CHAPITRE XLIX
Seigneurs et esclaves, maistres et serviteurs.
L'usage des esclaves et la puissance des seigneurs ou maistres sur eux, pleine et absolue, bien que ce soit chose usitée par tout le monde et de tout temps ( sauf depuis quatre cents ans qu'elle s'est reîaschée, mais qui se retourne mettre sus), si est elle comme monstrueuse et honteuse en la nature humaine, et qui ne se trouve point aux bestes, lesquelles ne courent ny ne consentent à la captivité de leurs semblables, ny activement ny passivement. La Ioy de Moyse l'a permis comme d'autres choses, ad duritiem cordis eorum i, mais non telle qu'ailleurs; car ny si grande et absolue, ny perp-etuelle, ains modérée et bornée court à sept ans au plus2 : la chrestienne Ta laissée, la trouvant universelle par-tout, comme aussi d'obéir aux princes et maistres idolastres et telles autres choses, qui ne se pouvoient du premier coup et tout hautement esteindre , mais facilement et tout doucement avec le temps les a abolis.
— Rien de ce qui est crime ne saurait être justifié. Quint. Déclamât. 28. — Tit.-Liv. VIII, c. 28, ex Oratione Scipion. Afric.
* Variante. L'usage des esclaves et la puissance des seigneurs ou maistres sur eux, bien que ce soit chose usitée par tout le monde et de tout temps {sauf depuis quatre cents ans qu'elle s'est relaschêe, mais qui se retourne mettre sus ) ; la généralité ou universalité n'est pas certaine preuve ny marque infaillible de nature, tesmoin les sacrifices des bestes, spécialement des hommes, observés et tenus pour actes de pieté par tout le monde, qui toutesfois sont contre nature. La malice humaine passe tout, force nature, faict passer en force de loy tout ce qu'elle veut : n'y a cruauté ni meschanceté si grande qu'elle ne fasse tenir pour vertu et pieté.
(i) A cause de la dureté de leurs cœurs. Exod. c. III, v. 7.
(2) Vculer. c. 15, v. 12.