ERREUR DES RELIGIONS PROFANES
moyen dlntroduire dans le palais des hommes armésque Tonappelait Titans , elleaKira le jeune enfant dans le piège en lui montrant un miroir travaillé avec beaucoup d*art et d^autres petits ouvrages propres aux enf^ns , et le fit tuer. Les meurtriers, pour ne laisser aucune marque par oA ils pussent être convaincus de leur crime, coupèrent le corps et le partagèrent entre eux. Ils couronnèrent celte cruauté par une autre plus atroce; car, comme ils appréhendaient extrêmement les effets de la colère du roi , ils firent cuire en différentes façons les membres de Bacchus et en firent un repas, auquel jusqu'en ce temps-là on n^en avait point vu encore de semblable. Minerve , sœur de Bacchus, qui avait découvert Tentreprise, se saisit du cœur, à dessein de s'en servir pour convaincre les coupables et pour apaiser la colère de son père. Il ne fut pas si tôt de retour qu'elle lui fit un récit fidèle de cette histoire tragique. L'excès de son déplaisir et la violence de sa fureur le portèrent à inventer de nouveaux supplices, qui forent des marques et de la tendresse qu'il avait eue pour son fils, et de la puissance absolue qu'il avait sur ses étals. Mais parce qu'une vengeance si extraordinaire n'avait pas encore apaisé entièrement sa douleur, pour achever de se consoler, il fit Paire un buste de plâtre qui représentait son fils, et fit placer en dehors sur Testomac la figure du cœur, par lequel Minerve avait découvert et prouvé l'assassinat. II fit ensuite élever un temple au lieu d'un tombeau, et en donna la prêtrise â Silène, qui avait été précepteur de Bacchus. Les habitans de l'Ile de Crète, pour tâcher d'adoucir le naturel violent et tyrannique de leur roi, firent une fête en Thonneur de son fils, et instituèrent une cérémonie qu'ils observent tous les ans et où ils imitent tout ce qui arriva à la mort de Bacchus. Ils déchirent avec les dents un taureau tout vivant , courent dans les forêts les plus désertes en jetant de grands cris , et en faisant semblant d'avoir perdu l'esprit, comme s'ils voulaient persuader par là que ce ne fut pas par un dessein prémédité, mais par une folie désespérée , ((uc les Titans tuèrent Bacchus. Ils portent une boite qui représente celle où Minerve avait enfermé le cœur de son frère, et jouent de la flùlc et des cymbales pour représenter les petits pressens par lesquels Junon avait attiré Bacchus djus le pié{;e. Voilà eoiiiiiieiit ee jeune prince,
qui, par un effet de la haine de sa belle-mère, avait été privé du devoir ordinaire de la sépulture , reçut les honneurs divins par les suffrages d'un peuple qui ne cherchait qu'à flatter avec la dernière bassesse les passions les plus injustes de son roi.
Il y a eu un autre Bacchus ou Liber, roi de Thêbes, fameux dans l'art magique. Il troubla Fesprit de quelques femmes par des enchantemens et par des breuvages, et se servit ensuite d'elles pour commettre les crimes les plus atroces et les plus infâmes. Les théâtres, qui retentissent tous les jours du récit funeste de ses cruautés, ne permettent pasd'oublier les inhumanités barbares et les violences inouïes que par son commandement une mère exerça contre son fils , et des sœurs contre leur frère. Lycurgue, ayant formé contre lui une coiyuration où étaient entrés quantité d'hommes fort sages et éloignés de toute sorte de débauche, le chassa de ses états. Un prince dont la volupté avait amolli lecourage n'avait garde d'attendre ces vaillants hommes ni de leur livrer combat. En effet sa corruption était si extrême a qu'on en parle encore aujourd'hui avec horreur dans les collèges, » et qu'on l'y décrit comme prostitué à l'incontinence d'autrui. Lycurgue ne se contenta pas de l'avoir chassé; il crut le devoir poursuivre à main armée, de peur qu'Une fût reçu dans les pays étrangers et qu'il n'en corrompit les mceurs par lexemple de ses monstrueux débordemens. Il publia donc un édit contre ce tyran, qui était le déshonneur de sa pa» trie, et il se mit en campagne. Alors Bacchus, pour n'être pas reconnu, jeta les marques de sa dignité, qui étaient oméesdecouronnes de fouilles de vigne , et , suivi de sa lâche troupe des ministres de ses débauches, courut de côté et d'autre le long de la mer voisine avecledemier désespoir. Il y fut trouvé au milieu d'une compagnie d'hommes et de femmes ivres de vin, et avec un reste de la pompe qui servait à ses plaisirs. Il y en avait un d'eux tout vêtu de noir; un autre qui, pour faire peur, montrait une tête de serpent; un autre qui mangeait du mouton toutcru et qm' avait la bouche pleine de sang. Lycurgue commanda de précipiter Bacchus du haut d'un rocher escarpé et inaccessible, afin que son corps, en servant longtemps de jouet aux Sots, servit aussi aux peuples comme de leçon et de remontrance jwur lesdêlournei duviccet pour
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renlèvemcnt de sa fille, et, non contens de lui rendre les devoirs ordinaires que Ton rend aux morts, lui bâtirent un temple comme à une divinité. Mais la mère, qui ne trouvait du soulagement que dans la vaine espérance de la vie de sa fille, dont elle flattait sa douleur, monta sur un vaisseau pour l'aller chercher dans les pays étran(;ers. Après qu'elle eut lonji^emps servi de jouet aux vagues, elle fut enfin jetée par leur violence au port d'Athènes. Les habitans Taccueillirent fort civilement, et reçurent d*elle du blé, qui était pour eux un présent nouveau, et dont jusque alors ils n'avaient point de connaissance. Le lieu où elle aborda fut appelé Eleusis^ c'est-à-dire arrivée. Quand elle fut morte, le pays lui rendit, ainsi qu'à sa fille, des honneurs divins, pour le blé qu'elle leur avait distribué en arrivant, et pour l'avantage qu'ils tiraient du soin qu'elle avait pris de leur enseigner l'art de labourer la terre, de semer et de recueillir les grains.
Cest ainsi que les Grecs, qui sont des esprits vains et légers, ont eu la présomption d'attribuer des honneurs divins à ceux qui leur avaient procuré du bien et qui les avaient assistés soit de leurs conseils ou de leurs armes. C'est ainsi que la ville de Nysa a placé Bacchus dans le ciel ; c'est ainsi que celle de Sparte y a placé les fils de Léda changés en deux astres ; c'est ainsi que le mont OEta consacra autrefois Hercule , et que l'ile de Crète fait encore aujourd'hui des vœux au tombeau de Jupiter. Mais, ô trèssaints empereurs, l'insolence de l'erreur est montée à un plus haut point au sujet de Bacchus et de Proserpine, quand elle a prétendu que l'un était le soleil et que l'autre était la lune. Il n'y eut jamais de fiction si vaine ni si aisée à détruire; car qui est-ce qui a jamais vu le soleil enfant ? Qui est-ce qui Ta jamais trompé quand il était en bas âge. Qui est-ce qui l'a tué, qui l'a mis en pièces, et qui a coupé ses membres pour les manger? Qui est-ce qui a enlevé Proserpine, qui l'a cachée et qui l'a fait épouser à Pluton.^ Il est vrai que, pour déguiser en ([uelquc sorte cette erreur, ils la couvrent du voile d'une raison naturelle, en disant qu'ils adorent un esprit qui est divisé et un esprit qui ne Test point. Mais je voudrais bien leur demander [K)urquoi ils mêlent des obsèques à la physique, cl quel rap{)ort iU trouvent cuire les ou-
f vrages de Dieu et l'horreur des meurtres dont ils les profanent. Pourquoi joindre les accidens les plus étrangers, le deuil le plus triste et les disgrâces les plus funestes aux cieux et aux astres auxquels Dieu a donné un cours si juste et un mouvement si réglé? Quel fruit peut-on tirer de confondre ainsi le ciel et la terre, la lumière et les ténèbres, les chosjes profanes et les choses sacrées , les afflictions et les douleurs des hommes et les honneurs et la félicité des dieux? Si le soleil assemblait tous les hommes et qu'il leur fit le discours qui suit, il les jetterait sans doute dans un étonnement qui approcherait du désespoir. «0 hommes, qui, bien que vous ne soyez que faiblesse, ne cessez pas de vous soulever incessamment contre la divine puissance, par quelle erreur et par quelle passion avez-vous été si fort enchantés que vous prétendiez qu'il ne dépend que de votre caprice de me faire tantôt vivre et tantôt mourir? L'extravagance de vos fictions devrait au moins se renfermer dans quelques bornes et ne me point faire le dernier outrage. Cependant le même aveuglement qui vous jette dans le précipice me couvre de confusion, et l'égarement qui vous conduit à la mort fait mon déshonneur. Quelques-uns d'entre vous soutiennent opiniâtrement que j'ai été abtmé dans les gouffres du Nil ; d'autres pleurent la perte qu'ils veulent que j'aie faite des parties sexuelles. D'autres veulent que j'aie fini ma vie par une mort cruelle, que Ton ait fait cuire dans une chaudière une partie de mon corps et que l'on ait mis l'autre â la broche. Ceux qui me font le traitement le plus doux, ou le moins injurieux, veulent que je sois un conducteur de chariots. Renoncez à ces erreurs extravagantes qui ne vous peuvent conduire qu'à une mort étemelle, et apprenez la vérité, de laquelle vous devez attendre votre salut. Ceux qui ont inventé ou reçu ces fables sont les ennemis de Dieu, et ceux qui ont déshonoré les choses saintes par le mélange de leurs imaginations profanes en seront punis d'un châtiment dont la rigueur égalera l'excès de leur impiété. Pleurez, si vous voulez, les morts, vous qui mourrez un jour de la intime sorte. Cherchez quelque autre moyen que lo sacrilège pour consoler vos peines dans leur affliction. Pleurez la perte de Bacchus, de Proser pine, d'Alis et d'Obiris; mai/ pleurez la sans
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ne cherchent qu'à soutenir leurs déréglemens, cl ne souhaitent rien avec une ardeur si excessive que d'avoir une licence é{]^Ic à celle que leurs dieux ont prise et de jouir des mêmes plaisirs. Ceux qui se plaisent à attenter à la pudicité des femmes mariées se proposent Jupiter pour leur modèle, et trouvent dans ses actiqns dequoi justifier leurs débordemens.lls le louent et Tadmirent d'avoir trompé Léda sous la forme d'un cygne , d'avoir enlevé Europe sous la forme d'un taureau, d avoir séduit Antiopc sous celle d'un satyre, d'avoir corrompu Daoaé par la (]uantité de lor qu'il lui versa dans le sein. Ceux qui sont frappés de cette passion abominable, qui fait outra{i^e et horreur ù la nature, re^^ardcnl avec une joie incroyable Jupiter teuuui Ganyniêde entre ses bras, Hercule brûlant pour llylas, et Apollon languissant pour Hyacinthe. D'autres étudient la vie de Chrysippc et de Pélops à dessein de procurer par leur moyen l'impunité à des crimes contre lesquels les lois romaines ont établi des supplices. Il est malaisé de faire le dénombrement de toutes les débauches des dieux. Qui a corrompu Amymome, Alope, Ménalippc, Chione, Hippothoé? On dit que c'a été votre dieu. Ce dieu , qui oppose comme une forte digue la sainteté de ses oracles et la sévérité de ses préceptes au cours impétueux des crimes des hommes, est le même qui aime Stérope, qui enlève Éthuse, qui viole /euxippe,qui poursuit Prothée, et qui tend des pié^^es à la vertu d'Arsinoé.Mais, parmi tant de femmes qui servirent de victimes à son incontinence, il y eut une fille qui lui échappa. Ce fut Daphné, qui se cacha si bien que ce dieu, qui sait tout et qui prédit Tavenir, nelaput trouver.
Ceux qui sont assez infâmes pour se prostituer h Tincontinence d'autrui , et qui trouvent dans cette prostitution une honteuse consolation à la faiblesse oA leurs débauches les ont réduits, n'ont qu'à regarder Bacchus qui, pour ne pas manquer à la promesse qu'il avait faite à son amant durant sa vie , lui donna après sa mort l'ombre d'une jouissance sur son tombeau ^ S'il y a quelqu'un assez désespéré pour vouloir ôter la vie à celui de qui il l'a reçue, il n'a qu'à suivre
* Arnol>c, liv. v , p. 108, de lYdiiioii de Hesanron , ne rruiiit iKis de présenter ces sales (ahlcaux dans tous leurs dCtaiis
rexerople que Jupiter lui en donne. Ceux qui veulent répandre le sang de leurs frères n'ont qu'à imiter les corybantes. Ceux qui méditent des incestes en trouvent encore Ttiemple dans Jupiter, puisqu'il connut sa mère, qu'il épousa sa sœur et qu'il tenta la pudicitédesa fille. Ceux qui ont dessein d'opprimer les faibles trouveront dans le traitement qu'ApoUonfit à Marsyas l'image de leur injustice. Ceux qui brûlent d'envie de s'enrichir du bien d autrui, et qui ôtent la vie aux riches pour prendre après cela leur bien, n'ont qu'à s'informer de quelle manière Hercule tua Géryon et emmena ses bœufs. Ceux qu'une fureur aveugle porte à répandre le sang n'ont qu'à voir les sanglans exploits du dieu de la guerre. Enfin il n'y a presque point de crime où l'exemple et l'autorité des dieux ne puissent engager les hommes. Si quelqu'un souhaite d'apprendre ce qu'il y a de plus fort pour vaincre la résistance d'une fille et pour l'engager à aimer , il n'a qu'à songer à l'or que Jupiter jeta dans le sein de Danaé. Les traîtres apprennent à livrer les places qu'on leur a confiées de ceux qui mirent Saturne entre les mains de son fils. L'histoire des aventures de Tantale est une leçon qui enseigne à violer les droits de l'hospitalité, et à rompre le nœud de l'amitié la plus sainte. Triste consolation des injustes passions I malheureuse élude des pernicieux exemples ! déplorable passion des faibles esprits! Vous avez fait du ciel un théâtre où se jouent de cruelles tragédies , et où la représentation des exploits héroïques des dieux précipite les hommes dans les crimes les plus atroces. Mais cependant, dans un aveu si public des plus horribles débordemens, et dans une licence si absolue et si puissamment établie, nous sommes fort obligés à ceux qui nous ont raconté les amertumes et les disgrâces des dieux , et qui nous ont appris des vérités si désavantageuses au parti qu'ils soutenaient. On a trouvé parmi les anciens , et avant que le Sauveur eût éclairé le monde de sa lumière , quelques traces de vertu. On y a vu un Diomède qui, étant sage et modéré, a blessé Vénus et dompté Mars. Ce Mars, si redoutable par sa valeur, y a paru condamné au bannissement et chargé de chaînes, par l'ordre d'Otus et d'ÉphiallP. Jupiter y pleure la mort de Sarpédou, scm Hls, tué au siégo de Troie. Neptune y est privé, par l'orgueil injuste d'un roi , de la