux hommes la force en partage, afin que les femmes leur fussent soumises. Et c est pour cela qu'il a reçu le nom de lùr qu'il a en latin, qui est uû nom qui si-

gnifielaforoe,oommece!nide la femme,i7iii//tfr^ venant de moUities, signifie la faiblesse et la mdlesse. Lorsque la femme est près d'accoucher, son sein se remplit de lait pour la nourriture de son enfant. 11 était juste que cette créature, qui doit avoir un jour la sagesse en partage, tirât son premier aliment d'auprès du cœur , qui est le siège de la sagesse. Cet aliment est une humeur blanclie et épaisse qui soutient les enfans dans ce commencement de leur vie , ju^ qu'à ce qu'ils aient des dents et des ixMrces qui les rendent capables d'une nourriture plus solide. Retournons cependant à notre siûet , et adievons d'expliquer ce qui en reste.

Xill. Je pourrais remarquer ce qu'il y a de merveilleux dans les parties qui servent à la production de l'homme , si la pudeur ne m'empêchait d'en parler , et si la même modestie qui a tant de soin de les tenir cachées ne m'obligeait de les couvrir encore maintenant sous le voile du silence. Je me contenterai donc de détester le trime horrible que commettent les impies qui, pour faire un gain honteux, on pour prendre un brutal divertissement , abusent de cet ouvrage admirable que les mains de Dieu n'ont formé que pour être l'instrument de la propagation du genre humain , et qui ne tirent d'une chose si sainte qu'un léger et stérile plaisir.

Il n'y a rien dans les autres parties du corps qui n'ait été fait avec raison et qui ne renferme sa beauté. Les chairs sur lesquelles on s'assied sont plus fermes qye les autres, parce qu'elles soutiennent toute la pesanteur du corps. Les cuisses, qui les portent , s'amincissent peu à peu et se terminent aux jambes , dont les jointures sont si commodes et pour s'asseoir et pour marclier. Les pieds ressemblent en quelque chose aux mains, et en quelque chose en sont différentes. Ils ne sont pas ronds comme ceux des animaux, mais longs et plats, afin que l'homme fût ferme dessus, et qu'il se tînt aisément debout. Ils ont des doigts en nombre égal à ceux des mains , mais c'est plutôt pour Tornement que pour l'usage, et c'est pour cela qu'ils sont courts et serrés. Le premier n'est pas si fort distingué des autres que le pouce l'est dans la main. Il ne laisse pas de les surpasser en grosseur et en force. Leur union sert à rendre la démarche plus ferme et plus assurée, car on ne saurait courir sans presser la terre avec les doigi s

LACTANCE

assez étroites. Quelques-uns croient que le nom î admirable sagesse. Cest que, encore que la

de narrs que les Latins leur ont donné vient de ce (|n't lies sont destinées à aspirer ( nare ) sans cesse Fuir et les odeurs. Il est vrai pourtant que ce canal ne se termine pas seulement au nez, mais qu'il a aussi communication à la bouche par le fond du palais, et à Tendroit où le gavion s'élève dans le gosier. La raison en est évidente, car si le canal qui conduit Tair au poumon ne montait qu'au nez, comme celui qui conduit les V iandes à l'estomac ne monte qu'à la lM)uche, nous n'aurions pas Tusagede la parole. Il a fallu que la divine providence ouvrît parce canal un passage a la voix , sans lequel la langue n'aurait pu la former ni rarliculer par la diversité de ses mouvemens. Quand ce passage est bouché , on est réduitau silence, etc'est uneerreur de croire qu'on puisse devenir muet par une autre cause. Les muets nont point de fîl qui leur tienne la langue attachée, comme le peuple se l'imagine, mais le passage par où l'air devrait se communiquer à la bouche, est fermé chez eux , ce qui eiît cause qu'ils ne poussent cet air-là en dehors que f)ar le nez, et en faisant un bruit qui a du rapport avec le mugissement. Ce passage est quelquefois bouché par un défaut de nature, et quelquefois par un accident de maladie, et ceux auxquels ce malheur arrive perdent l'ouïe aussi bien que la parole. Ce canal a encore un autre usage dans le bain, qui est de recevoir parla bouche un air fort échauffé que Ton ne saurait recevoir que par le nez. De plus, quand les con- (iiiitsdu nez sont bouchés par une pituileépaissie qui est tombée du cerveau, on respire par la bouche, sans quoi on serait en danger d'étouffer. Lorsque les viandes ont été digérées par la chaleur, elles se changent en un suc qui se répand dans tous les membres , et en répare la force et la vigueur. Les intestins, qui se replient sur eux-mêmes par tant de tours et de détours, sont un ouvrage digne d'admiration. Car, lorsque les viandes ont été digérées par l'estomac, leur suc passe par les intestins pour se distribuer ensuite dans toutes les parties. Mais parce que la sinuosité des intestins aurait pu le retenir, ce qui aurait été très-dangereux, ils sont frottés au dedans d'une humeur épaisse qui facilite le pass:j;;e à tout ce ([u'ils contiennent. Je remar- (|n( YA\ eiKore ici une eho.sr dans la Mruriure de i!'j!!î- OM|i> . '\ 'apK'lli \)\\\\ A j;(»i;rvn xw iitjv

vessie, qui n'est d'aucun usage dans lesoiseaui, n'ait aucun canal par où elle communique avec les intestins, elle ne laisse pas de se remplir de l'eau qu'elle en tire. IL n'est pas malaisé de coanaitrc comment cela se fait. Les intestins, qui reçoivent le suc des viandes quand il sort de l'estomac, sont plus larges et plus déliés que les autres. Ces mêmes intestins embrassent et enveloppent en quelque sorte la vessie, et lui envoient toute l'eau, dont elle sedéchai^ par le conduit que la nature a destiné à cet effet, ei cependant les matières plus grossières passeut en bas et sortent du corps.

Xll. Puisque nous avons commencé à parler des parties internes du corps humain et que nous n'en devons omettre aucune , disons quelque chose de celle où les enfans commencent à se former. Je sais bien que la nature a pris un soin particulier de la cacher ; si elle l'a détournée des yeux, elle ne l'a pas dérobée à Tesprit. Les hommes ont deux canaux qui servent ï porter la semence , et qui sont un peu au-dessiu des vases où ils la portent. Le canal qui est au côté droit contient la semence qui fait les mttes, et celui qui est au côté gauche contient celle qui fait les femelles. C'est pourcela que le ofttédroit du corps a plus de force et est appelé roatciiliD,ci que le gauche en a moins et est appelé féminin. Quelques-uns croient que la semence vient de la moelle , et d'autres croient qu^elIe vient de tout le corps, et qu'elle s'épaissit daos la veine qui la porte ; mais cela est fort obscur et fort difficile à connaître. Le sein des femmes se divise de la même sorte en deux parties , qui se plient à peu près comme les cornes d'un biêiier. La partie qui est au côté droit est la partie masculine , et Tautre est la iiéminine. Pour œ qui est de la conception, voici de quelle manière Varron et Ârîstote croient qu^elle se Eût Ib attribuent une semence aux femmes aqsti bien qu*aux hommes, la prennent poor la cause de U ressemblance que les enfans onl qgBdqoefuis avec leurs mères , et tiennent que c*est par le mélange des deux que se fait la ameeptioo. Ib s'imaginent que le cœur est le premier fiarmé, à cause qu'il est le principe de la vie et le siège de la sagesse , et que le reste du corps n'est achevé c|uVn quarante jours. Cette conjecture est tirée dcr> observations (|uc Ton a faites aux aiaavsiscs

DE L'OUVRAGE DE DIEU

couches, n est certain néanmoins que dans les oiseaux , ce sont les yeux qui sont formés les premiers, comme on Ta remarqué en voyant leurs œufs ; ce qui me persuade que c^est aussi la tète qui est la première formée dans Thomme. Pour ce qui est de la ressemblance, voici comme ils Texpliquent. Ils disent que , lorsque les deux semences se mêlent et se joignent , si celle du père a le dessus , l'enfant , de quelque sexe qu'il soit , ressemble au père ; au contraire si la semence de la mère à le dessus , Tentant lui ressemble. Or la semence qui a le dessus est la plus abondante, et est celle qui enveloppe Pautre en quelque sorte et renferme. De là vient souvent que Tenfant ne ressemble qu'à l'un des deux. Il arrive pourtant, quand les semences sont bien mêlées , ou qu^il ressemble à tons les deux , ou qu'il ne ressemble ni à l'un ni à Pantre. Aussi voyons-nous quelquefois que les cou* leurs des animaux se mêlent de telle façon dans leurs petits qu'ils ressemblent en quelque chose à chacun d'eux , on qu'ils ne leur ressemblent point du tout. Qqant à ce qui est de la diffêrence des sexes , je dirai ici ce que les philosophes enseignent. Ils tiennent que , quand la semence de l'homme tombe du côté gauche , il se fait un enfont mâle, mais que cet enfamt tient beaucoup de sa mère , en ce qu'il en a la blancheur , la beauté , la taille , la vcrie , le tempérament , l'esprit, la délicatesse et la faiblesse. Quand la semence de la femme tombe du côté droit , il en vient une fille , mais elle a quelque chose de viril plus que la bienséance ne semble le demander , comme la force , la grandeur démesurée , le teint brun , le visage revêtu de quelques poils , la voix mâle , la hardiesse et le courage. Mais si la semence de l'homme tombe au côté droit et celle de la femme au côté gauche , alors les eofans naissent selon l'intention de la nature , les filles ayant la beauté qui leur convient , et les fils la vigueur qui leur est propre, au reste, on ne saurait assez admirer la prévoyance d(xit Dieu a usé en formant les deux sexes , afin que , étant unis ensemble par le plaisir , ils conservassent le genre humain, malgré les efforts que la mort fait incessamment pour le détruire. H a donné aux hommes la force en partage, afin que les femmes leur fussent soumises. Et c'est pour cela qu'il a reçu le nom de vir qu'il a en latin, qui est uû nom qui si-

gnifie la force, comme celui de la femme, muff^r^ venant de moUUîes, signifie la faiblesse et la mdlesse. Lorsque la femme est près d'accoucher, son sein se remplit de lait pour la nourriture de son enfont. 11 était juste que cette créature, qui doit avoir un jour la sagesse en partage, tirât son premier aliment d'auprès du cœur , qui est le siège de la sagesse. Cet aliment est une humeur blanche et épaisse qui soutient les enfans dans ce commencement de leur vie , ju^ qu'à ce qu'ils aient des dents et des forces qui les rendent capables d'une nourriture plus solide. Retournons cependant à notre sujet , et aciievons d'expliquer ce qui en reste.

Xlll. Je pourrais remarquer ce qu'il y a de merveilleux dans les parties qui servent à la production de l'Iiomme , si la pudeur ne m'empêchait d'en parler , et si la même modestie qui a tant de soin de les tenir cachées ne m'obligeait de les couvrir encore maintenant sous le voile du silence. Je me contenterai donc de détester le ^hne horrible que commettent les impies qui, pour faire un gain honteux, ou pour prendre on brutal divertissement , abusent de cet ouvrage admirable que les mains de Dieu n'ont formé que pour être l'instrument de la propagation du genre humain, et qui ne tirent d'une chose si sainte qu'un léger et stérile plaisir.

U n'y a rien dans les autres parties du corps qui n'ait été fait avec raison et qui ne renferme sa beauté. Les chairs sur lesquelles on s'assied sont plus fermes q^e les autres, parce qu'elles soutiennent toute la pesanteur du corps. Les cuisses, qui les portent , s'amincissent peu à peu et se terminent aux jambes , dont les jointures sont si commodes et pour s'asseoir et pour marcher. Les pieds ressemblent en quelque chose aux mains, et en quelque chose en sont différentes. Ils ne sont pas ronds comme ceux des animaux, mais longs et plats, afin que l'homme f ôt ferme dessus , et qu'il se tint aisément debout. Us ont des doigts en nombre égal à ceux des mains , mais c'est plutôt pour rorncment que pour l'usage, et c'est pour cela qu'ils sont courts et serrés. Le premier n'est pas si fort distingué des autres que le pouce l'est dans la main. Il ne laisse pas de les surpasser en grosseur et en force. Leur union sert à rendre la démarche plus ferme et plus assurée, car on ne 1 saurait courir sans presser la terre avec les doig( s

LACTAXCK.

qui servent à fendre l'air cl à voler. Ainsi les différentes espèces onl des parties différentes, qui ont aussi des usaf^es différens. Dieu, pour rendre la structure du corps plus ferme et plus solide, a fait Tépine du dos de plusieurs os, dont les uns sont plus longs et les autres plus courts, et cette épine ressemble en quelque sorte à la quille d*un vaisseau. Il ne Ta pas faite toute d'une pièce, de peur qu'elle n'empèchàt le mouvement. 11 a étendu et aplati de chaque côté les côtes, qui, se courbant doucement, sont comme une f^rille qui couvre et qui défend les parties internes, qui sont tout ensemble et les plus délicates et les plus nobles. Au haut de Tépine, que nous avons comparée à la quille d*un vaisseau, il a placé la tète, qui préside et qui commande à tout le corps, liille a été appelée de la sorte, selon le témoi{];na{fe de Varron, dans une de ses lettres à Cicéron, ù cause qu'elle est le principe des nerfs et du sentiment. Les membres que nous avons dit avoir été destinés à marcher ou à voler ont des os qui ne sont ni trop lonfj^s, de peur qu'ils ne pussent se mouvoir aussi promptement qu'il serait nécessaire, ni trop courts, de peur qu'ils ne fussent trop délicats, mais d'une juste grandeur et en petit nombre. 11 n'y en a que deux dans les hommes et quatre dans les bètes. Les os n'ont point été faits massifs, de peur qu'ils ne Fussent trop pesans et qu'ils rendissent la démarche trop lente, mais creux, et remplis d'une moelle qui donne de la vigueur à tout le corps. Leur grosseur n'est pas égale dans toute leur étendue. Elle est plus forte aux extrémités qu'aux autres endroits, et ces extrémités sont comme renforcées par les vertèbres, qui se lient aux nerf^ et qui rendent le mouvement plus aisé et plus libre. Elles sont couvertes de cartilages qui les empêchent d'être froissées et de sentir de la douleur lorsqu'elles se remuent. Dieu ne les a pas tous Faits de la même sorte. 11 en a fait quelques-uns tout simples et ronds comme une boule aux jointures où les membres se devaient tourner de tous côtés, par exemple aux épaules; et d'autres rondsd'un côté et platsde l'autre, aux jointures où les membres devaient seulement se courber, comme aux coudes, aux genoux et aux mains. Car, comme il est et bienséant et commode tout ensemble que les bras, en commençant leur mouvement aux épaules, par où iis sont attachés au corps.

puissent se mouvoir de tous côtés, auMî il aurait été et inutile et peu séant qu*ils se fussent mus aussi de tous côtés depuis le coude. La main n'aurait plus eu la dignité et ragrément qu'elle a maintenant, et aurait ressemblé à une trompe qui dans un élépliant a un usage particulier et tout à Fait merveilleux. Dieu , qui a voulu faire éclater la grandeur de sa puissance dans la variété de ses ouvrages, n'ayant pas fait la tête de Téléphant assez longue pour pouvoir s'abaisser jusques à terre, et l'ayant armée de deux défenses, qui, quand elle s'y serait abaissée, Taoraient empêchée d'y paître, a fiiit sortir du front, entre ces deux défenses, une partie d'une substance molle et flexible, par laquelle il peut prendre et retenir quoi que ce soit.

VI. Je ne saurais m'empécfaer de foire voir encore en cet endroit l'extravagance d*Épicurr, car c>st de lui que Lucrèce a tiré toutes les rêveries dont il a rempli ses poésies. Pour montrer que les animaux ne sont point l'ouvrage de la Providence , mais que ce ne sont pas dci effets du hasard, il s'est avisé d'avancer qn'u commencement du monde un nombre innombrable d'animaux avaient paru sur b tent, mais qu'ils n'avaient pu s*y conserver foule d*»limens, ni y perpétuer leur espèce foute d'organes destinés ù cet effet. Pour donner lieu 1 ses atomes qui volent dans un espace inflni, il a exclu la divine providence. Mais pareeqM, malgré lui-même , il en voyait des tnees ibai toutes les créatures qui respirent, il a eu le* cours à cette vaine et imaginaire fiction d'animaux monstrueux dont on ne pAt mpporttr l'origine à une cause sage et intdUgente. Puisque toutes les créatures que nous voyons ont été produites par un principe agisauil par rah son, il en faut inférer qu'aucune n*a pu élic produite par un principe qui agit an basari Aussi pour peu que l'on considtre la ttractoR des animaux, on y remarquera les aoiiis qneh Providence a pris pour fiire en sorte qat ks parties qui les composent fossent propres! divers usages et pussent servir à leur conacrvation particulière et à la propagation de kor espèce. En effet, si un architecte necommeoee point un édifice qu'il n'en ait foit auparavant le plan, qu*il n'en ait pris les dimensioiis, qui n'ait marqué les endroits qui doivent élre pleins et ceux qui doivent être vides, qa*il n'ait

DE L'OUVRAGE DE DIEU

réglé quel doit être rinlervalle des colonnes, la chute des eaux et le reste, peut-on croire que Dieu se soit résolu de faire des animaux et de leur donner la vie sans leur avoir aussi donné des oqi^anes par lesquels ils la pussent conserver ?Épicure n'a que trop reconnu lui-même les Iraces de la raison et de la sa{;esse divine dans la production des animaux; mais, pour parler couséquemment et pour soutenir le sentiment c>ù il s'était enf^agé mal à propos, il en a ajouté un autre qui n'est ni moins faux, ni moins ridicule. Il a dit que les yeux n'avaient point été fiaits pour voir ni les oreilles pour entendre, ni les pieds pour marcher; que toutes ces parties-là avaient été fbrmées sans qu'elles eussent la fonction qu'elles ont maintenant, et qu'elle ne leur a été attrilmée que depuis. J appréhende de ne pouvoir réfuter ces exlravagances sans en commettre de semblables ; mais je veux bien paraître un peu imprudent en détruisant ces impertinences, de peur que celui qui les a inventées ne s'imagine être fort subtil. Que prétendez-vous donc, Épicure, quand vous dites que les yeux n'ont point été faits pour voir ? Pourquoi donc est-ce qu'ils voient ? m Ils ont , dites-vous , été employés depuis à cet usage.» Us y étaient donc propres, et étaient ftiits pour cela, puisqu'ils ne peuvent faire autre chase. On doit porter le même jugement de la fonction des autres membres, qui visiblement ont été destinés à cela même à quoi nous les employons. Direz-vous que les oiseaux n'ont point été faits pour voler, les poissons pour nager, les bêtes farouches pour vivre de proie, les hommes pour se conduire par la raison, et n'est-il pas évident que chaque espèce fiait ce à quoi elle a été destinée? Mais il faut que ceux qui se sont une fois éloignés de la vérité s'^arent toujours de plus en plus. Car si la naissance de chaque chose, au lieu d'être attribuée à la Providence, le doit être au concours fortuit des atomes, pourquoi ce concours-là D a-t-il jamais formé d'animaux qui entendissent par le nez, qui flairassent par les yeux et qui vissent par les oreilles ? S'il est vrai qu'il n'y a aucune manière imaginable dont ces petits corps ne se rangent et ne se placent, il ^ut que, se plaçant contre l'ordre naturel, ils fussent des membres et des corps monstrueux. Que si ces corps ne manquent point de naître selon des

lois réglées et constantes, c'est une preuve manifeste que c'est la raison et non le hasard qui préside à leur naissance. Nous réfuterons plus amplement Épicure dans un autre lieu. Maintenant continuons à parler de la Providence.

Vil. Dieu a lié les os avec les nerfs afin que l'àme s'en pût servir sans peine et sans effort, comme d'une bride pour tourner le corps de tel c6té qui lui plairait. Il a couvert ces nerft et ces os de chairs au travers desquelles il a répandu des veines, qui sont comme autant de ruisseaux qui portent le sang et la nourriture. H a couvert les chairs mêmes de peaux, dont les unes sont unies, les autres sont couvertes de poils, de plumes ou d'écaillés. Ce qu'il y a de plus merveilleux dans ces ouvrages des mains de Dieu, c'est que bien qu'ils aient leurs membres dispo^ dans le même ordre , ils ne laissent pas d'avoir des figures toutes différentes. Tous les animaux ont la tête plus élevée que le reste du corps, ensuite le cou , au-dessous l'estomac, au bas le ventre, et après le ventre, les parties sexuelles, puis après celles-là les cuisses, les jambes et les pieds. Ce ne sont pas seulement les membres qui gardent le même ordre dans le corps, les parties des membres le gardent aussi, les oreilles étant toujours dans un certain endroit , les yeux dans un autre, la bouche, les dents et la langue dans un autre. Cependant , il y a une diversité incroyable et presque infinie dans leurs figures et dans leurs traits. La beauté particulière que chaque espèce conserve dans sa différence, n'estelle pas encore une preuve très-évidente de la sagesse et de la puissance que Dieu a employées i les former. Car , pour peu que l'on voulût y ap-» porter du changement, on verraitqu'il n'y aurait rien de si embarrassé, de si incommode ni de si difforme. Si on donnait une grosse tète à un éléphant, une petite à un chameau, des pieds et du poil à un serpent, on ruinerait leur nature. Dieu a eu encore soin de donner aux animaux à quatre pieds une queue, qui est comme une continuation de l'épine du dos , et qui leur sert ou à cacher les difformités ou à ménager la délicatesse de leurs parties naturelles, et à chasser les mouches et les autres insectes qui les incommodent. Sans cette partie, les animaux à quatre pieds seraient faibles et imparfaits. Mais dans l'homme, qui a de la raison et sa main , elle n'est pas plus né*

cessaîre que ne le serait la laine et la toison. Ainsi chaque espèce a été formée d^une manière qui lui est propre, de sorte qu'elle n'aurait pu être faite autrement sans être aussi fort difforme. H n'y aurait rien de si vilain qn'une bête à quatre pieds qui n'aurait point de poil ni de laine, ni qu'un homme qui en aurait. La nudité sert d'ornement à l'homme; et toutefois cet omement-là ne convenait pas à la tète , car ce n'est point du tout une beauté ni une perfoction que d'être chauve. CTest pourquoi Dieu y a mis des cheveux, qui sont l'ornement de la partie la plus élevée et la plus apparente de son ourrage. dette chevelure n'est point faite en rond ni en forme de bonnet, de peur qu'il n'y eût quelque partie de la tète qui n'en fût point couverte; mais elle est comme répandue en certains endroits et comme rétrécie en d'autres, selon que la bienséance le désirait. Elle entoure en quelque sorte le visage, et est éparse des deux côtés le long des oreilles , et couvre tout le derrière de la tète. La barbe sert à reconnaître la maturité de l'âge, la force du tempérament et la différence du sexe. Eafîn il y a un ordre si merveilleux et si parfait dans la structure da corps de l'homme, que pour peu qu'il eût été fait autrement il y aurait eu du défaut.

VIII. Je crois devoir Aire une description de l'homme entier, et expliquer en particulier quelle est la flgure et quel est l'usage de ses partie», tant de celles qui paraissent au deliors que de celles qui sont cachés au dedans. Gomme Dieu le des* tinait seul au ciel, au lieu qu'il destinait les autres à la terre , il ne lui a donné que deux pieds et l'a formé droit et élevé, afin qu'il regardât le lieu de son origine. Pour les autres animaux, qui n'ont rien que de terrestre et de mortel , il les a abaissés vers la terre, afin qu'ils ne fissent rien autre chose que d'y chercher de quoi vivre. La taille et la stature de l'homme, ce visage élevé, montrent bien quelle est son ongîne et son principe. Cet esprit qui a quelque chose de céleste et de divin , et qui exerce une espèce d'empire, non-seulement sur son corps, mais sur (oute la nature , est dans la tête comme dans une forteresse , d'où il considère tout l'univers. Ce palais deFâme est d'une figure ronde, qui est la plus parfeite. Cest là que ce feu divin est renferme comme dans un globe et caché comme sous un ciel. La partie la plus élevée est

LACTAiNCE.

couverte de cheveux, comme nous Tavonsdit, et l'antérieure, qui est le visage , est découverte, et en même temps ornée de parties dont les fonctions sont tout ensemble et les plus eierilentes et les plus nécessaires. Les yeux sont dans des enfoncemens, d'où Vairon cnrit qoe vient le nom de firont. Dieu a voulu qu'il n'y en eût ni plus ni moins que deux , qoi est a nombre parfait. 11 a voulu de la même sorte qu'il n'y eût ni plus ni moins que deux oreillci, en quoi la beauté s'aooorde avec ratililé. Gv, si c'est un agréable symétrie , qa*ii y en ait ne de chaque c6té , c'est aussi une ootaUe eoonsdite pour entendre tons les sons, de qodqae côte qu'ils viennent. Leur figure esC tout 1 fMt admirable , car Dieu n'a pas voula qœ leurs o«vertures Aissent droites et dégarraes de défense , ce qui aurait été et moins beau et amim commode, parce que les sons ne seraient pas a ftcilemait entendus si Fair n^étail mrêlé si ^^ tenu dans les cavités eC dans les détonrs de Fsreiile , de la même sorte que les UqueufS $m retenues et arrêtées dans les vaseo daoÈ m m sert pùm les verser dans d'autres dont reuliée est étroite. Dieu n*a pas vonki qoe ks avcito, qu'il destinait 1 recevoir les son» et- les fsh, fussent revêtues ni de peMi Uibm ai peih dantes, ce qui aurait MC «H déS^Malia f* gure , ni d'os durs et solides , ee qui B* d'aucun usage; mais il a vouis qaTuivi comme d'une constitution deux-là, et qu'elles fussent cartilage tendu et dAiort, qui U forme et n'empèchlt point qsMi tourner. Gomme leur unique tendre les sons, aussi Funiquo yeux est de voir les oooisuM ei 1»

subtilité de leur structure csi * qu'il est difficile de troufer pour l'expliquer. Les pruneBo^ qiÉ i de riches perles , sont c&sMif&tptiP'* membranes claires et dence a ordemié de la sorte des objets, s'y réfféc&ianM roir, passassent jnsqshs au travers ces membranes que te découvre tout ce qui est au MiMuf ^ faut pas se figurer que FaetéduMi fesse par un coneoursdes i voyées par les objets, aMri

«sk ptil«

DE L'OUVRAGE Dlî DIEU.

•ophcs Tont prétenda. 11 est chir que Tacte de la vision est un acte qai doîC être exercé par la personne qui voit, et non par la chose qui est vue. Il ne faut pas non plus se figurer que Pacte de la vision se faisse par un épanchement de Tair, ni par une effusion de rayons, parce que, si cela se faisait de la sorte, la vue des objets serait beaucoup plus lente qu'elle ne Test, puisqu'elle ne se pourrait faire avant que les rayons qui sortiraient des yeux ne Fussent arrivés jusqu'aux objets. Mais comme nous découvrons en un moment tout ce qui est exposé à nos yeux, et que nous le voj'ons souvent sans y foire même aucune attenion , il est clair que c^est Tâme qui regarde par les yeux comme par une fenêtre et par un verre. Lucrèce se sert d'un argument fort ridicule pour réfuter cette opi- Dion.

Si rime, (Util , voyait au IraTers des yeux, die verrait pli» clair quand ilt leraknt détacbét qa*ellc ne voit quand ils deaKurenten leur ptaee, de le même wrte qa'oo voit pNBdalr IMT une porte quûid elle est ouverte que quand elk;^ foroiée.

Il fallait que Lncrëee , ou plut6t qu'Épicure , de qui il avait tiré toate sa doctrine, eût perdu les yeux et l'esprit pour ne pas s'apercevoir que des prunelles arrachées , des fibres rooH pues et dégoallantes de sang , de» excroissances de chair horribles d voir, enfin des plaies et des cicatrices, ne seraient pas des organes fort propres à recevoir le jour. Il voulait peut* être rendre les yeux semblables aux oreilles et les creuser comme elies^ afin qu'au travers de leurs cavités on vit la lumière de la même sorte que l'on entend les soos au travers des cavités des oreilles. H ne se peut rien penser qui fût, ni si difforme à voir, ni sî inutile pour l'usage. Combien peu verrions-nous d'objets, si l'âme regardait du haut de la tête par les yeux comme par de petites fentes I Si quelqu'un voulait re* garder par le trou d'une aiguille, il ne verrait pas un objet plus étendu que le trou même. Ainsi pour voir il fallait deux prunelles qui fussent rondos, afin que la vue s'étendit de toutes parts. C'est doue par un effet merveilleux de la provi* dcnce divine que nous avons deux yeux parfaitement semblables, qui, bien qu'ils ne puissent pas se lourner tout à fait en rond, ne laissent pas d'avoir un mouvement fort libre et fort aisé. Ces deux globes sont remplis d'une humeur claire et pure, au milieu de lat[uelle sont ren-

fermées les prunelles, qnl sont comme des étineelles de lumière. Cest par ces deux globes que Pâme voit, et ils conspirent admirablement ensemble pour n'exercer qu^une seule action.

IX. Je croîs devoir confondre en cet endroit la vanité de ceux qui, pour faire accroire que les sens imposent , remarquent les rencontres particulières où les yeux se trompent. Ils observent entre autres choses que tout parait double à ceux qui sont transportés de colère et à ceux qui sont pris de vin. Mais la cause de cette méprise n'est que trop connue, car elle ne procède que de ce que nous avons deux yeux. Voici comment cela arrive. L'action de la vue se fait, comme je fai d^à dit , par l'application de l'esprit, et l'âme voit par les deux yeux comme par deux fenêtres. De là vient que les objets sont quelquefois vus doubles non-seulement par c^ux qui sont ou fous ou i\TeSy mais par ceux qui sont et sages et sobres. Il ne faut pour cela que les regarder de trop près et au deçà de l'intervalle où Taclion des yeux se réunit en une. La même chose arrive quand l'âme se retire en elle et qu'elle demeure fortement appliquée à la méditation; car alors l'action des yeux se double et représente tels tous les objets. Dès que l'esprit se relâche de la méditation et qu'il s'applique à regarder, ce qui paraissait double devient unique, n ne fout donc pas trouver étrange que, lorsqne l'âme est affaiblie par la violence du vin, elle ne puisse voir par les yeux non plus qu^elle ne peut marcher par les pieds, qui ne font que chanceler. Il n'y a pas plus de sujet de s'étouncr que la fureur qui agite le cerveau empêche l'union des yeux. Cela est si vrai que quand les louches tombent ou en démence ou en ivresse, ils ne voient rien de double. Ainsi la raison pour laquelle les yeux se trompent quelquefois étant manifeste, il ne s'ensuit pas pour cela que tous les sens nous imposent; car quand ils sont sains et entiers , ils ne se trompent point, ou, s'ils se trompent, l'âme reconnaît leur erreur et ne s'y laisse pas surprendre.

X. Continuons à considérer et à admirer les ouvrages de Dieu. Ce sage et souverain créateur a couvert les yeux de paupières , de peur qu'ils ne fussent incommodés par les accidens qui peuvent arriver du dehors. Et c'est de là que Varron croit que vient le nom que les Latins leur ont donne. Pour celui de paupières, il vient

de palpitation, parce qu'elles sont dans un mouvement presqueperpétuel. Biles sonlcommc patissadées de petits poils, et Forment un rempart très-a(;ri'able. Leur mouvement , dont la vitesse est incroyable , bien loin d'empêcher la vue , la recrée. La membrane luisante doit être améée par une humeur , autrement la vue s'affaiblirait notablenient-Quedtrons- nous des sourcils, auxquels les poils qui les revêtent servent d'un grand ornement. Ils couvrent les yeux comme deux remparts et empêchent qu'aucune ordure ne tombe dessus. Le nez , sortant comme du milieu qui les sépare , les distingue et vi.liausse leur beauté. Les deui joues , qui s'étendent doucement, comme deux collines, contribuent aussi it leur sdrelé, en parant les coups qui peuvent venir de deliors. Le haut du nez est dur et solide, et le bas est formé par un cartilage tendre et qui obéit à la main. Cette partie du visage , toute simple qu'elle est , a trois usages différens. L'un est de respirer, l'autre est de sentir les odeurs , et le dernier de donner passage aux humeurs qui descendent du cerveau. Quelque bas que semble cet usage, les deux couduits qui y sont destinés ont été faits par la main toute-puissante de Dieu d'une structure si merveilleuse qu'ils n'Aient rien de la beauté du visage. S'il n'y avait eu qu'un canal tout simple, il aurait eu sans doute quelque chose de difforme ; mais le milieu , qui en fait deux , apporte beaucoup de beauté. Ce nombre de deux , réuni de la sorte , est un nombre parfait. Quoique le corps soit unique, il ne pouvait être composé de parties qui conservassent la même unité ; il fiillail qu'il en eAt de pareilles au côté droit et au cOIé gauche. Les deux pieds ne sont pas seutnneni commodes pour agir, mais les uns et les autres de ces membres, outre ces fonctions d'ulililê, ont une beauté toute singulière. La télc, (|i)t e.st le principal ouvrage des mains de Dieu , .semble cire divi.scc de la même façon, puisqu'elle a dni\ oreilles, deux yens et deux narines. Le cerveau, qui est le principe du sentiment, est divist; e» deux prlies {tarune membrane. Lecn'ur, 01^ l'un croit que rOnide la .sagesse . csi unique, rt.inéiinmoins deux vent riculcs,quiNont les souries du plus pur sang, f ^ monde de même wmprrnil le ciel et la terre comme ses deux priiid- |uili-s parties, ce qui n'eiupêche point son unilé. AiuM le corps, <;ui est comme \\u abrégé du

LACTANCE

monde, a plusieurs pan union et la parfaite c nent l'unité du même < primer ctraibien la bou( fente est faite entraver et renforme d'agrémen cipales sont de recevoti les paroles. La langue, par son mouvement f prête de l'âme. Elle former si elle n'y éiai les dents et par les lèvi plus â former la voix comme il parait dans '.

point avant qu'elles le les vieillards, qui ne depuis qu'elles leur t n'a cet usage que dan ques oiseaux , dont I Il y a une autre fond comme je l'ai dit , non mais aussi dans les an ser la nourriture apri brisée par les dents, dans l'estomac. C'est | que le mot de langue alimeng. Elle sertaui car en l'étendant en f vent l'eau dedans et li La langue est couvert tortue , et entourée d' d'une muraille qui li l'aspect , bien loin d'èl eu que d'affreux si ell sont garnies de geocr pelées parce qu'il sa les dents. Elles sont ei qui font un des plus gi Elles sont aussi plusdi était nécessaire qu'elli pussent rompre et br rieu de si beau que l'o celle d'eu liant est «t petite fosse, et celle i ment en dehors avec ce qui est de la saveur, qu'elle sesent par tef qu'elle se sent, et non guc tout entiJTc, mais les plus délicates, qui:

DE L'OUVRAGE DE DIEU

Cette saveur qui sefeitsentir ne diminue rien de la quantitédeTobjet d'où elle sort, de ce que Ton boit et de ce que Ton mange, comme l'odeur ne diminue rien non plus de la quantité des corps d'où elle s*élève pour aller Frapper Todorat. Il y a dans le reste du visage des agrémens dont nul discours ne peut approcher. Le menton descend doucement du haut des joues, et se divise à la pointe par une fente. Le cou est droit et étroit ; les épaules en descendent par une pente comme insensible , et étendent les bras , qui ont la force en partage. Les jointures des coudes ne sont pas moins belles que commodes. Que dirai-je des mains, de ces ministres de la raison et de la sagesse? L'ouvrier industrieux qui les a faites en a comme creusé le dedans, afin qu'elles fussent plus propres à retenir ce qu'elles auraient pris, et les a terminées par les doigts, dont on ne saurait dire si l'on doit plus admirer ou le service qu'ils rendent , ou l'ornement qu'ils apportent. Leur nombre , qui est un nombre entier et partit , leur ordre, qui est bien séant et convenable , leurs jointures, qui sont justes et égales, leurs ongles, qui, en s'arrondissant , couvrent et fortifient leurs extrémités, ont une beauté toute singulière. Pour ce qui est de leur usage, il ne se Fait que trop connaître en toutes sortes de manières. Le pouce est séparé des autres et se présente le premier comme leur maître et leur conducteur, et comme celui qui a la principale part dans tous les ouvrages. Le nom qu'on lui a donné en latin est un nom qui marque sa force. Il n'a que deux jointures apparentes, au lieu que les autres doigts en ont trois. Mais il en a une cachée qui, Tunissant aux chairs de la main, fait une beauté particulière. S'il en avait eu trois, il aurait eu quelque chose d'indécent et de difforme. Parlons maintenant de l'estomac, qui, étant large et droit, forme un des plus beaux spectacles qui puisse être vu. Il semble qu'il n'y a que l'homme que Dieu a renversé de la sorte , et que les animaux ne se peuvent coucher sur le dos, mais seulement sur l'un des cùtés, de sorte qu'ils soient toujours tournés vers la terre. C'est pour cela qu'ils ont l'estomac étroit et caché ^us leurs jambes, au lieu que celui de rhomme est large et exposé à la vue. Il était à propos qu'il le fût, puisqu'il est le siège de la raison. Le tetin, qui est un peu apparent, et qui est comme courounc d'un fond un peu

obscur, apporte quelque sorte de beauté. Il sert aux femmes à nourrir lesenfans , et ne sert aux hommes que pour parer l'estomac, et pour empêcher qu'il ne paraisse nu et difforme. Le ventre est au-dessous et a dans son milieu le nombril, par où les enfans tirent leur nourriture pendant qu^ils sont enfermés dans le sein de leur mère.

XI. L'ordre de mon sujet m'oblige maintenant à parler des parties qui, ayant dû être cachées, ne sont point du tout recommandâmes par leur beauté, mais le sont extrêmement par leur usage , puisqu'elles doivent recevoir le suc qui se forme de tout ce que l'on boit et de ce que Ton mange, et qui nourrit notre corps, de la même sorte que les pluies nourrissent la terre. La sage providence du créateur a placé l'estomac au milieu du corps, afin qu'il reçût les alimens, qu'il les digérât et les distribuât à tous les membres. L'homme étant composé de corps et d'àme, Testomac ne fournit des alimens qu'au corps; car, pour ce qui est des besoins de l'âme. Dieu y a pourvu en faisant le poumon d'une substance molle et raréfiée, propre à recevoir l'air et à le renvoyer. Il ne Ta pas fait d'une consistance aussi solide que l'estomac , de peur qu'il ne se remplit tout d'un coup d'air, ou qu'il ne se vidât tout d'un coup; mais il l'a fait d'une nature spongieuse, afin qu'il s'en remplit et s'en vidât peu à peu , et que , par une respiration continuelle, il conservât la vie. Ainsi le poumon reçoit l'air pour en nourrir Tâme, comme Testomac reçoit les viandes pour en nourrir le corps, lly a deux canaux qui passent par le cou, dont l'un sort de l'estomac et monte à la bouche, et l'autre sort du poumon et monte au nez. Il y a entre eux celte différence que, au lieu que celui qui porte les viandes delà bouche à l'estomac est toujours fermé comme la bouche même, parce que les viandes retendent par leur poids et l'ouvrent quand il est besoin; l'autre est toujours ouvert, parce que l'air, qui y entre et qui en sort incessamment^ est trop délié et trop subtil pour l'ouvrir. L'air entre et sort ainsi continuellement, parce que l'on ne saurait cesser un moment de respirer. Mais , de peur que l'air n'entrât avec une trop grande violence et qu'il ne portât la corruption, il est arrêté par une pellicule que Ton appelle le gavion. C'est pour la même raison que les ouvertures du nez sont

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